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Vendredi 30 novembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 30 novembre 1917

1176ème et 1174ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  La nuit a été tranquille. Toujours même temps gris nuageux, peu froid, maussade et triste. Journée fort remplie et exténuante. Vu en courant le sous-Préfet. Fait mon courrier qui était formidable avec toutes les pièces que m’envoyaient mes 2 greffiers de Paix, Landréat et Dondaine toujours aussi dévoués. Bref j’ai été bousculé toute la journée. 4 souscriptions, dont celle du Consul d’Italie de Reims, pour sa fille Rita Mazzuchi. Tant en bons (2 000 F) qu’en numéraires (18 000 F). J’ai 20 000 F de souscrit. Arriverais-je à 30 000 F ? Je fais pour le mieux. Reçu lettre de ma chère femme, tous les enfants vont bien. Robert n’est pas encore guéri de son pied, son capitaine veut l’envoyer à l’échelon se reposer et en finir. Rien d’autre de saillant, sauf des personnes embêtantes qui ne veulent pas comprendre ni suivre les conseils désintéressés qu’on leur donne. J’en ai secoué une d’importance, Madame Guérin-Champenois, rue Havé, une cruche et méfiante en diable, et geignarde !! Elle pleurait comme un veau, mais cela m’est égal, je l’ai décidée à ne pas faire une bêtise. Il est vrai qu’elle est tellement bête qu’elle ne les compte plus.

Vu curé de Trigny, l’abbé Galichet (Louis) qui m’a souscrit 100 F de rente. C’est un boursicotier, il fait des économies, vieux ratichon, va ! Brave homme dans le fond, mais il aime bien les écus.

Vu l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, mais nos vies sont si monotones qu’on n’a rien à se dire. Voilà toute ma journée, et il me semble que je n’ai rien fait et je suis exténué. Je ne suis plus fort.

Tout l’après-midi des avions et des tirs contre eux fort agaçants.

1er décembre demain, le 40e mois de notre long martyr, et quand cela finira-t-il, on ne sait, que gâchis sur gâchis, et aucune solution !! C’est à désespérer de tout, et quoiqu’on dise les allemands triomphent et nous tiennent. Quand donc arrivera le jour où enfin nous les briserons. Je ne parle pas des Russes et de la Russie qui ne compte plus. Si cependant ils avaient tenus, la Guerre serait finie, ou tout au moins bien prêt de finir, hélas ! Tout cela est navrant, décourageant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

30 novembre 1917 – Nuit ni plus ni moins mouvementée que les autres.

A 17 h, forte canonnade vers Brimont ; il s’agissait d’un coup de main allemand sur Loivre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

montage : Thomas Geffrelot


Cardinal Luçon

Vendredi 30 – Retour à Reims ; départ de Paris 8 h., arrivée à Épernay 10 h. 30 ; à Reims à 11 h. 45. Visite d’un soldat d’Évreux. Visite de M. Abelé (celui des fils Abelé qui est marié). Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 30 novembre

Actions d’artillerie au nord de l’Aisne et dans la région de Sapigneul.
En Champagne, au nord du Cornillet, l’ennemi a tenté, à l’aide de gros effectifs, un coup de main qu’il avait fait précéder d’un bombardement rapide et violent; nous l’avons repoussé en lui infligeant de lourdes pertes.
En Argonne, une incursion dans les lignes allemandes, à l’ouest de l’Aire, nous a permis de ramener une dizaine de prisonniers.
Deux coups de main ennemis, l’un sur la rive gauche de la Meuse, dans la région de Béthincourt, l’autre sur la rive droite, au nord-ouest de Vaux-les-Damloup, ont complètement échoué.
Les Anglais ont repoussé une attaque allemande sur les positions belges de Aschhoop. Ils ont fait quelques prisonniers au sud de la Scarpe. Ils ont avancé leur ligne à l’est du bois de Bourlon et repoussé un coup de main vers Avion.
En Macédoine, la lutte d’artillerie a repris avec une grande activité sur l’ensemble du front et spécialement dans la région de Monastir.
Le tir de nos batteries a provoqué une explosion dans les lignes ennemies.
L’aviation britannique a bombardé Drama et les campements ennemis aux environs de Sérès et de Petric.
Sur le front italien, les Autrichiens essaient vainement de franchir la basse Piave.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 29 novembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 29 novembre 1917

1175ème et 1173ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Nuit calme, temps nuageux, humide, brumeux. Rien de saillant. Une seule souscription d’une brave fille qui m’a donné sa dernière pièce de 20 F, Melle Marie Lambin, 84, rue du jard. Elle souscrivait pour 70 F de rente avec des Bons de la Défense Nationale, et elle a fait l’appoint avec son dernier louis. Peu de lettres. Pas de mes aimés. J’en ai pourtant bien besoin, je suis si seul !! Lettres du Procureur de la République pour la mise en survie de Mt Rayer, notaire à Tours-sur-Marne. Je suis d’avis favorable et je propose au Procureur de demander à Rayer ou à son clerc qu’il le suppléait de prendre la suppléance de l’étude de Démoulin à Hautvillers, son clerc n’en voulant plus. Ce serait parfait.

Une 2e pour remplacer Thomas, qui suppléait l’étude de Langlet à Fismes et a donné sa démission  à cause de la vilaine histoire qu’il a eu avec le Parquet de Reims dans l’affaire de la Succession Collomb, dans laquelle le Procureur croit qu’il a tripoté… Je propose Bruneteau, notaire à Fismes (Jules-Henri Bruneteau (1868-1936)), qui ferait parfaitement l’affaire.

Pas de nouvelles de Lenoir, député, pour mon affaire de transport de mes audiences de justice de Paix dans une des communes de mes 4 cantons !! Une idiotie ! mais les froussards ne raisonnent ni ne réfléchissement sainement. Mais je dois le voir dimanche vers 11h1/2 ou lundi dans la matinée, Beauvais doit me prévenir et renseigner à ce sujet. J’espère que Lenoir aura obtenu qu’on me laissât la paix. Rencontré le R.P. Desbuquois, causé un instant dans la rue Clovis avec lui. Il est plus impatient que moi pour mon ruban, mais il a toujours bon espoir. Pas moi.

Après-midi porté mes lettres à la Poste, pris un journal. Quel gâchis que notre Chambre des Députés ! Des obus à proximité en rentrant. Encore 3 ou 4 tout à l’heure, au moment où je commençais à écrire ces lignes. Je suis tout tremblant. Non, je ne puis plus résister à la peur dès que j’entends siffler un obus. Et cela depuis celui que j’ai reçu dans cette chambre, où j’écris…  je suis d’un émotif !! Il serait grand temps que nous soyons délivrés et que je n’ai plus de ces émotions qui m’usent et altèrent ma santé sans qu’on s’en doute. Entre 11h et 1h cela a fortement bombardé vers le Château d’Eau, le canal, le Four à Chaux derrière le cimetière du Sud. Vu Paillet commissaire central, qui en a assez comme nous tous. Causé un instant avec le Capitaine des Pompiers de Paris M. Giraud (à vérifier), il allait voir le médecin militaire qui cantonne ici proche en face l’Usine Benoist dite des Capucins. Tous deux ne sont pas réconfortants. Cela continue toujours à bombarder, pourvu qu’ils ne nous ennuient pas cette nuit. Mon Dieu ayez pitié de nous. Je souffre trop.

Anniversaire de la Fête de mon André. Pauvre petit, quelle triste jeunesse il aura eue. Triste et lugubre anniversaire pour moi, seul ici, abandonné, et avec une vie tragique, douloureuse, épouvantable, une agonie de 3 ans !!!

Mon Dieu protégez ce pauvre petit, faites qu’il travaille bien, conservez-le moi pour sa mère, lui, ses frères et sœur. Protégez mes 2 ainés qui sont si exposés au front. Ayez pitié, pitié de moi Seigneur de nous tous, de ma chère femme aimée, de mes chers enfants et faites que bientôt nous soyons tous réunis hors de tous dangers, pour toujours. Protégez-nous. Protégez-moi, ayez pitié de moi et ne me faites plus souffrir, je n’en puis plus. Faites que je ne succombe pas à cette vie douloureuse de martyr.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

29 novembre 1917 – Bombardement.

A 15 h, environ, tandis que nous travaillons tranquille­ment dans les bureaux de la mairie, 6, rue de Mars, un obus vient brusquement siffler pour éclater aussitôt à la clinique Bourgeois, rue de la Grosse-Ecritoire. Les bureaux se vident instantanément, sous le coup de la surprise et aussi de la crainte qu’il soit suivi d’autres projectiles, mais rien ne survenant ensuite, l’activité re­prend un moment après.

La police, dont les tables sont installées vis-à-vis des nô­tres, dans le cellier du 6 de la rue de Mars, reçoit, sur la fin de l’après-midi, un coup de téléphone de la place, pour faire prévenir la population que l’on craint un violent bombardement avez gaz ; l’alerte nous est transmise immédiatement.

A cette nouvelle, nous nous demandons d’abord ce que l’on peut savoir à l’avance des intentions de l’ennemi et ce qui permet de lancer pareil avertissement.

Par prudence, je prends toujours mon masque, en quittant la mairie pour rentrer rue du Cloître 10.

La soirée de passe comme d’habitude.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 29 – Paris. Réunion pour le Codex. Visite du Colonel Keller, de Mgr Chesnelong. Assistante des Chanoinesses de Saint-Augustin de Burnot qui cherche le moyen de reprendre pied en France. Mme Noël ; Belavary, Henriot. Soupé à Saint-Sulpice avec le P. Janvier, René Bazin, Mgr de Chalons. Bombes à Reims, dont une à l’endroit où fut tué le petit Jean (… Malvet) notre voisin ; une sur le Lycée ; une 3ème pas loin (400 en tout dit l’Éclaireur de l’Est du 1“ décembre).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 29 novembre

Dans la région de Saint-Quentin, nous avons aisément repoussé deux coups de main ennemi. Nos patrouilles opérant à l’ouest de Tahure et dans la région de Samogneux, ont ramené des prisonniers, dont un officier.
Une tentative de coup de main sur un de nos postes, à l’ouest du bois Le Chaume, a échoué.
Il se confirme que notre attaque sur les positions allemandes, au sud de Juvincourt, a coûté des pertes très sérieuses à l’ennemi. Le chiffre des prisonniers que nous avons faits, dans cette affaire atteint 476. Dans le matériel capturé, nous avons dénombré 13 mitrailleuses, 3 lance-grenades, 3 canons de tranchées et 400 fusils.
Sur le front anglais, vifs combats. Les attaques locales de nos alliés dans la région de Fontaine-Notre-Dame et de Bourlon ont donné lieu à de violentes contre-attaques. L’ennemi ayant reçu des renforts, oppose une résistance obstinée. La journée a été marquée par des alternatives d’avance et de recul. Les troupes britanniques ont fait plus de 500 prisonniers et porté leurs lignes en avant. Ils ont repoussé une offensive allemande sur l’éperon à l’ouest de Moeuvres.
Combats ordinaires sur le front italien. Quatre avions ennemis ont été abattus.
L’adjudant Krylenko, généralissime maximaliste a fait tenir au grand état-major allemand, par des parlementaires, sa proposition d’armistice.
La conférence interalliée, où vingt et une nations sont représentées, s’est ouverte à Paris sous la présidence de M. Clemenceau.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 28 novembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 28 novembre 1917

1174ème et 1172ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Nuit calme. Temps nuageux, brumeux, et comme disait Henri IV à ses gardes du corps Ménéhildiens (habitants de Ste Menehould (51)): « Il Mousine !! » (Pleuvoir d’une pluie fine) L’expression est encore courante dans notre noble Champagne, que de fois dans mon pauvre village natal de Saint-Martin-aux-Champs les braves paysans me disaient-ils : « Oh ! M’sieur Louis. Y mousine fort à c’matin !! » Temps triste, sombre, les soirées sont longues. Je pleure le soir. Je pleure sur les miens, sur mes soldats, mes petits, ma pauvre femme et sur moi-même. Car ! quelle vie !! est la mienne ! Vu à 10h Beauvais qui me remet des dossiers d’appel pour les allocations militaires. Je vois le sous-préfet M. Bailliez, qui très aimablement (Beauvais m’avait prévenu) me demande de lui faire sa souscription à l’Emprunt. « Je veux mon cher juge de Paix (Osmont ne nous écoute pas, ni Herbaux, ni le Garde des Sceaux !) faire acte de bon Français entre vos mains en souscrivant à la Banque de France de Reims, à Reims !… Il a pris 24 F de rente, soit 411.60 de versés.

Oh ! que Dieu me pardonne ! est-ce exact que je suis le seul à recevoir sa souscription ? ou est-ce Diplomatie ? Alors Charles, receveur municipal ! Fréville receveur des Finances de Reims ! auraient reçu la même souscription ?… Je le saurai ! Mais je suis bon physiologiste et bon psychologiste. Je crois que M. Bailliez est sincère… J’en suis d’autant plus touché.

Bref mes souscriptions marchent tout doucement, il est vrai que les petits ruisseaux font les grandes rivières ! Je le souhaite pour Reims. Et je serais heureux pour le renom de ma chère cité que nous ayons à la Banque de France une belle souscription totale ! Le petit tabellion de Reims aura fait ce qu’il aura pu du moins pour sa Ville, pour la France.

6h1/2 soir  Reçu la visite de M. Gilbrin, Directeur de la succursale de la Banque de France de Reims. Je lui ai remis En compte 8 060 F. A peine parti reçu 3 souscriptions, dont une de 300 F de rente, soit 5 124,50 F en or, par l’abbé Debout, vicaire de St Jacques de Reims, actuellement curé intérimaire de Champfleury et Villers-aux-Nœuds, qui a déniché là-bas un trésor chez des paysans qui se sont décidés à s’en séparer, mais il parait que ce n’est que le 1/4 de la cachette, et le bon abbé m’a promis qu’il me remettrait le reste, 20 000 F d’or enterrés à quelques centaines de mètres des allemands !! C’est fabuleux. J’ai insisté auprès de l’abbé pour qu’il déleste les vieux cachottiers de leur magot. Je crois qu’il y arrivera.

J’ignore qui, mais je dois les connaitre m’a dit l’abbé, mais il a promis de ne pas dire révéler leur nom. Et on dira que les curés ne sont pas utiles à quelque chose ! Quand ce ne serait que pour faire déterrer les vieux pots à or. C’était caché dans des bouteilles à fruits !

Vu un moment Charles Heidsieck qui repart à Paris demain.

Fait quelques courses, et ensuite rentré faire mes écritures d’emprunt et refaire mes 5 rouleaux d’or. L’abbé m’a remis exactement 5 180 F en or. Je suis assez fatigué. Avec les 60 F or déjà touché, 5 180 + 60 = 5 240, cela fait 5 240 F d’or.

Il parait que ces vieux avares n’osaient plus donner leur or de peur qu’on ne les inquiétât pour ne l’avoir pas versé plus tôt. L’abbé n’a pas hésité alors à leur proposer de servir d’intermédiaire en disant que je me chargerai du reste. Cela deviendrait anonyme avec moi. Et çà a marché. J’ai dit à l’abbé de me rapporter le reste au plus vite, et de dire à ses…  clients qu’ils ont raison de se défaire de leur or, car bientôt on démonétisera tout l’or antérieur à la Guerre… Alors !…  les vieux marcheront d’emblée. Et moi j’aurais eu une souscription pas banale ! Que n’aurais-je vu ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

28 novembre 1917 – Bombardement, le soir, sur Saint-Charles.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Paris : rentrée de l’Institut Catholique. Ephrem est frappé d’une congestion cérébrale, dans une rue montant à Montmartre, rue du Chevalier de la Barre. Il est conduit chez les Frères de Montmartre. Je l’ai visité le soir ; il était mieux. Reçu Croix de Saint-Georges de Russie. J’ai trouvé le Diplôme et la Croix dans son écrin sur la table de l’Assemblée, à ma place (grande surprise en ouvrant l’écrin), je n’ai rien dit à personne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

L’ordre impérial et militaire de Saint-Georges, martyr et victorieux, est un ordre honorifique russe qui récompense exclusivement les mérites militaires.

En savoir plus sur la Croix de Saint-Georges


Mercredi 28 novembre

Actions d’artillerie assez vives en Belgique, dans la région de Juvincourt et sur le front du bois Le Chaume.
En Champagne, un de nos détachements a pénétré dans les tranchées allemandes au nord-est de Prunay. Après avoir exploré les positions, il est rentré, au complet dans ses lignes.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons exécuté avec succès une opération de détail au nord de la cote 344 et réduit un îlot de résistance ennemi.
Sur la rive gauche, aux abords de Béthincourt, nous avons fait des prisonniers. De même en Lorraine, nous avons réussi un coup de main près de Nomény.
Les Anglais ont brisé une contre-attaque au coin nord-est du bois de Bourlon.
En Macédoine, nous avons repoussé de petites attaques bulgares. Canonnade dans la région de Monastir.
L’aviation anglaise a bombardé la gare de Drama et les environs de Sérès.
Les Austro-Allemands ont lancé une forte attaque sur les positions italiennes du col Berretta, à l’est de la Brenta. Ils ont été obligés de se replier après avoir subi des pertes très élevées et en laissant des prisonniers.
En Albanie, l’ennemi a également subi un échec au sud-est de Berat.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 27 novembre 1917

Louis Guédet

Mardi 27 novembre 1917

1173ème et 1171ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie toute la nuit, brume dans la journée. Triste journée, à 5h du matin coup de main violent qui me réveille et m’empêche de me rendormir. Lettre de ma chère femme, tout le monde va bien.

Mes souscriptions montent tout doucement. Je ferais tout de même un chiffre.

Après-midi 2h Réquisitions militaires jusqu’à 5h1/2 du soir, avec le nouveau sous-intendant à 2 galons, M. Raux, avoué à St Omer (Georges Raux (1869-1948)), qui connait très bien Paul Benoit, avocat en la même ville, il a été camarade de collège avec Maurice Lengaigne, le si fidèle ami avec Maurice Mareschal. Il a fallu, hélas, que je les perde tous deux. Il m’a promit d’écrire à Benoit pour me rappeler à son souvenir. Il parait charmant et avec un esprit absolument conciliateur. Nous avons solutionné par conciliation toutes les affaires, sauf une ou 2. (Rayé) cela doit tenir à la (rayé). J’étais gêné pour lui. Ce sont les (rayé).

Voilà ma journée assez occupée, mais comme les autres, triste et lugubre. Je suis si seul !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – Bombardement, le soir, vers les Promenades et au-delà du canal.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le pont sur le canal


Cardinal Luçon

Mardi 27 – + 4°. Nuit tranquille : canonnade de 3 h. à 5 h. un peu au loin, mais pas très loin. Vers 5 h. 30, les éclairs illuminaient le jardin. Dé­part pour Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 27 novembre

Sur la rive droite de la Meuse, grande activité de l’artillerie au nord de la cote 344, où nos troupes organisent les positions qu’elles ont conquises.
Un coup de main sur nos petits postes de la région de Bezonvaux a échoué sous nos feux.
Sur le front britannique de Cambrai, l’ennemi n’a pas renouvelé ses attaques sur les positions de Bourlon. La situation reste inchangée.
Activité d’artillerie considérable dans le secteur de Passchendaele, au nord est d’Ypres. Fusillades sur le front d’Ypres.
Les Italiens ont fait 200 prisonniers en Vénétie. Des bombes ont été jetées sur Venise par les aviateurs ennemis.
En Macédoine, les patrouilles anglaises ont fait des prisonniers à Kalendra (ouest de Sérès). Nos alliés ont repoussé plusieurs offensives bulgares à l’ouest du lac Doiran.
L’état-major allemand délibère sur l’offre d’armistice qu’il a reçue des Leninistes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 26 novembre 2017

Louis Guédet

Lundi 26 novembre 1917

1171ème et 1169ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Temps froid, il serait tombé de la neige aux environs. Temps élevé et froid…  J’attends et j’ai attendu la foule des souscripteurs, qui s’est résumée par un seul pour 2 fois 4 F de rente !! Et c’est tout. Il parait qu’il en a été de même à la Recette des Finances ! Cela ne me surprend pas, il n’y a plus personne ici qui put souscrire. Vu un instant Beauvais qui m’apprit que l’adoption de Reims par la Ville de Chicago était une blague, et il m’a confié qu’il était plutôt question de New-York. Çà je le comprendrais ! et pour Reims la plus flagellée la capitale des États-Unis serait toute indiquée. Enfin attendons. Qui vivra verra. L’adoption de New-York en même temps que la décoration de Reims, ce serait parfait.

Reçu 2 lettres de ma chère femme avec la photographie de Robert avec sa Croix de Guerre. Il est bien. Il ne manque plus que Jean avec ses 2 étoiles. Pauvres chers enfants. Ma chère femme ne me dit rien de saillant. Elle souffre toujours. Pas une joie, pas un instant de tranquillité. Inquiétudes et angoisses, voilà mot lot, hélas !

6h  Une 2e souscription, Melle Payard, mon ancienne voisine du 40 rue des Capucins, pour 50 F de rente. Causé un peu… Le calme, et il fait froid. Il parait qu’il y a de la neige en haut de Montchenot, dans la forêt. Que mes soirées sont longues et tristes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille. + 3° Visite de 2 prêtres-soldats et d’un vété­rinaire de l’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 26 novembre

Sur la rive droite de la Meuse, nous avons exécuté une opération de détail au nord de la côte 344.
Sur un front de 3 kilomètres et demi, entre Samogneux et la région au sud de la ferme d’Anglemont, nos troupes ont enlevé la première et la deuxième lignes allemandes. Le chiffre des prisonniers dénombrés dépasse 800.
Sur le front britannique, la lutte a continué dans le bois de Bourbon et aux alentours. L’ennemi a contre-attaqué à plusieurs reprises. Les Anglais ont d’abord reculé hors du village de Bourlon et sur la crête, dans le bois, puis ils ont rejeté les Allemands de la crête et rétabli leur ligne sur la lisière nord du bois. L’ennemi les a de nouveau forcés à se replier à l’angle nord-est. Ils ont enfin repris le village et la presque totalité du bois.
Les Italiens restent maîtres de leurs positions de Vénétie en dépit de nouvelles attaques austro-allemandes.
En Macédoine, canonnade active dans la région de Doiran et à l’ouest de Monastir. A l’ouest du lac Doiran, un détachement bulgare a été mis en échec et a laissé des prisonniers aux mains des troupes britanniques.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Crédit photo : Francebleu.fr

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Dimanche 25 novembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 25 novembre 1917

1171ème et 1169ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Tempête de vent et de pluie toute la nuit. La bataille a fait rage. Bref un tintamarre infernal. Mal reposé.

Ce matin messe de 7h1/2. Courrier. Lettre du Procureur de la République m’autorisant à représenter la Banque de France pour l’Emprunt. Cette affaire a été jusqu’au Garde des Sceaux, et il est bien stipulé que c’est comme notaire seul que je remplis ces fonctions !!

Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Mazzuchi, Mme Lambert, M. Minet de la Croix-Rouge, Hodgson vice-consul d’Angleterre et moi. Menu : cervelle frite, gigot de mouton haricots, tarte aux pommes, fromage, dessert. Mesnil 1904 et G.H. Mumm. Conversation insignifiante, « des papotages ». Rien d’intéressant. Rentré finir mes lettres que j’ai portées à la Poste, et de là fait un tour par l’allée des Tilleuls entre le pont de la rue Polonceau et le Pont-Neuf le long de la Vesle, vent vif et froid, du soleil. Le long de la Vesle vu un brave homme qui, avec un râteau, ramassait le cresson qui paraissait beau. Il avait l’air de connaitre les bonnes places, il vendait la poignée 0,20.

Rentré vers 4h1/2 et lu les journaux, écrit quelques lettres, mais je suis bien triste. En sortant le long du canal je pleurais en songeant à ma pauvre femme et mes pauvres enfants dont je suis séparé depuis 40 mois !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 25 – + 7°. Pluie. Tempête. Visite du Payeur Général de l’Ar­mée au sujet de l’Emprunt. Visite du Colonel traducteur de la lettre du Dr Hugues des… Retraite du mois. Commencé le 2éme volume de la Somme de saint Thomas, texte latin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 25 novembre

L’ennemi a tenté plusieurs coups de main sur nos lignes, notamment dans la région de Courcy et en Argonne. Il n’a réussi qu’à subir des pertes, sans obtenir aucun résultat.
En Champagne, nous avons fait des prisonniers au cours d’une incursion à l’est d’Auberive.
Dunkerque a été bombardée par avions. Pas de victimes. Dégâts matériels insignifiants.
Les Anglais ont fait des opérations réussies près de Cambrai. Ils ont emporté les crêtes de la région du bois de Bourlon et progressé aux abords de Fontaine-Notre-Dame. Entre Moeuvres et Quéant, les Écossais ont pris un important éperon dominant la Hindenburg. Depuis le 20, ils ont capturé plus de 100 canons.
Échec des Austro-Allemands sur le front de Macédoine.
Les Ita1iens ont à nouveau brisé des offensives en Vénétie.
Les troupes anglo-égyptiennes se sont emparées du tombeau de Samuel, aux abords de Jérusalem. Elles se sont légèrement repliées sur un autre point, à la suite de vives contre-attaques de la part des Turcs.

Source : La Grande Guerre au jour le jour



guerre 14-18 tank anglais détruit dans le bois de Bourlon novembre 1917 copyright : Archives Fédérales Allemandes -1433506900

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Samedi 24 novembre 2017

Louis Guédet

Samedi 24 novembre 1917

1170ème et 1168ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Forts et violents combats devant et au nord de Reims. Tempête de vent toute la nuit et toute la journée. Ce sont les Avents ! (vents de décembre évoqués dans le dicton : « Quand secs sont les Avents, abondant sera l’an ») Les 4e depuis la Guerre que j’entends avec le souffle et le hurlement des obus ! C’est à décourager.

Ce matin lettre du Procureur de la République qui me demande de lui désigner la commune de mes cantons où je pourrais éventuellement tenir audience et en fixer le nombre par mois !!!… Voilà que la comédie recommence, moi qui croyais comme le sous-préfet et Beauvais que c’était une affaire enterrée ! Lenoir aussi qui avait vu Leroux, le chef du personnel à la Chancellerie, et lui avait promis de n’en plus parler ! Vu aussitôt le sous-préfet qui était justement là à la Poste. Il a bondi devant cela, d’autant qu’il a fortement le Procureur dans le nez, ainsi que Chapron le Préfet, (qui est protestant, ce que j’ignorais) depuis l’histoire des casiers judiciaires n°2 dont un autre cas s’est présenté ces jours-ci encore ! Bref Bailliez m’a dit qu’il allait en parler au Préfet et lui dire ce qu’il pensait de la façon dont on tenait compte de ses avis. Car Bailliez et Chapron avaient donnés un avis absolument défavorable à mon déplacement. Il m’a prié de demander à Beauvais d’écrire à Lenoir de suite pour que celui-ci aille à la Chancellerie mettre le holà, ce que j’ai fait, et Beauvais a même joint une copie de la lettre du Procureur. Vu l’après-midi le Maire qui a approuvé tout ce qui avait été fait par moi, et m’a dit d’attendre la réponse et l’avis de Lenoir, et qu’on aviserait ensuite si cela ne marchait pas. Je dois, d’accord avec tous, laisser traîner ma réponse aussi longtemps que possible, pour gagner du temps et laisser Lenoir se retourner. (Rayé) pour bien peu de choses (rayé) mais (rayé). Espérons que c’est moi qui aurai raison.

Rentré finir mon courrier. Ecrit à Bossu et M. et Mme de Vroïl qui partent à Cannes. Demain dimanche, journée qui m’effraie toujours par sa longueur et sa lourdeur à passer. Heureusement que je vais déjeuner au Cercle, ce sera 2 ou 3 heures de passées. Tout cela m’attriste et me décourage, car je sens que je suis en but à toutes sortes de rancunes, et pourquoi ? Pour avoir fait mon Devoir et l’avoir compris autrement que tous ces froussards.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 24 – + 1 Io. Nuit tranquille, sauf canonnade vers 4 h. 30 ou 5 h. matin. Terminé le 1er volume de la Somme de saint Thomas, texte latin qui me montre une image dont le sujet est l’archevêque de Reims et la ville de Paris. Obus vers 7 h. soir : 6 dans le voisinage de M. Abelé, rue de la Justice, dont 2 ou 3 dans sa maison pendant qu’il soupait dans la cave.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 24 novembre

L’artillerie, est restée active dans les secteurs de Cernay et de Juvincourt. Nos feux ont enrayé une attaque ennemie sur la gauche des positions que nous avons conquises.
Nos patrouilles opérant vers l’Ailette ont ramené des prisonniers et infligé des pertes à l’ennemi. Au nord-ouest de Reims et en Champagne, des coups de main sur nos postes n’ont obtenu aucun résultat.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie s’est maintenue vive.
Les Austro-Allemands ont attaqué un point important sur le plateau d’Asiago. Cette offensive a été menée avec une violence extrême. La première armée ita1ienne a réussi à maintenir toutes les positions et à repousser l’adversaire, qui a subi des pertes élevées. 200 prisonniers ont été faits.
D’autres attaques ont été exécutées par les Austro-Allemands entre la Brenta et la Piave. Plusieurs positions ont été à plusieurs reprises perdues et réoccupées par nos alliés, qui sont définitivement restés maîtres du terrain. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
Guillaume II a réuni un conseil de guerre à Berlin pour aviser aux moyens d’arrêter l’avance anglaise en Palestine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 23 novembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 23 novembre 1917

1169ème et 1167ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours le même temps gris. Combats violents vers 8h du soir hier et 3h du matin. A 8h du soir des obus asphyxiants rue du Champ de Mars, chez Delancin (à vérifier) et de Mumm. M. Mazzuchi consul d’Italie qui habite là a été un peu incommodé pas ces gaz qui sentent l’échalote… Dans la journée le calme. Courrier ordinaire, pas de lettres de St Martin. Le voyou de la censure de Châlons continue. Il se fera pincer un jour. Reçu visite de M. Ricoul, chef de la comptabilité de la Banque de France, de Reims. Explications, mise au point, etc…  pour l’emprunt. Il m’a quitté à midi 3/4. Après-midi été voir mon vieil expéditionnaire le papa Millet et lui porter un peu de travail. Rentré pour travailler après avoir acheté l’Écho de Paris qui m’apprend rien d’autre sur la Grrrrande victoire des Britanniques devant Cambrai ! Quelle comédie !! Rien vu, rien appris en route qui valent la peine d’être noté. Causé une seconde avec Charles, Receveur municipal et Beauvais. Je suis fourbu !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 23 – + 10°. Après-midi, visite aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul pour Fourneau économique. Via Crucis in Cathedrali à 4 h. Visite de M. Clesse.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 23 novembre

Lutte d’artillerie intense au nord du Chemin-des-Dames, entre Aisne et Miette et en Champagne. Les Anglais ont, jusqu’ici, libéré 12 villages autour et en avant de Cambrai et fait 8000 prisonniers.
Les Italiens ont vigoureusement contenu les offensives austro-allemandes sur le front de la Piave.
En Macédoine, actions d’artillerie sur la basse Strouma, dans le secteur du Vardar et dans la région de Monastir, où nous avons exécuté des tirs de destruction sur les batteries ennemies.
La disette s’accroît en Russie, où plusieurs armées se plaignent de manquer de tout.
L’Allemagne a annoncé une nouvelle extension de son champ de blocus maritime.

Sources : La Grande Guerre au jour le jour


Chemin des Dames – par Mayu

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Jeudi 22 novembre 1917

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Jeudi 22 novembre 1917

1168ème et 1166ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Hier soir à 9h1/2 bataille assez violente devant Reims, qui a durée 3/4 d’heure. Le reste de la nuit a été calme. Ce matin été messe de 7h1/2, rue du Couchant, dire par l’abbé Camu pour Maurice Mareschal dont c’était l’anniversaire du décès. Trois ans ! Il me semble que c’est d’hier !! Gustave Houlon servait la messe, de Bruignac était là, Melle Payard, Mme Colin, en tout une 10aine (dizaine) de personnes. Rien d’extraordinaire au courrier. Journée triste et lugubre, temps gris, maussade. Les journaux annoncent à grands coups de tambour le succès des anglais sur Cambrai !! Quelques kilomètres et c’est tout. Il n’y a pas lieu de tant crier, hélas ! Été au cimetière du Nord vers 9h1/2, quel désastre que ce malheureux cimetière bouleversé. J’étais seul et en arrive à avoir peur dans ce champ de repos. J’avais fait mettre une gerbe de fleurs dans la chapelle qui est encore intacte, à part une petite fenêtre dont les vitraux ont été cassés par le culot de 210 de l’autre jour. (Rayé).

Rentré chez moi, en passant par l’Hôtel de Ville causé un instant avec Raïssac et Houlon qui m’a accompagné jusqu’à ma porte, il allait aux Hospices. Un souscripteur m’attendait pour souscrire 8 F de rente, 132,20 F. Ce sera dans la moyenne de mes souscriptions je crois… Les petites bourses, pas les grosses… Demain j’aurai la visite du chef de la comptabilité de la Banque de France qui vient me donner ses instructions, et des affiches et imprimés. M. Gilbrin m’annonce qu’il viendra me voir la semaine prochaine. Voilà ma journée, tristesse monotone comme tant et tant d’autres passées, et…  quand cela finira-t-il !

8h10 soir  Depuis 7h combat vers Pommery et Cormontreuil, cela n’a pas cessé jusqu’à maintenant, mais voilà les allemands qui commencent à envoyer des obus vers Cormontreuil, qui sifflent au-dessus de nos têtes. Désagréable musique ! à laquelle on ne se fait pas, et à laquelle je n’étais plus habitué.

Cela passe haut, mais n’empêche que c’est désagréable. Que vont-ils nous réserver pour cette nuit. Mon Dieu protégez-moi. Ayez pitié de moi. Je ne me sens plus le courage ni surtout la force de résister à des bombardements comme jadis… On est réellement plus impressionnable. Ma bonne me le disait tout à l’heure : « Monsieur, vraiment on ne peut plus entendre un obus, çà vous énerve !… » Oui, cela vous brise, vous angoisse et vous torture. Et voilà près de 40 mois que nous vivons cette vie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – A 19 h 1/4, tir serré de nos pièces jusqu’à 21 h.

Bombardement à gaz, faubourg de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – + 10°. Temps couvert. Soir de 6 à 9 h. 1/2, violente canon­nade française : éclairs magnifiques du côté de Courcelles et de l’est. Vi­site à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


Jeudi 22 novembre

Nous avons réussi plusieurs incursions dans les lignes allemandes au nord et au sud de Saint-Quentin et ramené des prisonniers.
Une opération sur la Miette nous a valu de faire 175 prisonniers, et de progresser sur un front d’un kilomètre.
L’attaque anglaise entre Saint-Quentin et la Scarpe a été couronnée de succès. Les troupes britanniques ont pénétré dans les positions allemandes sur une profondeur de 6 à 8 kilomètres et sur une longueur considérab1e. Elles ont fait plusieurs milliers de prisonniers et capturé un certain nombre de canons.
Le premier système de défense de la ligne Hindenburg a été enlevé, puis, à 1500 mètres de là, le deuxième système. Les hameaux de Bonain, la Vacquerie, Rebecourt, Flesquières, Havrincourt, Marcoing, et le Bois-Neuf, Grancourt et Anneux ont été occupés. A l’est d’Epehy il y a eu aussi une avance sensible.
Les Italiens ont repoussé dans les montagnes, entre Brenta et Piave, une nouvelle succession d’attaques austro-allemandes.
Les troupes britanniques sont arrivées à 9 kilomètres de Jérusalem.
Les commissaires du peuple maximalistes de Petrograd ont prescrit l’ouverture de négociations avec les Austro-Allemands en vue de la conclusion d’un armistice.

Sources : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 21 novembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 novembre 1917

1167ème et 1165ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante, brouillard tombant toute la journée, on se serait cru à Londres. Bataille la nuit. Bataille toute la journée vers Cormicy, Berry-au-Bac, Corbeny. Roulement formidable. Quelques obus dans la journée. Journée triste, humide, lourde, déprimante !

Vu le sous-préfet ce matin, assez monté contre le Procureur de la République qui aurait délivré un casier judiciaire n°2 au Maire de Mareuil-sur-Aÿ pour un garde sans passer par lui !! Rigoureusement M. de Courtisigny n’aurait pas dû le faire, mais c’est dans l’usage à la condition que la demande du Maire soit appuyée de la signature de l’Intérieur. La loi de 1910 n’autorise pas les Maires à se faire délivrer ces casiers n°2 qui du reste, outre les condamnations, contiennent aussi des renseignements confidentiels sur les personnes. Mais il s’apaise vite. Il est très vif, mais 1h après il n’y parait plus…

Reçu la lettre pastorale du Cardinal Luçon pour faire appel aux fidèles pour l’Emprunt. Lettre plutôt terne. S.E. a subi l’influence de ses 2 Éminences grises, Mgr Neveux et le chanoine Compant ! J’ai envoyé un exemplaire de cette lettre (ci-jointe) à M. Gilbrin et M. Dubosc de la Banque de France.

Après-midi après mon courrier été jusqu’à l’Hôtel de Ville, causé avec Raïssac et de Bruignac, puis rentré chez moi, triste, les larmes aux yeux, ma vie est d’une telle tristesse ici. Rencontré en route le bon R.P. Desbuquois toujours affectueux, charmant.

Appel du Cardinal Luçon en pièce jointe.

En entête les armes du Cardinal, avec sa devise : « In fide et lenitate » (Dans la foi et la douceur »)
Lettre répertoriée n°103

Nos Très Chers Frères,

La France fait un nouvel emprunt de guerre.

Je ne songe point à vous exposer les avantages qu’il présente aux souscripteurs : il n’est pas dans notre rôle de conseiller des placements d’argent. Je viens seulement vous dire : La France fait appel à ses enfants ; cet appel doit être entendu.

Jamais guerre n’a mobilisé tant d’hommes, exigé tant d’armes, dépensé tant de munitions. Personne ne peut s’étonner qu’elle coûte cher ; nul de ceux qui possèdent ne saurait refuser à l’Etat les ressources dont il a besoin.

La guerre nous a été imposée : il faut bien que nous la soutenions. Nous ne pouvons pas déposer les armes tant que l’ennemi foule le sol de la Patrie, tant que nos frères des Ardennes et des départements envahis ne sont pas libérés, tant que le chemin du retour n’est pas rouvert à ceux que l’émigration forcée, l’évacuation d’office, ou la déportation ont dispersés loin de leurs foyers.

Actuellement, les conditions de paix que nous ferait l’ennemi ne seraient ni honorables, ni justes pour nous. Si, au contraire, nous tenons jusqu’à la victoire, nous pourrons exiger la réparation des pertes qu’il nous a injustement causées ; il sera mis dans l’impossibilité de recommencer la lutte ; les pères éviteront à leurs enfants les horreurs de la guerre et leur assureront un long avenir de paix.

Sur tout le front de nos armées, nos soldats sont admirables d’énergie, d’ardeur, d’endurance, ils ne nous ménagent pas leur sang : comment à l’arrière un français hésiterait-il à donner à la Patrie un peu de son argent ?

Les Catholiques ont fait noblement leur devoir durant la guerre : il n’est personne qui ne le reconnaisse. D’innombrables traits d’héroïsme de la part des soldats chrétiens enrichiront nos annales ; à l’intérieur nous avons loyalement pratiqué l’Union sacrée ; nous avons jusqu’ici généreusement répondu aux appels de l’Etat. Les Catholiques seront fidèles au devoir jusqu’au bout.

Que Dieu bénisse nos sacrifices, et les récompense par une paix honorable, réparatrice et durable !

Reims, le 19 Novembre 1917

† Louis-Joseph. Card. LUÇON
Archevêque de Reims

Imprimerie de l’Archevêché, 6 – 8, rue du Préau, 10 – 12, rue Robert-de-Coucy, Reims.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – Attaque allemande du côté de Bétheny ; nous entendons les explosions des torpilles sur les tranchées.

Bombardement à 21 h 1/2 et riposte sérieuse de notre ar­tillerie, pendant trois quarts d’heure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 21 – + 11°. Pluie. Rénovation des Promesses cléricales à 3 h. Allocution de Mgr Neveux. A 9 h. violente canonnade française, éclairs (de canons) magnifiques. On dit que toute la nuit on a entendu la canonnade au loin, vers Berry-au-Bac et au-delà.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Berry-au-Bac


Mercredi 21 novembre

Au nord de Saint-Quentin, nous avons aisément repoussé un coup de main ennemi sur la rive gauche du Fayet.
Sur la rive droite de la Meuse, après un intense bombardement du front Bezonvaux-bois Le Chaume, les Allemands ont attaqué nos positions au nord du bois des Caurières, sur une étendue d’un kilomètre environ. L’attaque brisée par nos feux, n’a pu aborder notre ligne avancée que sur un très faible espace. Les fractions ennemies qui avaient pu y prendre pied ont été rejetées pour la plupart par notre contre-attaque immédiate.
Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main heureux à l’est d’Ampoux.
Elles ont effectué avec des résultats satisfaisants, une série d’opérations entre Saint-Quentin et la Scarpe. Une grande quantité de matériel et un certain nombre de prisonniers sont tombés entre leurs mains. Les opérations aériennes ont été rendues très difficiles par le temps, devenu brumeux et orageux.
Les Italiens ont repoussé quatre violentes attaques austro-allemandes et fait 300 prisonniers. Ils ont également arrêté un coup de main en Albanie.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du Vardar, dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir.
Les troupes russes ont repoussé une reconnaissance ennemie dans la région des lacs.
La cavalerie anglo-égyptienne est arrivée à 19 kilomètres de Jérusalem.
L’infanterie, d’autre part, a atteint une ligne située à 24 kilomètres de la ville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 20 novembre 1917

Louis Guédet

Mardi 20 novembre 1917

1166ème et 1164ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris triste, bombardement par grosses pièces durant la journée, les uns disent que ce sont nos pièces, les autres que ce sont des pièces de Marine prises aux russes par les allemands, qui tirent sur nous. Bonnes nouvelles des miens. Fait une adjudication de vins en bouteille rue Dieu Lumière, 27, chez Gardeux, pour le compte de la succession requête héritaire et légataire universelle les Hospices pour le compte de l’Étude Jolivet. Vente de vins que nous avons retrouvés après le pillage par les militaires !! J’ai fait environ 2000 F. Il ne restait qu’environ 500 bouteilles de vins médiocres. Les galonnards avaient su choisir ! Rentré chez moi, rencontré en route le Docteur Langlet, avec qui je suis allé acheter un journal. Tristes et angoissantes nouvelles. On parait craindre que les allemands ne violent la Suisse et nous attaquent vers Lyon. Du reste ces troubles de Zurich sont très inquiétants (émeutes ouvrières). Tout semble se conjurer contre nous au profit des Allemands ! C’est à désespérer de la Providence ! Mes pauvres enfants !!

Tout cela ne me donne pas les idées gaies, et avec la vie que je même !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Pas de publication du Cardinal Luçon


Mardi 20 novembre

Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie s’est poursuivie activement, et, notamment sur le front du bois Le Chaume.
Sur le front britannique, activité d’artillerie de part et d’autre. Des troupes écossaises du Warwickshire ont exécuté avec succès, un coup de mai vers Monchy-Le-Preux et à Greenland Hill, au nord de Roeux.
Les Italiens ont fait encore 200 prisonniers aux Austro-Allemands, qui continuent à masser des troupes entre la Brenta et la Piave, ainsi que sur le plateau des Sept-Communes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


A meal being served in the Red Cross hospital, Henley in Arden. c. 1917
Crédit photo  (Warwickshire County Record Office)
Reference: PH, 350/2664, img: 3491

 

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Lundi 19 novembre 1917

Louis Guédet

Lundi 19 novembre 1917

1165ème et 1163ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit a été calme. Ciel couvert, gris, plutôt doux, ciel de novembre. Quelques obus durant la journée.

Ce matin rien de saillant. Cherché mon courrier à 10h, pas mal de lettres. Puis après les avoir ouvertes et parcourues, été rue Dieu Lumière, 27, pour faire un recollement de l’inventaire Gardeux pour mon confrère et ami Jolivet, avec Dondaine et Houlon pour les Hospices qui sont les légataires éventuels. Suivi toute la rue des Capucins, remonté la rue du Ruisselet jusqu’à la rue Simon que j’ai montée jusqu’à St Remy. Les écoles au coin de la rue du Ruisselet et de la rue Simon sont complètement effondrées. L’aile droite de la Maison de Retraite est fortement endommagée par le bombardement d’octobre dernier. Entré à St Remy, le maître-autel est dégarni de tous ses ornements. Il y a encore des vitraux de détruits dans des chapelles de la nef. Continué par la rue St Julien et enfin enfilé la fin de la rue Dieu Lumière. C’est là le désastre, les maisons à partir du 27 où j’allais sont pulvérisées… Trouvé personne, mes oiseaux étaient filés. Rentré chez moi en passant par les rues des Créneaux, du Barbâtre, Cardinal de Lorraine et du Cloître (pas de grands dégâts sans ces rues) pour donner des circulaires à imprimer à l’Éclaireur de l’Est pour la Chambre des notaires afin de prévenir les confrères mobilisés qu’ils peuvent être envoyés en permission du 23 novembre au 17 décembre 1917 pour recevoir les souscriptions au 3e emprunt, mais cette permission se confondra avec les 10 jours de permission de détente auxquels ils ont droit pour ce trimestre.

Après-midi porté mon courrier, écrit quantité de lettres, en route rencontré 3 ou 4 personnes qui m’ont dit qu’elles souscriraient chez moi ! Le bas de laine de Reims n’est pas encore complètement vide. J’estime que j’aurai surtout de petits souscripteurs, quelques centaines de Francs, quelques milliers de Francs.

Enfin me voilà passé sous Gouverne de la Banque de France à Reims !! Que n’aurais-je pas fait durant cette Guerre ?! A quelle sauce ne m’aura-t-on pas mis ! Durant ces 3 dernières années ma vie aura été un roman, terrible et formidable roman. Roman dont j’espère à pouvoir bientôt tourner le dernier feuillet pour ne plus le revivre…  Jamais !!

Reçu nouvelles de Robert qui va bien, ainsi que son frère Jean. Ils sont au Bois-le-Prêtre, secteur fort calme me dit-il.

Passé ce matin devant la statue de Louis XV, dont le Génie militaire entoure les soubassements de Pigalle par un mur de protection. Cela monte petit à petit, mais bien lentement à mon sens. J’en avertis M. Jadart, notre dévoué secrétaire général de l’Académie de Reims, et lui apprend que le musée Gallo-Romain qui était dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville est indemne. Je lui signale aussi que le monument de l’abbé Miroy, au cimetière du Nord, n’est pas encore protégé comme l’Académie en avait formulé le désir à la Municipalité de Reims.

Voilà ma journée…  bien remplie. Je suis fatigué, et puis aussi c’est la fatigue accumulée. Pourvu que je ne succombe pas !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 19 – + 6°. Nuit tranquille ; projections. 9 h. lourde canonnade française (?) qui ébranle les portes et le sol, de Méry-Prémecy, de Brimont, dit-on. Visite à M. Albert Benoit, non rencontré. Visite de Sœurs des Trois- Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 19 novembre

Activité d’artillerie au nord du Chemin des Dames, et vers le Schoenholz, plus vive au nord de la cote 344 (rive droite de la Meuse).
Dans la haute vallée du Skumbi, nous avons replié nos détachements de reconnaissance avancés. Ce mouvement n’a nullement été inquiété par l’ennemi.
Les Italiens continuent à se maintenir contre la pression austro-allemande, gagnant du terrain en plusieurs endroits. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 1200.
Les Anglais ont occupé le port de Jaffa, en Palestine; les Turcs refluent vers le nord.

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Dimanche 18 novembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 18 novembre 1917

1164ème et 1162ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps nuageux, brumeux et lourd. Le calme, quelques obus. Messe à 7h1/2. Fait en sortant de la chapelle du Couchant un tour avec Gustave Houlon, causé d’un tas de choses, et l‘ai un peu remonté au sujet de son ruban. Rentré chez moi travailler. Courrier, peu de choses. Bonnes nouvelles de mes 2 soldats par ma pauvre chère femme.

Porté mon courrier à 2h, remis clefs de la maison Houbart 18-20, rue Boulard au capitaine des pompiers de Paris qui désire mettre une de ses machines là. J’ai accepté, c’est une sécurité et une garde à proximité. Été voir mon vieil expéditionnaire le Papa Millet rue Souyn, 13. Il va mieux et m’a demandé du travail, et je n’en suis pas fâché car j’allais être débordé. Passé à Roederer voir la Supérieure des Religieuses de l’Hôtel-Dieu. Causé 1h ensemble de tout et de rien. Elle a comme pensionnaire le fameux Guernier, conseiller municipal, rouge populaire, un poivrot dont le nez rutilant rendrait des points au ruban rouge dont il a été récemment gratifié. Il parait qu’il reviendrait à résipiscence…  religieuse ??! Hum !! Le Diable se faisant ermite ?! Je n’y crois guère de sa part, il aime trop Bacchus !! Néanmoins il a fait son devoir ici, et il l’a payé d’une jambe…  mais la Légion d’Honneur à un type pareil !! Ne retrouvera-t-on pas un de ses jours sa Croix dans un ruisseau le long d’un trottoir, mélangeant son rouge écarlate avec la rutilance de son nez !! Triste.

En rentrant rencontré Camboulive, brigadier de Police, causé ensemble et comme nous parlions pillages, officiers froussards, etc… Il me dit : « Oh ! M. Guédet, autant j’étais cocardier avant la guerre, autant je suis…  je crois…  antimilitariste et surtout anti-galonnard. Je suis honteux de ce que j’ai vu, je vois, et entendu !! »

Il me contait avec colère ce fait que deux officiers avaient demandé à loger chez une brave femme de la rue de Courlancy, et qu’ils avaient exigé que cette malheureuse leur abandonne sa chambre et sa salle à manger sur rue (ouest) pour s’y installer et y coucher, et l’avaient reléguée sur le côté jardin (est) et pourquoi ? Parce que les obus arrivant du côté est, en se logeant du côté ouest sur rue il y aurait au moins 2 murs pour les protéger !! Et la pauvre femme ? Elle ? Peu leur chaut si elle était tuée !!… Et voilà nos officiers.

Rentré chez moi travailler à mes dossiers d’appel (allocations militaires) ayant appris qu’Albert Benoist était à Reims. Je vais en profiter pour solutionner tout cela.

Je suis fatigué, mais nous avons le calme, le grand calme.

Aujourd’hui ma première souscription à l’emprunt 1917 pour la Banque de France. 54 F de rentré contre 1011,85 encaissé. C’est le premier, le Père Pierre Caron, contremaitre chez Albert Benoist, 2, rue Piper, qui m’a bien recommandé de n’en rien dire à ce dernier !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

18 novembre 1917 – Bombardement sur le quartier Dieu-Lumière, à 15 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 18 – + 6°. Brouillard. Visite à Ay ; allocution. Visite à l’Am­bulance du Château de Aiala. Rentré à 4 h. 45, étant parti à 3 h. 30. C’était la Saint-Brice, fête patronale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 novembre

Activité des deux artilleries au nord de Courtecon; nous avons repoussé, en lui infligeant des pertes, un détachement ennemi qui tentait d’aborder nos lignes dans cette région.
Les Anglais ont exécuté une opération avec succès vers Passchendaele. De nouveaux éléments de défense ennemis sur la crête principale, y compris une ferme, fortement organisée, sont tombés aux mains de nos alliés avec un certain nombre de prisonniers.
Les Italiens ont repoussé des détachements austro-allemands, qui, sous la protection de l’artillerie, tentaient de franchir la Piave inférieure. Ils ont anéanti une partie de ces troupes et capturé plusieurs dizaines d’officiers et plusieurs centaines de soldats.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 17 novembre 1917

Louis Guédet

 

Samedi 17 novembre 1917

1163ème et 1161ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme. Temps gris bleuté élevé, froid. Je reçois à l’instant la lettre de M. Gilbrin, Directeur de la Banque de France de Reims, et qui doit être publiée par cette Banque.

Banque de France
Epernay 16 novembre 1917
Succursale d’Epernay                   

M.G.
A Son Eminence le Cardinal Luçon

Eminence,

J’ai l’honneur de vous adresser les prospectus du 3e Emprunt de la Défense Nationale qui doit avoir lieu du 26 novembre au 16 décembre.

En vous demandant de les envoyer également à votre clergé, la Banque de France vous serait particulièrement reconnaissante d’adresser un appel à vos suffragants et aux fidèles du diocèse qui ne resteront pas insensibles aux paroles éloquentes sorties de votre cœur de grand patriote.

Les mêmes paroles du Doyen des Cardinaux auront certainement un grand retentissement en dehors de votre diocèse et vous rendrez à nouveau, Monsieur le Cardinal, un grand service à la France.

Daignez agréer, Éminence, le respectueux hommage de votre dévoué serviteur.

Le Directeur de la Succursale de Reims
Gilbrin
25, rue Radziwill – Paris 1e

Je porterai cette lettre au Cardinal cet après-midi vers 2h.

5h1/2 soir  Peu de courrier et rien appris. Vu tout à l’heure S.E. Mgr Luçon pour lui remettre le pli de la Banque de France ci-dessus copié « in extenso ». Le cardinal a toujours été affectueux…  mais j’ai deviné que cette démarche de Gilbrin et Dubosc d’hier l’avait un peu gêné (ce que m’a confirmé l’abbé Lecomte que j’ai vu après) et voici pourquoi : Ces Messieurs demandaient une lettre, un mandement qui peut être interprété par eux comme un appel de la part de Mgr Luçon à tout le clergé et l’Épiscopat de France, or le Cardinal m’a dit très nettement qu’il ne pouvait faire cela, et c’est ce que n’ont pas compris Gilbrin et Dubosc. J’écris à ceux-ci pour leur faire bien sentir cette nuance. En tout cas la lettre sera faite et envoyée à tout le clergé du diocèse. C’est le principal. Le reste sera une question de doigté de la part de la Banque de France, et comme je l’écris à M. Gilbrin à celle-ci de monter que sa diplomatie peut égaler la diplomatie romaine. En quittant le cardinal vu l’abbé Lecomte avec qui j’ai mis l’affaire au point, et à qui j’ai pu dire plus facilement et sans fard ce que la Banque de France voulait et obtenir de lui déjà l’esprit de ce que sera l’esprit de cette lettre dans le cerveau du Cardinal Luçon. Bref çà ira. Çà colle… Et puis je veillerai au grain.

Rentré de ce pas chez moi. Rien d’extraordinaire dans les journaux, si ce n’est la constitution définitive du ministère Clemenceau. C’est Nail, député du Morbihan, avocat, qui devient Ministre de la Justice (Louis Nail, radical socialiste, décédé accidentellement après avoir été renversé par une voiture à Paris (1864-1920)). (Rayé). Souhaitons que Clemenceau montre sa poigne et sabre toute cette bande, Caillaux, Bolo, Turmel et Cie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. + 6°. Brouillard ; visite de M. Guédet pour l’Emprunt.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 17 novembre

En Belgique, les Allemands ont tenté d’enlever l’un de nos points d’appui au nord de Veldhoek. L’attaque a complètement échoué et a valu des pertes sensibles à l’ennemi.
Sur le front britanniqne, un coup de main a été exécuté avec succès au nord-est de Sampoux par des troupes du Worcestershire.
Les Italiens ont tenu sur tout leur front, du Stelvio à la mer et même contre-attaqué sur plusieurs points. Ils ont tendu sur la Piave de larges inondations qui ont arrêté l’ennemi.
Les troupes britanniques de Palestine sont arrivées à 5 kilomètres de Jaffa et menacent de plus en plus Jérusalem.
Le cabinet Clemenceau s’est constitué.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Clemenceau

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Vendredi 16 novembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 16 novembre 1917

1162ème et 1160ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps gris brumeux, le calme, sauf quelques obus sifflant au loin. Rien de saillant. Ce matin causé avec Beauvais de Houlon. Je lui disais que j’étais surpris qu’on ne songeât pas à lui pour la Légion d’Honneur. Celui-ci me dit qu’on lui tenait encore rigueur de ce qu’il avait donné au début de la Guerre sa démission qu’il n’avait reprise que 3 semaines après, il m’ajoutait que pour le moment Pierre Lelarge avait plus de chances que lui pour ce ruban, mais néanmoins Beauvais est convaincu qu’Houlon sera décoré. J’en serais bien heureux pour lui, car il l’a mérité plus que tout autres !

Déjeuné au Cercle avec M. Gilbrin et M. Dubosc, Inspecteur Général de la Banque de France, homme fort aimable, mais…  tout à fait dans les Eaux Gouvernementales et plutôt avancées ! Causé de tout et de beaucoup de choses. Nous avons mis au point tout ce qu’il fallait pour l’Emprunt que je suis chargé ici de recevoir pour la Banque de France. Ces messieurs avaient été rendre visite ce matin au Cardinal Luçon pour le prier de faire  un appel au fidèles du diocèse de Reims et des diocèses de ses suffragants par un mandement avec une lettre dont la Banque de France s’emparerait pour faire de la publicité et de la propagande. Ils en ont prévenu du reste le Cardinal. La Banque de France doit du reste faire poser des affiches genre américain avec le Cardinal en pied, fourragère et Légion d’Honneur au côté. Fourragère d’Honneur qui lui a été octroyée par le 152ème de ligne. Après déjeuné nous avons mis au point une lettre adressée au Cardinal par  M. Dubosc et M. Gilbrin, lettre que je remettrai demain à Son Éminence vers 2h. Nous nous sommes quittés très cordialement, et M. Dubosc paraissait enchanté de notre entrevue.

Fait quelques courses, rencontré l’abbé Camu, causé de la mort de son neveu, je lui ai donné quelques détails complémentaires à ce sujet. Le pauvre garçon a été tué aux côtés de Robert avec 3 autres et a eu la tête emportée. Robert reproche à son capitaine d’être la cause indirecte de sa mort. Celui-ci n’a rien fait pour protéger ses hommes durant ces 3 mois devant Verdun. (Rayé). Ensuite rentré chez moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 novembre 1917 – Très fort bombardement vers le dépôt du chemin de fer.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Source : Gallica


Cardinal Luçon

Vendredi 16 – Nuit tranquille ; + 6°. Temps doux. Visite du Directeur de la Banque de France, M. Gilbrin, et de l’Inspecteur Général des Finances, pour l’Emprunt. Via Crucis in Cathedrali à 8 h. Visite de M. Abelé. Discus­sion de son projet avec Mgr Neveux, de M. Compant.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 16 novembre

Nos reconnaissances, opérant dans la région de l’Ailette, ont fait des prisonniers.
Lutte d’artillerie assez violente sur la rive droite de la Meuse (les Caurières).
Sur le front britannique, des reconnaissances ennemies qui tentaient d’aborder les lignes de nos alliés, vers le bois de Polderhoek, au nord de la route de Menin, ont été rejetées en perdant des tués et des prisonniers.
Sur le front italien, les Austro-Allemands ont intensifié leur action depuis la zone de l’Asiago jusqu’à la vallée de la Piave.
Des colonnes qui se glissaient vers le Frigoli, au confluent de la Brenta et du Cismon, ont été arrêtées.
Une nouvelle tentative ennemie pour passer la Piave a été enrayée. Les troupes, qui ont franchi antérieurement le fleuve sont étroitement encerclées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 15 novembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 15 novembre 1917

1161ème et 1159ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le temps parait vouloir se mettre au beau. J’aimerais mieux le contraire, car ainsi nos voisins ne nous tirent pas dessus par temps sombre ou brumeux. Le calme.

Mis au point mon questionnaire L.D.H. (Légion d’Honneur) avec Beauvais. Causé longuement avec lui et le capitaine des Pompiers de Paris qui est déjà venu ici, et est un charmant homme. Rentré et reçu la visite d’un confrère de Lamballe (C. du N.) (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor depuis 1990) sous-lieutenant Lissilour (Pierre Joseph Lissilour, notaire (1876-1939)), officier d’ordonnance du Général Commandant le 34ème Corps d’Armée à Gueux. Il venait demander si je connaissais une cave à vendre. Je lui a répondu que je le regrettais, mais que je n’en connaissais pas, et que du reste il y avait peu d’espoir qu’il en trouve, attendu les pillages qui avaient été faits par la troupe ! Il n’a pas insisté, mais en causant j’ai remarqué ce phénomène qui m’a déjà frappé, c’est que le confrère admettait ces pillages dans une large mesure !! Quelle mentalité la Guerre aura donné à tous ces officiers (civils). Ainsi ce notaire qui a travaillé toute sa vie à empêcher le vol, les fraudes, admet maintenant le pillage !! Il fait partie du 80ème d’Infanterie.

Cet après-midi à la Poste Beauvais me présente au préfet, M. Chapron, qui était là avec Guichard, Lelarge, Charles, receveur municipal, Bailliez, sous-préfet, pour la décoration de Colson. La cérémonie eut lieu dans la salle des Postes où l’on nous distribue les lettres. Le Directeur de Châlons, M. Dorlhac de Borne (Alexandre Dorlhac de Borne (1862-1952)), prononça un discours de présentation et le Préfet fit de même en affirmant que tout allait pour le mieux ? etc…  Puis la remise du ruban à Colson, fort émotionné, eut lieu avec la remise de quelques médailles M.P.T.et T. (Médaille d’honneur des Postes, des Télégraphes et des Téléphones) à 5 ou 6 facteurs. Puis tous se dirigèrent vers une autre salle pour boire une flute de Champagne. Je me défilais, ayant autre chose à faire.

J’ai déjà le nom d’un officier qui ouvre les lettres à Châlons, Lieutenant Forgeron, contrôle 56. Je vais m’enquérir des autres noms, ensuite je verrai à connaitre le voyou qui ouvre continuellement les lettres que ma pauvre femme m’adresse !! Comme s’il allait découvrir une conspiration contre la République. On parle d’un ministère Clemenceau. Du moins ce sera un ministère à poigne, c’est ce qu’il nous faut…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – + 6°. Nuit tranquille. Brouillard épais. Visite de Mme la Du­chesse de Plaisance (de la Jumellière, Maine-et-Loire) et de Mme la Com­tesse d’Haussonville, sa mère ; de M. Henri Abelé. Expédition de la Lettre collective aux Évêques.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 novembre

Grande activité des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse.
Nos détachements ont réussi divers coups de main sur les lignes ennemies, notamment au sud-est de Saint-Quentin à l’est de Sapigneul, au bois Le Chaume, et ont ramené une dizaine de prisonniers.
A la suite d’une recrudescence de canonnade, l’ennemi a attaqué les positions occupées par les troupes britanniques sur les hauteurs au nord de Passcchendaele.
Les Autrichiens ont tenté un coup de main violent sur les positions italiennes, du lac de Ledro au lac de Garde. L’attaque a complètement échoué et l’ennemi s’est retiré.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Sapigneul

 

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