• Tag Archives: Rue du Couchant

Lundi 14 mai 1917

Cardinal Luçon

Lundi 14 – + 18°. A4 h. matin, bombes. A 8 h., visite des rues sinistrées hier : rue Chanzy, du Couchant, Hincmar, Brûlée, et Venise. Visite au Père Desbuquois au Collège Saint-Joseph.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 14 mai

Les deux artilleries se sont montrées assez actives entre la Somme et l’Oise et sur le front de l’Aisne. L’ennemi a prononcé de violentes attaques sur le plateau de Craonne, au nord de Reims et dans la région de Maisons-de-Champagne.
Toutes les attaques ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie et ont reflué après avoir subi de lourdes pertes. Nous avons fait des prisonniers.
Dans la région de Verdun, nous avons exécuté deux coups de main qui ont parfaitement réussi et nous ont procuré un certain nombres de prisonniers.
Les Anglais on repoussé deux contre-attaques sur leurs positions de la ligne Hindenburg, à l’est de Bullecourt. De nombreux cadavres allemands sont restés devant les tranchées. Les troupes australiennes se maintiennent vaillamment dans ce secteur où, en dix jours, elles ont rejeté douze offensives. La majeure partie du village de Bullecourt, situé dans la ligne Hindenburg, est aux mains de nos alliés. Au nord de la Scarpe, ils ont occupé la partie ouest de Roeux et progressé sur le Greenland Hill en faisant des prisonniers.
Le combat d’artillerie ne cesse d’augmenter en étendue et en intensité sur le front italien, particulièrement dans la région de l’Isonzo.
Le chancelier allemand, qui était parti subitement pour Vienne, est rentré à Berlin après avoir conféré avec l’empereur d’Autriche et le ministre des Affaires étrangères, comte Czernin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 12 mai 2017

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille, sauf bombardement assez violent, et assez proche de nous, vers minuit, et une seconde fois. Visite dans les rues Thiers, du Consul, du Carrouge, etc. Dans l’après-midi, aéroplanes, bombes, ca­nons français. A 7 h., bombes violentes et sèches rue Chanzy, où un homme est déchiqueté à l’entrée de la rue du Couchant, rue du Jard, etc. Bombe chez M. Champenois ; bombes sur le Fourneau économique près de la Cha­pelle du Couchant (ancien fourneau qui avait déjà été bombardé et ne fonc­tionne plus).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 12 mai

Après un violent bombardement de la région de Cerny-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué simultanément nos positions de part et d’autre du village. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos tranchées dans le secteur est. A l’ouest, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied sur un front de 200 mètres environ dans nos éléments avancés, en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate de nos troupes. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active sur cette partie du front.
En Argonne, vers Bolante, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses et ramené des prisonniers.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Nous avons abattu cinq avions en combats aériens.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé des attaques au sud de la Souchez. Au bout de trois heures de violents combats, nos alliés ont dû abandonner une partie des positions attaquées. Ils ont repris ensuite tout le terrain perdu. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
La bataille se poursuit en Macédoine, sur les fronts français, britannique et serbe.
Canonnade sur le front italien, dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago et dans les Alpes Juliennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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dimanche 9 avril 1916

Louis Guédet

Dimanche 9 avril 1916

575ème et 573ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Silence général, beau temps. Été à la messe rue du Couchant à la chapelle de St Vincent de Paul qui est notre Cathédrale maintenant. Là on nous a annoncé qu’il n’y aurait plus de messes tardives dans les paroisses. Il n’y aurait plus que les messes du matin, et celle de 8h de la rue du Couchant sera la messe chantée de Paroisse. Il en sera ainsi jusqu’à la fin du siège de Reims. Il y a longtemps qu’on aurait du prendre cette mesure. Passé ma journée à rien, à m’occuper, etc…

Reçu à 2h visite de Charles Heidsieck avec M. Joseph Dières-Monplaisir (sa sœur Jeanne a épousé Charles Heidsieck, lui-même avait épousé en premières noces Gabrielle Dubourg-Maldan (1885-1907), sœur de ma grand-mère maternelle), qui est maréchal des logis dans l’artillerie lourde au 112ème et actuellement cantonné à Cormontreuil, chez le Docteur Colleville (Docteur Henri Colleville (1854-1938)). J’ai été enchanté de le revoir. Il était dans la République Argentine où il faisait de la grande culture depuis plusieurs années et aussitôt la guerre il est revenu. Arrivé fin octobre il a toujours été autour de Neuville-Saint-Vaast, Souchez, Carency, etc… Il n’est ici que depuis 15 jours. J’ai été bien heureux de le voir. Voilà ma journée.

Demain je pars à 8h du matin à Fismes en auto avec Jacques, je vais en substitution de Bruneteau. Je pense être rentré à 6h du soir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 9 – Nuit tranquille, sauf quelques rafales à rares intervalles ; + 4 ; Beau soleil. Aéroplanes dans l’après-midi et tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 9 avril

Au sud de l’Avre, les tirs de notre artillerie ont détruit le moulin de Saint-Aurin, où se trouvait un observatoire et bouleversé les tranchées ennemies au nord de Beuvraignes.
En Champagne (Navarin), nous avons répondu par des tirs de barrage à un violent bombardement. Aucune attaque d’infanterie.
En Argonne, lutte de mines à la Fille-Morte; concentration de feux sur les batteries ennemies du bois de Cheppy et de la région Montfaucon-Malancourt.
A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont subi un échec à l’est d’Hautcourt et réussi à prendre pied dans deux petits ouvrages entre Hautcourt et la cote 287 que nous occupons.
A l’est de la Meuse, nous repoussons une attaque ennemie à la grenade au nord de la croupe du fort de Vaux.
Activité de notre artillerie dans la vallée de la Fecht (Vosges); nous dispersons une reconnaissance près de Sandernach.
Un sous-marin français a coulé un transport autrichien dans la mer Adriatique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 12 mars 1916

Rue du Couchant

Cardinal Luçon

Dimanche 12 – Nuit tranquille : + 4. Belle journée. Messe Croix Rouge. Visite du Capitaine d’ordonnance du General Gouraud, avec M. Duvent ; Comtesse d’Haussouville, Comte d’Harcourt (son frère), M. Farea, M. Ferdinand Lambert, Houlon, venus à la Messe Croix Rouge rue du Couchant. Allocution (Revue remo-ardennaise p. 125). Lettre de Mgr le Cardinal Sevin au sujet de la « rumeur infâme ». (Recueil, p. 112).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue du Couchant

Rue du Couchant


Dimanche 12 mars

En Belgique, tirs de destruction sur les tranchées et les boyaux ennemis de Steenstraete et de Bixschoote. En Artois, nous faisons sauter une mine et en occupons l’entonnoir. Entre Somme et Oise, noms bombardons les organisations allemandes d’Herbécourt, de Laucourt et de Beuvraignes. Au nord de l’Aisne, après un violent bombardement, entre Troyon et Berry-au-Bac, les Allemands ont débouché de la Ville-au-Bois et attaqué le saillant que forme notre ligne au bois des Buttes. Après un combat très vif, ils ont été rejetés. A l’ouest de la Meuse, ils ont lancé une forte attaque le long de la route de Béthincourt-Chattancourt. Nous avons repris par une contre-offensive immédiate un boyau où ils avaient pu pénétrer. A l’est de la Meuse, l’ennemi a multiplié ses attaques contre le village de Vaux. Il s’est emparé de quelques maisoms à l’est de l’église. Il a essayé vainement d’arriver jusqu’aux fils de fer du fort de Vaux. Partout ses pertes ont été sensibles. Activité d’artillerie de notre côté en Lorraine et dans les Vosges. Nous avons abattu un fokker près de Douaumont. En Mésopotamie, la colonne anglaise Aylmer, faute d eau, a dû se replier vers le Tigre. La Chambre portugaise a décidé la formation d’un ministère national.

 

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Mardi 21 décembre 1915

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Louis Guédet

Mardi 21 décembre 1915

465ème et 463ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Journée exténuante. Y suffirai-je. Pluie glaciale. Signifié au sous-inspecteur Magny de l’enregistrement qu’il aurait dû me prévenir pour vérifier mes minutes. Charles Heidsieck est venu me conter son aventure Schülz qui se greffe sur l’affaire Goulden Lelarge et Cie par le Parquet général !!! Quelle histoire pour rien. Louis Leclerc, mon liquidateur est venu me voir en permission. Au 120ème de ligne, il est toujours aux Éparges. Dieu quelle vie pareille, et il raconte cela avec un calme inouï. Quand nous chargeons à la baïonnette, çà entre comme dans un sac de son, c’est mou !! Voilà son impression ! Pauvre garçon ! Il a déjà été cité 2 fois à l’ordre du jour et attend la Croix de Guerre.

Je prépare mon voyage à St Martin, mais y arriverai-je !! Je n’ai plus la force de causer avec mes notes. J’aurais cependant tant de choses à leur confier !! à ce cahier de Guerre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille, sauf canonnade assez active jusque vers 10 h du soir. Le reste paisible. Matinée tranquille sauf vers 11 h quelques gros coups de canons. Messe des morts pour les fondations. rénovation des promesses cléricales ; allocution à Chapelle du Couchant ; à l’Est dans la soirée, violente canonnade ; les batteries de la ville tirent activement jusqu’à 11 h soir.

Annoncé à la grand’messe, la nomination de Mgr Landrieux à l’épiscopat.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 21 Décembre 1915.  Encore une déception. J’étais partie de bon matin pour arriver à l’ouverture des bureaux. En effet il n’y avait encore personne. Tout le long du chemin j’avais fait des rêves, encore une fois écroulés. Bref, quand on me remet ma correspondance il y avait tout d’un coup une carte de Marcel Thomassin. Je ne sais pourquoi il a eu l’idée de m’écrire. Datée du mois d’août. Et comme lettre du Ministère, c’était un avis de dépôt m’avisant de donner mon adresse par retour du courrier (il y avait un mois de cela) pour qu’ils puissent me renvoyer tes habits civils avec lesquels tu étais parti lors de la mobilisation. Cela m’a fait plaisir quand même ; je ne comptais jamais les ravoir. C’est le costume dans lequel je t’ai vu la dernière fois. Je ne le reverrai pas sans serrement de cœur. Je te vois encore descendre la rue Croix Saint Marc ; dans mes oreilles j’ai encore le bruit de tes pas. Comme c’est loin …

Je quittai la Poste et en repartant j’entrai dire bonjour à Mme Dreyer. Toujours sans nouvelles, elle aussi. Sa petite fille qui a un mois de plus que notre Blanchette court toute seule, tandis que la nôtre marche à la main. Elle s’appelle Geneviève ; elle n’est pas vilaine mais notre fille, mon Charles, est plus fine, plus belle. On cause un peu ; elle s’ennuie.

Je pars remercier Mme Forgeât et lui dire ce qu’il résulte des lettres. M. Biset vient de revenir en permission. Pour lui faire une surprise ils avaient mis leur petit garçon en culotte. Tout cela me navre mais j’ai pu établir la comparaison avec notre coco. Le petit Biset est aussi grand mais il est loin de parler franchement comme André. J’ai causé un peu et je suis repartie. Voilà encore une journée pas plus gaie que les autres.

Mais je veux toujours espérer. Je t’aime.

Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 21 décembre

Actions d’artillerie violentes en Artois (Loos, Bully, Givenchy).
Entre Soissons et Reims, nos obus ont démoli une passerelle à Vailly. Notre artillerie a déterminé trois explosions dans les ouvrages allemands de la Ville-au-Bois.
Nous avons canonné et dispersé une troupe ennemie en marche près d’Auberive, en Champagne. Nous avons endommagé une voie ferrée près de Gratreuil, en y paralysant toute activité.
En Argonne, nous avons bombardé des tranchées allemandes de la Fille-Morte. Aux Courtes-Chausses, nous avons fait sauter un dépôt de munitions.
Près de Saint-Mihiel, nous avons exécuté un tir efficace sur le bois de Lamorville, en atteignant un blockhaus de mitrailleuses.
Quatre de nos avions de bombardement et sept appareils mitrailleurs ont opéré sur la gare de marchandises de Mulhouse.
A Salonique, nos troupes complètent leur organisation défensive. Les Grecs ont fait des démarches à Vienne, Berlin et Sofia pour obtenir que ni les Bulgares ni les Turcs ne passent leur frontière.
Les troupes anglaises qui avaient débarqué au cap Suvla (Dardanelles) se sont rembarquées sans difficulté. Elles seront affectées à un autre service.
Les Italiens ont progressé dans plusieurs val
lées alpestres.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 19 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 19 septembre 1915

372ème et 370ème jours de bataille et de bombardement

6h matin  Canon toute la nuit et ensuite à 4h le bouquet, nos batteries en face de nous vers les casernes de cavalerie et le Champ de Grève ont canonné furieusement pendant 1/2 heure, avec un intervalle de quelques minutes seulement entre chaque 1/4 d’heure, c’était à ne pas s’entendre, il fallait crier pour s’entendre causer. A toute éventualité nous nous sommes levés et habillés, mais à 4h3/4 comme tout se taisait nous nous sommes recouchés. Je n’ai pu me rendormir. Les allemands n’ont pas répliqué, mais gare dans la journée ou la nuit prochaine.

6h soir  Déjeuné chez Marcel Heidsieck avec M. Louis de Baillencourt sous-lieutenant au 27ème d’artillerie, à Berry-au-Bac, fils de M. et Mme de Baillencourt, cette dernière sœur de M. Charles Heidsieck, tous deux restés à Douai ! avec leur dernier fils. Peu ou pas de nouvelles d’eux. Ce jeune homme nous disait que cette semaine on essaierait une offensive générale. Que Joffre, Foch, Pétain et de Castelnau auraient préféré ne la tenter qu’au printemps prochain ! Aussi les avis sont fort partagés sur la réussite ou non de cette attaque. Ce serait pour cette semaine, pour ces jours-ci. Il nous a prévenus que nous aurions une musique terrible. Dieu nous protège et nous donne la force de résister à cette épreuve et que ce soit la dernière ! On est si las ! Joffre était bien passé à Reims avant-hier vendredi 17.

Il nous contait les défections, ou plutôt les trahisons du Général Fournier à Maubeuge, s’il avait résisté seulement 3 jours de plus, on se battrait sur la ligne St Quentin, Douai, Hirson et notre région n’aurait jamais vu un allemand. Celle du Camp-des-Romains (près de Saint-Mihiel, dans la Meuse) dont le fort était commandé par un officier d’origine allemande et ayant encore des attaches en Allemagne (en janvier 1920 une commission d’enquête statuera sur le comportement des défenseurs et conclura qu’ils ne méritent aucun blâme ni aucun éloge). Tout cela est fort triste. Il y a eu aussi une défection pour les Hauts de Meuse ! Quitté à 2h1/2, il devait être rentré ce soir, l’ordre de combat était donné pour être prêt à toute éventualité. Rentré chez moi, fini mon courrier à 5h, quelques obus assez proches qui nous ont obligé à descendre à la cave pendant 1/2 heure. Pourvu que la nuit soit calme. Je suis si las, et vraiment on résiste moins bien qu’au début. Et puis un bombardement de nuit est si triste, si pénible. Pourvu que cet effort réussisse et que nous n’en ayons pas à souffrir. Nous avons suffisamment payé notre tribut.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

19 septembre – Démonstration formidable d’artillerie, déclenchée à 4 heures précises ce matin ; elle a duré une demi-heure.

  • Notre malheureux oncle Simon n’a pas survécu aux graves blessures qu’il a reçues le 1er septembre.

On l’avait transporté dernièrement, de l’infirmerie de la mai­son de retraite à l’hôpital civil. Lorsque je m’y suis présenté aujour­d’hui, croyant lui faire visite, comme tous ces jours-ci, dans la salle Hourelle où il occupait le cinquième lit à gauche, et qu’aussitôt la porte ouverte je vis sa place vide, je compris et fus infiniment pei­né. Son corps était déjà installé dans un des bâtiments servant de dépositaire, vers la rue Pasteur et c’est là que je pus passer quel­ques moments auprès du cadavre de ce bon vieillard de 84 ans qui après une existence tranquille, exempte de toute agitation, semblait devoir être assuré d’une mort paisible.

– A 16 h ½, commence un bombardement sérieux

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – Anniversaire de l’Incendie de la Cathédrale. Messe rue du Couchant ; allocution. Nuit 18-19 tranquille jusqu’à 4 h. sauf, de temps en temps, canonnade de gros calibre. Voir revue Remo-Ardennaise.

À 4 h. canonnade simultanée de beaucoup de pièces pendant une demi- heure. On dit qu’elles tiraient de « La Malle (1) » sur Bazancourt Gare. Che­min de Croix avec le Clergé à la Cathédrale à 4 h.

À 5 h. bombes et canonnade violente.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Il s’agit du château de la Malle à Courcelles-Sapicourt et de pièces d’artillerie lourde sur voie ferrée.


 

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Dimanche 19 septembre

Combat d’artillerie en Belgique, près de Lombaertzyde. Nos batteries détruisirent deux observatoires.
En Artois, l’efficacité de nos tirs sur les mitrailleuses et les lance-mines est constatée en plusieurs points.
Près de Roye, lutte de grenades et fusillade accompagnée d’actions d’artillerie.
Au nord de Berry-au-Bac, nous enlevons un petit poste ennemi.
En Champagne, nous avons violemment canonné les bivouacs de nos adversaires.
A Chaillon (nord-est de St-Mihiel), nous avons abattu un ballon captif allemand. Devant St-Mihiel, notre artillerie a coupé le grand pont, un pont de bateaux et trois passerelles. Canonnade dans les Vosges, au Ban-de-Sapt et au Violu.
Le communiqué belge signale un bombardement actif d’Oostkerke à Nieucappelle.
Aux Dardanelles, on ne mentionne qu’une lutte de mines qui s’est terminée à notre avantage.
L’attaque allemande, au front russe, se fait plus pressante vers Dwinsk et Riga. Mais nos alliés accentuent, de leur côté, leur offensive en Volhynie et en Galicie : ils ont capturé quelques centaines d’hommes.
Il est avéré que l’incendie du paquebot Sant’Anna, qui avait 600 passagers à bord, est dû à des menées
criminelles des Allemands.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 6 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 6 juin 1915 

267ème et 265ème jours de bataille et de bombardement

3h après-midi  Je suis rentré hier soir vers 7h après 15 jours passés près de ma pauvre chère femme et des 3 petits. Les 2 ainés étant toujours l’un à Vevey (Suisse) pour se reposer, et l’autre à Paris pour sa philosophie. Je n’ai pour ainsi dire vécu que d’une vie animale tellement j’étais brisé physiquement et moralement.

La demi-page suivante a été découpée.

…Repris ce matin ma vie de galère. Eté à la Ville remettre mes lettres au Docteur Langlet, causé quelques instants avec lui et M. Raïssac, secrétaire général. Vu Houlon conseiller municipal. Après la mort de Pérot conseiller municipal socialiste qui s’est pendu pendant mon absence, désespéré de voir ses utopies internationalistes effondrées et ses collègues allemands comprendre la solidarité socialiste de la façon dont ils la pratique actuellement. C’était un esprit droit, qui sans conviction religieuse ne pouvait que finir ainsi : le suicide.

Après-midi et ce matin commencé à mettre à jour ma correspondance. Y arriverai-je ? Tellement j’en ai.

Je me demande de plus en plus si je pourrai aller jusqu’au bout, mes forces me trahissent parfois.

La demi-page suivante a été découpée.

Je lisais il y a quelques jours dans l’Écho de Paris du vendredi 4 juin, un article de Maurice Barrès intitulé « Les Veuves de la Guerre », et ce passage me frappait tant il était vrai et était applicable à quantité de ces héros (??) de l’arrière, le voici :

« Mais il ne faut pas qu’ils (les enfants) oublient. Il faut qu’ils aient de leur père un souvenir très lumineux, très vivant, qu’ils sachent bien que c’est parce qu’ils avaient un papa jeune, brave, robuste et vaillant qu’ils ne l’ont plus, que si leur papa avait été un papa à la conscience moins droite, un papa plus froussard, il serait embusqué dans un bon petit poste pas trop périlleux, et il serait revenu sain et sauf à la fin de la Guerre. Il faut que nos petits sachent bien qu’il vaut mieux pour eux n’avoir plus de papa qu’un papa lâche, pourvu qu’ils aient une maman vaillante et gaie. »

Cela n’empêchera pas que nous, ceux qui auront fait leur devoir, nous soyons toujours honnis et écrasés par ces lâches là comme le dit si bien Maurice Barrès. Tout cela est bien décourageant, et si seulement Dieu nous donnait dès maintenant un commencement de réparation, de satisfaction contre ces gens-là ! Mais c’est tout le contraire, comme me le disait si bien tout à l’heure cette brave Mlle Valentine Laignier qui elle aussi souffre de voir toutes ces lâchetés autour d’elle, comme moi-même je les vois, je les touche, je les subis.

Serons-nous récompensés ? Le châtiment est-il proche pour cette espèce là ? Je n’ose l’espérer. Foulés nous sommes ! Foulés nous resterons !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite du Général Pierron de Mondésir (1) et du Lieutenant-Colonel Colas. Procession du Saint-Sacrement à Sainte-Geneviève. Le matin, lecture du Mandement sur le Sacré-Cœur, à la rue du Couchant (Lettre pastorale, n°77)

A minuit, visite du Colonel Colas m’informant par ordre du Général de l’attaque qui va avoir lieu, et du péril de ripostes allemandes par un bombardement. L’attaque française commence vers 1 h. A peine entendit-on ici la défense des Allemands, peu de bombes sur la ville, 6 seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Pieron de Mondésir commande une division dans le secteur de Reims. En 1917 il commandera le 38e Corps d’Armée qui tient les lignes des Cavaliers de Courcy à St-Léonard.


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Renée Muller

le 6 promenade chez nous au soir partie de barque avec Mr FRÈRE jusqu’au chalet Picard. Nous avons assisté à la messe au pont de Vrilly près des gourbis, c’était l’aumônier qui était avec le commandant de BAUCOURT

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Dimanche 6 juin

L’ennemi a prononcé trois violentes contre-attaques contre la sucrerie de Souchez et les tranchées au nord et au sud. Il a été repoussé avec de très grosses pertes; nous gardons toutes nos positions. Mieux : nous avons réalisé des progrès à Neuville-Saint-Vaast, où nous tenons plus des deux tiers du village, et dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres. La grosse pièce qui avait tiré sur Verdun a été repérée et prise sous notre feu. Le béton de la plate-forme a été endommagé et un dépôt de munitions a sauté tout auprès.
Des zeppelins ont opéré sur la côte anglaise : les effets de leur bombardement ont été médiocres.
Sur le front oriental, nos alliés contiennent l’ennemi. Canonnade dans le golfe de Riga; offensive russe victorieuse sur le San inférieur; les Allemands qui venaient au secours du 14e corps autrichien ont subi un échec; graves pertes des Austro-allemands sur la rive droite du San; contre-attaque russe vigoureuse dans la région de Stryj.
Le roi de Grèce a subi une nouvelle opération.
Les sous-marins allemands ont torpillé à nouveau des bateaux anglais français et belges.
Les Allemands auraient fusillé M. Masson, député de Mons.
Une conférence a eu lieu à Nice, entre M. Carcano, ministre italien du Trésor et M.mac Kenna chancelier de l’Échiquier anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 2 mai 1915

Louis Guédet

du 20 avril au 2 mai à Paris près de mes chers aimés sauf mon pauvre Jean et mon Père !!!

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Je reviens écœuré de Paris et de ses habitants !! C’est un défi à la pudeur, à l’honnêteté et à tous les sentiments nobles et dignes qui doivent et devraient les inspirer (les Parisiens) qui vont, viennent, virevoltent, s’amusent, etc…  comme si la Guerre n’existait pas !! C’est le cas de répéter la phrase célèbre : La France ? plat du jour chaud ! Pourvu que je m’amuse et que je vive bien !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sifflements et éclatements.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 2 – Nuit tranquille. Grand’messe rue du Couchant. Lecture du Mandement. Après-midi, visite de M. de Chabrillan et Golouvers, russe, et son aide-major Henri Lavielle. Orage. Vêpres manquées.

Visite de M. Paul Léon, chef de division au sous-secrétariat d’État des Beaux-arts, M Sainsaulieu, et un troisième, venu avec le Ministre de l’Instruction Publique, visiter la cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 2 Mai 1915.

Aujourd’hui Dimanche je suis venue aux caves. Mais pour venir, quel bombardement ! En arrivant près de la caserne Colbert j’entends les nôtres qui se mettent à faire un vacarme infernal. Je me dis : « Soyons prudents ; tout à l’heure les boches vont répondre. Le boulevard est dangereux, je vais passer par le Barbâtre ». Bien m’en a pris car à peine si j’y étais que j’entendais les sifflements boches. Cette fois-ci en arrivant en haut du Barbâtre, on me dit que cela tombe sur Pommery. J’ai donc attendu que leur folie soit passée et je me suis mise à l’abri chez Mme Nalis.

Quand je suis arrivée aux caves ils étaient tous en peine, surtout que Charlotte était sortie aussi avec Paulette pour aller faire ses adieux à sa mère, car elle s’en va demain à Paris chez une de ses tantes. Elle en a assez du bombardement et comme on ne sait pas quand ça finira …

Pour moi, mon Charles, encore une journée de passée. Je t’aime. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 1er mai 2, 3, 4 un bombardement dans la soirée

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER

Dimanche 2 mai

Journée relativement calme à considérer l’ensemble du front. Deux attaques allemandes ont été repoussées à Bagatelle, en Argonne. Au bois Le Prêtre (Pont- à-Mousson), nous avons enlevé des tranchées, fait des prisonniers et organisé le terrain conquis. Une dizaine d’obus sont encore tombés sur Dunkerque, où il y a eu des victimes. Les Allemands tentent d’envahir les provinces baltiques, au nord-est de la Prusse orientale. Leur but serait de couper les voies ferrées qui relient Varsovie à cette région. Les Russes, qui ont des forces suffisantes pour répondre à cette diversion, progressent dans les Carpates. Un de nos avions qui survolait Somme-Py a été atteint par un éclat d’obus. Les aviateurs ont pu rentrer cependant indemnes dans nos lignes. Des zeppelins ont été aperçus près de la côte anglaise, où un taube a vainement essayé d’opérer. Un navire russe a été coulé par un sous-marin allemand à la pointe sud-ouest de l’Irlande. Un navire anglais a eu le même sort. L’Italie et la Roumanie négocient. Les Turcs ont été refoulés dans la région du canal de Suez où l’une de leurs troupes s’était aventurée. Les relations maritimes sont reprises entre l’Angleterre et la Hollande. 

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Dimanche de Pâques 4 avril 1915

Louis Guédet

Dimanche 4 avril 1915  Pâques !

204ème et 202ème jours de bataille et de bombardement

Pâques fleuries ensoleillées pour tous ceux qui songent à ce jour ? C’est tout le contraire. Pluie diluvienne dans et sous nos ruines. Je suis dans l’eau, l’eau ruisselle partout, mes pauvres meubles sont dans un bel état ! C’est la chance qui continue à me poursuivre ! Déjeuné chez le Beau-père avec M. Soullié. En quittant le Beau-père, comme je lui disais que je n’avais pas…

Le bas de page du feuillet a été coupé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques – dimanche 4 avril 1915

Journée calme. Dimanche de Pâques que l’on peut trouver attristant. Aucune sonnerie de cloches.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche de Pâques 4 – Nuit tranquille. Grand’messe rue du Couchant. Vêpres à Sainte-Geneviève. Visite au Grand-Séminaire 14 rue Cazin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Dimanche 7 mars 1915

Abbé Rémi Thinot

7 MARS – dimanche –

L’Abbé M. n’a pas voulu organiser une messe. On nous a fait sentir à bon droit que le dimanche s’était passé sans « service divin » Je me passerai de lui désormais.

Jamais le canon n’a rempli la nuit et la journée comme aujourd’hui. Le 16ème Corps attaquait pour prendre Bois Sabot. Cà été un grondement, une furieuse canonnade tout le temps.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Nuit tranquille, sauf de temps en temps, de gros coups de canon ou bombes.

M. l’Archiprêtre, qui fait pointer les chutes d’obus, me dit que, du 18 au 25 février, 13 obus au moins ont atteint la cathédrale.

Messe de la Croix-Rouge. J’y fais une allocution et récite la Prière pour les Morts.

Assisté aux Vêpres rue du Couchant. Bombes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 7 mars

Nos batteries en Belgique, tirent efficacement sur les batteries lourdes allemandes de Westende. Au nord d’Arras, près de Notre-Dame-de-Lorette, nos contre-attaques continuent à progresser : c’est un gros échec pour l’ennemi. Une nouvelle offensive allemande est brisée dans la région de Perthes-Beauséjour. Au nord-ouest de Pont-à-Mousson, à Viéville-en-Haye, nos tirs forcent des groupes ennemis à la fuite. En Alsace, nous refoulons une contre-attaque à Uffholz, faisons sauter un dépôt de munitions à Cernay, et balayons des détachements qui voulaient s’établir sur le Sillakerkopf, entre le Hohneck et Metzeral.
Au bombardement des Dardanelles, qui se poursuit avec avantage, s’adjoint celui de Smyrne, le grand port ottoman de l’Asie Mineure sur la Méditerranée.
Le gouvernement français annonce qu’il a concentré des forces dans l’Afrique du Nord. Il les dirigera sur le point où le besoin de leur présence se ferait sentir.
Les Russes ont fait 18500 prisonniers aux Autrichiens dans la région de Stanislaw, en Galicie orientale, où leur avance est de nouveau continue.
Le président du Conseil de Grèce, M. Venizelos a démissionné, parce que le roi n’approuvait pas sa politique de coopération avec la Triple Entente.

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Dimanche 14 février 1915

Paul Hess

Canonnade violente faisant vibrer les vitres dès le matin et bombardement ; quelques obus, comme hier.

– à 18 heures, alors que je me trouve rue du Cloître 10, où je passe assez souvent prendre des nouvelles de la famille de mon beau-frère, un coup de fusil retentit soudain.

Que signifie cette détonation entendue assez près ? Nous n’attachons pas d’importance à l’incident sur le moment, rien ne nous donnant lieu de nous alarmer plus que les autres jours.

Le lendemain matin, j’apprends que le débitant de la place des Marchés 11, à l’enseigne « Au Zouave », M. Erhart Louis, 54 ans, a été tué net, d’un coup de fusil tiré à travers la porte vitrée de son établissement, par un soldat ivre à qui il avait refusé de servir à boire, après la fermeture réglementaire du débit. Voilà ce que nous avions entendu.

Ah, la vie d’un homme ne pèse pas lourd, en ce moment, à Reims !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 14 – Messe rue du Couchant. Quatre Heures à Ste Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

14 – Dimanche – Grand vent et pluie ce qui n’empêche pas les bombes sur la ville et les environs et, après midi, le soleil se montre par moment et toujours un vent à enlever les maisons. Dans le région de Berry-au-Bac, il semble, à entendre la canonnade de ce côté qu’un véritable duel d’artillerie y est engagé, à 11 h 1/2 du soir ça n’avait pas encore cessé.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 14 Février 1915.

Mon bon tit Lou,

J’ai du mal à me décider. Que faut-il que je fasse ? Je me fais la réflexion que je donnais déjà beaucoup d’ouvrage avec la petite. Ce sera pire si je prends les deux. Je demande conseil chez vous. Ils me disent d’y aller. Maman aussi. Enfin je m’efforcerai de me rendre utile et il n’y en aura peut-être pas pour longtemps : on a parlé d’un grand coup du 18 au 21 Mars. Mais on l’a déjà dit tant de fois !

Je vais faire mes préparatifs et je partirai. Si tu étais là, mon Charles, ou si je pouvais correspondre avec toi, ce serait plus simple ; je ferais tout suivant ton avis.

Mais toujours rien ; pour Paul non plus. Quelle vie, mon tit Lou ! Marguerite est plus heureuse : elle le sait prisonnier. Tant mieux pour elle ; je lui souhaite tout le bonheur possible et elle peut encore lui envoyer quelques friandises car je sais que tous les prisonniers ont faim. Alors toi mon Charles, si tu es prisonnier et comme je ne peux rien t’envoyer, ton estomac doit crier famine. D’une façon ou d’une autre, je me tracasse.

Mais reviens et on oubliera tout ça.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 14 février

Les Allemands ont encore une fois bombardé Nieuport, Ypres et les alentours de cette ville: nous leur avons efficacement répondu. A la Boisselle, nous faisons sauter un fourneau de mine dont nous occupons l’entonnoir. Canonnade autour d’Arras. Activité de nos pionniers depuis cette ville jusqu’aux alentours de Péronne. Canonnade autour de Bailly et de Tracy-le-Val; nos projectiles atteignent la gare de Noyon. En avant de Souain, en Champagne, un bataillon français, après avoir occupé un bois, est contraint de se replier. Des avions allemands survolent Verdun: deux attaques sont par nous repoussées au nord de cette ville. En Alsace, l’ennemi bombarde vainement les positions nouvellement occupées par nous.
L’offensive germanique se développant en Prusse orientale, les Russes infligent un échec sévère à leurs adversaires à l’ouest de Lyck. De ce côté, c’est le général Eichborn qui commande les Allemands, sous la haute direction de von Hindenburg : ce dernier s’est installé avec le kaiser à Insterburg. Les Russes remportent encore divers succès dans les Carpates.
L’attaché naval grec ayant été insulté à Constantinop1e, le ministre de Grèce a demandé satisfaction. Sur le refus du grand-vizir de lui donner cette satisfaction sur tous les points, le ministre a menacé de quitter la capitale.
Les États-Unis viennent de réclamer des éclaircissements à l’Allemagne sur les difficultés que rencontre leur ministre à La Haye à communiquer avec le Luxembourg.
L’Italie et les États scandinaves ont protesté, comme l’Amérique, contre la décision de l’amirauté de Berlin qui menace les neutres.
On demande, outre-Rhin, au gouvernement de faire saisir les pommes de terre.

 

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Dimanche 7 février 1915

Sainte Geneviève

Cardinal Luçon

Grand-messe, rue du Couchant ; aéroplanes.

Vêpres et Prières publiques à Sainte-Geneviève, demandées par N.D. Père le Pape Benoît XV dan toute l’Europe et fixées au 7 février (Lettre Pastorale n° 75, page 7 (ou 323)).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Sainte Geneviève

Sainte Geneviève


Eugène Chausson

7 – Dimanche – Temps gris. Le matin, obus en ville (2me canton) pas d’accident de personne. Après midi calme ; à 4 h ça recommence. La nuit a paru assez calme. Quelques coups de canon, comme toujours.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 7 Février 1915.

Ton parrain est parti à Paris. J’en profite pour aller jusque chez tes parents avec notre petite fille. « Restez-y plusieurs jours si vous voulez, me dit Maria, puisque le parrain ne revient que mercredi ». Je ne me le fais pas répété et je m’en vais.

Ton papa est venu me chercher et c’est lui qui porte notre petite crotte. Ta maman a pleuré en la voyant. Elle avait préparé un bon petit dîner, mais tu nous manquais et tu dois penser que le repas ne fut pas gai. Enfin on installa dans la chambre de ta maman un lit-cage qu’André Thumis avait prêté. Je leur en cause du déménagement et je change toutes leurs habitudes. Gaston est obligé de coucher avec ton papa dans la chambre de Juliette et Juliette couche avec ta maman.

Mais je ne pus m’endormir car à la clarté de la veilleuse je voyais ton portrait en grand, le nôtre en mariés et puis toi en soldat ; autant de souvenirs … Je me fourre sous le drap pour que ta maman ne m’entende pas pleurer et comme toujours je me soulage. Pauvre toi, que peux-tu être devenu ? Par quelles misères es-tu passé ? Toutes ces choses me trottent dans la tête, mais je finis quand même par m’endormir.

Ta petite cadette, elle est comme notre André, vois-tu. Ses nuits sont bonnes et elle sera aussi facile à élever que lui. Reviens vite, mon Charles, que nous puissions les gâter tous les deux. Ton coco, tu en seras fou ; il est à croquer.

Je te quitte. Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 7 février

Journée relativement calme. Combats d’artillerie, où nous marquons notre supériorité, en Belgique, dans la vallée de l’Aisne, en Argonne et dans la Woëvre; nous progressons quelque peu en Champagne, au nord de Massiges.
Les informations qui arrivent du Nord prouvent que l’armée britannique a accompli des efforts très utiles dans la région de Béthune-la Bassée, où beaucoup d’Allemands sont tombés entre ses mains.
Les combats entre Russes et Allemands sur la rive gauche de la Vistule ont atteint à un degré extraordinaire de fureur. Les troupes russes qui avaient réussi à s’installer sur la rive gauche de la Bzoura, près de son embouchure, ont repoussé toutes les attaques dirigées contre elle, puis gagné du terrain autour des points conquis. A Borgimoff même, c’est à leur avantage que la bataille a continué, l’ennemi étant affaibli par les effroyables pertes qu’il a subies.
On signale une aggravation de la situation intérieure en Hongrie, en Bohême et en Moravie, où des attentats de toute sorte ont eu lieu.
L’Allemagne a rayé de ses contrôles huit contre-torpilleurs et deux sous-marins dont elle avait essayé de dissimuler la perte.
L’ex-sultan Abdul Hamid, qui connaît bien l’Orient et l’Europe, conseille au gouvernement de Constantinople de signer la paix avec la Triple Entente, s’il ne veut pas voir disparaître la Turquie.
MM. Llyod George et Bark sont partis pour Londres.
Le prix de la bière a augmenté outre-Rhin.

 

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Dimanche 24 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

24 JANVIER – dimanche –

J’ai fait hier la connaissance de M. Couennon, de Rennes, aumônier du 10ème Corps ; il en veut à mort au 17ème Corps qui, en Septembre, à Suippes, a arraché les croix du cimetière, y compris celles des soldats morts, pour faire du feu…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 24 janvier 1915

134ème et 132ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée froide, glaciale, calme après la tourmente de la nuit, où l’on s‘est battu fortement. J’ai mis à peu près mon courrier à jour. Personne (ou presque) n’est venu me déranger. Vu M. Renaudat  qui se rend compte que nos troupes s’amollissent et qu’il faudrait une marche en avant. Bref il ne sait trop que me dire. Après l’affaire de Perthes-les-Hurlus on doit s’attendre à toutes les lâchetés des troupes des XVème et XVIIème Corps et encore plus de la part des officiers que celles des simples soldats.

Les génisses du Midi !! quoi !! Tas de lâches !! Quel châtiment auront-ils donc pour leur lâcheté !! Nous ne devons cependant pas toujours trinquer (payer) pour eux !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier – Bombardement et fusillade.

Le Courrier publie aujourd’hui ce court avis :

La classe 1917.

Nous sommes autorisés, en réponse à certaines indictions prématurées, à déclarer qu’il n’a jamais été question jusqu’ici d’appeler la classe 1917.

En lisant cela, je pense tout de suite qu’on peut être certain que l’inscription de cette classe ne tardera pas à être ordonnée, car c’est ainsi que les journaux nous ont appris à lire ou plutôt à comprendre certains communiqués officiels qu’ils ont à insérer dans leurs colonnes.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Dimanche 24 – Nuit tranquille pour la ville. Grand’messe rue du Couchant.

Envoi de l’Adresse (au Cardinal Mercier) à Bordeaux. Canons Français et fusillade de temps en temps toute la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Dimanche. Assez beau temps. Violente canonnade de nos grosses pièces jour et nuit un peu moins la nuit cependant

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Dimanche 24 janvier

Notre infanterie répare sur tout le front les dégâts causés par la tempête dans nos travaux. Nous avons légèrement progressé près de Lombaertzyde. Combats d’artillerie autour d’Ypres, d’Arras, d’Albert, de Roye et de Soissons; les Allemands bombardent Berry-au-Bac, échouent dans une attaque près de Beauséjour, sont repoussés dans l’Argonne, subissent des pertes sérieuses près de Saint-Mihiel. En Alsace, le combat continue dans le massif d’Hartmannsweilerkopf et nous gagnons du terrain près de Cernay.
Une grande concentration de troupes autrichiennes s’opère en Bukovine. Une division hongroise qui a attaqué les Russes de ce côté a été défaite. Le général allemand von Kuk, qui commande dans Cracovie, a réclamé d’urgence des renforts.
Le président du Conseil autrichien, le comte Sturgkh, est sur le point de démissionner.
Le choléra se développe en Hongrie.
Le gouvernement allemand fait pression sur la Roumanie en protestant contre la mobilisation ordonnée à Bucarest.
Le prince Youssoupof, envoyé extraordinaire du tsar, est arrivé au quartier général français pour remettre au général Joffre les insignes de l’ordre militaire de Saint-Georges.
La Grèce convoque plusieurs classes de réserve.
L’Allemagne a appelé l’attention du gouvernement de Washington sur l’importance des fournitures d’armes que les négociants américains ont faites à l’Angleterre.

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Dimanche 10 janvier 1915

Louis Guédet

Dimanche 10 janvier 1915

120ème et 118ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  journée agitée. Bombardement de 10h à 11h et de 5h à 6h du soir. 95 obus shrapnells de canons dans les environs ! Passé l’après-midi avec Charles Heidsieck pour organiser mon voyage à Épernay, pour remettre ses valeurs à ce crampon de Duval !! et bon débarras ! et de là tâcher d’aller voir mon pauvre Père !!…   à St Martin. Qu’y verrai-je ? Qu’y trouverai-je ? Je crains bien que ce soit des réformes et des sanctions à faire et à rendre ! Aurai-je les épaules assez fortes pour supporter ces tâches !! que je supporte depuis 20 ans !!!

Les feuillets 189 et 190 ont disparu, le feuillet 191 se résume à une demi-page recto-verso.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Messe militaire aux caves Mumm et allocution à 6 h 1/2 (fête de l’Épiphanie).

Grand’messe et Vêpres (Épiphanie) rue du Couchant, Bombes à 10 h.

Réception de lainages (Echo de Paris, Maurice Barrès) pour les soldats.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

10 – Dimanche – Toujours du mauvais temps qui pourra sans doute un de ces jours nous jouer un mauvais tour sur la Rivière d’Aisne (Soissons ou ailleurs.) Canonnade et quelques bombes. Nuit assez calme.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Dimanche 10 janvier

Succès français dans la région de Soupir, où nous enlevons un point culminant, que l’ennemi essaie vainement de reprendre par toute une série de contre-attaques. L’artillerie ennemie est réduite au silence au sud de Laon et de Craonne. A une attaque allemande, près de Perthes-les-Hurlus, nous ripostons par une autre offensive qui nous livre le village et l’une des hauteurs environnantes : de ce côté une étendue de 500 mètres a été gagnée.

Entre Reims et l’Argonne, notre artillerie inflige à nos adversaires des pertes sensibles. Progrès pour nous en Woëvre (Flirey, bois d’Ailly, bois le Prêtre). Nos positions sont maintenues à Cernay, en Haute-Alsace, mais les Allemands ont réoccupé Burnhaupt-le-Haut au prix de pertes considérables.
Sur le front oriental, les combats que Hindenburg a livrés en Pologne, au début de janvier, lui auraient coûté plus de 100.000 hommes en très peu de temps. L’objectif de Varsovie s’éloigne de plus en plus devant lui. Et une nouvelle classe russe, 1.200.000 hommes, est prête à rejoindre le front.
Un comité secret s’est constitué à Budapest pour préconiser l’indépendance de la Hongrie au prix d’une paix séparée avec la Russie, la Serbie et la Roumanie dont les préparatifs inquiètent les Magyars. A Trieste règne la disette.
On annonce que l’Italie va lancer un ultimatum à la Turquie, qui retarde toujours, en dépit de ses promesses, le règlement de l’incident d’Hodeidah.
Enver pacha a disparu et l’agitation grandit à Constantinople contre la tutelle teutonne.
Des signes de refroidissement sont notés entre Guillaume II et les souverains de l’Allemagne du Sud, mécontents des défaites subies et des pertes éprouvées par leurs contingents.
Essad pacha rentre dans Durazzo.

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Dimanche 3 janvier 1915

Abbé Louis Thinot

3 JANVIER – dimanche –

…à Châlons ; je me rends au Q.G. du général de Langle de Carry. J’apprends que je suis affecté au XVIIe corps… qui a fait un peu comme le XVe[1] ! et qui ne jouit point d’une excellente réputation. Mais il se bat bien maintenant, me dit le Commandant B…

[1] Le 15e corps constitué de combattants méridionaux, injustement soupçonnés de faiblesse. Millerand, ministre de la Guerre et Deschanel, Président de la Chambre, ont solennellement réhabilité le 15e corps d’armée à travers le sacrifice du jeune député-maire de Marseille Fréderic Chevillon S/Lt au 132e

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 3 janvier 1915

113ème et 111ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Le canon a tonné sans discontinuer. Les allemands ont peu répondu. Journée triste, je suis découragé. C’est réellement trop. Reçu lettre de mon grand Jean de St Martin. Il parait que mon Père va très bien, et qu’il a été très crâne pendant le passage des prussiens à St Martin. Resté presque seul comme conseiller municipal à 80 ans, il a fait tête à l’Ennemi. Il parait même qu’un officier allemand lui a dit qu’il était rudement patriote, quand mon pauvre Père lui disait qu’ils seraient battus et qu’ils seraient obligés de reculer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a repris vers midi, puis le soir, à 21 h. Aujourd’hui, nos grosses pièces ont commencé à tonner dès le matin. Un fort bombardement s’est déclenché à 15 heures.

– Le bruit se répandant en ville, du prochain départ des GVC* et de tous les services militaires, hôpitaux, intendance, une certaine inquiétude se manifeste chez beaucoup d’habitants.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* Service de la Garde des Voies de Communication


Cardinal Luçon

Dimanche 3 – Nuit tranquille. Canonnade française toute la journée. Bombes vers 2 1/2. Grand’messe rue du Couchant. Prières et vêpres à Ste Geneviève, en union avec les Anglais.

Visite au Général Rouquerol.

Réception de vêtements pour les soldats (Fernand Laudet) « Vêtements chauds pour les Combattants ».

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Groupe de GVC 99e RI Groupe F21 Territoriaux (collection Jean Post)

Groupe de GVC 99e RI Groupe F21 Territoriaux (collection Jean Post)


Couchant, rue du.

Ancienne rue des Jacobins ou des Frères-Prêcheurs, en 1924 elle reprit le nom de rue des Jacobins.

source : Jean-Yves Sureau dans la Vie Rémoise


Eugène Chausson

3 Dimanche. Toujours le même temps. Canonnade et bombes.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 3 janvier

Combat d’artillerie très vif sur les dunes à Nieuport et à Zonnebeke, en Flandre; combats d’artillerie également dans le Pas-de-Calais et la Somme, où nous bouleversons des tranchées ennemies; nous dispersons des rassemblements allemands au nord de l’Aisne et nous nous installons sur le plateau de Nouvron. Nous progressons en Champagne, au nord-est de Mesnil-les-Hurlus – et aussi dans le bois Le Prêtre en Woëvre. Dans les Vosges, nous repoussons les Allemands près de Badonvillers; nous réalisons une nouvelle avance à Steinbach en Alsace.
Le bulletin de l’état-major russe permet de constater l’amélioration continue de la situation de nos alliés, tant en Pologne qu’en Galicie.
Six nouvelles armées, avec dix-huit corps au total, sont en préparation en Angleterre.
Une crise ministérielle a éclaté en Bulgarie, où le parti austrophile réclame une participation au pouvoir.
Les Roumains se livrent à toute une série de manifestations en faveur de l’Italie, de la France et de la Russie.
L’anarchie s’aggrave en Albanie mais bien que sollicitée par les habitants de Durazzo d’occuper cette ville, comme elle a occupé Valona, l’Italie s’y refuse. Cette prudence n’empêche pas la presse de Vienne de proférer des menaces à l’adresse du cabinet de Rome.

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Dimanche 20 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

20 DECEMBRE – dimanche –

A 1 heure et demie, avec Poirier, je monte sur les décombres de la chapelle de l’archevêché, sur les combles pour photographier l’Ange du pinacle.

M. le Curé est très ennuyé ; les ouvriers chargés d’établir une protection autour des statues de marbre, de Ste… ont cassé le sceptre à la statue de la Vierge Mère (La statue de la Duchesse d’Uzès).

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Constaté ce jour, en allant chez mon beau-frère L. Montier, place Amélie Doublié, combien ce quartier – et en particulier la rue Lesage, assez mouvementée en temps ordinaire – est triste. Les voies du chemin de fer abandonnées, les maisons pour la plupart fermées et l’absence de passants donnent par là une impression de délaissement et de vide presque complet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille. Grand’messe et Vêpres rue du Couchant, toujours quelques bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

20 – Dimanche – Toujours le même temps. 2 ou 3 obus en ville et quelques coups de canon, c’est à dire un peu d’accalmie.

A 5 h 1/2 du soir, tout est calme, peut-être pas pour longtemps.

Nuit assez calme, quelques obus de temps en temps

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 20 décembre

Progression de nos troupes en Belgique, aux environs du cabaret Corteker, près de Dixmude, et aussi au sud d’Ypres. Middelkerke sur la côte a été atteinte. De la Lys à l’Oise, gain d’un kilomètre vers la Bassée; autres gains entre Arras et Douai; destruction d’une colonne allemande à Lihons, près de Chaulnes; fusillade dans les Vosges.
M. Millerand, ministre de la Guerre, déclare à la commission des finances du Sénat: « La situation militaire est meilleure qu’elle n’a jamais été ».
Les Allemands continuent à fortifier la côte de Flandre, entre Ostende et la frontière hollandaise, par crainte d’un débarquement anglais.
Les Russes ont repoussé l’armée allemande qui tentait de traverser la Vistule près de Dobrzin, et livrent bataille sur la Bzoura. Ils ont fait aux Autrichiens, au débouché des Carpates, plusieurs milliers de prisonniers. Un régiment des hussards de la mort prussiens a été complètement anéanti près de Lodz.
Dans un brillant discours prononcé à Edimbourg, lord Rosebery l’ancien premier ministre libéral, dit que l’Angleterre vengera l’injure faite à ses côtes par l’escadre des croiseurs ennemis.
L’amirauté britannique dément les fausses nouvelles lancées par l’état-major naval allemand et d’après lesquelles plusieurs de ses contre-torpilleurs auraient été coulés devant Hartlepool et Scarborough.
Les serbes marchent rapidement sur Sarajevo, capitale de la Bosnie. Le nouveau ministre de Russie, prince Troubetzkoï, a été reçu par le prince Georges, héritier du trône serbe, à Kragoujevatz.
Les troupes franco-britanniques continuent à occuper le Cameroun en refoulant les troupes coloniales allemandes.
L’Italie a ouvert un emprunt d’un milliard.
Le général de Bessing, gouverneur allemand de la Belgique, a fait vainement des démarches auprès des journaux belges pour obtenir qu ils reparaissent. Les directeurs des journaux ont déclaré qu’ils ne reprendraient leurs publications que lorsque la Belgique serait rendue à son gouvernement légitime.

 

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