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Jeudi 25 avril 1918

Louis Guédet

Jeudi 25 avril 1918

1322ème et 1320ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  La pluie toute la nuit. Ce matin de même, encore une bien vilaine journée à passer. Je vais travailler et préparer mon voyage d’Épernay de demain. Journaux insignifiants, en résumé, rassurants, mais pas pour la terminaison de la Guerre ! qui je le crains bien ne sera pas finie cette année. Quelle existence vais-je mener ! Je mourrai de tristesse et d’ennui ! Je me brise au travail, travail ingrat et sans résultat. Toujours créer pour voir ensuite cela démoli, détruit. A quoi bon !

5h soir  Temps gris maussade, rien de saillant. Je me prépare pour demain, journée fatigante, et je ne crois pas pouvoir faire à Épernay tout ce que j’ai à y faire.

Courrier posté le 18 avril 1918 à Dijon et adressé à « Monsieur Guédet (de Reims) St Martin aux Champs par Vitry-la-Ville (Marne) »

L’Évêque de Dijon

Cordial merci pour le souci que vous prenez à mon sujet. Si le Dr Langlet et vous, avec vos notes personnelles, arrivez à me donner un chiffre depuis le 6 décembre 1916, cela me suffira. Je joins mes vœux aux vôtres pour les examens de nos chers jeunes qui mûrissent sous le feu et sur lesquels nous comptons.

Et bien cordialement,

Signé      † Mgr Landrieux

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Visite de Madame de Coucy et sa fille. Mgr Neveux va à Ay. Visite de M. Pierre Loti, de M. Miltat. Reçu lettre du Cardinal Gasparri (infra)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Voir nos articles sur Pierre Loti


Jeudi 25 avril

Quatre avions allemands et deux ballons captifs ont été détruits par nos pilotes. Un cinquième avion a été abattu par le tir de l’infanterie. En outre, seize appareils ennemis sont tombés dans leurs lignes, fortement endommagés à la suite de combats aériens. Notre aviation de bombardement, au cours des deux dernières journées a effectué de nombreuses sorties. 49.000 kilos de projectiles ont été jeté sur les gares, cantonnements, terrains d’aviation ennemis, dans les régions de Saint-Quentin, Jussy Chaulnes, Royes, Ham, Guiscard et Asfeld. Deux incendies ont éclaté en gare de Chaulnes et en gare d’Asfeld. Un dépôt de munitions à l’est de Guiscard a fait explosion. Sur le front britannique, l’ennemi a déclenché, après un violent bombardement, une action locale contre les positions à l’est d’Albert ; il a été repoussé. Nos alliés ont légèrement amélioré leurs positions dans les secteurs de Villers-Bretoneux, Albert et Robecq. Ils ont exécuté de nombreux raids au sud et au nord de Lens, capturé des prisonniers et des mitrailleuses. En Macédoine, les troupes allemandes ont effectué des coups de mains au sud de Doiran et dans la région de Vetrenik.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Pierre Loti et Reims – 3 – avril et mai 1918

Son article dans L’Illustration du samedi 4 mai 1918 :
« Ça, c’est Reims qui brûle ! »

Loti s’est installé à Avize auprès du quartier général de Franchet d’Esperey (GAN : Groupe d’Armées du Nord) d’où il voit les fumées de la ville de Reims bombardée (grande offensive de la dernière chance allemande depuis mars 18, avant celle du Freidensturm de juillet et la 2e bataille de la Marne…) voir, entre autres, le site Batmarn 2

D’Avize il va, le 25 avril en auto, « interviewer l’archevêque de Reims ». On sait, par le journal du cardinal Luçon, que c’est à Hautvillers ; Loti a rédigé ses notes d’audience dans son propre journal, pp. 325-330 de la nouvelle édition de poche de « La Table Ronde » cf. nos articles précédents du 15 janvier 2014 (octobre 1914) et aussi du 1 février 2014 (août 1915)

1 – Loti à Avize en 1918 mais aussi en 1915-16

Il y arrive le dimanche 14 avril 1918, via la gare d’Épernay et Paris ; il vient de chez lui à Rochefort où il a passé Pâques (jeudi 11). Loti ne va pas bien. Grâce à Louis Barthou, à Clemenceau, etc.!… il a réussi à revenir aux Armées et au GAN, grâce à Franchet, cf. pp. 322-3. Il s’inquiète pour son fils Samuel et pour la « grande bataille de France ». Mauvaise santé, angoisses et souvenirs : « l’affreux petit Avize par temps d’hiver », qui n’est ni Rochefort ni la côte basque. Mais il retrouve sa logeuse, son officier d’ordonnance, que son grade de colonel de la Marine lui autorise, et ses habitudes. Il connait bien Avize où il a séjourné longtemps en 1915-16, auprès du général de Castelnau, à partir du 21 octobre, dans « cette maison précédée d’un jardinet » cf. p.120 ; où il avait passé la fête de la Toussaint et des morts avant de chercher Samuel sur le front de Champagne, pp. 126-7 et notes 75 et 76 ; où en février 1916, le village subit une attaque d’un zeppelin « admirablement renseigné » qui démolit, entre autres, la « maison du général »… réalité de l’espionnage et/ou hantise d’Allemands cachés en pays du Champagne… Avec le « soleil de mars » 1916, Loti s’était habitué à Avize. Après son départ du Q.G., il y repasse même de retour de Rochefort, en mai, pour voir Madame Rollain et « mon cher petit chat ». Il était en route vers son nouveau Q.G. à Bar-le-Duc où l’attend Pétain, qui n’a pas besoin de marins pour défendre Verdun et ça se passe mal entre eux. pp. 160-161 et note 88…

En 1918, il retrouve aussi ses promenades d' »autrefois sur la montagne » vers le plateau de la propriété Vix-Bara.

Pour Loti, Avize, c'est un paysage du nord et du froid. Les mélèzes qu'il y a bien vus en 1915-16 et en 1918 sont toujours là, 100 ans après ! sur le plateau, au bord de la route d'Avize à Gionges et, juste en dessous, dans le parc de la famille Vix-Bara, récemment réaménagé par la commune et l'ONF. Les deux mélèzes du parc, et par extension ceux de la route du plateau, sont datés par l'ONF en dendrochronologie (nombre de cercles de croissance annuelle) des années 1870. Une hypothèse serait que Henri Vix (1832-1897), venu d'Alsace à Châlons-sur-Marne pour devenir négociant en champagne puis installé en 1863 après son mariage avec Pauline Bara à Avize, ait fait réaliser un grand chalet, au milieu d'un parc avec une belle vue sur le village et la plaine comme dans les Vosges, et peut-être embellir la R.D. 19 construite dans les années 1850-60...
Avize en 1887 (planches 6-7 des Vues Panoramiques des vignobles du Champagne - 2 : Montagne d'Avize ; édition originale par Bonnedame à Épernay ; album de Ch. Sarrazin, à la BMReims, cote RM 295-2). On devine le chalet Vix au dessus du village. Sur la photo (JJV, mai 2014) : la route oblique, D. 19, monte au-dessus des vignes et du cimetière en longeant le parc, c'est la "Rue de la Montagne" qui sort d'Avize ; dans l'épingle à cheveux avant d'arriver au plateau, se trouve le point de vue vers la plaine et l'entrée du parc Vix rénové.
la R.D. 19 sur le plateau, coté Avize et coté Grauves : l'allée des mélèzes très hauts mais de faible diamètre et croissance ; détail du panneau d'Avize et de l'ONF sur le parking. Trois vues du village depuis le nouveau parc Vix. Sur la photo de droite en bordure sud des vignes : un des deux mélèzes qui a été daté de 1873. Merci à l'ONF Marne pour ces précisions. Le point de vue depuis le parking supérieur du parc dans l'épingle : à gauche, la butte de Saran ; au centre en bas, la route de Cramant et Épernay, et derrière, la zone industrielle et les tours de la verrerie et des silos de Oiry, avant la vallée de la Marne peu visible (mais falaise crayeuse de Bisseuil) ; à l'horizon la Montagne de Reims jusqu'au rebord Est à droite, vers Trépail.

Deux cartes postales anciennes d’Avize : Le chalet Vix dont Loti ne dit rien et la « Grande Rue » avec à gauche derrière les arbres, la maison où Pierre Loti passa 8 mois en 1914-15 et en 1918 chez madame Rollain. Au centre, cette maison aujourd’hui, à l’angle de la rue Gambetta à gauche et de la Grande Rue devenue Pasteur. Merci à la Mairie d’Avize et aux passants rencontrés début mai 2014.

En avril 1918, dans la page de son journal ci-dessus, Loti ne note pas avoir vu Reims brûler quand il va « errer comme autrefois sur la montagne » ; ce qui est sûr, c’est que, de la R.D. 19 montant au Parc Vix, la direction de Reims est bien dans l’axe de la butte de Saran (petits nuages sombres sur la photo, JJV. début mai 2014). Dans son journal, le 1er décembre 1915 (p. 137) Loti notait : « Tous les soirs… même promenade… nos peaux de bêtes sur le dos, toujours sur cette même route de Reims [par Cramant] où le canon n’a pas de cesse, et où la bataille met l’horizon en feu et tout va plus mal pour la France !… »

2 – L’article dans L’Illustration du 4 mai comparé aux notes dans le journal de Loti du 25 avril

Parmi les similitudes et différences à découvrir en lisant les deux textes : – Dans le journal de 1918, pas horizon en feu mais une courte et bien venue description du passage par Épernay, avant les détails de l’arrivée à Hautvillers « …un petit coin du passé… » mais en guerre. Par contre, l’introduction de l’article (sur fond rouge ci-dessous) est soigneusement recomposée : gravir un colline survolée d’avions [français] bourdonnant (on est en 18… l’aviation est « l’armée d’en haut »), horizon du nord enténébré, bûcheron aux branches de mélèze… et Reims au « nom… évocateur » d’un merveilleux passé anéanti, à cause de Guillaume II, devenu la cible de la propagande, « vieux démoniaque… en rage sénile…« . La conclusion de l’article de Loti après sa visite à l’archevêque sera : « misérable Kaiser« , objet de « l’anathème de tous les chrétiens« .

Le reste de l’article est assez conforme aux notes du journal (et d’abord la description d’Hautvillers, sur la route de Reims… voir les passages soulignés en bleu). Loti commence, procédé littéraire évoquant ses anciens articles sur Reims, par rappeler sa visite de la cathédrale en novembre 1914 grâce à un vieux serviteur de l’archevêque. Voir article : Loti, première visite à Reims, sur ce blog. Ensuite domine, dans les notes comme dans l’article, la figure du Cardinal Luçon : « …le blanc et le rouge… d’un saint de vitrail…« , sa cathédrale, la statue de Jeanne d’Arc…

Une différence à noter, ci-dessous : dans le journal, rien sur l’éventuelle candidature symbolique de Luçon à l’Académie Française mais Loti note sa discussion postérieure avec le général Gouraud, partisan d’une candidature de Luçon, puis l’élection de son ami et candidat Louis Barthou à Paris (27 avril – 2 mai). Ensuite Loti revient à Avize chez  » La bonne vielle madame Rollain », voir pages 330-331 et note 179. Pour L’Illustration, Loti donne une version exemplaire (voir sur fond rouge) de ces tractations car Luçon, qui ne veut pas candidater, insiste sur le rôle diplomatique de l’Église contre l’Allemagne et les mérites d’un collègue, monseigneur Baudrillart. Le cardinal Luçon, dans son propre Journal de la guerre (Travaux de l’Académie de Reims vol. 173, 1998, p. 190, éd. Jean Goy), note seulement, parmi ses nombreux rendez-vous et réceptions : « visite de M. Pierre Loti » au 25 avril… mais, pour les jours précédents, il fait de nombreuses allusions aux personnalité qui souhaitent son entrée à l’Académie, dont Gouraud…

Au sujet de la cathédrale que Loti voyait, en 1914 et 15, s’écrouler bientôt dans sa logique romantique des ruines et son souci de propagande anti-allemande, il note encore dans son journal qu’elle va peut-être « crouler ce printemps » (voir sur fond rouge) mais pour le cardinal Luçon, c’est une dentelle très solide et Loti le transcrit et dans le journal et dans l’article. Elle devient un symbole de la résistance à la barbarie et Loti détaille bien l’effort patrimonial « la pieuse sollicitude » pour protéger les vitraux, leurs plombs : on dirait parfois des « buisson d’épine« … Au sujet de la statue de Jeanne d’Arc, qui n’est pas évoquée au même moment de l’interview dans les notes et dans l’article, c’est un miracle qu’elle soit toujours intacte… mais jusqu’à quand ? car Loti et le cardinal savent bien qu’ils sont en pleine offensive allemande : »et Reims brûle toujours » (voir la fin de l’article avant l’anathème final contre Guillaume II) et ne savent pas si « la ruée des barbares » va être endiguée. Le titre de l’article et l’introduction mettant en scène son séjour à Avize viennent vraisemblablement de ce « Reims brûle toujours » que Loti fait dire à l’archevêque.

Cet article de Loti est suivi d'un autre article : "Par en haut" d'un journaliste régulier de L'Illustration, Henri Lavedan (cliquer sur la vignette) qui explique bien le rôle déterminant que joue maintenant l'aviation en 1918 et prédit des bombardements massifs sur l'Allemagne (pas ceux de la deuxième guerre mondiale). On sait que Loti s'intéressait à l'aviation et qu'il a volé pendant la guerre ; il a été aussi chargé, en tant qu'ancien officier de marine, de s'intéresser à la Défense Contre Avion naissante. Mais le rôle de Pierre Loti, cet épisode et ces écrits d'avril-mai 1918 le montrent bien, était d'être, à des fins patriotiques, un remarquable promeneur et cueilleur d'images, qu'il sait composer et transmettre. C'est ce que confiait le général de Castelnau à Poincaré qui le note dans ses Mémoires, le 7/11/1915, quand Loti logeait à Avize (voir p. 362, note 76 de la nouvelle édition du Journal).

Pour cette 3ème présentation au sujet de Loti et de Reims et en particulier pour ses séjours à Avize d’où il voit Reims qui brûle, voir la documentation suivante :

  • Le livre « Avize dans la tourmente de la Grande Guerre » par D. Hannequin, H. Jacq et un collectif associatif, en 2003, chez Guéniot, avec des annexes de Georges Devouge, adjoint de Jules Lucotte en 1912-19 puis maire d’Avize jusqu’en 1925. Ce livre ne cite pas beaucoup le journal de Loti mais est un tableau prenant de la vie du village (voir aussi un étrange plan en relief du front, p. 48).
  • Dans le catalogue en ligne de la BMReims l’interrogation floue « chercher partout : Avize » permet d’identifier une soixantaine d’ouvrages et documents. Les collections de L’Illustration sont consultables à la BMReims Carnegie. L’image de nombreuses cartes postales anciennes d’Avize est accessible en ligne, en particulier sur le site : Delcampe.net.. Voir aussi, bien sûr, le Géoportail de l’IGN pour la localisation et la topographie. Merci encore à l’Office National des Forêts – Marne et à la Mairie d’Avize. Merci aussi aux Éditions La Table Ronde.

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Pierre Loti à Reims – 2 – 25 et 26 août 1915

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Un bombardement à Reims dans son Journal
et dans son ar
ticle de L’Illustration du 18 septembre.
En 1915, Loti participe beaucoup à la vie politique et diplomatique : débats contre l’expédition britannico-française dans les Dardanelles, mission auprès du roi et de la reine de Belgique, contacts secrets avec la Turquie qu’il soutient, « tournée en vitesse folle » avec le président Poincaré, son collègue à l’Académie Française, dans les Vosges et « villages d’Alsace reconquise » et « aux avant-postes » d’où il aperçoit les glaciers des Alpes…

Son activité d’écrivain célèbre redevenu militaire-journaliste-propagandiste est aussi très importante en 1915 : voir la liste de ses nombreux écrits dans le chapitre « Les écrits de guerre de Pierre Loti », pp. 410 – 416, de la réédition de son Journal intime. Cette réédition en format de poche, collection la petite vermillon, vient de sortir en librairie (10,20 €, nouvelle édition revue et corrigée : agrandir la couverture à gauche). Merci encore aux Éditions de la Table Ronde pour leur autorisation de mettre en ligne les extraits de ce journal pour Reims 14-18.

Dans son journal : Verzy, Suippes où il retrouve son fils, Reims…

On lit comment Loti arrive à mêler sa préoccupation de chercher son fils Samuel vers Suippes, son rôle de propagandiste en passant par Reims pour revoir la cathédrale, préparer un article et dormir, non pas à l’Hôtel du Lion d’Or mais à l’Hôtel du Nord… aller enfin au quartier général de Jonchery pour sa mission de liaison.

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ob_74cab9_p1160848Son fils légitime Samuel est depuis le 28 juillet sur la ligne de feu entre Suippes et Perthes. Ils s’étaient faits photographier tous les deux le 25 octobre 1914, d’après le journal de Loti, et cette photo était parue dans L’Illustration du 28-11-14, n° 3743. Osman Daney est le domestique familial de Loti depuis longtemps et il est devenu son ordonnance ; c’est lui qui retrouve Samuel avec des Saintongeais dans une cabane baptisée « la cagouille », l’escargot en charentais. Plusieurs mois après sa première visite de la cathédrale et son premier article La basilique fantôme du 21 novembre 14 dans L’Illustration, sa description de la cathédrale en ruine est plutôt sobre dans son journal, ce sont les étapes du déclenchement d’un bombardement en ville qu’il note alors en détail. Comme L’Hôtel du Lion d’Or, face à la cathédrale, est détruit  il va dormir à l’Hôtel du Nord, place d’Erlon où le bombardement allemand l’a rattrapé… Il existe très peu de cartes postales anciennes de cet Hôtel du Nord toujours existant entourant l’angle de la place et de la rue de Châtivesle. Configuration parcellaire déjà visible sur le cadastre napoléonien des années 1820 ! En 1914, dans l’annuaire Matot-Braine, le garage de l’hôtel est indiqué rue de Châtivesle où une enseigne est toujours visible. Merci à Michel Thibault d’Amicarte 51 pour ces deux cartes postales avant 14 et après la reconstruction de 1922

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L’article de Loti paru dans L’Illustration du 18 septembre 1915 n° 3785

Loti ne relate pas ici l’épisode de Suippes à la recherche de Samuel mais il développe une description patriotique mais réaliste des nombreux cimetières provisoires qu’il a croisés sur sa route, en particulier un cimetière musulman. Au sujet de la cathédrale, il continue dans le style de son article de novembre 14 : « par quel miracle tient-elle encore ? »… « Ah ! les sauvages ! … …capables de lui donner, d’une heure à l’autre, le coup de grâce »… mais un bombardement commence que Loti va subir et rapporter aux lecteurs de L’Illustration

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Suite : 3 – Pierre Loti à Reims en 1918

Revoir le premier article sur Loti à Reims en janvier 1914

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Pierre Loti à Reims pendant la Grande Guerre en 1914 – 1915 – 1918

Pierre Loti (1850 – 1923) est venu à Reims quatre fois pendant la guerre, en mission et pour retrouver son fils Samuel mobilisé sur le front près de Suippes. On le sait par ses articles dans L’Illustration mais surtout par un journal de guerre publié en 1998 à La Table Ronde : Pierre Loti, Soldats bleus, journal intime (1914-1919), édition établie, présentée et annoté par Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier.

ob_7a8d50_soldat-bleuCet ouvrage a été publié avec le concours de l’Historial de la Grande Guerre à Peronne. Le titre Soldats bleus, a été choisi par les éditeurs voir, parce que Loti mentionne souvent la couleur bleu horizon du nouvel uniforme de 1915, dont cette mention minimaliste, le 9 mai 1917, arrivant à Vic-sur-Aisne où il résidera : « le village, déserté et saccagé, n’est plus habité que par nos soldats bleus« . Pour l’adaptation de l’uniforme aux impératifs du camouflage en supprimant le rouge garance, dès fin 14 : voir des croquis de cette évolution sur le site « Les Français à Verdun« . Voir aussi la couleur du célèbre autochrome du soldat assis place Royale à Reims (par Castelnau, le 1/4/1917) article de B. Keller ; et la conférence de François Cochet le 6/12/2013 : L’état-major et la guerre : pour en finir avec le mythe du pantalon rouge.
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En janvier de cette année 2014, le 23, les éditions de La Table Ronde rééditent ce journal de guerre de Loti en édition de poche, collection La petite vermillon. Merci à La Table Ronde pour l’autorisation de mettre en ligne les extraits de cette édition concernant Reims. Sur la nouvelle couverture, on voit le portrait de Loti en uniforme d’officier de l’armée de terre avec un manteau de fourrure d’aviateur… Pour la chronologie des carrières navale et littéraire de Julien Viaud (Pierre Loti à partir de 1881), pour celle de ses voyages et de sa vie familiale, voir l’article de Wikipédia et la très complète préface de l’édition de son Journal de guerre : de 1867-1871 (reçu à l’École Navale, aspirant pendant la guerre contre la Prusse) à 1910 (mis définitivement à la retraite après 42 ans de service dont 12 en mer), en passant par 1891, nommé commandant de vaisseau et élu à l’Académie Française…
A partir du 25 septembre 14, Loti a réussi à se faire admettre dans l’Armée de Terre, comme officier de liaison sans solde et rattaché à l’État-major du général Gallieni. Il va participer à l’effort de guerre culturel et au bourrage de crâne mais avec une réelle expérience du métier de militaire ; situation exceptionnelle, à la fois à l’arrière et sur le front ; voir l’analyse, nuançable, du CRID 14-18, dans son dictionnaire biographique.

1 – Pierre Loti à Reims le 18 octobre 1914 : premier extrait de son journal et son article dans L’Illustration

Ce premier passage à Reims est un bon exemple des innombrables voyages automobiles de Loti qui mériteraient d’être cartographiés en détail ; Romigny est le village près de Ville-en-Tardenois mais « la Ferté-Hurder » reste un lieu non localisable en l’état [Perthes et Hurlus, villages du front au-delà de Suippes…?] La cathédrale et le Palais du Tau ont été incendiés depuis un mois quand Loti y vient…

copyright Éditions de La Table Ronde, 2014

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Article dans L’Illustration du samedi 21 novembre 14, n° 3742

(BMReims-Carnegie cote : PER X G 27)

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Pour l’état de solidité de la cathédrale « …lui dire adieu avant sa chute… » « …qui tient encore sa place comme par miracle…« , pour le démenti de Joffre au sujet des explications allemandes du bombardement de la cathédrale « …prétextes niaisement absurdes… », pour le début de l’organisation de la vie quotidienne sous les bombes : voir le journal de Paul Hess du 13 octobre (p. 175) au 21 octobre (p. 186). Le dimanche 18 octobre, Paul Hess détaille le prix des viandes dans un arrêté du maire J-B Langlet. « Le prêtre » qui reçoit Loti à l’archevêché pourrait être le curé L. Camus ou l’archiprêtre d’alors M. Landrieux ; prêtre qui aurait rapporté une rumeur, que Loti cite, d’un sacrilège « …préparé de longue main… », de toits arrosés d’avance d’une « …substance diabolique… » ! Loti semble bien avoir, ensuite, briévement rencontré le cardinal Luçon qui lui donne un guide pour aller à l’intérieur de la cathédrale. Il n’y a rien à cette date dans le journal du cardinal (publié dans Travaux de l’Académie de Reims TAR 1998, 173e volume, en accès libre dans la salle de lecture de Carnegie cote : PER CH IV 4) si ce n’est le quotidien des bombardements. Ce premier article de Pierre Loti publié le 21 novembre serait connu de Viviani et Léon Bourgeois en visite à la cathédrale le 8 novembre 1914… (cf. Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale dans Reims 14-18, pp.79-81). En réalité, le premier article dans L’Illustration sur l’incendie de la cathédrale est d’un journaliste anglais alors présent à Reims, il est publié le 26 septembre, n° 3734 avec des photos. Suivent dans le n° 3735 un postscriptum d’Henri Lavedan et dans le n° 3736 un courrier du lecteur illustré de l’abbé Thinot, témoin direct de l’incendie.

Officier de Marine, Pierre Loti est sensible à l’équipement des Allemands en jumelles et il le mentionne souvent, d’une façon détournée, dans cet article : « … sous les jumelles féroces… des sauvages embusqués… » « … au bout de leurs lorgnettes, c’est la cathédrale, toujours la cathédrale… ». Le 23 octobre 1914, Pierre Loti note qu’il s’achète à Paris « …un de ces uniformes gris-bleu qui se voit de moins loin dans les jumelles allemandes… »

Voir l’article n° 2 sur Loti à Reims les 25 et 26 août 1915

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