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Jeudi 31 janvier 1918

Louis Guédet

Jeudi 31 janvier 1918

1238ème et 1236ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Du brouillard, assez intense. Il n’a pas gelé ou bien peu. Froid pénétrant. Hier soir je suis descendu au sous-sol vers 5h3/4, cela bombardait et les éclaboussures venaient  jusqu’ici. C’était plus prudent, cela a duré jusqu’à 9h du soir avec des intervalles assez irréguliers. C’était de gros morceaux, malgré moi j’étais impressionné. Je n’ai plus la même résistance qu’il y a 3 ans. Quand cette vie-là cessera-t-elle. On est bien las.

Cet après-midi audience de Réquisitions militaires.

6h1/2 soir  Rien de saillant ce matin. Courrier assez chargé. Lettre de ma chère femme qui s’inquiète toujours de nous 3 (Jean, Robert et moi). Je donne mes signatures et j’écris mes lettres avant midi, car à 2h j’ai mon audience de Réquisitions militaires avec ce brave Raux. Il me dit du reste qu’on lui reproche d’être trop conciliant, et que peut-être on me donnerait un sous-intendant plus dur. Ce à quoi je lui ai répondu que ma fonction, mon rôle deviendrait très facile dans ce cas : Toutes les fois que je serais compétent je donnerais le maximum au prestataire, et en cas d’incompétence je rendrais un jugement d’incompétence. Les affaires iraient très vite. Il pourra rapporter cela à ses supérieurs (rayé)!!

En passant à la Poste vu Beauvais qui me dit que le Sous-préfet est toujours assez souffrant. Après l’audience je vais acheter un journal. Je rencontre le Docteur de Bovis et Houlon. Le docteur me donne des nouvelles de Raïssac qui va bien, mais il faut attendre. Houlon m’accompagne jusqu’à l’archevêché où j’ai à faire pour une fondation Herbeux d’Epoye et pour le Vieux Reims qui désire avoir le cardinal comme membre correspondant. Houlon passe à la Permanence Croix-Rouge, rue de Vesle (Maison Luzzani) pour voir à m’enlever mes archives à la consigne à Épernay où je les ferai suivre quand j’irai à St Martin. Chose convenue pour partie.

Nous remontons la rue du Cardinal de Lorraine et en route Houlon m’apprend que Guichard lui a fait avoir dit qu’il allait avoir son ruban incessamment avec Hoël et Sainsaulieu, qui remue ciel et terre pour la décrocher(Rayé)??

A l’archevêché je quitte Houlon et entre, il était vers 4h3/4 à peine, causons, rions avec l’abbé Lecomte qu’un arrosage arrive. Nous descendons dans les sous-sols de l’Hôtel Henri Lucas où viennent nous rejoindre Mgr Neveux et Son Éminence le Cardinal Luçon. Nous causons tout en attendant la fin de la rafale. Le cardinal dans un fauteuil, moi assis sur une malle, l’abbé Lecomte sur une chaise et Mgr Neveux debout assez nerveux. L’entourage est plutôt peureux (concierge, religieuses, valet de chambre, ce dernier voulant absolument que nous ayons des gaz !) Cela tape dur néanmoins. Au bout de 3/4 d’heure je me décide, malgré leurs instances, à partir. Du reste l’arrosage a cessé. Rentré à 5h1/2. Je travaille et me décide à descendre en sous-sol à 6h1/2.

Adèle n’est pas rentrée ce qui ne m’étonne nullement. Elle ne rentrera que demain ou après, sachant que je ne partirai que vers le 6.

Le bombardement a eu lieu vers rues Chanzy, Gambetta, Gerbert, Orphelins comme hier du reste. Que cherchent-ils de ce côté ? Les journaux annoncent un raid d’avions allemands sur Paris. A grand tam-tam, Paris s’est couvert de gloire !! Je demande que les Parisiens viennent ici durant un mois !! Il y aurait eu des bombes Gare de l’Est, mon beau-frère a dû faire dans ses culottes, la Banque de France et Pantin. Grands incendies… Attendons à demain pour être entartinés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1918 – Bombardement à peu près du même genre que ceux des deux jours précédents — avec mélange d’obus à gaz — commencé à 16 h 3/4. Nombreuses explosions d’arrivées.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille pour la ville à partir de 10 h. 30 ou 11 h… 0°. Temps couvert, brouillard. Visite à Saint-Remi, à Saint-Maurice, trouvé personne. Retour sous les obus dont les éclats pleuvent par les rues et sur les maisons. Très violent bombardement de 4 h. à 5 h. Descente à la cave, où je trouve M. Guédet. Nuit tranquille à partir de 9 h. 1/2. Bombardement de Paris par avions : 45 à 50 victimes tuées.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 31 janvier

Assez grande activité des deux artilleries dans la région de la Miette, sur le front du bois des Caurières et en Woëvre.
Un coup de main ennemi au nord de Seicheprey n’a pas donné de résultat.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et trois sont tombés dans leurs lignes avec de grosses avaries, par suite de combats.
Sur le front britannique, une patrouille de nos alliés a attaqué avec succès un poste allemand au nord-est d’Havrincourt. Une partie de la garnison a été tuée ou capturée.
Des rencontres de patrouilles vers Bullecourt ont permis à nos alliés de faire subir des pertes à l’ennemi et de lui enlever une mitrailleuse.
En Macédoine, actions d’artillerie dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir. Grande activité des aviations alliées qui ont exécuté de nombreux bombardements au nord de Monastir, dans la vallée du Vardar, et dans la région du lac de Doiran.
Les troupes italiennes ont enlevé à l’ennemi des positions fortifiées à l’ouest du lac Frenzela et plusieurs passages des montagnes ainsi que le mont del Val Bella. Deux divisions ont été anéanties.
Le butin comprend 100 officiers, 2500 hommes prisonniers, 6 canons de gros calibre, 100 mitrailleuses, plusieurs milliers de fusil. 17 avions ennemis ont été abattus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 19 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 19 décembre 1917

1195ème et 1193ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ. Parti dimanche matin, arrivé à Épernay vers 10h1/2, couru aussitôt à la Banque de France d’Épernay qui était heureusement ouverte, pour me débarrasser de mes 62 000 F d’or et billets. Ensuite couru à la Mairie de Magenta pour recevoir le contrat de mariage pour Montaudon. Nous attendons 1/2 heure et les futurs mariés manquent à l’appel. Je refixe rendez-vous 30, rue François-Lanier (rue Jean-Moulin actuellement) à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay, ancienne dépendance d’Aÿ, et rattaché à Épernay en 1965) où je dois faire mon adjudication pour Jolivet, et puis retourner rejoindre Dondaine, Landréat et Jonval mes aides pour la vente, et nous déjeunons rapidement dans un restaurant de la Place de la Gare. Puis filons rue François-Lanier et commençons aussitôt l’adjudication. Tout se vend hors de prix, surtout literie et linge, des matelas 129 à 136 F à une seule personne, de petits draps pour lit seul 50 à 60 F, plus 10% !! et tout à l’avenant. Il y avait foule. La vente jusqu’à ce jour marche admirablement, et je compte avoir fini demain. J’atteindrai facilement 20 000 F, j’en suis heureux pour Jolivet. A 4h1/2 nous sommes arrêtés par la nuit. Je vendais devant la porte et on me passait les objets par la fenêtre de la maison où était accumulé ce mobilier.

Heureusement que Dondaine avait pu trouver ce local chez des réfugiés de Beine, M. Bouquant, boulanger (Paul-Anatole Bouquant (1868-1940)), qui avait été surpris avec sa femme et sa fille à Beine par les allemands. Ils y étaient restés 4 mois, puis on les avait expédiés vers Poix-Terron. Enfin, au bout de 8 mois les allemands les autorisèrent à rentrer en France, où ils sont venus se réfugier à la Villa d’Aÿ où je procède et où ils tiennent une épicerie et le soir une boulangerie.

De 4h1/2 à 7h du soir nous tuons le temps dans un café voisin tenu par un ancien G.V.C. (Garde des Voies de Communication, Service de Sécurité sous l’autorité militaire jusqu’au 2 février 1919) que j’ai pris dans ma voiture (un jour que je rentrais à Reims) pour le déposer à La Haubette. Dondaine, Landréat et Jonval avec un revendeur émigré de Reims, M. Beuzeville, rue des Créneaux à Reims, boivent de la tisane de Champagne à 6 F la bouteille ! et quelle tisane ! comme des éponges, moi je les regarde, enfin le C.B.R. (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) arrive et nous y montons pour aller à Aÿ où Dondaine me donne l’hospitalité dans le local où nos archives sont réfugiées !! Nous dînons et nous couchons tôt. Le lendemain je pars à 9h à Épernay à pied, 3 kilomètres. Il a neigé la nuit, mais la route est bonne. Je vois à la Banque de France  quelques papiers dans mon coffre-fort. J’en remets, puis je vais au Tribunal où je vois le Procureur de la République de Reims, toujours aussi affable. Causons de choses et d’autres, et notamment de cette histoire de transfert de mes justices de Paix dans un village de mes cantons des environs de Reims. M. de Courtisigny me dit très gentiment que nous ne nous sommes pas compris, attendu que ce n’était qu’une question discutable. Bref il a interprété ma réponse comme il croyait le faire pour le mieux, car il est entièrement opposé à mon déplacement. Et il me conte que Lenoir lui avait écrit une lettre assez vive où il prétendait que c’était Merlin, conseiller général d’Épernay qui se serait mêlé de cette affaire, et il demandait au pauvre Procureur s’ils étaient l’un et l’autre chacun d’un côté de la manicorde !! (Instrument de musique avec une seule corde pincée)

Bref mon pauvre Procureur lui a répondu que non, et a donné toutes explications désirables à Lenoir qui lui a répondu par une lettre fort aimable, et conclusion tout s’est bien passé. Le Procureur m’a ajouté qu’il considérait cette question de transfert comme complètement enterrée. Je le souhaite, car cela passait à l’état de scie. M. Osmont de Courtisigny n’a pas voulu me dire comment il s’est couché auprès de la Chancellerie, mais il m’a laissé entendre qu’il conclurait comme je le désirais. Il paraissait s’amuser beaucoup de cette histoire, mais je crois que la charge à fond de Lenoir a été une très bonne chose, car le Tribunal saura que je suis soutenu de ce côté. Le Procureur comme le Président et les autres juges de Reims paraissent très montés contre le Docteur Langlet, le maire de Reims, et contre de Bruignac.

Je quitte le Procureur pour voir le Président Hù qui m’emmène avec M. Texier déjeuner avec lui. Il m’attrape comme de coutume. J’y suis habitué et le laisse dire car je sais qu’il m’aime et m’estime. Nous achetons ensemble mon beefsteak et déjeunons rapidement à cause de mon adjudication que je reprends à 1h. Le Président me fait une charge à fond contre le Maire, et Texier contre de Bruignac qu’ils traitent tous deux d’entêtés ce qui est vrai, et Texier ajoute qu’il ne croit pas que de Bruignac voit juste et soit très intelligent. M. Hù me taquine sur ma décoration et me dit qu’on me pendra non pas le cou mais par la boutonnière avec un ruban rouge. Il a vu Leroux à la Chancellerie il y a 8 jours qui lui a affirmé que ce serait très prochainement. Je quitte mon hôte à 1h et je reprends ma vente, jusqu’à 4h1/2. Dans la boue, mais il ne pleut pas heureusement. Nous stationnons dans notre fameux café où mes lascars Dondaine, Jonval et Landréat épongent, épongent la tisane de l’ex G.V.C. Tramway à 7h, dîner chez Dondaine, et nous nous couchons.

Le lendemain mardi je repars à Épernay à pied. Il a gelé il fait très bon à marcher, beau temps, gris mais beau temps. A la gare je me heurte à Girard qui arrive de Paris avec Lutta, il me donne rendez-vous pour demain ce soir 5h Hôtel de l’Europe, ayant à me causer.

Je vais au Crédit Lyonnais, et de là voir le Vice-président M. Bouvier pour une taxe, où il m’associera plus que je ne le pensais, et surtout exige que je ne partage pas mes honoraires avec un confrère (?) mobilisé d’un des intéressés qui a fait presque du chantage à mon entour pour obtenir ce partage. J’avais cédé par bonté et pour avoir la paix ! Bouvier m’a défendu sous peine de poursuites disciplinaires de lui donner ce que je lui avais promis, sauf une 50aine (cinquantaine) de Francs pour quelque travail que ce fameux Bourcillier, notaire à Givry-en-Argonne, embusqué vaguemestre Hôpital 26 à Bar-le-Duc, avait fait pour aller soi-disant plus vite et m’aider, mais surtout pour me substituer la moitié de mes honoraires quand il avouait lui-même qu’il avait donné 20 F pour ce travail !! Je dois le revoir ce soir à 5h pour en recauser et mettre ma préparation de taxe au point. Je quitte à midi et cours déjeuner au buffet. En passant devant l’autobus j’y vois Charles Heidsieck qui va à Mareuil-sur-Aÿ à ses caves et me donne rendez-vous demain matin ici à Aÿ chez Dondaine pour me causer.

Au buffet vois Fournier de la Maison Werlé et le sous-lieutenant automobiliste du service des déménagements de Reims 70 rue Libergier. J’en profite pour demander à celui-ci de m’envoyer aujourd’hui avant midi le dernier camion de mobiliers Gardeux à vendre. Si je l’ai j’aurais fini demain et pourrai repartir à Reims (jeudi) à 3h. Je cours à mon adjudication jusqu’à 4h1/2. De là au Palais de Justice voir Bouvier qui explique mon affaire de taxe au Procureur. Je crains bien que ce dernier ne tourmente mon Bourcillier à ce sujet s’il veut faire le récalcitrant – à ma taxe – Le Procureur me dit que le Général Commandant la 5e Armée insiste auprès de lui pour qu’on ouvre au plus tôt les 6 coffres-forts trouvés par la troupe dans les décombres des maisons avenue de Laon 3 – 5, et rue Lesage, ouverture à laquelle je dois procéder comme juge de Paix en présence d’une commission militaire et le séquestre Lepage. Nous décidons de procéder à cela samedi 22 courant à 1h sur place. Le Procureur se charge d’en aviser à l’instant l’autorité militaire, Lepage et Monbrun, mon commis greffier, par dépêche. Je les quitte et vais retrouver toujours au même endroit mes éponges, dévouées quand même, chez le même « troquet », mais quels gosiers !! Nous prenons notre tram pour Aÿ, toutes lumières éteintes comme toujours. Nous dinons et nous nous couchons à 9h. Il fait froid toute la nuit, il gèle très fort.

Je me suis bien amusé hier lors d’une réflexion que m’a fait le concierge du Palais de Justice d’Épernay. Comme je sortais celui-ci, voyant que j’allumais ma lampe électrique de poche pour voir les marches du trottoir et ne pas me casser une jambe ! « Monsieur ! n’ouvrez pas si longtemps votre lampe car on a signalé des avions allemands !! » Sans commentaires. Ces Sparnaciens sont ridicules avec leur frousse. Triste moral. A les entendre ils sont bien plus exposés que nous à Reims !! Comme si les avions pouvaient voir la lumière de ma lampe de poche !! Ils deviennent grotesques. Durant ma vente une fois ou 2 on entendit de forts coups de canons. De suite les curieux prenaient leurs jambes à leur cou pour rentrer dans des maisons !!… Ce que je riais à part moi.

10h  Je vais aller voir Archambault, clerc de l’Étude de Lefebvre, mon confrère d’Aÿ décédé, et si Mme Lefebvre veut me recevoir je lui rendrais visite. Nous devons déjeuner à 11h pour partir à midi reprendre notre vente à la Villa. J’espère avoir mon convoi et débloquer fortement aujourd’hui, pour n’avoir plus rien ou presque demain avant mon départ à Reims à 3h.

Ces 5 jours auront été fort fatigants, (criant seul les enchères) mais d’un autre côté cela m’a été un vrai repos moral. Dondaine vient de recevoir de (bonnes) meilleures nouvelles de sa femme qu’il a été obligé de mettre à la maison de santé de Châlons. J’en suis heureux pour ce pauvre garçon, si dévoué et fort intelligent. C’est une belle intelligence notariale, très doué…

Nous devons avoir à déjeuner notre voisin Lechenet, juge de Paix de Bourgogne, un vieux garçon fort original mais brave homme en soit. Qui paie en ce moment sa vivacité, ayant un jour giflé son greffier. Du coup il fut envoyé en exil à Bourgogne…

Je pars chez Lefebvre, il est temps, à demain soir mes notes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 décembre 1917 – Bombardement la nuit, sur le quartier Saint-Remi. Une tren­taine d’obus, dont seize dans la rue Fléchambault.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – – 4°. Nuit agitée autour de Reims. Activité de nos batte­ries. Mitraillades, fusillades, fortes canonnades contre avions allemands, dit-on, entre 2 et 3 h. Matinée bruyante entre artilleries adverses. Tirs con­tre avions allemands. Vers 2 h. bombes allemandes sifflent. Visite au Com­mandant de l’Epinay et au Colonel Coignard (rue Jeanne d’Arc). Vers 6 h. bombes sifflent de temps en temps, par paquets jusqu’à 9 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Samedi 15 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 15 décembre 1917

1191ème et 1189ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps, des bombes, 2 ou 3, cette nuit devant le Lion d’Or, visant la Cathédrale, ce serait des 210 français que les allemands nous renvoient…  gracieusement, 2 ou 3 rue de Contrai. Mal dormi nécessairement, car c’était bien près. Courrier du matin minime, heureusement. J’ai pu rattraper mon retard. Vu encore pas mal de souscripteurs. Bref, j’ai 111 souscripteurs qui me donnent 5 970 F de rente pour 152 890,50 de capital versé, tant en bons de la Défense Nationale, numéraire et or !… Et moi qui comptais sur une trentaine de milliers de Francs de capital versé !!! J’en suis heureux pour la Banque de France.

Couru voir le Papa Millet pour ses expéditions et actes. J’ai tout, çà va. Je pars demain dimanche à 9h pour Épernay où j’ai un contrat pour Montaudon à la Villa, et le soir Ajon (adjudication) Gardeux pour Jolivet. Je travaillerai toujours pour les autres, pour la Gloire, pour l’Honneur. Voilà 3 jours de calme pour moi en perspective, et j’en profiterai pour voir à bien des choses à mon Tribunal. Je m’arrête, j’ai encore des lettres à écrire et à faire ma valise. J’aurais bien des notes à écrire, mais je n’ai pas le temps.

Encore un gendarme, Maury, force publique de Reims !! saluez !! qui m’a tenu 1h pour souscrire 38 Francs de rente !! (Rayé).

Bonsoir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

15 décembre 1917 – Bombardement une partie de la journée et avions.

— M. Gustave Houlon, conseiller municipal délégué, qui se plaît à travailler à nos côtés et s’installe souvent, sans façon, à la table de la « comptabilité », pour signer, parfois pendant des après- midi entières, les monceaux de pièces que lui apporte en souriant le secrétaire en chef, placarde aujourd’hui, sur le mur, derrière nous, la petite composition suivante, intitulée :

Ballade des employés de la mairie de Reims

– 1 –
Jour et nuit le canon tonne,
L’obus siffle à tout instant,
Et d’être encore existant,
Le matin chacun s’étonne.

– 2 –
Malgré cela, nos héros,
Depuis le forfait du Boche,
Dans un cellier assez proche,
Ont transféré leurs bureaux,

-3-
Du personnel de la ville,
Ils sont cinquante, à peu près
Qui, sans pose et sans apprêts,
Poursuivent l’œuvre civile.

-4-
Des services, en ce lieu,
On a groupé quelques bribes,
Le long des murs sont les scribes,
La police est au milieu.

-5-
De vaillantes filles d’Eve,
Ont reçu bon accueil,
Quand on peut se rincer l’œil,
L’heure paraît bien plus brève.

-6-
Pourtant, leurs nerfs furent mis
Aux épreuves les plus vives,
Le feu brûlé les archives,
Le fer tua des amis.

-7-
Aux municipes de France,
On citera ces Rémois,
Qui plus de quarante mois,
Ont tenu, pleins de constance.

-8-
Et sans geste solennel,
Malgré toutes les entraves,
Sont demeurés gais et braves,
Sous l’œil du Père Etemel !

(signé : Un édile)

L’auteur de cette fantaisie spirituelle, dont nous sommes à même d’apprécier le courage et le dévouement à la chose publi­que, est complimenté(1) . Son amusante production a du succès par­mi le personnel.

Toutefois, pour sa compréhension totale, il est bon de savoir que M. G. Houlon, quand il parle dans l’intimité du maire, M. le Dr Langlet, dont la physionomie vénérable est celle d’un patriar­che, l’appelle toujours très gravement, « Le Père Etemel ».

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
  (1) Avant de venir remplir ses fonctions à la mairie, M. G. Houlon, en sa qualité de membre de la commission administrative des hospices, se rend chaque jour, pédestrement, dans les bureaux de cette administration, à l’Hôpital général.

Cardinal Luçon

Dimanche 15 – A partir de 10 h. 30 soir, nuit tranquille, sauf quelques rares bombes qui sifflent. + 2°. Beau temps. Quelques bombes sifflent vers 3 h. Visite à Saint-Remi avec M. Compant.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Vendredi 7 décembre 1917

Paul Hess

7 décembre 1917 – Bombardement au cours de la nuit, vers Saint-Remi et après-midi sur le faubourg de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 7 – + 4°. Nuit assez agitée de 2 h. à 5 h. Bombes sifflent assez fréquemment : où vont-elles ? Visite du Lieutenant-Colonel du 108e(1) (rue Jeanne d’Arc, maison G… ) et d’un Commandant, avec le Sous-Lieutenant Monnier de Belley. Visite du Colonel des Services téléphonistes de l’État-Major du Général Fayolle, de Châlons, avec un Capitaine et un Sous-Lieu­tenant, neveu de M. Convert, d’Ars. Visite d’une Mission de Médecins Canadiens (de Troyes ou Waren ?). Via Crucis in Cathedrali à 3 h. 30. Un obus contre avions tombe sur la Place du Parvis, sans faire mal à personne. Quelques obus sifflent et tombent au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 108′ R I. est le régiment de Bergerac.

Place du Parvis


 

 

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Jeudi 1 novembre 1917 – Toussaint

Louis Guédet

Jeudi 1er novembre 1917

1147ème et 1145ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, mal dormi à cause de la bataille. Ce matin du soleil, gare les avions et les bombes ! Messe à 7h1/2, dite par l’abbé Camu. Vu personne de connaissances que les braves dévots coutumiers, de Bruignac et autres sont en vacances. Je vais aller à la Poste.

5h soir  Peu de courrier. Vu un instant Beauvais qui tient toujours son pari pour le ruban prochainement. Déjeuné au Cercle, invité de Pierre Lelarge. Y étaient Mme André Lambert qui fume comme un russe. Raïssac et Mazzuchi consul d’Italie. Causé des événements de là-bas, les nouvelles sont bonnes. Effleuré un tas de souvenirs et de sujets. Mazzuchi nous contait avec humour une réflexion que lui avait faite un sergent allemand le 10 septembre 1914 qui voulait serrer trop fort la taille d’une ouvrière de leur maison. Comme il s’interposait, le soudard lui demandât qui il était ? « Je suis le consul d’Italie !! » – « Ach ! schoene schweine Italien !! » s’écria le Boche !! Mazzuchi en fut tellement surpris qu’il ne trouva rien à répondre. Lelarge nous a donné une recette pour guérir les engelures : Faire bouillir des marrons d’Inde coupés en 2 ou 4 morceaux et tremper ses mains dans cette eau aussi chaude que possible. On peut toujours essayer.

Nous nous sommes quittés vers 3h, acheté un journal, rencontré le Docteur Gosset (Docteur Adolphe Pol Gosset (1868-1942)) et Mme et Melle Gaube (Renée Gaube (1891-1981), épousera Charles Roland-Billecart (1888-1963)), celle-ci toujours fort gentille pour mes 2 grands, et rentré chez moi le cœur triste, gros, et les larmes aux yeux. Je suis dans mon tombeau !

Un peu de bombardement vers le Faubourg de Laon et Champ de Grève, boulevard de la Paix et Gerbert (Boulevard Pasteur depuis 1924). Température douce, ciel nuageux quoique clair. Le baromètre remonte.

6h  L’autre jour, en dînant chez le Docteur Guelliot (à Paris, 71, avenue des Champs-Elysées), celui-ci nous contait que médecin des Haënlé, fabricant de feutres à Fléchambault, il avait conseillé en juin 1914 à Haënlé d’aller faire une cure soit à Vichy ou à Royat pour son foie, mais qu’il n’avait jamais voulu, prétextant qu’il tenait à passer ses vacances en famille à Mannheim, et que de là il irait pour une saison dans une ville d’eau allemande. Le Boche savait déjà que la Guerre était décidée en Allemagne. Guelliot prétend qu’il devait être colonel. C’était une vraie brute allemande, il parait qu’il buvait 10 bouteilles de vin chaque jour. Je l’ai eu comme client. Quel butor c’était. En juillet il était allé conduire sa femme et ses enfants en Allemagne, et lui comme un imbécile est venu se faire prendre ici dans son usine au moment de la déclaration de Guerre. Il est actuellement dans un camp de concentration. Il y est bien, mais moi je l’aurais fusillé.

Il a chassé très longtemps à Nauroy où il avait étudié certainement toute la contrée du Mont Haut, Cornillet. Il avait même construit un petit pavillon de chasse aux Noëlles à droite de la route de Beine à Nauroy dans les bois de sapins que cette route traverse. J’ai visité souvent ce chalet qui était organisé et construit sur le modèle des chalets de chasse de la Forêt Noire. Il préparait là avec des officiers de l’État-major allemand la Guerre qui a ruiné notre ville et ses environs, et on ne fusille pas des gens comme cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Toussaint, 1er novembre 1917 – Après-midi, visite au cimetière du sud, en compagnie de P. Simon-Concé. Au retour, que nous effectuons par les boulevards Henri-Vasnier et de la Paix, nous voyons des obus tomber vers les quartiers de cavalerie.

Des troupes anglo-françaises partent, avec les généraux Foch et Robertson, au secours des Italiens qui ont été surpris par les Austro-Allemands et viennent d’éprouver un grave échec (les détails manquent ou, du moins, ne sont pas publiés). Après des pertes très importantes, ils auraient dû abandonner Udine et Geritzia pour se replier, précipitamment, au-delà du Tagliamento.

Le soir, à 20 h, bombardement sur le quartier Saint-Remi. Tir de notre artillerie ensuite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Toussaint – + 4°. Nuit tranquille. Messe de la Toussaint, 8 h. 30, cha­pelle du Couchant. Aéroplanes français. Vêpres à 2 h. Le soir, à 8 h., ca­nonnade française violente pendant 10 minutes. Riposte non moins vive pendant 10 minutes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 1er novembre

Au nord de L’Aisne, actions d’artillerie dans la région de Pinon. Le chiffre définitif des prisonniers et des canons que nous avons capturés au cours de notre offensive est le suivant : 11157 prisonniers, dont 237 officiers et 180 canons.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont tenté sur nos positions du secteur de Beaumont un coup de main que nous avons repoussé. Entre la Meuse et Bezonvaux, bombardement assez violent au cours de l’après-midi.
6 avions ont été descendus par nos pilotes, 4 autres sont tombés désemparés dans leurs lignes. Nous avons lancé 1100 kilos de projectiles et d’explosifs sur les gares de Thionville, Bettembourg, Maizières-les-Metz, Longueville-les-Metz, Woippy, Conflans, ainsi que sur celle de Luxembourg. Tous les objectifs ont été atteints.
Les Anglais ont exécuté avec succès une opération entre la voie ferrée Ypres-Roulers et la route Poelcapelle-Westroosebeke. Sur la droite, les troupes canadiennes ont atteint tous leurs objectifs sur la crête et se sont avancées jusqu’aux lisières de Passchendaele. Le combat a été acharné, surtout à l’éperon ouest du village.
Sur la gauche, nos alliés ont pris des fermes fortifiées et des points d’appui.
Sur le front italien, rencontres entre Udine et le Tagliamento, vers San Daniele, le long du canal de Sedra à Pasian et à Pozzuolo. L’attitude des détachements de protection et de la cavalerie a permis aux troupes de continuer leurs mouvements pour rejoindre leurs nouvelles positions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 27 octobre 1917

Louis Guédet

Samedi 27 octobre 1917

1142ème et 1140ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Rentré de Paris à 5h du soir, en descendant d’autobus vu Lenoir, député, qui venait au devant de moi me causer de la dépêche, envoyée par le Procureur Général, venant de l’autorité militaire pour demander que l’on déplace les justices de Paix de Reims à Épernay, surtout pour les réquisitions militaires. Il m’annonce que semblable note a été envoyée au sous-préfet et au Maire. Tous deux ont répondu par un avis défavorable. Et en causant Lenoir me dit qu’il croyait que tout cela venait de (rayé), l’un (rayé) de (rayé). Je crois que Lenoir est dans le vrai. Bref celui-ci doit aller à la Chancellerie et faire classer l’affaire. (Rayé).

Me voilà rentré, attendant d’un moment à l’autre un mot de ma chère femme m’annonçant l’arrivée de Robert, et aussitôt je file, malgré le départ pour quelques jours de ma bonne. Durant mon absence pas de dégâts ni de bombardements. Demain j’irai à l’Hôtel de Ville causer de cette affaire et voir mon vieux clerc qui est fort malade parait-il. Commandé fleurs pour Jacques et Maurice.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 27 – + 6°. Nuit tranquille ; matinée: calme complet. Visite d’un Conseiller Général (d’État ?) de la République Argentine et d’un pasteur protestant. Visite de Mgr l’Archevêque de Tarragone, membre du Sénat Espagnol, Antonio Lopez y Deliraz accompagné de M. Emmanuel Brousse, qui dînent avec nous. Je leur fais visiter la Cathédrale et Saint-Remi. Der­nier jour de ma 75ème année.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 27 octobre

En Belgique, nous avons attaqué les positions allemandes entre Driegrachten et Draibank. Nos troupes ont réalisé une sérieuse progression, en dépit de la difficulté du terrain. Le village de Draibank, les bois de Papegoed et de nombreuses fermes organisées sont tombés entre nos mains; nous avons fait 200 prisonniers.
Au nord de l’Aisne, nos troupes ont continué une progression générale, allant jusqu’au canal de l’Oise à l’Aisne. Nous avons pris le village et la forêt de Pinon, ainsi que les villages de Pargny et de Filain.
Le chiffre de nos prisonniers atteint 11000 dont 200 officiers. Le chiffre des canons capturés et actuellement dénombrés est de 160 dont plusieurs mortiers de 210 et des pièces lourdes.
En Champagne, deux coups de main ennemis sur nos tranchées de Maisons-de-Champagne ont échoué. Nous avons réussi une incursion dans le secteur du mont Cornillet et ramené des prisonniers.
Lutte d’artillerie sur la rive droite de la Meuse, entre Samogneux et Bezonvaux, particulièrement violente vers le bois Le Chaume. Une tentative ennemie a échoué.
En Macédoine, raid heureux, des Anglais au sud de Serès.
L’offensive austro-allemande se déploie avec une grande puissance sur le front du Carso. Les Italiens ont évacué le plateau de Bainsizza et bordent leur frontière.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 8 octobre 1917

Cardinal Luçon

Lundi 8 – + 7°. Journée tranquille à Reims ; canonnade continue dans la direction de Berry-au-Bac. Visite à Saint-Remi, rue du Ruisselet, Maison de Retraite, Pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 8 octobre

Activité des deux artilleries dans la région de Braye-en-Laonnois et sur la rive droite de la Meuse, au nord du bois Le Chaume.
Dans les Vosges, nous avons réussi un coup de main dans la région de Sénones.
L’artillerie anglaise a montré de l’activité sur toute l’étendue du front de bataille. Les tirs de l’artillerie allemande ont été dirigés surtout contre les nouvelles positions de nos alliés le long de la crête à partir des bois de Broodseinde. Le chiffre des prisonniers capturés par les troupes britanniques s’est accru de 380.
Le temps, qui est demeuré variable et nuageux, a rendu difficiles les opérations aériennes. Le travail d’artillerie et de photographie a été néanmoins poursuivi avec succès. Les pilotes anglais ont bombardé les camps d’aviation de la région de Lille.
Sur le front de Macédoine, journée calme. Quelques patrouilles ennemies ont été repoussées à l’ouest du lac d’Okrida. Les aviateurs alliés ont bombardé les établissements ennemis au nord de Guevgueli et vers Kesna.
Les Russes ont repoussé de petites tentatives ennemies dans la direction de Riga. Les ennemis ont bombardé par avions Galotz, en Roumanie.
Les Italiens ont repoussé plusieurs attaques autrichiennes. Violente canonnade sur le plateau de Bainsizza.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 16 août 1917

Louis Guédet

Jeudi 16 août 1917

1069ème et 1067ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Nuit assez calme, de rares obus. Assez occupé la journée, surtout des signatures, légalisations, levée de scellés avec Dondaine rue Chanzy. Toutes ces rues avec leurs maisons effondrées, les portes enfoncées par les pillards sont sinistres. On rentre chez soi presque épouvanté !! On a peur de ce silence troublé seulement par les bombes.

Assez mal dormi. J’ai de la fièvre continuellement. Je tomberais.

Eté après-midi à Ormes voir mon vieux Papa Cousina-Suply, 81 ans, l’âge de mon Père (Nicolas-Désiré Cousina, né le 8 décembre 1836, et décédé à Ormes en 1918), qui déplore ce qu’il voit parmi la soldatesque, et surtout chez les officiers. Ce n’est qu’un cri : les officiers désirent que cela continue ! et les soldats ne veulent plus marcher, eux !! Il me disait qu’il ne regrettait pas de partir pour le grand voyage, tellement il est écœuré de tout ce qu’il voit. Les mœurs sont déplorables, tout leur est permis. Les femmes d’Ormes sont menacées à chaque instant.

M. Cousina me rappelait les beaux temps de sa jeunesse avant 1870. C’était l’âge d’or, disait-il, on s’amusait bien, mais honnêtement. Tandis que maintenant !!… J’étais de son avis, car chaque fois que je songe à cette époque de ma première jeunesse 1863 – 1870, ces temps me semblent éclairés d’une clarté toute rayonnante de joie et de bonheur sans nuages.

Rentré à 4h1/2, je suis fatigué. Je ne suis plus fort. Et puis je suis si triste, le cœur si serré. Je vis comme dans un cauchemar continuel et lugubre. Oh ! verrais-je jamais un seul jour de bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – + 15°. Nuit pluvieuse ; à partir de 10 h. tranquille. Matinée silencieuse. Après-midi tranquille. Visite à M. le Doyen de Saint-Remi. A 9 h. 10 soir, tir allemand, sur la ville ?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Source : Fonds Valois – BDIC


Jeudi 16 août

Action d’artillerie en Belgique, au nord de l’Aisne, en Champagne sur les deux rives de la Meuse et en Haute-Alsace. Un coup de main exécuté par nous près du Four-de-Paris a ramené dans nos lignes une mitrailleuse et du matériel. L’ennemi a bombardé Reims et lancé 100 obus sur Pont-à-Mousson.
Les Anglais ont attaqué sur un large front, sur la lisière nord-ouest de Lens, au bois Hego (nord-est de Loos). Les premières lignes allemandes ont été enlevées sur tous les points et les troupes de nos alliés ont accompli une avance satisfaisante. Elles ont conquis la fameuse cote 70 qui était formidablement défendue et ont, par la suite, poussé sensiblement leur progression autour de Lens. 282 prisonniers sont tombés entre leurs mains. Cinq contre-attaques allemandes ont été brisées avec de fortes pertes pour l’assaillant. Les pertes anglaises ont été légères.
Nos alliés ont également progressé au nord-ouest de Bixchoote, et fait échouer des coups de mains allemands à l’est de Klein-Gillebeke.
La bataille continue avec rage sur le front roumain avec des alternatives d’avance et de recul pour nos alliés.
En Macédoine, canonnade sur le Vardar et sur la Cerna.
Des patrouilles ennemies ont été mises en échec devant les tranchées anglaises de la vallée de la Strouma.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 12 août 1917

Louis Guédet

Dimanche 12 août 1917

1065ème et 1063ème jours de bataille et de bombardement

10h  La nuit a été calme et j’ai pu dormir à partir de 11h, à moins que je n’ai rien entendu ! Ce matin réveillé en sursaut à 6h3/4. Je m’habille en hâte pour la messe, croyant être en retard, et…  j’arrive à l’offertoire de la messe de 6h1/2 du matin. En sorte que j’assiste à une messe et demie. L’abbé Divoir officiait, messe de paroisse ordinaire avec de moins en moins de monde. Aperçu Gustave Houlon et de Bruignac, toujours aussi guindé et aussi rempli de sa personne. La noblesse sans la valeur ! Rentré à la maison désemparé, et toujours aussi douloureusement attristé, si je m’écoutais je pleurerais continuellement. Non ! Cette agonie est trop longue et atroce. Je ne crois pas que j’aurais le courage d’entreprendre ici le 4ème hiver !! Je ne puis plus résister aux obus ! (Rayé et troué) au grand plaisir à (rayé). Ce n’est pas comme cela qu’on s’obtient quelqu’un (rayé). Justices, (rayé) une récompense si (rayé).

5h1/2 soir  Voilà ma journée de dimanche tirée. J’ai travaillé, fait des affaires de capacité de petit clerc pour tuer le temps, mais j’en ai assez de cette vie. Je suis de plus en plus découragé, dégouté de la vie. Une loque ! Bon Dieu quand donc serai-je mort ?!… Reçu lettre de Madeleine qui est loin de me tranquilliser sur mes 2 Grands qui sont très exposés devant Verdun d’après ce qu’ils lui écrivent. Bien entendu, il aurait été étonnant que je sois tranquille de ce côté. A moi toutes les peines et tourments et aux lâches toutes les joies et chances. (Rayé) de l’espèce des (rayé). Ah ! à ceux-là il (rayé) clique !!

6h1/2 soir  Porté mes lettres, une dizaine, sans compter celles de ce matin, j’en compte en ce moment 15 à 20 en moyenne par jour. Les dernières 7 promotions sur modèle préparé et 7 lettres d’envoi !! J’en étais abruti. Vers 3h un officier et un soldat m’accostèrent sur ma porte pour me demander où se trouvait la maison du Docteur Lambert (pour le voir ?!) (ce médecin était mobilisé) Comme je leur répondis que je ne pouvais leur donner ce renseignement que sur un mot du docteur lui-même, ils tombèrent de leur haut et la trouvèrent mauvaise. Je leur fis alors comprendre que si j’étais si discret je le faisais avec juste raison, même avec des galons !! et pour cause ! (pillages) Je crois qu’ils ne la digèreront pas facilement. En tout cas ils peuvent conter leur aventure, cela fera peut-être réfléchir leurs collègues et comparses !

Demain matin à 6h1/2 je vais faire un inventaire à Nanteuil- la-Fosse (Nanteuil-la-Forêt depuis le 8 février 1974), décès Macquart, pour mon malheureux confrère Montaudon. J’y vais en voiture avec Barré son principal clerc. Ce va m’être un repos et une distraction s’il fait beau comme je le suppose. Si seulement c’eût été il y a 5 mois j’aurais pu voir mon cher Robert qui y a cantonné 15 jours avant d’aller à Berry-au-Bac… Jeudi je dois aller à Ormes pour une succession Cousina – Suply, et je pense, après avoir expédié mes archives, pouvoir partir le 19 à St Martin me reposer ! Hélas pour recommencer ma vie de misère après !! Que je suis donc profondément dégouté de la vie, de cette existence où je n’ai qu’écœurements et souffrances, et jamais une consolation, un encouragement, une joie !! Je suis Maudit !! Fatalité ! Voilà ma vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 au 15 août 1917 – Voyage à Épernay.

Les avions ennemis effectuant, depuis quelque temps, de fré­quentes incursions sur Épernay, où leurs bombardements ont fait d’assez nombreuses victimes et mis la population en émoi, je vais, au cours d’un congé de quelques jours, faire mes adieux à ma famille, sur le point de quitter la ville, pour se rendre à La Châtre (Indre).

Je désire ardemment que ma femme et mes enfants trouvent enfin, dans cette région éloignée, avec la sécurité complète, le calme, le repos qui leur sont devenus si nécessaires à tous.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Une ambulance à Épernay


Cardinal Luçon

Dimanche 12 – Nuit tranquille. Prédication aux soldats du 174e ; 2e ba­taillon, à Saint-Jacques, abbé… Dîner avec les officiers. Visite du Président de la Jeunesse Catholique de Haute-Saône. Obus vers 4 h. 1/2. Obus sur l’église Saint-Remi : 2 tués. 8 h. soir + 20°.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 12 août

En Belgique, la lutte d’artillerie s’est maintenue très vive au cours de la journée.
Au nord de Saint-Quentin, une tentative nouvelle des Allemands sur nos positions, à l’est de Fayet, a été arrêtée net par nos feux.
En Champagne, l’activité des deux artilleries s’est un peu ralentie dans la région des Monts. Durant la nuit, les Allemands, en même temps qu’ils attaquaient vainement dans le secteur du Cornillet, ont, par deux fois, attaqués nos tranchées au mont Haut. Les assaillants pris sous nos feux ont dû refluer vers leurs tranchées de départ. D’autres tentatives sur le mont Blond ont subi le même sort.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement à bombardé l’aérodrome de Schlesladt et les baraquements de la forêt d’Houthulst.
Sur le front britannique, un violent combat s’est engagé pour la possession des importantes positions que nos alliés avaient enlevées à l’est d’Ypres. Nos alliés ont gardé la totalité de leurs lignes et réalisé une nouvelle avance sur la route d’Ypres à Menin.
Les Russes ont rejeté une offensive dans la région de Brody. Les Russo-Roumains ont brisé une offensive sur la Sereth. Les Roumains ont reculé sur la Dobra et au sud-ouest d’Oves.
M. Henderson, ministre socialiste du cabinet anglais, a démissionné à la suite de la décision prise par son parti d’aller à la conférence de Stockholm.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 19 juin 1917

Louis Guédet

Mardi 19 juin 1917

1011ème et 1009ème jours de bataille et de bombardement

1h  Nuit agitée et lourde. Tirs à tort et à travers, en sorte qu’on est toujours en éveil. C’est le manque de sommeil continuel. Température torride, du vent cependant, mais dont on ne peut jouir, hélas ! Rien d’intéressant. Poste sans courrier (2 lettres). Causé avec Beauvais toujours rayonnant. En le quittant je passe voir Guiot, du Petit Rémois, pour le prier de ne rien faire de ce qu’il voulait écrire sur moi dans son article de protestation contre les…  gaffes de dimanche. Je ne veux pas être mêlé à tout cela, les 2 partis me dégoûtent trop. Je réclame donc le silence. Si cela continue cela me dégoûtera à tout jamais de porter un ruban quelconque !

Ecrit à M. Bossu, pour lui dire tout ce qui se passe ici à ce sujet, et lui faire voir qu’à tout prix il faut que notre Grand chef enlève l’affaire tout de suite, pour cingler tous ces gens-là, à qui je ne veux rien devoir, et pouvoir le leur faire sentir.

6h soir  Pas de nouvelles intéressantes. A 2h porté quelques lettres, poussé jusqu’à la Mairie pour une légalisation de signature. Vu le Maire un instant et rentré chez moi, mais en passant devant Melle Payard, elle m’a forcé à entrer. Causé de nos lassitudes, enfin rentré chez moi. Voilà la journée. Je ne parle pas des bombardements, c’est toujours et tous les jours la même chose. Vie mourante.

Je me suis renseigné sur les demandes du Colonel du 118ème de ligne, le Colonel Nantin (à vérifier) 18, rue Jeanne d’Arc, près de la Place, afin de savoir à qui m’adresser au cas où les 2 sous-officiers de l’autre jour me chercheraient noise s’ils me rencontraient. Il est bon d’être documenté avec  ces pierrots-là.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 juin 1917 – Bombardement dès le matin et tir sur avions.

Le communiqué annonce 2 000 obus sur Reims, pour la journée d’hier 18.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 19 – + 19°. Nuit tranquille en ville. A 6 h. 10, bombes sifflantes, brusques. 9 h. violent bombardement sur…. Avions français et allemands : tir contre eux. De 2 h. à… bombes presque continuelles sur Saint-Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 19 juin

Activité marquée de l’artillerie dans la région de Laffaux, au Panthéon et dans le secteur Craonne-Chevreux.

En Champagne, nous avons réussi une opération de détail qui nous a rendus maîtres d’un système de tranchées allemandes formant saillant dans nos lignes sur un front de 500 mètres environ entre le mont Cornillet et le mont Blond. Nous avons fait, au cours de cette action 40 prisonniers dont un officier.

Les Allemands continuent à bombarder la ville de Reims. 2000 obus ont été lancés dans la journée. Un civil a été tué et 3 blessés.

Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région Lizerne-Boesinghe. Durant la journée, légère canonnade sur toute la ligne. Sur le front britannique, l’ennemi a lancé à la faveur d’un bombardement, une forte attaque locale sur les positions conquises par nos alliés à l’est de Monchy-le-Preux. Les troupes anglaises ont dû abandonner certains postes avancés établis en avant de leur nouvelle position principale. Cette position principale demeure entre leurs mains.

En Macédoine, l’aviation britannique a bombardé avec succès la gare de Tomba, à 12 kilomètres de Serès, et plusieurs dépôts de munitions ennemis.

En Thessalie, l’avance de nos troupes continue à s’opérer sans difficulté. Toutes les communes de la région Larissa-Volo ont adhéré au mouvement vénizeliste.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 12 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 12 avril 1917

943ème et 941ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps magnifique ce matin, il a plu et même neigé cette nuit. Bise vive et fraîche comme le 13 septembre 1914. Toujours cette obsession ! Donné mes lettres ce matin au Commissaire du 1er canton pour une automobile militaire. L’agent qui les a postées me dit que c’est remis. Ma chère femme aura ma lettre demain. M. Carret me disait qu’on lui avait dit que notre Trommelfeuer (feu d’artillerie roulant, pilonnage continu) commencerait probablement aujourd’hui vers 11h, qu’un prisonnier aurait déclaré à la Place que si nous voulions avoir des canons, nous n’avions qu’à nous dépêcher. D’autre part l’abbé Camu, que je viens de voir pour demander la messe de 7h de dimanche pour ce pauvre Jacques, me disait que le Père Cleisen (jésuite originaire d’Alsace) tenait d’un de leurs Frères attaché à l’état-major de la Division que les ordres qu’il copiait spécifiaient que l’on devait se tenir prêt à donner l’assaut samedi ou dimanche. Je pousse jusqu’à la Ville. Vu au Commissariat central pour organiser la fouille des victimes et qu’on me remit les valeurs et espèces que je ferai remettre à la Caisse des Dépôts et Consignations comme je l’ai dit plus haut. Mais ces gens-là sont annihilés, affolés. Je vois Raïssac qui m’approuve, mais me déclare que tout est désorganisé et ne peut rien faire. Je serre la main au Maire et à Houlon qui arrive. Il n’y a rien à faire avec ces gens-là ! La Mairie va s’installer dans les caves de Werlé, rue de Mars.

Bompas l’appariteur de la Chambre n’est pas encore parti. Lui aussi a été pris de panique, mais quel homme d’argent !!!! Je le croyais plus large que cela. Enfin on ne peut demander tout à un domestique, fut-il appariteur de la Chambre des notaires de Reims. Il a d’autres qualité, mais pas celle de la libéralité…  Quel pingre. Et s’il reste c’est avec l’espoir que la Chambre lui donnera de l’argent, il ne reste que pour cela.

Je passe aux Galeries Rémoises, rue de Pouilly, j’y vois Melle Claire Donneux, Bourelle, nous causons. Sont restés : ceux-ci avec Curt, Melle Lemoine et Melle Chauffert et 5/6 hommes de peine de la maison. Melle Claire m’invite à déjeuner aux Galeries Rémoises dimanche. J’accepte sous condition qu’on ne m’attendra pas.

A la Poste pas de courrier d’arrivé, j’irai ce soir si je puis. Rencontré là Villain qui est resté et installé dans la crypte, le Dr Gaube et l’ancien commis greffier Laurent. Nous causons surtout des pillages éhontés faits toujours par le 1er génie et le 410ème et 293ème de ligne. C’est une bande d’apaches approuvée par leurs (rayé) d’officiers. Ces gens-là déshonorent l’Armée et souillent leurs galons de vin et de boue. Bourelle me racontait que près des Galeries des soldats ivres avaient voulu chercher noise à 2 civils, et que ceux-ci, des « costauds », les avaient arrangés de la belle façon, à l’un ils lui ont broyé la figure à coups de talon ! Il avait voulu les larder avec son couteau de tranchée ! Des apaches !? enfin ! Je rentre à la maison vers 10h.

4h soir  Sorti à 2h par un temps frais, beau soleil. Été rue de Chativesle voir à la maison de Mme Gambart. Les voisins, M. et Mme Becquet (à vérifier) couchent à la cave et surveillent, me voilà tranquille de ce côté. Rien à la maison de Jacques, rue Jeanne d’Arc. Je vais à la Poste, Palais de Justice, prends mon courrier. J’y trouve 2 lettres du 10 de ma chère femme qui a de mes nouvelles des 8 et 9 avril. Elle se tourmente affreusement, pourvu qu’elle ne tombe pas malade. Je monte dans mon cabinet de la justice de Paix pour lui répondre, c’est ce que je ferai tous les jours maintenant, au lieu de revenir à la Maison et de reporter mes lettres soit à la Poste du Palais, ou plutôt chez M. Mazoyer, place d’Erlon, 76, qui se charge de faire mettre, par un de ses camarades mobilisé comme lui, mes lettres à la Poste, soit à Aÿ, soit à Épernay. Comme cela mes lettres arriveront dans les 2 jours, tandis que par la Poste elles mettent 4/5 jours pour arriver à destination, étant arrêtées par la censure. En descendant de la justice de Paix, je rencontre Risbourg (Amédée César Risbourg, comptable de notaire (1860-1932)), clerc de chez Mandron qui me dit que le 3ème d’artillerie lourde lui a tout pillé de ce qui lui restait d’épargné par l’incendie dans sa maison 77, boulevard Jamin (la famille reviendra habiter à cette adresse après la fin de la guerre), M. Delcroix, 69, même boulevard, me déclare que ces mêmes artilleurs du 3ème lourd lui ont pillé 400 bouteilles de Champagne, pour 400 F de conserves et tout son linge, et cela sous les yeux des officiers !

M. Rousseau, fabricant de cordes, rue Ruinart de Brimont 8 ou 10, voulant voir à sa maison, se heurte en entrant chez lui à un capitaine et à un lieutenant qui s’y étaient installés. Il veut entrer, ceux-ci le mettent à la porte en lui disant : « Vous n’êtes pas chez vous, nous sommes les maîtres ici !! » C’est parfait. Soudard !! De la boue, de la fange, que ces officiers. Ceci se passait hier 11 avril. J’écris mon rapport au Procureur de la République !

Porté ces lettres chez M. Mazoyer 76, place d’Erlon. Elles seront pour demain midi à Épernay.

Pas de journaux chez Michaud où je trouve porte close. En rentrant je rencontre Pierre Lelarge, place d’Erlon, nous causons, il me dit avoir vu du haut du campanile de l’Hôtel de Ville la bataille qui fait rage autour de Brimont. Cela lui a paru formidable, et les allemands répondent encore vigoureusement. Nous nous quittons en nous souhaitant pour bientôt la délivrance, « La Tamponne » (une cuite), dit-il en riant. Rencontré des soldats russes et français ivres. Lelarge est outré aussi des pillages ! La population est très surexcitée de cela. Je rentre et me mets à ces mots. Nos avions n’ont cessé de survoler Reims, ils sont très nombreux et très actifs. Ici hors le bruit de la Bataille nous sommes au calme, si seulement je pouvais coucher dans ma chambre. Ces nuits passées à la cave sont si pénibles. Voilà 7 nuits que je passe ainsi sans me déshabiller ! C’est fort pénible.

5h3/4  Je ressors vers 5h las de rester désœuvré, je vais jusqu’au Palais porter une lettre. Je m’informe des journaux : point. On me promet de m’en mettre un dans ma boite. Je demande à la porterie de l’Éclaireur de me procurer les numéros du petit format de ce journal qui est vendu depuis 3/4 jours. Je rencontre le Dr Gaube, nous bavardons…  pillage, il me disait qu’après m’avoir quitté ce matin il avait vu en rentrant chez lui rue Pluche, sortir de la maison incendiée de Baudot, huissier, des militaires avec des bouteilles de Champagne. Il me rapportait qu’un officier supérieur de la Place aurait répondu à un Rémois qui se plaignait à lui d’un pillage fait dans son immeuble par la troupe : « Tant qu’on ne m’aura pas assuré que le dernier Rémois a quitté la Ville, je ne croirais, alors seulement que ce sont des militaires qui vous ont pillé ! » Après cette réponse on peut tirer l’échelle.

Quand je me promène en ville je parcoure des rues entières sans rencontrer un être vivant. C’est lugubre !

9h soir  Nous nous couchons. Combat vers La Neuvillette, Champ de Courses, Bétheny, c’est un roulement continu. Je suis las ce soir. Vu au mur à réparer au 2ème jardin d’ici. On viendra demain faire une clôture en bois. Il fait froid, il pleut. On a froid partout et de partout. Autant descendre dans sa tombe chaque soir. Une fois suffirait. Quand donc pourrai-je reprendre mon lit, ma vie coutumière, vivre à la lumière.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

12 avril 1917 – Violente canonnade au cours de la nuit ; elle continue.

Bombardement sur le quartier Cemay, pendant la nuit et le faubourg de Laon, ce matin.

Des incendies qui paraissaient localisés, esplanade Cérès se sont rallumés et ont achevé de détruire la partie située entre la rue Cérès et le boulevard Lundy. Précédemment, le feu avait déjà con­sumé les maisons comprises entre la rue Rogier et l’esplanade.

Canonnade effrayante, vers 20-21 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 12 – + 2°. Nuit bruyante, mais au loin. Visite aux Halles, où je suis acclamé ; à église Saint-André, rue Cérès ; maison du Grand Colbert. Après- midi, activité très grande dans la direction de Brimont, comme dans la ma­tinée. Beaucoup de bombes lancées à Reims (sur batteries ? ou en ville ?). A partir de 9 h., jusqu’à 10 h., bombardement très violent autour et près de nous. Obligé de me lever pour aller coucher à la cave. Pluie de débris de pierres projetés sur la maison, dans la cour et le jardin, par un obus qui renverse le pignon nord de la belle cheminée de la Salle des Rois ? (Le pignon… auquel était adossé ou appliqué cette cheminée). Toute la nuit du 12 au 13, activité des artilleries adverses, mais les obus tombent loin de nous. Dix obus sont tombés autour de la basilique de Saint-Remi aujourd’hui et cette nuit (12-13).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 12 avril

Lutte d’artillerie assez active dans la région de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, l’ennemi, après un vif bombardement, a refoulé un de nos détachements au nord-est de Verneuil-sous-coucy. Nous l’avons rejeté immédiatement de nos positions par une contre-attaqne.

Activité marquée des deux artilleries dans la région de Berry-au-Bac et de la Pompelle, ainsi que divers points du front de champagne.

Au bois le Prêtre, nous avons exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations ennemies.

La neige, qui tombe en abondance, a gêné les opérations sur le front britannique. Deux contre-attaques allemandes sur les nouvelles positions de Monchy-Le-Preux ont été rejetées.

Plus au sud, quelques éléments anglais ont pénétré dans les positions allemandes vers Bulcourt et ont fait des prisonniers. Contre-attaqués par des forces importantes, ils ont du se replier. L’assaillant a subi de grosses pertes.

Canonnade dans la vallée de l’Adige, sur le front italien.

La République Argentine a approuvé l’attitude des Etats-Unis et déclaré qu’au premier bateau torpillé, elle romprait avec l’Allemagne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 30 mars 1917

Louis Guedet

Vendredi 30 mars 1917

930ème et 928ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 soir  Temps froid, glacial, humide, giboulées, sale temps, nuit insupportable de bataille. Des obus toute la journée. A 9h1/2 audience civile, 2 affaires !! cela devient comme la simple police, dans le marasme ! Occupé toute la journée à un tas de choses, fait courses sur courses. Vu Mgr Neveux et l’abbé Lecomte à l’archevêché, remis 2 000 F pour pension de 2 Grands séminaristes de la part de Mme Mareschal. Causé (rayé) de nos Procureurs de la République, l’ancien et le nouveau, et Monseigneur Neveux me disait que l’ancien Procureur de la République M. Louis Bossu avait « mis beaucoup d’eau dans son vin ». Il me disait que celui-ci avait écrit à la Supérieure du Bon Pasteur pour la remercier de ses félicitations à l’occasion de sa nomination comme Procureur Général de Bastia, et lui ajoutait : « de ne pas l’oublier dans ses prières ! » Est-ce que mon cher Procureur aurait trouvé son chemin de Damas ? Fini ma journée avec 2 clôtures d’inventaires, avec Poquet et Dondaine règlements de comptes, etc…  J’en avais par-dessus la tête. Reçu lettre de Madeleine. Marie-Louise et Maurice ont mal à la gorge. Elle craint que la domestique ne veuille pas rester. Verra-t-elle aussi la fin de ses misères la malheureuse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 30 – + 5°. Pluie. Nuit tranquille sauf bombardement de minuit

à………. et quelques coups de canon. Via Crucis in Cathedrali, pluviis inundata et lapidibus a fornica lapsis constrata – inondée de pluie et en­combrée des pierres des voûtes écroulées. A 9 h. quelques bombes sifflent. Visite à l’Espérance, à l’Enfant-Jésus, où j’ai porté les Prix de Vertu que j’ai reçus pour les 2 maisons, de l’Institut. Visite à Saint-Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 30 mars

De la Somme à l’Oise, la journée a été relativement calme, artillerie active dans le secteur de Margival.

Violente canonnade vers Maisons-de-Champagne, à la cote 304, et en Lorraine dans la région d’Émberménil.

Un avion allemand a été abattu en combat par un de nos pilotes.

Sur le front belge, grande activité d’artillerie, dans la région de Steenstraete.

Les troupes britanniques ont enlevé, après un vif engagement, et en infligeant de fortes pertes à l’ennemi, le village de Neuville-Bourgonval. Nos alliés ont capturé un certain nombre d’Allemands. Ils ont pénétré par coup de main dans les lignes ennemies à l’est d’Arras, vers Neuville-Saint-Vaast et Neuve-Chapelle. Plusieurs abris ont été détruits.

Les troupes anglo-égyptiennes qui montaient de la frontière d’Egypte en Palestine, ont vaincu 20.000 Turcs près de Gaza. Elles ont fait 900 prisonniers.

Les Italiens ont repoussé une attaque autrichienne dans la vallée de l’Adige.

Le Comité des ouvriers et soldats russes a déclaré qu’il repousserait l’agression allemande et il a exhorté les Allemands à détrôner le kaiser.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 6 février 1917

Kut-el-Amara

Louis Guédet

Mardi 6 février 1917

878ème et 876ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Toujours froid terrible, pour la première fois mes brocs ont gelé contre mon poêle. Temps brumeux le matin, beau soleil chaud l’après-midi, à croire une détente, mais vers 5h1/2 le froid reprend de plus belle. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, il a craint le froid sans doute, car hier il ne pouvait travailler à cause du froid. Travaillé un peu, fait des courses. Après-midi sorti pour des courses aussi. A 4h1/2 des obus un peu partout à long intervalles, 5/7 minutes, rien dans mon quartier. Je suis rentré à 5h1/4 quand çà a cessé. A l’instant une volée des nôtres, 8/10 coups sans arrêter, et le silence. Reçu lettre de ma pauvre petite femme toujours bien courageuse, mais ce qu’elle doit souffrir du froid !! et Marie-Louise et Maurice !! J’en ai les larmes aux yeux. (Rayé) pour (rayé)!!

Rencontré un employé d’octroi que je connais depuis 25 ans qui est ami du Capitaine Théobald. Il m’a raconté comment mes attendus étaient passés, c’était bien comme on me l’avait déjà dit une farce faite par lui à la Bande Colas, Girardot et Lallier. Il m’a affirmé que (rayé) était franc-maçon, alors cela explique bien des choses…  et cela me confirme que cet imbécile-là a été de connivence avec les 2 autres aliborons !! Je suis donc bien fixé maintenant. Voilà ma journée. Demain Caisse d’Épargne où je suis de service de 9h1/2 à 11h1/2.

Nous sommes toujours sans eau, il faut aller en chercher chez les voisins. C’est bien gênant. J’ai à peine 5° au-dessus dans ma chambre et mon poêle brûle. Il est vrai que je ménage mon bois. Quelle vie de misère, toujours sur les mêmes !!

8h soir  Il fait très froid, il gèle déjà dans ma chambre. Avant de me coucher pour avoir chaud, il faut pourtant que je note qu’on m’a appris au Greffe Civil qu’Auguste Goulden était aujourd’hui à Reims !!! après son affaire ! c’est revenir bien vite ! et bien facilement. J’apprends cela aussi dans la Ville !! Bref cette réapparition prématurée fait plutôt mauvais effet, et a une mauvaise presse !! De différents côtés j’ai entendu me dire : « Oui on laisse rentrer Goulden et on refuse à des femmes et à des enfants l’autorisation de rentrer à Reims pour se soigner et même assister aux obsèques de leur père ou de leur mère ou de leur mari !!

Ce qui est exact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 6 – – 9°. Nuit tranquille en ville ; canons au loin ; mitraillade autour de Reims entre batteries. A 1 h. lourde canonnade française, les vitres tremblent. De 4 h. à 5 h. duel d’artillerie, bombes sifflantes. Deux femmes tuées à Saint-Remi et un enfant blessé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 6 février

Un coup de main sur les tranchées allemandes du Reichackerkopf (ouest de Munster) nous a permis de faire 16 prisonniers et de capturer une mitrailleuse.

Dans la nuit du 2 au 3 février et dans la nuit du 4 au 5, nos escadrilles ont bombardé le champ d’aviation de Colmar (Alsace), les usines militaires de Rombach, les gares de Chauny, Ham et Appilly. Un incendie a été constaté dans les bâtiments de cette dernière gare.

Sur le front belge, les Belges ont fait sauter un petit poste ennemi au nord de la Maison-du-Passeur. Activité d’artillerie soutenue.

Sur le front italien, activité moyenne d’artillerie dans le Trentin. Sur le haut Degano, un détachement ennemi a tenté de faire irruption sur les positions de nos alliés : il a été promptement repoussé.

Les Allemands ont éprouvé de nouveaux échecs sur le front russe, près de Kolncem et au nord-ouest de Friedrichstadt. Un avion allemand a atterri près de Postawy.

Avance anglaise dans les alentours de Kut-el-Amara. La cavalerie britannique a atteint sur la rive droite du Tigre un point situé à 25 milles à l’ouest de cette localité. A l’ouest de la jonction du Hai et du Tigre, nos alliés ont pris trois lignes successives de tranchées sur une étendue de 650 mètres et une profondeur de 400. Les pertes des Turcs ont été très lourdes.

La presse allemande réclame la guerre contre l’Amérique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Kut-el-Amara

Kut-el-Amara

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Mercredi 4 octobre 2016

Louis Guédet

Mercredi 4 octobre 1916

753ème et 751ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Mauvais temps, pluie toute la journée, les feuilles commencent à tomber. Bombardement ce matin vers le cimetière du nord. Je suis fatigué de ma journée d’hier. Vu Helluy du Courrier de la Champagne à 2h, causé de mes procès et de la molestation des habitants de Reims du chef du capitaine de Gendarmerie et des Gendarmes contre lesquels je me suis élevé hier. J’espère que le nommé Girardot, comprendra la leçon et sentira le soufflet que je lui ai appliqué hier. De là été aux Hospices, vu Guichard que j’ai de nouveau félicité, et le pauvre Gustave Houlon, bien affecté de la mort de son fils (Jean Auguste Houlon, soldat au 73ème RI, mort des suites de ses blessures le 29 septembre 1916), blessé mortellement dans la Somme et mort à Paris. Poussé de là jusqu’à St Remy, assisté au Salut de la neuvaine, et rentré chez moi par une pluie battante, tandis que cela « tapait » sur Pommery.

Reçu lettre de ma chère femme qui me raconte l’installation d’André chez l’abbé Valleret, 5, place St Étienne à Châlons où il va entrer en 3ème à St Étienne, mon vieux collège, comme externe. Elle m’envoie une lettre de Jean qui est bien embarrassé de savoir s’il doit permuter pour rejoindre son frère au 61ème ou rester au 25ème.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1916 – Sifflements et obus boulevard Lundy, dans la matinée. Après-midi, nouvelles arrivées.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 lundy


13


Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Nuit tranquille ; quelques coups de canons français lourds. Projections. + 12°. Quelques canons français. A 3 h. bombes allemandes sifflent (sur batteries ?). Visite de M. Demaison, de M. et Mme G. Houlon. 4 h. 1/2 série de bombes sifflantes, allemandes (sur nos batteries ?). Visite à Saint-Benoît.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 4 octobre

Sur le front de la Somme, une attaque localisée de chaque côté de la route Péronne-Bapaume, nous a mis en possession d’une importante tranchée au nord de Rancourt. Nous avons fait 120 prisonniers dont 3 officiers.
Les Anglais ont exécuté un coup de main heureux au sud de Loos.
Sur le front d’Orient, les Serbes ont délogé les Bulgares d’une nouvelle arête montagneuse et l’ennemi a paru battre en retraite vers le nord. Trois villages ont été occupés par les Alliés au nord de Florina ; un quatrième, par les Anglais à l’est de la Strouma.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 2 octobre 1916

Cardinal Luçon

Lundi 2 – Nuit tranquille. Messe à Saint-Remi. Allocution. + 8°. Aéroplanes, tir contre eux. Après-midi et toute la nuit : pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

12

saint-remi


Lundi 2 octobre

Sur le front de la Somme, des opérations de détail nous ont permis d’enlever quelques éléments de tranchées au nord de Rancourt et au sud-est de Morval.

En Champagne, au sud de la butte du Mesnil, l’ennemi a tenté deux coups de main consécutifs à de vifs bombardements. Nos tirs de barrage les ont arrêtés.

Les Anglais ont réalisé des avances entre Flers et le Sars.

Dans le secteur de Thiepval, l’ennemi a été rejeté du terrain qu’il occupait vers la redoute Stieff; de même il a reculé a la redoute Schwaben. Seize coups de main heureux ont été exécutés par nos alliés d’Ypres à Neuve-Chapelle.

Les Anglais ont pris deux villages dans la vallée de la Strouma et capturé plusieurs centaines de Bulgares. Les Serbes ont progressé au Kaïmackalan.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Dimanche 13 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 août 1916

701ème et 699ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante d’orage le matin, après-midi chaude, lourde et se rafraichissant en ce moment. Le calme. Rien de saillant. Journée fastidieuse comme tous les jours de dimanche. Été messe rue du Couchant à 7h, mis à mon courrier, parti à la Poste et remis mon courrier, que je quitte pour écrire ces quelques lignes. Je suis enfin à jour à 2 lettres près. Je vais tâcher de les écrire ce soir pour n’y plus penser. Reçu de bonnes nouvelles de Robert qui est avec son ami du collège Hanrot (Charles Hanrot 1896-1976) et un autre au 61ème. Jean est parait-il fatigué, pauvre enfant, pourvu qu’il ne tombe pas !! Tout cela n’est pas pour m’égayer dans ma solitude. Sans compter ma femme qui est toujours fort triste.

Vu uniquement 5 minutes l’abbé Camu, vicaire général, curé intérimaire de la Cathédrale et de la rue du Couchant, qui a insisté pour que j’aille voir souvent le cardinal Luçon. Je tâcherai de le faire, mais j’ai tant et tant à faire !! Voilà ma journée. Triste et monotone. Après-demain 15 août qui sera semblable !! J’aime mieux les jours ouvrables qui m’amènent forcément quelques distractions par occupations et visites d’affaires.

8h35 soir  Les Vandales recommencent !! Les Sauvages !! A 8h bombardement vers St Remy, à 8h10 les pompiers de Paris passent devant la maison, se dirigeant vers le quartier St Remy, à 8h30 on me dit que c’est l’Hôtel-Dieu vers la rue Pasteur (rue du Grand Cerf depuis 1924) qui flambe et qu’il n’y a rien à faire. Je monte au grenier sur le toit ! Spectacle inoubliable de destruction, d’horreur. Tout l’ancien Hôtel-Dieu flambe, c’est effrayant. Pourvu que St Remy ne brûle pas !! Mon Dieu ! après la Cathédrale, Saint Remy !! non ce n’est pas possible !! Vous n’écrasez donc pas ces Barbares ! Il n’y a pas de nom pour les qualifier. Du haut du Mont de Berru ou de Brimont, ils doivent exulter devant leur œuvre de destruction !! Pauvre Hôtel-Dieu ! Vieux vestige échappé des destructions de la Révolution, il te faut disparaître toi, et cela par la main des Barbares ! Sauvages. Ils ne seront donc pas châtiés ! Qu’on aille chez eux et qu’on les brûlent, les fusillent, les pendent comme des bandits de droit commun, non ce n’est plus de la Guerre !! Je ne sais ce que c’est ! Comment on appelle cela ??

8h3/4 soir  Jacques, Adèle, Lise descendent du toit et me disent que le fléau parait circonscrit, et que St Remy ne parait pas être atteint !! Ce sont donc des démons !!! Mon Dieu ! êtes-vous le Dieu de justice ! alors écrasez-les ces sauvages ! maudissez-les et que cette race disparaisse !! Vengeance, Vengeance, Justice où vous n’êtes pas le Dieu juste !!

8h55 soir  Pluie torrentielle. Saint Remy est indemne parait-il. Oui, mais cette pluie aurait dû commencer il y a 3/4 d’heures !! Pauvre Hôtel-Dieu, que de souvenirs cette catastrophe remue-t-elle en moi. Le vieux cloître. Les vieilles boiseries de la Bibliothèque des moines, l’ancienne chapelle aux boiseries XVIIIème siècle, les salles du bâtiment central de façade ! Tout cela en cendres en 20 minutes de temps !!!! Vengeance ! Vengeance ! Justice ! Châtiment. Mon Dieu ! ou bien ce serait à douter de tout. Justice, châtiment, il le faut, vous le devez !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 août – Nuit tranquille. Reçu réponse du Cardinal de Cabrières. Visite au soldat… du Rosaire vivant, du Tiers-Ordre, dont le père est fabricant de biscuits (je crois). Mgr Neveux va dire une messe aux soldats cantonnés à Mailly. 5 h. bombes sifflantes ; très violent bombardement par canons et peut-être par avion. Nos canons répondent maigrement un pour 20. 8 h. soir, cinq aéroplanes allemands survolent la ville. Ils allument plusieurs incendies (annoncés : 4) à l’Hôpital Civil dont le corps principal est détruit. Chapelle (ancienne Bibliothèque). Le cocher Rozière, bon chrétien, qui conduisait le Dr Médecin de l’Hôpital Civil a été tué avec son cheval par un obus. Nous étions, Mgr Neveux et moi, dans le jardin. Temps lourd et chaud ; sombre ; épais nuages. Nous entendons ronfler des aéros au-dessus du jardin, cachés dans les nuages. Ne soupçonnant pas le danger, nous ne bougeons pas. Ce sont eux qui ont lancé les bombes incendiaires ou qui ont donné aux canons allemands le signal et le repèrement. Les deux sont probables : bombes d’avion et bombes de canon. Incendie cour Ste-Claire à Clairmarais (cinq tués route de Paris ; six civils tués ; deux ou trois carbonisés à Clairmarais. La Basilique S. Remi étant menacée, M. le Doyen et M. Maitrehut aidés du sacristain emportent les reliques de saint Remi dans la cave de M. le Doyen (Lettres recueil, p. 61 ).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais


Dimanche 13 août

Au nord de la Somme, une brillante attaque de notre infanterie a parfaitement réussi. Plusieurs tranchées allemandes ont été prises par nos troupes, qui ont établi leurs nouvelles lignes sur la croupe située au sud de Maurepas et le long de la route qui va de ce village à Hem.
Au nord du bois de Hem, une carrière puissamment fortifiée par l’ennemi et deux petits bois sont tombés en notre pouvoir. Nous avons fait 150 prisonniers et pris 10 mitrailleuses.
Sur le front de Verdun, bombardement de la région de Chattancourt et du secteur Thiaumont-Fleury.
Un avion ennemi a été abattu en flammes dans nos nos lignes au sud de Douaumont par un pilote de l’escadrille américaine.
Les Russes ont enfoncé l’armée du général von Bothmer. Sur la rive droite du Sereth, ils ont capturé 104 officiers et 4872 soldats; dans la partie sud de Monasteritza, ils ont pris 2500 hommes, dont un colonel; sur la Zlota-Lipa, leur butin a été de 1000 hommes.
L’armée italienne a progressé largement sur le Carso, à l’est de Monfalcone, sur le plateau de Doberdo et à l’est de Gorizia.
Les Anglais se sont avancés au nord de Bazentin-le-Petit ; ils ont ensuite rejeté toutes les contre-attaques ennemies; ils ont progressé également au nord-ouest de Pozières.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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