• Category Archives: Juliette Breyer

Lundi 24 avril 1916

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Nuit assez tranquille. Belle journée de soleil. Aéroplanes, tir contre eux. Bombes sifflent sur batteries sans doute à 1 h. et à 5 h. Incendie à la fabrique de sacs de papier ; le feu allumé, le bombardement cesse 1/4 d’heure ; les soldats se précipitent pour l’éteindre ; quand ils sont arrivés, le bombardement recommence et en tue neuf. Beaucoup de personnes bles­sées, raconte M. le Curé de S. André.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Lundi 24 Avril 1916. – A midi je traversais la cour chez Pommery quand je m’entendis appeler par un soldat. En m’approchant je reconnus Camille Dormique et mon cœur ne fit qu’un bond. Il venait voir son père et c’est la première fois que je me trouvais face à face avec un soldat qui avait pris part au combat où tu as disparu. Je l’ai interrogé et il ne m’a pas rendu d’espoir car il m’a dit que tous ceux qui avaient été blessés ce jour là et faits prisonniers avaient par la suite donné de leurs nouvelles à leur famille et que sans doute si tu avais encore été vivant, il en aurait été de même pour toi.

J’ai ma tête qui se vide car depuis si longtemps je ne peux plus pleurer. Et pourtant ma peine est toujours aussi grande. Pauvre Lou, je ne puis pourtant y croire.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 24 avril

Au sud de la Somme, notre artillerie a exécuté des tirs de concentration sur les tranchées allemandes, à Fransart et à Hattencourt (sud de Chaulnes).
A l’ouest de la Meuse, l’ennemi a subi un échec près de Vauquois. Nous avons réussi un coup de main à Avocourt; bombardement violent de la cote 304.
A l’est de la Meuse et en Woëvre, rafales d’artillerie. Pas d’action d’infanterie.
En Lorraine, nous avons canonné vigoureusement les ouvrages ennemis de Leintrey.
La note américaine a été publiée à Berlin avec trois jours de retard. La presse allemande marque une très vive surexcitation et entrevoit la possibilité de la guerre avec les États-Unis. Le Chili, après le Brésil et l’Argentine, semble approuver délibérément le geste de M. Wilson.

Source : la Grande Guerre au jour le jour.


 

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Dimanche 23 avril 1916 – Pâques

Cardinal Luçon

Dimanche Pâques 23 avril – Nuit tranquille ; matinée tranquille. Aéro­planes, quelques tirs contre eux. J’apprends que le Card. Von Hartmann a officié pontificalement devant sort Empereur à Laon, et….-le-Château. J’écris au Card. Gasparri.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 23 Avril 1916. – J’ai reçu une lettre du jeune homme André Handort. Il m’a envoyé sa photographie et demande comment il se fait que je ne lui écris pas plus souvent. Je vais lui répondre par une lettre très sérieuse, sans le froisser bien entendu, que je tiens à n’avoir aucune correspondance. Ce jeune homme a l’air de manquer d’instruction ; c’est pour cela que je l’excuse. Il ne comprend pas que ton souvenir me poursuit et que ce serait profaner tout l’amour que j’ai pour toi de correspondre avec un autre.

Mon Charles, reviens. Je t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Dimanche 23 avril

En Belgique, nous bombardons le secteur à l’est de la route Ypres-Plikers.
En Argonne, lutte de mines assez vive à Vauquois et à la Fille-Morte. Nous bombardons les communications en arrière du front ennemi.
A l’ouest de la Meuse, les Allemands attaquent trois fois nos positions au nord du Mort-Homme. Les Allemands sont complètement rejetés avec des pertes sanglantes. Une autre attaque de leur part échoue également au nord du bois des Caurettes.
A l’est de la Meuse, bombardement de nos premières lignes depuis le fleuve jusqu’au fort de Vaux. Mais l’ennemi ne peut sortir de ses tranchées, décimé par notre artillerie.
Une de nos pièces à longue portée canonne la gare de Vigneulles : la voie ferrée est coupée et un incendie se déclare.
Nos avions de bombardement opèrent sur les bivouacs ennemis près d’Azannes et de Villers-lès-Mangiennes (nord-est de Verdun).
Un avion français a lancé quatre bombes sur la ville de Sofia.
Les Russes progressent assez sensiblement à l’ouest de Trébizonde. Le maréchal von der Goltz est mort à son quartier général en Turquie

Source : la Grande Guerre au jour le jour.


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Samedi 22 avril 1916

Cardinal Luçon

Samedi Saint 22 avril – + 10°. Nuit tranquille ; combat assez violent de 9 h. à 11 h. du soir ; dans la nuit grosses bordées de canons ; quelques bombes sifflent sur les batteries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Samedi 22 Avril 1916.– J’ai reçu une lettre du secrétaire du roi d’Espagne bien tournée. Il dit qu’au nom de son auguste maître il a écrit à son ambassadeur à Berlin pour qu’il s’occupe instamment de toi et de Paul. Il ajoute que le roi porte une très haute estime à ces vaillants soldats français et à leurs familles.

Si je pouvais cette fois-ci apprendre quelque chose. Mais je doute encore. Pauvre chipette !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 22 avril

A la Haute-Chevauchée (en Argonne), nous avons occupé un entonnoir provoqué par l’explosion d’une mine allemande.
Sur la rive ganche de la Meuse, notre avance au Mort-Homme a progressé. Nous avons de plus, enlevé une tranchée à la lisière nord du bois des Caurettes, en capturant 4 officiers et 150 hommes.
A l’est de la Meuse, l’ennemi a tenté une puissante action offensive sur un front de 2 kilomètres. Après avoir réussi à prendre pied dans nos lignes au sud du fort de Douaumont et au nord de l’étang de Vaux, il a été refoulé par nos contre-attaques. Nous avons fait des prisonniers.
Nous avons progressé à l’ouest de Douaumont (secteur sud du bois d’Haudromont), en délivrant des prisonniers français blessés.
Une de nos pièces à longue portée a bombardé la gare de Vigneulles (nord-est de Saint-Mihiel). Au nord de Regniéville, nous avons, par notre feu dispersé des convois.
Les Anglais ont capturé deux canons et 188 officiers et soldats tures en Mésopotamie

Source : la Grande Guerre au jour le jour.


Place Clovis

Place Clovis

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Vendredi 21 avril 1916

Cardinal Luçon

Vendredi Saint 21 avril – Nuit tranquille. A 11 h. bombes sifflantes pas loin de nous ; éclats sur toitures des maisons voisines ou sur la nôtre et dans l’allée, à 4 ou 5 mètres de l’escalier de mon bureau. Via Crucis in cathedrali. Bombes préau du Grand Séminaire, Lycée, maison d’angle de la rue de Contray.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Contray, Reims

Rue de Contray, Reims


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 21 Avril 1916. – Je viens de passer huit jours dans un abattement complet. Impossible de réagir. Je suis sans force et je m’ennuie à mourir. Je t’ai toujours devant les yeux et je voudrais toujours dormir pour oublier.

Aujourd’hui mon Charles, notre coco a trois ans ; il est grand. Triste anniversaire et je voudrais espérer qu’à ceux qui suivront, nous serons réunis. Il y a des jours où je m’en irais loin, bien loin. La solitude des caves me pèse. Tes petits enfants manquent de mouvement puisque avec un pareil bombardement on ne peut les sortir. Et pour partir où ?

Je me décourage. On avait espoir que le mois d’avril ne se passerait pas sans attaque et nous sommes encore au même point. Ce qui me retient aussi, c’est que je pense toujours reprendre mon commerce en quittant les caves. Si j’avais pu prévoir je serais partie dès le début avec mon mobilier, mais on espérait toujours que cela allait finir du jour au lendemain.

Si seulement j’avais de tes nouvelles. Ma pauvre chipette, tu tenais une grande place dans mon cœur. La séparation m’est très dure. Et pourtant j’ai mes deux beaux petits enfants. Si beaux tous les deux …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 21 avril

En Argonne, à la Haute-Chevauchée, lutte de mines à notre avantage.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement continu de notre deuxième ligne.
Sur la rive droite nos troupes ont mené contre les positions allemandes, au nord-ouest de l’étang de Vaux, une vive attaque qui nous a permis d’occuper des éléments de tranchée et d’enlever une redoute fortifiée. Cette action a coûté des pertes sérieuses à l’ennemi. Nous avons pris 10 officiers, 16 sous-officiers et 214 soldats, et, en outre, une certaine quantité de matériel.
Aux Eparges, trois attaques allemandes ont été brisées avec des pertes sérieuses pour l’ennemi.
Le président Wilson a fait une déclaration au congrès américain au sujet des rapports avec l’Allemagne. Si le cabinet de Berlin n’abandonne pas la piraterie navale, le cabinet de Washington rompra avec lui.
Un contingent de soldats russes a débarqué à Marseille.
Les Russes anéantissent, en Asie Mineure, des éléments turcs qui arrivaient de Gallipoli.
Dans la région de Dvinsk, ils ont arrêté plusieurs tentatives allemandes.
Les Italiens se sont emparés d’une forte position au col di Lana, dans les Dolomites.

Source : la Grande Guerre au jour le jour.

 

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Vendredi 14 avril 1916

Louis Guédet

Vendredi 14 avril 1916

580ème et 578ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Toujours du vent froid, des ondées et du soleil. Bombardement coutumier. Reçu pas mal de lettres, à croire que les gens choisissent le moment de mon départ pour réclamer des choses…  urgentes…  qui peuvent attendre 15 jours. N’empêche que cela vous dérange toujours. Je pars demain à 4h3/4, avec tous mes colis, et j’en ai !! Un grand panier, une grande caisse d’argenterie, 2 ou 3 valises, une caisse en fer, etc… Un déménagement si encore c’était le dernier ! Mais je crois que j’en ferais encore beaucoup comme cela !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 14 – Nuit tranquille en ville, bruyante autour ; matinée tran­quille, sauf tir sur les batteries. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Vendredi 14 Avril 1916. Je suis allée voir tes parents ce matin de bonne heure. Ton papa n’était pas là, il travaillait. Ta maman m’a appris que Gaston connaissait une jeune fille du nom d’Emma et que c’était pour le mariage. Une cérémonie en perspective pour après le guerre. Mais si jamais j’avais le malheur que tu ne me reviennes pas, je n’assisterais à ces fêtes là que pour les choses forcées. Je ne veux plus de joie sans toi. Mais je veux penser que nous y assisterons tous les deux.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Vendredi 14 avril

Activité de notre artillerie dans le secteur de Langemark (Belgique).
Entre Somme et Oise, nos tirs de destruction bouleversent les tranchées près de Parvillers (Roye).
En Argonne, nous faisons jouer quatre camouflets à la Fille-Morte, à la Haute-Chevauchée et à Vauquois; nous occupons les lèvres de deux entonnoirs en avant de nos tranchées.
A l’ouest de la Meuse, après un bombardement de la cote 304, l’ennemi essaye de déboucher de ses tranchées : il en est empêché par nos tirs de barrage.
A l’est de la Meuse et en Woëvre, activité moyenne d’artillerie; pas d’action d’infanterie.
Les Italiens ont enlevé une série de positions près de Riva sur le lac de Garde en infligeant des pertes sensibles aux Autrichiens.
Les Russes se sont emparés de nouveaux secteurs à l’ouest d’Erzeroum. Sur le front de la Dvina, ils ont repoussé plusieurs attaques ennemies.
Les Anglais ont rejeté sur leur front plusieurs petites offensives allemandes.
Un sous-marin allemand a été coulé par un torpilleur russe dans la mer Noire.
Les journaux allemands prétendent que la Russie fermerait sa frontière du côté roumain.


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Jeudi 13 avril 1916

Louis Guédet

Jeudi 13 avril 1916

579ème et 577ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille, vent de tempête, pluie battante et froide. Reçu la visite d’un fils de M. Paul Henriot, sous-lieutenant au 82ème d’artillerie lourde, 3ème groupe, en ce moment cantonné ici chez Mme Pierre de la Morinerie, rue Werlé 7 et 9, pour une clef de garage d’une maison leur appartenant, dans laquelle se trouve l’auto de leur locataire, M. Thaon, officier tué au commencement de la Guerre. Nous causons de la situation de notre ville et de la conduite des officiers à l’endroit des Rémois, il la qualifiait de verte façon, disant que c’était honteux ! Entre autres choses il me dit que quand des officiers viennent à la Direction demander des billets de logement et de cantonnement on leur répond : « Comment ? Vous êtes encore là ? C’est inutile ! Quand on veut se loger on n’a qu’à choisir un immeuble qui parait devoir faire votre affaire et on enfonce les portes !! » Voilà la mentalité de ces galonnards-là !! C’est honteux !! Et le pillage !!…

6h soir  Été cet après-midi rue du faubourg Cérès (rue Jean-Jaurès depuis 1921) pour un inventaire pour Jolivet, de là poussé jusqu’à la brasserie Veith, boulevard Henri Vasnier, 4, pour causer avec M. et Mme Veith (Frédéric Veith (1844-1924) et Thérèse Veith (1866-1928)) de leurs intérêts qu’ils ont l’intention de le confier ! Il doit me remettre son testament ces jours-ci. Ceux-ci sont réfugiés dans leurs germoirs avec leurs ouvriers et bien à l’abri du bombardement. Durant que j’y étais cela bombardait pas mal, et ils sont aux premières loges, près de l’asile de nuit et des caves Pommery ! Je suis revenu par la rue du Barbâtre et le rue de Venise. Il y a pas mal de nouveaux dégâts. Le temps a l’air de vouloir se mettre au beau.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 13 – Nuit assez bruyante autour de Reims, mais tranquille en ville ; + 7°. Vers 8 h. 1/2 bombes sifflent tombant sur batteries. Item à 2 h. Lettre d’Amiens. Réunion provinciale fixée au 26 avril ; écrit pour cela à Beau­vais. Écrit au Card. Gasparri pour envoi d’argent à nos prêtres des Arden­nes par le Vatican et Mgr de Mauras.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Jeudi 13 Avril 1916. La bataille autour de Verdun s’étend et devient plus violente. Les boches ne gagnent pas malgré leurs gaz et leurs jets enflammés. Ils ne peuvent arriver à rompre notre front, mais que de pauvres soldats qui tombent ! C’est affreux une guerre pareille. Qui aurait pensé qu’il existerait de telles cruautés ? Te rappelles-tu ma chipette, il y a trois ans quand j’étais pour avoir André ? Etions nous heureux ! Je ne travaillais pas, je t’attendais ; Que de bonheur nous avions !

C’est que notre coco va avoir trois ans. Que dois-tu penser ? Tu dois le représenter fort et intelligent. Et notre fifille, 15 mois aujourd’hui et c’est ton portrait frappant. Oh si tu nous revenais, que notre vie serait belle ! J’espère toujours, mais le temps est long…

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Jeudi 13 avril

Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont lancé une attaque avec emploi de liquides enflammés sur nos positions du bois des Caurettes entre le Mort-Homme et Cumières ; ils ont été refoulés.
Sur la rive droite, l’activité d’artillerie a été grande entre Douaumont et Vaux, mais l’ennemi n’a pas renouvelé ses attaques. On confirme qu’il a subi de très grosses pertes dans ce secteur, pendant les journées précédentes.
Sur le front britannique, combat de grenades à l’est de Saint-Eloi avec des alternatives diverses. Grande activité d’artillerie en face de Wytschaete. Un taube a été descendu.
Les Italiens ont appelé un certain nombre de contingents de diverses classes.
L’Autriche n’arrive pas à boucler son emprunt.
L’Allemagne a fait remettre sa réponse au cabinet de Washington, au sujet du Sussex.
Des manifestations de femmes affamées ont eu lieu à Athènes devant le Parlement.
L’Allemagne a institué le recensement du sucre.
Les parlementaires français ont visité les chantiers de la Clyde (Écosse).


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Lundi 10 avril 1916

Louis guédet

Lundi 10 avril 1916

576ème et 574ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps magnifique pour aller à Fismes d’où je rentre à l’instant. Tout le long de la route des troupes, des baraquements, ce n’est que camps, mais quel calme auprès de notre vie ici ! Vu Bruneteau et procédé à la levée des scellés et l’inventaire chez Mme Sarazin, veuve d’un ancien notaire de Fismes et Conseiller Général (Jacques Sarazin 1823-1899). J’ai remué quantité de souvenirs avec les neveux et héritiers de cette dame que je connaissais (parenté par une cousine lointaine, Augustine Guédet, qui avait épousé Jules Sarazin le 1er juin 1887). Tout c’est bien passé. Mt Dondaine m’accompagnait pour son registre à Fismes. Il s’amusait énormément des saluts que tous les soldats nous faisaient en passant avec notre auto. On nous prenait sans doute pour des…  ministres !! Je n’en n’étais pas plus fier pour cela et enviait plutôt le sort de tous ces gens de la campagne qui vaquent à leurs travaux sans paraître se douter que la Guerre existe et que nous retournions dans notre Enfer. Trouvé quelques lettres auxquelles j’ai répondu. Dès demain je vais m’occuper de mon voyage à Paris et St Martin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Hortense Juliette Breyer

Lundi 10 Avril 1916. – Encore une victime qui nous est connue. Mme Goulon, la femme du chef jardinier, a été tuée par une bombe. Tout le monde se sauve de Reims, surtout que les bruits circulent que l’on évacuera. Mais je ne le pense pas, et puis où aller ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Lundi 10 avril

En Argonne, nous exécutons des concentrations de feux sur les voies de communication de l’ennemi. Nos batteries lourdes ont canonné d’importants rassemblements de troupes.
A l’ouest de la Meuse, une bataille violente s’est engagée d’Avocourt à Cumières et même elle s’est étendue à la rive droite du fleuve. Après avoir évacué de propos délibéré Béthincourt qui faisait saillant, nous avons formé une ligne continue du réduit d’Avocourt à Chattancourt. Toute cette ligne violemment attaquée a résisté aux assauts les plus furieux.
Les Allemands ont subi un échec sanglant du Mort-Homme à Cumières. Leurs colonnes se sont dispersées sous notre feu, abandonnant des centaines de cadavres.
Un autre échec leur a été infligé entre le bois d’Avocourt et le ruisseau de Forges. Une troisième attaque, dirigée sur un de nos ouvrages au sud-est d’Avocourt, et qui avait pris pied dans une tranchée, en a été aussitôt rejetée.
Activité d’artillerie à l’est de la Meuse. Les attaques ennemies n’ont pu déboucher.
Les Anglais ont capturé un fokker. Activité d’artillerie sur leur front autour de Neuville-Saint-Vaast. Ils ont gardé une bonne partie du terrain conquis autour de Saint-Eloi le 27 mars.
Les Russes se rapprochent à nouveau de Trébizonde.
Les Bulgares concentrent des troupes dans la région du Danube.


Fokker

Fokker

 

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Jeudi 6 avril 1916

Louise Dény Pierson

6 avril 1916

Ce 6 avril 1916, j’ai 13 ans.

Je suis en âge de travailler et la maison de champagne où ma mère est employée a besoin de main d’œuvre pour l’entretien de ses vignes (celles-ci sont situées dans ce qui est maintenant le quartier Wilson).
C’est un vaste triangle compris entre la rue de Chigny, la ligne de chemin de fer, la rue Marlin et terminant rue de Mulhouse.
Le travail consiste à l’entretien permanent des vignes par binage et enlèvement des mauvaises herbes. Quand on a terminé à un bout, il est temps de recommencer à l’autre, tout se faisait à la main et à la raclette.
En été l’horaire est de 6 h du matin à 19 h 30, moins 2 h ½ d’arrêt à midi. Ce sont des journées exténuantes de 10 heures de travail effectif.
C’était dur, mais c’était le lot de tous et on n’y pensait pas.
Heureusement ma mère veillait à ce que je prenne un repos suffisant. Aussitôt revenue du travail elle me faisait asseoir dans un fauteuil, les jambes allongées, les yeux fermés et défense d’en bouger tant que la soupe n’était pas dans les assiettes.
Je bénis mes parents pour tous les soins dont ils m’ont toujours entourée et particulièrement à cette époque là.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 6 avril 1916

572ème et 570ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme, temps gris mais supportable. La végétation progresse d’une façon extraordinaire.

Ce paragraphe a été barré puis les barres rouges ont été gommées. Occupé toute la matinée à discuter et à me disputer avec le principal clerc de Mt Dargent (Raymond Dargent (1866-1929) deviendra le bâtonnier de l’ordre des avocats à Reims), avoué, M. Monteux, pour vaincre ses tatillonnâges ! Il est aussi méticuleux qu’il est pelliculeux !! Tudieu ! en voilà un qui n’a pas pour 2 sous d’initiative… ! Il épluche tout comme si nous étions il y a 2 ans, avec téléphone, électricité, tramways, etc…  tout ce qu’il faut pour solutionner et décider facilement…  il ne se doute pas que nous sommes en guerre à 1800 mètres des allemands et sans moyens rapides en quoi que ce soit. Avec ses analyses à la loupe il manquait de me faire rater mon voyage à Fismes le 10 courant, où je dois suppléer mon confrère Bruneteau, voyage que j’organise depuis 15 jours pour être prêt le 10 avec passeport, chauffeur, voiture, etc…  et tout cela pour une misérable question de fôôôôrme !! Je l’ai sabré de la belle manière, et j’ai ce que je veux mais en assumant la responsabilité de ce manque à la fôôôôrme !! Du diable si jamais je parie un maravédis pour cela !! C’est à en rire plutôt qu’à en pleurer.

Bref j’espère que je pourrai partir le 10 pour rendre service à Bruneteau. Voyez-vous que je n’arrive pas !! Clients, juge de paix, greffiers, notaires, gardien de scellés, etc… convoqués, dérangés…  et je n’avais plus le temps de les faire prévenir de rester chez eux et…  pour la fôôôôrme !!

Après-midi été 12, rue de Fresnes (rue Goussiez depuis 1932), à l’extrémité du faubourg de Laon (302 avenue de Laon) où commence cette rue faire un inventaire. Il y avait au moins 10 mois que je n’avais été aussi loin dans ce quartier ! Quel changement en tristesse, en morne, en bruit, car à partir de St Thomas jusqu’au boulevard Charles-Arnould, extérieurement aucune maison ne semble atteinte, mais pas un chat ! Un quartier si vivant si populeux aussi désert est impressionnant. Toutes les maisons sont closes, les rues pleines d’herbes, les jardins en forêts vierges. Que c’est triste. On a le cœur serré, surtout en voyant cette végétation broussailleuse en pleine sève et bourgeonnante. A la rue de Fresnes nous étions à 2000m des tranchées allemandes, pas un bruit, pas un souffle. C’est lugubre et angoissant quand on se dit : « Ils sont là, on pourrait les voir ! les entendre causer presque !! » Fait mon inventaire, chose pour moi toujours triste et pénible. Je n’ai jamais pu me faire à cela, fouiller, toucher, déranger, bousculer, voir, regarder, toutes ces choses qu’un mort ou une morte aimait, soignait, caressait, conservait avec jalousie, cachait, soustrayait aux yeux étrangers, et moi, indifférent ou tout au moins devant l’être, pénétrant tout cela. Violant tous ces chers secrets des disparus en présence d’épouse, d’enfants, de parents, qui souffrent, j’en suis certain, de me voir agir ainsi et de par la loi sont obligés de me laisser faire. Jamais je n’ai pu procéder à un inventaire sans en souffrir et je me souviens encore il y a près de 25/30 ans de ce que j’ai souffert au premier inventaire auquel j’ai assisté comme clerc débutant à Châlons-sur-Marne, en voyant mon patron et le commissaire présider ainsi comme je fais maintenant. Je vois toujours cet appartement tout propret, tout soigné, d’où la jeune femme venait de disparaître, cambriolé par les hommes de loi…  J’en étais tout tremblant, ému jusqu’aux larmes…  Depuis je me suis cuirassé…  mais j’en ai toujours souffert et cela m’a toujours froissé, choqué. Journée fort occupée en résumé, mais ainsi j’en oublie un peu ma vie de misère et je pense moins à mes chers adorés, ce que je ne puis supporter sans larmes, sans souffrances, sans tortures, en songeant à tous nos malheurs, à leurs souffrances à eux, leurs privations et leurs vies malheureuses.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

6 avril 1916 – Parmi les nouvelles plus ou moins intéressantes servant à remplir les colonnes des journaux, on en trouve une, assez amu­sante aujourd’hui. La voici :

Quand finira la guerre ?

On est prié de répondre à une question que pose l’Enre­gistrement : quand finira la guerre ?

Il ne faudrait pas croire à une plaisanterie ; l’Enregis­trement ne plaisante jamais.

« L’Œuvre » nous dit qu’un commerçant parisien fait une sous-location de son magasin « pour la durée de la guerre ». Rien de plus naturel. La location est constatée sur papier tim­bré et envoyée à l’Enregistrement qui refuse d’enregistrer avec ce motif péremptoire : « Fixer la durée ».

Fixer la durée de la guerre ! L’Enregistrement est bien curieux ; mais s’imagine-t-il qu’une date enregistrée aura une influence sur les événements ?

Enfin, on est prié de renseigner l’Enregistrement. Qui sait ? Peut-être un astrologue ou une tireuse de cartes pour­ront-ils donner satisfaction au sage et prudent Enregistre­ment.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 6 Nuit tranquille ; + 7 ; journée calme. Visite à l’École S. Jo­seph ; rue des Capucins, rue de Venise, rue Brûlée. Donné Lettre Pastorale sur le Pape, demandant prières et communions d’enfants pour le Pape, en union avec la Belgique.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Juliette Breyer

Jeudi 6 Avril 1916. Ton parrain a envoyé son portrait chez tes parents et je crois que Juliette va s’en aller. Ils ont trop peur et ils ne veulent plus rester. C’est vrai que le bombardement est journalier. Ils ont raison car ils peuvent s’en aller du côté où le parrain est soldat.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 6 avril

En Belgique, tir de destruction sur les tranchées ennemies.
Au nord de l’Aisne, notre artillerie se montre active au sud de Craonne et dans la région de Berry-au-Bac.
En Argonne, lutte à coups de grenades dans le secteur de Bolante. Nous faisons sauter deux mines à la Fille-Morte. Nous canonnons les voies de communication de l’ennemi, dans la région de Montfaucon et des bois de Malancourt.
Nous progressons dans les boyaux au nord du bois de la Caillette ( est de la Meuse). Canonnade dans le secteur Douaumont-Vaux.
Les Allemands jettent des mines dans la Meuse, près de Saint-Mihiel : elles viennent exploser contre nos barrages sans causer de dégâts.
En Lorraine, entre Arracourt et Saint-Martin, l’ennemi lance plusieurs attaques sur nos positions. Il est partout rejeté.
Un sous-marin allemand a été coulé par une escadrille franco-anglaise.
Le général Zupelli est remplacé au ministère de la Guerre italien par le général Marrone.
La Chambre hollandaise a tenu une séance secrète.

 

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Dimanche 2 avril 1916

Louis Guédet

Dimanche 2 avril 1916

568ème et 566ème jours de bataille et de bombardement

5h1/4 soir  Journée de soleil radieux dont je n’ai pu jouir pas plus que tous les Rémois. Nuit de bataille et de canons. Ainsi ce matin vers 9h3/4 il a fallu descendre à la cave jusqu’à 11h1/4. Redescendu à 11h1/2. Un obus au 72 de notre rue (j’habite le 52), commencement d’un incendie vite éteint. Remonté vers midi 1/2. Déjeuné hâtivement, l’oreille en guet, la fourchette arrêtée à mi-chemin de la bouche à chaque instant. Ah ! ces déjeuners et diners entre 2 bombes !!! à 1h1/4 il faut redescendre. Je prends mon café à la cave ! Çà tape partout sur tout Reims. Dans notre quartier c’est surtout vers les rues du Jard et de Venise. 1h3/4 je remonte. Je fais fébrilement mon courrier qui vient d’arriver, mais à 3h1/2 il faut redescendre en cave. 4h1/4 arrêt, mais seulement jusqu’à 4h1/2 ! Quelle vie !! Les laitières font leur tournée de distribution de lait quand même !! Elles sont les seules dans les rues, disent-elle ! Nous remontons à 5h.

5h1/2  20 minutes de calme ! Vont-ils enfin nous laisser un peu de repos ! et une nuit pour dormir !! Mais nos canons se remettent à parler ! Alors…  c’est encore nous qui paieront. Remarqué que tant que les allemands nous arrosent, nos canons se taisent ! Pourquoi ? Je ne sais ! Il doit cependant…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/2 soir  Nous reprenons vie nous sommes au calme depuis 3h durant !! Cela semble si bon !! Bon ! Voilà le « Gueulard », l’« Aboyeur » si vous préférez qui se remet à grogner ! Une nuit tranquille serait si bonne ! Mais en dormant, on n’en jouirait pas !! Vous voyez qu’on n’est jamais content de son sort !! En attendant je suis bien brisé de cette journée d’…  émotions ! Que sera cette nuit ? Que sera demain ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 2 avril 1916 – Par une matinée idéale de printemps, les obus commencent brusquement à siffler à 10 heures. A ce moment, je suis occupé à mettre mes notes à jour, au bureau — travail distrayant que j’ef­fectue autant que possible dans ces conditions. Je m’étais proposé, en quittant ce matin le 8 de la place Amélie-Doublié, de profiter du beau temps pour faire ensuite, avant d’y rentrer pour midi, une longue promenade ; en raison de cet imprévu, je continue simple­ment à inscrire mes impressions.

Vers 10 h 45, les sifflements, qui avaient cessé pendant quel­ques minutes, reprennent et les explosions se rapprochent de l’hôtel de ville. Les détonations des départs s’entendent fort bien, se succédant rapidement jusqu’à 11 h 1/4. Aussi quelques instants après, je juge à propos d’essayer de profiter du calme pour rega­gner la place Amélie-Doublié en passant, comme toujours, par la place de la République.

A partir de midi, le bombardement reprend ; il est plus vio­lent. La curiosité me vient, en déjeunant, de compter montre en main, les arrivées qui se suivent assez vite ; elles sont de huit à douze à la minute, pendant trois quarts d’heure. Un ralentissement se produit, puis l’accalmie vient ; il est 13 h 1/2.

Par prudence, j’attends encore, et, à 14 heures, le bombar­dement me paraissant terminé, je pars en ville, désirant tout de même ne pas laisser passer une aussi belle journée de dimanche sans faire une promenade ; chemin faisant, je décide d’aller jusqu’à la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard.

Arrivé place de la République, j’ai lieu d’être absolument stu­péfait, en voyant les dégâts qu’y ont causé les obus pendant que nous étions à table, ma sœur et moi dans son appartement au second étage, sans nous douter le moins du monde qu’ils tom­baient aussi près et vraiment, j’ai été bien inspiré de quitter le bu­reau plus tôt qu’à l’habitude.

Sept trous d’obus ont été creusés dans le pavage, par les ex­plosions autour de la fontaine, dont le bassin a été crevé par un huitième engin. La maison n° 8 de la place a été fortement tou­chée ; elle fait voir une grande brèche, à hauteur de son deuxième étage. Des branches d’arbres ont été projetées de tous côtés par des éclatements dans le haut des Promenades et sur le cimetière du Nord. Un grand entonnoir existe dans le square de la Mission ; le boulingrin a été labouré par endroits, enfin, de vingt-cinq à trente projectiles sont tombés là, dans un faible rayon.

Je continue en passant à l’hôtel de ville où il n’y a rien de nouveau, mais un obus est tombé chez le concierge de la Banque de France et un autre rue de Tambour. Il en est arrivé un encore dans la maison de mon beau-frère, P. Simon-Concé, rue du Cloître 10, où je ne fais qu’entrer et sortir. De là, je me dirige vers la me du Barbâtre. Les sifflements recommencent tandis que je me trouve chez d’excellents amis, M. et Mme Cochain, boulangers au 41 de cette rue, que je quitte pour gagner la me du Jard par les rues des Orphelins, de Venise et des Capucins.

En traversant la rue Gambetta, pour descendre la me de Ve­nise, des décombres m’indiquent en divers endroits que ce quartier aussi a été très éprouvé. Une jeune fille vient d’être tuée au café de la petite Poste. La maison 72, rue des Capucins a été atteinte.

Je reste environ une heure au 57 de la rue du Jard, d’où je sors dans un nouvel instant de calme, afin de reprendre le même chemin à rebours, pour me ménager des haltes au besoin, mais il n’y a pas longtemps que je suis en route quand une quatrième reprise du bombardement se déclenche. Cette fois, je dois m’arrêter chez M. Kneppert, boulanger, 55, rue Gambetta et même descen­dre à l’abri, avec toute la famille, dans la cave — où il nous faut patienter une demi-heure, puisque les projectiles continuent à exploser dans les environs.

Enfin, je puis reprendre mon chemin ; il est alors 17 heures — le bombardement est terminé. Je reviens par la rue du Barbâtre où je vois, avec quelque étonnement, des jeunes filles munies de raquettes jouer au volant au milieu de la chaussée. En passant, je ne puis m’empêcher de penser : « Eh bien, nom d’un nom ! elles n’ont pas perdu de temps, celles-là » ; en effet, il n’y a que quelques minutes à peine que « ça » ne tombe plus sur le quartier. Arrivé place des Marchés, je remarque les dégâts causés aux halles par un obus qui en a traversé le toit pour éclater à l’intérieur ; par là, existent encore les traces de deux autres projectiles tombés sur le pavé au cours de l’après-midi ; l’un devant la Pharmacie régionale, l’autre devant la maison Boucart.

Je rentre alors, pour achever cette petite randonnée que je ne prévoyais pas aussi risquée.

Pendant cette journée, mille obus à peu près, ont été tirés sur la ville ; les victimes sont : cinq tués et une trentaine de blessés civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 2 – 8 h. violente canonnade (le 1er au loin). Nuit bruyante en ville et autour. Ciel sans nuage ; + 4. A partir de 10 h. violent bombarde­ment sur la ville. Pendant le sermon de la grand’messe, célébrant prédica­teur M. Divoir, un obus tombe devant la porte de l’église Saint Marcoul, à quelques pas de la chapelle du Couchant, où nous étions à la messe. Terreur ! A partir de 10 h. violent bombardement sur la ville : 1500 obus, dit-on. Au retour des Vêpres, des soldats nous disent que c’est une représaille(1) des Allemands parce que nous avions lancé des gaz asphyxiants du côté de la Pompelle et lancé des obus sur un État-major à Pontfaverger. Les Alle­mands, disaient les soldats, avaient planté des tableaux en planches portant les noms de : Pontfaverger et le nom du lieu de l’attaque au gaz. Après- midi, 1 h. bombe de 150 sur la Cathédrale. Visite à la Cathédrale où je trouve le Colonel Colas avec qui-nous ramassons un éclat d’obus dans la Chapelle de la Ste-Vierge, côté du midi ou de l’épître. Aéroplane français. Violent bombardement de 10 h. matin à 4 h. soir. Un petit garçon de 12 ans tué ; une jeune fille gravement blessée, et morte ; en tout dix tués. Plu­sieurs soldats tués. Cimetière Nord dévasté, tombe de Melle Langénieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il semble bien que les tirs aient été effectués sur Reims en corrélation avec les événements du front, proche ou lointain. A quel niveau de commandement des tirs de « représailles »  étaient-ils donnés ? Les Allemands se sont toujours défendus d’avoir pratiqué cette politique, mais ils ne sont pas très crédibles dans ce domaine

Hortense Juliette Breyer

Dimanche 2 Avril 1916. – C’est dimanche aujourd’hui mais quel bombardement ! Ils ont commencé à 9 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir sans arrêt et sans but déterminé puisqu’ils ont arrosé toute la ville. A l’officiel on en a compté plus de 1200. On se demande comment la ville existe encore. Et malheureusement nous ne sommes pas au bout. Cette fois-ci on prévoit une attaque ; on amène chez Pommery beaucoup de ravitaillement tant nourriture que munitions. Si c’est vrai je me doute que ce que l’on passera sera effroyable mais il vaut mieux souffrir tout d’un coup que de continuer une vie comme celle que nous menons.

C’est un supplice ; j’ai encore devant les yeux un pauvre soldat d’artillerie qui se trouvait aux pièces au dessus de nous. Il y a 2 ou 3 jours, un matin les boches avaient tiré mais j’ignorais qu’il y avait des victimes. J’entendis des voix dans le tunnel avoisinant notre campement qui demandaient de la lumière. Je prends vivement une bougie et je sors. André qui me suit toujours sort derrière moi. Quel spectacle mon Charles ! Un pauvre soldat sur une civière, le ventre ouvert. Cela ne fit qu’un tour dans ma tête; je donnai la bougie et toute tremblante je me sauvai avec André. Quelle tristesse et ce n’est rien à comparer avec ce qui se passe à Verdun. Quelle bataille où il y a des monceaux de cadavres et où les hommes deviennent fous d’horreur !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 2 avril

En Belgique, nous bombardons les cantonnements ennemis de Langemark (nord-est d’Ypres).
Au nord de l’Aisne, activité d’artillerie dans les régions de Moulin-sous-Touvent et de Fontenay.
En Argonne, nous canonnons les organisations allemandes au nord de la Harazée, à la Fille-Morte et les campements de la partie nord du bois de Cheppy.
A l’ouest de la Meuse, bombardement intense de nos positions entre Avocourt et Malancourt.
A l’est, dans la région de Vaux, l’ennemi a déclenché trois attaques à gros effectifs : la première a été arrêtée par nos tirs de barrages et nos feux d’infanterie avant d’avoir abordé nos lignes; au cours de la seconde, les Allemands, après une lutte très vive, ont pris pied dans la partie ouest du village que nous occupions. Une troisième attaque sur le ravin entre le fort de Douaumont et le village de Vaux a échoué devant nos tirs de barrage.
Canonnade en Woëvre.
Un raid de zeppelins a eu lieu sur la côte orientale de l’Angleterre. L’un des dirigeables, atteint par un obus, a coulé à l’entrée de la Tamise.
La Hollande a suspendu les permissions des militaires et les Chambres ont été convoquées d’urgence. Ces mesures se rattacheraient aux incidents de la guerre sous-marine.

 

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Jeudi 30 mars 1916

Avaucourt

Louis Guédet

Jeudi 30 mars 1916

565ème et 563ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme et beau temps. Vu à mon passeport pour aller à Fismes le 10. J’espère qu’il me sera accordé, mais avec ces galonnards !!! Ce que je les ai sur le cœur !! Un exemple à 11h. Tandis que j’étais occupé, un galonné sergent entre carrément dans la maison et va aux remises à autos où j’ai mon pauvre mobilier abrité là. « Cela convient parfaitement, mon commandant pourra très bien mettre ses 2 chevaux et sa voiture » – « Je reviendrai avec lui cet après-midi… » – « Il faut mettre tous ces meubles dehors autre part !!! » Et voilà. Je bondissais quand on me dit cela. Été à la Ville pour protester contre cette désinvolture, vu le sous-intendant Bassin avec qui j’avais audience à 2h. Il était outré…  et il m’a dit de me refuser à semblable conduite et invasion, étant notaire et juge de Paix gardien de documents, etc…  et que si le galonné persistait que j’écrive carrément au Ministère de la Guerre et au Général Commandant les Armées. J’étais vraiment bouleversé !! Quand je suis rentré personne n’était venu. Heureusement. Je ne sais ce que j’aurais fait. Je suis à bout. Je le sens. Je vais tomber. Je pleure à la moindre pensée des miens, d’un ennui, etc…  je tombe… Je meurs. Mon Dieu tant mieux !! puisqu’il n’y a pas de justice pour m’aider, me soutenir, m’accompagner…

Il faut mieux (rayé). Je ne puis aller jusqu’au bout. C’est dur (rayé), car (rayé) ainsi que (rayé). Non, il (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 mars 1916 – Nouvelles lues dans Le Courrier:

Une saisie.

le commissaire de police du 19′ canton s’est présenté hier à huit heures et demie dans nos bureaux, pour se faire délivrer, sans bourse délier, les numéros du Courrier de ce jour. Un certain nombre de nos porteuses ont été également priées de céder gratuitement les exemplaires qu’elles n’avaient pas encore vendus.

 Au total, une trentaine de numéros ont été saisis. Nous ignorons le genre de mort qui leur est réservé.

La visite des Grands Chefs Alliés

Hier, dans l’après-midi, le général Cadorna, Généralissime de l’armée italienne et le général Joffre, Généralissime de l’armée française, sont venus visiter Reims. Ils étaient accompagnés par le général commandant la ?e armée.

 Les hauts personnages militaires se sont rendus à la cathédrale, à l’intérieur de laquelle ils sont entrés. On les a conduits ensuite à l’archevêché dont ils ont parcouru les ruines.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


Cardinal Luçon

 Jeudi 30 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canon ou bombes à plusieurs reprises 11 h. 1/2, 3 h. nuit. Aéroplane français à 10 h. matin. Température 0 ; ciel sans nuage, chaud. Aéroplane allemand toute l’après-midi. Tir acharné contre lui, inutilement. Visite à St-Joseph collège, et rue de Venise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 30 Mars 1916 – C’était aujourd’hui l’enterrement. Cette triste cérémonie s’est passée sans incident. Une dizaine de personnes y assistaient. Que veux-tu, personne n’ose sortir. La veille, un enterrement avait été surpris par un bombardement ; on a été forcé de porter le corps dans une maison ; les personnes se sont mises à l’abri et le cheval du corbillard ayant eu peur s’est emballé. Ton parrain a pu avoir une permission. Quand tu reviendras, tu le trouveras vieilli aussi. Il est tout gris. J’avais acheté une petite gerbe en grains. Pauvre mémère, elle est quitte de bien des choses.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Alfred Wolff

Chasse aux aéros Boches, il est 12h34, ils se perdent dans les nuages qui répercutent le
tac-tac des mitrailleuses. On nous promet une guerre de l’air, je le crois, ce sont des préludes.
Rencontre Espick (Esprit).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Jeudi 30 mars

En Argonne, nous avons bombardé les organisations allemandes au nord de la Haute-Chevauchée les lisières sud du bois de Cheppy. Un combat à la grenade nous a permis de progresser notablement dans les boyaux ennemis au nord d’Avocourt et de faire des prisonniers. Après une intense préparation d’artillerie, nos troupes ont enlevé la corne sud-est du bois d’Avocourt; elles ont pris 3oo mètres environ de ce bois en profondeur, ainsi que l’ouvrage réduit d’Avocourt. Toutes les contre-attaques déclenchées par l’ennemi ont échoué, en lui laissant de fortes pertes. Nous avons capturé des prisonniers. Au cours d’une attaque à gros effectifs dirigée sur le village de Malancourt, les Allemands ont pris pied dans un ouvrage avancé et dans deux maisons du village. Leurs tentatives pour pousser plus loin ont été enrayées par nos feux. Le bombardement a d’ailleurs continué sur tout le front d’Avocourt à Béthincourt. Dans les Vosges, nous canonnons les organisations allemandes de Stosswihr et de Munster. Les Allemands ont attaqué vainement nos lignes de Macédoine. Six avions qu’ils ont dépêchés au-dessus de Salonique, ont fait dans cette ville une vingtaine de victimes. Les Grecs manifestent leur indignation. Les ministres italiens ont quitté Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Avocourt

Avocourt

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Mercredi 29 mars 1916

Cimetière de l'avenue de Laon

Louis Guédet

Mercredi 29 mars 1916

564ème et 562ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Canon toute la nuit. Journée calme. Temps nuageux et rayé de soleil, glacial. Ce matin allocations militaires. Cet après-midi visite de Mandron père (Adolphe Mandron (1845-1930), notaire honoraire depuis 1908), pour fixer sa prestation de serment comme suppléant de son fils. Ce sera pour demain 11h1/2 dans mon cabinet. Causé de choses et d’autres. Il n’est pas changé. Toujours aussi onctueux. Voilà ma journée. Quand je vois tous ces gens-là qui n’ont pas souffert de la Guerre, cela me serre le cœur et me fait sentir bien plus ma misère et ma malchance ! Pauvre chère petite femme, mes pauvres chers Petits !! Non ! mon Dieu c’est trop nous écraser !! Et aucun espoir de voir des jours meilleurs. Oh ! quelles souffrances. Si encore j’étais seul à souffrir… !!!

7h soir On me dit qu’on a vu dans les rues de Reims le Général Joffre aujourd’hui après-midi, que du reste on avait interdit la circulation des voitures pendant quelques temps dans les grandes artères à cause de lui. Que va-t-il se passer ?? Nous avons cependant déjà assez souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 29 – Nuit tranquille ; grosses bombes sur les tranchées à plusieurs reprises. Journée tranquille, sauf quelques gros coups de canons et bombes entre batteries, ou sur les tranchées. Écrit aux Évêques pour notre réunion provinciale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 29 Mars 1916 –  Je suis allée ce matin pour voir ta mémère. Elle était déjà dans le cercueil. Nous avons pleuré. Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Cimetière de l'avenue de Laon

Cimetière de l’avenue de Laon


Alfred Wolff

Visite du Président de la République et de toutes les notabilités du grand conseil des nations. Une ? d’autos passe place de l’Esplanade revenant de Pommery sans doute.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mercredi 29 mars

Notre artillerie, dans l’Argonne, a continué à se montrer active contre les organisations ennemies au nord de la Houyette, dans les secteurs de la Fontaine-aux-Charmes et de la Haute-Chevauchée, ainsi qu’en Argonne orientale. Un tir dirigé sur une batterie ennemie du bois de Montfaucon a provoqué une violente explosion. A l’ouest de la Meuse, le bombardement a repris avec violence au cours de la journée sur nos positions depuis Avocourt jusqu’à Béthincourt. Les Allemands ont déclenché une forte attaque sur notre front Haucourt-Malancourt. Ces vagues successives d’assaut ont toutes été repoussées avec de fortes pertes par nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie. En Woëvre, notre artillerie a exécutée des concentrations de feux sur les points sensibles du front ennemi. Les Anglais ont repris des tranchées à proximité d’Ypres (Saint-Eloi), en capturant cent soixante-dix prisonniers allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 28 mars 1916

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Mardi 28 mars 1916

563ème et 561ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit assez calme. Journée de même mais froide et pluie glaciale. J’ai tenu mon audience de simple police à 1h1/2 salle habituelle. 46 affaires inscrites, 44 jugées. J’ai secoué un ou 2 gendarmes. Ils le méritaient. Le bombardement d’hier a été réellement terrible, rien que sur les Déchets il est tombé plus de 20 obus (cette usine de traitement des déchets textiles, dite S.A. des déchets de la fabrique de Reims, était située 14, rue de Venise et 25, rue du Jard). Tout le secteur entre la rue du Jard et le cimetière du sud a été très flagellé. Les obus devaient être énormes car pas une maison qui n’ait été touchée qui ne soit complètement rasée. Tout cela n’est pas pour nous faire voir l’avenir en rose, d’autant qu’on jase beaucoup et qu’on fait courir force bruits plutôt décourageants. On a visité parait-il toutes les caves de la rue de Vesle pour savoir combien elles peuvent contenir de soldats chacune. On parle d’évacuer la Ville, un tas d’on-dit qui sèment plutôt la panique. Pour nous qui résistons à cela et réagissons contre cela. Ce n’empêche que ce n’est pas sans influer un peu sur le moral et les nerfs. Et on n’est plus aussi résistants qu’il y a 19 mois… !…

Que Dieu nous protège et que bientôt je voie la délivrance. J’en ai assez.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1916 – Du Courrier d’aujourd’hui :

Son Éminence le cardinal Luçon.

 Le cardinal-archevêque de Reims s’est rendu hier après-midi, accompagné de Mgr Neveux, dans le quartier le plus atteint par le bombardement. Mgr Luçon a prodigué ses paternelles consolations à ses diocésains éprouvés. II a félicité chaleureusement les pompiers qui se sont signalés hier, comme en tant d’autres circonstances, par leur courage et leur adresse.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit tranquille ; journée paisible ; + 4. Visite au Général Boyer, à Roederer, à M. le Curé de Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


 Juliette Breyer

Mardi 28 Mars 1916 –  Ce matin en partant en course de bonne heure je regardai les dégâts faits la veille par les bombes quand tout à coup, levant les yeux, j’aperçus Gaston qui se dirigeait de mon côté. Je vis tout de suite à sa physionomie qu’il venait m’apprendre quelque chose. En effet le malheur s’acharne sur nous. Ta mémère, ta pauvre mémère que tu aimais tant est morte hier subitement sans beaucoup souffrir. On a aussitôt envoyé une dépêche à ton parrain. Quel choc quand il va la recevoir. Nous aurons eu tout !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Pluie, calme, pas d’obus ce matin, les troupes emplissent la ville.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 28 mars

Entre Somme et Avre, aux environs de Maucourt, après un intense bombardement, les Allemands ont tenté sur une de nos tranchées de première ligne un coup de main qui a échoué. En Argonne, lutte de mines à notre avantage à la Fille-Morte. Combat à coups de bombes dans le secteur de Courtes-Chausses. Activité continue de notre artillerie dans le secteur du bois de Cheppy. Nos pièces à longue portée ont canonné les troupes en mouvement dans la direction Exermont-Châtel et fait sauter un dépôt de munitions. A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur notre front Béthincourt-le-Mort-Homme-Cumières, ainsi qu’à l’est du fleuve, dans la région Vaux-Douaumont. Rafales d’artillerie en Woëvre (Moulainville et Châtillon). Ici, aucune action d’infanterie n’a été déclenchée. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons la gare et les établissements ennemis d’Heudicourt, au sud de Vigneulles. Nous y provoquons un incendie. Un raid d’hydravions anglais s’est produit sur la côte du Slesvig-Holstein. Un hangar de dirigeables a été bombardé et deux patrouilleurs allemands coulés. Un paquebot, le Minneapolis, a été torpillé. Il jaugeait 13000 tonnes. Il y a onze victimes. La conférence des alliés a clôturé ses séances en proclamant l’unité d’action dans le domaine militaire, politique et économique.

 Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 27 mars 1916

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 27 mars 1916

562ème et 560ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bataille. J’ai cependant dormi. Vent, temps nuageux et froid. Vers 9h des bombes dans les environs, comme mon vieil expéditionnaire M. Millet arrivait. Le temps de descendre quelques papiers et à la…  cave…  Les ouvriers qui refont le mur du jardin sur la rue descendent aussi avec Jacques. Lise est allée faire son marché. Cela m’inquiète, mais dix minutes après voilà Kiki, son toutou qui arrive tout essoufflé, (il n’aime pas cette musique là le brave Kiki, il est toujours descendu le 1er et Lise derrière lui.

Elle nous dit qu’il est tombé des obus au bas de la rue du Jard. Peu après Jacques nous dit que les Déchets, rue du Jard et rue Petit-Roland (rue Paul-Adam depuis 1924), brûlent. La maison au coin de la rue de Venise et de la rue des Capucins, en face de la Chapelle du collège des enfants St Joseph est effondrée par une bombe. Nous esquissons une tentative de remontée au jour vers 10h, mais il faut immédiatement redescendre. Cela tombe dru, de plus on se bat devant Reims. Bref nous remontons définitivement à 11h et je tâche de travailler, je n’y ai guère le cœur ni mon brave papa Millet ! Quelle triste vie. Cet après-dîner je tâcherai de savoir par Jacques ce qu’il y a comme dégâts et malheureusement de victimes, car il doit y en avoir après un arrosage pareil ! J’écris quelques mots à ma chère femme pour la tranquilliser, car le journal « Le Courrier de la Champagne » qu’elle reçoit annonçant chaque fois les bombardements sans indiquer où…  si elle n’avait pas de lettre de moi le lendemain elle s’inquiéterait. Elle a déjà bien assez de tourments, de soucis, de souffrances. Je m’attriste de plus en plus, est-ce mon excès de goutte qui m’affaiblit, mais si je m’écoutais je pleurerais à chaque instant. Je suis à bout de courage, mais…  je dois rester !

6h3/4 soir  Adèle est rentrée et me demande de rester, elle me dit qu’elle a trouvé à caser ses neveux et que du reste son beau-frère ne veut pas qu’elle nous quitte. Elle reste donc. J’aime tout autant cela. Nous sommes habitués à elle, c’est tout dire. Calme cet après-midi. On dit que les vieillards infirmes des Hospices de la Ville viennent d’être évacués. On dit que ce sera aussi notre tour, on dit…  on dit bien des choses…  mais la situation n’en n’est pas moins pénible. Pourvu que tous ces on-dit soient des racontars et que lors de l’avance générale, nous n’ayons pas trop à souffrir et que nous soyons toujours restés là. C’est mon plus grand désir. Car ce serait bien dur de partir après être resté là à souffrir pendant 19 longs mois, pour laisser tout à l’abandon, livré au pillage de nos troupes qui ne s’en font pas faute ! C’est même honteux ! J’espère bien que cette nouvelle épreuve ne me sera pas imposée.

Je viens d’écrire quelques lignes à ce pauvre M. de Granrut qui m’a annoncé par une carte la mort de son fils Louis ce matin. Je comprends bien sa grande douleur. Quel coup pour eux.

Tout cela est loin de me donner des idées gaies et m’attriste énormément. Il est temps que nous soyons délivrés, car je crois vraiment que je tomberai et succomberai. C’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 mars 1916 – Un bombardement serré, sur la ville, commence subitement à 9 heures. A ce moment, je suis au bureau ; les collègues arrivent et nous nous demandons ce que cela signifie, — à propos de quoi Reims doit encaisser aujourd’hui.

Les Boches veulent-ils souligner la réunion de la Conférence des Alliés, à Paris ? Ou bien la reprise d’un petit bois vers Berry-au-Bac, dont on a entendu parler hier, leur est-elle trop sensible ? Un incendie considérable se déclare tout de suite à la Société des déchets ; un homme y est carbonisé. Jusque vers 10 h 1/2, trois cents obus environ, tombent sur les quartiers de la rue du Jard, la rue de Venise, le bas de la rue de Vesle, Dieu-Lumière, etc.

ll y a cinq tués et neuf à dix blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(NB : Le « petit bois près de Berry-au-Bac » dont parle Paul Hess, c’est le « Bois des Buttes » près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, où fut blessé Guillaume Apollinaire le 17 mars 1916.)

Rue de Venise

Rue de Venise


 Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille pour la ville. Coups de canons ou de fusils au loin. + 4. Vers 9 h. violent bombardement sur nos batteries ; bombardement sur la ville. Incendie des Déchets. Deux soldats tués à Dieu-Lumière. Un ouvrier brûlé aux Déchets. 7 civils tués. Visite aux Déchets à M. Renard ; au Bon Pasteur, Petites Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 27 Mars 1916 – Quelle matinée ! A 8 heures et demie les boches ont commencé à bombarder et jusqu’à 11 heures et demie sans arrêt. Leur but, c’était le quartier Dieu Lumière. C’est vrai que les canons de la Berthe nous causent des ennuis. Je suis allée au lait à 11 heures et demie. La route était sillonnée d’éclats, j’ai vu du sang et j’ai appris qu’il y avait eu beaucoup de victimes. Je ne suis plus si crâne. Je t’assure que cela m’impressionne ; plus ça vient et plus les nerfs sont faibles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Dès 8h50, bombardement, toujours les mêmes endroits, rue de Strasbourg, Thionville, Gobelins, Grandval, CxStMarc, Bd Carteret, une blessée Ve Lemel 72 ans, au loin des obus tombent un incendie éclate aux déchets. Les soldats abondent dans la ville. Il fait beau, pas d’aéros. A 10h45 petit carillon. Nos gros pères donnent d’une minute à l’autre. Au Linguet 40 mitrailleuses attendent les Boches. Visite du Caporal mitrailleur Hobary Louis de Bazeilles (cultivateur).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 27 mars

En Argonne, concentration de feux sur les nœuds de communication en arrière du front ennemi. Nous bombardons des convois de ravitaillement au nord d’Apremont. A l’ouest de la Meuse, bombardement entre le bois de Malancourt et nos positions de seconde ligne. Pas d’action d’infanterie. A l’est de la Meuse et en Woëvre, canonnade intermittente. Activité de notre artillerie sur tout l’ensemble du front, notamment dans la région de Grimaucourt, où notre tir a provoqué plusieurs explosions et dans la région de Harville, où nous avons dispersé un important convoi. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre canonnade a déterminé l’explosion d’un dépôt de grenades. Nos pièces a longue portée bombardent la gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel. Activité de notre artillerie dans les Vosges (vallée de la Fecht). Un de nos pilotes a abattu un avion allemand dans la région de Douaumont. Le gouvernement américain a prescrit une enquête minutieuse sur les derniers torpillages et en particulier sur celui du Sussex, qui a fait plus de victimes qu’on ne l’avait cru d’abord: 97. Les Bulgares et les Allemands ont pénétré sur le territoire hellénique. La crise social-démocrate s’accentue encore en Allemagne : 14 députés de la majorité ont quitté la salle des séances du Reichstag pour ne pas voter le budget. La conférence des Alliés s’est réunie au quai d’Orsay sous la présidence de M. Aristide Briand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 21 mars 1916

Louis Guédet

Mardi 21 mars 1916

556ème et 554ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Calme général. Mon pied m’a fait souffrir la nuit et toute cette journée, ma foulure va mieux, mais j’ai bien peur qu’elle n’ait provoqué une attaque de goutte. Mon orteil me fait mal. Je me soigne énergiquement, espérons que j’enrayerai le mal car je n’ai pas le temps d’être malade. Rien de nouveau, journée plutôt monotone. Peu de monde. Vu Hérold qui vient de perdre son 2ème fils, tué au bois des Caures (André Hérold, canonnier, né en 1891 et mort le 24 février 1916 à Verdun). Je me suis fait excuser pour demain aux allocations militaires. Arrêté comme cela, je broie plutôt du noir. Quand donc cette vie de larmes finira-t-elle pour moi ? Je n’aurais pas passé un jour depuis le 31 août 1914 sans pleurer. On ne saura jamais ce que j’ai souffert et ce que je souffre. Tout autour de moi c’est le noir, l’impasse, de quelques côté que je me tourne, je ne vois pas la moindre petite lueur d’espoir d’un peu de bonheur, de repos, de prospérité pour les miens et pour moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille ; + 7. Journée de tempête.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 21 Mars 1916 – Mahi est revenue chez nous la semaine dernière. Elle ne s’accordait pas avec Gustine et comme elle était malade, Gustine l’a renvoyée. Nous ne pouvions pas la garder aux caves. Alors comme elle ne demandait qu’une chose, aller retrouver ma tante Phénie qui habite Moussy près d’Epernay, je suis aller lui chercher son laisser-passer et elle est partie. Pendant que je faisais ses courses les boches bombardaient. Je ne souriais pas, vois-tu. Ce n’est pas la peur de mourir mais nos deux cocos ont besoin de moi. Un aéroplane qui survolait la ville a été abattu mais il est retombé dans leurs lignes.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Rien de saillant, si ce n’est que je démissionne pour le 31 Ct 7h soir.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 21 mars

Notre artillerie, dans l’Argonne, a bouleversé les tranchées allemandes près du Four-de-Paris. A la Haute-Chevauchée, un tir de destruction sur les ouvrages ennemis a provoqué un dégagement considérable de vapeurs sulfureuses provenant des réservoirs éventrés. Nous avons dispersé des rassemblements au nord du bois de Montfaucon. A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont fait, après un intense bombardement d’obus de gros calibre, une tentative d’élargissement de leur front d’attaque. Une nouvelle division a dirigé une violente attaque accompagnée de jets de liquide enflammé, sur nos positions, entre Avocourtet Malancourt. Nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie ont infligé à l’eilnt-milde fortes pertes. Les assaillants n’ont ~uri3gressè légèrement que dans la partie est bois de Malancourt. Bombardement violent des bois Bourrus. Nos avions ont lancé vingt-cinq obus sur la gare de Dun-sur-Meuse avec un plein résultat. Le général Cadorna est arrivé à Paris. Le chancelier allemand a subi un échec à la commission du budget du Landtag de Prusse. Il est de nouveau vivement attaqué par la presse conservatrice et nationale libérale.


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Lundi 20 mars 1916

Louis Guédet

Lundi 20 mars 1916

555ème et 553ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme absolu. Journée monotone pour moi ne pouvant pas sortir à cause de ma foulure du pied droit contre la cheville. Vu Mt Dondaine, puis pas mal de rendez-vous, répondu à Mt Bruneteau (Jules Bruneteau, 1868-1936), notaire à Fismes, que j’acceptais son rendez-vous pour le 10 avril 1916 pour aller à Fismes assister et le substituer dans la levées de scellés et l’inventaire après le décès d’une dame Sarazin. Je serais probablement obligé d’aller coucher la veille à Fismes, les trains n’étant pas très commodes, à moins que je ne puisse avoir l’auto de M. Albert Benoist et un laissez-passer. Jacques me conduirait et ainsi je pourrais y aller et revenir dans la même journée. J’aimerais mieux cela. Ensuite je vois que je ne pourrais me dispenser d’aller à Paris vers le 15 avril, car réellement j’y ai grand besoin et beaucoup à faire. Je partirai le vendredi ou le samedi pour revenir le lundi ou le mardi.

Il parait que la 52ème Division serait revenue ici, nous voila bien avec ces pierrots-là. Quel triste peuple, surtout les officiers !! à propos d’officiers, il me vient à la mémoire une réflexion que j’ai entendu l’autre jour, le 11 mars, faite sur le quai de la Gare de Dormans par un de ces messieurs-là qu’on ne peut que désigner que sous le nom de « galonnard ». Cet officier, lieutenant au 107ème d’infanterie, était descendu du train que je prenais sur Châlons et attendait que le convoi parte pour pouvoir traverser la voie et sortir de la Gare. Et le susdit s’impatiente qu’on fit attendre ses…  galons (on aurait sans doute dû couper le train pour lui livrer le passage !) de s’écrire dire à un de ses…  collègues : « Cette gare est mal comprise, il devrait y avoir des passages souterrains pour ne pas être retardé par l’arrêt des trains ! »

Comme si dans cette pauvre petite gare de Dormans la nécessité de passages souterrains se pouvait faire sentir !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20, 21 mars 1916 – La 52e Division d’Infanterie de réserve est de retour à Reims, qu’elle avait dû quitter au début de novembre 1915. Elle est bien accueillie et se retrouve en pays de connaissance. Le ravitaillement de certains services on compagnies de l’un de ses régiments, le 320e, a lieu de nouveau place Amélie-Doublié.

— L’offensive allemande sur Verdun, qui dure depuis un mois, parait se ralentir ces temps derniers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Juliette Breyer

Lundi 20 Mars 1916. – J’ai eu une réponse de la rue de la Tutelle. Ils ne possèdent rien t’ayant appartenu. Donc aucune preuve de ton décès. En même temps j’ai reçu du dépôt le mandat de 150 francs mais comme adresse sur l’enveloppe ils avaient mis Mme Veuve Breyer. Sais-tu l’impression que cela m’a fait ! Il me semblait que ce n’était pas à moi qu’elle était adressée. Et vois-tu, je sens toujours que tu me reviendras.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Bonetti, chancelier du conseil d’Italie nous apprend qu’il raccompagne le général Porro il y une semaine venu pour visiter Reims et son front. Ce matin et tantôt encore 4 ballons saucisses Boches sont en observation vers Reims.
Visite du Prince de Serbie qu’accompagne le général Joffre.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 20 mars

Au nord de Reims, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les tranchées ennemies de la Neuville et de la ferme du Godat. Activité de nos batteries dans la règion de la Ville-aux-Bois. A l’est de la Meuse, après un violent bombardement, l’ennemi a dirigé hier, en fin d’après-midi, une attaque assez vive contre notre front Vaux-Damloup. Refoulés par nos tirs de barrage, les Allemands ont complètement échoué. Au nord-est de Saint-Mihiel, notre artillerie lourde a canonné les dépôts de ravitaillement ennemis de Varvinay. Cinq de nos avions ont bombardé la gare de Metz-Sablons, les dépôts de Château-Salins et l’aérodrome de Dieuze. Vingt-trois autres de nos avions ont opéré sur le champ d’aviation d’Habsheim, et sur la gare des marchandises de Mulhouse. Nous avons perdu quatre appareils au cours du combat aérien qui a suivi, trois d’entre eux ayant dû atterrir dans les lignes ennemies. Le torpilleur Renaudin a été coulé dans l’Adriatique par un sous-marin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 18 mars 1916

Louis Guédet

Samedi 18 mars 1916 553ème et 551ème jours de bataille et de bombardement

Voyage à Épernay – St Martin

5h soir  Je viens de rentrer de St Martin que je viens de quitter ce matin à 7h. De plus en plus triste et de plus en plus désemparé. Voir ma pauvre chère femme et nos petits…  mon Père souffrir comme ils souffrent, surtout ma chère et nos enfants qui vivent de privations. J’en reviens le cœur saignant. Aussi j’offre volontiers ma vie, j’en fais volontiers le sacrifice, pourvu que mes chers aimés ne souffrent plus ainsi, qu’ils soient à l’abri de tout besoin, qu’ils aient même plus que le superflu, mais pour Dieu qu’ils ne souffrent plus comme cela.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Juliette Breyer

Samedi 18 Mars 1916. Aujourd’hui Charlotte écrit que Paulette ne va pas. Son entérite l’a reprise et elle a crise sur crise. Cette fois-ci elle nous prie de demander son laisser-passer. Nous avons été voir M. Baudet puisqu’il s’en occupe mais il nous répond qu’on n’en délivre plus. On ne peut plus revenir à Reims. Tu penses, quand Charlotte saura ça elle sera contrariée et on l’avait prévenue : depuis que la bataille de Verdun est en route on ne voyage plus comme on veut.

Et puis avec cela on craint quelque chose pour Reims. Avec tous les préparatifs que l’on fait, on peut le croire. Ce matin encore on a amené des canons sur la butte Saint Nicaise et près de chez M. Baudet. D’ailleurs on a renforcé l’artillerie partout. On parle même qu’on pourrait être évacués car nous sommes en pleine ligne de feu, des canons tout autour de nous. Je préférerais, vois-tu, rester enfermée un mois s’il le faut mais ne pas partir. Mon pauvre Lou, nous reverrons-nous un jour ? Il me semble toujours être dans un cauchemar dont je ne puis sortir.

Mais tout mon cœur restera pour toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Samedi 18 mars

Au nord de l’Aisne, nous avons repoussé une attaque ennemie dirigée sur un de nos petits postes au sud-est du bois des Buttes. Notre artillerie opère efficacement dans la région de la Ville-aux-Bois et du plateau de Craonne. En Argonne, nous battons les voies de communication de l’ennemi en arrière du front. A l’est de la Meuse, série d’actions offensives très violentes durant la nuit, contre nos positions du village et du fort de Vaux. Les Allemands lancent, sans aucun succès, cinq attaques à gros effectifs. Elles sont toutes brisées, et leur coûtent des sacrifices sensibles. Notre artillerie a détruit un important dépôt de munitions à Champneuville. Canonnade réciproque en Woëvre. A l’ouest de Pont-à-Mousson, un coup de main exécuté sur un saillant de la ligne adverse au bois de Mortmare, nous a permis de ramener des prisonniers. On annonce la mort du lieutenant-colonel Driant au bois des Caures. Le ministre des Finances d’Allemagne a fait un exposé, optimiste comme d’habitude, devant le Reichstag. M. Liebknecht a provoqué un grand tumulte par ses déclarations à la Chambre de Prusse.


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