Louis Guédet

Jeudi 29 novembre 1917

1175ème et 1173ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Nuit calme, temps nuageux, humide, brumeux. Rien de saillant. Une seule souscription d’une brave fille qui m’a donné sa dernière pièce de 20 F, Melle Marie Lambin, 84, rue du jard. Elle souscrivait pour 70 F de rente avec des Bons de la Défense Nationale, et elle a fait l’appoint avec son dernier louis. Peu de lettres. Pas de mes aimés. J’en ai pourtant bien besoin, je suis si seul !! Lettres du Procureur de la République pour la mise en survie de Mt Rayer, notaire à Tours-sur-Marne. Je suis d’avis favorable et je propose au Procureur de demander à Rayer ou à son clerc qu’il le suppléait de prendre la suppléance de l’étude de Démoulin à Hautvillers, son clerc n’en voulant plus. Ce serait parfait.

Une 2e pour remplacer Thomas, qui suppléait l’étude de Langlet à Fismes et a donné sa démission  à cause de la vilaine histoire qu’il a eu avec le Parquet de Reims dans l’affaire de la Succession Collomb, dans laquelle le Procureur croit qu’il a tripoté… Je propose Bruneteau, notaire à Fismes (Jules-Henri Bruneteau (1868-1936)), qui ferait parfaitement l’affaire.

Pas de nouvelles de Lenoir, député, pour mon affaire de transport de mes audiences de justice de Paix dans une des communes de mes 4 cantons !! Une idiotie ! mais les froussards ne raisonnent ni ne réfléchissement sainement. Mais je dois le voir dimanche vers 11h1/2 ou lundi dans la matinée, Beauvais doit me prévenir et renseigner à ce sujet. J’espère que Lenoir aura obtenu qu’on me laissât la paix. Rencontré le R.P. Desbuquois, causé un instant dans la rue Clovis avec lui. Il est plus impatient que moi pour mon ruban, mais il a toujours bon espoir. Pas moi.

Après-midi porté mes lettres à la Poste, pris un journal. Quel gâchis que notre Chambre des Députés ! Des obus à proximité en rentrant. Encore 3 ou 4 tout à l’heure, au moment où je commençais à écrire ces lignes. Je suis tout tremblant. Non, je ne puis plus résister à la peur dès que j’entends siffler un obus. Et cela depuis celui que j’ai reçu dans cette chambre, où j’écris…  je suis d’un émotif !! Il serait grand temps que nous soyons délivrés et que je n’ai plus de ces émotions qui m’usent et altèrent ma santé sans qu’on s’en doute. Entre 11h et 1h cela a fortement bombardé vers le Château d’Eau, le canal, le Four à Chaux derrière le cimetière du Sud. Vu Paillet commissaire central, qui en a assez comme nous tous. Causé un instant avec le Capitaine des Pompiers de Paris M. Giraud (à vérifier), il allait voir le médecin militaire qui cantonne ici proche en face l’Usine Benoist dite des Capucins. Tous deux ne sont pas réconfortants. Cela continue toujours à bombarder, pourvu qu’ils ne nous ennuient pas cette nuit. Mon Dieu ayez pitié de nous. Je souffre trop.

Anniversaire de la Fête de mon André. Pauvre petit, quelle triste jeunesse il aura eue. Triste et lugubre anniversaire pour moi, seul ici, abandonné, et avec une vie tragique, douloureuse, épouvantable, une agonie de 3 ans !!!

Mon Dieu protégez ce pauvre petit, faites qu’il travaille bien, conservez-le moi pour sa mère, lui, ses frères et sœur. Protégez mes 2 ainés qui sont si exposés au front. Ayez pitié, pitié de moi Seigneur de nous tous, de ma chère femme aimée, de mes chers enfants et faites que bientôt nous soyons tous réunis hors de tous dangers, pour toujours. Protégez-nous. Protégez-moi, ayez pitié de moi et ne me faites plus souffrir, je n’en puis plus. Faites que je ne succombe pas à cette vie douloureuse de martyr.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

29 novembre 1917 – Bombardement.

A 15 h, environ, tandis que nous travaillons tranquille­ment dans les bureaux de la mairie, 6, rue de Mars, un obus vient brusquement siffler pour éclater aussitôt à la clinique Bourgeois, rue de la Grosse-Ecritoire. Les bureaux se vident instantanément, sous le coup de la surprise et aussi de la crainte qu’il soit suivi d’autres projectiles, mais rien ne survenant ensuite, l’activité re­prend un moment après.

La police, dont les tables sont installées vis-à-vis des nô­tres, dans le cellier du 6 de la rue de Mars, reçoit, sur la fin de l’après-midi, un coup de téléphone de la place, pour faire prévenir la population que l’on craint un violent bombardement avez gaz ; l’alerte nous est transmise immédiatement.

A cette nouvelle, nous nous demandons d’abord ce que l’on peut savoir à l’avance des intentions de l’ennemi et ce qui permet de lancer pareil avertissement.

Par prudence, je prends toujours mon masque, en quittant la mairie pour rentrer rue du Cloître 10.

La soirée de passe comme d’habitude.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 29 – Paris. Réunion pour le Codex. Visite du Colonel Keller, de Mgr Chesnelong. Assistante des Chanoinesses de Saint-Augustin de Burnot qui cherche le moyen de reprendre pied en France. Mme Noël ; Belavary, Henriot. Soupé à Saint-Sulpice avec le P. Janvier, René Bazin, Mgr de Chalons. Bombes à Reims, dont une à l’endroit où fut tué le petit Jean (… Malvet) notre voisin ; une sur le Lycée ; une 3ème pas loin (400 en tout dit l’Éclaireur de l’Est du 1“ décembre).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 29 novembre

Dans la région de Saint-Quentin, nous avons aisément repoussé deux coups de main ennemi. Nos patrouilles opérant à l’ouest de Tahure et dans la région de Samogneux, ont ramené des prisonniers, dont un officier.
Une tentative de coup de main sur un de nos postes, à l’ouest du bois Le Chaume, a échoué.
Il se confirme que notre attaque sur les positions allemandes, au sud de Juvincourt, a coûté des pertes très sérieuses à l’ennemi. Le chiffre des prisonniers que nous avons faits, dans cette affaire atteint 476. Dans le matériel capturé, nous avons dénombré 13 mitrailleuses, 3 lance-grenades, 3 canons de tranchées et 400 fusils.
Sur le front anglais, vifs combats. Les attaques locales de nos alliés dans la région de Fontaine-Notre-Dame et de Bourlon ont donné lieu à de violentes contre-attaques. L’ennemi ayant reçu des renforts, oppose une résistance obstinée. La journée a été marquée par des alternatives d’avance et de recul. Les troupes britanniques ont fait plus de 500 prisonniers et porté leurs lignes en avant. Ils ont repoussé une offensive allemande sur l’éperon à l’ouest de Moeuvres.
Combats ordinaires sur le front italien. Quatre avions ennemis ont été abattus.
L’adjudant Krylenko, généralissime maximaliste a fait tenir au grand état-major allemand, par des parlementaires, sa proposition d’armistice.
La conférence interalliée, où vingt et une nations sont représentées, s’est ouverte à Paris sous la présidence de M. Clemenceau.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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