Louis Guédet

Dimanche 18 novembre 1917

1164ème et 1162ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps nuageux, brumeux et lourd. Le calme, quelques obus. Messe à 7h1/2. Fait en sortant de la chapelle du Couchant un tour avec Gustave Houlon, causé d’un tas de choses, et l‘ai un peu remonté au sujet de son ruban. Rentré chez moi travailler. Courrier, peu de choses. Bonnes nouvelles de mes 2 soldats par ma pauvre chère femme.

Porté mon courrier à 2h, remis clefs de la maison Houbart 18-20, rue Boulard au capitaine des pompiers de Paris qui désire mettre une de ses machines là. J’ai accepté, c’est une sécurité et une garde à proximité. Été voir mon vieil expéditionnaire le Papa Millet rue Souyn, 13. Il va mieux et m’a demandé du travail, et je n’en suis pas fâché car j’allais être débordé. Passé à Roederer voir la Supérieure des Religieuses de l’Hôtel-Dieu. Causé 1h ensemble de tout et de rien. Elle a comme pensionnaire le fameux Guernier, conseiller municipal, rouge populaire, un poivrot dont le nez rutilant rendrait des points au ruban rouge dont il a été récemment gratifié. Il parait qu’il reviendrait à résipiscence…  religieuse ??! Hum !! Le Diable se faisant ermite ?! Je n’y crois guère de sa part, il aime trop Bacchus !! Néanmoins il a fait son devoir ici, et il l’a payé d’une jambe…  mais la Légion d’Honneur à un type pareil !! Ne retrouvera-t-on pas un de ses jours sa Croix dans un ruisseau le long d’un trottoir, mélangeant son rouge écarlate avec la rutilance de son nez !! Triste.

En rentrant rencontré Camboulive, brigadier de Police, causé ensemble et comme nous parlions pillages, officiers froussards, etc… Il me dit : « Oh ! M. Guédet, autant j’étais cocardier avant la guerre, autant je suis…  je crois…  antimilitariste et surtout anti-galonnard. Je suis honteux de ce que j’ai vu, je vois, et entendu !! »

Il me contait avec colère ce fait que deux officiers avaient demandé à loger chez une brave femme de la rue de Courlancy, et qu’ils avaient exigé que cette malheureuse leur abandonne sa chambre et sa salle à manger sur rue (ouest) pour s’y installer et y coucher, et l’avaient reléguée sur le côté jardin (est) et pourquoi ? Parce que les obus arrivant du côté est, en se logeant du côté ouest sur rue il y aurait au moins 2 murs pour les protéger !! Et la pauvre femme ? Elle ? Peu leur chaut si elle était tuée !!… Et voilà nos officiers.

Rentré chez moi travailler à mes dossiers d’appel (allocations militaires) ayant appris qu’Albert Benoist était à Reims. Je vais en profiter pour solutionner tout cela.

Je suis fatigué, mais nous avons le calme, le grand calme.

Aujourd’hui ma première souscription à l’emprunt 1917 pour la Banque de France. 54 F de rentré contre 1011,85 encaissé. C’est le premier, le Père Pierre Caron, contremaitre chez Albert Benoist, 2, rue Piper, qui m’a bien recommandé de n’en rien dire à ce dernier !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

18 novembre 1917 – Bombardement sur le quartier Dieu-Lumière, à 15 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 18 – + 6°. Brouillard. Visite à Ay ; allocution. Visite à l’Am­bulance du Château de Aiala. Rentré à 4 h. 45, étant parti à 3 h. 30. C’était la Saint-Brice, fête patronale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 novembre

Activité des deux artilleries au nord de Courtecon; nous avons repoussé, en lui infligeant des pertes, un détachement ennemi qui tentait d’aborder nos lignes dans cette région.
Les Anglais ont exécuté une opération avec succès vers Passchendaele. De nouveaux éléments de défense ennemis sur la crête principale, y compris une ferme, fortement organisée, sont tombés aux mains de nos alliés avec un certain nombre de prisonniers.
Les Italiens ont repoussé des détachements austro-allemands, qui, sous la protection de l’artillerie, tentaient de franchir la Piave inférieure. Ils ont anéanti une partie de ces troupes et capturé plusieurs dizaines d’officiers et plusieurs centaines de soldats.

Source : La Grande Guerre au jour le jour