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Lundi 4 février 1918

Louis Guédet

Lundi 4 février 1918

1242ème et 1240ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Le camion militaire sort d’ici et vient d’enlever mes 8 cartons et une valise d’archives !! Pour moi c’est encore un déchirement ! Est-ce le dernier de cette épouvantable vie que je mène !! Me voilà encore plus seul, plus de papiers, plus de documents ou si peu qu’en cas de départ précipité je pourrais enlever ce qui me reste dans un sac de voyage !! me voilà donc avec quelques notes, quelques papiers indispensables, une plume et un peu d’encre !! Rien ne m’aura été épargné durant cette Guerre. Mon Dieu ! avez-vous pitié de moi !! et de ma misère !

6h soir  4/5 obus à 11h55 dans notre quartier, au-dessus de la maison, vers Clovis, 1 chez Melle Payard 40, rue des Capucins, 1 au 75, et un sur le théâtre en face du greffe Villain.

Audience Réquisitions à 2h, peu de monde. Rentré ici à 5h. On dit dans les rues que le Général Pétain serait ici. Que vient-il y faire ? nous amener des pillards, cela ne m’étonnerait qu’à demi, car en ce moment les sauterelles marocaines encombrent nos rues et nos ruines…  plus ou moins abandonnées ! (Rayé). En rentrant je passe chez Melle Payard, très émotionnée ainsi que Melle Colin. La pauvre fille, la seule commode à laquelle elle tenait a été pulvérisée ! C’est la veine !! Je connais cela.

Rien d’autre de saillant. Je pars toujours mercredi 9h (6ct (courant)), inquiet de laisser mon abri, sans savoir ce qu’il y adviendra durant mon absence. Quelle triste vie, sans suite, sans consistance, sans pouvoir être sûr du lendemain. Je pars, je sors d’ici et ne sais si quelques jours après, quelques heures, quelques instants après je retrouverai mon refuge intact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 février 1918 – Sifflements et arrivées, dans le centre, à 12 h 1/2. Le premier obus tombe rue des Capucins ; le second rue Tronsson-Ducoudray, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 4 – Nuit tranquille. + 4°. Temps semi-couvert. Midi bombes sifflent. Sur batteries ? Rue des Capucins, sur la maison de Mlle Collin. Après midi, tir contre avions ou sur batteries. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 4 février

Activité marquée des deux artilleries sur le front au nord de l’Aisne et dans la région du Four-de-Paris.
Un de nos détachements a exécuté dans le secteur nord-ouest de Courtecon (région de l’Ailette) un coup de main sur un petit poste allemand qu’il a ramené tout entier dans nos lignes, faisant ainsi 13 prisonniers et capturant du matériel.
Des coups de main tentés par l’ennemi sur un de nos petits postes au sud de Lombaertzyde, sur la rive droite de la Meuse, au nord de la cote 344, en Lorraine, au nord de Bures et en Alsace, dans la région du canal du Rhône au Rhin, ont échoué.
Une tentative allemande dans le secteur de Poelcapelle a échoué sous le feu des mitrailleuses anglaises.
Des rencontres de patrouilles ont tourné à l’avantage de nos alliés dans la région de Méricourt, au sud de Lens.
Activité de l’artillerie allemande vers la Vacquerie et au sud de Lens.
Sur le front italien, action d’artillerie et activité aérienne.
En Macédoine, activité réciproque d’artillerie dans la région de Doiran et a l’ouest du Vardar.
Les avions navals britanniques ont bombardé l’aérodrome de Varssenaere, en Belgique. Un projectile a allumé un incendie.
La conférence interalliée de Versailles a clôturé ses travaux.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 22 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 22 décembre 1917

1198ème et 1196ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, beau soleil très froid. Avec mes carreaux entoilés ma chambre n’est guère chaude. Quelle vie misérable.

Hier soir à 9h dépêche du Procureur de la République me donnant des ordres qu’il me notifie ce matin en acceptant mes propositions de nommer Minet gardien séquestre, et Monbrun greffier à qui j’avais fait prêter serment hier soir à 5h par procès-verbal donné par moi. Donc tout va bien pour 1h. Peu de courrier. Vu le Sous-préfet qui trouve la commission d’appel dure. Il est convenu que pour les appels dont il sera sûr du bien-fondé il mettra : « Avis très favorable ». Je rentre chez moi où survient le bon R.P. Desbuquois qui me demande quelques renseignements, et puis nous causons. Il me quitte pour me laisser déjeuner afin d’être prêt à 1h.

Reçu lettre de ma chère femme qui me donne de bonnes nouvelles des enfants et de Robert dont le pied est toujours de même. A 1h Monbrun vient me prendre et nous partons prendre en passant Minet rue de la Renfermerie, 4, en arrivant chez lui l’automobile militaire nous rejoint, nous y montons avec le Capitaine La Montagne, officier de l’État-major de Général commandant d’Armes de la Place de Reims Leroux. Nous arrivons au n°30 de l’avenue de Laon où il est tombé des obus la nuit dernière, tuant des mulets et faisant des dégâts. Nous prenons notre équipe du Génie avec le serrurier de la Ville. Accompagné du sous-lieutenant Dupont du 43ème de Ligne qui a fait le commencement de la Campagne avec Jolivet, mon confrère au 17ème Territorial (Bernay). Nous remontons au 2 de la rue Lesage, chez Ast, débitant et Pérignon boulanger. Chez Ast on trouve des balles de revolver allemand dans un petit coffre, où nous nous attaquons sous les obus à 2 coffres-forts, assez récalcitrants, mais nos hommes les réduisent à la raison et les ouvrent. Tous les papiers sont calcinés ou à peu près. Quelques objets sans grande valeur, des couverts en molybdène, des couteaux dont les manches ont été brûlés, etc…

D’autres coffres nous laissent impuissants devant eux, aussi nous décidons avec le Capitaine La Montagne que je vais écrire au Général Leroux (c’est fait) pour lui demander de mettre à ma disposition une équipe de spécialistes qui nous ouvriront ces…  entêtés au chalumeau. Me voilà passé cambrioleur ! C’est le seul moyen. Je n’en suis pas à un cambriolage de coffre-fort près, je crois qu’avec aujourd’hui (4 coffres ouverts) j’en ai déjà bien ouvert 73.

Nous ouvrons un coffre avenue de Laon n°6, pharmacie Lesage, peu de chose, détérioré. Arrivons au 9 de l’avenue de Laon, nous nous attaquons au coffre de M. Bezançon. Tandis que nous étions très occupés à surveiller cette ouverture, nous tombe sur le dos un homme hurlant, gesticulant ! « Qu’est-ce que vous foutez-là tas de voleurs, tas de coquins, c’est mon coffre-fort !!! » – « Que vous ouvrez !! Sales cambrioleurs !!! »

Tableau !!!

Vous décrire l’ahurissement et la colère du bonhomme est impossible. Je me tordais. Bref nous lui répondons que nous agissons au nom de la Justice et de l’Autorité militaire, et que du reste il n’avait pas à se plaindre, sa maison étant en décombres, qu’il devait être bien heureux que nous fussions là pour lui ouvrir…  son coffre-fort. Bref il a ravalé sa colère, son étonnement et je lui remis tous les objets, et dans quel état ! que nous trouvâmes dans son coffre-fort, que du reste Bezançon avait soulagé de tout ce qu’il pouvait contenir de précieux.

Ensuite nous terminons par le n°1 de la rue Lesage, des poussières de papiers, sur lesquels quoique noirs et calcinés nous pouvons lire « Crédit à l’Épargne ». C’est tout.

Je repasse par la Ville. Causé avec Raïssac, donné un modèle de testament au commissaire central M. Palliet, et rentré chez moi tâcher de rattraper mon retard !… !!!

J’écris mes lettres au Général Leroux, au Procureur de la République de Reims pour lui rendre compte de ce que j’ai fait, et…  demandé qu’il tape sur les ongles de Lepage, car il n’est pas permis d’être plus injurieux avec le Parquet… !… Çà lui fera du bien (rayé).

A 7h35  Comme j’étais à moitié de mon dîner, avions, bombardement contre ceux-ci, bombardement des allemands vers Pommery, St Remy, Maison de Retraite, bout de la rue des Capucins, tout cela fait un tintamarre du diable. Nous descendons en hâte à la cave, puis remontons 10 minutes après, et finissons notre repas sur le qui-vive…  cela m’impressionne de plus en plus. Tous ces obus paraissent passer au-dessus de ma tête. Je ne suis plus guère fort, ni courageux, je deviens énormément craintif. Que Dieu nous protège ! mais quelle lassitude !! quelle vie !!

8h1/2 soir  Le bombardement cesse à 8h10. Je suis fort impressionné, et il va falloir se coucher avec…  l’Inconnue !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 décembre 1917 – Beau temps. Aéros toute la journée. Bombardement. Tir sur avions à la nuit et nouveau bombardement serré vers 19-20 h.

Reprise très violente de bombardement à 22 h. Des obus tombent rues de l’Ecole-de-Médecine, Gambetta, de Venise, des Capucins, Petit-Roland, des Chapelains, des Moissons, etc. Dans cette dernière rue, une femme est tuée dans son lit, à côté de son mari, blessé à la tête et au bras gauche (Mme Blavier).

Nuit très mouvementée.

Obus lacrymogènes, dont quelques-uns autour de la cathé­drale ; plusieurs personnes sont incommodées. Les effets d’un de ces obus se font sentir également dans les sous-sols de l’hôtel de ville, où couchent des camarades des bureaux de la mairie et de la police.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de l’École de médecine – ReimsAvant


Cardinal Luçon

Samedi 22 – – 3°. Beau temps. Nuit tranquille, sauf ce qui précède. Vi­site au Capitaine du Génie que nous avons vu chez le Général Coignard, rue Jeanne d’Arc. A 7 h. soir avions allemands au-dessus de nous, bombar­dement infernal autour de nous, tout près de nous. Obligés d’interrompre notre souper pour descendre à la cave, après y avoir envoyé précipitam­ment les Sœurs. Durée : 1 heure environ. Nous remontons ; finissons notre repas ; prière à l’oratoire. Travail dans mon bureau. A 9 h. 1/2 coucher. A10 h., avion allemand nous survole ; nouveau et terrible bombardement ; 1 obus frappe la maison de Madame de La Morinerie, rue de l’Ecole de Médecine, à l’angle supérieur gauche de la porte. Un autre tombe dans l’angle de la maison Chartin ; j’ai vu de mon lit comme deux morceaux de fer incandes­cents se précipiter dans cet angle. Le bombardement étant extrêmement dangereux, on vient de la cave (Ephrem), me dire qu’il faut descendre, qu’on est inquiet de moi. Je me lève donc. A peine étais-je rendu au pied du lit, un obus tombe dans le jardin, fait sauter les vitres, et crache des éclats dans les persiennes, dans mon cabinet, crible le canapé, les fauteuils, la bibliothè­que. J’en ai retrouvé un certain nombre le lendemain : toute la pièce en est criblée. Comment se fait-il que je n’aie pas été touché. Il y en a qui m’ont frôlé. L’un d’eux a percé la reliure d’un volume des Institutions liturgi­ques de Dom Guéranger ; d’autres les volumes des œuvres de Mgr Freppel (cours d’Éloquence), un autre déchiquète un volume de ma Bible. Des­cendu et couché au sous-sol. Un homme tué rue Chanzy, sa fille blessée ; 9 obus à la Visitation ; 12 au Collège Saint-Joseph ; obus rue des Moulins ; Chanzy, Gambetta ; 2 au Bon-Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 décembre

Activité d’artillerie intermittente en quelques points du front, plus vive dans la région du bois des Caurières.
En Alsace, les Allemands qui tentaient d’aborder nos tranchées à l’ouest de Cernay ont été repoussés par nos feux. A l’Hartmannswillerkopf, l’ennemi, à la faveur d’un très important coup de main qu’il avait fait précéder d’un bombardement intense, avait pu pénétrer dans les éléments avancés de notre première ligne; il en a été entièrement rejeté a la suite d’un combat corps à corps au cours duquel il a subi de lourdes pertes.
Définition stratégique de la manoeuvre dans la bataille défensive.
118 obus ont été lancés sur la ville de Reims.
Sur le front belge, activité d’artillerie peu intense.
Nos alliés ont bombardé les organisations ennemies des abords de Dixmude et de Kippe, en représailles de quelques tirs ennemis effectués vers nos batteries.
En Macédoine, les troupes anglaises ont capturé 1 officier et 54 soldats bulgares.
Sur le front britannique, une tentative allemande, a échoué au nord-est de Messines sous les feux d’infanterie et de mitrailleuses. Les Italiens, sur le mont Asolone, ont réussi à enlever à l’ennemi une grande partie des gains qu’il avait pu obtenir le 18.
Une forte contre-attaque autrichienne a été enrayée.
Nos alliés ont fait des prisonniers sur le plateau d’Asiago.
Les Capronis ont bombardé les troupes autrichiennes sur la Basse-Piave

 

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Jeudi 9 août 1917

Louis Guédet

Jeudi 9 août 1917

1062ème et 1060ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps après la pluie torrentielle de la nuit. A 3h du matin réveillé en sursaut par les canons antiaériens tirant sur des aéroplanes allemands. Journée fort occupée. On a déménagé ce que ma femme désirait, le dernier wagon est plein, il partira demain matin, me voila sans plus rien…  les meubles que j’ai ici et qui garnissent ma chambre sont à Madame Gambart ! Je suis de plus en plus sans-logis. Pas de lettre de ma femme. J’ai travaillé d’arrache-pied. Cette grande maison me parait bien vide maintenant. Tout s’en va autour de moi. Vu personne, n’étant pas sorti. Quelques coups de canon, mais au loin, cela tonne toujours très fort vers Mont-Haut. Quelle lassitude !!

Lutta, fondé de Pouvoir de Mareschal qui est maintenant comme interprète de hongrois au Ministère de la Guerre nous disait l’autre jour que la Reine des Belges était surveillée, et qu’on interceptait même sa correspondance. Les allemands restent toujours des allemands. C’est la race qui veut cela !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 9 au 10 août 1917 – Bombardement de la ville.

Obus rues de la Prison, des Capucins, de Vesle.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 9 – + 16°. Nuit tranquille jusqu’à 3 h. 30 ou 4 h. Alors gros canon français sur tracteurs gueule (tonne) pendant 1/2 heure ou 3/4 d’heure. De 9 à 11 h. canonnade française, riposte allemande.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 9 août

Activité très marquée des deux artilleries sur la plus grande partie du front de l’Aisne. Des détachements ennemis, qui tentaient d’aborder nos lignes à l’est de Vauxaillon et à l’ouest du plateau de Californie, ont été repoussées par nos feux.
Au nord de Saint-Mihiel et en Haute-Alsace, des coups de main ennemis ont complètement échoué.
Canonnade sur la rive droite de la Meuse, dans le bois de Caurières et le secteur de Douaumont.
Des coups de main effectués par les Anglais sur les tranchées ennemies vers Lombaertzyde leur ont permis de ramener un certain nombre de prisonniers et de mitrailleuses.
Canonnade à l’est et au nord d’Ypres, vers Westhoeck et vers la voie ferrée d’Ypres à Staden. Le bombardement continue, mais avec moins de violence dans la région de Dixmude.
Canonnade sur l’ensemble du front de Macédoine. Deux coups de main ennemis ont échoué dans les secteurs serbes et dans la boucle de la Cerna.
L’aviation britannique a bombardé les campements bulgares, au sud de Velès.
L’armée russe a repris des offensives partielles à la frontière galicienne. Elle recule à nouveau en Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 12 juin 1917

Louis Guédet

Mardi 12 juin 1917

Ce matin, à partir de 6h1/2 du matin le bombardement continue sur les ruines de l’Hôtel de Ville et le quartier alentour, il continue encore un moment. Tant que ce ne sera que là, çà n’aura pas grand inconvénient, ils ne peuvent que démolir que des ruines !! qu’ils y aillent donc de bon cœur, s’ils veulent. Cette nuit ils envoyaient des salves de 4 en même temps qui passaient au-dessus de nous pour aller tomber beaucoup plus loin, vers La Haubette sans doute. On n’entendait à peine les arrivées. Je suis néanmoins passablement rompu ce matin. Et puis rien à faire, ou presque. C’est l’angoisse brute, la mort latente.

7h soir  Rien de saillant. Chaleur torride. Après-midi courses habituelles (Poste, journaux, etc…) Lettre de mon Robert qui est à Mailly (le camp) avec Jean, au repos les pauvres petits. Reçu visite de M. et Mme Triquenot qui ont vu le député Lenoir pour la fermeture de leur débit. Celui-ci doit venir vendredi, il demandera peut-être à me voir pour causer de cela. Causé longuement avec eux. De tout cela il en ressort que ce sont toujours les petites vengeances obtenues avec la Place. Tout ce monde se tient et satisfait ses rancunes au grand dam des Rémois. Un bon coup de balai dans ces écuries d’Augias de la rue Dallier – Jeanne d’Arc, et Courlancy et Cie serait une très bonne chose. Enfin tout cela donne une piètre idée de tout ce monde-là.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

12 juin 1917 – L’inspecteur-receveur des droits de place, M. Bouvier m’ayant donné l’autorisation — puisqu’on ne s’en sert pas — de disposer de son bureau, le seul échappé à l’incendie et resté intact à l’hôtel de ville, (sous l’escalier de la bibliothèque) je m’y installe ce jour, pour commencer à mettre en ordre la comptabilité du mont-de-piété.

Journée calme.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canon, ou bombes, toute la nuit. Quelques bombes sifflantes. Item de 6 h. à 7 h. du matin pendant les messes. Écrit à Mgr l’Évêque d’Angers, 2e lettre. Visite à M. Lançon inva­lide, 137 rue des Capucins, très pieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Mardi 12 juin

Assez grande activité des deux artilleries au nord de la Somme et dans la région de Cerny. A l’ouest de ce village, l’ennemi a tenté de nouveau des coups de main qui ont été repoussés.

Rencontre de patrouilles vers la cote 304 et en Woëvre.

Sur le front britannique, grande activité des deux artilleries à l’est d’Epéhy. Des détachements qui s’assemblaient dans ce secteur ont été dispersés par le feu de nos alliés. Un coup de main exécuté avec succès, la nuit dernière, au sud-ouest de la Bassée, a permis aux Anglais d’occasionner d’importants dégâts aux tranchées et galeries de mines de l’ennemi et de faire 18 prisonniers.

Des raids ont été également effectués sur les positions allemandes, à l’est de Vermelles et au sud d’Armentières. L’ennemi a subi de nombreuses pertes.

Grande activité des deux artilleries au sud d’Ypres. Nos alliés, de ce côté, ont de nouveau réalisé une légère avance au sud de Messines.

Succès italien dans le Tyrol, vers la cime Undici. 520 prisonniers autrichiens ont été faits dans un coup de main.

Les Italiens ont occupé Janina, sur territoire grec.

M. Dato a constitué le cabinet espagnol avec le marquis de Lema aux Affaires étrangères.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 28 janvier 1917

Louis Guédet

Dimanche 28 janvier 1917

869ème et 867ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid, la bise glaciale qui avait soufflée une partie de la nuit en tempête s’était un peu apaisée le matin, mais elle a repris l’après-midi et était réellement « coupante ». Pas très entrain ce matin, avec la perspective d’une journée de désœuvrement, et puis j’ai été angoissé toute la journée. Je suis tellement triste et las ! Été à la messe de 11h1/4 à St Jacques où l’on gelait littéralement, il est vrai que l’église est à claire-voie. Vu là Dargent avoué qui est venu pour quelques jours ici. Son beau-père (Jules Rome, ancien avoué (1842-1919)) se traîne de vieillesse. Il a des nouvelles de son beau-frère l’abbé Rome (Étienne Rome (1884-1967)) toujours prisonnier, il a le bras gauche presque entièrement ankylosé. Rentré pour déjeuner. Je suis tout démonté. Le canon gronde sans cesse de notre côté, peu d’avions qu’on entend, mais qu’on ne peut distinguer tellement ils sont haut et le soleil si brillant. C’est une journée radieuse, mais quel froid. Vers 2h je me décide à faire un tour. On m’a dit qu’hier le quartier de St Remy avait été très bombardé vers la Brasserie Veith et l’asile de nuit. Si j’y allais, si j’y allais voir le fils Veith qui a failli être tué hier, m’a dit M. Dufay architecte (Émile Dufay-Lamy, cet architecte participera de façon très active à la reconstruction de Reims (1868-1953)) que j’ai rencontré en sortant de la messe. Plus de courrier à répondre, allons-y.

8h soir  Je reprends ma journée, m’étant attardé à lire avant dîner et durant mon repas un livre sur les « Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des Peuples », fort intéressant ! Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces quelques mots à la mémoire de l’auteur le Dr Gustave Le Bon (médecin, psychologue, philosophe, historien(1841-1931)), qui m’a été révélé l’an dernier en revenant de Suisse, puisqu’à pareille époque où dans le train j’avais fait connaissance avec M. Gall, Président de l’association des Ingénieurs de France, ami de M. Albert Benoist, pendant que nous étions en panne en raison de la neige vers Tonnerre. Ce pauvre M. Gall qui actuellement est sous le coup de toutes les fonctions judiciaires avec cette histoire des Carbures (Entente commerciale entre les fabricants de carbure en avril 1916 et dénoncée comme étant un scandale). Quand on connait les dessous !! ce n’est que du chantage et le Procureur Général Herbaux l’indique bien. Bref Coutant le juge qui tranchera est une fripouille ou un âne, et l’acquittement est tout indiqué pour ce pauvre Gall (Malgré le zèle de Coutant et de Viviani, les carburiers furent tous acquittés).

Bref je reviens à l’emploi de ma journée, donc à 2h je m’emmitoufle, m’arme car maintenant cela peut être utile avec tous nos pillards et embusqués, et je pars. Par la rue des Capucins, rue du Jard, rue Petit-Roland, rue de Venise, rue Gambetta, des Orphelins, du Barbâtre, Montlaurent et boulevard Victor Hugo (comme quoi la ligne droite n’est pas toujours par le temps qui court la plus prudente, et j’ai pris les « lacets » en cas d’alerte, d’autant que nos canons grognent continuellement et hurlent à pleine gueule, et ma foi que la riposte du côté du quartier où je dirige mes pas, pas mal « amochés » hier, et j’approche des batteries Pommery – St Nicaise, etc…  etc…  je ne les compte plus). Là tout en chavirant, pataugeant dans la neige, le verglas, l’eau des maisons (on ne déglace plus, savez-vous ?) J’arrive donc boulevard Victor Hugo, et là, sur la place formée par la fourche des boulevards Vasnier et Victor Hugo, je vois au beau soleil, sous l’œil paterne de Drouet d’Erlon, émigré là comme vous le savez pour céder la place aux Nymphes (qui ne doivent pas avoir chaud par ce temps sibérien) de la Fontaine Subé, tenant toujours sur les hanches son bâton de Maréchal près d’un obusier. Là j’aperçois, dis-je, sous le radieux soleil des soldats jouant au football, pendant que tonne les canons et que les obus sifflent à proximité. La conversation continuant à gueules de canon que veux-tu depuis que je suis parti. Je file le boulevard Victor Hugo pour arriver à la Brasserie Veith par la rue Goïot. Des gosses font du bridge dans la descente sans s’inquiéter des obus. J’approche de la Brasserie et vers la rue des Créneaux je commence à « barboter », c’est le mot, dans des débris de toutes sortes. Toits crevés, murs effondrés, etc…  la lyre et le spectacle habituel. Plus j’approche plus je ressens cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que l’on entre dans la zone dangereuse et qu’un obus vous guette à chaque seconde. Tout en vous se développe, s’exacerbe, se tend, vibre, et perçoit le moindre bruit, je crois que dans ces moments on entendrait le silence même !! Impression singulière, on est multiplié pour ressentir toutes les sensations et pour percevoir tous les bruits, les murmures, les souffles !!

Je tourne la rue Goïot et je traverse un tas de décombres, je franchis la porte de la Brasserie 13, rue Goïot. Personne. Je traverse la cour. J’entre dans la machinerie. A tout hasard j’ouvre une porte qui donne sur un escalier éclairé par une lampe électrique qui descend aux germoirs. Je me reconnais au 2ème étage en dessous. Toujours personne. Enfin surgit une femme à qui j’expose le motif de mon irruption, voir le fils Veith et voir les dégâts d’hier. Elle me reconnait et m’apprend que M. Maurice Veith est allé déjeuner chez l’abbé Mailfait. J’exprime mes regrets et me dispose à repartir quand survient la bonne de la maison qui me dit : « Ah ! Monsieur Guédet, venez voir le désastre dans le germoir, ou M. et Mme Veith vous recevaient. Je remonte un étage et j’entre dans ce germoir où M. et Mme Veith avaient accumulé leur mobilier et où ils vivaient en commun depuis des mois. Impossible de décrire ce que j’ai vu. Figurez-vous une pièce immense (en représentant 3 – 4 remises) où meubles, linges, mobilier, etc…  étaient accumulés, et où l’on vivait depuis des mois (les ouvriers de la Brasserie vivent en commun dans un germoir à la suite) eh bien ! il n’y a plus rien !! Tout est rasé et ne forme plus qu’un amas de débris brisés, broyés, pulvérisés, réduits à quelques centimètres d’épaisseur et couverts de la couche grisâtre habituelle de cendres quelconques, on dirait qu’un volcan est passé par là…  et chose singulière, pas une muraille, pas une porte de défoncée…  l’obus à éclatement à retard a traversé 3 étages et a éclaté dans ce germoir à mon avis avant de toucher le sol, et a volatilisé tout ce qui se trouvait là !! C’est effrayant ! c’est le broiement, la pulvérisation, l’atomisation dans un compartiment étanche !! Les vêtements mêmes, les étoffes hachées, lacérées et ne formant que des débris de quelques centimètres, quand, à côté de cela, un verre ou une coupe en cristal mince comme une feuille de papier est intacte…  La brave bonne se lamente et me montre les peignoirs de Madame réduits à l’état de lanières et d’époussettes, ainsi que les pendules. Ces belles pendules (rayé) que Madame aimait tant… Je cause à tous ces braves gens si courageux et si stoïques sous la rafale et les encourage du mieux que je puis. Ils ont reçu hier 13 obus, et des gros ! L’asile de nuit à peu près autant, bref dans le quartier il y en a bien eu une centaine. Je remonte et refuse qu’on me reconduise car on ne sait jamais ! Malgré tout et malgré moi 2 ou trois m’accompagnent jusqu’à la cour.

Je file vers la rue des Créneaux et par la place St Thimothée et la rue St Julien, j’entre dans St Remy, où on dit les Vêpres. J’y assiste, avec une 40aine (quarantaine) de fidèles, 2 chantres dont Valicourt, toujours courageux, se répondent et l’abbé (en blanc, non cité) vicaire les accompagne avec l’harmonium, le grand orgue ne joue plus. C’est le brave curé Goblet qui officie, St Remy est à tous vents et l’on y gèle. Je relève le col de ma pelisse. Que cette cérémonie est triste et impressionnante !! Ponctuée par les détonations de nos canons et les éclatements des réponses des allemands, et cela à quelques 2 ou 300 mètres de la Basilique, et les fidèles, chantres, Prêtres, sont impassibles. Je vie une singulière minute de ma vie à ce spectacle ayant pour cadre cette admirable église de St Remy qui m’a toujours « empoignée » chaque fois que j’y suis entré… L’écho est tel avec le bruit de la mitraille que les chants de ces 2 uniques chantres et l’harmonium remplissent toute la nef comme si 50 voix chantaient, clamaient la Gloire de Dieu !! Je voudrais que tous les absents assistent une seule fois à une telle cérémonie dans ces conditions !! C’est tragique, c’est grandiose, c’est Magnifique, et nous n’étions qu’une 50aine (cinquantaine) avec les officiants et les fidèles. On ne voit ces choses-là qu’une fois dans sa vie, pour s’en rappeler toujours. Je ne puis le dépeindre complètement. L’autel à peine éclairé, la pénombre du temple, les mysticiens, les chants, le recueillement de ces quelques fidèles groupés autour du Pasteur. Le soleil couchant éclairant cette scène à travers les vitraux brisés, broyés, crevés, jetant sa clarté crue par les baies brisées par la mitraille, au milieu des jeux de lumières de toutes nuances, projette dans ses rayons par les lambeaux des vitraux ancestraux. Il faut voir, nul peintre, nul poète, nul chroniqueur ne peut rendre ce spectacle, cette scène, ponctuée par le grondement du canon et le tonnerre des bombes et obus éclatant tout proche.

Je vais à la sacristie serrer la main à mon brave et charmant chanoine Goblet, toujours vaillant. Nous causons quelques minutes des événements de nos temps fabuleux… et entre autres choses il m’apprend que pour la St Remi de janvier on avait demandé au Maire de faire une procession de supplications autour de la Basilique, mais que le Dr Langlet l’avait refusé. Cela ne m’étonne pas ! et comme je le disais au bon chanoine : Cet homme est héroïque, humanitaire, bon, etc…  mais dès qu’il voit une soutane il voit tout rouge…

Je lui contais de mon côté que lors de la visite du ministre Scharp américain (William Graves Sharp, alors Ambassadeur des États-Unis en France (1859-1922)) et d’une colonie de diplomates étrangers, ceux-ci ayant voulu rendre visite au Cardinal Luçon après avoir visité la Cathédrale, seul le Maire n’avait pas voulu entrer à l’archevêché et était resté seul dans son automobile devant la porte !!….. Ces choses ne s’inventent pas. Le Brave Docteur Langlet, Maire de Reims, est resté malgré tout « Vieille barbe de 1848 » (vieux de la révolution de 1848, désigne un vétéran de la démocratie, et de façon moqueuse un vieux con). Je le regrette pour lui, ce sera une ombre à sa Gloire et à l’auréole de son héroïsme durant cette Guerre et le martyre de Reims. Le bon abbé me rappelait aussi que c’était un miracle que St Remy ne fut pas brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, et comme moi il considérait la pluie diluvienne qui tombât au moment où ces flammes léchaient la toiture de son église comme providentielle, ainsi que l’intervention de Speneux et Lesage pour arrêter le commencement d’incendie par l’oculus du transept nord. On ne saura jamais assez de reconnaissance à ces 2 citoyens qui ont vu juste.

Sortant de St Remy j’entre à l’Hôtel-Dieu, l’Hospice civil. Je visite les ruines. Heureusement on pare au soutènement des voutes du cloître, du grand escalier qui menaçaient de s’effondrer. Car dans ces constructions le parement (l’extérieur) est en pierre de taille, mais tout l’intérieur, le remplissage est en craie, par conséquent très sensible aux pluies et aux gelées que nous avons subies et subissons, et que sera le dégel. Je contemple tout cela au bruit du canon…  seul…  c’est impressionnant…  on a presque peur. Je visite la chapelle, où tragique, calciné, couvert de neige l’autel seul subsiste au milieu des décombres. Quelle impression !! Au milieu de ce silence. Là ! J’ai prié souvent ! J‘avais alors toutes les espérances de la jeunesse et de ce cadre si doux si charmant des religieuses Augustines chantant les offices dans cette ancienne bibliothèque des Bénédictines de St Remy, dont les psalmodies étaient atténuées, ouatées par les boiseries de Blondel que j’ai tant admiré et que nul ne reverra plus. Qui ne sont plus que des cendres que je foule en ce moment sous mes pieds. Quelle solitude, quel silence dans ces ruines éclairées par le soleil cru, et rendues encore plus tragiques par l’ombre gigantesque que St Remy projette sur le tout !…  Un coup d’œil au musée lapidaire après avoir recueilli comme relique quelques fragments de cet autel qui semble protester contre les Vandales ainsi que naguère les autels de Byzance, de Rome, des catacombes protestaient contre les Barbares. Ah ! cet autel seul sous la neige, entre les murs calcinés, à ciel ouvert, quelques poutres branlantes, le tout éclairé par un soleil d’hiver radieux. Quel spectacle ! Quel « tragisme » !! Je ne l’oublierai jamais. Il faut le voir pour le sentir, le comprendre. Je rentre tout endeuillé…  et je ne puis encore me remettre de tout ce que j’ai vu, ressenti, senti, souffert !! J’ai vu des ruines. J’ai vu des pierres pleurer !

10h1/4  Il est temps de se coucher, mais depuis 8 heures toujours le canon fait rage, et des éclatements sont venus tout proche, toujours de la même batterie, je connais sa tonalité. Quand ne l’entendrai-je plus jamais !!…  Hélas ! verrai-je la fin de ce martyre, de cette tragédie, de Drame ! Je n’ose y croire…  et me demande même si cela est possible. Je crois que je ne saurais comment vivre…  eux partis…  non je ne vois pas cela. Revivre une vie normale, avec les siens, ses aimés, avoir un chez soi, n’entendre plus le tonnerre des canons, non, je ne sais plus, je ne comprends pas, je ne perçois pas cela. Comment cela sera-t-il ?? Cela me donne le vertige…  comme au bord d’un précipice. Ne plus souffrir, ne plus être angoissé, être au milieu de ceux qu’on aime, avoir un toit, être chez soi, sans la crainte d’être démoli, incendié, non je ne me figure pas cela…  Non, non !…  Ce bonheur me fait peur et je ne le conçois pas, je ne le comprends plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

La brasserie Veith


Paul Hess

28 janvier 1917 – Très forte canonnade, le soir, à partir de 20 h. Les pièces du quartier, 75, 95 et 120, tirent les unes après les autres pendant un assez long espace de temps. Ensuite, quelques sifflements se perçoivent, des obus arrivant rue de Bétheny, rue Cérès, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


 Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille en ville. Duel d’artillerie jusque vers minuit. – 7°. Toute la matinée duel entre artilleries adverses. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de la cote 304.
Aux Eparges, lutte d’artillerie assez active. Un coup de main ennemi dans cette région a échoué sous nos feux.
Une autre tentative sur un de nos petits postes à la Main-de-Massiges (Champagne) a également échoué.
En Lorraine, nos batteries ont effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la forêt de Parroy.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Canonnade sur divers points du front italien.
Sur la frontière occidentale de la Moldavie jusqu’à la vallée de l’Oïtuz, actions de patrouilles d’infanterie.
Dans la vallée de Gachin, les troupes roumaines ont attaqué l’ennemi et ont réussi, après onze heures de combats acharnés, malgré le temps très froid et la neige épaisse, à le rejeter vers le sud.
Le général Iliesco, chef d’état-major roumain, est arrivé à Paris.
Le vicomte Motono, ministre des Affaires étrangères du Japon, a prononcé un grand discours à la Chambre de Tokio.
Les Anglais ont remporté de nouveaux succès au sud-ouest de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.
L’Australasie marque son désir de garder après la guerre les possessions allemandes du Pacifique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 1 novembre 1916

Paul Hess

1er novembre 1916 – Ce jour de la Toussaint, la matinée ayant été calme, nous supposons, ma sœur et moi, pouvoir nous rendre au cimetière du Sud, en partant à 13 heures. Deux voisines de la place Amélie-Doublié se décident à nous accompagner.
Au cours du trajet, nous n’avons pas été sans remarquer les évolutions de deux aéros et lorsqu’après avoir suivi les boulevards Lundy, de la Paix et Gerbert, nous parvenons à hauteur du champ de Grève, nos pièces qui y sont en batterie commencent à tirer. La riposte pouvant ne pas se faire attendre, nous accélérons l’allure pour arriver… dès les premiers sifflements.
Dans ces conditions, nous ne prolongeons pas la visite aux tombes ; elle est très courte, d’autant encore que les 155 de la « Villageoise » se mettent, à leur tour, à tonner. Cette fois, nous n’attendons pas davantage la réponse qui va probablement être faite à notre artillerie, de ce côté également ; nous jugeons prudent de nous replier au plus vite, en biaisant par les rues Féry, Simon et du Ruisselet, pour gagner la rue des Capucins.
Peu après en effet, tandis que nous nous éloignons rapidement, des obus tombent sur le quartier Dieu-Lumière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue-ruisselet


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Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Toussaint. + 8°. Nuit absolument tranquille. Matinée item. A 2 h. nous partons pour les Vêpres à Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent. A 1 h. deux aéroplanes français, tir des Allemands contre eux. Départ pour Sainte-Geneviève, 4 obus sifflent ; d’autres aussi pendant l’office. 5 h. quelques obus allemands sifflent, 5 h. 1/2 les canons français tirent des bordées. Mitrailleuses jouent. Bombes dans le jardin de M. le Doyen, me dit-il.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1er novembre

Le calme règne sur l’ensemble du front où l’on ne signale que des luttes d’artillerie intermittentes assez vives dans la région de Sailly et du bois de Saint-Pierre-Vaast. Les troupes russes, dans la direction de Loutsk, ont détruit l’organisation de fils barbelés de l’ennemi ; elles se sont emparées de ses tranchées avancées et s’y sont établies. L’ennemi, qui contre-attaquait, a été repoussé. Au sud de Brzezany, les Austro-Allemands ont lancé une série d’attaques qui ont échoué. Ils ont perdu de nombreux prisonniers. Dans les Carpathes boisées, les éclaireurs russes ont effectué des reconnaissances. Nos alliés ont obtenu un succès sur le front du Caucase et un autre en Perse. Les Roumains dans les Alpes transylvaines, ont surpris les Austro-allemands. Ils ont occupé le mont Rosca. Dans la vallée de Prahova et dans la région de Dragoslavele, ils ont brisé plusieurs attaques. Le combat continue à l’est de la vallée de l’Olt. Dans la vallée du Jiul, la poursuite de l’ennemi est ininterrompue. Le bombardement s’est ralenti à Orsova. Violent combat d’artillerie sur le front italien (val Sugana). M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a donné sa démission pour raison de santé. il a été nommé ministre d’État.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 27 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 27 octobre 1916

776ème et 774ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps gris, de gros nuages, pluie, brouillard, brume, temps sombre, mais quelle journée. J’en ai bras et jambes rompus.

Ce matin à 7h1/4 des bombes sifflent, je finis ma toilette en hâte, çà tape surtout du côté Hôtel de Ville. Je me mets à mon travail pour mettre tout en règle avant mon départ de demain. Vers 8h3/4, voilà ma bonne qui m’arrive toute bouleversée : « M’sieur la femme de Bompas (notre appariteur de la Chambre des Notaires), est blessée grièvement, une bombe est tombée près de l’Hôtel de Ville et a tué et blessé 6 à 7 personnes ». Je la calme et me dispose à partir pour le Palais où j’ai audience civile à 9h. Je passe au Palais. Personne. J’attends et enfin Landréat mon greffier me dit que ses gens ne sont pas venus. Je me dispose à pousser jusqu’à la Chambre des Notaires pour voir Bompas et me renseigner. En route, rue des 2 anges (ancienne rue disparue en 1924 lors de la création du Cours Langlet), je rencontre Dondaine qui me dit de venir de quitter Bompas qui est fou de douleur, sa femme est à St Marcoul (Noël-Caqué) (l’Hospice St Marcoul a pris le nom de Noël-Caqué en 1902, il était situé entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) et Dondaine ne parait pas se faire d’illusions sur son état alarmant. Je passe à la Chambre place de l’Hôtel de Ville, 2. Je trouve le Bompas dans un état de désespoir navrant. Je tâche de le remonter quand des bombes se remettent à tomber. J’emmène ce malheureux avec une voisine à l’Hôtel de Ville dans la cave. Çà tombe dru tout autour. Je remonte et cause  quelques instants avec le Maire dans son cabinet et Raïssac. Vers 9h3/4 je quitte l’Hôtel de Ville, à peine arrivé rue de Pouilly, en face des Galeries Rémoises, çà retape fort. J’entre et descend dans la cave où je trouve tout le personnel du magasin réfugié là, avec des soldats et des officiers. Vers 10h1/4 je repars, mais rue des Capucins çà recommence. J’entre chez Brunot le chaudronnier (Jules Brunot, chauffeur des chaudières des Teintureries Censier-Renaud (1886-1954)), en face du Commissariat de police du 1er canton, enfin je refile chez moi non sans entendre siffler et éclater tout autour de moi. Je trouve tout mon monde dans la cave, il est 11h. Nous y restons jusqu’à 12h1/2. Mon brave papa Millet se risque à partir chez lui. Cela n’est pas sans m’ennuyer, quoique cela ne tombe pas dans son quartier rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935). Nous déjeunons vers 1h, mais à 1h3/4 il faut redescendre en cave, pour m’occuper je fais un dépôt de publication de mariage pour Béliard, apporté ce matin sans le registre de la Chambre. On remonte, on redescend, bref cela continue jusqu’à 5h. Je fais ma valise en hâte. J’écris quelques lettres et je termine par ces notes.

Je suis rompu. Quelle journée ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Nous sommes comme des condamnés à mort. Je pars quand même demain matin, quitte à revenir pour les obsèques de cette malheureuse femme de Bompas si elle succombe. Pour ce pauvre garçon je souhaite de tout mon cœur qu’elle survive. C’était un ménage fort uni. Je suis tout bouleversé de son désespoir. Pas de nouvelles depuis et je ne puis réellement me résigner à sortir. Ce ne serait vraiment pas prudent.

Je ne sais pas si je pourrais résister plus longtemps à de telles secousses. Non ! c’est trop, et puis on n’est plus aussi fort après une vie pareille sui dure depuis 25 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 octobre 1916 – A 7 h 1/4, de nombreux sifflements se font subitement entendre pendant quelques instants ; les obus arrivent sur la ville par rafales. Nos pièces ouvrent alors le feu et ne tardent pas à faire cesser le tir ennemi.
Vers 8 heures, en me rendant au bureau par le haut du boulevard Lundy, tout en me promenant, je m’aperçois qu’un projectile est entré tout à l’heure dans la façade de l’hôtel Olry-Roederer, sis au n° 15 de ce boulevard ; passé la rue Coquebert, je vois qu’un entonnoir a été creusé aussi ce matin, par un obus, devant le grand immeuble portant le n° 13, où sont les bureaux de la même maison de vins de Champagne. Dans la rue Courmeaux, un trou d’entrée existe dans le mur de la maison faisant angle sur la me Legendre et ayant le n° 11 de cette dernière. Rue Colbert, devant la Banque de France, un obus a fait explosion, tuant un homme et blessant MM. Marcelot, chef-fontainier et Fossier, du Service des eaux de la ville ; des traces de sang vont jusqu’à la boulangerie Leroy, rue  de Tambour, au coin de la rue Cotta, où tous deux sont parvenus à se réfugier. Un obus encore, est tombé contre le mur de l’hôtel de ville, à l’entrée de la rue de Mars, blessant très grièvement la femme du concierge de la Chambre des notaires. D’autres, enfin, ont également éclaté dans les environs.
Dans la matinée, le bombardement continue ; il est mené violemment. A plusieurs reprises, au bureau, nous devons suspendre le travail pour gagner les couloirs.
Autour de midi, le calme étant revenu, je puis aller déjeuner place Amélie-Doublié. J’en repars à midi 45, dans le but de faire, si possible, une nouvelle tournée en curieux, à la suite des séances sérieuses de la matinée et je me dirige vers la rue Bonhomme et alentours, afin de me tenir à proximité de l’hôtel de ville en cas de nouveau danger.
Après avoir circulé dans le quartier des ruines, rue des Marmousets, Eugène-Desteuque, etc., le moment vient de penser à me rapprocher de la Mairie pour reprendre mon travail à 14 heures, et, alors que je débouche tout doucement de la rue de l’Université, sur la place Royale, le bombardement recommence brusquement, furieux.
Il est 13 h 40 ; des rafales de huit à dix obus à la fois s’abattent très rapidement en plein centre. Il ne me faut plus songer à traverser la place pour l’instant. Ma première pensée est de me réfugier dans la maison toute proche de mon beau-frère, rue du Cloître 10, mais je ne vois même pas la possibilité de me risquer jusque là, en essayant de longer le mur de l’ancien hôtel de la douane sans m’exposer davantage. Le mieux est certainement pour moi de ne pas bouger, ou le moins possible ; je me glisse donc seulement, sur une longueur de quelques mètres, contre la maison Genot & Chômer, pour atteindre l’embrasure de la porte.
Un seul homme est là aussi, dans les ruines de la place ; je n’ai pas vu comment il y est arrivé. Blotti contre le dernier pilier des maisons brûlées, à l’angle de la rue Cérès, il se garde bien de remuer non plus, les obus continuant à tomber trop près. Nos regards se croisent et je crois que nous nous comprenons ; nous nous rendons compte que nous sommes très mal pris et tout aussi piteusement abrités l’un que l’autre, qu’il nous faut être uniquement attentifs aux sifflements pour nous aplatir à temps.
Une rafale arrive vers la place des Marchés. J’entends des fracas de vitres brisées, des cris, des appels… J’écoute, plus rien… Une pluie d’éclats… L’un d’eux, de taille, me passe devant la figure, frappe le pavé en faisant un « paf’ sonore et après avoir ressauté, s’arrête contre ma chaussure. C’est une moitié de culot. Sans avoir à faire un pas, je me baisse instinctivement pour la ramasser et je me brûle les doigts ; j’ai oublié que ces morceaux sont toujours servis chauds.
Le tir, sans s’allonger beaucoup me paraissant s’éloigner suffisamment, j’en profite, quelques instants après pour traverser enfin la place et filer rapidement à l’hôtel de ville, tandis que le bombardement continue toujours très violent.
J’apprends, en arrivant, qu’il y a eu malheureusement encore des victimes. Un enfant de 14 ans tué et une douzaine de blessés sous les halles, par un obus tombé au-dessus de la porte d’entrée se trouvant en face de la maison Boucart et par un autre, sur la place, devant l’entrée principale. Deux projectiles sont encore arrivés, en même temps, de l’autre côté de la place des Marchés, vers les maisons historiques, et, par là, un employé auxiliaire de la police, M. Daugny, qui regagnait la mairie, vient d’être tué.
Les petites rues, de la rue Legendre à l’hôtel de ville, ont été fortement éprouvées. Des obus sont tombés dans d’autres voies, autour de l’édifice, où il y a aussi des victimes.
Le tir des pièces ennemies continue pour ne prendre fin qu’à 16 h 1/2. On estime à 1 200, le nombre de projectiles envoyés pendant cette terrible journée.
Il y a cinq morts et une trentaine de blessés dans la population civile et d’assez nombreuses victimes aussi parmi la troupe.
Nous faisons la remarque, au bureau, que pendant un moment, le bombardement a dû être dirigé sur l’hôtel de ville et exécuté un peu court, bon nombre d’obus étant tombés vers les rues de l’Avant-Garde, de l’Echauderie, etc.
En quittant la place royale, j’ai ramassé lestement, à la droite de la statue de Louis XV, un gros éclat que j’avais vu retomber, en même temps que celui qui était venu assez brutalement s’offrir à moi. C’était la seconde partie, complétant parfaitement l’autre, pour former le culot entier d’un 120.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 5°. Violent bombardement à 7 h. 15 au Pater de ma messe, rue Colbert, place de l’Hôtel de Ville, rue de Mars… Il y aurait 8 tués, nombreux blessés. Nouveau bombardement de 10 h. à 12 h. 1/4, très violent pendant le Conseil. Descente à la cave. Il a porté sur les batteries et sur la ville. De 1 h. à 5 h. 1/2 terrible séance sur la ville. 2 obus sont tombés dans le chantier de la Cathédrale : 1 au pied du 2e contrefort du mur latéral sud, grosse meurtrissure ; l’autre entre le 4e et le 5′ contrefort du même côté, à environ 2 ou 3 mètres du contrefort. On dit qu’il y en a eu sur les voûtes. Un ouvrier me dit qu’il y a 14 ou 16 tués, et 46 blessés. 1 obus à la Maîtrise ; 1 chez Mme Lefort ; 1 dans les ruines de l’Adoration Réparatrice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 octobre

Au nord de la Somme, une attaque ennemie a été repoussée au sud de Bouchavesnes. Lutte d’artillerie dans la région de Sailly-Saillisel et dans le secteur Vermandovillers-Chaulnes.

Sur le front de Verdun, violentes réactions de l’ennemi. Quatre fois les Allemands ont attaqué les positions que nous leur avons enlevées dans le secteur de Douaumont. Deux assauts dirigés sur le fort et sur notre front à l’est, ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie, malgré le bombardement intense qui les accompagnait. Une troisième et puissante attaque a débouché des bois d’Hardaumont. Les vagues allemandes ont dû refluer en désordre, subissant des pertes importantes. Une quatrième tentative a essuyé également un échec complet. Le front a été intégralement maintenu. Le nombre total des prisonniers décomptés dépasse 5000; de plus, nous avons recueilli plusieurs centaines de blessés.

Les Roumains ont fait reculer 1es troupes de Mackensen dans les cols septentrionaux des Alpes transylvaines. Ils tiennent bons à Predeal; ils ont reculé à l’ouest de la vallée de l’Olt, qui descend de la Tour-Rouge.

On annonce que M. de Koerber, avant d’accepter à Vienne la succession du comte Sturgh, aurait posé des conditions très strictes visant la Hongrie.

Les Serbes ont progressé dans la boucle de la Cerna. Notre cavalerie a occupé plusieurs villages à l’ouest du lac de Prespa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 12 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 juillet 1916

669ème et 667ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit pénible, hier soir comme je lisais tranquillement dans mon lit à 9h55, un hurlement, un sifflement de sirène, un obus éclate, débris, plâtras, pierres, etc…  retombant sur le toit. Paré encore un ! Heureusement rien dans la maison. Habillement Loty (à vérifier). Descente à la cave. Cela siffle et éclate un peu partout. Ce sont de vrais morceaux de 150 pour le moins. Incendie rue Chanzy au 98 chez les Sœurs de l’Espérance. Bref nous restons en cave jusqu’à minuit. Notre canon a tonné formidablement. Je me couche à moitié habillé, brisé. Je dors mal et me réveille le matin brisé.

Il y a de nombreuses victimes aux alentours. Aux Longuaux (Parisiens (cantonnement de soldats)) 7 ou 8 tués, 3/4 blessés, chez Dorigny, chaussée du Port (boulevard Paul-Doumer depuis 1932) 1 tué, 3 blessés et tout à l’avenant dans toute la Ville. Tir rectiligne comme un barrage, de la rue Jeanne d’Arc à la rue de Venise en passant rue Clovis. Toutes les bombes sont tombées entre ces rues et la rue des Capucins et la rue Chanzy. Rue St Symphorien une pauvre fille Melle Gobinet assise sur le lit de sa mère âgée de 95 ans est tuée avec la bombe et la bonne vieille n’a rien !!

Journée de fatigue et un peu « d’hébétitude » suite au bombardement. Il parait que nous avons pris un petit poste vers Linguet Cernay. Je…

Le bas de la page a été découpé.

Couru toute l’après-midi pour des courses. Vu aux hospices civils Camille Lenoir notre député qui m’a dit qu’il avait fait mon éloge dernièrement à Paris dans une réunion de…  Marnais…  En tout cas je lui ai répondu que j’étais heureux d’avoir été utile ici si on le croyait.

Vu Marcel Heidsieck, et rentré à 8h1/2 du soir éreinté. Demain ouverture du 50ème et quelque coffre-fort, et après-demain 14 juillet on fait le pont !! du vendredi au samedi ! Voilà donc 3 jours bien longs à passer ! Pourvu que les allemands nous laissent tranquille ! Que je suis las !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Journée assez tranquille. Projet de voyage à Paris. Le médecin déclare qu’il ne peut me guérir. Il conseille l’électricité qu’on ne peut m’appliquer à Reims, et veut m’envoyer à Paris. Tout le monde de la maison se joint à lui pour m’amener à consentir : par déférence je finis par céder. Gros sacrifice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 juillet

Notre front, sur les deux rives de la Somme, a été calme. Le chiffre de nos prisonniers, au cours des deux derniers jours, est monté à 1300.
Activité d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Sur la rive droite, les Allemands, après avoir encore intensifié leur bombardement, ont donné une série d’assauts à nos lignes. Plusieurs fois repoussés et décimés, ils ont pris pied finalement dans la batterie de Damloup et dans le bois Fumin.
Un coup de main ennemi a échoué à l’ouest de Pont-à-Mousson.
En Lorraine, à l’est de Reillon, les Allemands ont pénétré sur 200 mètres dans notre première ligne. Une autre de leurs tentatives a échoué au nord-est de Vého.
Dans les Vosges, ils ont été arrêtés au sud de Lusse tandis que nous faisions une opération heureuse au nord de la Fontenelle.
Les Anglais ont attaqué et pris Contalmaison, où ils ont capturé 189 Allemands. Ils y ont aussitôt repoussé une contre-attaque. Ils ont ensuite occupé la plus grande partie du bois Mametz, où ils ont enlevé un gros obusier, 3 canons et 296 hommes.
Ils ont repris la presque totalité du bois des Trônes, en sorte que sur un front de 13 kilomètres, les positions ennemies sont tombées en leur possession. Le chiffre total des prisonniers qu’ils accusent est de 7500.
Les Autrichiens ont fait revenir des renforts dans le Trentin.
Nos escadrilles de bombardement ont jeté 220 obus sur diverses gares, notamment Ham, la Fère et Chauny.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


boisfumin

 

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Jeudi 6 avril 1916

Louise Dény Pierson

6 avril 1916

Ce 6 avril 1916, j’ai 13 ans.

Je suis en âge de travailler et la maison de champagne où ma mère est employée a besoin de main d’œuvre pour l’entretien de ses vignes (celles-ci sont situées dans ce qui est maintenant le quartier Wilson).
C’est un vaste triangle compris entre la rue de Chigny, la ligne de chemin de fer, la rue Marlin et terminant rue de Mulhouse.
Le travail consiste à l’entretien permanent des vignes par binage et enlèvement des mauvaises herbes. Quand on a terminé à un bout, il est temps de recommencer à l’autre, tout se faisait à la main et à la raclette.
En été l’horaire est de 6 h du matin à 19 h 30, moins 2 h ½ d’arrêt à midi. Ce sont des journées exténuantes de 10 heures de travail effectif.
C’était dur, mais c’était le lot de tous et on n’y pensait pas.
Heureusement ma mère veillait à ce que je prenne un repos suffisant. Aussitôt revenue du travail elle me faisait asseoir dans un fauteuil, les jambes allongées, les yeux fermés et défense d’en bouger tant que la soupe n’était pas dans les assiettes.
Je bénis mes parents pour tous les soins dont ils m’ont toujours entourée et particulièrement à cette époque là.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 6 avril 1916

572ème et 570ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme, temps gris mais supportable. La végétation progresse d’une façon extraordinaire.

Ce paragraphe a été barré puis les barres rouges ont été gommées. Occupé toute la matinée à discuter et à me disputer avec le principal clerc de Mt Dargent (Raymond Dargent (1866-1929) deviendra le bâtonnier de l’ordre des avocats à Reims), avoué, M. Monteux, pour vaincre ses tatillonnâges ! Il est aussi méticuleux qu’il est pelliculeux !! Tudieu ! en voilà un qui n’a pas pour 2 sous d’initiative… ! Il épluche tout comme si nous étions il y a 2 ans, avec téléphone, électricité, tramways, etc…  tout ce qu’il faut pour solutionner et décider facilement…  il ne se doute pas que nous sommes en guerre à 1800 mètres des allemands et sans moyens rapides en quoi que ce soit. Avec ses analyses à la loupe il manquait de me faire rater mon voyage à Fismes le 10 courant, où je dois suppléer mon confrère Bruneteau, voyage que j’organise depuis 15 jours pour être prêt le 10 avec passeport, chauffeur, voiture, etc…  et tout cela pour une misérable question de fôôôôrme !! Je l’ai sabré de la belle manière, et j’ai ce que je veux mais en assumant la responsabilité de ce manque à la fôôôôrme !! Du diable si jamais je parie un maravédis pour cela !! C’est à en rire plutôt qu’à en pleurer.

Bref j’espère que je pourrai partir le 10 pour rendre service à Bruneteau. Voyez-vous que je n’arrive pas !! Clients, juge de paix, greffiers, notaires, gardien de scellés, etc… convoqués, dérangés…  et je n’avais plus le temps de les faire prévenir de rester chez eux et…  pour la fôôôôrme !!

Après-midi été 12, rue de Fresnes (rue Goussiez depuis 1932), à l’extrémité du faubourg de Laon (302 avenue de Laon) où commence cette rue faire un inventaire. Il y avait au moins 10 mois que je n’avais été aussi loin dans ce quartier ! Quel changement en tristesse, en morne, en bruit, car à partir de St Thomas jusqu’au boulevard Charles-Arnould, extérieurement aucune maison ne semble atteinte, mais pas un chat ! Un quartier si vivant si populeux aussi désert est impressionnant. Toutes les maisons sont closes, les rues pleines d’herbes, les jardins en forêts vierges. Que c’est triste. On a le cœur serré, surtout en voyant cette végétation broussailleuse en pleine sève et bourgeonnante. A la rue de Fresnes nous étions à 2000m des tranchées allemandes, pas un bruit, pas un souffle. C’est lugubre et angoissant quand on se dit : « Ils sont là, on pourrait les voir ! les entendre causer presque !! » Fait mon inventaire, chose pour moi toujours triste et pénible. Je n’ai jamais pu me faire à cela, fouiller, toucher, déranger, bousculer, voir, regarder, toutes ces choses qu’un mort ou une morte aimait, soignait, caressait, conservait avec jalousie, cachait, soustrayait aux yeux étrangers, et moi, indifférent ou tout au moins devant l’être, pénétrant tout cela. Violant tous ces chers secrets des disparus en présence d’épouse, d’enfants, de parents, qui souffrent, j’en suis certain, de me voir agir ainsi et de par la loi sont obligés de me laisser faire. Jamais je n’ai pu procéder à un inventaire sans en souffrir et je me souviens encore il y a près de 25/30 ans de ce que j’ai souffert au premier inventaire auquel j’ai assisté comme clerc débutant à Châlons-sur-Marne, en voyant mon patron et le commissaire présider ainsi comme je fais maintenant. Je vois toujours cet appartement tout propret, tout soigné, d’où la jeune femme venait de disparaître, cambriolé par les hommes de loi…  J’en étais tout tremblant, ému jusqu’aux larmes…  Depuis je me suis cuirassé…  mais j’en ai toujours souffert et cela m’a toujours froissé, choqué. Journée fort occupée en résumé, mais ainsi j’en oublie un peu ma vie de misère et je pense moins à mes chers adorés, ce que je ne puis supporter sans larmes, sans souffrances, sans tortures, en songeant à tous nos malheurs, à leurs souffrances à eux, leurs privations et leurs vies malheureuses.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

6 avril 1916 – Parmi les nouvelles plus ou moins intéressantes servant à remplir les colonnes des journaux, on en trouve une, assez amu­sante aujourd’hui. La voici :

Quand finira la guerre ?

On est prié de répondre à une question que pose l’Enre­gistrement : quand finira la guerre ?

Il ne faudrait pas croire à une plaisanterie ; l’Enregis­trement ne plaisante jamais.

« L’Œuvre » nous dit qu’un commerçant parisien fait une sous-location de son magasin « pour la durée de la guerre ». Rien de plus naturel. La location est constatée sur papier tim­bré et envoyée à l’Enregistrement qui refuse d’enregistrer avec ce motif péremptoire : « Fixer la durée ».

Fixer la durée de la guerre ! L’Enregistrement est bien curieux ; mais s’imagine-t-il qu’une date enregistrée aura une influence sur les événements ?

Enfin, on est prié de renseigner l’Enregistrement. Qui sait ? Peut-être un astrologue ou une tireuse de cartes pour­ront-ils donner satisfaction au sage et prudent Enregistre­ment.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 6 Nuit tranquille ; + 7 ; journée calme. Visite à l’École S. Jo­seph ; rue des Capucins, rue de Venise, rue Brûlée. Donné Lettre Pastorale sur le Pape, demandant prières et communions d’enfants pour le Pape, en union avec la Belgique.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Juliette Breyer

Jeudi 6 Avril 1916. Ton parrain a envoyé son portrait chez tes parents et je crois que Juliette va s’en aller. Ils ont trop peur et ils ne veulent plus rester. C’est vrai que le bombardement est journalier. Ils ont raison car ils peuvent s’en aller du côté où le parrain est soldat.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 6 avril

En Belgique, tir de destruction sur les tranchées ennemies.
Au nord de l’Aisne, notre artillerie se montre active au sud de Craonne et dans la région de Berry-au-Bac.
En Argonne, lutte à coups de grenades dans le secteur de Bolante. Nous faisons sauter deux mines à la Fille-Morte. Nous canonnons les voies de communication de l’ennemi, dans la région de Montfaucon et des bois de Malancourt.
Nous progressons dans les boyaux au nord du bois de la Caillette ( est de la Meuse). Canonnade dans le secteur Douaumont-Vaux.
Les Allemands jettent des mines dans la Meuse, près de Saint-Mihiel : elles viennent exploser contre nos barrages sans causer de dégâts.
En Lorraine, entre Arracourt et Saint-Martin, l’ennemi lance plusieurs attaques sur nos positions. Il est partout rejeté.
Un sous-marin allemand a été coulé par une escadrille franco-anglaise.
Le général Zupelli est remplacé au ministère de la Guerre italien par le général Marrone.
La Chambre hollandaise a tenu une séance secrète.

 

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Dimanche 2 avril 1916

Louis Guédet

Dimanche 2 avril 1916

568ème et 566ème jours de bataille et de bombardement

5h1/4 soir  Journée de soleil radieux dont je n’ai pu jouir pas plus que tous les Rémois. Nuit de bataille et de canons. Ainsi ce matin vers 9h3/4 il a fallu descendre à la cave jusqu’à 11h1/4. Redescendu à 11h1/2. Un obus au 72 de notre rue (j’habite le 52), commencement d’un incendie vite éteint. Remonté vers midi 1/2. Déjeuné hâtivement, l’oreille en guet, la fourchette arrêtée à mi-chemin de la bouche à chaque instant. Ah ! ces déjeuners et diners entre 2 bombes !!! à 1h1/4 il faut redescendre. Je prends mon café à la cave ! Çà tape partout sur tout Reims. Dans notre quartier c’est surtout vers les rues du Jard et de Venise. 1h3/4 je remonte. Je fais fébrilement mon courrier qui vient d’arriver, mais à 3h1/2 il faut redescendre en cave. 4h1/4 arrêt, mais seulement jusqu’à 4h1/2 ! Quelle vie !! Les laitières font leur tournée de distribution de lait quand même !! Elles sont les seules dans les rues, disent-elle ! Nous remontons à 5h.

5h1/2  20 minutes de calme ! Vont-ils enfin nous laisser un peu de repos ! et une nuit pour dormir !! Mais nos canons se remettent à parler ! Alors…  c’est encore nous qui paieront. Remarqué que tant que les allemands nous arrosent, nos canons se taisent ! Pourquoi ? Je ne sais ! Il doit cependant…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/2 soir  Nous reprenons vie nous sommes au calme depuis 3h durant !! Cela semble si bon !! Bon ! Voilà le « Gueulard », l’« Aboyeur » si vous préférez qui se remet à grogner ! Une nuit tranquille serait si bonne ! Mais en dormant, on n’en jouirait pas !! Vous voyez qu’on n’est jamais content de son sort !! En attendant je suis bien brisé de cette journée d’…  émotions ! Que sera cette nuit ? Que sera demain ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 2 avril 1916 – Par une matinée idéale de printemps, les obus commencent brusquement à siffler à 10 heures. A ce moment, je suis occupé à mettre mes notes à jour, au bureau — travail distrayant que j’ef­fectue autant que possible dans ces conditions. Je m’étais proposé, en quittant ce matin le 8 de la place Amélie-Doublié, de profiter du beau temps pour faire ensuite, avant d’y rentrer pour midi, une longue promenade ; en raison de cet imprévu, je continue simple­ment à inscrire mes impressions.

Vers 10 h 45, les sifflements, qui avaient cessé pendant quel­ques minutes, reprennent et les explosions se rapprochent de l’hôtel de ville. Les détonations des départs s’entendent fort bien, se succédant rapidement jusqu’à 11 h 1/4. Aussi quelques instants après, je juge à propos d’essayer de profiter du calme pour rega­gner la place Amélie-Doublié en passant, comme toujours, par la place de la République.

A partir de midi, le bombardement reprend ; il est plus vio­lent. La curiosité me vient, en déjeunant, de compter montre en main, les arrivées qui se suivent assez vite ; elles sont de huit à douze à la minute, pendant trois quarts d’heure. Un ralentissement se produit, puis l’accalmie vient ; il est 13 h 1/2.

Par prudence, j’attends encore, et, à 14 heures, le bombar­dement me paraissant terminé, je pars en ville, désirant tout de même ne pas laisser passer une aussi belle journée de dimanche sans faire une promenade ; chemin faisant, je décide d’aller jusqu’à la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard.

Arrivé place de la République, j’ai lieu d’être absolument stu­péfait, en voyant les dégâts qu’y ont causé les obus pendant que nous étions à table, ma sœur et moi dans son appartement au second étage, sans nous douter le moins du monde qu’ils tom­baient aussi près et vraiment, j’ai été bien inspiré de quitter le bu­reau plus tôt qu’à l’habitude.

Sept trous d’obus ont été creusés dans le pavage, par les ex­plosions autour de la fontaine, dont le bassin a été crevé par un huitième engin. La maison n° 8 de la place a été fortement tou­chée ; elle fait voir une grande brèche, à hauteur de son deuxième étage. Des branches d’arbres ont été projetées de tous côtés par des éclatements dans le haut des Promenades et sur le cimetière du Nord. Un grand entonnoir existe dans le square de la Mission ; le boulingrin a été labouré par endroits, enfin, de vingt-cinq à trente projectiles sont tombés là, dans un faible rayon.

Je continue en passant à l’hôtel de ville où il n’y a rien de nouveau, mais un obus est tombé chez le concierge de la Banque de France et un autre rue de Tambour. Il en est arrivé un encore dans la maison de mon beau-frère, P. Simon-Concé, rue du Cloître 10, où je ne fais qu’entrer et sortir. De là, je me dirige vers la me du Barbâtre. Les sifflements recommencent tandis que je me trouve chez d’excellents amis, M. et Mme Cochain, boulangers au 41 de cette rue, que je quitte pour gagner la me du Jard par les rues des Orphelins, de Venise et des Capucins.

En traversant la rue Gambetta, pour descendre la me de Ve­nise, des décombres m’indiquent en divers endroits que ce quartier aussi a été très éprouvé. Une jeune fille vient d’être tuée au café de la petite Poste. La maison 72, rue des Capucins a été atteinte.

Je reste environ une heure au 57 de la rue du Jard, d’où je sors dans un nouvel instant de calme, afin de reprendre le même chemin à rebours, pour me ménager des haltes au besoin, mais il n’y a pas longtemps que je suis en route quand une quatrième reprise du bombardement se déclenche. Cette fois, je dois m’arrêter chez M. Kneppert, boulanger, 55, rue Gambetta et même descen­dre à l’abri, avec toute la famille, dans la cave — où il nous faut patienter une demi-heure, puisque les projectiles continuent à exploser dans les environs.

Enfin, je puis reprendre mon chemin ; il est alors 17 heures — le bombardement est terminé. Je reviens par la rue du Barbâtre où je vois, avec quelque étonnement, des jeunes filles munies de raquettes jouer au volant au milieu de la chaussée. En passant, je ne puis m’empêcher de penser : « Eh bien, nom d’un nom ! elles n’ont pas perdu de temps, celles-là » ; en effet, il n’y a que quelques minutes à peine que « ça » ne tombe plus sur le quartier. Arrivé place des Marchés, je remarque les dégâts causés aux halles par un obus qui en a traversé le toit pour éclater à l’intérieur ; par là, existent encore les traces de deux autres projectiles tombés sur le pavé au cours de l’après-midi ; l’un devant la Pharmacie régionale, l’autre devant la maison Boucart.

Je rentre alors, pour achever cette petite randonnée que je ne prévoyais pas aussi risquée.

Pendant cette journée, mille obus à peu près, ont été tirés sur la ville ; les victimes sont : cinq tués et une trentaine de blessés civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 2 – 8 h. violente canonnade (le 1er au loin). Nuit bruyante en ville et autour. Ciel sans nuage ; + 4. A partir de 10 h. violent bombarde­ment sur la ville. Pendant le sermon de la grand’messe, célébrant prédica­teur M. Divoir, un obus tombe devant la porte de l’église Saint Marcoul, à quelques pas de la chapelle du Couchant, où nous étions à la messe. Terreur ! A partir de 10 h. violent bombardement sur la ville : 1500 obus, dit-on. Au retour des Vêpres, des soldats nous disent que c’est une représaille(1) des Allemands parce que nous avions lancé des gaz asphyxiants du côté de la Pompelle et lancé des obus sur un État-major à Pontfaverger. Les Alle­mands, disaient les soldats, avaient planté des tableaux en planches portant les noms de : Pontfaverger et le nom du lieu de l’attaque au gaz. Après- midi, 1 h. bombe de 150 sur la Cathédrale. Visite à la Cathédrale où je trouve le Colonel Colas avec qui-nous ramassons un éclat d’obus dans la Chapelle de la Ste-Vierge, côté du midi ou de l’épître. Aéroplane français. Violent bombardement de 10 h. matin à 4 h. soir. Un petit garçon de 12 ans tué ; une jeune fille gravement blessée, et morte ; en tout dix tués. Plu­sieurs soldats tués. Cimetière Nord dévasté, tombe de Melle Langénieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il semble bien que les tirs aient été effectués sur Reims en corrélation avec les événements du front, proche ou lointain. A quel niveau de commandement des tirs de « représailles »  étaient-ils donnés ? Les Allemands se sont toujours défendus d’avoir pratiqué cette politique, mais ils ne sont pas très crédibles dans ce domaine

Hortense Juliette Breyer

Dimanche 2 Avril 1916. – C’est dimanche aujourd’hui mais quel bombardement ! Ils ont commencé à 9 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir sans arrêt et sans but déterminé puisqu’ils ont arrosé toute la ville. A l’officiel on en a compté plus de 1200. On se demande comment la ville existe encore. Et malheureusement nous ne sommes pas au bout. Cette fois-ci on prévoit une attaque ; on amène chez Pommery beaucoup de ravitaillement tant nourriture que munitions. Si c’est vrai je me doute que ce que l’on passera sera effroyable mais il vaut mieux souffrir tout d’un coup que de continuer une vie comme celle que nous menons.

C’est un supplice ; j’ai encore devant les yeux un pauvre soldat d’artillerie qui se trouvait aux pièces au dessus de nous. Il y a 2 ou 3 jours, un matin les boches avaient tiré mais j’ignorais qu’il y avait des victimes. J’entendis des voix dans le tunnel avoisinant notre campement qui demandaient de la lumière. Je prends vivement une bougie et je sors. André qui me suit toujours sort derrière moi. Quel spectacle mon Charles ! Un pauvre soldat sur une civière, le ventre ouvert. Cela ne fit qu’un tour dans ma tête; je donnai la bougie et toute tremblante je me sauvai avec André. Quelle tristesse et ce n’est rien à comparer avec ce qui se passe à Verdun. Quelle bataille où il y a des monceaux de cadavres et où les hommes deviennent fous d’horreur !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 2 avril

En Belgique, nous bombardons les cantonnements ennemis de Langemark (nord-est d’Ypres).
Au nord de l’Aisne, activité d’artillerie dans les régions de Moulin-sous-Touvent et de Fontenay.
En Argonne, nous canonnons les organisations allemandes au nord de la Harazée, à la Fille-Morte et les campements de la partie nord du bois de Cheppy.
A l’ouest de la Meuse, bombardement intense de nos positions entre Avocourt et Malancourt.
A l’est, dans la région de Vaux, l’ennemi a déclenché trois attaques à gros effectifs : la première a été arrêtée par nos tirs de barrages et nos feux d’infanterie avant d’avoir abordé nos lignes; au cours de la seconde, les Allemands, après une lutte très vive, ont pris pied dans la partie ouest du village que nous occupions. Une troisième attaque sur le ravin entre le fort de Douaumont et le village de Vaux a échoué devant nos tirs de barrage.
Canonnade en Woëvre.
Un raid de zeppelins a eu lieu sur la côte orientale de l’Angleterre. L’un des dirigeables, atteint par un obus, a coulé à l’entrée de la Tamise.
La Hollande a suspendu les permissions des militaires et les Chambres ont été convoquées d’urgence. Ces mesures se rattacheraient aux incidents de la guerre sous-marine.

 

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Mardi 24 août 1915

Louis Guédet

Mardi 24 août 1915

346ème et 344ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Calme sur toute la ligne. Fais pas mal de courses. Audience ce matin de 9h à midi, conseil de famille, conciliations. Prestation de serment de Dondaine, notaire à Beine, seul suppléant d’avoué à Reims pour la Guerre, comme commis greffier de paix, me voilà réorganisé, cela durera-t-il ? Aurai-je de nouvelles défections ?

Mon déménagement est commencé, les minutes, dossiers, registres sont en sûreté 52, rue des Capucins chez mon pauvre ami Maurice Mareschal. Je m’y réfugierai à mon retour le 8 septembre 1915. Puissé-je y être enfin tranquille et à l’abri des obus !! Je vais donc quitter, le jour de ma fête St Louis 25 août 1915, cette maison maudite de la rue de Talleyrand 37. Où j’y aurais tant souffert depuis 1 an, seul, isolé, abandonné de tout et de tous. Quel calvaire. Je vais donc la quitter seul, sans un mot d’adieu, de pitié, de compassion, de bonté de qui que ce soit. Je vais la quitter pauvre, avec mes épaves, mes ruines, comme Job. Je suis sans un toit, sans un ami, sans un parent… (la suite est rayée) pour ni (rayé) soutenir dans mon (rayé)  ne m’a fait aucune allusion, ne parait pas (rayé) là sans un (rayé) que lui (rayé) qui est aussi (rayé) que lui !! J’espère cependant (rayé). Il n’est pas permis d’être plus (rayé).

C’est donc la dernière journée que je m’abrite ici, ce sera donc été la dernière nuit que je vais tâcher de me reposer, oublier pendant quelques heures ma misère, mes tortures morales, mes soucis de toutes sortes !! Cette nuit sera-t-elle calme ? Le tonnerre de la Guerre, les obus me laisseront-ils reposer en paix, au calme, cette dernière nuit dans mes pauvres ruines ???…  J’y ai tellement souffert, qu’il serait juste que cette dernière nuit soit au moins tranquille, et que St Louis et N.D. (Notre-Dame) me protègeront définitivement, et que l’aube du 25 une ère nouvelle se lève pour moi, toute de bonheur, de paix, de réussite, de prospérité, de succès, d’honneur pour ma femme et nos enfants, mon pauvre vieux Père et…  pour moi !! Et que mes vieux jours ne soient plus qu’une suite ininterrompue de toutes satisfactions bien méritées, bien gagnées, je crois…  Et qu’enfin on voit bien qu’après l’épreuve la récompense arrive toujours, inéluctablement.

Je pars le 25 – St Louis – Je rentre le 8 septembre, Notre-Dame !! Sera-ce pour la Délivrance, la Paix, le Bonheur de revoir un foyer, tous réunis !! Je le souhaite ! Je n’ose plus dire je l’espère !! J’ai tant souffert ici !! Adieu Maison ruinée, adieu Ombres de toutes sortes !! J’ai bien, bien souffert ici, adieu.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille ; matinée item. Visite du R. Père Philippe, Rédemptoriste ; lu la lettre du Cardinal Mercier. Vœux de fête du clergé, interprétés par M. Compant.

Visite à la Visitation ; quelques bombes ; 3 aéros français évoluent au-dessus de la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 août

Activité des deux artilleries dans l’Artois (Souchez-Neuville-Roclincourt) avec luttes de grenades et de bombes.
L’ennemi bombarde Arras, Montdidier et Reims. Nous avons riposté avec efficacité par notre tir sur les tranchées ennemies.
Canonnade entre Somme et Oise et entre Oise et Aisne. Lutte de grenades et de pétards en Champagne, sur le front Perthes-Beauséjour: une de nos mines, par son explosion, détruit une tranchée avancée de l’ennemi, près de Ville-sur-Tourbe.
Luttes de grenades en Argonne, à Fontaine-Madame et dans le bois de Bolante.
Après une préparation sérieuse, nous avons pris quelques tranchées dans les Vosges, au Linge et au Barrenkopf.
Nos avions ont bombardé les gares de Lens, Hénin-Liétard et Loos et la voie ferrée de Douai à Lille.
Les Allemands ont subi un véritable désastre naval dans le golfe de Riga. Au cours de leurs opérations des derniers jours, ils ont perdu, tant par le feu des navires russes que par l’action d’un sous-marin anglais, un dreadnought, deux croiseurs et huit torpilleurs. Une tentative de débarquement qu’ils ont faite à Riga a été repoussée avec des pertes pour eux.
Deux de nos torpilleurs ont coulé un destroyer allemand au large d’Ostende. Nous n’avons subi aucune perte.
M. Venizélos a complètement constitué son c
abinet.

Source : La guerre au jour le jour


 

Collection : Patrick Nerisson

Collection : Patrick Nerisson

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Mercredi 23 juin 1915

Louis Guédet

Mercredi 23 juin 1915 

284ème et 282ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Calme. Temps lourd et orageux, pluies par ondées. J’ai enfin mon passeport. J’ai présidé la Commission d’allocation de matin, rien de saillant. Je vais donc partir vendredi 25 à 8h1/2 matin pour arriver le soir à 6h. Je ne puis prendre Jacques Wagener parce que luxembourgeois et que s’il sortait il ne pourrait revenir à Reims !!

Reçu les nôtres de M. Hochet sur l’occupation prussienne de Reims comme interprète. En dehors de la phrase sur les 2 parlementaires il y en a une autre dite sur le parvis de l’Hôtel de Ville par un capitaine prussien en voyant tout le peuple rassemblé sur la place en présence de M. Hochet et de M. Arnold, alsacien d’origine et concierge de la maison Bellevue, rue du Marc au coin de la rue de la Prison (le beau plafond) (rue de la Prison du Baillage depuis 1924)  « Ach was, ich verstehe nicht ihr französischer Quatsch ! Das alles ist Dreck ! Wir schiessen das Lumpensvolk nieder. Wissen Sie überhaupt nicht dass ein einziger unserer Soldaten mehr wert ist als ihr ganzes Gesindel !!

Tous les officiers prussiens avaient, dit-il, une attitude arrogante, brutale, lâche !! Les saxons étaient plus corrects !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit très tranquille. Visite à Saint-Benoit (codex) ; à la laiterie de la rue des Capucins ; rue du Jard. A 1 h 1/2 orage, peu violent et lointain ; pluie. Visite de M. Goloubef et un Colonel russe, chef de l’Ambulance, dans la fabrique de bougies, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 23 Juin 1915. Neuf mois aujourd’hui. C’est navrant. Où es-tu mon pauvre Lou ? Ce que tu dois souffrir aussi, encore plus que nous ! Car peut-être as-tu faim, toi qui avais si bon appétit. Quel courage mon dieu faut-il avoir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Le 23 passe le lieut. en vélo, très pressé mais qui vient nous tenir compagnie toute l’après midi, pendant quelques jours aucun coup de canon mais de l’orage mais hier attaque côte de Perthes et avant-hier 3 obus sur Taissy il revient même au soir avec le lieut.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Collection Gallica-BNF

Collection Gallica-BNF


 

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Mercredi 23 juin

Dunkerque a été bombardée par une pièce d’artillerie à longue portée qui a fait des morts dans la population civile et qui a été prise à partie par notre artillerie lourde. Les troupes belges ont progressé prés de Saint-Georges. Au nord d’Arras, les contre-attaques allemandes ont pris fin, après que l’ennemi eut subi de lourdes pertes dans la région du « Labyrinthe ». Une offensive allemande a été enrayée par nous à l’est de la ferme de Quennevières. Nos adversaires y ont fait usage de bombes asphyxiantes. Sur les Hauts-de-Meuse, à la tranchée de Calonne, ils ont prononcé une violente attaque pour reprendre les positions qu’ils avaient perdues: ils ne sont parvenus à occuper qu’une partie de leur ancienne deuxième ligne, qui est aussitôt presque entièrement retombée entre nos mains. Près de Marchéville-en-Woevre, une demi-compagnie allemande, qui prenait l’offensive, a été dispersée par notre feu. Nos progrès se sont accentués en Lorraine (région de Gondrexon-Leintrey). En Alsace, dans la vallée de la Fecht, nous avons dépassé Metzeral vers Sondernach. Les Russes ont repoussé leurs ennemis sur la Narew, sur la rive gauche de la Vistule et le Dniester. Ils se sont retirés, par contre, des lacs de Grodek sur les positions de Lemberg.

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Lundi 22 février 1915

Abbé Rémi Thinot

22 FEVRIER – lundi –

J’apprends aujourd’hui un nouveau et formidable bombardement de Reims. La voûte de la cathédrale est crevée… Mon Dieu, il m’en coûte d’être loin.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Ce matin, j’en n’étais à réfléchir sur la manière d’employer utilement la journée pour parer tout de suite au plus pressé : voir d’abord un menuisier au sujet du bouchage, avec des planches, de l’ouverture faite par l’obus, afin de rendre leur indépendance aux deux propriétés ; aviser ensuite au déblaiement et, après m’être mieux rendu compte des dégâts, avertir par une lettre détaillée m. et Mme Richard à Beauvais – de sorte que je suis encore au lit, à 7 h, quand Mme Martinet, la cuisinière en titre de la maison arrive exactement, comme chaque jour, pour préparer le petit déjeuner.

Je l’entends introduire sa clé dans la serrure de sûreté de la porte sur rue, pour monter les quelques marches du vestibule et se diriger à petits pas pressés vers l’office, pour y déposer son lait, avant de suivre le couloir conduisant à la cuisine. Je pense à la surprise qu’elle va éprouver lorsqu’elle s’apercevra du changement de décor survenu par là depuis hier.

Elle fait encore quelques pas puis, brusquement tombe sans doute dans l’ahurissement complet, car ses exclamations me parviennent et elle en pousse, la pauvre femme devant l’enchevêtrement des matériaux et des décombres, répétant très vite :

« Ah, mon Dieu, mon Dieu ! Ah, mon Dieu, mon Dieu, en v’là un, d’chantier ! »

Sa manière d’exprimer son étonnement est tout à fait bruyante.

Je m’apprête au plus vite et veux aller la rejoindre, afin de calmer son émotion, mais elle est déjà accourue et j’ai malheureusement le tort d’avoir souri de l’originalité de ses expansions. Alors, s’en prenant à moi, elle me lance d’un aire furibond ce reproche certes mérité :

« Vous auriez bien pu me prévenir au moins ! »

Sa figure, ses yeux sont tellement courroucés que cette fois, j’éclate de rire – c’est la vraie détente – et que je dois faire effort pour lui répondre, d’un ton mi-sérieux :

« Vous savez, le Boches ne m’ont pas prévenu non plus ; c’est arrivé comme ça cette nuit, à minuit 40 et ma foi, ce n’est plus rien que d’avoir seulement à contempler le tableau ».

La véhémence de son apostrophe, sa physionomie outrée m’ont remis en gaieté et me donnent encore le fou rire. Cela la désarme, son indignation tombe aussitôt cette fois, nous rions tous les deux de nos misères et nous retournons ensemble regarder le triste spectacle déjà vu.

Mme Martinet a eu certainement lieu d’être ébahie, car elle est bien bouleversée « sa » cuisine. Les casseroles en cuivre si bien alignées hier encore et toujours étincelantes, ont voltigé en tous sens ; il en est quelques-unes qui ont reçu de rudes chocs dans leur éloignement brutal du râtelier. La lyre d’éclairage au gaz qui était suspendue au milieu de la pièce, a fait un demi-tour vertical sur elle-même en quittant la tuyauterie et, – chose incompréhensible – elle est encore pendue au plafond par la pointe inférieur de son extrémité qui, par un effet de l’éclatement de l’obus, s’y est fichée, le robinet en l’air et la tige de conduite en bas, etc. etc.

« Eh bien, vous avez dû en avoir une frayeur », me dit Mme Martinet, ajoutant avec le sens du pratique revenu immédiatement :

« Mais comment est-ce que je vais faire votre déjeuner ? »

Elle est tranquillisée lorsque je lui dis :

« Oh ! ne vous inquiétez pas de cela pour aujourd’hui, je trouverai bien à prendre un café en allant au bureau. Nous verrons à déblayer et à nous organiser dans le courant de la journée ; pour le moment, prenez votre lait et allez le faire chauffer chez la voisine, au 10, elle vous racontera comment nous avons passé la nuit, qui a été très mouvementée pour nous ».

« Ah oui ! quel bombardement épouvantable, ajoute-t-elle, je n’ai pas fermé l’oeil avec toutes ces explosions-là ; je pensais bien que c’était par ici que ‘çà’ tombait. »

J’examine alors attentivement les dégâts occasionnés par le projectile dans cette maison que j’habite provisoirement, rue Bonhomme 8.

Parmi l’amas des débris de pièces de bois disloquées et de maçonnerie, je trouve le culot entier du 150 qui, après avoir pénétré dans la cuisine, a fait explosion en passant dans le mur mitoyen avec le n°10, contre lequel elle était construite. La grosse vis de cuivres de cet obus, toute différente des fusées diverses que nous avons appris à bien connaître, et le désignant comme un incendiaire, a été trouvée de l’autre côté, chez le voisin du 10 ; l’orientation du mur frappé perpendiculairement indique nettement que l’engin est venu du sud-est de Reims et vraisemblablement d’un endroit situé dans la direction de la ferme d’Alger ou de Sillery.

Ses bougies (1) avaient toutes été éteintes heureusement parles pierres et les gravats lorsqu’il avait éclaté en traversant l’épaisse maçonnerie de séparation dans laquelle il avait fait une trouée d’environ un mètre de diamètre.

En En somme, voyez-vous, dis-je pour finir à Mme Martinet, il a encore bien choisi sa place, celui-là ! je crois que nous devons nous estimer heureux. Imaginez-vous qu’il ait mis le feu au milieu des chambres du premier, ou bien éclaté dans le salon, ou encore dans la salle à manger ! »

– « Oui, c’est une chance » convient-elle.

Mais comme conclusion, la bonne vieille qui prend journellement soin et avec quelle attention, du mobilier de toute la maison, ajoute en me montrant la couche de poussière blanche et les plâtras recouvrant le beau buffet double, comme le reste :

 » C’est égal, si Madame voyait cela, qu’est-qu’elle dirait ? »

– En passant rue du Cloître 10, avant de me diriger vers la mairie, j’apprends qu’un obus incendiaire est arrivé, au cours de la nuit dernière, à 10 h dans cette maison d’habitation de la famille de mon beau-père.

Le projectile, entrant dans la salle à manger puis traversant le plancher a pénétré jusqu’à la chaufferie, en dessous, et causé un commencement d’incendie qui, heureusement, a été éteint par les effets de l’explosion elle-même car les éclats de l’engin, en crevant une conduite d’eau, ont en même temps provoqué l’inondation rapide du sous-sol : les dégâts, au rez-de-chaussée, lamentablement saccagé, sont considérables. J’ai été bien inspiré d’aller aux nouvelles ce matin, car ma belle-sœur, Mme Simon-Concé, décidée à partir pour Paris à 3 heures, me fait ses adieux.

En arrivant à l’hôtel de ville, je puis voir, là aussi, les traces d’un obus incendiaire dans la cour, devant les fenêtres du bureau de la comptabilité.

– Pendant la matinée, le bombardement ayant repris très violemment, il y a de nouvelles victimes.

– L’après-midi, je puis me rendre libre et aider alors Mme Martinet à procéder au déblaiement sommaire de la cuisine et de la cour, rue Bonhomme 8, encombrée par les matériaux démolis, avant d’aller demander à M. Champenois, entrepreneur de menuiserie, rue Brûlée, de venir fermer l’ouverture béante faite par l’éclatement de l’obus la nuit précédente – et sur le soir, lorsque je puis me rendre place Amélie-Doublié, afin de savoir ce qu’il en a été dans ce quartier, les obus sifflent encore de tous cotés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Petits bâtonnets de 0.10 cm environ de longueur et de la grosseur du doigt, enfermés au nombre de huit ou dix dans l’ogive des obus incendiaires. Composés de matières inflammables, l’explosion les disperse en feu de tous côtés pour allumer, à l’aide du soufre répandu également par ces projectiles très dangereux, ce qui est susceptible de flamber.


Cardinal Luçon

Lundi 22 – Nuit terrible, la plus terrifiante de toutes.

Visite, dès les premières heures de la matinée, dans les rues sinistrées : rue Brûlée, rue Hincmar, des Capucins, de Vesle, St-Jacques (église et cure S. Jacques). 1500 bombes, 18 incendies ; les mêmes mentionnées au 21-22. Vingt personnes tuées?

Après-midi, visite à l’Enfant-Jésus. Visite à l’École Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22/2 – Lundi – Temps gris et brouillard. Violent bombardement dans la matinée et canonnade. une maison voisine à M. Baucher est en feu, les bombes incendiaires du matin. L’après-midi la crainte qu’avait le public de voir encore une nuit semblable à celle de la veille n’a pas été justifiée. La nuit a été calme, sans bombardement.

Du bombardement précédent (nuit de dimanche à lundi) l’effet d’avoir été prise au lit pour descendre à la cave, Renée est gravement malade, le médecin a défendu dorénavant de descendre à la cave avec elle si nous tenions à la conserver. Nous avons alors demandé des laisser-passer pour quitter Reims.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Lundi 22 Février 1915.

Quelle nuit !  J’ai bien cru que je ne verrai pas le jour. Il y avait à peu près une heure que nous étions couchés, que j’entendis une première détonation. Pour commencer je n’y faisais pas plus attention que cela. Mais malheureusement ils n’arrêtèrent pas, de dix heures à quatre heures du matin sans interruption, quatre batteries à la fois. Ils arrosèrent notre malheureuse ville. Quand j’ai vu que cela ne finissait pas, j’ai pris mes petits enfants avec moi. Je me dis toujours que si on est pour être tués, on y sera ensemble.

Des obus de tout calibre, incendiaires. Avec, ils n’épargnent rien, à un tel point que les sifflements finirent par m’endormir. Je fus réveillée à un moment donné par un bruit formidable : c’était une bombe qui venait de tomber sur la maison mitoyenne de celle du parrain. Enfin vers quatre heures, n’entendant plus rien, on se rendormit jusqu’à sept heures.

Maman, de leur cave, avait tout entendu  et aussi s’empressa-t-elle de venir voir ce qu’il y avait. Elle nous raconta que sur tout son parcours, ce n’étaient que des incendies : le temple, les écoles rue Courmeaux, et partout dans la ville. Le communiqué compte 2000 à 2500 obus. Mais la bombe qui est tombée dans la maison d’à côté, n’ayant pas éclaté, n’a presque pas causé de dégâts et n’a pas fait de victimes.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 22 février

En Belgique, nous avons repris un élément de tranchée que l’ennemi avait occupé un moment. Il se confirme qu’il a laissé sur le terrain, près d’Ypres, plusieurs centaines d’hommes. En Champagne, nos troupes, après avoir repoussé brillamment une contre-attaque, se sont rendues maîtresses d’un certain nombre de tranchées. Nous avons enlevé deux mitrailleuses et une centaine de prisonniers.
Une nouvelle attaque ennemie a échoué aux Eparges, sur les Hauts-de-Meuse.
Dans la vallée de la Fecht (région de Munster), nous avons refoulé plusieurs attaques allemandes, puis pris l’offensive à notre tour.
Une grande bataille se livre, dans le nord de la Pologne, entre les armées allemandes et russes. Nos alliés ont repoussé les agresseurs sur la Bzoura inférieure; ils ont été victorieux des Autrichiens sur la Dounaïetz, dans les Carpates et devant Przemysl, où la garnison ayant tenté une sortie, a été refoulée, avec des pertes considérables.
Trois cuirassés français ont participé au bombardement des Dardanelles.
Les Turcs ont dû se retirer à 100 kilomètres en arrière du canal de Suez, à la suite de l’échec et aussi de la désertion d’un certain nombre d’Arabes.
Des rixes ont eu lieu à Rome, dans les meetings, entre partisans et adversaires de l’intervention.

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Dimanche 21 février 1915

Abbé Rémi Thinot

21 FEVRIER – dimanche –

Je monte à « 204 »[1], puis à Maison forestière, aujourd’hui, J’irai faire dimanche avec les troupiers.

Je vois les nouveaux cimetières que le 4ème Corps vient d’ouvrir, sur la gauche, dans le ravin. Il y a plusieurs corps qui attendent. Un troupier vient me demander, les larmes aux yeux, si je veux dire la prière des morts pour leur camarade. Je dis un De profondis.

Je cherche les dégâts de la veille. Heureusement, l’obus est tombé entre la maison et le puits.

La paroi de bois de la chambre est criblée ; la cervelle entière de l’infirmier a grêlé le plafond…

Dans les tranchées, c’est 30, 40, 50 centimètres d’eau, de boue visqueuse blanchâtre ; c’est inqualifiable… Je repasse par le grand entonnoir ; Je vais au-delà… Je distribue des médailles de la Ste Vierge ; Je cause avec les hommes… ils ne sont pas trop démolis…

Les obus tombent surtout vers la Corne du Bois… mêmes horreurs, cadavres accumulés etc…

Et nos obus passent, rageurs, et les marmites boches éclatent en face, en gerbes énormes.

[1] La cote 204

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La nuit a été calme.

En me rendant, ainsi que chaque semaine, place Amélie-Doublié, chez mon beau-frère Montier, je puis examiner en passant, un obus de 150 se trouvant à l’entrée gauche de la rue Lesage. Cet engin, entouré d’une petite barrière protectrice a roulé là, contre le trottoir, le vendredi 19 dans la matinée, après avoir défoncé, sans éclater, la façade de l’immeuble n° 1, à hauteur du premier étage.

– Canonnade toute la journée.

– A 21 heures, un bombardement commence ; son intensité lui donne tout de suite un caractère très dangereux. Je me lève donc sans tarder, afin de me rendre, ainsi qu’il a été convenu, dans le sous-sol de la maison d’à côté (n°10), où doivent se trouver la personne et son fils qui gardent cet immeuble. Peu de temps après mon arrivée, les deux voisines, mère et fille, demeurées en face, au n° 5, accourent à leur tour se réfugier là, comme elles en ont déjà l’habitude, pour ne pas rester seules de leur côté, de sorte que tous les habitants de la rue Bonhomme, d’accord en vue de se grouper dans pareille circonstance, sont réunis en cet endroit, au nombre de cinq.

C’est par rafales que les obus arrivent cette nuit ; à certains moments, il sont si rapprochés que nous en comptons jusqu’à dix et plus à la minute.

Nous entendons avec épouvante des explosions nombreuses dans le voisinage, mêlées toujours aux sifflements de nouvelles arrivées se croisant en tous sens, d’où nous pouvons déduire facilement que l’ennemi tire à volonté, de différents côté sur le centre de la ville et que de nombreuses batteries sont en action, de Brimont jusqu’à l’est de Reims.

Pour nous réchauffer, nous avons pris du café, que Mme Bauchard a pu préparer tout de même et nous sommes là, comme hébétés par la quantité considérable d’obus que nous entendons éclater sans arrêt pendant de longues heures, quand les douze coups de minuit somment à l’horloge de la mairie.

Nous ne cousions plus ; l’esprit tendu, nous retenions toute notre attention sur la perception des sifflements, mais à cet instant, une pensée commune a transformé les physionomies sur lesquelles s’esquisse même un sourire lorsque je dis :

« Tiens, le beffroi de l’hôtel de ville est encore debout ! »

C’est en effet une surprise, tant nous pouvions être persuadés de ne plus voir que des ruines lorsque nous sortirions de notre abri, car, cette fois, c’est la démolition en grand, à coups de canon de tous calibres.

Et la séance continue, sans aucun ralentissement dans cette pluie ininterrompue de projectiles, dont un certain nombre tombent dans nos environs immédiats, sans qu’on entende le moindre cri. Vacarme effroyable, coupé à de très courts intervalles par un silence de mort.

Une demi-heure environ s’est passée encore. Tout à coup, au milieu des autres, un sifflement sinistre qui s’accentue rapidement, nous donne nettement la notion d’un danger inévitable, car nous baissons tous la tête, et, en même temps que m’est venue la pensée : « C’est pour nous », le choc formidable auquel nous nous attendions, ainsi qu’une explosion terrible ébranlent la maison, alors qu’au-dessus nous entendons le fracas de matériaux projetés violemment et de vitres brisées. Je regarde l’heure : minuit 40.

Craignant les effets d’un obus incendiaire, car l’immeuble a été touché, ce n’est pas douteux, j’ouvre la porte du sous-sol pour aller immédiatement me rendre compte de ce qui est arrivé, mais un épais nuage de fumée toute noire l’a déjà envahi et cache complètement à ma vue l’escalier vers lequel je voulais me diriger. A tâtons, je m’y retrouve enfin et remontant lentement, je me dirige vers la cour après avoir jeté, en passant, un rapide coup d’œil dans le vestibule et, de là, j’aperçois tout de suite l’énorme brèche faite par l’obus dans le mur mitoyen avec la maison où je reçois l’hospitalité de la part de M. et Mme Ricard depuis le 30 novembre.

Fixé sur ce qu’il en est à la maison n°10, je sors pour aller au n°8 et j’ai la douleur de voir que le projectile, démolissant une grande partie de la cuisine, a éclaté après avoir, de ce côté, troué le mur de 0.60 de celle-ci et causé d’importants dégâts dans les deux propriétés.

Le bombardement est toujours aussi serré. Tandis que je suis remonté « chez moi », je m’avise cependant d’aller ouvrir la petite porte en fer du jardin, donnant sur la rue du Petit-Arsenal, afin de jeter simplement un coup d’œil sur les environs ; je reconnais vite qu’il ne ferait aps bon s’attarder là ou ailleurs. Les sifflements et les arrivées toutes proches continuent si bien, qu’au moment où je juge prudent de rentrer et de refermer vivement cette porte, des éclats viennent s’y heurter avec force. Je redescends donc au sous-sol de l’immeuble n°10, faire part de mes constatations.

Les sinistres qui ont été allumés par des obus incendiaires, vers la rue Courmeaux et l’esplanade Cérès, paraissent progresser ; j’ai remarqué leurs fortes lueurs au cours de mon inspection rapide.

A 1 h 50, nouvelle secousse. Un projectile vient d’entrer avec fracas dans la maison n°3 de la rue Bonhomme, éclatant à l’intérieur après avoir pénétré dans la maçonnerie, au-dessus de la porte sur rue. Nous entendons encore le bruit des vitres brisées, des éclats, des pierres retombant lourdement sur le pavé à la suite de leur projection en l’air, par l’explosion.

Vers 2 h 1/2, le tir se ralentit enfin. Il a duré cinq heures et demie sans discontinuité, à une moyenne de quatre à cinq coups à la minute. Tous, nous goûtons le calme attendu si longtemps, au cours de cette nuit infernale et nous avons grand besoin de repos.

Je remonte un peu plus tard, les sifflements ayant complètement cessé et, par précaution, avant de rentrer pour me coucher, je vais regarder où en est l’incendie de la rue Courmeaux, m’assurer de l’importance des autres sinistres du quartier, de la direction du vent et à 3 h, je suis allongé dans mon lit où je sommeille jusqu’à 6 heures.

La nuit tragique du 21 au 22 février fera époque pour les malheureux Rémois, qui en sont à se demander ce qui leur a valu un bombardement aussi férocement destructeur. Pour les témoins de ce vandalisme exacerbé, il était manifeste que les Allemands assouvissaient leur rage sur la cité de Reims et sur ses habitants – les civils.

Pourquoi ? Oh ! l’épouvantable fléau de la guerre.

Pendant ce bombardement atroce, une vingtaine de maisons ont brûlés, rue Courmeaux, esplanade Cérès, rue des Trois-Raisinets, rue du Marc, impasse Saint-Jacques, place des Marchés, rue des Capucins, etc. Quantité d’autres ont été démolies ; nombreuses sont celles qui ne l’ont été qu’en partie.

Une vingtaine de personnes ont été tuées – hommes, femmes surtout, et enfants – la plupart dans leur lit.

A ajouter, parait-il, aux victimes, le colonel du 42e d’artillerie, atteint, avec un autre officier, auprès du pont, avenue de Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Dimanche 21 – Nuit tranquille. Aéroplane, canons, bombes (?)

Nuit terrible : de 9 h à 2 h. bombes. Une chez nous ; 18 incendies flambent en ville. On parle de 1500, 1800 ou 2000 obus. Nos canons sont muets ou à peu près.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

21 – Dimanche. Temps gris. A 8 h du matin, tout est encore dans le calme le plus complet, l’après-midi, violente canonnade et bombes à 8 h 1/2 du soir, j’étais déjà au lit et j’étais même endormi lorsque le bombardement le plus terrible depuis le commencement du siège se déclenchait. Obus, bombes incendiaires de toutes sortes jusqu’à 10 h du soir. C’était terrible. Un obus par seconde ; de 10 à 11 h, un peu moins et alors ça recommence mais moins fort jusqu’à 1 h 3/4 du matin. 3100 obus environ sont tombés en ville causant des dégâts considérables. 5 incendies impasse Saint-Jacques, rue Buirette, place d’Erlon, des tués et des blessés. De 8 h 1/2 du soir à 2h 1/2 du matin, nous sommes restés dans la cave tenant sur les genoux les enfants que l’on avait pris aux lits. Un obus au n°94 de l’avenue de Paris. Le reste de la nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Rue Courmeaux, Collection Gallica-BNF autochrome


Dimanche 21 février

Les Allemands bombardent Nieuport et les Dunes, mais nous contrebattons efficacement leurs batteries. Ils ont subi de grosses pertes dans leur attaque contre nos tranchées à l’est d’Ypres, leurs réserves ayant été prises sous le feu de notre artillerie. Combats d’artillerie de la Lys à l’Oise et sur l’Aisne.
Notre action continue en Champagne, et nous occupons, au nord de Perthes, un bois que nos adversaires avaient fortement organisé. Aux Eparges (Hauts-de-Meuse, sud de Verdun) nous avons repoussé une série de contre-attaques, puis, à notre tour, prononcé une attaque grâce à laquelle nous avons élargi le terrain conquis par nous. Nous avons enlevé trois mitrailleuses, deux lance-bombes et fait 200 prisonniers. Combats dans les Vosges, près de Lusse et à l’ouest de Munster.
La flotte franco-anglaise, sous les ordres de l’amiral Carden, a bombardé les forts de l’entrée des Dardanelles. Ceux de la côte d’Europe, vigoureusement canonnés, ont été réduits au silence. Des hydravions, par leurs reconnaissances, ont contribué à l’efficacité de notre tir.
On croit qu’un troisième zeppelin s’est perdu au large de la côte danoise.
Un steamer anglais a été coulé par un sous-marin dans la mer d’Irlande. Un charbonnier norvégien a heurté une mine et a sombré sur la côte d’Écosse. Le chancelier de Bethmann-Hollweg est venu conférer à Vienne avec le baron Burian, ministre des Affaires étrangères.

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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Dimanche 22 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 NOVEMBRE – dimanche –

Matinée terrible. Pendant ma messe, les sifflements étaient ininterrompus…

Et quelle raison, pour justifier une semblable sauvagerie ? quelle raison militaire? La nervosité des personnes qui ont résisté jusqu’ici est à son comble… On compte plus de 20 blessés et 5 morts.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Ce matin, vers 8 h 1/4, bombardement extrêmement violent. Les obus arrivent soudain dans le quartier.

Ma femme et ma fille Madeleine se trouvent, à cette heure, dans la chapelle de la rue du Couchant : ne pouvant songer à revenir, elles veulent aller se mettre à l’abri des caves de la maison des Œuvres, rue Brûlée, mais n’y sont pas arrivées qu’une explosion se produisant à courte distance, chez le Dr Colleville, rue Chanzy, brise les vitres sur leur passage, par son déplacement d’air. D’autres obus tombent ensuite, encore rue Chanzy, puis au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard, où une maison neuve est entièrement disloquée ; il en tombe un autre, qui fait d’important dégâts et décapite une femme de service au 63 de la rue des Capucins (maison Jannelle) ; les suivants s’éloignant, vont s’éclater plus loin.

Au cours d’une rapide promenade faite l’après-midi, je vois les ravages effrayants causés par les 210, pendant le bombardement de la matinée, dans la rue de Talleyrand ; les maisons Clause n° 6 et Bellevoye, bijouterie au n° 27, sont démolies presque complètement.

Le bombardement reprend, dans la soirée, sur le faubourg de Paris. Un obus faisant explosion dans le bas de la rue de Vesle, tout près d’un groupe d’officiers d’administration, de médecins ou pharmaciens de réserve, dont plusieurs affectés à l’hôpital temporaire n°8, fonctionnant à la clinique Mencière, tue quatre de ces malheureux qui se promenaient tranquillement, sur la fin de ce dimanche ; MM. Soudain, Guyon, Mareschal, négociant en vins de champagne en notre ville, et Salaire, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers de Reims – et il en blesse trois autres : M. Barillet, grièvement et MM. Bouchette et Goderin.

On compte en ville, paraît-il, une vingtaine de blessés

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Nuit du 21-22 tranquille pour la ville. Dès le matin 8 h, canonnade violente de part et d’autre. Bombes incessantes. Une d’elles traverse une cheminée de la maison (entre mon cabinet et le grand salon) vers 10 h. Toute la journée, bataille ; aéroplanes toute l’après-midi. Bombes à 8 h du soir qui tuent M. Maréchal et trois autres officiers d’administration (un peu du côté de la Porte de Paris) ; Meru, M. le Dr Bariller er M. Bouchette. qui avaient leur bureau à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22 – Dimanche – Forte gelée, temps clair. A 6 h matin, violente canonnade et bombardement terrible, à 7 h 1/2 matin, de nombreux obus tombent en ville jusqu’au canal, 300 obus d’après l’Éclaireur du 23. Beaucoup de monde afflue à La Haubette. Vers 9 h 1/2, un peu de calme semble-t-il, mais peut-être pas pour longtemps ; en effet, car l’après-midi, le tapage recommence moins fort que le matin cependant. Le soir à 5 h 1/2 un peu d’accalmie. A 8 heures un obus tombe sur la pharmacie, près du Pont d’Osier (train) en face de l’État-major visé depuis si longtemps, 4 officiers furent tués et d’autres blessés. Parmi les trois figure le capitaine des pompiers Salors. De ce coup, le transfert du dit État-major eut lieu tout de suite, il fut transféré tout au bout de La Haubette, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour ce quartier.

A 10 h soir, d’autres obus tombent en ville, ce qui pour la journée, toutes ces bombes ont fait des dégâts matériels considérables et de nombreuses victimes tuées ou blessées.(lel du 23 novembre*).

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

* je n’ai pas réussi à déchiffrer complètement cette petite phrase


Victimes civiles décédées ce jour à Reims

  • MARESCHAL Charles Joseph Maurice   – 44 ans, Rue de Vesle, Prénom usuel : Maurice – Mort lors du bombardement de la rue de Vesle – Négociant en vins de Champagne, Juge de commerce – Élève à Saint-Joseph Reims de 1881 à 1888, promotion 1888 (9e)
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