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Vendredi 15 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 15 mars 1918                                               

1281ème et 1279ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique, froid avec vent d’Est. Eté à Vitry-la-Vile retirer mes malheureux bagages qui sont arrivés à bon port. Travaillé toute la matinée à les reconnaitre. Courrier assez court. Lettre de Madame Georges Herment, veuve de mon ancien clerc, notaire à Doullens (Somme), tué en novembre 1915 (Lieutenant au 5e RIT, tué le 10 octobre 1914 à Beaucamp (59)), qui m’annonce son projet de remariage avec le Capitaine Baquet, du 122e d’Infanterie, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, 50 ans (Raymond Léandre Baquet, né en 1868, mariage le 9 juillet 1918), et me demande la marche à suivre pour son fils de son premier mariage (Raymond Herment (1903-1965)), et si je consentirais à être son subrogé tuteur, comme je l’avais déjà accepté. La pauvre petite femme a, je crois, raison. Elle n’aurait jamais pu élever seule son fils, le fils de mon malheureux clerc, Herment, que j’avais en profonde estime. Je lui réponds que j’accepte en souvenir du père. Cette lettre m’a néanmoins laissé songeur et mélancolique toute la journée. Je ne pouvais distraire ma pensée de ce pauvre Herment mort si courageusement, lui homme de tout devoir ! Tout cela vous attriste et vous endeuille. Que de souvenirs soulevés et remués en mon âme par cette lettre ! Que tout passe ! même le souvenir des disparus !! Pauvre Georges Herment !! Brave et honnête garçon, caractère assez singulier, un peu paradoxal, mais sérieux, sûr et de devoir – surtout – Je suis certain qu’il s’est fait tuer par devoir. Pauvre Herment ! Il est certes plus heureux que ceux qui restent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Paris, 15 mars 1918 – Le bel immeuble devant abriter provisoirement la mairie de Reims est situé 19, avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Py­ramides. Sans transition, du jour au lendemain, nous nous trouvons ainsi transplantés au milieu d’un cadre somptueux, dans l’une des plus jolies perspectives de Paris, après avoir vécu si misérablement dans les ruines de Reims.

A 9 h, sont réunis en cet endroit, dans les superbes apparte­ments du premier étage, où fonctionnait, avant la guerre, une ban­que autrichienne, M. Émile Charbonneaux, adjoint au maire, MM. Perotin, directeur du service de l’architecture de la ville de Reims, Cullier, chef du bureau de la comptabilité, Coûtant conducteur à la voirie, rattaché depuis peu à la « comptabilité » et moi-même.

Em. Charbonneaux fait reconnaître les locaux et prend les dispositions avec M. Perotin pour les aménagements du cabinet de l’administration municipale, du secrétariat, où pourront être grou­pés différents bureaux annexes, du bureau de la comptabilité et de la recette municipale, dont les emplacements sont choisis et dé­terminés.

A la suite de démarches qu’il a faites, M. Em. Charbonneaux est à même de nous apprendre que les archives, qui sont parties de Reims derrière nous, pourront être placées dans le sous-sol de l’Office colonial, au Palais Royal.

Em. Charbonneaux nous annonce en outre qu’il serait en mesure de faciliter le logement, à Paris, d’une partie du personnel évacué et à venir — car les camarades restés à Reims ne tarderont pas à suivre.

Nous nous rendons avec lui, 281 rue Lecourbe, afin de visiter une maison nouvellement construite, dont les installations intérieu­res sont sur le point de se terminer et nous sommes très heureux qu’il veuille bien nous guider, et même venir avec nous en voir le propriétaire, en vue de résoudre, au plus tôt cette importante question. Les conditions de la location des logements de cet im­meuble sont examinées et arrêtées séance tenante. Cullier retient immédiatement un appartement, avec chambre indépendante au troisième étage du bâtiment sur cour et il est entendu qu’il me sous-louera la chambre.

Cette matinée si utilement employée, le groupe, avant de se séparer de M. Em. Charbonneaux, tient à le remercier de l’aménité avec laquelle il s’est préoccupé aussi bien des intérêts particuliers, que de l’organisation complète des services.

Les collègues nous quittent à une station du nord-sud et nous décidons, Cullier et moi, de déjeuner dans les environs. Nous esti­mons avoir lieu d’être satisfaits de ce qu’aient été résolues si rapi­dement, les différentes choses essentielles concernant notre nou­veau genre d’existence, puis nous projetons de nous rendre dès cet après-midi à la maison Walbaum, transférée à Paris, afin d’y de­mander le déchargement, en gare de la Villette, du wagon qui y est arrivé avec nos archives, ainsi que leur transport, pour partie avenue de l’Opéra 19 et pour la plus forte charge, rue de Valois, au Palais Royal.

Avant de nous remettre en route pour ce déplacement, nous faisons une courte promenade dans le quartier de notre futur do­micile. A cette heure et par une belle journée déjà printanière, il nous est très agréable de circuler librement. Nous avançons en échangeant nos impressions nouvelles ; au coin des rues Dombasle et de la Convention, nous nous arrêtons pour nous reposer un instant dans un bar — il est 13 h 3/4.

Il n’y a pas longtemps que nous sommes entrés — cinq mi­nutes à peu près — lorsqu’une très violente et formidable explo­sion, qui a fait vibrer tout dans l’établissement, se produit soudai­nement ; elle est suivie de deux ou trois autres plus sourdes, tandis qu’un énorme nuage blanc apparaît au loin, se détachant dans le ciel bleu. On court de tous côtés, dans les rues, pour chercher un refuge : Les Gothas ! a-t-on entendu crier ; patron et patronne sont disparus dans la cave — et nous nous apercevons que nous som­mes restés seuls dans le bar, devant nos tasses de café. Il nous semble que cela s’est passé dans la direction nord-est, à l’extrémité de Paris probablement, et nous sommes d’accord pour conclure qu’une importante usine vient sans doute de sauter.

En nous rendant alors à la maison Walbaum, rue de Tanger, précisément dans le sens de l’explosion, il nous est donné de voir, de moins loin, de fortes colonnes de fumée, remarquées dès la sortie du métro, et paraissant annoncer un incendie immense — puis, en allant toujours, d’apercevoir la foule au milieu de laquelle passent, se suivant de près, bon nombre de taxis transportant des blessés.

Nous apprenons enfin qu’une épouvantable catastrophe s’est produite. Un dépôt considérable de munitions, composé principa­lement de grenades, a été détruit à La Courneuve. Il y a quantité de victimes — les journaux, le lendemain parlent d’une trentaine de morts — et les dégâts qui se sont étendus, rasant, ravageant tout jusque dans un rayon éloigné, sont des plus sérieux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 15-0°. Nuit à peu près tranquille, sauf quelques obus de temps en temps jusqu’à 4 h. A 4 h. 15, heure solaire, violente canonnade aux Cavaliers de Courcy. Via Crucis in Cathedrali, 7 h. 30 à 8 h. 30, mugiente canone. A 6 heures, des éclats d’un obus contre avions viennent frapper nombreux dans l’angle de mon cabinet avec la maison Miltat. 6 h. Visite du Capitaine Luizeler, de l’architecte et de M. de Bruignac au sujet du 2e radio-télégramme de l’ennemi relatif au poste d’observation optique qu’il prétend avoir aperçu sur la Cathédrale. On me remet les clefs des serrures de l’enclos et des portes de la Cathédrale pour que je les gardé. Ma Note paraît dans l’Écho de Paris auquel elle a été transmise par le Ministère ou la Commission de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 mars

Légère activité d’artillerie de part et d’autre en Champagne, dans les régions des Monts, dans les Vosges, à l’est de Saint-Dié et dans la région de l’Hartmannswillerkopf.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Neuf mille huit cent kilos de projectiles ont été lancés sur les gares, usines et terrains d’aviation de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et au nord-ouest de Monastir.
Nombreux bombardements exécutés par les aviations alliées sur la ligne Sérès, Drama, sur les dépôts ennemis de la vallée du Vardar et sur la gare de Berauci, au nord de Monastir.
Sur le front britannique, nos alliés ont exécuté des coups de main sur les tranchées allemandes, au sud-est d’Epehy et ont ramené des prisonniers.
Des tentatives de raids ennemis, au nord de la voie ferrée d’Ypres à Staden, ont complètement échoué.
Activité des deux artilleries au sud-ouest de Cambrai.
Recrudescence de l’activité de l’artillerie allemande, dans les secteurs de Neuve-Chapelle et de Fauquessart.
Combats de patrouilles et d’artillerie sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 14 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 14 mars 1918                                                       

1280ème et 1278ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours un temps magnifique. Le 44e Chasseurs à pied est arrivé ce matin. Nous logeons le Commandant Pasquier, plutôt commun (Gaston Pasquier, terminera sa carrière comme Général (1869-1951)). Il est convaincu de l’attaque des allemands sur Reims. D’autre part il dit qu’on dit, (que n’aura-t-on pas dit durant cette interminable Guerre) que l’Autriche causerait avec les États-Unis. Bref le plus malin ne sait rien, n’y connait plus rien et y perd son latin.

Eté promener dans les prés avec Maurice et Jean. Le pauvre Grand s’ennuie ici à mourir. Je regrette bien que son frère ne soit pas venu en même temps que lui en permission ! Mais ici quelle distraction lui donner. Visite du Capitaine Fremond qui est venu de Courtisols, 25 kilomètres à bicyclette ! C’est réellement fort aimable à lui, il nous est toujours fort reconnaissant de son séjour ici. Que c’est loin déjà !! 2 ans ! Rentré travailler, et songer tristement à tous ces événements, insolubles, insondables.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 mars 1918 – Dès 6 h 3/4, je suis place d’Erlon, avec mes colis ; je trouve auprès de l’auto militaire, Cullier et notre excellent cuisinier de la popote, le brigadier Poussant, de la police, qui précisément est de service, ce matin, pour surveiller l’embarquement.

A 7 h 1/2, nous ne sommes encore qu’une demi-douzaine de voyageurs et voyageuses parmi lesquels deux marchandes de la halle, en discussion animée avec le représentant de l’ordre, depuis leur arrivée, car elles se présentaient au départ avec deux cageots assez encombrants, remplis de poules.

« Oh mais ! vous ne pouvez pas emmener cela, leur avait-il déclaré tout de suite ; il n’y aura pas de place pour vos ca­geots dans la voiture, en dehors de vos autres bagages.

Eh bien moi, je vous dis que je partirai avec mes poules, avait répondu avec assurance l’une des deux femmes.

D’abord, ça ne peut gêner personne », ajoutait-elle en envoyant le premier panier dans les jambes des partants déjà installés.

Ceux-ci y mettant visiblement de la complaisance et se bor­nant à sourire, le brigadier, bon enfant, n’insistait pas pour avoir le dernier mot et fermait les yeux… en tournant le dos afin de ne pas voir placer le second panier. Mais, la conversation avait été bien près de tourner à l’aigre.

Le conducteur, pour compléter sa voiture, nous dirige alors sur l’abattoir, autre lieu de rendez-vous des personnes à évacuer et l’auto ne s’y replie que petit à petit, pour démarrer enfin à 10 h 1/2.

Cette fois, nous partons ; nous quittons Reims et allons vivre hors des dangers courus d’une façon permanente depuis septem­bre 1914.

Nous gagnons la route d’Epemay, d’où nous pouvons jeter, de temps en temps un regard d’adieu sur notre malheureuse ville et revivre en quelques instants son long martyre, la destruction suivie jour par jour de tout ce qui faisait sa beauté. Sa merveilleuse cathédrale, que nous avons vue en flamme est toujours devant nos yeux, — pauvre squelette maintenant, dont les affreuses blessures nous sont bien connues. Nous revoyons la dévastation par le feu ou les obus de ses riches quartiers et de ses faubourgs ; l’incendie de son hôtel de ville — les différentes phases de ce désastre sont si profondément gravées dans notre mémoire — et nous perce­vons, pour la dernière fois, la gamme sinistre des sifflements an­nonceurs des explosions dont nous avons depuis longtemps les oreilles rebattues.

De tristes tableaux, parmi toutes ces misères, repassent dans notre souvenir — blessés, morts — et ceci nous ramène à l’esprit combien de fortes émotions, d’angoisses ressenties au milieu des risques courus, mais il y a eu tant de ces moments excessivement menaçants, que la plupart presque tombés dans l’oubli, font place aux périls plus épouvantables encore venus s’y mêler en dernier lieu, les gaz.

Et en voyant, à regret, la cité si cruellement meurtrie disparaî­tre à notre vue, nous nous demandons quand nous la reverrons et comment nous la retrouverons ? Nous appréhendons ce que les événements attendus peuvent encore l’obliger à subir.

Enfin, nous éprouvons l’intime satisfaction d’avoir pu accom­plir à Reims, ce que nous devions y faire et cette satisfaction se double, de celle non moins grande d’en sortir indemnes.

A midi seulement, nous arrivons à Epemay. Nous passons déjeuner au restaurant Triquenot, où, couverts de poussière, nous avons lieu d’être quelque peu dépaysés, puis nous débarquons du train à 18 h, dans le brouhaha de Paris, après trois ans et demi vécus, comme civils, sur le front.

Mon premier soin est de jeter à la boîte aux lettres de la gare de l’Est, une carte postale griffonnée dans le wagon, à l’adresse de ma femme, avec ces mots : « Je quitte les ruines de Reims et roule vers Paris » puis un taxi nous conduit dans les mêmes parages, Cullier se rendant avenue des Gobelins, tandis que je descends au bout de la rue Monge.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 14 – Nuit tranquille à l’est, agitée au nord. + 5°. Visite du Capitaine Vuathier, du Génie, qui fait percer le mur de notre cave afin qu’en cas d’obstruction de l’unique entrée par un incendie ou par un éboulement, nous ayons une autre sortie toute prête. Visite à M. Compant. Visite de la Rév. Mère Supérieure Générale de l’Enfant-Jésus. Visite du Général Beaudemoulin, de M. Pierre Lochet, de M. de Bruignac. Tirade violente de 12 à 15 coups de batteries à 8 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 14 mars

Au nord-ouest de Reims, les Allemands ont tenté, dans la région de Loivre, un coup de main qui a complètement échoué.
En Champagne, à la suite d’un bombardement violent de la région des Monts, les Allemands ont dirigé une attaque sur nos positions, à l’est de Vaudesincourt.
Après un vif combat, nos troupes ont rejeté l’ennemi de quelques éléments avancés où il avait pris pied, en lui infligeant des pertes sérieuses.
Assez grande activité des deux artilleries sur la rive gauche de la Meuse.
Un appareil allemand a été abattu. Trois autres, gravement endommagés sont tombés dans leurs lignes.
Sur le front britannique, un détachement ennemi, qui tentait d’aborder les lignes de nos alliés vers la Vacquerie, a été dispersé.
Un coup de main, effectué avec succès au nord de Lens, a permis aux Anglais de ramener des prisonniers.
Au sud d’Armentières, un poste britannique a été attaqué à la suite d’un violent bombardement, par un fort détachement ennemi.
Sur le front italien, canonnade dans la Haute Montagne (Tonale, Cristallo, Stelvio) et dans la plaine du Piave. Combats d’aviation dans la région du littoral.
Les troupes turques sont rentrées dans Erzeroum.
Les Austro-Allemands sont devant Odessa

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 7 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 7 mars 1918
St Martin

1273ème et 1271ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Brouillard ce matin. Mal dormi. J’ai des cauchemars effrayants, je ne suis plus fort. Travaillé ce matin, peu de courrier. Répondu. Eté avec Maurice à Songy pour acheter de l’encre. Une bouteille de 2 sous : 9 sous !! Je me suis abstenu et rabattu sur un achat d’une poudre…  mirifique ?! qui doit me donner une petite bouteille d’encre noire. Je me laisse faire. Nous verrons…  le miracle. En revenant à moitié chemin nous voyons un incendie sur Cheppes. J’y vais avec Marie-Louise et Maurice. C’est chez M. Aubert, son ancienne maison, les écuries et la moitié de la maison d’habitation qui sont détruites (Marie-Edouard Raoul Aubert, alors mobilisé au 6e Escadron du Train). Je rentre fatigué. Des troupes arrivent loger ici, le 18e Train et le 49e d’Infanterie, nous devons loger le commandant. Je suis toujours fort triste. Lettre de Jacques Simon qui m’annonce que le ministre des Beaux-Arts a décoré dans la Cathédrale de Reims M. Sainsaulieu, l’architecte, qui a procédé depuis le commencement de la Guerre au sauvetage et aux consolidations de la Cathédrale. Je lui ai envoyé un mot de félicitations.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 mars 1918 – Bombardement, toujours avec gaz. Aujourd’hui, a eu lieu l’enterrement de notre camarade Mon­brun. La réunion à l’hospice Roederer-Boisseau était fixée à 14 h ; Cullier et moi nous étant mis en route afin d’y parvenir quelques minutes avant la levée du corps, avions manifesté, auprès d’une religieuse, le désir de présenter si possible nos condoléances à Mme Monbrun, intoxiquée en même temps que son mari — moins gra­vement atteinte — et soignée aussi à l’établissement où il est décé­dé.

On nous fait entrer dans une salle garnie de lits, dont une di­zaine sont occupés par des femmes victimes des derniers bombar­dements à gaz. Nous ne nous y attardons pas, mais le peu de temps que nous passons là, dans ce milieu infiniment attristant, suffit à nous remuer profondément. La vue de ces malheureuses gémissant, méconnaissables, avec des figures congestionnées, les yeux bouffis, dont deux ou trois — prises par les voies respiratoi­res et ne pouvant plus aspirer qu’un peu d’air — sont visiblement en train de mourir, est horriblement lugubre. Ah ! nous sommes bien fixés sur les terribles effets des gaz…

Nous sortons très émus, saisis de pitié pour les pauvres fem­mes qui endurent d’aussi affreuses souffrances et nous nous joi­gnons aux quelques assistants venus saluer le cercueil, exposé nu, sans drap mortuaire. Les brancardiers-volontaires tout dévoués qui, en la circonstance, suppléent les Pompes funèbres, assurent l’in­dispensable du service, avec leur voiture, qui doit servir de cor­billard. Cette voiture qui a si souvent roulé en ville pour le trans­port des blessés ou des morts, est conduite par M. Fauvelet. Le­jeune et Cogniaux faisant office de porteurs, y placent la bière, aussitôt l’arrivée des membres de la municipalité, s’installent sur le siège, auprès du conducteur, puis le pauvre convoi se met aussitôt en marche, sans clergé.

Le cortège est composé de MM. le Dr Langlet, maire et de Bruignac, adjoint ; MM. Cullier, chef du bureau de la comptabilité ; Luchesse, secrétaire général de la police ; Bauchart, secrétaire adjoint ; Cachot, Deseau, de l’état-civil, Mlle G. Jaunet, auxiliaire du bureau militaire ; P. Hess, directeur du mont-de-piété, de trois autres collègues puis de M. Reynier, préposé en chef de l’Octroi, qui s’y joint en cours de route.

Ce triste enterrement, que rien ne ferait remarquer sans la douzaine de personnes suivant la voiture, longe les rues de Courlancy, Martin-Peller, les avenues de Paris et d’Épernay, salué au passage par quelques soldats rencontrés ; il continue son chemin vers le cimetière de l’Ouest entre des 155 d’un côté et leurs projec­tiles emmagasinés en face, de l’autre côté de la route.

Auprès de la tombe, le maire, évoquant le souvenir des victi­mes civiles de Reims, flétrit les moyens barbares employés toujours par nos ennemis, parle de l’épreuve douloureuse supportée par la population et fait ressortir les qualités et le dévouement sans bor­nes de l’excellent collègue que nous accompagnons à sa dernière demeure.

Ce petit discours écouté sans émotion trop apparente, l’assis­tance salue la dépouille mortelle puis, un à un, les assistants rega­gnent la porte du cimetière, ayant plus ou moins à l’esprit l’appré­hension du danger qu’ils courent eux-mêmes, actuellement.

Après la cérémonie, quelques collègues échangent leurs im­pressions. L’avis des moins pessimistes est que l’existence des quelques centaines d’habitants restant encore à Reims, est de plus en plus sérieusement menacée avec les épouvantables bombarde­ments à gaz et que, dans ces conditions, le plus tôt pour l’évacua­tion sera le meilleur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Paris – CPA : collection Pierre Fréville


Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 2°. Gelée blanche. Beau temps, soleil. Visite du Général Petit qui dîne avec nous. Visite d’adieu des Sœurs de St-Vincent de Paul de St-André. Visite d’officiers anglais(1) accompagnés d’officiers français. Ils résident à Jonchery. Tir contre nos batteries pendant 2 ou 3 heures, de 2 h. à 5h. soir. Nuit marquée par de fréquents bombardements des batteries.

(1) Le 9e Corps d’Armée britannique et venu tenir le front entre Craonne et Berry-au-Bac. il est rattaché à la VIe Armée française du général Duchêne. Ce sont ces troupes qui vont combattre à l’ouest de Reims et dont nous retrouvons aujourd’hui les cimetières d’Hermonville au Tardenois et à la vallée de l’Ardre
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 7 mars

Actions d’artillerie, parfois vives, dans la région de la Pompelle, en Champagne et dans quelques secteurs des Vosges.
Un coup de main ennemi vers la Main de Massiges est resté sans succès.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie s’est montrée plus active que de coutume, au sud de Saint-Quentin et vers le bois Grenier; elle a été assez active à l’ouest de Cambrai, au sud-est et au nord-est d’Ypres.
Les pilotes britanniques ont fait du réglage et quelques reconnaissances. Ils ont jeté des bombes sur les voies de garage de Mouscron (nord-est de Lille) et sur des objectifs voisins des lignes ennemies. Deux appareils allemands ont été abattus en combats aériens et un troisième, contraint d’atterrir désemparé. Un appareil anglais n’est pas rentré.
Nos alliés ont bombardé la gare d’Ingelmunster et un champ d’aviation au nord-est de Saint-Quentin. Tous leurs appareil sont rentrés indemnes.
Sur le front italien, reprise d’artillerie, entre le lac de Garde et l’Astico, dans la région de Monterello et le long du littoral.
Nos alliés ont concentré des feux sur des troupes ennemies en marche du côte d’Asiago, au Sud de Primolano et sur la rive gauche de la Piave.
Un aviateur anglais a abattu un avion ennemi près de Conegliano.
Le croiseur anglais Calgarian a été torpillé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 2 février 1918

Louis Guédet

Samedi 2 février 1918

1240ème et 1238ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La Chandeleur !! Que de charmants souvenirs d’enfance pour moi. On fêtait naguère ce jour chez moi, on assistait à la messe et l’on rapportait son cierge bénit. Tout cela est passé. Cela me semble d’une telle fraîcheur. On ne reverra jamais plus cela avec cette époque d’incroyance et d’indifférence. La Chandeleur !! souvenirs de ma première jeunesse. Adieu ! Je suis sous les bombes par ce soleil magnifique. Il fait froid.

Rien de saillant depuis hier soir, calme relatif. Ce soir je paie mon pari avec Beauvais, dans le « Condreux-club » à L’Homme d’osier, 72 rue de Vesle, où se réunit ce singulier petit clan…  de purs ! et où se décident bien des rubans. Lenoir et Guichard y seront avec les habitués, Happillon, Dor, lieutenant Migny, Condreux le propriétaire de céans, Beauvais.

Demain je déjeune chez Houlon qui est heureux, à ne pas décevoir de la certitude de son ruban.

On doit prendre des Hospices quelques uns de mes cartons d’archives à mettre en consigne à la Gare d’Épernay d’où je les ferai suivre avec moi mercredi. Pourvu que le service de l’Évacuation de Migny me prenne le reste !! À la Grâce de Dieu !

Temps magnifique ! Trop beau ! Hélas ! car par ce soleil radieux, gare les bombes, etc…  etc… Pour nous, pauvres Rémois, nous préférons la pluie, les temps maussades. Nous sommes moins bombardés.

5h soir  Rien de nouveau. Avions, bombardement après-midi par salves. Lettre de ma chère femme souffrant toujours de douleurs, la malheureuse. J’organise mon départ pour le 6. J’ai hâte de partir. Ce soir, réunion avec Beauvais, Condreux. Demain je noterai ce qu’il en est et aura été.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 février 1918 – L’Eclaireur de l’Est donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui a eu lieu le 30 janvier.

A cette réunion, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, dans le local actuel de la mairie, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints ; Chezel, Demaison, Charles Heid- sieck, Gustave Houlon, Jallade, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont.

Dans l’ordre du jour, figurait l’examen du compte administratif communal de l’exercice 1916. Le rapporteur était M. Demaison.

Le journal dit :

Mennesson-Dupont qui préside à ce moment la séance, fait part au maire de l’approbation de ce compte par le conseil et rend hommage au zèle et à la compétence du maire et de ses adjoints, ainsi qu’au dévouement du personnel resté fidèle à son poste.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 février – Purification. – 2°. Beau temps. Visite du Colonel Coignard du 108e, et du Docteur du régiment. Après-midi rendu visite. Visite à M. Houlon. Visite du Capitaine de Beaumont de Brie ? Breton, connaissant les Colbert, les Chabot, les La Bretèche, les De Nonas (?). Avions, tir contre eux. 5 bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 février

Nos détachements on réussi divers coups de main dans la région de Nieuport et au nord-ouest de Reims. Nous avons fait des prisonniers et ramené une mitrailleuse.
Dans la région nord-est de Flirey, un fort parti ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes a été dispersé par nos feux.
Les Anglais ont brisé sur leur front, une tentative de coup de main effectuée par l’ennemi, à l’ouest d’Arleux-en-Gohelle. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande vers Lens et Gouzeaucourt.
Sur le front italien, après de nombreuses et vaines tentatives pour enlever à nos alliés les gains obtenus dans la région de Sasso Rosso, l’ennemi a commencé une action plus intense sur le mont Val Bella.
Les assaillants, par un feu de barrage foudroyant et rapide, ont été obligés de se replier sur leurs positions de départ avant d’avoir pu prendre contact avec la ligne italienne.
Tirs d’artillerie sur le reste du front. Echec d’un groupe autrichien dans le val Giudicarie.
Activité de patrouilles entre Posina et l’Astico.
L’ennemi a jeté des bombes sur Bassano où l’on signale quelques blessés.
Le bilan rectifié du raid des gothas sur Paris est de quarante-neuf morts et deux cent sept blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Vendredi 28 décembre 1917

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Louis Guédet

Vendredi 28 décembre 1917

1204ème et 1202ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps glacial. Le matin couvert et l’après-midi tempête de neige. Courrier en retard. J’attends toujours mon contrat de mariage !! Lettre de ma chère femme, de Mme Gambart toujours affectueuse, et surtout fort bien tournée. J’ai Dondaine à déjeuner. Causons très cordialement, de petit clerc il est arrivé à ce qu’il est. C’est un beau cerveau. Nous nous quittons à 1h1/2. Je cours rue des Murs pour mes coffres-forts. Personne, tout le monde est parti. Je cours à la Ville, ni Minet, ni Monbrun ne sont là. Tant pis, je laisse à ceux-ci un mot pour leur dire de venir me faire leur rapport. Je reste avec Houlon à qui je raconte mon travail de simple police, j’ai justement terminé ce matin mon examen des 237 procès faits par 132 gendarmes !! que je dois juger le 15 janvier 1918… Quelques uns à sabrer. Je cite 4 gendarmes à laver la tête, Viot, Pargny, Fournier et Blanc. Quelles brutes. Le filon pour eux en ce moment ce sont les voitures au trot. Les culottes de peaux militaires ont décrété qu’on ne devait pas courir dans les rues de Reims, ci 90 procès !!… Défense de circuler, bicyclette sans autorisation : coût 90 procès pour les Rémois. Et nos brutes galonnées sont satisfaits. Témoins ces gendarmes faisant un procès de bicyclette à D’Hesse le boulanger qui courait au ravitaillement pour sa farine afin de ne pas laisser crever de faim ses clients. « M’en fout : çà les dressera !… Et allez-y…

De son côté Houlon me conte l’aventure qui arriva à Guichard, Vice-président des Hospices et au Maire. Guichard n’a pas eu son mandat renouvelé depuis 1914, en sorte que tout ce qu’il a fait…  est nul !! Houlon m’invite sur le pas de ma porte à déjeuner le jour de l’An. J’accepte quand Melle Dor m’arrive éplorée pour me dire que son fiancé a une bronchite et que le mariage (et par suite le contrat) est remis sine die. Je saute place d’Erlon retenir ma place à l’autobus pour demain. Pas de place. Par une tempête de neige, dans 10 centimètres de neige, ne voyant pas à 10 mètres devant moi, je cours à l’octroi Porte de Paris où j’attends l’auto venant d’Épernay voir si j’aurais une place demain à 9h ou à midi. Sauvé, j’aurai une place à 9h demain matin. Je rentre chez moi dans un vrai tourbillon de neige, couvert de neige, trempé, suant… Je m’attelle à mes préparatifs de départ et à la mise au point de tous mes services.

C’est fait.

Je vais quitter Reims demain pour n’y revenir qu’en 1918, vers le 10 janvier. Triste année !! Souffrances inouïes vécues. Que sera 1918. Je n’ose y songer… Tristesse, deuil, angoisses, tout m’a été donné en 1917… Rien, le néant, l’Injustice et l’Écœurement… Se dévouer, à quoi bon !… On ne récolte qu’injustice et haines… Je n’ose même pas formuler le moindre vœu pour 1918, à quoi bon !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 28 – – 4°. Nuit tranquille en ville. Via Crucis in Cathedrali. 3 h. 15, neige, qui couvre tout le dallage de l’église, c’est navrant. Réponse au P. Philippe. Visite à M. de Bruignac qui m’apprend qu’une femme a été tuée à 10 h. par un obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 28 décembre

Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie s’est poursuivie au nord du bois des Caurières.
Il se confirme que l’attaque exécutée la veille par les Allemands dans cette région a été très violente. Après une très forte préparation d’artillerie, l’ennemi a lancé deux bataillons à l’assaut : nos feux les ont obligés à se disperser.
Au cours d’une deuxième tentative des éléments ennemis sont parvenus à aborder nos positions, mais ils en ont été aussitôt rejetés après un vif combat. Le nombre des cadavres ennemis restés sur le terrain, entre les deux lignes et dans nos fils de fer, témoigne de l’importance des pertes subies par les Allemands, qui ont laissé des prisonniers entre nos mains.
Dans la soirée, nos batteries ont pris sous leurs feux des troupes ennemies qui se rassemblaient au nord-ouest de Bezonvaux et les ont dispersées en leur infligeant des pertes.
Faible activité sur le front belge. Tirs d’artillerie dans la région de Dixmude.
Mauvais temps sur le front de Macédoine.
En Italie, combat aérien au-dessus de Trévise. Nos alliés ont abattu onze avions ennemis.
Czernin et Kuhlman, à Brest-Litowsk, ont remis leur réponse aux propositions russes. Ils préconisent la paix générale, refusent toutes réparations pécuniaires, et considèrent que toutes les questions de nationalités regardent exclusivement la politique intérieure des Etats.
M.Pichon a prononcé à la Chambre un important discours sur la situation extérieure.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

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Mardi 3 juillet 1917

Louis Guédet

Mardi 3 juillet 1917

…disaient qu’ils étaient considérés par leurs officiers comme des imbéciles parce que trop honnêtes. Ils m’ont affirmé que des officiers ont fait piller des caves à leurs hommes et revendaient ce vin soit à de leurs collègues soit à des civils. Le maréchal des logis André Cottard, employé de commerce au Havre 38, rue du Docteur Cousture, le soldat Gaston Buquer, aussi employé de commerce à Petit-Couronne (Seine Inférieure) avenue Samson, me disaient qu’ils étaient chaque jour écœurés. Ils me disaient le plaisir que ces officiers avaient de molester la population civile, mais ils ajoutaient, notamment Cottard : « Ils ne savent pas les haines qu’ils accumulent contre eux de la part de tous, et il ne fera pas bon de porter des galons après la Guerre. Ce sera terrible comme représailles ». Ils me confirmaient (ce qu’on m’avait déjà dit) que les officiers de l’active s’étaient eux surtout embusqués ! Ils prétendent qu’ils sont là pour former les soldats et les autres officiers et non pour se battre !!

Néanmoins ces 2 jeunes gens très sérieux étaient découragés de tout cela et de tout ce qu’ils voyaient et entendaient. C’était un découragement concentré et résigné.

Acheté un journal. Zinc ! boum ! boum !! en avant le « bourrage de crâne ». La Grrrande offensive Russe !!! 8000 prisonniers, et patati et patata !! En avant la musique qui finira en couacs probablement ! Nous aura-t-on rasés avec cette Grrrrande offensive ! qui finit toujours par un pétard ! Mais quel découragement ! quelle lassitude ! Dans toutes les classes, sauf parmi les galonnards fêtards. La noce continue toujours et ils ne désirent qu’une chose, c’est que cela dure toujours. Il en est de même me dit Melle Payard, ma voisine, retour de Paris, des Parisiens qui ne songent qu’à jouir, s’amuser, à filer aux Bains de mer, etc… C’est comme un vent de folie de jouissances qui s’empare de tous ces gens-là. Comme à la veille d’un grand cataclysme, d’une immense catastrophe !! Gare le réveil !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 juillet 1917 – Bombardement très violent, la nuit, sur le quartier Ponsardin

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 16°. Bombes nombreuses sur rue Bacquenois, rue Buirette, etc. Visite à M. de Bruignac, trouvé chez lui ; à M. Charbonneaux Emile, non trouvé ; à M. Becker. Reçu visite d’un Aumônier de la nouvelle Divi­sion avec un Pasteur protestant et sept ou huit officiers du service de santé. Photographie prise dans la cour. Nuit tranquille ; orage de 5 à 6 h. Incendie rue Bacquenois, allumé par les obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 3 juillet

Au sud de Saint-Quentin, nous avons repoussé un coup de main ennemi sur nos petits postes, vers Gauchy.
Dans le secteur Cerny-Ailles, les deux artilleries continuent à se montrer particulièrement actives. En fin de journée, nos troupes ont contre-attaqué de part et d’autre de la route Ailles-Paissy. Cette action, vivement conduite, nous a permis de rejeter les Allemands au delà de la ligne de tranchée qu’ils avaient occupées. Le terrain reconquis, couvert de cadavres, témoigne de l’importance des pertes subies par l’ennemi au cours de son offensive.
Duel d’artillerie assez violent dans le secteur de la route de Laon à Reims.
En Woëvre, une forte reconnaissance allemande, qui tentait d’aborder nos lignes vers Flirey, a été dispersée par nos feux.
Les Russes ont pris l’offensive contre les positions austro-allemandes sur le front Koniuchy-Demeliki et ont enlevé trois lignes de tranchées, ainsi que le village fortifié de Koniuchy, puis se sont avancés jusqu’au ruisseau Koniuchy. Ils ont ramené 164 officiers et 8300 soldats prisonniers. Le dénombrement de ceux-ci se poursuit.
Au sud-ouest de Brzezany, après un bombardement régulier, les troupes russes ont attaqué les positions ennemies et se sont emparées d’une partie de ces positions.
L’empire a été restauré en Chine au profit de l’ancien empereur Pou Y.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 17 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 17 juin 1917

1009ème et 1007ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 après-midi  Nuit plus qu’agitée, des bombes un peu partout à chaque instant, bataille, peu ou pas dormi. Chaleur torride ajoutée à cela. On est à moitié démoli. Ce matin messe à 7h dite par Mgr Neveux. Le Cardinal a lu une lettre relative au vœu au Sacré-Cœur pour la délivrance et le triomphe de la France fait par tous les archevêques et évêques de France, et célébré à partir du Sacré-Cœur tous les ans le vendredi de la Fête-Dieu. Assez de monde. (Rayé) qui était (rayé) comme (rayé) il ne voulait pas (rayé). Pensez donc ? On (rayé) en ce moment ! Quant au Cardinal, c’est la bonté et le sourire même, quelques communions et la communion consommatrice de la même fidèle de l’Hostie qui a servie à la bénédiction du Salut après la messe.

Rentré travailler, mais fatigué de la nuit. Eté au courrier rue Libergier. Peu de lettres, aperçu Beauvais, toujours la bouche en cœur, on décore donc en ce moment même notre bon Cardinal. (Rayé) et Dramas de l’Éclaireur de l’Est. Ces (rayé) déshonorent la (rayé) 3 premiers. Ma foi je ne vais pas (rayé) là, non j’aime mieux avoir ma croix de la Justice et…  même tout seul. Vraiment mon (rayé) me semble être le (rayé) et Dieu sait quels piètres (rayé). Je passerais encore (rayé) mais (rayé) un politicien, arrivé à peine depuis 8/10 mois, qu’on décore avec ceux qui sont restés tout le siège de Reims (34 mois) et qu’à-t-il fait, rédigé l’Éclaireur de l’Est qui (rayé) avait (rayé) ici par Lenoir et Mignot pour éclairer le Monde (?) non Reims dans les ténèbres de l’obscurantisme, puisque l’Éclaireur n’éclairait plus notre ville en deuil de sa bonne parole. Bref au marché entre pantins…  Lenoir disant à Dramas : « Viens à Reims et dans 6 mois on te décorera !… » Je me demande si Dramas, ayant ce qu’il désire, ne va pas fiche le camp comme les autres décorés…  Mme Fouriaux, Guichard qui ne cherche qu’un prétexte, et autres blédards de même tonneau. Pantins. Je le répète.

Je n’ai qu’un désir, c’est que bientôt et vite le Ministre de la Justice me décore à la barbe de tous ces pleutres-là. Au moins j’aurais la satisfaction de penser que je ne leur dois rien, en attendant que je leur dise, et en plein bec. C’est moi qui aurais eu le sourire…  Et ma foi, ils ne l’auront pas volé.

1h3/4  Çà tape toujours, heureusement que nos décorateurs décorent dans les caves Werlé où est installé l’Hôtel de Ville. (Rayé).

Je vais tâcher d’aller faire un tour pour tuer mon temps, en attendant d’être tué…  moi je ne puis espérer qu’une croix de bois, et encore est-elle bien nécessaire pour que je repose de mon dernier sommeil. Un peu de gazon ! C’est suffisant !

4h1/2 soir  Porté travail à mon vieil expéditionnaire M. Millet, rue Souyn, revenu par les marais et les tilleuls. Les pauvres tilleuls !! Ils sont radicalement mangés par les chenilles. C’est navrant, et plus d’ombre. Retourné pour prendre un journal que je trouve place d’Erlon. Je ne vais pas plus loin et me dispose à rentrer chez moi quand je rencontre M.M. Albert Benoist et Lelarge qui m’annoncent la venue de Poincaré, Président de la République, accompagné de Léon Bourgeois, Vallé, Monfeuillart, etc…  des généraux Micheler (commandant la Vème Armée depuis le 22 mai 1917), Fayolle (commandant le groupe d’Armées du centre depuis mai 1917) pour décorer le Cardinal qui était très ému, parait-il. Échange de discours parfaits me disent ces Messieurs…  Émile Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Dramas et ce bon M. Martin, secrétaire de la sous-préfecture, il l’a bien gagnée. Croix de Guerre à Mmes Luigi et Tonnelier des Hospices, et enfin des citations à l’ordre…  assez nombreuses. Et voilà les nouvelles.

On voit bien que le Président de la République venait, car on ne voyait pas un soldat et encore bien moins nos galonnards fêtards et pillards. Il fallait jeter de la poudre aux yeux, et éviter de montrer les désordres journaliers de nos rues…  Brutes, va !!

Comme je causais avec ces messieurs, le bon Père Gérard, un original, m’interpelle : « Eh ! bien ! M. le juge de Paix, vous n’êtes pas décoré des 2 croix, Légion d’Honneur et Croix de Guerre ?! » Alors de lui répondre : « Pensez-vous ? Il n’en peut être question. Et puis vous dites des choses qu’on ne doit pas dire, encore bien moins penser parce qu’elles n’arriveront jamais ». Alors lui de protester, mes 2 interlocuteurs étaient plutôt en harmonie. Je les quittais en rentrant mélancoliquement chez moi, dans ma prison. Beau jour pour les uns et tristesse pour moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 juin 1917 – Bombardement, le matin, vers Pommery.

Dans la matinée, à la mairie où j’étais allé, comme d’ha­bitude, M. Raïssac m’a fait savoir que le président de la République doit venir cet après-midi remettre quelques décorations, notam­ment la croix de chevalier de la Légion d’Honneur à Mgr le cardi­nal, MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac. M. Raïssac exprimait le désir que l’invitation d’assister à la cérémonie qui aura lieu à 14 h, dans le cellier d’expédition de la maison Werlé & Cie, 6, rue de Mars, et ne devait pas être connue plus tôt, soit transmise aux collègues qui pourraient en être avertis.

Je vais sans tarder, faire part de cette invitation du secrétaire en chef à Cullier.

A 14 h 1/2, M. R. Poincaré, président de la République, en vareuse, jambières et casquette à visière de cuir, descend d’une auto qui vient de s’arrêter aux caves de la maison de vins de Champagne de Mun, 6, me de Mars (dont la raison sociale est : Werlé et Cie). Il est suivi de quelques personnages officiels.

Montant rapidement les marches accédant dans la salle où se trouve réunie une assistance peu nombreuse, il va directement vers Mgr Luçon, à qui il donne l’accolade, salue le maire, puis les futurs légionnaires s’étant alignés, le président de la République exalte leurs mérites en un petit discours très élevé, disant combien ils se sont montrés dignes de la récompense qu’il a la joie de leur ap­porter, au nom du gouvernement de la République.

Mgr le cardinal répond par quelques mots seulement, pour remercier M. le Président de la République, en reportant sur son clergé, dont il loue l’attitude, les mérites du grand honneur fait à sa personne.

M. R. Poincaré remet alors aux nouveaux décorés, dans l’or­dre suivant, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, qu’il épingle sur leur poitrine, après lecture de la citation concernant chacun d’eux, par un colonel : S. Em. le cardinal Luçon ; MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac, adjoints au maire ; Beauvais, direc­teur de l’école professionnelle ; Martin, secrétaire général de la sous-préfecture ; Dramas, rédacteur de L’Eclaireur de l’Est ; M. le Dr Harman, absent, est également nommé.

La croix de guerre est décernée ensuite à Mlle Luigi, directrice de l’hôpital civil et à Mme Tonnelier, puis, sont cités à l’ordre du jour civil : MM. Marcelot, chef-fontainier du Service des eaux ; Plichon, chef-mécanicien à l’Usine des eaux ; Raullaux, directeur du Service des Eaux ; Dr Gaube ; Palliet, commissaire central de police ; Speneux, commissaire de police du 3e Canton : Grandin, chef du service du Ravitaillement ; Rousseaux, directeur de l’abat­toir.

Le personnel de la mairie, fier de voir à l’honneur ceux qu’il a vus à l’œuvre depuis septembre 1914 — M. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints, ainsi que des collègues ou camarades dont le rôle a été particulièrement remarqué — est heureux aussi d’assister à cette réunion toute d’intimité, qui se déroule sans pro­tocole, sans service d’ordre et sans le moindre apparat dans une salle bombardée, dont les murs laissent voir la brèche d’entrée d’un obus. Aucune tenture, aucun écusson ne sont venus amoin­drir le caractère inopiné de la visite présidentielle, que ce cadre non apprêté rend d’une simplicité émouvante, dans une atmos­phère toute de sympathie.

Le service d’honneur est fait par quatre hommes du 410e d’infanterie, commandés par un lieutenant et escortant le drapeau du régiment.

Deux ou trois gendarmes, venus en même temps que les voitures, étaient restés dans le chartil.

Pendant le cours de cette cérémonie qui se termine dans l’ab­solu mélange des personnalités et des invités désirant présenter leurs félicitations aux décorés, j’ai entendu le ronronnement d’un avion chargé sans doute d’exercer une surveillance au-dessus du local où elle avait lieu.

Étaient présents : les sénateurs et députés de la Marne ; le préfet, le sous-préfet, le maire de Reims, M. le Dr Langlet, les géné­raux Fayolle, Mucheler, Cadoux et d’autres officiers, quelques membres du clergé de l’archevêché ayant accompagné Mgr Luçon, avec M. le chanoine Lecomte, secrétaire général, trois ou quatre dames et les représentants des services municipaux ayant pu être prévenus — mairie, police, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Sur la photo autour du Président et du Maire Langlet : Chapron , Valle, Monfeuillard, Baillez, Cadoux, Harman, Guichard, Bataille, Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Martin, Dr, Raissac, Paillet, Lejeune, Demaison, Rousseau, Raullaux, Chatelle.

Source de la photographie : Archives Municipales et Communautaires, Reims


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – A 8 h., + 23°. Messe Chapelle du Couchant, lecture par moi-même de la Lettre pastorale n° 101, et du Vœu au Sacré-Cœur. Aéro­planes, tir contre eux ; tir continu (les 2 batteries ?) toute la matinée. Visite à Reims du Président de la République. Il remet la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur à MM. de Bruignac, Charbonneaux – et autres, et à moi. Je le remercie. Je lui fais visiter la Cathédrale. Au sortir, il me fait remettre un billet de 500 f. pour mes œuvres. Bombes jusqu’à 3 h. 2 obus à Saint- Maurice. Plusieurs personnes ont été blessées dans la matinée. M. Poin­caré va les visiter.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

17 juin 1917, visite du président Poincaré à Reims, ici avec le Cardinal Luçon, au fond à gauche, le Docteur Langlet Collection Gallica-BNF


Dimanche 17 juin

Canonnade assez vive sur le front de Champagne.

Près de Courcy, nous avons repris une tranchée dont tous les occupants ont été tués ou capturés.

Sur le front italien, à l’est du massif de l’Adamello, des détachements d’un bataillon alpin et des skieurs, malgré une défense acharnée de l’ennemi, ont attaqué la position de Corno-Cavento (3400 mètres d’altitude), qu’ils ont prise d’assaut. Les Italiens ont fait des prisonniers et capturé 2 canons de 75, un mortier et 4 mitrailleuses. Sur tout le front du plateau d’Asiago, l’ennemi a entretenu un violent feu d’artillerie.

Sur l’Ortigaro, les positions italiennes ont été de nouveau attaquées avec une extrême violence. L’ennemi a subi de très lourdes pertes; il lui a été fait 52 prisonniers. Une autre tentative a échoué dans la vallée de San Pellegrino. Des colonnes de camions autrichiens ont été atteints par l’artillerie italienne sur la route de Chiopovano ainsi que des détachements de troupes à l’est de Castagnovizza.

Les troupes franco-anglaises continuent à progresser en Thessalie au delà de Trikalu et de Colombaka.

M. Venizelos a envoyé un télégramme de remerciements à M. Ribot au nom de la Grèce libérée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 16 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 16 juin 1917

1008ème et 1006ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Bataille toute la nuit, obus sifflant vers Courlancy. Nuit agitée, mal reposé. Chaleur toujours torride. Vu à la Poste M. Beauvais qui, la bouche en cœur, m’a annoncé que demain à 1h1/2 Léon Bourgeois, avec d’autres sénateurs ou députés, venait pour le décorer avec Charbonneaux, de Bruignac, Dramas et le Cardinal Luçon ! Je l’ai félicité…  mais je n’ai pu m’empêcher de lui faire la remarque qu’on faisait une crasse au Dr Harman, qui comme Geoffroy ont vu leurs noms mis en vedette dans les journaux bien maladroitement ! Il me disait qu’il était question de faire bientôt une nouvelle liste de citations et ensuite de décorations. Je lui ai répondu qu’on ferait bien de le faire vite, et exécuter encore plus vite, car c’était ridicule de faire traîner ces décorations à l’infini. On l’a mérité sous les obus, qu’on la donne donc vite sous les bombes. Puis j’ai glissé, car je ne voulais pas qu’il me fit une allusion quelconque à ce sujet.

Car comme je le disais au Père Desbuquois avec qui je viens de passer 2h à causer, je préfèrerais avoir ma citation et ma décoration du Ministère de la Justice, comme seul juge de Reims décoré, ce serait très clair et en même temps une révérence ironique à nos politiciens, à qui je pourrais faire sentir que je ne leur doit rien, tout en ayant rendu service à leurs électeurs. Le R.P. Desbuquois sent bien les rancunes et les haines que j’accumule, et il me disait que cette décoration s’imposait pour moi, bien que ne l’ayant pas cherchée ni sollicitée. J’en aurais certainement besoin pour survoler tous les aboyeurs qui hurleront après moi après la Guerre… Je suis de cet avis maintenant, autant ce ruban m’était indifférent il y a quelques mois, autant je sens maintenant qu’il m’est nécessaire. Le Bon Père Desbuquois rayonnait à la pensée que je sois le seul proposé par le Ministère de la Justice pour la Ville de Reims. Il disait : « Ce serait parfait, élégant, délicat !!… » Ses yeux pétillaient en disant cela. Enfin je n’ai qu’à attendre. Et puis, avec ma guigne habituelle, cela viendra-t-il jamais ?… !…

Reçu lettre de Robert qui pense avoir sa permission dans 2 ou 3 jours. Je me tiens donc prêt à toute éventualité… Je serais heureux de revoir cet enfant, mais ce sera aussi bien triste pour moi, je serais si heureux pour ces petits et pour ma femme de leur apporter un jour ce ruban…  largement et durement gagné. Ce serait un honneur pour eux, et une belle réponse à tous ceux qui m’ont fait du mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 juin 1917 – Nuit très mouvementée. Bombardement sans arrêt, qui dure encore toute la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 16 – + 18°. Nuit agitée à l’est de Reims et aux environs immé­diats ou dans la périphérie. Visite de MM. Charbonneaux et de Bruignac, au sujet de leur Décoration fixée au 17 : entente sur le rôle de chacun. Matinée, bombes loin de nous. De 1 h. à 2 h. item. A 10 h. matin, béni l’étendard du 8e de Cuirassiers, 3e bataillon 26, présenté par le Lieutenant de France et le Père Pfliger. Nuit assez agitée autour de Reims. Trois incen­dies rue Croix Saint-Marc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 16 juin

La journée a été calme sur notre front, sauf dans le secteur Hurtebise-Craonne où les deux artilleries continuent à se montrer actives.

Sur le front belge, lutte d’artillerie assez intense vers Schilderbrug et Steenstraete-Hetsas. Les aviateurs belges ont abattu deux appareils ennemis qui sont tombés dans les lignes adverses. Ce matin, un troisième avion allemand a été descendu en flammes vers Keyem. Les troupes britanniques ont attaqué au sud et à l’est de Messines et sur les deux rives du canal Ypres-Commines. La résistance de l’ennemi a été rapidement brisée et nos alliés ont atteint tous leurs objectifs sur ces deux points. Plus de 150 prisonniers, un obusier et 7 mitrailleuses sont restés entre leurs mains.

Des opérations qui font suite à la pression continue exercée par leurs troupes depuis le 7 juin leur assurent la possession des tranchées de première ligne allemande entre la Lys et la Warnave et avancent la ligne anglaise de 500 à 1000 mètres sur tout le front d’environ 11 kilomètres entre la Warnave et Klein-Zillebeke.

Un coup de main a été exécuté avec succès près de Lens.

Trois raids des Bulgares sur les positions anglaises, dans la région du lac Doiran, en Macédoine, ont été repoussés.

Canonnade sur la rive droite du Vardar et dans la boucle de la Cerna.

Les aviateurs britanniques ont bombardé la gare de Porna.

En Thessalie, nous avons occupé la voie Volo-Trikala.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 3 mai 1917

Louis Guédet

Jeudi 3 mai 1917

964ème et 962ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Temps magnifique, chaud, très chaud, vent de « hâle » Nord-Est comme les jours précédents, desséchant. Nuit assez calme. Bombardement ce matin vers Buirette, Gare. Nos galonnards de la Place  ! Peut-être notre illustre commandant de Place le Lieutenant-colonel Frontil (?) est-il filé à Épernay ? Mais ce serait tomber de Charybde en Scylla ! Non, il est dans son abri blindé de la rue Jeanne d’Arc – Buirette avec tous ses écriteaux avertisseurs : « Défense aux voitures se stationner devant cette porte ! » – « Défense de sortir de la Place quand des avions survolent la ville !! » Défense !!… ! Le com Défense !!… !!… Le commandant de Place qui nous alerte et ses larbins (rayé). Vers 10h1/2 été à la Poste. Retiré mon courrier. (Rayé).Vu là M. Beauvais, causé longuement ensemble. Il me dit que Chézel est parti par suite de manque de ressources (je le savais) et non par peur. Nous avons les mêmes opinions sur lui ! Il me raconte la…  fuite éperdue de Melle Fouriaux, chevalier de la Légion d’Honneur, tout récemment. La Peur ! La sainte Peur !! Vers Pâques elle a abandonné tout ! tout ! tous ses services qui lui avaient valu le ruban, (rayé). (Rayé! Elle est à Épernay où elle…  fait briller sa Croix au soleil !! Beauvais ne me cachait pas son sentiment à ce sujet. Ce que le brave Docteur Langlet, notre Maire, doit la trouver amère !! Lui qui a fait l’impossible pour octroyer à l’une de ses fidèles de l’ordre de la Ligue de l’Enseignement !!…  ce ruban rouge tant couru !!…  Toutes ces gens-là sont toutes les mêmes !! Gloriole ! honneur ! Pose ! Blagues et Blagueurs ! mais à la condition qu’il n’y ait…  aucun danger pour ramasser les lauriers, mêmes cueillis par d’autres !…  Fantoches ! Pantins !!

Causé aussi avec Beauvais du nouveau commandant de Place Frontil, le successeur de Colas qu’il juge comme moi. C’est un violent, brutal… (rayé)

Avant-hier je causais avec Boudin au coin de la rue de Vesle et de la rue Chanzy (coin opposé au Théâtre) quand nous voyons déboucher de la rue Libergier un capitaine de chasseurs à pied, à cheval, savez-vous dans quel équipement !!!… ?!! Je vous le donne en 100, en 1000 ? En uniforme flambant neuf, béret de côté avec cor et n°7 en or tout neuf, gants blancs, cheval de selle avec surtout bleu à large bordure jaune vif et cors aux angles de même, et martingale blanche !!!!  Non !! C’était grotesque !! et il se cambrait ! se pavanait ! dans notre ville en ruines et en cendres !! C’était scandaleux. Boudin et moi avions envie de crier « A la chienlit !! » contre ce pantin, cette caricature !!…  Voilà bien nos officiers pillards.

4h1/4 soir  A 3h après-midi, comme je me reposais un peu, on me prévient que l’Hôtel de Ville, la Chambre des notaires, la Mission, Werlé, rue des Consuls brûlent depuis midi. J’y cours, c’est exact…  et terrifiant. Le fronton seul subsiste, avec la statue équestre de Louis XIII, c’est impressionnant de voir les flammes briller derrière. La maison de mon Beau-Père, 27, rue des Consuls (rue du Général Sarrail depuis 1929) est indemne, grâce à la présence d’esprit Bourelle, qui a rejeté des poutres en flammes qui tombaient sur le toit du billard de la maison de Mme Jolicoeur qui elle est anéantie. Je rentre très impressionné de ce spectacle devant lequel on reste muet.

La maison de M. Bataille peut échapper au cataclysme, étant maintenant isolée par les ruines des incendies antérieurs, et par celui de la maison Jolicoeur. Des pompiers veillent du reste à la maison. Les Galeries n’ont rien pour le moment, car on n’ose plus rien augurer ni espérer. J’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer.

9h du soir A 7h1/2 je vais faire un tour au sinistre. Tout de suite je me suis rappelé les sinistres journées des 17 – 18 – 19 septembre 1914.

L’Hôtel de Ville achève de se consumer. Je visite la Chambre des notaires qui est rasée, heureusement la cave me parait intacte. Je vois Bompas et lui donne les instructions nécessaires pour murer l’entrée de la cave et la combler de décombres. L’incendie a été mis par une 1ère bombe incendiaire à 11h40 du matin, tombée chez Douce. Cet incendie embrase tout le quadrilatère formé par les rues Prison – Marc – Cotta – Tambour et place de l’Hôtel de Ville. Guelliot (la maison du Docteur Guelliot), la Mission (Chapelle de la Mission qui était attenante à la Chambre des notaires) sont brûlés. Le coin de la rue de la Prison (rue de la Prison du Baillage depuis 1924) et de la Place avec les maisons Fournier et Delahaye sont brûlées. A 1h20, me disait Houlon, pendant qu’ils déménageaient la chapelle de la Mission, ils virent une bombe tomber près du Campanile, sur la bibliothèque, en quelques instants une lueur et l’embrasement de toute la toiture de la façade, aussi soudain que celui de la toiture de la Cathédrale, m’ajouta-t-il…

Rue Linguet tout le côté gauche et le côté en face jusqu’à la rue Andrieux et le rue derrière Charles Heidsieck brûlent. Rue des Consuls, à partir de la maison Bataille jusqu’au coin de la rue du Petit-Four, achève de se consumer…  Rue Thiers tout flambe, à droite coin rue des Consuls, rue de la Renfermerie et rue Thiers, maisons Cornel-Wirkel (à vérifier) Lee (ancien dentiste habitant au 2, rue Thiers), de Ayala, etc…  à gauche maison du Dr Pozzi (au 1, rue Thiers) et le coin formé par la rue Salin et la rue des Boucheries… En continuant le côté gauche rue Thiers jusqu’à la rue du Petit-Four, face maison veuve Collomb (Maison Polliart), rue des Boucheries les maisons Michaud, Hourelle, Harel, Lainé flambent. Rue du Carrouge, rue des Telliers jusqu’à la maison de Payer (à vérifier) brûlaient quand je suis passé.

Là un incident en présence du curé de St Jacques, de Reigneron tailleur et 2 ou 3 autres personnes qui me connaissent très bien. Comme le toit de la maison voisine de celle de Payer paraissait menacé par les flammes qui rougissaient la toiture de la maison précédente (côté gauche, en regardant les immeubles) je dis à un pompier qui était à une fenêtre de vouloir bien faire attention de ce côté et d’y faire donner une lance, à peine avais-je dit ces mots que bondit sur moi le Capitaine des Pompiers de Paris Bardenat, comme un fou me dit de partir, que je n’ai rien à faire là. Comme je lui répondais que si j’avais donné des indications au pompier, c’est que j’ignorais qu’il fut là…  qu’il n’avait pas à se fâcher. Alors, de plus en plus furieux : « Si vous voulez faire quelque chose, allez à gauche et en avant… » Je lui répondis que je sortais justement de ce côté. « Allez à gauche et en avant !! » continuait-il à hurler comme un fou. Je lui dis alors : « J’y vais en avant depuis 32 mois, maintenant je crois que vous perdez la tête », et comme il s’en allait : « Vous perdez la tête », lui répétais-je. Ce qui était Vrai. Il n’était plus à lui mais à la peur !! Cela me confirme ce que me disait de lui Beauvais ce matin.

Je m’en allais avec l’abbé Frézet et les témoins de cette scène qui en étaient tous scandalisés et tout attristés, surtout un brave homme qui n’en revenait pas, et qui me disait : « Cela fait mal de vous voir ainsi arrangé, vous qui donniez une indication très judicieuse et qui vous dévouez depuis si longtemps pour nous !!… » Je lui répondis que j’y étais habitué, et que cela ne m’étonnait pas de la part de ces soudards galonnés.

Rentré chez moi avec les yeux pleins de flammes, d’horreurs, de tristesses.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 mai 1917 – Dès le matin, alors que je suis déjà occupé à notre table de la « comptabilité », dans la cave du 6 de la rue de Mars, où fonction­nent provisoirement nos bureaux, un voisin de mon beau-frère Montier, M. Degoffe, vient me trouver.

Mobilisé comme G.V.C. et revenu passer une permission à Reims, il est employé temporairement, depuis deux ou trois jours, à des écritures à la mairie.

Degoffe m’explique avoir constaté que l’on s’est introduit par effraction dans les caves de la maison n° 8 place Amélie-Doublié, où il est rentré habiter au premier étage et manifeste le désir que je l’accompagne, dès que possible, afin de me rendre compte et surtout d’essayer de garantir du vol ce qui n’a pas été enlevé chez mon beau-frère, mobilisé aussi de son côté et dont l’appartement, au second de la même maison, est maintenant inoc­cupé.

En le remerciant de cet avertissement, je lui dis :

« Mais, ne pourrions-nous pas voir à cela tout de suite ? »
« Si vous voulez », me répond-il.

Nous prévenons donc de notre absence et nous partons en­semble.

Sur place, nous voyons qu’à l’aide d’une pince, la porte du n° 10 de la place a été forcée par une pesée brutale, qui en a fait éclater le bois, abîmé la serrure et fait sauter la gâche. C’est par là qu’on est entré pour visiter sans doute les caves et ensuite, par escalade, on a franchi facilement le mur de séparation des deux petites cours, pour passer dans la maison n° 8 et en faire autant. En dehors de quelques bouteilles et menus objets disparus, l’en­semble du dommage ne doit pas être très important, néanmoins, nous avons vite fait, l’un et l’autre, de remettre des cadenas en place, puis nous allons barricader, de l’intérieur, la porte du n° 10, en clouant sur le chambranle, des planches placées en travers, afin de ne pas laisser ouverte, à tout venant, cette maison voisine que nous savons vide d’habitants, dans un quartier où il n’y en a plus guère.

Nous nous sommes employés activement à ce travail et nous regagnons le 8 par escalade, de la même manière que les indésira­bles qui avaient, sans hésitation, marqué si bien leur passage et causé, pour entrer, des dégâts vraiment disproportionnés avec le montant du chapardage.

Il est à peu près 11 h, quand je quitte M. Degoffe, qui me dé­clare alors :

« A cette heure, je vais voir à déjeuner chez moi ; il est trop tard pour retourner au bureau ce matin. Veuillez avertir Raïssac, en lui disant que j’y serai à 14 h, pour l’après-midi. »
« – Entendu, lui dis-je et je pars.  »

Le bombardement, commencé depuis plus d’une heure n’a pas cessé. Dans la traversée de la place de la République, où je me hâte tant que je le puis, sentant que les obus ne tombent pas loin de la gare, je pense : « C’est le moment de rentrer à l’abri et vite ! ».

Passant par l’hôtel de ville, je dépose dans le local de notre ancien bureau de la « comptabilité » quelques vêtements m’apparte­nant, retrouvés chez mon beau-frère, puis je traverse la rue de Mars, pour aller signaler mon retour, dans la cave où nous tra­vaillons et voir en même temps s’il y a quelque travail à faire d’ur­gence. Rien ne pressant particulièrement, je me dispose à regagner nos popotes, et, remontant, j’arrive sous le chartil du 6, où je re­trouve M. Degoffe, s’abritant du bombardement.

Surpris, je lui dis :

« Tiens ! vous avez changé d’avis ; je pensais que vous ne deviez revenir par ici que cet après-midi.
« Oui, me répond-il, mais je n’avais pas de pain et comme il n’y a plus de boulangerie dans mon quartier, j’ai dû venir jusque chez d’Hesse, rue de Tambour. »

Nous causons encore un instant, puis je le quitte pour traver­ser à nouveau la rue de Mars en courant, entre deux sifflements.

Les obus tombent dru. Il est midi et les camarades se font at­tendre ; ils sont immobilisés dans la cave, de l’autre côté de la rue. Le cuistot m’offre de me servir :

« Ça peut durer longtemps, me dit-il, comme ces jours-ci. »

Je viens de m’attabler à peine, quand le premier de ceux qui ont pu franchir la rue de Mars, pour venir déjeuner à sa place, dans le sous-sol, descend l’escalier au bas duquel je suis installé. C’est le sous-inspecteur de la police Dumoulin. En passant auprès de moi, il s’arrête pour me dire :

« Il y a un homme qui vient d’être tué, là-haut, sous le chartil du 6 ; c’est un vieillard, il paraît que vous le connais­sez. »

Puis, cherchant le nom, il ajoute :

« C’est un nommé Degalle… Degaffe… »

Je ne lui donne pas le temps d’en dire davantage, car vive­ment, je lui demande :

« Ce ne serait pas Degoffe, par hasard ?
« Oui, c’est bien cela, me réplique-t-il, on a trouvé son livre militaire sur lui ; il était derrière la porte quand un obus est arrivé. »

Je me précipite et en effet, soulevant la couverture qu’on a étendue sur le cadavre, je reconnais le malheureux avec qui j’ai passé toute la matinée. Son corps est saupoudré de poussière de plâtre provenant du chartil, sa chevelure en est toute blanche, ce qui à première vue l’a fait prendre pour un vieillard.

— Le bombardement est devenu terrible et finit par se localiser vers l’hôtel de ville.

Du sous-sol du bâtiment principal que les collègues ont réussi à atteindre, les uns après les autres, malgré le pilonnage dangereux instituant un véritable barrage, nous ressentons les fortes secousses produites par les projectiles éclatant dans ses environs ; lors­qu’il nous est possible enfin de remonter un instant, dans une accalmie, nous allons jusque sur la place d’où nous constatons, en examinant sa façade, que celle-ci a été défoncée par un obus, à gauche, au premier étage.

Des incendies se sont allumés.

Vers 14 h, avant de regagner nos bureaux, dans la cave du 6 de la rue de Mars, nous retournons jeter un coup d’œil sur la place, du perron de l’hôtel de ville. A ce moment, nous voyons brûler à gauche, la Chambre des Notaires ainsi que la chapelle de la Mission, dont l’entrée est rue Cotta, mais qui sont attenantes. Nous nous apercevons que la maison Decarpenterie, 3, rue de la Prison, après avoir reçu des obus incendiaires, communique le feu, par son arrière, à l’immeuble où sont les bureaux de la société des Pompes funèbres, 6, place de l’hôtel de ville, lequel a reçu égale­ment des obus. Ce dernier incendie progressant très vite, gagne ensuite la grande maison faisant angle (nos 2 & 4 de la place de l’hôtel de ville et 1, rue de la Prison) occupée par le café Dalmand et enclavée alors dans le brasier.

L’ensemble est en pleine combustion lorsque nous nous reti­rons.

Dix minutes, à peu près se passent. Nous nous sommes ins­tallés devant nos tables de travail sous l’impression laissée par la vue de ces nouveaux désastres, faisant suite à la mort soudaine de M. Degoffe, quand une voix, venant du rez-de-chaussée, annonce tout à coup, dans le silence :

« Le feu est à l’hôtel de ville. »

Nous avons tous levé la tête et je reconnais le brigadier de police Donon qui, en scandant bien ses paroles, vient de lancer, par deux fois cet avertissement du haut de l’escalier qui descend dans notre cave.

Une pensée m’est venue instantanément « ILS y sont arrivés ; c’était fatal », mais sur le moment, le cri du brigadier n’a pas provo­qué une grande alarme. Il y a si peu de temps que nous venons de quitter l’hôtel de ville, sans avoir rien remarqué d’anormal, qu’il semble que cela ne doit pas être important. Par elle-même, la nou­velle n’a étonné personne non plus. Depuis le 6 avril, la vie est devenue tellement épouvantable, sous des bombardements pen­dant lesquels les Allemands suspendaient le danger comme à plai­sir, d’une façon permanente, que nous nous attendions à tout. Aujourd’hui, l’hôtel de ville a été particulièrement visé, plus long­temps que les jours précédents ; les obus recommencent à tomber dru dans le quartier, c’est devenu malheureusement presque de l’ordinaire.

Quelques agents ou employés se dirigent cependant vers l’es­calier ; je remonte avec eux, car je veux me rendre compte. Notre surprise est grande de voir l’incendie faire déjà des progrès effrayants dans une partie de la toiture du bâtiment principal, où le feu crépite et d’où les flammes jaillissent, par endroits, comme d’un foyer ardent. L’avis unanime est que le caractère présenté par le sinistre, qui se développe à vue d’œil est très inquiétant.

Avant de redescendre, je vais jusqu’à notre ancien bureau de la comptabilité, d’où je reviens tout de suite.

On s’inquiète, dans la cave, dès que l’on me voit arriver avec un chargement de documents en plus de mes vêtements et du peu de linge que j’avais en réserve dans une armoire à imprimés, car ceux qui ont vu comme moi, viennent de renouveler l’alerte, en représentant l’imminence du danger et la nécessité de procéder d’urgence à l’enlèvement de ce qui est resté dans les bureaux.

On me questionne encore :

« C’est sérieux ?
– Très grave, il n’y a pas une minute à perdre. »

Et je retourne chercher une brassée de dossiers.

A mon retour, Cullier pense alors au contenu du coffre-fort du bureau. Je lui dis qu’il faut aller le chercher sans tarder un seul instant. Ensemble, nous partons pour pénétrer dans l’hôtel de ville et courons à la « comptabilité ». Le coffre est ouvert, la caisse enle­vée rapidement, ainsi qu’un certain nombre de liasses de papiers divers demeurés sur place, dans les cartons où nous pouvions aller les consulter en cas de besoin. En revenant, nous rencontrons le secrétaire en chef, M. Raïssac qui veut aller jusque dans son cabinet ; nous l’en dissuadons, cela serait véritablement trop dange­reux.

L’incendie descend en ce moment et a gagné le premier étage, au-dessus de la salle des appariteurs. C’est de ce côté que le feu faisait rage tout à l’heure, dès qu’il s’est déclaré, entre le beffroi et le pavillon sur la rue des Consuls, où il a certainement commen­cé à la suite de l’arrivée insoupçonnée d’un obus incendiaire à travers la toiture, au cours du violent bombardement, de midi à 13 h 1/2. Il a causé ses ravages dans les énormes pièces de bois de la charpente et maintenant, toute la toiture et les combles sont en flammes.

Les pompiers sont arrivés, mais ils n’ont pas d’eau. Ils ne peuvent que s’efforcer d’enlever au feu les tableaux et objets jugés utiles ou précieux, ainsi que le font des sergents de ville ou bran­cardiers et des hommes de bonne volonté accourus aussi : MM. Sainsaulieu, Em. Lacourt, etc. Les uns et les autres courent, font la navette, entre le 6 de la rue de Mars et l’hôtel de ville, sous les sifflements, car les Boches, selon leur habitude, tirent sur l’in­cendie. A la deuxième course que je viens de faire au bureau de la « comptabilité », j’ai remarqué, sous une fenêtre de la cour, une forte brèche faite par un obus, qui n’existait pas quand j’ai fait la pre­mière.

Aussitôt un sifflement, un éclatement entendus, plusieurs s’élancent pour essayer de revenir en vitesse, les bras chargés, avant l’explosion suivante. Le grand chauffeur de la recette muni­cipale, Maurice Lamort, vêtu seulement de son pantalon dans ses leggins, la chemise entr’ouverte, en fait un jeu, en vrai risque-tout. Il est ruisselant de sueur et revient chaque fois en riant, avec les objets les plus divers. A le voir partir avec un pareil mépris du danger, pour aller chercher tout ce qui lui tombera sous la main, on croirait volontiers qu’il s’imagine prendre part simplement à une compétition et faire un concours de rapidité.

Du premier étage, pendant ce temps, on s’empresse de jeter par brassées, dans la rue de Mars, des livres de la bibliothèque ; le tout est déposé ensuite en tas, pêle-mêle, sur le pavé de la cour, me de Mars 6.

Je vais faire une apparition dans la cave du 6. Cullier et moi, nous récapitulons, nous cherchons à nous remémorer vivement ce qui pouvait avoir de l’importance parmi les pièces qui se trouvaient toujours dans notre ancien bureau, et, brusquement, il me revient que les comptes des cantonnements y sont restés. (comptes auxquels on travaille depuis longtemps, sur des fiches contenues dans une boîte, ont été établis et le sont encore, au fur et à mesure des renseignements obtenus de l’autorité militaire dans l’intérêt de ceux des habitants qui ont eu à loger ou cantonner des troupes. Il s’agit donc d’aller chercher le fichier.

Aussitôt, je repars. Cullier craint qu’il ne soit trop tard, car l’escalier que je monte lestement, je l’entends me crier :

« Non, Hess, non, n’y allez pas. »

Je ramène le fichier un instant après, mais, pendant voyage, j’ai senti, en passant et en repassant, la chaleur intense dégagée par des pièces de bois en feu tombées dans le gr escalier de la Bibliothèque, qu’elles obstruent jusqu’à hauteur de rampe.

Au retour, j’ai vu, dans la cour, le capitaine Geoffroy, pompiers de Reims, qui m’a dit, lorsque nous nous croisions :

« On m’a demandé de sauver les copies de lettres ; je ne sais où elles sont !
– Le temps d’aller déposer cette boîte, lui ai-je répondu et je reviens vous les donner. »

Il est accompagné de trois pompiers de Paris ; nous allons dans le petit bureau contigu à la salle des appariteurs, où est la presse avec toute la collection des copies, rangée dans un rayonnage élevé, et, monté sur un lit, je leur passe à tous, par trois ou quatre, les grands registres, double format, que je savais trouver dans ce dortoir improvisé.

Le trajet, cette fois, devient tout à fait périlleux.

Le premier étage est entièrement en feu à ce moment ; faudrait pas s’attarder, la chaleur est insupportable et le chartil de la rue de Mars, lorsque nous repassons, est déjà partiellement encombré de matériaux enflammés qui se détachent du haut et le rendront bientôt inaccessible, car l’incendie, de ce côté, a attaqué la toiture du bâtiment au-dessus du commissariat central comme il a atteint, en face, celle de l’autre bâtiment latéral, longeant la rue des Consuls.

Les projectiles sifflent toujours éclatant souvent à proximité. Un schrapnell de 105 est tombé encore sur la cour arrière du 6 de la rue de Mars, où M. Degoffe a été tué à midi et l’hôtel de ville a été touché plusieurs fois depuis le début de l’incendie.

Les mêmes gens courageux qui allaient et venaient, malgré les risques, sont obligés de limiter leur activité ; il est véritablement navrant de voir que tous leurs efforts, tout ce dévouement, n’ont pu être utilisés qu’à l’enlèvement de ce qu’il était encore possible de sauver d’une destruction sûre.

Le feu dévore tout ce qu’il approche ; l’impuissance à com­battre cet effroyable sinistre est absolue. Il n’y a pas d’eau.

Sur la fin de l’après-midi, le maire, M. le Dr Langlet, M. de Bruignac, adjoint et M. Raïssac, secrétaire en chef, consternés, désolés, assistent un instant, du trottoir de la rue de Mars, près de la porte du 6, au désastre qui prend de plus en plus d’importance et d’étendue. Il continue à progresser toute la soirée et pendant la nuit, tandis que le tir de l’ennemi reprend très violemment sur la ville.

Le lendemain 4 mai, le bâtiment de la rue de la Grosse-Écritoire, que les flammes ont entamé des deux côtés à la fois, est consumé à son tour, et, du magnifique monument qu’était l’hôtel de ville de Reims, dans lequel nous avions vécu en familiers, sous les pires bombardements, il ne reste plus que les murs, entourant des débris fumants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Photographie ancienne : collection Gallica-BNF, photographie actuelle : Jean-Jacques Valette


Cardinal Luçon

Jeudi 3 – + 11°. Bombardement dans la matinée, dans le quartier de l’Hôtel de Ville. A 1 heure, incendie de l’Hôtel de Ville, de la Chambre des Notaires, de la Chapelle de la Mission, etc. Toute la nuit, bombarde­ment sur la ville, sur l’Hôtel de Ville, rue de Fusiliers, rue d’Anjou. Expé­dié pli à Bordeaux (archevêché).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 3 mai

Dans la région du chemin des Dames, grande activité des deux artilleries sur le front Cerny-Hurtebise-Craonne. L’ennemi a lancé, à plusieurs reprises sur nos tranchées et nos petits postes, des attaques partielles qui ont été repoussées par nos feux de mitrailleuses et par nos grenadiers.
En Champagne, violente lutte d’artillerie dans les secteurs du mont Cornillet et du Mont-Haut. Combats à la grenade dans les bois à l’ouest du mont Cornillet, au cours desquels nous avons sensiblement progressé.
Aux Eparges, nos détachements ont pénétré en différents points dans les lignes allemandes : des destructions ont été opérées et nous avons ramené du matériel.
Cinq de nos avions ont survolé la ville de Trèves, sur laquelle ils ont lancé de nombreux projectiles. Un incendie d’une grande violence, qui s’est rapidement développé, a éclaté au centre de la ville. Une tentative de raid allemand a échoué près de Fauquissart, dans le secteur de Laventie-la Bassée.
Canonnade accrue sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 21 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 21 avril 1917

952ème et 950ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, triste, brumeux, le baromètre remonte cependant. Changement de lune, nouvelle lune. Bataille formidable toute la nuit, à peine avons-nous dormi avec un bruit pareil. Les bombes commencent à tomber, assez près. Adèle est sortie aux provisions, pourvu qu’il ne lui arrive rien. Elle rentre.

Été à la Ville, vu Raïssac où j’apprends les noms des blessés indiqués plus haut. Aucune autre nouvelle.

11h  Des bombes, il faut descendre à la cave, d’où nous remontons à 11h20. Une simple alerte.

11h50  Des bombes, redescente en cave…  à 1h05 remontée au jour !!

A 2h je vais retirer mon courrier. J’apprends là que Colnart est mort, c’est un brave et on songe à lui donner la Croix de Guerre !! On les compte à ces malheureux, tandis qu’on les prodigue à des lâches, qui au moindre sifflement se terraient dans les caves, pendant que ces malheureux sauveteurs et pompiers de Reims courraient au danger !!

J’apprends aussi que le cabinet du Maire a été éventré au bombardement d’une heure de l’après-midi par un 105. Je fais mon courrier dans la crypte du Palais, au bureau de Villain, greffier civil. Je vais chez Michaud prendre un Écho de Paris, je porte mes lettres chez Mazoyer et je rentre.

Je finis mon courrier moins pressé pour demain.

6h du soir  Une bombe toute proche, fuite éperdue à la cave. On vient de me remettre les valeurs et argent, ainsi que le testament de ce pauvre Colnart, blessé hier rue Colbert, mort aujourd’hui. Il faisait partie d’une association spirite, dont la Présidente, Mme Nicolas, habite rue de l’Équerre, 79 (l’Union spirite). Je range tout cela à la cave ! Cela me fait passer le temps, mais quelle émotion.

7h soir  Une vraie séance et près. Une de ces bombes en éclatant a secoué la cave où nous sommes. L’orage parait calmé, mais nous avons tous été fort émotionnés, sauf Lise qui était remontée malgré moi, et qui ne voulait plus descendre malgré nos appels. Quand elle est venue, je l’ai secouée d’importance et l’ai menacée de la faire partir de Reims. Je lui ai dit qu’elle devait m’obéir au moindre appel. Elle n’a pas pipé cette vieille entêtée. Quelle mule !

7h20  Nous remontons pour dîner. On mange en vitesse, un œuf sur le plat, salade de pissenlits, plus que verts, et moi un peu de saucisson, un peu de gruyère, 3 gâteaux secs. On mange sans conviction, à la hâte, l’oreille aux aguets, « La bête traquée !!… » Non, si je ne deviens pas fou avec une pareille vie !!  Le Diable m’emporte !!  Mes 3 parques sont aussi affolées que moi ! Non ! il faut que cette vie cesse bientôt, sans cela on tomberait. A 8h tout le monde est descendu à la cave pour se mettre à l’abri et se coucher. Voilà un bombardement dont on se souviendra. Peu de bombes, mais proches et vraiment impressionnantes. Il y a des victimes certainement…  Nous verrons cela…  demain ! si nous y sommes !?!?!?!  Que nous réserve la nuit ? Je ne sais !! Le temps est si beau ! Le ciel si clair depuis 4h du soir !! que l’on peut s’attendre à tout !! Oh ! si nous pouvions dire. Demain ? c’est la délivrance !!!!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 avril 1917 – A 12 h 1/2, pendant que nous déjeunions, deux projectiles de gros calibre sont arrivés sur l’hôtel de ville. Le premier a abattu une des grandes cheminées qui, en tombant, défonçait le toit, à l’angle de la rue des Consuls et de la rue de la Grosse-Ecritoire ; l’autre a éclaté sur l’encadrement du chartil (côté cour), conduisant à la rue des Consuls.

Nous avions quitté nos popotes, après les terribles secousses ressenties, afin de risquer un coup d’œil, de l’angle dans lequel se trouve la descente aux sous-sols. Il nous a fallu réintégrer vite ; trois autres obus tombaient ensuite sur la place.

Au total, ces explosions ont causé encore des dégâts considé­rables dans la plupart des bureaux de la mairie.

Le cabinet de l’administration municipale, le « 1er secrétariat » et la « comptabilité », encore saccagés, donnent, cette fois, dans leur ensemble, l’aspect d’un chantier de démolitions.

Un des obus ayant éclaté sur la place a envoyé des blocs de pierres de tous côtés, dans la salle où se tiennent d’habitude le maire, les adjoints et M. Raïssac, secrétaire en chef. D’épais mor­ceaux de plâtre, détachés de son magnifique plafond à comparti­ments, complètement disloqué, couvrent partout le plancher, les tables-bureaux chargées de papiers. Les dossiers disséminés sont en outre recouverts d’une forte couche de poussière blanche.

Au premier bureau du secrétariat, l’explosion de la cour a projeté de forts éclats qui ont disjoint les pierres de taille de la maçonnerie, sous la fenêtre et arraché les lambris ; d’autres ont crevé les pupitres. Le déplacement d’air a envoyé en tous sens les paperasses diverses, les imprimés ; expulsé hors de la bibliothè­que, dont les portes sont brisées, quantité de recueils, de livres de tous formats, de toutes épaisseurs retombés ouverts ou dont les feuillets sont épars, le tout pêle-mêle, sur les tables ou dans les coins, dans un désordre indescriptible.

Dans notre bureau de la comptabilité, tout est encore sans dessus dessous, au milieu de débris et de plâtre pulvérisé.

Le bombardement continue mais, pendant la première accal­mie, la consigne de déménager qui vient d’être donnée aux servi­ces, court comme une traînée de poudre.

L’administration municipale avec M. Raïssac, les employés des quelques bureaux qui fonctionnaient toujours dans les locaux de l’hôtel de ville et la police quittent alors en hâte le monument, au début de l’après-midi, pour aller s’installer, comme ils peuvent, dans les premières caves de la maison de vins de champagne Werlé & Cie (marque Vve Cliquot-Ponsardin), rue de Mars 6, dont l’entrée est en face des bureaux du commissariat central.

Les allées et venues pour le transport des tables, des chaises, des dossiers, de tout le matériel nécessaire à la mise en place et pour le travail de tous, se font en vitesse, malgré les sifflements, sous l’œil bienveillant de M. Raïssac, occupé lui-même à prendre ses dispositions de concert avec M. Fournier, l’accueillant directeur commercial de la maison.

Le maire, M. le Dr Langlet, M. Emile Charbonneaux et M. de Bruignac, adjoints, disposent, avec le secrétaire en chef, d’un petit caveau situé au fond, à gauche d’un grand emplacement destiné aux services et où sont placées les unes à la suite des autres, de chaque côté, les tables des différents bureaux, lesquels sont an­noncés par des pancartes.

Le personnel des plus réduit, ainsi groupé à ce moment, est composé de :

Comptabilité : MM. E. Cullier, A. Guérin, P. Hess ;

Etat-civil : MM. Cachot, Deseau ;

2e Bureau du secrétariat : MM. Landat et E. Stocker, avec, au­près d’eux, M. Bouvier, receveur des droits de place ;

Bureau militaire : M. Montbrun ;

Appariteurs : MM. Cheruy, Maillard et Haution.

En face, pour la police, M. Pailliet, commissaire central ; M. Gesbert, commissaire du 4e canton ; M.L. Luchesse, secrétaire- chef ; MM. Poulain et Compagnon, de la Sûreté ; Lion, inspecteur des sergents de ville ; Demoulin, sous-inspecteur ; Noiret, Schuller, secrétaires ainsi que quelques brigadiers et agents.

Et l’on peut bientôt recommencer à travailler, d’un bout à l’autre de la galerie, à l’aide d’un éclairage assuré par environ vingt-cinq lampes à pétrole.

— Sur le soir, des obus de très gros calibre (305), comme ceux tirés le 19, sont envoyés à nouveau sur la cathédrale. Un entonnoir, derrière son abside, tient toute la largeur de la rue du Cloître ; le trottoir lui-même est enlevé, il ne reste qu’un étroit passage sur le bord de l’excavation, contre les maisons.

Les effets des projectiles de 305 sont véritablement effrayants.

Le 19, la place du Parvis où leurs explosions, sauf une s’étaient localisées, a été recouverte, ainsi que le terrain inutilisé derrière le Palais de Justice, de nombreux pavés de grès projeté en l’air et retombés par-ci, par-là, dans ce rayon le plus court, mais il en est qui sont allés voltiger jusque sur la place des Marchés. A cours de recherches sur les causes de l’inondation d’un plafond, j’en ai trouvé un dans le grenier de la maison de mon beau-frère, rue du Cloître 10 ; il y avait pénétré en crevant la toiture.

Si l’on se rend compte que chacun de ces engins a lancé ainsi, en fouillant la terre, des centaines de pavés en tous sens, cela donne une idée de la force et de la violence de leurs éclatements.

— Cette journée du 21, de même que celle du 20, a été excessivement dangereuse et atrocement inquiétante. Pour être allé, vers 9 h jusqu’auprès des halles, rue Courmeaux, je me suis trouvé pris dans des arrivées subites. J’ai pu, heureusement, me réfugier tout de suite dans une bonne cave, au soin de la place des Marchés et de la rue Courmeaux, où il m’a fallu rester environ une heure.

Le nombre des obus, pour chaque jour depuis le 6, ne peut plus être évalué ; il est trop important.

—  Nous avons appris aujourd’hui, la mort du pompier Colnart. Ce malheureux, volontaire depuis la guerre, connu pour son dévouement et son insouciance du danger, avait été blessé hier, en même temps que le capitaine Geoffroy, des pompiers de Reims et Cogniaux, brancardier volontaire, par un des obus tombés devant l’hôtel de ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 21 – + 6° De grand matin, de 4 h. à 6 h., combats violents et nourri au nord et à l’est de Reims. 9 h., bombes sifflantes de gros calibre, un peu de tous côtés. A 11 h. très très violents bombardements d’un quart d’heure : 2 h. 1/2 quelques obus. Expédié aujourd’hui lettre aux Cardi­naux ;

6 h. bombardement de la Cathédrale, gros calibre ; pas atteinte. Pluie de pierres dans le jardin autour de moi. J’étais sorti pour dire mon bréviaire, croyant que c’était fini, cela reprend tout à coup. Je regarde en l’air ; le ciel est rempli de points noirs : pavés, éclats d’obus, pierres, à la hauteur du vol des hirondelles. Je remarque qu’il n’y en a pas au-dessus de ma tête. Je ne bouge pas, laissant tomber la quête. Deux pavés tombèrent l’un à 3 mètres, l’autre à 10 mètres de moi. Je ne suis pas touché. A la Cathédrale, un obus perce la voûte au-dessus du Maître-autel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, activité des deux artilleries, spécialement au nord de Grugies.

Journée calme au sud de l’Oise. Au nord de l’Aisne, nos troupes harcelant l’ennemi ont continué à progresser vers le chemin des Dames. Nous avons occupé le village de Sancy.

Après une violente préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé sur la région Ailles-Hurtebise une attaque à gros effectifs qui a été brisée par nos feux d’artillerie et de mitrailleuses et complètement repoussée.

En Champagne, nous avons enlevé plusieurs points d’appui important dans le massif de Moronvilliers, malgré une résistance acharnée de l’ennemi.

En quatre jours, nous avons fait 19000 prisonniers entre Soissons et Auberive. Le chiffre des canons actuellement recensés dépasse la centaine. En Argonne, après un vif combat, nos troupes ont atteint la deuxième tranchée ennemie.

Les Belges ont dispersé une reconnaissance près de Stuyvekensaerke, en faisant des prisonniers.

En Macédoine, nos troupes ont repris quelques éléments de tranchée qui avaient été perdus à Cervena-Stena.

Les Serbes ont repoussé deux attaques à l’est de la Cerna.

Un raid d’avions autrichiens a échoué à Venise.

Simple fusillade sur le front russe.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 3 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 3 avril 1917

934ème et 932ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tempête de vent et de pluie toute la nuit qui m’a réveillé vers 3h du matin, mais je n’ai pas entendu à 1h du matin les bombes qui seraient tombées à proximité. Je ne sais encore où. Il faut. J’étais exténué de fatigue et de manque de sommeil. Il parait que dimanche il serait tombé 2048 obus ! Hier avant midi on en comptait plus de 600. Finiront-ils ? Tout le monde part. C’est la panique habituelle conséquence de tels bombardements. Mais je crois qu’en 1914, nous n’en n’avions jamais reçus autant en une seule journée, si c’était leurs P.P.C. on oublierait bien volontiers…  mais !…

6h1/2 soir  Voici exactement le nombre d’obus lancés sur la ville hier. 3ème canton 1200, 2ème canton 623, 4ème canton 438 environ, soit environ 2200 à 2500 obus ? Aujourd’hui même sérénade, si cela continue ils ne laisseront rien de la ville. Des victimes. Vu Dondaine qui évacue sa femme et son fils à Épernay demain. 2 obus sont tombés dans une maison voisine de la leur, portant le n°97, rue Ste Geneviève, leur cassant tous leurs carreaux.

A 1h1/2 j’avais simple police, 7 nouvelles affaires, 5 anciennes. Speneux mon ministère public, commissaire de police du 3ème canton, est arrivé avec 1h de retard, nous avons donc ouvert la séance à 2h1/2  / 3h. 3 personnes sont venues (un gendarme comme témoin et une femme et son gamin, jet de pierre). La séance a été vite enlevée, d’autant que çà tapait dur et que Speneux était encore émotionné des 210 qui tombaient dans son quartier en venant. Il n’a pas voulu fixer de séance pour le 1er mai 1917 !!!

Ce qu’ils sont froussards !!!

J’apprends au Palais que la Grande Poste qui était au Pont de Muire et qui bombardée s’était réfugiée il y a 8 jours rue Martin Peller, aux Écoles, rebombardée, se réinstalle au Palais dans la salle de correctionnelle près du cabinet où se tenait M. Bossu, Procureur de la République. Le sous-préfet, lui, s’installe dans la crypte !! J’ai vu un des chefs de service de la Poste, il tremblait et était vert. Il a osé me dire : « Oh ! mais c’est la dernière fois que nous déménageons, et si nous sommes bombardés nous quitterons Reims ».

En sortant du Palais, je vais à l’Hôtel de Ville où je vois entrer derrière moi M. Chapron, le Préfet de la Marne (André Chapron est resté Préfet de la Marne de 1907 à 1919). Il y a réunion dans le cabinet du Maire avec le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, le Général Lanquetot, Régnier sous-préfet de Reims et Chapron. C’et pour s’entendre sur l’évacuation de la population inutile. J’irai demain à la Ville, et je saurai de quoi il retourne. Rentré sous le canon, il était temps que je quitte l’Hôtel de Ville, car il est tombé des obus tout proche quelques instants après que j’étais parti, rue Henri IV notamment, des victimes.

En rentrant, j’avais cette impression assez singulière…

Le bas de la page a été découpé.

Je suis à bout de nerfs. Je me sens bien délabré. Des avions français nous survolent en ce moment. Il y a au moins 15 jours/ 3 semaines que nous n’en avions vu un seul. Depuis ces 3/4 derniers jours de bombardement intensif nos canons n’ont pas répondu. Enfin les voilà qui tonnent, cela me réconforte un peu. Des obus allemands sifflent très haut…  en réponse. Mais que c’est triste d’être bombardé, de recevoir une pluie de mitraille sans entendre les nôtres répondre !!

Reçu lettre fort triste de ma pauvre femme et affolée aussi, elle me dit que des employés de la Préfecture de la Marne vont dans nos pays et environs de St Martin demander aux Maires des locaux pour loger 30 000 réfugiés !!…  Rémois !!!  et nous sommes ici 17 000 !!! Je lui réponds pour la tranquilliser. Robert a quitté le 29 ou le 30 mars Nanteuil-la-Fosse, en sorte que toute ma déconvenue d’hier est consolée un peu puisque je ne l’aurais plus trouvé là. Il serait remonté vers Berry-au-Bac. Pauvre Petit !! que Dieu le protège !! Jean pense quitter Fontainebleau le 6 ou 7 courant. Je vais donc partir ou samedi ou lundi à St Martin. Je vais écrire à mon Procureur de la République pour lui demander de me donner une réquisition me permettant de rentrer à Reims quand je voudrai, coûte que coûte. Je tiens à être là au moment de l’attaque, des dangers, au milieu de mes justiciables. C’est mon Devoir et mon Droit.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 avril 1917 – Nouveau bombardement furieux toute la journée.

Dans l’après-midi, à 16 h 1/4, nous devons interrompre le travail et quitter le bureau de la « comptabilité », des obus éclatant derrière l’hôtel de ville.

Lorsque les camarades se sont levés, pour aller s’abriter ailleurs, je les ai suivis jusqu’à la porte, puis, me ravisant je suis revenu à ma place, avec l’idée de les rejoindre tout à l’heure, la pensée m’étant venue que je pourrais essayer de profiter du mo­ment libre, pour mettre mes notes au point. Je les ai quelque peu négligées par les bombardements répétés et assez déprimants de ces jours derniers ; je ne voudrais pas rattraper mon retard en ins­crivant simplement à la fin de la semaine « Bombardements très violents », ce qui serait exact, certes, mais ne me donnerait satisfac­tion que s’il s’agissait d’en terminer, en mettant vite le point final au récit de nos misères. S’il m’est donné plus tard de revoir mes car­nets, je tiens à y retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous aura fallu traverser, car lorsqu’il m’arrive de jeter un coup d’œil sur leur contenu, je suis surpris moi-même, de revivre bien des instants de notre existence à Reims, qui seraient oubliés si je ne les y avais notés. Un obus chasse l’autre, et avec les distribu­tions qui nous sont prodiguées…

Je suis donc encore très absorbé quand j’entends, dans le couloir, la conversation de quelques employés qui réintègrent le secrétariat, maintenant que c’est fini. Je reconnais ensuite le pas de Guérin, revenant, lui aussi, d’une station de trois quarts d’heure ou une heure peut-être au sous-sol, car la séance, comme beaucoup d’autres déjà, a été sérieuse. Les Boches sont redevenus calmes encore une fois et je suis parvenu tout de même à faire ce que je voulais.

Pourquoi la présence, de l’autre côté de la cloison, du bon type qui ne se presse pas pour rentrer dans notre bureau de la « comptabilité » me reporte-t-elle, d’un saut, à une trentaine d’années en arrière, à l’époque où nous étions condisciples ? Les réminiscen­ces qui me traversent rapidement l’esprit me font me ressouvenir de la fin des récréations, quand chacun regagnait la classe ! Diver­tissement et âge à part, j’ai saisi sans doute, dans un rapproche­ment inconscient et assez bizarre, qu’il y a encore un peu de cela, à cette minute.

Notre camarade ouvre la porte et m’apostrophe aussitôt en disant :

« Ah, te voilà ! mais nous cherchions après toi »,

puis, fixé sur mes occupations, il se tourne vers MM. Cullier et Vigogne qui s’approchent, en leur annonçant :

« Il est là »,

ajoutant, du ton qu’il a le talent de rendre si parfaitement ironi­que :

« Il est en train de prendre ses notes ! »

Il faut entendre l’air de pitié, de commisération qu’il prend, l’animal, pour dire cela aux collègues, mais Guérin, avec son ca­ractère finement spirituel, sa philosophie, sa rondeur joviale est si serviable pour tous, que l’on ne saurait se formaliser de ses sorties. Je me contente de sourire. Arrivé auprès de ma table, il s’arrête pour me tancer, car il est mon aîné, en me disant de la manière pseudo paternelle qu’il croit devoir prendre de temps en temps vis- à-vis de moi :

« Mais, mon Paul, tu te feras tuer, avec tes notes. »

Il a déjà eu l’occasion de me rappeler que je lui dois le res­pect, cependant, comme je le sens disposé de plus à me sermon­ner, maintenant que chacun est retourné à son pupitre, je ne lui en laisse pas le temps et, à brûle-pourpoint, j’aiguille ses idées ailleurs en lui demandant :

« Alors ! tu n’es pas tout à fait mort ? »

Un peu suffoqué, il me répond en souriant :

« Euh, euh ! non, tu vois. »

« Eh bien » lui dis-je, « tu ne ferais pas mal de nous offrir quelque chose pour nous remettre de nos émotions. »

Alors, il s’exclame :

« Oh ! tu as rudement raison. »

Nous avons en effet à la cave commune qui se trouve dans la fausse cheminée de l’annexe du bureau, une variété de bouteilles dont Guérin assume la garde en sa qualité de cuistot, qu’il cumule avec celle d’employé auxiliaire — de même que nous avons dans pupitres ou nos tiroirs, des vivres en réserve (corned-beef, thon, sardines) au cas où nous nous trouverions dans l’impossibilité de quitter l’hôtel de ville pour nous ravitailler.

L’inspiration lui a paru excellente : elle a reçu tout de suite l’approbation qu’il a sollicitée et pendant dix minutes à peu près — temps de fumer une pipe à la caisse des incendiés — nous 20ns nos impressions sur la séance de bombardement qui a* de s’ajouter à toutes celles qui l’ont précédée.

Notre vive irritation, notre indignation croissante à propos des procédés sauvages, de la barbarie cruelle de l’ennemi vis-à-vis de notre pauvre cité et de ses habitants, se traduisent par quelques ¡¡•»pressions énergiques à l’adresse des Boches, que l’un de nous résume simplement, en disant :

« Ah ! les cochons. »

L’ami Guérin, occupé à remplir les verres, a dû trouver le mot insuffisamment adéquat ; il voudrait certainement en accentuer le sens à moins qu’il ne le désire mieux approprié, puisqu’il se re­tourne, la bouteille à la main, pour déclarer :

« Moi, je dis que ce sont des vaches ! »

A la nuance près, nous reconnaissons en riant qu’il y a una­nimité de sentiments.

Oui, Guérin a été compris, dans sa manière d’exhaler son mépris pour ceux qui font la guerre en s’en prenant si facilement aux civils avec leur artillerie. Son qualificatif contient la somme de nos révoltes platoniques, de nos rancœurs de Rémois à l’égard de tortionnaires férocement haineux et dépourvus de toute humanité.

Après avoir constaté que les Allemands deviennent de plus en plus furieux, nous regagnons nos places pour reprendre nos écritures ou nous replonger dans les chiffres jusqu’à 18 heures.

— Le bombardement redouble de violence, avec gros cali­bres, le soir, de 18 h 1/2 à 20 h, particulièrement vers le Port-Sec et ses environs.

Sorti de la mairie comme d’habitude, à la fermeture des bu­reaux, je suis à peine en route, que je dois revenir en arrière et me réfugier au poste des brancardiers-volontaires de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Ecritoire. M. Guichard, vice-président de la Com­mission des hospices, qui vient à passer, avec son auto, s’y arrête un instant, et sachant que j’habite le même quartier que lui, m’offre de m’emmener.

Nous partons alors à toute vitesse, tandis que les obus tom­bent ; nous en voyons les explosions à droite et à gauche, au cours de notre trajet qui se termine dans la cour de la maison rue Lesage 21, où M. Guichard s’empresse de rentrer sa voiture. Là, il nous faut descendre à la cave avec les gardiens de l’immeuble et une heure après, seulement, il m’est possible de quitter cet endroit, peu éloigné de mon but cependant, pour rentrer place Amélie-Doublié.

La rue Lesage est couverte d’éclats de toutes tailles.

Dans cette journée, Reims a reçu plus de deux mille obus. Il y a eu peu de riposte de notre part.

Les conduites d’eau ont été rompues en quatorze endroits, par les gros projectiles ; il est impossible de les réparer, sous le tir effrayant de l’ennemi.

La semaine passée, la mairie avait demandé que la déclara­tion des puits existant en ville fût faite au Bureau d’Hygiène, par leurs propriétaires ; ceci peut déjà servir d’indication, car au man­que d’eau actuel dans les quartiers hauts, succédera fatalement la disette totale, quand les conduites seront vidées. Si l’on peut s’ali­menter à peu près en eau potable par des moyens de fortune, il est assez inquiétant de penser qu’en cas d’incendies considérables, nous en serions réduits à la terrible situation de septembre 1914.

— La municipalité fait inviter, par les journaux, les habitants (vieillards, femmes, enfants) ou ceux n’ayant aucune obligation de rester à Reims, de quitter la ville. L’autorité militaire autorise le départ sur Epernay par la route, sans laissez-passer, avec la seule carte d’identité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 2°. Nuit tranquille ; non couché à la cave. Vers 1 h. du matin, bombes. A 2 h. 50, bombes sifflent ; bombardements intermittents dans la matinée. A 2 h. il reprend avec acharnement sur batteries (?). Les obus sifflent et tombent sans aucune interruption pendant une heure, et toute l’après-midi. De 10 h. soir à minuit (je crois) bombardement violent sur Clairmarais, la chapelle a été touchée. De 5 h. à 8h., bombardement violent sur paroisse Saint-André. Les quatre Sœurs de Saint-Vincent (de la rue de Betheny), M. le Curé de Saint-André, M. Grandjean son vicaire, rentraient du Salut. Ils se jetèrent dans la cave de la maison des Sœurs. Plusieurs obus, 10, 25 peut-être dont quelques-uns au moins de 310(1) ont dévasté la maison et l’orphelinat est détruit. C’est épouvantable ! quel vacarme ! Elles entendaient les obus pleuvoir ; les éclairs pénétraient dans la cave. A 7 h. M. le Curé, inquiet de rester seul à la maison, veut sortir. Un obus tombe dans la rue. Il se jette le long du mur pour l’éviter. Il se frôle contre le mur qui l’écorche un peu ; un éclat le blesse au petit doigt. Il en est quitte pour cette blessure. La rue Saint-André est jonchée de débris. Le Petit Séminaire est affreusement ravagé ; les toitures sont criblées.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Sainte Geneviève, voyant le quartier battu par les obus, se réfugient avec leurs orphelines dans les ca­ves de M. Walfard. On aménage un caveau où je leur ai permis d’avoir le Saint-Sacrement et la Messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) 210 mm allemand ou 305 mm autrichien…


Mardi 3 avril

Dans la région de Saint-Quentin, nos patrouilles ont poussé au nord-est de Dallon et au nord de Castres jusqu’aux lignes ennemies qu’elles ont trouvées fortement occupées.

Dans le secteur au sud de l’Oise, fusillade assez vive aux avant-postes.

Au nord de l’Ailette, nous avons progressé dans la région de Landricourt. Au sud de l’Ailette, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont rejeté les Allemands au delà de Vauxaillon. Des patrouilles ennemies ont été prises sous notre feu et dispersées. Le chiffre de nos prisonniers atteint 120.

En Champagne, plusieurs contre-attaques ennemies sur les positions que nous avons reconquises à l’ouest de Maisons-de-Champagne ont été arrêtées par nos feux. Des tentatives contre nos petits postes à l’est d’Auberive et à l’ouest de la ferme Navarin, ont complètement échoué.

En Alsace, nous avons réussi un coup de main au bois de Carspach et ramené des prisonniers.

Les Anglais ont pris Francilly, Selency, Holnon, le bois de Saint-Quentin, Villecholles, Bihecourt et les positions avancées de l’ennemi entre la route Bapaume-Cambrai et Arras.

On signale de nouveaux désordres à Berlin, à Dusseldorf et à Cologne.

Le Congrès américain s’est réuni en session extraordinaire de guerre pour entendre les propositions du président Wilson.

Un navire armé américain a été coulé par un submersible allemand.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 3 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 3 mars 1917

903ème et 901ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense le matin, assez beau l’après-midi. Temps froid. Travaillé toute ma matinée à examiner (et noter mes rapports) tous mes dossiers d’appel de la Commission d’allocations militaires, il y en avait 65. J’étais abruti après cette séance. Dans le nombre, je crois qu’il n’y en a pas 4 qui obtiendront gain de cause. Ce sera presque tous des rejets. On ne se figure pas l’audace de ces gens-là. On leurs doit l’allocation militaire, riches ou pauvres sans distinction, avec cet état d’esprit cela fera du joli après la Guerre.

Après-midi vu à mon courrier, été à l’Hôtel de Ville pour un renseignement de Police. Porté des testaments au clerc de Montaudon que je lui abandonne quoique la légataire universelle soit ma cliente, par délicatesse et correction, étant l’administrateur de cette Étude, rue Ste Geneviève 19, et rentré chez moi pour signer une centaine d’extraits pour Jolivet, succession Marguet. Je me mets à mes notes, et après dîner je verrai mon dossier de simple police, 6 anciennes affaires et 24 nouvelles. Où sont les beaux jours d’antan quand j’en avais 280 à juger en une séance. Girardot, sombre brute doublée d’un gendarme : Pends-toi ! Et ma journée sera finie !! bien employée !

Le Président m’attend cette semaine pour me présenter au Procureur. J’irai donc déjeuner avec lui mercredi et puis je pousserai à St Martin voir mes chers aimés que je n’ai pas vu depuis 2 longs mois. Ma domestique va mieux. Je l’ai secouée et çà a réussi, c’est ma « moularde ».

Hier de Bruignac nous en comptait de bien bonnes comme nous parlions de la bêtise et des énormités commises par les Gendarmes officiers ou simples pandores et des galonnards.

Un jour le Cardinal Luçon allait à Ville-Dommange. A la sortie de Reims, Pont de Muire, un gendarme examine son passeport et celui de son vicaire Général. Il tourne et retourne celui de Son Éminence, et d’un ton doctoral en lui rendant : « C’est bien, passez, mais une autre fois vous ferez mettre votre profession !! » dit-il au Cardinal !!

Une autre fois, avec de Bruignac, l’abbé Camu et Madame de Bruignac allaient à Fismes. En toute vers Jonchery, c’est un douanier monumental qui les arrête et examine les passeports, prenant celui de Mgr Luçon, il lit attentivement le signalement, et se tournant vers de Bruignac : « C’est vous qui êtes le Cardinal Luçon ?! » Tête des voyageurs et Son Éminence en a bien ri.

Au moment on empêchait de rentrer à Reims les voyageurs venant de Dormans. A  cette station le gendarme qui visait le passeport de de Bruignac le prévient qu’il y a des chances qu’on ne lui permette pas de passer à Pargny, de Bruignac de répondre : « Nous verrons bien ! » Il était accompagné de sa femme et d’une autre dame. Arrivé à Pargny en effet on lui signifie qu’il n’ira pas plus loin. Après un tas d’allées et venues et de pourparlers il demande à voir le Commandant de Place de Pargny qui était une vielle baderne de colonel de chasseurs à cheval. On cherche à l’en dissuader, lui disant qu’il allait être bien arrangé par cet original. Il insiste et se présente au Cerbère. Refus péremptoire, cris, tempête, enfin la brute égosillée laisse causer de Bruignac, l’écoute et lui répète : « Vous ne pouvez pas, c’est l’ordre, c’est la consigne. Personne ne peut rentrer à Reims avec un laissez-passer !! Mais si je ne puis vous permettre de rentrer à Reims, je puis, du moins, vous donner l’ordre de vous y rendre !! » Ce colonel était un comique ! de Bruignac lui répondit que peu lui importe la façon dont on le laissera rentrer à Reims, pourvu qu’il y rentre avec sa femme et l’autre dame. Le colonel de lever les bras. « Çà, c’est impossible !! Pas de femmes !! » On palabre, bref : le galonné se met à écrire tout en disant : « Ces dames, je ne les connais pas, je ne veux pas les connaître !! » Et voici ce qu’il tendit d’un air grand seigneur et triomphant à de Bruignac :

« Le Colonel x donne l’ordre à M. de Bruignac, adjoint au Maire de la Ville de Reims, de se rendre immédiatement à l’Hôtel de Ville de Reims accompagné de 2 femmes !! »

Et voilà comment de Bruignac rentre à Reims avec sa femme et son amie, par ordre !! Je n’aurais pas trouvé cela !! Je propose d’élever une statue à cette bourrique galonnée, très forte en casuistique sur la Place de la Gare de Pargny-lès-Reims, sur le socle de laquelle on gravera cet ordre mémorable !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 3 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon ou de mitrailleuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 3 mars

Notre artillerie a bombardé avec succès 1es organisations ennemies au nord de l’Aisne et sur la rive gauche de la Meuse.

Un avion ennemi a jeté aux abords de Compiègne quelques bombes qui n’ont causé que des dégâts matériels sans importance. Deux autres avions ennemis ont bombardé Montdidier : Un mort et trois blessés. Une de nos escadrilles, composée de onze appareils, a opéré sur les baraquements de Guiscard, la gare d’Appilly et celle de Baboeuf (Oise), où un incendie s’est déclaré.

Les Anglais ont effectué une nouvelle progression au nord de Warlencourt-Eaucourt et au nord-ouest de Puisieux-au-Mont. Ils ont rejeté des contre-attaques dirigées contre leurs positions au nord-est de et au nord-ouest de Ligny-Thilloy. Sur l’Ancre, ils ont fait 128 prisonniers et ont capturé du matériel. Ils ont réussi des coups de main vers Angres et Calonne et au nord-est de Loos.

Canonnade près de Gorizia sur le front italien.

Les Roumano-Russes ont reperdu quelque terrain près de Jacobeni.

La Chambre des représentants de Washington a voté par 403 voix contre 13 l’élargissement des pouvoirs du président.

Le Japon a confirmé aux Etats-Unis ses intentions amicales

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Mardi 27 février 1917

Louis Guédet

Mardi 27 février 1917

899ème et 897ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps couvert avec brume, plutôt froid. Bataille toute la nuit, et de plus j’ai eu de terribles insomnies. Ce matin réveillé à 5h éreinté. J’ai tâché de dormir pour me remettre mais impossible. Ma bonne ne va pas plus mal, plutôt mieux mais affaiblie, cela se conçoit. Travaillé toute la matinée, fait deux ou 3 courses, Courrier de la Champagne pour une circulaire à l’imprimerie pour la Chambre des notaires. Chapuis pour cours de Bourses, partage partiel Lepitre et Billy, Greffe civil pour législations, rentré pour mon courrier peu chargé. Après-midi porté mon courrier, et passé par la Mairie où M. Martin me remet la notification de ma nomination de Président de la Commission d’appel des allocations militaires pour l’arrondissement de Reims. C’est Chézel qui me remplacera comme Président des 4 commissions des Cantonales de Reims. En sorte que l’autre jour, quand Régnier le sous-Préfet m’a dit que je restais Président des 4 cantons et que Chézel était nommé Président d’appel, il a bafouillé ou il a signé sans savoir ce qu’il signait, cela ne m’étonne nullement.

Bref, comme j’avais dit à Houlon cela, et que celui-ci me soutenait que c’était bien moi qui devait être Président d’appel en remplacement de M. Bossu Procureur de la République, je lui avais déclaré comme conclusion : ou c’est lui qui est saoul ou c’est moi ? Nous verrons. Heureusement et ce m’est un soulagement : c’est Régnier qui était saoul !! selon son habitude…  On m’a remis les dossiers en retard, il y en a 69 depuis le 27 octobre 1916, dernière séance de M. Bossu et ses archives. Je vais étudier cela, c’est classé et cela ira bien. Un ou 2 coups de collier à donner et ensuite je n’aurai plus que des séances tous les mois. Cela me tiendra moins que la Présidence des commissions cantonales qui me tenaient tous les mercredis. Demain j’assisterai à la réunion pour mes adieux et remettre mes fonctions à M. Chézel. L’arrêté préfectoral qui me nomme est daté de Châlons du 19 février 1917 et m’a été signifié le 26.

Reçu lettre de l’abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins qui me remerciait des compliments que je lui avais fait de sa Légion d’Honneur. Il me contait une aventure arrivée à Chappe, avocat, adjoint de Reims, qui s’est sauvé le 2 septembre comme un poltron qu’il est. A l’enterrement du docteur Doyen (chirurgien de renommée internationale, inventeur de nombreux instruments chirurgicaux (né en 1859 et décédé le 21 novembre 1916 à Paris)) il plastronnait avec la famille pour recevoir les invités, quand survint l’abbé Tribidez, ancien aumônier militaire. Le sourire aux lèvres, mon Chappe lui tend la main, l’abbé retient la sienne ostensiblement en s’écriant : « Ah ! çà ! non ! Je ne serre pas la main d’un lâche !! » Tête du Chappe !

Comme je contais cette histoire tout à l’heure à Houlon, je lui disais que nous devrions nous grouper pour traiter de la même manière les pleutres qui reviendraient ici la bouche en cœur après la délivrance de Reims. Il me répondit : « J’y ai essayé et aussi j’avais déjà eu quelques adhésions, Charbonneaux, de Bruignac, et j’avais demandé au Maire d’être Président, mais celui-ci s’y refusa ! Toujours le même et aussi sectaire. Je le regrette pour lui qui s’est taillé une si belle page dans l’histoire de notre Ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 27 – + 4°. Nuit tranquille, sauf – Invitation du Général de Bazelaires par les aumôniers, à aller prêcher les soldats à Hermonville et dîner avec lui (mercredi 28). Lettre aux Évêques de la Province pour présentations épiscopales.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hermonville


Mardi 27 février

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes en Belgique, dans la région des Dunes et à l’est du bois de Malancourt.

Nous avons réussi un coup de main sur un saillant ennemi, au nord de Tahure et ramené des prisonniers.

Sur le front belge, lutte d’artillerie d’intensité moyenne spécialement vers Nordschoote et Steenstraete, où les engins de tranchées ont été actifs.

Les Anglais ont progressé dans la vallée de l’Ancre. Leur avance s’étend sur un front de 17 kilomètres 600, de l’est de Gueudecourt au sud de Gommecourt et a atteint une profondeur de 3 kilomètres 200. Outre Serre, ils ont occupé le point d’appui de la butte de Warlencourt, le village de ce nom, Eaucourt, Pys et Miraumont, et atteint les abords de le Barque, Irles et Puisieux-au-Mont.

Ils ont rejeté une attaque sur l’un de leurs postes au sud de la Somme.

Un coup de main au nord d’Arras leur a valu 24 prisonniers. Leurs détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies à l’ouest de Monchy-au-Bois et à l’ouest de Lens, ramenant des prisonniers.

Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie ont occupé le point stratégique de Kut-el-Amara, au sud de Bagdad. 1730 Turcs ont été capturés et, en outre, 4 colonels allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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