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Vendredi 15 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 15 mars 1918                                               

1281ème et 1279ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique, froid avec vent d’Est. Eté à Vitry-la-Vile retirer mes malheureux bagages qui sont arrivés à bon port. Travaillé toute la matinée à les reconnaitre. Courrier assez court. Lettre de Madame Georges Herment, veuve de mon ancien clerc, notaire à Doullens (Somme), tué en novembre 1915 (Lieutenant au 5e RIT, tué le 10 octobre 1914 à Beaucamp (59)), qui m’annonce son projet de remariage avec le Capitaine Baquet, du 122e d’Infanterie, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, 50 ans (Raymond Léandre Baquet, né en 1868, mariage le 9 juillet 1918), et me demande la marche à suivre pour son fils de son premier mariage (Raymond Herment (1903-1965)), et si je consentirais à être son subrogé tuteur, comme je l’avais déjà accepté. La pauvre petite femme a, je crois, raison. Elle n’aurait jamais pu élever seule son fils, le fils de mon malheureux clerc, Herment, que j’avais en profonde estime. Je lui réponds que j’accepte en souvenir du père. Cette lettre m’a néanmoins laissé songeur et mélancolique toute la journée. Je ne pouvais distraire ma pensée de ce pauvre Herment mort si courageusement, lui homme de tout devoir ! Tout cela vous attriste et vous endeuille. Que de souvenirs soulevés et remués en mon âme par cette lettre ! Que tout passe ! même le souvenir des disparus !! Pauvre Georges Herment !! Brave et honnête garçon, caractère assez singulier, un peu paradoxal, mais sérieux, sûr et de devoir – surtout – Je suis certain qu’il s’est fait tuer par devoir. Pauvre Herment ! Il est certes plus heureux que ceux qui restent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Paris, 15 mars 1918 – Le bel immeuble devant abriter provisoirement la mairie de Reims est situé 19, avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Py­ramides. Sans transition, du jour au lendemain, nous nous trouvons ainsi transplantés au milieu d’un cadre somptueux, dans l’une des plus jolies perspectives de Paris, après avoir vécu si misérablement dans les ruines de Reims.

A 9 h, sont réunis en cet endroit, dans les superbes apparte­ments du premier étage, où fonctionnait, avant la guerre, une ban­que autrichienne, M. Émile Charbonneaux, adjoint au maire, MM. Perotin, directeur du service de l’architecture de la ville de Reims, Cullier, chef du bureau de la comptabilité, Coûtant conducteur à la voirie, rattaché depuis peu à la « comptabilité » et moi-même.

Em. Charbonneaux fait reconnaître les locaux et prend les dispositions avec M. Perotin pour les aménagements du cabinet de l’administration municipale, du secrétariat, où pourront être grou­pés différents bureaux annexes, du bureau de la comptabilité et de la recette municipale, dont les emplacements sont choisis et dé­terminés.

A la suite de démarches qu’il a faites, M. Em. Charbonneaux est à même de nous apprendre que les archives, qui sont parties de Reims derrière nous, pourront être placées dans le sous-sol de l’Office colonial, au Palais Royal.

Em. Charbonneaux nous annonce en outre qu’il serait en mesure de faciliter le logement, à Paris, d’une partie du personnel évacué et à venir — car les camarades restés à Reims ne tarderont pas à suivre.

Nous nous rendons avec lui, 281 rue Lecourbe, afin de visiter une maison nouvellement construite, dont les installations intérieu­res sont sur le point de se terminer et nous sommes très heureux qu’il veuille bien nous guider, et même venir avec nous en voir le propriétaire, en vue de résoudre, au plus tôt cette importante question. Les conditions de la location des logements de cet im­meuble sont examinées et arrêtées séance tenante. Cullier retient immédiatement un appartement, avec chambre indépendante au troisième étage du bâtiment sur cour et il est entendu qu’il me sous-louera la chambre.

Cette matinée si utilement employée, le groupe, avant de se séparer de M. Em. Charbonneaux, tient à le remercier de l’aménité avec laquelle il s’est préoccupé aussi bien des intérêts particuliers, que de l’organisation complète des services.

Les collègues nous quittent à une station du nord-sud et nous décidons, Cullier et moi, de déjeuner dans les environs. Nous esti­mons avoir lieu d’être satisfaits de ce qu’aient été résolues si rapi­dement, les différentes choses essentielles concernant notre nou­veau genre d’existence, puis nous projetons de nous rendre dès cet après-midi à la maison Walbaum, transférée à Paris, afin d’y de­mander le déchargement, en gare de la Villette, du wagon qui y est arrivé avec nos archives, ainsi que leur transport, pour partie avenue de l’Opéra 19 et pour la plus forte charge, rue de Valois, au Palais Royal.

Avant de nous remettre en route pour ce déplacement, nous faisons une courte promenade dans le quartier de notre futur do­micile. A cette heure et par une belle journée déjà printanière, il nous est très agréable de circuler librement. Nous avançons en échangeant nos impressions nouvelles ; au coin des rues Dombasle et de la Convention, nous nous arrêtons pour nous reposer un instant dans un bar — il est 13 h 3/4.

Il n’y a pas longtemps que nous sommes entrés — cinq mi­nutes à peu près — lorsqu’une très violente et formidable explo­sion, qui a fait vibrer tout dans l’établissement, se produit soudai­nement ; elle est suivie de deux ou trois autres plus sourdes, tandis qu’un énorme nuage blanc apparaît au loin, se détachant dans le ciel bleu. On court de tous côtés, dans les rues, pour chercher un refuge : Les Gothas ! a-t-on entendu crier ; patron et patronne sont disparus dans la cave — et nous nous apercevons que nous som­mes restés seuls dans le bar, devant nos tasses de café. Il nous semble que cela s’est passé dans la direction nord-est, à l’extrémité de Paris probablement, et nous sommes d’accord pour conclure qu’une importante usine vient sans doute de sauter.

En nous rendant alors à la maison Walbaum, rue de Tanger, précisément dans le sens de l’explosion, il nous est donné de voir, de moins loin, de fortes colonnes de fumée, remarquées dès la sortie du métro, et paraissant annoncer un incendie immense — puis, en allant toujours, d’apercevoir la foule au milieu de laquelle passent, se suivant de près, bon nombre de taxis transportant des blessés.

Nous apprenons enfin qu’une épouvantable catastrophe s’est produite. Un dépôt considérable de munitions, composé principa­lement de grenades, a été détruit à La Courneuve. Il y a quantité de victimes — les journaux, le lendemain parlent d’une trentaine de morts — et les dégâts qui se sont étendus, rasant, ravageant tout jusque dans un rayon éloigné, sont des plus sérieux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 15-0°. Nuit à peu près tranquille, sauf quelques obus de temps en temps jusqu’à 4 h. A 4 h. 15, heure solaire, violente canonnade aux Cavaliers de Courcy. Via Crucis in Cathedrali, 7 h. 30 à 8 h. 30, mugiente canone. A 6 heures, des éclats d’un obus contre avions viennent frapper nombreux dans l’angle de mon cabinet avec la maison Miltat. 6 h. Visite du Capitaine Luizeler, de l’architecte et de M. de Bruignac au sujet du 2e radio-télégramme de l’ennemi relatif au poste d’observation optique qu’il prétend avoir aperçu sur la Cathédrale. On me remet les clefs des serrures de l’enclos et des portes de la Cathédrale pour que je les gardé. Ma Note paraît dans l’Écho de Paris auquel elle a été transmise par le Ministère ou la Commission de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 mars

Légère activité d’artillerie de part et d’autre en Champagne, dans les régions des Monts, dans les Vosges, à l’est de Saint-Dié et dans la région de l’Hartmannswillerkopf.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Neuf mille huit cent kilos de projectiles ont été lancés sur les gares, usines et terrains d’aviation de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et au nord-ouest de Monastir.
Nombreux bombardements exécutés par les aviations alliées sur la ligne Sérès, Drama, sur les dépôts ennemis de la vallée du Vardar et sur la gare de Berauci, au nord de Monastir.
Sur le front britannique, nos alliés ont exécuté des coups de main sur les tranchées allemandes, au sud-est d’Epehy et ont ramené des prisonniers.
Des tentatives de raids ennemis, au nord de la voie ferrée d’Ypres à Staden, ont complètement échoué.
Activité des deux artilleries au sud-ouest de Cambrai.
Recrudescence de l’activité de l’artillerie allemande, dans les secteurs de Neuve-Chapelle et de Fauquessart.
Combats de patrouilles et d’artillerie sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 13 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 13 mars 1918                                               

1279ème et 1277ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps magnifique. Rien de saillant. Les journaux insignifiants, néanmoins ils ont l’air de dire que le Japon va intervenir. Puissent-ils dire vrai et éviter le grand choc sur notre front. Cette pensée m’obsède et me tue. Peu de courrier. Travaillé à mettre au point quelques actes ! Je m’acharne au travail pour ne pas penser. Eté à Songy porter des lettres, revenu par la prairie, je suis éreinté ! Il faisait pourtant un temps idéal, mais mes tristes pensées m’obsèdent et me rendent tout amer.

Jean s’ennuie ici, le pauvre grand, et je ne sais quelle distraction lui donner. Pas de nouvelles de Reims. Et c’est aussi une obsession, plus je reste ici plus je désire ne plus retourner là-bas. Et puis, qu’irai-je faire ?! Reims étant réduit à 1 000 habitants environ. A quoi servirais-je ? Je voudrais bien que ma situation à ce sujet s’éclaircisse et se précise nettement. Je ne regretterai nullement de n’y plus retourner. J’ai comme un sentiment d’horreur. J’y ai tellement souffert ! C’est un cauchemar épouvantable pour moi. Mon Dieu ! éclairez-moi ?! Faites que cette situation  cesse bientôt et que je sache au moins à quoi m’en tenir pour entreprendre quelque chose de stable et suivre une ligne de conduite. Car je suis las de cette vie sans suite, interrompue à chaque instant par maints incidents. Verrais-je une fin à tout cela. Aurais-je des jours heureux et prospères. J’en doute ? Je n’ose plus l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 mars 1918 – Bombardement vers la gare.

Ce matin, nous venons d’apprendre que nous allons par­tir. M. Em. Charbonneaux, adjoint au maire, nous a donné, à Cul­lier, chef du bureau de la « comptabilité » et à moi, rendez-vous pour après-demain vendredi 15 — 9 h, à Paris, avenue de l’Opéra 19, où il est projeté d’installer, dans les locaux séquestrés d’une banque autrichienne, les services de la mairie désignés pour y être évacués.

Pas de temps à perdre pour les derniers préparatifs, car il s’agit encore, au bureau, de régler certaines choses aujourd’hui même.

Dans l’après-midi, je trouve le temps de courir rue du Cloî­tre 10, boucler en vitesse mon bagage personnel et de faire ame­ner mon lit-cage dans la cour de l’hôtel de ville. Je le recommande aux bons soins de M. Bertin qui a été chargé par le service de l’architecture, de veiller sur le stock des archives et d’en assurer le chargement dans les fourgons militaires qui viendront ces jours-ci.

« Si cela vous est possible, lui dis-je, faites-le partir aussi dans le wagon, vous me rendriez service.

Vous pouvez compter sur moi », me répond-il simple­ment.

Nous demandons à la police les ordres de départ devant nous permettre de monter dans l’une des autos d’évacuation et il est entendu que nous prendrons la voiture devant quitter la place d’Erlon demain matin, 14 mars, à 7 h, afin d’avoir, à Epemay, l’ex­press de midi 4, sur Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – On vient chercher ma lettre au Pape, et ma note pour la presse et le Ministre, ainsi que mon télégramme pour le Vatican, demandés par l’envoyé du Capitaine Luizeler à 6 h. soir. Nuit tranquille.

+ 2°. Beau temps. Avions dans l’air. Visite d’adieu de M. le Curé de Saint-Remi. Visite de M. Henry Bordeaux, l’académicien, et de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 mars

Au cours du raid qui a eu lieu sur Paris, dans la nuit du 11 au 12, neuf escadrilles allemandes se sont dirigées vers la capitale. Près de soixante avions ont réussi à franchir nos lignes. Il y a eu à Paris des dégâts et des victimes. 29 personnes ont péri sous les bombes et 66 sont mortes étouffées dans une panique à une station du métropolitain.
Les Allemands ont éprouvé des pertes sérieuses. Quatre de leurs appareils, dont trois gothas quadruplaces et un appareil biplace ont été abattus ou contraints d’atterrir dans l’intérieur de nos lignes.
Pendant le raid, nos avions de bombardement ont exécuté une contre-offensive extrêmement vigoureuse sur les aérodromes de départ ennemis qui ont reçu 5.800 kilos de bombes. On a observé de nombreux éclatements ayant atteint leur but.
Bombardement assez vif sur la rive droite de la Meuse, en Lorraine, dans la région du Reillon et d’Ancerviller.
Sur le front britannique, les Australiens ont effectué avec succès des coups de main sur les postes allemands, à l’est et au nord-est de Messines. Ils ont tué un certain nombre d’ennemis et ramené des prisonniers. Leurs pertes ont été légères.
Activité des deux artilleries au sud-est d’Armentières et au nord-est et à l’est d’Ypres.
Les aviateurs anglais, ont jeté plus de 490 bombes sur les gares de Reims, Roulers, Ledeghem et Solesmes. Ils ont également bombardé, en plein jour, Coblentz.
Ils ont abattu trois ballons ennemis et cinq aéroplanes.
Un raid de dirigeables allemands a eu lieu en Angleterre sur le Yorkshire.
Le président Wilson a exprimé à la nation russe sa sympathie en lui disant qu’il ne laisserait pas toucher à l’indépendance de sa politique intérieure.
Le statthalter d’Alsace-Lorraine lance une proclamation pour affirmer que le pays d’empire restera allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Samedi 2 février 1918

Louis Guédet

Samedi 2 février 1918

1240ème et 1238ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La Chandeleur !! Que de charmants souvenirs d’enfance pour moi. On fêtait naguère ce jour chez moi, on assistait à la messe et l’on rapportait son cierge bénit. Tout cela est passé. Cela me semble d’une telle fraîcheur. On ne reverra jamais plus cela avec cette époque d’incroyance et d’indifférence. La Chandeleur !! souvenirs de ma première jeunesse. Adieu ! Je suis sous les bombes par ce soleil magnifique. Il fait froid.

Rien de saillant depuis hier soir, calme relatif. Ce soir je paie mon pari avec Beauvais, dans le « Condreux-club » à L’Homme d’osier, 72 rue de Vesle, où se réunit ce singulier petit clan…  de purs ! et où se décident bien des rubans. Lenoir et Guichard y seront avec les habitués, Happillon, Dor, lieutenant Migny, Condreux le propriétaire de céans, Beauvais.

Demain je déjeune chez Houlon qui est heureux, à ne pas décevoir de la certitude de son ruban.

On doit prendre des Hospices quelques uns de mes cartons d’archives à mettre en consigne à la Gare d’Épernay d’où je les ferai suivre avec moi mercredi. Pourvu que le service de l’Évacuation de Migny me prenne le reste !! À la Grâce de Dieu !

Temps magnifique ! Trop beau ! Hélas ! car par ce soleil radieux, gare les bombes, etc…  etc… Pour nous, pauvres Rémois, nous préférons la pluie, les temps maussades. Nous sommes moins bombardés.

5h soir  Rien de nouveau. Avions, bombardement après-midi par salves. Lettre de ma chère femme souffrant toujours de douleurs, la malheureuse. J’organise mon départ pour le 6. J’ai hâte de partir. Ce soir, réunion avec Beauvais, Condreux. Demain je noterai ce qu’il en est et aura été.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 février 1918 – L’Eclaireur de l’Est donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui a eu lieu le 30 janvier.

A cette réunion, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, dans le local actuel de la mairie, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints ; Chezel, Demaison, Charles Heid- sieck, Gustave Houlon, Jallade, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont.

Dans l’ordre du jour, figurait l’examen du compte administratif communal de l’exercice 1916. Le rapporteur était M. Demaison.

Le journal dit :

Mennesson-Dupont qui préside à ce moment la séance, fait part au maire de l’approbation de ce compte par le conseil et rend hommage au zèle et à la compétence du maire et de ses adjoints, ainsi qu’au dévouement du personnel resté fidèle à son poste.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 février – Purification. – 2°. Beau temps. Visite du Colonel Coignard du 108e, et du Docteur du régiment. Après-midi rendu visite. Visite à M. Houlon. Visite du Capitaine de Beaumont de Brie ? Breton, connaissant les Colbert, les Chabot, les La Bretèche, les De Nonas (?). Avions, tir contre eux. 5 bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 février

Nos détachements on réussi divers coups de main dans la région de Nieuport et au nord-ouest de Reims. Nous avons fait des prisonniers et ramené une mitrailleuse.
Dans la région nord-est de Flirey, un fort parti ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes a été dispersé par nos feux.
Les Anglais ont brisé sur leur front, une tentative de coup de main effectuée par l’ennemi, à l’ouest d’Arleux-en-Gohelle. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande vers Lens et Gouzeaucourt.
Sur le front italien, après de nombreuses et vaines tentatives pour enlever à nos alliés les gains obtenus dans la région de Sasso Rosso, l’ennemi a commencé une action plus intense sur le mont Val Bella.
Les assaillants, par un feu de barrage foudroyant et rapide, ont été obligés de se replier sur leurs positions de départ avant d’avoir pu prendre contact avec la ligne italienne.
Tirs d’artillerie sur le reste du front. Echec d’un groupe autrichien dans le val Giudicarie.
Activité de patrouilles entre Posina et l’Astico.
L’ennemi a jeté des bombes sur Bassano où l’on signale quelques blessés.
Le bilan rectifié du raid des gothas sur Paris est de quarante-neuf morts et deux cent sept blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Vendredi 20 avril 1917

L'intérieur de la cathédrale

Louis Guédet

Vendredi 20 avril 1917

951ème et 949ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Pluie hier soir, beau temps ce matin, moins froid qu’hier, matinée couverte mais claire. Le beau temps semble vouloir se stabiliser. Bombardement la nuit, de petits obus, des 77. Mal dormi, on est toujours sur le qui-vive dans la crainte des gaz asphyxiants. Ce matin été au Palais (qu’on me disait à moitié détruit, il n’en n’est rien) porter mes lettres à la Poste. Place du Parvis je rencontre Émile Charbonneaux et nous regardons ensemble le trou énorme fait par un 240 ou un 305 hier soir vers 5h au 2ème bombardement de la Cathédrale qu’ils visent avec acharnement et rage, devant la maison du marchand de tableaux et de cartes postales, près de chez Boncourt le pharmacien, juste devant l’angle de la place et de la rue Tronsson-Ducoudray, saillant sud du mur de l’ancienne prison. Ce trou a 6 mètres de diamètre et autant de profondeur !! Toute la rue est coupée à cet endroit, il faut longer le trottoir du Palais de Justice pour pouvoir passer.

Devant le Palais de Justice, dans le petit parterre de face à gauche en entrant, en face de la chambre du concierge (et non de sa loge cuisine) un autre trou de 7/8 mètres de diamètre et autant de profondeur. Il est tombé en pleine terre végétale, et cela explique sa plus grande profondeur que le 1er place du Parvis. On marche dans toutes sortes de débris, gravats, terre éclaboussée, et…

Je pousse à l’Hôtel de Ville où Raïssac me dit n’avoir pu donner mes valeurs à consigner à Charles. Je les lui laisse pour qu’il profite de la 1ère occasion pour Épernay. Là j’écris un mot à Madeleine et Robert que Raïssac m’a proposé obligeamment de donner à M. Jallade qui va à Paris.

10h matin  2 bombes, allons-nous être obligés de descendre à la cave ? Je lis dans le Petit Parisien d’aujourd’hui que M. Jacques Régnier, notre sous-préfet, vient d’être nommé secrétaire Général des Bouches-du-Rhône à Marseille. C’est la suite de son aventure avec Lenoir, à l’Hospice Noël-Caqué, où il ne pouvait se tenir debout tant il était ivre. Il est remplacé par M. Bailliez, sous-préfet d’Abbeville (Charles-François Louis Bailliez, décédé en 1922 dans l’exercice de ses fonctions).

10h20  Il faut descendre, les obus se rapprochent. Quand donc aurons-nous fini de mener cette vie épouvantable d’angoisses renouvelées à chaque instant, et sans cesse.

10h3/4  Nous remontons au soleil.

3h1/2  Déjeuner mouvementé, on mange 3 bouchées et on se lève pour descendre à la cave, assiette en main. Après 5/6 exercices variés de ce genre : Zut ! on s’assied ! et arrive qui pourra, on mange…  plutôt mal ! l’oreille au guet !! pour entendre où çà tombe et si çà rapproche.

A peine fini de déjeuner à 12h1/2 Dondaine m’arrive pour faire un inventaire chez Vassart, avenue de Paris. Je suis émotionné au point de lui faire presque un reproche de venir ici dans des moments pareils. Il avoue lui-même : « Qu’il n’a plus le pied marin pour cela ! » Nous causons et j’ai hâte qu’il parte avenue de Paris. Je lui signe l’inventaire Vassart d’avance à tout hasard si je ne puis aller avenue de Paris. Je prends l’inventaire Mareschal pour le faire signer à Bompas à la Chambre des notaires, je lui signe en blanc les requêtes d’ordonnances pour les 6 dépôts de valeurs à la Caisse des dépôts et Consignations à Fréville, lui donne une lettre pour le Vice-président, et lui dit que si je ne puis les lui remettre je lui ferai remettre par un agent cycliste les valeurs Giot et Valicourt. Nous nous quittons, lui pour l’avenue de Paris, moi pour l’Hôtel de Ville, rue du Cadran St Pierre, place d’Erlon, du Carrouge, Thiers devant la Chambre des notaires des bombes, pas de grosses.

A l’Hôtel de Ville je trouve heureusement Raïssac qui me remet mes plis. Je fais appeler Bompas qui me signe sur un coin de table l’inventaire Mareschal. Émile Charbonneaux  apprenant que j’ai un lien pour Épernay, me dit que l’abbé Camu cherche quelqu’un pour remettre un rapport et une protestation du Cardinal Luçon au Pape contre les derniers bombardements de la Cathédrale. Je saute chez l’abbé Camu qui me dit que le sous-préfet a bien voulu s’en charger pour faire porter ce pli à Paris ; on gagnera ainsi 3/4 jours. Il n’y a pas de temps à perdre, sans cela la pauvre Cathédrale sera démolie…  de là je prends mon courrier, insignifiant. 2 lettres. Une de ma femme, toujours aussi affolée. Je file enfin avenue de Paris chez Vassart au delà de la Porte en fer Louis XVI (depuis 1960 elle se trouve rue de Bir-Hakeim, en face du Cirque), en face de l’auberge du Soleil d’Or. J’y trouve Dondaine faisant son inventaire. Je trouve là Alfred, ancien cocher de M. de Vroïl, de Courcy, château de Rocquincourt, la veuve Vassart et un autre cocher…  avec M. Lavergne, chef de bureau, secrétaire du conseil Municipal qui lâche et s’en va (Chef du 1er bureau du secrétariat à la Mairie). Que de départs, surtout  de défections au…

Le tiers central de la page a été découpé.

Je rentre à la maison. Rue de Vesle, vers la rue de Soissons (rue de la Magdeleine depuis 1947), je rencontre 4 prisonniers allemands, Croix Rouge. Je ne puis m’empêcher de leur jeter : « Assassins ! assassins !! » Ils baissent la tête. Plus loin chez le marchand de bicyclettes, un peu avant Jean-Bart café rue des Capucins, j’aperçois un petit soldat avec la fourragère du 61ème d’artillerie, je lui demande où il est en ce moment, et s’il est de la batterie de mon pauvre Robert. Il me répond qu’il fait partie des batteries de crapouillots devant Brimont, et par conséquent n’est pas avec mon petit. Alors je lui demande où nous en sommes devant Brimont, et si çà va bien là-haut !!…  Il m’affirme que cela va très bien, et comme il m’ajoute que nous sommes à Brimont, je lui dis : « au château de Brimont, pas à Brimont ! » Lui de répondre : « Nous sommes à Brimont et sur la route à la redoute du cran de Brimont, près de cette route. Nous les encerclons !! J’insiste et en effet, nous avons bien le village de Brimont, il n’y a que le massif boisé qui reste à réduire. Il parait que les allemands ont creusé dans ce pic des souterrains formidables. Ils sont encerclés ou à peu près, et il faudrait qu’ils s’en aillent comme à Douaumont, ou qu’ils meurent de faim là-dedans ». Je le remercie, lui donne le nom de Robert à tout hasard, et suis un peu réconforté en sachant Brimont à merci.

5h20 soir  Le bombardement…

Le tiers central de la page a été découpé.

…cave. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. On ne peut entreprendre aucun travail suivi, on a toujours l’esprit en éveil, aux aguets. On mène une vie purement animale. Vie de bête sans défense traquée à chaque minute de la journée et de la nuit. Les bombes sont tombées jusqu’à 8h1/2, les coups se succédaient régulièrement par volées de 4, quand un obus éclatait on entendait le suivant siffler. Le tout vers la Gare et l’Hôtel de Ville, rue de Tambour fort abîmée et rue Colbert face Banque de France. Malheureusement là des blessés. Le capitaine des pompiers de Reims Geoffroy et Cogniaux, employé à la Ville, très légèrement blessés. Enfin Colnart (Eugène) qui s’occupait des laissez-passer, fort blessé. C’était un charmant garçon, espérons qu’il s’en tirera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 avril 1917 – Bombardement toute la nuit, dans le centre.

— A 11 h, du bureau, nous entendons le sifflement et l’explosion d’un 150 sur la place de l’hôtel de ville, devant la rue de la Prison ; c’est le premier obus de la matinée, mais il est encore suivi aussitôt de beaucoup d’autres.

Toujours même vie pénible. Descente à la cave ; impossible d’en sortir.

Il nous a fallu, ces jours-ci, nous organiser au point de vue du ravitaillement. Guérin, notre cuistot de la « comptabilité », passe régulièrement chaque matin, à la boucherie ou aux halles, puis à la boulangerie d’Hesse, rue de Tambour, où il peut devenir très diffi­cile, sinon impossible, de courir plus tard. Nous avons dû faire, tous, une nouvelle provision de conserves diverses et l’administra­tion municipale a fait réserver à l’hôtel de ville, pour le personnel,  des boules de pain et des pommes de terre, au cas où il ne pour­rait pas faire d’achats au dehors.

Les fontaines ne coulent plus. Une arroseuse de la voirie mu­nicipale, conduite par Jacquet, cantonnier, dont nous guettons le retour dans la cour de la mairie, nous approvisionne d’un seau d’eau chaque matin, après la tournée régulière chez les boulangers qui n’ayant pas de puits, ont demandé à être servis de cette ma­nière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 6°. Via Crucis in Cathedrali pervastata. Voûtes tom­bées au transept et devant la chaire. Amas de décombres obstruant l’édi­fice ; Fonts Baptismaux écrasés, écrasés. « La France est punie par où elle a péché : elle a renié son baptême, en déclarant ne reconnaître aucun culte ; elle a rompu l’alliance avec le Christ dont la Cathédrale est le monu­ment ; elle est frappée dans sa Cathédrale et ses fontaines baptismales » ai- je dit au Cicerone (M. Huart) en contemplant cette dévastation. Fréquentes bombes sur les batteries, sur la ville. Expédié lettres au Pape, relatant les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


Vendredi 20 avril

Au sud et au sud-ouest de Saint-Quentin, grande activité des deux artilleries. Rencontres de patrouilles aux lisières de la haute forêt de Coucy.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons continué à progresser au nord de Vailly et d’Ostel. Une attaque ennemie sur la légion de Courtecon a été arrêtée par nos mitrailleurs. Une autre attaque a été fauchée pas nos feux sur le plateau de Vauclerc. Nous avons occupé les villages d’Aizy, de Jouy, de Laffaux et le fort de Condé, ainsi qu’un point d’appui au nord de la ferme de Hurtebise. Nous avons fait 500 prisonniers et capturé 2 canons de 105. A l’ouest de Berméricourt, nous avons fait 50 prisonniers.

En Champagne, lutte violente dans le massif de Moronvilliers. Nous avons élargi nos positions au nord du Mont-Haut. Au nord-ouest d’Auberive, nous avons enlevé un système de tranchées et capturé 150 Allemands.

Echec d’une tentative ennemie à Bolante, dans l’Argonne.

Progrès anglais près de Loos. Le butin de nos alliés est maintenant de 228 canons.

Le cabinet Romanonès a donné sa démission à Madrid. Il a été remplacé par un cabinet Garcia Prieto.

Le général von Bissing, gouverneur général de Belgique, est mort.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 3 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 3 avril 1917

934ème et 932ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tempête de vent et de pluie toute la nuit qui m’a réveillé vers 3h du matin, mais je n’ai pas entendu à 1h du matin les bombes qui seraient tombées à proximité. Je ne sais encore où. Il faut. J’étais exténué de fatigue et de manque de sommeil. Il parait que dimanche il serait tombé 2048 obus ! Hier avant midi on en comptait plus de 600. Finiront-ils ? Tout le monde part. C’est la panique habituelle conséquence de tels bombardements. Mais je crois qu’en 1914, nous n’en n’avions jamais reçus autant en une seule journée, si c’était leurs P.P.C. on oublierait bien volontiers…  mais !…

6h1/2 soir  Voici exactement le nombre d’obus lancés sur la ville hier. 3ème canton 1200, 2ème canton 623, 4ème canton 438 environ, soit environ 2200 à 2500 obus ? Aujourd’hui même sérénade, si cela continue ils ne laisseront rien de la ville. Des victimes. Vu Dondaine qui évacue sa femme et son fils à Épernay demain. 2 obus sont tombés dans une maison voisine de la leur, portant le n°97, rue Ste Geneviève, leur cassant tous leurs carreaux.

A 1h1/2 j’avais simple police, 7 nouvelles affaires, 5 anciennes. Speneux mon ministère public, commissaire de police du 3ème canton, est arrivé avec 1h de retard, nous avons donc ouvert la séance à 2h1/2  / 3h. 3 personnes sont venues (un gendarme comme témoin et une femme et son gamin, jet de pierre). La séance a été vite enlevée, d’autant que çà tapait dur et que Speneux était encore émotionné des 210 qui tombaient dans son quartier en venant. Il n’a pas voulu fixer de séance pour le 1er mai 1917 !!!

Ce qu’ils sont froussards !!!

J’apprends au Palais que la Grande Poste qui était au Pont de Muire et qui bombardée s’était réfugiée il y a 8 jours rue Martin Peller, aux Écoles, rebombardée, se réinstalle au Palais dans la salle de correctionnelle près du cabinet où se tenait M. Bossu, Procureur de la République. Le sous-préfet, lui, s’installe dans la crypte !! J’ai vu un des chefs de service de la Poste, il tremblait et était vert. Il a osé me dire : « Oh ! mais c’est la dernière fois que nous déménageons, et si nous sommes bombardés nous quitterons Reims ».

En sortant du Palais, je vais à l’Hôtel de Ville où je vois entrer derrière moi M. Chapron, le Préfet de la Marne (André Chapron est resté Préfet de la Marne de 1907 à 1919). Il y a réunion dans le cabinet du Maire avec le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, le Général Lanquetot, Régnier sous-préfet de Reims et Chapron. C’et pour s’entendre sur l’évacuation de la population inutile. J’irai demain à la Ville, et je saurai de quoi il retourne. Rentré sous le canon, il était temps que je quitte l’Hôtel de Ville, car il est tombé des obus tout proche quelques instants après que j’étais parti, rue Henri IV notamment, des victimes.

En rentrant, j’avais cette impression assez singulière…

Le bas de la page a été découpé.

Je suis à bout de nerfs. Je me sens bien délabré. Des avions français nous survolent en ce moment. Il y a au moins 15 jours/ 3 semaines que nous n’en avions vu un seul. Depuis ces 3/4 derniers jours de bombardement intensif nos canons n’ont pas répondu. Enfin les voilà qui tonnent, cela me réconforte un peu. Des obus allemands sifflent très haut…  en réponse. Mais que c’est triste d’être bombardé, de recevoir une pluie de mitraille sans entendre les nôtres répondre !!

Reçu lettre fort triste de ma pauvre femme et affolée aussi, elle me dit que des employés de la Préfecture de la Marne vont dans nos pays et environs de St Martin demander aux Maires des locaux pour loger 30 000 réfugiés !!…  Rémois !!!  et nous sommes ici 17 000 !!! Je lui réponds pour la tranquilliser. Robert a quitté le 29 ou le 30 mars Nanteuil-la-Fosse, en sorte que toute ma déconvenue d’hier est consolée un peu puisque je ne l’aurais plus trouvé là. Il serait remonté vers Berry-au-Bac. Pauvre Petit !! que Dieu le protège !! Jean pense quitter Fontainebleau le 6 ou 7 courant. Je vais donc partir ou samedi ou lundi à St Martin. Je vais écrire à mon Procureur de la République pour lui demander de me donner une réquisition me permettant de rentrer à Reims quand je voudrai, coûte que coûte. Je tiens à être là au moment de l’attaque, des dangers, au milieu de mes justiciables. C’est mon Devoir et mon Droit.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 avril 1917 – Nouveau bombardement furieux toute la journée.

Dans l’après-midi, à 16 h 1/4, nous devons interrompre le travail et quitter le bureau de la « comptabilité », des obus éclatant derrière l’hôtel de ville.

Lorsque les camarades se sont levés, pour aller s’abriter ailleurs, je les ai suivis jusqu’à la porte, puis, me ravisant je suis revenu à ma place, avec l’idée de les rejoindre tout à l’heure, la pensée m’étant venue que je pourrais essayer de profiter du mo­ment libre, pour mettre mes notes au point. Je les ai quelque peu négligées par les bombardements répétés et assez déprimants de ces jours derniers ; je ne voudrais pas rattraper mon retard en ins­crivant simplement à la fin de la semaine « Bombardements très violents », ce qui serait exact, certes, mais ne me donnerait satisfac­tion que s’il s’agissait d’en terminer, en mettant vite le point final au récit de nos misères. S’il m’est donné plus tard de revoir mes car­nets, je tiens à y retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous aura fallu traverser, car lorsqu’il m’arrive de jeter un coup d’œil sur leur contenu, je suis surpris moi-même, de revivre bien des instants de notre existence à Reims, qui seraient oubliés si je ne les y avais notés. Un obus chasse l’autre, et avec les distribu­tions qui nous sont prodiguées…

Je suis donc encore très absorbé quand j’entends, dans le couloir, la conversation de quelques employés qui réintègrent le secrétariat, maintenant que c’est fini. Je reconnais ensuite le pas de Guérin, revenant, lui aussi, d’une station de trois quarts d’heure ou une heure peut-être au sous-sol, car la séance, comme beaucoup d’autres déjà, a été sérieuse. Les Boches sont redevenus calmes encore une fois et je suis parvenu tout de même à faire ce que je voulais.

Pourquoi la présence, de l’autre côté de la cloison, du bon type qui ne se presse pas pour rentrer dans notre bureau de la « comptabilité » me reporte-t-elle, d’un saut, à une trentaine d’années en arrière, à l’époque où nous étions condisciples ? Les réminiscen­ces qui me traversent rapidement l’esprit me font me ressouvenir de la fin des récréations, quand chacun regagnait la classe ! Diver­tissement et âge à part, j’ai saisi sans doute, dans un rapproche­ment inconscient et assez bizarre, qu’il y a encore un peu de cela, à cette minute.

Notre camarade ouvre la porte et m’apostrophe aussitôt en disant :

« Ah, te voilà ! mais nous cherchions après toi »,

puis, fixé sur mes occupations, il se tourne vers MM. Cullier et Vigogne qui s’approchent, en leur annonçant :

« Il est là »,

ajoutant, du ton qu’il a le talent de rendre si parfaitement ironi­que :

« Il est en train de prendre ses notes ! »

Il faut entendre l’air de pitié, de commisération qu’il prend, l’animal, pour dire cela aux collègues, mais Guérin, avec son ca­ractère finement spirituel, sa philosophie, sa rondeur joviale est si serviable pour tous, que l’on ne saurait se formaliser de ses sorties. Je me contente de sourire. Arrivé auprès de ma table, il s’arrête pour me tancer, car il est mon aîné, en me disant de la manière pseudo paternelle qu’il croit devoir prendre de temps en temps vis- à-vis de moi :

« Mais, mon Paul, tu te feras tuer, avec tes notes. »

Il a déjà eu l’occasion de me rappeler que je lui dois le res­pect, cependant, comme je le sens disposé de plus à me sermon­ner, maintenant que chacun est retourné à son pupitre, je ne lui en laisse pas le temps et, à brûle-pourpoint, j’aiguille ses idées ailleurs en lui demandant :

« Alors ! tu n’es pas tout à fait mort ? »

Un peu suffoqué, il me répond en souriant :

« Euh, euh ! non, tu vois. »

« Eh bien » lui dis-je, « tu ne ferais pas mal de nous offrir quelque chose pour nous remettre de nos émotions. »

Alors, il s’exclame :

« Oh ! tu as rudement raison. »

Nous avons en effet à la cave commune qui se trouve dans la fausse cheminée de l’annexe du bureau, une variété de bouteilles dont Guérin assume la garde en sa qualité de cuistot, qu’il cumule avec celle d’employé auxiliaire — de même que nous avons dans pupitres ou nos tiroirs, des vivres en réserve (corned-beef, thon, sardines) au cas où nous nous trouverions dans l’impossibilité de quitter l’hôtel de ville pour nous ravitailler.

L’inspiration lui a paru excellente : elle a reçu tout de suite l’approbation qu’il a sollicitée et pendant dix minutes à peu près — temps de fumer une pipe à la caisse des incendiés — nous 20ns nos impressions sur la séance de bombardement qui a* de s’ajouter à toutes celles qui l’ont précédée.

Notre vive irritation, notre indignation croissante à propos des procédés sauvages, de la barbarie cruelle de l’ennemi vis-à-vis de notre pauvre cité et de ses habitants, se traduisent par quelques ¡¡•»pressions énergiques à l’adresse des Boches, que l’un de nous résume simplement, en disant :

« Ah ! les cochons. »

L’ami Guérin, occupé à remplir les verres, a dû trouver le mot insuffisamment adéquat ; il voudrait certainement en accentuer le sens à moins qu’il ne le désire mieux approprié, puisqu’il se re­tourne, la bouteille à la main, pour déclarer :

« Moi, je dis que ce sont des vaches ! »

A la nuance près, nous reconnaissons en riant qu’il y a una­nimité de sentiments.

Oui, Guérin a été compris, dans sa manière d’exhaler son mépris pour ceux qui font la guerre en s’en prenant si facilement aux civils avec leur artillerie. Son qualificatif contient la somme de nos révoltes platoniques, de nos rancœurs de Rémois à l’égard de tortionnaires férocement haineux et dépourvus de toute humanité.

Après avoir constaté que les Allemands deviennent de plus en plus furieux, nous regagnons nos places pour reprendre nos écritures ou nous replonger dans les chiffres jusqu’à 18 heures.

— Le bombardement redouble de violence, avec gros cali­bres, le soir, de 18 h 1/2 à 20 h, particulièrement vers le Port-Sec et ses environs.

Sorti de la mairie comme d’habitude, à la fermeture des bu­reaux, je suis à peine en route, que je dois revenir en arrière et me réfugier au poste des brancardiers-volontaires de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Ecritoire. M. Guichard, vice-président de la Com­mission des hospices, qui vient à passer, avec son auto, s’y arrête un instant, et sachant que j’habite le même quartier que lui, m’offre de m’emmener.

Nous partons alors à toute vitesse, tandis que les obus tom­bent ; nous en voyons les explosions à droite et à gauche, au cours de notre trajet qui se termine dans la cour de la maison rue Lesage 21, où M. Guichard s’empresse de rentrer sa voiture. Là, il nous faut descendre à la cave avec les gardiens de l’immeuble et une heure après, seulement, il m’est possible de quitter cet endroit, peu éloigné de mon but cependant, pour rentrer place Amélie-Doublié.

La rue Lesage est couverte d’éclats de toutes tailles.

Dans cette journée, Reims a reçu plus de deux mille obus. Il y a eu peu de riposte de notre part.

Les conduites d’eau ont été rompues en quatorze endroits, par les gros projectiles ; il est impossible de les réparer, sous le tir effrayant de l’ennemi.

La semaine passée, la mairie avait demandé que la déclara­tion des puits existant en ville fût faite au Bureau d’Hygiène, par leurs propriétaires ; ceci peut déjà servir d’indication, car au man­que d’eau actuel dans les quartiers hauts, succédera fatalement la disette totale, quand les conduites seront vidées. Si l’on peut s’ali­menter à peu près en eau potable par des moyens de fortune, il est assez inquiétant de penser qu’en cas d’incendies considérables, nous en serions réduits à la terrible situation de septembre 1914.

— La municipalité fait inviter, par les journaux, les habitants (vieillards, femmes, enfants) ou ceux n’ayant aucune obligation de rester à Reims, de quitter la ville. L’autorité militaire autorise le départ sur Epernay par la route, sans laissez-passer, avec la seule carte d’identité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 2°. Nuit tranquille ; non couché à la cave. Vers 1 h. du matin, bombes. A 2 h. 50, bombes sifflent ; bombardements intermittents dans la matinée. A 2 h. il reprend avec acharnement sur batteries (?). Les obus sifflent et tombent sans aucune interruption pendant une heure, et toute l’après-midi. De 10 h. soir à minuit (je crois) bombardement violent sur Clairmarais, la chapelle a été touchée. De 5 h. à 8h., bombardement violent sur paroisse Saint-André. Les quatre Sœurs de Saint-Vincent (de la rue de Betheny), M. le Curé de Saint-André, M. Grandjean son vicaire, rentraient du Salut. Ils se jetèrent dans la cave de la maison des Sœurs. Plusieurs obus, 10, 25 peut-être dont quelques-uns au moins de 310(1) ont dévasté la maison et l’orphelinat est détruit. C’est épouvantable ! quel vacarme ! Elles entendaient les obus pleuvoir ; les éclairs pénétraient dans la cave. A 7 h. M. le Curé, inquiet de rester seul à la maison, veut sortir. Un obus tombe dans la rue. Il se jette le long du mur pour l’éviter. Il se frôle contre le mur qui l’écorche un peu ; un éclat le blesse au petit doigt. Il en est quitte pour cette blessure. La rue Saint-André est jonchée de débris. Le Petit Séminaire est affreusement ravagé ; les toitures sont criblées.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Sainte Geneviève, voyant le quartier battu par les obus, se réfugient avec leurs orphelines dans les ca­ves de M. Walfard. On aménage un caveau où je leur ai permis d’avoir le Saint-Sacrement et la Messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) 210 mm allemand ou 305 mm autrichien…


Mardi 3 avril

Dans la région de Saint-Quentin, nos patrouilles ont poussé au nord-est de Dallon et au nord de Castres jusqu’aux lignes ennemies qu’elles ont trouvées fortement occupées.

Dans le secteur au sud de l’Oise, fusillade assez vive aux avant-postes.

Au nord de l’Ailette, nous avons progressé dans la région de Landricourt. Au sud de l’Ailette, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont rejeté les Allemands au delà de Vauxaillon. Des patrouilles ennemies ont été prises sous notre feu et dispersées. Le chiffre de nos prisonniers atteint 120.

En Champagne, plusieurs contre-attaques ennemies sur les positions que nous avons reconquises à l’ouest de Maisons-de-Champagne ont été arrêtées par nos feux. Des tentatives contre nos petits postes à l’est d’Auberive et à l’ouest de la ferme Navarin, ont complètement échoué.

En Alsace, nous avons réussi un coup de main au bois de Carspach et ramené des prisonniers.

Les Anglais ont pris Francilly, Selency, Holnon, le bois de Saint-Quentin, Villecholles, Bihecourt et les positions avancées de l’ennemi entre la route Bapaume-Cambrai et Arras.

On signale de nouveaux désordres à Berlin, à Dusseldorf et à Cologne.

Le Congrès américain s’est réuni en session extraordinaire de guerre pour entendre les propositions du président Wilson.

Un navire armé américain a été coulé par un submersible allemand.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 19 décembre 1916

Louis Guédet

Mardi 19 décembre 1916 

829ème et 827ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Temps glacial, légère poussière de neige, assez bien reposé, mais que je suis faible et énervé. Il me faudra pourtant avoir la force et le courage d’aller au Tribunal pour mon audience de simple police…  A 1h1/2 je suis parti, il fait fort froid. Mon audience s’est bien passée, procès peu importants, sauf 2 acquittements pour ravitaillement de la Ville qui s’imposaient, mais les gendarmes sont si bornés. 3 affaires civiles, très longues, 8/9 témoins à chaque affaire, les clients sont salés pour la peine, triste chose que les femmes qui s’injurient et Dieu sait ce qu’elles peuvent se dire !! Il faudrait un dictionnaire spécial pour trouver ce que la cervelle de ces péronnelles peut inventer et trouver !! Je n’en n’avais jamais entendues de pareilles ! Bref je les ai salées et en travaillant pour payer leurs amendes (rayé)!! Mais Dieu ! Quelles imaginations !! Quelles images !! pour traduire leurs…  pensées et leurs vices ! Rentré à 5h1/2 glacé…  mais pas de fièvre, heureusement. Je me suis mis au travail, quoique la tête vide, mais les lettres s’accumulent et il faut y répondre… !!…  Quand je regarde le tas…  j’en ai les bras coupés. Je m’arrête, je suis fatigué, mais gare la fièvre…  C’est dur ! les nuits de fièvre avec des ruines dans la tête qui vous obsèdent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 19 — 3°. Depuis minuit, nuit tranquille. Visite de M. Sharp, Ambassadeur d’Amérique et d’une suite nombreuse, avec le général Cadou, M. Mignot, M. Emile Charbonneaux. Le Maire les quitte plus tôt que d’autres.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 19 décembre

Au sud de la Somme, un détachement ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes au sud-est de Berny, a été repoussé à la grenade. Un autre détachement qui essayait d’exécuter un coup de main sur nos tranchées au sud de Fresnes a été repoussé à la grenade.

Sur la rive droite de la Meuse, après un vif bombardement, les Allemands ont contre-attaqué nos positions. Ils n’avaient réussi à prendre pied que sur un point, à la ferme des Chambrettes. Nous les en avons finalement chassés.

Depuis le 15 décembre, le nombre des prisonniers que nous avons fait sur le front de Verdun s’élève à 11.387 dont 284 officiers. Le matériel pris ou détruit comprend 115 canons, 44 lance-bombes, 107 mitrailleuses.

Les Russes ont repris les tranchées perdues sur le front de Volhynie.

Ils ont capturé 200 Austro-Allemands dans les Carpates boisées et repoussé une attaque près de Buzeu.

L’artillerie italienne est active dans le Haut-Astico.

La note allemande a été remise à la France et à l’Angleterre.

Les partis pangermanistes continuent à formuler d’outrecuidantes revendications territoriales.

Les Anglais poursuivent leur progression sur le front de Mésopotamie.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 2 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 2 décembre 1916

812ème et 810ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de brouillard ce matin, s’élevant durant la journée, rebrouillard le soir. Hier on avait canonné 2 avions allemands vers midi, nous en avons descendu un vers les caves Pommery. Été ouvrir deux coffres-forts au Crédit Lyonnais. J’en suis à mon 57ème, on a été obligé de faire sauter la porte d’un. C’est extraordinaire combien de personnes ont oublié le mot ou le chiffre de leurs combinaisons ou encore perdu leurs clefs !! Coût pour chaque effraction : 55 F à 60 F !…  Mes 2…  cambriolages (!!) sont terminés à 10h1/2, heure à laquelle je rentre chez moi chargé de leurs dépouilles et contenus. Bijoux, valeurs, argenterie, cheveux, même des quenottes d’enfants, premières dents sans doute, épaves toujours tristes à manier, toucher. Tout cela prendra le chemin de Paris la semaine prochaine. Après-midi levée de scellés 142, rue du Barbâtre, pauvre mobilier d’ouvriers, et dire que par suite de la négligence, il y a plus de 700 F de garde de scellés depuis 2 ans qu’ils sont apposés !!!!! Quel gaspillage.

Repassé à la Ville où j’avais à faire vers 4h. Causé longuement avec M. Gustave Houlon conseiller municipal, administrateur des Hospices, de la reconstruction de la Ville, de la reconstruction des quartiers, éclairage, eaux, etc…  il s’effrayait, mais je lui disais qu’avec des têtes comme Charbonneaux, de Bruignac, de la volonté, on devait surmonter toutes les difficultés. Je lui signalais le pâté de maisons de la Place Royale, entre la rue Colbert et la rue Trudaine comme devant être l’emplacement de l’Hôtel des Postes, et au besoin si c’était trop grand ou seraient en outre centralisé diverses administrations ou autres. Il était de mon avis. Mais il s’effrayait surtout des difficultés pour arriver à la reconstruction des parties détruites entièrement de la Ville, alignement, percement de nouvelles rues, expropriation de terrains, lotissements et revente en cas de non-préemption d’anciens propriétaires. Je ne m’effraie pas autant que lui de tout cela. Je lui disais qu’avec de la volonté et de la poigne on doit facilement solutionner et rapidement tout cela.

Nous nous sommes quittés là-dessus…  car je n’ai rien à y voir, mais si j’avais à m’en occuper, je crois que j’arriverais à faire quelque chose. Une municipalité dans la situation où la nôtre se trouvera au dégagement de Reims devra tailler dans le vif sans s’inquiéter des individualités et des intérêts personnels de chacun. Elle devra voir grand et faire grand, sans s’inquiéter des détails. Ah ! si je pouvais m’occuper de cela, j’y arriverais…  mais avec mes ruines à relever. Oh si je n’avais pas à m’inquiéter de l’avenir et de la fortune de mes petits pour leur laisser si possible un morceau de pain, que j’aimerais à ma dévouer pour notre cité. Hélas ce ne me sera pas permis ! Je le regrette.

Une bien bonne que j’ai oublié de noter : hier, comme je faisais enregistrer des actes au Père Goffinet, receveur de l’Enregistrement. Il se lamentait d’être obligé de venir à Reims faire son service (15 jours toutes les 3 semaines !!) et il m’ajoutait naïvement, d’un air tragi-comique : « Mais M. Guédet, vous devriez faire enregistrer vos actes à Épernay, comme le font tous vos confrères, ainsi il n’y aurait plus de raisons pour que nous soyons obligés de venir ici, au risque de nous faire tuer !!!… » Je lui ai ri au nez ! C’était parti du cœur en tous cas !! Mais il m’a bien amusé avec sa boutade. Bref c’est encore moi qui serai le coupable dans tout cela. C’est dans l’ordre des choses de ces gens-là. Tas de froussards !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 2 – Nuit tranquille. Température 0°. Visite de M. Chaumont. Envoi de la lettre à M. René Bazin, Président des Publicistes chrétiens.(1)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Pour en savoir plus sur René Bazin


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René Bazin


Samedi 2 décembre

Sur notre front, activité moyenne d’artillerie et d’engins de tranchées.

Les usines de Thionville et les bivouacs, dans la région de Damvillers ont été bombardés par nos avions.

Action d’artillerie sur le front britannique.

Combats sur le front roumain en Moldavie et jusqu’à la vallée de Buzeu. Bombardement accompagné d’actions d’infanterie à Tabla-Butzi, Bratocea et dans la vallée de la Prahova. Les troupes roumaines qui se retirent de Campolung ont été attaquées : elles se replient par la vallée de Dambovitza vers Miklosani.

Sur le front à l’ouest de Bucarest, lutte dans la région de Cotesci, dans la vallée du Glavacioc et la vallée du Neajlov vers Comana. Les Roumains ont fait plusieurs centaines de prisonniers et capturé 10 mitrailleuses.

En Dobroudja, les Russo-Roumains ont attaqué sur tout le front.

En Transylvanie (région de Kirlibaba), l’offensive russe se développe en même temps qu’une contre-offensive austro-allemande. Nos alliés ont progressé sur un point, mais reculé sur un autre.

De sanglants combats ont eu lieu en Macédoine, sur la Cerna. Les Germano-Bulgares ont reconquis quelques tranchées.

L’artillerie marque une activité croissante sur le front italien.

En présence de l’attitude du cabinet grec, qui se refuse à nous livrer son matériel de guerre, nous avons débarqué de nouveaux contingents de fusiliers au Pirée.

Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 26 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 26 octobre 1916

775ème et 773ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Assez beau temps, brumeux, pluie, nuages, se refroidissant fin d’après-midi. Le calme auprès d’hier. Beaucoup de victimes hier, et aussi des soldats, une douzaine. Il y a eu des bombes un peu partout.

Après-midi à 2h Réquisitions militaires, quitté à 5h, vu le Procureur M. Mathieu qui s’amuse toujours de mon affaire, et pour lui si les militaires disent vouloir se reporter sur Helluy, c’est tout simplement pour couvrir leur…  retraite…  J’ai prévenu ce dernier de ce qui le menaçait, et lui ai conseillé de se retrancher derrière la censure qui a laissé les mots qui ont choqué, blessé les nobles galonnards. Et même s’ils insistaient, de bien leur dire qu’ils font du chantage, et qu’ayant laissé les mots « qui les y incite », ils ont voulu avoir l’occasion de l’ennuyer. M. Mathieu approuve ma théorie. Landréat, mon greffier, et Croquet mon greffier militaire se tordaient en me racontant tout à l’heure que l’illustre Colonel Colas, commandant de la Place, avait hier demandé l’hospitalité chez Faupin, 59, boulevard de la République où ils travaillent, et qu’il les a forcés à descendre à la cave !!!… Et voilà un homme qu’on a décoré de la Croix de Guerre…  gagnée dans la cave !!!  Croquet m’a dit qu’il l’avait envoyé promener. Mais le Colas est descendu se mettre à l’abri dans la susdite cave !!

Au sujet du procès des pains de fantaisie Émile Charbonneaux en a causé au Colonel Colas et au Général Lanquetot, ceux-ci déclarèrent qu’ils ne savaient ce que cela voulait dire !! Charbonneaux insistant sur ce que le procès était fait par 2 gendarmes. Nous n’avons donné aucun ordre, déclaraient-ils !! Alors ?… Ils n’ont même pas de courage de leur opinion ! Quels pleutres !!… En tout cas me voilà sur du velours, et je les ai bridés, murés !!…  Toisés !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 26 – Toute la nuit, de quart d’heure en quart d’heure, coups de gros canons français. Pas de riposte allemande. Visite au Bon Pasteur, à l’Enfant-Jésus, à l’Espérance et rue du Barbâtre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 26 octobre

Au nord de Verdun, les Allemands ont lancé deux contre-attaques sur les ailes de notre nouveau front. L’une, dirigée sur les carrières d’Haudromont, a été repoussée. L’autre, prononcée contre la batterie de Damloup, a totalement échoué. Le terrain conquis par nous a été maintenu intégralement. Le commandant du fort de Douaumont a été capturé dans les souterrains.
Nous avons progressé à l’est du bois Fumin et au nord du Chenois. Le chiffre de nos prisonniers est passé à 4500.
Onze avions de bombardement anglais, accompagnés de cinq avions de protection, ont bombardé les haut fourneaux d’Hagondange sur lesquels ils ont jeté 1300 kilos de projectiles. Plusieurs incendies se sont produits.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie a montré de l’activité vers le Sars et Eaucourt-l’Abbaye.
Les Russo-Roumains, en Dobroudja, se sont repliés au nord de Czernavoda. En Valachie, ils ont gagné du terrain dans certains cols des Carpathes, mais ils ont reculé à la passe de Vulkan, entre la vallée du Maros et Craïova.
Les Allemands provoquent une irritation croissante en Norvège par leurs torpillages systématiques de navires scandinaves.
En Albanie, la cavalerie de l’armée de Salonique est entrée en contact avec la cavalerie Italienne d’Albanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 24 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 24 octobre 1916

773ème et 771ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps de pluie diluvienne la nuit et pluie de brume la journée. Occupé le matin et audience de simple police à 1h. Peu d’affaires qui ont suivi leur cours. Incidents sur une affaire d‘injures et jets de pierres où la plaignante Luxembourgeoise s’est fait avalée par le Commissaire et par moi. Elle avait dit dans un bombardement que la France n’avait que ce qu’elle méritait, et qu’elle n’était pas encore assez punie ! Elle en a pris pour son rhume.

Affaire des pains de fantaisie qui se complique un peu. Vu le Maire et les adjoints à ce sujet et Émile Charbonneaux va faire une démarche auprès du Général Lanquetot (Pierre-Ernest Lanquetot, commandant la 151ème Division d’Infanterie (1855-1939)) pour que le procès fait par ses gendarmes soit abandonné implicitement, afin que j’acquitte…  Voilà ma journée. Nouvelles de ma femme, Maurice un peu soufrant. Demain allocations militaires.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 24 – Nuit tranquille. + 8°. Visite du Médecin-Chef de Pargny avec le Docteur Lardenois. Coups de gros canons français dans la matinée et dans la soirée. Visite de M. le Colonel Cochin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 octobre

Au nord de la Somme, une opération de détail nous a permis de progresser sensiblement au nord-est de Morval. Le chiffre des prisonniers faits par nous au nord-ouest de Sailly-Saillisel est de 80.
Au sud de la Somme, lutte d’artillerie très vive dans la région des bois de Chaulnes.
Entre Avre et Oise, nous avons enlevé un petit poste et causé des pertes à l’ennemi.
En Champagne, les Allemands ont fait exploser une mine au sud-est de la butte du Mesnil.
24 de nos avions ont jeté 2400 kilos de projectiles sur les hauts fourneaux de Hagondange et de Bussingen, sur les gares de Thionville, Mézières-les-Metz, Longwy et Metz-Sablons.
Les Anglais ont avancé leurs lignes à l’est de Gueudecourt et de Lesboeufs, sur un front de plus d’un kilomètre. Ils ont fait 66 nouveaux prisonniers à la redoute Schwaben et repoussé deux coups de main dans le secteur de Gommécourt.
Les Russo-Roumains ont infligé de sanglants échecs dans les Carpathes moldaves et valaques aux troupes austro-allemandes, mais celles-ci, avançant en Dobroudja, ont pris le port roumain de Constantza.
Les Italiens ont accompli quelques heureux coups de main sur le Carso.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Hagondange

Hagondange

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Samedi 23 septembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 septembre 1916

742ème et 739ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps splendide d’automne. Vu pas mal de monde le matin et l’après-midi réunion des directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, nous étions 5 : M.M. Bataille, Allais (Émile Allais, notaire (1858-1931)), Payer (Alfred Payer, commissaire priseur (1847-1940)), Millet et moi. Rozey, notre Président nous écrivait pour nous demander si nous acceptions le projet d’attribution des remises (bonifications, primes) faites aux employés pour le dernier emprunt  5% 1915. Comme toujours les fuyards de Paris s’attribueraient la forte part. Nous avons protesté et demandé qu’aux trois employés restés ici sous les bombes on accorde une plus forte prime qu’à ceux de Paris, en raison des services exceptionnels rendus par ceux-ci, Beaudoin, Grandsart et Bonnet, et nous proposons que cette majoration soit prélevée sur les plus forts bénéficiaires de Paris.

Rentré ici, il m’a fallu repartir pour des donations entre époux urgentes rue du Mont d’Arène 7, en rentrant tenu jusqu’à 7h par la mère Fortelle (à vérifier) dont le mari vient de mourir, qui me revient comme cliente après l’avoir perdu par la faute de mon ancien principal clerc.

Reçu lettre de Barot pour Jean, il va comme commandant d’État-major du 6ème Corps, tâcher de faire verser ce pauvre grand au 61ème d’artillerie avec son frère Robert, ils seront enfin réunis les pauvres frères.

Écris à Rayer, mon confrère de Tours-sur-Marne qui était justement examinateur à Reims pour le concours d’aspirance que viennent de subir nos deux artilleurs. S’ils pouvaient avoir réussi et être ensemble à Fontainebleau, ce serait parfait. Je suis éreinté. Des bombes par salves de 3 d’un coup vers 11h. Des victimes vers Ste Clotilde et dégâts vers la rue de la Tirelire. A midi 1/4, au moment où je déjeunais, un 75 est venu tomber sans éclater dans le jardin de M. Floquet contigüe à celui d’ici. J’ai cru qu’il nous tombait sur le dos. Ce n’est plus le même sifflement que celui du 77 allemand et autres. Les nouvelles en général paraissent bonnes. Verrons-nous enfin notre délivrance avant fin octobre ? Que Dieu le veuille. Car je suis bien las.

Notes manuscrites annexes joints, au verso de 2 bulletins imprimés au recto de la liste suivante :

Élections à la Commission Supérieure des Caisses d’Épargne du mercredi 25 juin 1913

le Baron CERISE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Paris ;

PERRIN, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Lyon ;

DERIVAUD, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Bordeaux ;

Paul ROZEY, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims ;

Rambert COUPRIE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Villefranche-sur-Saône ;

BOMMART, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Douai ;

Lucien CORNET, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Sens ;

Joseph FABRE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Toulouse.

Au verso, le texte manuscrit :

Le Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, siégeant à Reims au siège central le 23 septembre 1916 à 2h après-midi.

Après avoir pris connaissance de la lettre de M. Rozey du 15 et le projet du tableau de répartition des remises faites aux employés de la Caisse d’Épargne de Reims pour l’emprunt 1915 5%.

Considérant qu’il n’a pas été pris suffisamment en considération les services exceptionnels rendus à Reims par les employés de la Caisse Centrale  dans des circonstances particulières connues de tous, et ainsi qu’il y a lieu d’accorder à ceux-ci une somme supérieure dont l’émolument pourrait être prélevé sur les parts des employés de la succursale de Paris les plus avantagés et qu’en outre il paraitrait ainsi plus équitable que chacun des employés de la Caisse Centrale à Reims touchent une somme égale sans qu’elle soit inférieure à celle déjà accordée à eux. Nous allons déjà en principe vers un quorum d’ensemble.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 septembre 1916 – Bombardement au cours de la matinée, alors que M. Doumer et quelques autres personnalités, de passage aujourd’hui, se trouvent avec le maire, M. Em. Charbonneaux et M. Raïssac, dans le cabinet de l’administration municipale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille. Beau temps. 9 h. bombes sifflent, sur les batteries probablement, mais non sur la ville. Avions français : tir contre eux. A 11 h. bombes sifflantes (sur quoi ?). Une d’elles démolit le dispensaire de la chapelle de Clairmarais, laquelle n’a pas de mal. La Croix publie prématurément la Lettre Collective du Vœu d’un Pèlerinage National à Lourdes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais

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Photographie de Louis Corré, collection Gérard Corré son petit-fils


Samedi 23 septembre

Au nord de la Somme, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos nouvelles positions, entre la ferme Le Priez et Rancourt. Elle a été arrêtée net par nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes sérieuses. Nous avons réalisé deux opérations de détail. Aux abords de Combles, une de nos compagnies s’est emparée, par un coup de main brillamment exécuté, d’une maison isolée organisée défensivement par l’ennemi et y a fait prisonniers une centaine d’Allemands dont 3 officiers. Plus à l’est, nous avons enlevé plusieurs éléments de tranchées et fait 40 prisonniers. Une tentative ennemie a été arrêtée dès l’origine, au sud de Rancourt.
Le chiffre total des prisonniers faits sur la Somme par les troupes franco-britanniques, depuis le 1er juillet jusqu’au 18 septembre, dépasse 55.800, dont 34.050 ont été pris par les troupes françaises.
Un de nos avions a bombardé les hangars d’aviation d’Habshem.
Un de nos pilotes a abattu un avion ennemi entre Combles et Morval.
Lutte d’artillerie sur le front de la Strouma.
Entre Vardar et Cerna, échec bulgare à Glovosk ; dans la région du Brod, les Serbes sont arrivés près de Verbeni, en faisant 100 prisonniers. Au nord de Florina, l’ennemi a été repoussé. Nos troupes ont progressé.
Les Roumains ont fait 140 prisonniers en Transylvanie. En Dobroudja, l’ennemi se fortifie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 27 juillet 1916

Louis Guédet

Jeudi 27 juillet 1916

684ème et 682ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Temps très beau, lourd, chaud. Temps de saison. Hier soir jusqu’à 1h du matin canonnade incessante et très forte, impossible de dormir. Aucune réponse allemande sur la Ville, c’est étonnant. Je suis toujours décidé à partir lundi à St Martin. Demandé mon laissez-passer, vu à l’Hôtel de Ville Raïssac, Commandant Rousseau (à vérifier) mon client, causé longuement. Vu Charlier des allocations militaires très excité contre la citation à l’ordre du jour de Loriquet (Henri Loriquet, archiviste-paléographe, archéologue (1857-1939)) comme bibliothécaire de la Ville. C’est Émile Charbonneaux qui a mijoté cela avec le Dr Langlet qui laisse faire bien des choses ! De Bruignac et Beauvais qui étaient là trouvaient cela choquant, comme moi du reste ! Il y a d’autres fonctionnaires de la Ville à citer que Loriquet. Simple police à 1h1/2, peu d’affaires, 30 jugées sur 33. Toujours des abus de la part des Gendarmes. Il me va falloir encore réagir et sévir contre eux !

En entrant au Palais, rencontré le Procureur tout guilleret, il est heureux de recevoir M. Herbaux, le Procureur général, dimanche. Et surtout rencontrer le susdit de nouveau, causé ensemble jusqu’à la rue des Capucins en descendant la rue de Vesle. Pour dimanche, tenue de jour en veston. C’est une simple présentation intime. Rentré à 4h. Je suis fatigué, et la tristesse s’empare de moi malgré moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 juillet 1916 – Sifflements vers 16 h. Quelques obus tombent rue Landouzy, dont un au n° 11, chez M. Charbonneaux ; un autre projectile arrive sur le talus du chemin de fer, derrière la maison n° 16. rue Lesage.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Visite chez le dentiste.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 27 juillet

Au cours du combat qui nous a permis d’enlever l’îlot de maisons situé au sud d’Estrées, nous avons fait 117 prisonniers. Nous avons pris 4 canons de 105 et un nombreux matériel. Un coup de main nous a rendus maîtres d’une maison fortifiée.
Sur la rive droite de la Meuse, grande activité de l’artillerie dans le secteur de Fleury. Nous avons pris sous notre feu et dispersé des détachements ennemis au nord de la chapelle Sainte-Fine.
Les Anglais ont occupé tout le village de Pozières. Les troupes territoriales ont poursuivi leur progression à l’ouest de la localité; elles ont enlevé deux tranchées fortement tenues et ont fait des prisonniers, parmi lesquels 5 officiers.
Les Russes ont pris Erzindjan, complétant ainsi leur conquête de l’Arménie. Les Turcs sont en pleine déroute.
Le général Zakharof, au sud de la Lipa, a remporté un succès signalé, faisant plus de 4000 prisonniers aux Austro-Allemands. Brody est menacé et, plus loin, Lemberg.
Les Italiens out repoussé plusieurs offensives dans la région de Posina-Astico.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

lesage

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Jeudi 11 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 11 mai 1916

607ème et 605ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps couvert mais beau. Réglé la situation de la pauvre Lise qui ne veut toujours pas comprendre qu’elle est Lorraine annexée et non allemande, elle répond invariablement : « Je suis Prusse ! » On ne peut la sortir de là. En tout cas je l’ai sortie du guêpier où elle s’était mise par son ignorance, son entêtement et sa…  bêtise. La voilà en règle comme étrangère. Cet après-midi levée de scellés et descriptions de mobiliers de pensionnaires décédés à la Maison de Retraite. J’en ai saisi 6 avec inventaire du mobilier, moi, mes 2 greffiers et Jonval, tout ce monde-là a travaillé ferme. Il ne me reste plus que 3 descriptions et une levée de scellés. J’espère en avoir fini avant quinze jours. Voilà ma journée. Je suis très fatigué. Vu au Commissariat central ce matin notre député Camille Lenoir. Il était venu à cause de la visite de Malvy, ministre de l’Intérieur (Louis Malvy, 1875-1949) qui venait s’entendre avec notre…

Absence du feuillet 321, le feuillet 322 se résume en un morceau de feuillet d’une dizaine de lignes recopiées ci-après par Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mai 1916 – Le Courrier de la Champagne donne le compte-rendu d’une importante réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier mardi, sous la présidence du Dr Langlet, maire.

Jamais, dit-il, nos conseillers ne furent si nombreux depuis les hostilités. Assistaient à la séance : MM. Bataille, Em. Charbonneaux, Chezel, Chevrier, de Bruignac, Demaison, Drancourt, Gougelet, Guernier, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, Jallade, Lapchin, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Tixier.

Et pour la première fois, depuis 21 mois, le public a pu s’in­téresser aux débats.

Après avoir mentionné quelques dons à la ville annoncés par M. le maire et donné l’énumération des pensions de retraite liqui­dées par le Conseil, le journal dit :

Enfin, arrive le clou de la séance.

M. le maire ayant exposé la situation déficitaire des budgets de 1914, 1915 et 1916 de la ville, qui se traduisent par six millions pour les deux premiers et quatre millions pré­vus pour celui actuel, informe ses collègues que de ses démar­ches auprès du ministère, il résulte que le gouvernement ac­cepte de participer pour moitié dans le déficit de l’année pré­sente, mais que pour les pertes passées, il ne peut intervenir davantage qu’il ne l’a fait par ses diverses subventions, se montant à 2 196 000 F jusqu’ici.

Et une lettre qui arrive, comme par hasard, à ce mo­ment, annonce qu’une dernière subvention de 500 000 F sera accordée pour solde, si une délibération municipale accepte cette solution.

Comme la ville a besoin d’un fonds de roulement et comme certaines dettes deviennent impérieuses, M. le maire propose au Conseil d’émettre un emprunt de deux millions, au taux de 5,73 %, que la Société des prévoyants de l’avenir s’en­gage à souscrire sous certaines conditions.

M. Rohart s’élève, avec sa vigueur accoutumée, contre l’abandon par l’Etat de ses devoirs dans la circonstance : il n’accepte pour le moment aucun emprunt municipal et de­mande que ce refus soit notifié à l’Etat pour lui rappeler son rôle impartial. Il ne faut pas, dit-il, qu’il y ait deux France, l’une qui souffre, qui pleure et qui brûle, l’autre qui travaille au ravitaillement, aux munitions et qui s’enrichit.

MM. Mennesson-Dupont, G. Houlon et Jallade appuient énergiquement la thèse de M. Rohart.

Le vote de l’emprunt proposé serait une acceptation de la décharge de l’Etat et créerait un grave précédent de son irres­ponsabilité pour les dommages financiers et autres préjudices causés par la guerre. Si une pareille soumission était acceptée, Reims, qui a tenu tête depuis vingt et un mois au bombarde­ment quotidien en maintenant sa vie municipale ne serait plus la plus courageuse des villes martyres, ce serait la plus grande des villes sacrifiées.

MM. Drancourt et de Bruignac essaient d’adoucir la dis­cussion en arguant que le trésor municipal a besoin d’argent, que des réserves peuvent être faites, qui seront transmises au gouvernement pour lui exposer l’état d’esprit du conseil. Celui- ci estime qu’une fois l’opération faite, les discussions n’auront pas de point d’appui, et M. le maire propose une suspension de séance pendant laquelle les idées sont échangées.

Finalement, à la reprise de la séance, la motion suivante est votée, dans laquelle il n’est plus question d’emprunt :

Le Conseil municipal de Reims,

Considérant que les déficits constatés dans les budgets de communes victimes de leur situation sur la ligne de feu doi­vent être supportés par l’ensemble de la nation, au même titre que toutes les autres dépenses inhérentes à la guerre, ne peut accepter les sommes proposées par l’Etat que comme à-compte sur le paiement complet de ces déficits.

Passe à l’ordre du jour…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 11 mai – Obsèques du Cardinal Sevin. Discours à table. Visite de Ch. Givelet (de Courcy) et de M. Veith et de M. le Curé de Cernay lès Reims, réfugié à Lyon

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 mai

Entre Oise et Aisne, un coup de main sur une de nos tranchées de Moulin-sous-Touvent a complètement échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos positions aux abords de la cote 287. L’attaque a été complètement repoussée, nous avons fait des prisonniers. Une action offensive menée par nos troupes sur les pentes ouest du Mort-Homme nous a permis d’occuper quelques éléments d’une tranchée allemande. Nous avons fait 62 prisonniers et pris des mitrailleuses.
En Haute-Alsace, une reconnaissance ennemi qui tentait d’enlever un de nos petits postes près de Hirzbach, au sud d’Altlkirch, a été repoussée avec des pertes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Un sous-marin français a coulé dans l’Adriatique un transport autrichien chargé de matériel.
L’Allemagne a reconnu que le Sussex avait été torpillé par un sous-marin. Le capitaine du sous-marin a été puni.
On annonce qu’à la suite des troubles de ces derniers jours, causé par la cherté des vivres, le ministre de l’Intérieur, M. Delbruck a démissionné à Berlin. Certains journaux disent tout simplement que M. Delbruck se retire pour raison de santé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 3 mai 1916

Louis Guédet

Mercredi 3 mai 1916

599ème et 597ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Tout est tranquille depuis hier soir, quelques avions. Temps lourd et nuageux. Mon pied me fait souffrir de nouveau et je n’ai pu mettre de bottine à ce pied. Pourvu que cela ne recommence pas comme le mois dernier, 3/4 semaines enfermé dans sa chambre sous les bombes c’est bien pénible. Reçu lettre de ma chère femme qui m’annonce que notre cher Jean est parti le 1er mai et qu’il a dû arriver hier à Rennes vers 3h de l’après-midi. Que Dieu le Garde et le Protège ! C’est bien dur tout de même pour la Mère et…  pour moi.

Quand serons-nous tous réunis !! Ici rien de nouveau, ne pouvant marcher je ne puis sortir. Vu Charles Heidsieck et son fils Marcel encore tout impressionnés du bombardement du Lundi de Pâques (24 avril) où ils ont reçu sur leur maison de commerce de la rue de la Justice, 46, 11 bombes dont une a tué et blessé 2 de leurs ouvriers. Le premier tué sur le coup et le 2ème blessé est mort depuis. Marcel l’a échappé belle ! comme il se précipitait pour relever ces 2 malheureux avec un de ses ouvriers une seconde bombe est tombée à quelques mètres d’eux, « la sœur ». Heureusement qu’elle a éclaté à l’opposé de l’endroit où ils étaient.

Été ce matin aux allocations militaires et à la Caisse d’Épargne où j’étais de service. Rien appris : vu à la Mairie le Maire, de Bruignac, Émile Charbonneaux, Pierre Lelarge, Raïssac, Chézel, Jallade, Houlon. Tous sont fort aimables pour moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 3 – Nuit tranquille. Journée tranquille. 6 h. soir bombes sur les batteries, ou aéroplanes. Maladie du Cardinal Sevin, opération clinique à Lyon. Reçu réponse de Mgr Ireland.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 3 mai

En Champagne, nous avons provoqué plusieurs explosions dans une batterie allemande (région de Moronvilliers). Une autre batterie au nord de Massiges a subi de graves dégâts.
En Argonne, lutte de mines. A l’ouest de la Meuse, lutte d’artillerie d’Avocourt au Mort-Homme.
A l’est, nous avons enlevé 500 mètres de tranchées et fait 100 prisonniers au sud du fort de Douaumont. Nous avons abattu un taube au nord de Douaumont.
Les Allemands ont été repoussés par les Belges dans une attaque qu’ils tentaient à l’est de l’Yser.
M. Asquith annonce aux Communes qu’il déposera un projet organisant le service militaire obligatoire pour les hommes mariés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

La gare de Reims

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