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Mercredi 11 juillet 1917

Paul Hess

11 juillet 1917 – Nouvelle attaque allemande, sur Cemay, cette fois. Nos pièces recommencent le vacarme de la nuit précédente, tandis que les tranchées sont fortement marmitées et que les explosions de tor­pilles sont nombreuses. En même temps, bombardement vers Fléchambault et Sainte-Anne. Très mauvaise nuit.

Ce jour, un homme a été tué à 11 h, à l’angle des rues du Jard et Petit-Roland.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le quartier Sainte-Anne


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Nuit tranquille en ville ; mais vers minuit, combat assez vif tout près de Reims : il m’a semblé que c’était encore vers La Neuvillette. + 13°. A 10 h., visite du Capitaine La Montagne qui remplace au Bureau de la Place, le Capitaine Durr, parti avec le Colonel Frontel. 11 h. à 11 h. 1/2, bombes françaises : l’une d’elles tua un vieillard de 80 ans, à l’angle de la rue du Jard et de la rue Petit Roland. Après-midi, visite aux Sœurs de l’As­somption et de la Visitation. Quelques bombes vers 9 h. 10.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Samedi 12 mai 2017

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille, sauf bombardement assez violent, et assez proche de nous, vers minuit, et une seconde fois. Visite dans les rues Thiers, du Consul, du Carrouge, etc. Dans l’après-midi, aéroplanes, bombes, ca­nons français. A 7 h., bombes violentes et sèches rue Chanzy, où un homme est déchiqueté à l’entrée de la rue du Couchant, rue du Jard, etc. Bombe chez M. Champenois ; bombes sur le Fourneau économique près de la Cha­pelle du Couchant (ancien fourneau qui avait déjà été bombardé et ne fonc­tionne plus).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 12 mai

Après un violent bombardement de la région de Cerny-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué simultanément nos positions de part et d’autre du village. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos tranchées dans le secteur est. A l’ouest, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied sur un front de 200 mètres environ dans nos éléments avancés, en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate de nos troupes. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active sur cette partie du front.
En Argonne, vers Bolante, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses et ramené des prisonniers.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Nous avons abattu cinq avions en combats aériens.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé des attaques au sud de la Souchez. Au bout de trois heures de violents combats, nos alliés ont dû abandonner une partie des positions attaquées. Ils ont repris ensuite tout le terrain perdu. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
La bataille se poursuit en Macédoine, sur les fronts français, britannique et serbe.
Canonnade sur le front italien, dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago et dans les Alpes Juliennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 2 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 2 avril 1917  Rameaux

933ème et 931ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps nuageux, froid glacial avec vent en tempête. On ne cesse de bombarder, on en a les nerfs cassés, brisés. Départs et fuites sans nombre. Ce matin je devais partir voir mon cher enfant Robert à Nanteuil-la-Fosse où il est cantonné (?) A 5h1/2 la voiture devait venir me prendre, mais point de voiture. Impossible d’en trouver une autre. Il m’a fallu abandonner mon projet, cela m’a fait gros cœur. Annihilé toute la matinée, écrit à Robert pour lui dire ma déconvenue au pauvre petit, à Madeleine pour lui dire la même chose. Je demande à tout hasard à ce pauvre enfant qu’il m’écrive s’il espère être encore là à la fin de la semaine, mais j’ai peu d’espoir.

Été à la ville à 2h1/2 prendre les dossiers des allocations en appel. 14 affaires seulement que je viens de voir et mettre au point. Je convoque pour le mercredi 25 avril 1917 à 2h au Palais de Justice. Rencontré là Chézel, Houlon, Charles Heidsieck, Beauvais. Il y avait conseil municipal. Entré voir le Maire pour lui faire mes condoléances et lui dire toutes mes sympathies à l’occasion de la mort de son gendre le Capitaine Morlière. Il parait fort affecté. Il commençait à me demander quelques renseignements pratiques sur la réunion du conseil de famille de l’enfant, un petit-fils (Jacques Morlière (1915-1946)), quand est survenu M. Godart, sous-secrétaire d’État (Justin Godart, Sous-secrétaire d’État chargé du Service de santé militaire, fondateur de la Ligue contre le cancer en 1918 (1871-1956)), qui venait pour s’occuper de l’évacuation des femmes et des enfants dont la présence est inutile ici, et dont les vies peuvent être en danger, surtout celles dont les habitations sont proches de nos batteries. Je me suis retiré et je me propose d’aller voir le Dr Langlet demain matin pour reprendre notre entretien. Vu Lelarge très affecté, aux larmes presque, à cause des dégâts faits ce matin par le bombardement acharné et systématique fait sur son usine du boulevard Saint-Marceaux, 300 obus ce matin. Il parait que c’est épouvantable ! Il y a encore eu des victimes ce matin vers la place St Thimothée, entre autres M. Lartilleux, pharmacien, légèrement blessé heureusement.

Le bombardement n’a pas cessé depuis ce matin, on est anéanti. Cela tape un peu partout sur les faubourgs, par séries…  Quand cela finira-t-il ? Tout le monde en a assez. Le Pasteur Protestant M…… (non cité) que j’ai vu tout à l’heure va également partir après avoir fait partir tous ses fidèles, et combien encore !! comme cela. Il est temps que cela cesse.

J’ai froid, je souffre. C’est une vraie agonie.

6h25 soir  En ce moment c’est une vraie tempête de vent et de pluie glaciale, on ne s’entend pas.

8h soir  Vers 7h le lieutenant de vaisseau Robert de Voguë est venu avec ses 2 témoins pour me signer sa procuration pour recueillir la succession de son Père, Melchior, marquis de Voguë. Tout en causant, je prends les noms des témoins : Charles d’Hespel (terminera comme Capitaine de Frégate (1894-1955)), enseigne de vaisseau, qui a été camarade de collège à l’École des Postes de Versailles de Jean, dont il se souvenait très bien. M. de Voguë me quitta en me disant : « Voilà ma première signature donnée sous les bombes devant notaire !… » Je lui ai répondu que cela lui porterait bonheur ! Charmant homme, très distingué. En ce moment, le silence. Quel calme après cette tempête de mitraille depuis 48 heures ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquille cette nuit. Je ne suis pas gourmand, je leur demande une nuit tranquille sur 3. Je vais me coucher. Je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 avril 1917 – Journée terrible encore, dans la matinée principalement pour le boulevard de Saint-Marceaux et son voisinage, et dans l’après- midi pour toute la ville.

2 300 obus environ aujourd’hui. Riposte faible de notre ar­tillerie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 1°. Nuit plus tranquille, couché à la cave. A 9 h. matin, visite rue du Jard, de Venise, Gambetta, Bon Pasteur. Bombardement. Bom­bardement violent : 6 tués, et 17 blessés ; (six tués au moins, dont 4 vus par le Docteur Simon ; et 2 avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 2 avril

Sur la Somme et sur l’Oise, actions d’artillerie intermittentes; fusillades assez vives aux avant-postes. Nous avons dispersé des patrouilles ennemies et fait quelques prisonniers.

Au sud de l’Ailette, au cours d’une action offensive vivement menée, nos troupes ont enlevé depuis l’Ailette jusqu’à la route de Laon p1usieurs systèmes de tranchées et des points d’appui organisés à l’est de Neuville-sur-Margival. L’ennemi, qui a fait une défense énergique, a été rejeté avec des pertes sérieuses jusqu’aux abords de Vauxaillon et de Laffaux. 108 prisonniers dont 2 officiers et 4 mitrailleuses sont restés entre nos mains.

En Champagne, grande activité des deux artilleries à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont pris sous leurs feux des contingents ennemis aperçus en marche dans cette région.

Sur tout le front belge, violente lutte d’artillerie, spécialement dans la région de Dixmude. Lutte de bombes et de grenades vers Steenstraete.

Les Anglais ont pris Epéhy et deux autres localités et effectué plusieurs raids heureux sur les tranchées allemandes.

En Macédoine, l’ennemi a bombardé nos positions du Vardar et tiré une quarantaine d’obus sur Monastir.

La riposte vigoureuse de notre artillerie lourde contre les batteries adverses a provoqué une explosion dans le secteur de la Cerna. Une attaque autrichienne a été repoussée par les Ita1iens près de Gorizia.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 28 janvier 1917

Louis Guédet

Dimanche 28 janvier 1917

869ème et 867ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid, la bise glaciale qui avait soufflée une partie de la nuit en tempête s’était un peu apaisée le matin, mais elle a repris l’après-midi et était réellement « coupante ». Pas très entrain ce matin, avec la perspective d’une journée de désœuvrement, et puis j’ai été angoissé toute la journée. Je suis tellement triste et las ! Été à la messe de 11h1/4 à St Jacques où l’on gelait littéralement, il est vrai que l’église est à claire-voie. Vu là Dargent avoué qui est venu pour quelques jours ici. Son beau-père (Jules Rome, ancien avoué (1842-1919)) se traîne de vieillesse. Il a des nouvelles de son beau-frère l’abbé Rome (Étienne Rome (1884-1967)) toujours prisonnier, il a le bras gauche presque entièrement ankylosé. Rentré pour déjeuner. Je suis tout démonté. Le canon gronde sans cesse de notre côté, peu d’avions qu’on entend, mais qu’on ne peut distinguer tellement ils sont haut et le soleil si brillant. C’est une journée radieuse, mais quel froid. Vers 2h je me décide à faire un tour. On m’a dit qu’hier le quartier de St Remy avait été très bombardé vers la Brasserie Veith et l’asile de nuit. Si j’y allais, si j’y allais voir le fils Veith qui a failli être tué hier, m’a dit M. Dufay architecte (Émile Dufay-Lamy, cet architecte participera de façon très active à la reconstruction de Reims (1868-1953)) que j’ai rencontré en sortant de la messe. Plus de courrier à répondre, allons-y.

8h soir  Je reprends ma journée, m’étant attardé à lire avant dîner et durant mon repas un livre sur les « Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des Peuples », fort intéressant ! Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces quelques mots à la mémoire de l’auteur le Dr Gustave Le Bon (médecin, psychologue, philosophe, historien(1841-1931)), qui m’a été révélé l’an dernier en revenant de Suisse, puisqu’à pareille époque où dans le train j’avais fait connaissance avec M. Gall, Président de l’association des Ingénieurs de France, ami de M. Albert Benoist, pendant que nous étions en panne en raison de la neige vers Tonnerre. Ce pauvre M. Gall qui actuellement est sous le coup de toutes les fonctions judiciaires avec cette histoire des Carbures (Entente commerciale entre les fabricants de carbure en avril 1916 et dénoncée comme étant un scandale). Quand on connait les dessous !! ce n’est que du chantage et le Procureur Général Herbaux l’indique bien. Bref Coutant le juge qui tranchera est une fripouille ou un âne, et l’acquittement est tout indiqué pour ce pauvre Gall (Malgré le zèle de Coutant et de Viviani, les carburiers furent tous acquittés).

Bref je reviens à l’emploi de ma journée, donc à 2h je m’emmitoufle, m’arme car maintenant cela peut être utile avec tous nos pillards et embusqués, et je pars. Par la rue des Capucins, rue du Jard, rue Petit-Roland, rue de Venise, rue Gambetta, des Orphelins, du Barbâtre, Montlaurent et boulevard Victor Hugo (comme quoi la ligne droite n’est pas toujours par le temps qui court la plus prudente, et j’ai pris les « lacets » en cas d’alerte, d’autant que nos canons grognent continuellement et hurlent à pleine gueule, et ma foi que la riposte du côté du quartier où je dirige mes pas, pas mal « amochés » hier, et j’approche des batteries Pommery – St Nicaise, etc…  etc…  je ne les compte plus). Là tout en chavirant, pataugeant dans la neige, le verglas, l’eau des maisons (on ne déglace plus, savez-vous ?) J’arrive donc boulevard Victor Hugo, et là, sur la place formée par la fourche des boulevards Vasnier et Victor Hugo, je vois au beau soleil, sous l’œil paterne de Drouet d’Erlon, émigré là comme vous le savez pour céder la place aux Nymphes (qui ne doivent pas avoir chaud par ce temps sibérien) de la Fontaine Subé, tenant toujours sur les hanches son bâton de Maréchal près d’un obusier. Là j’aperçois, dis-je, sous le radieux soleil des soldats jouant au football, pendant que tonne les canons et que les obus sifflent à proximité. La conversation continuant à gueules de canon que veux-tu depuis que je suis parti. Je file le boulevard Victor Hugo pour arriver à la Brasserie Veith par la rue Goïot. Des gosses font du bridge dans la descente sans s’inquiéter des obus. J’approche de la Brasserie et vers la rue des Créneaux je commence à « barboter », c’est le mot, dans des débris de toutes sortes. Toits crevés, murs effondrés, etc…  la lyre et le spectacle habituel. Plus j’approche plus je ressens cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que l’on entre dans la zone dangereuse et qu’un obus vous guette à chaque seconde. Tout en vous se développe, s’exacerbe, se tend, vibre, et perçoit le moindre bruit, je crois que dans ces moments on entendrait le silence même !! Impression singulière, on est multiplié pour ressentir toutes les sensations et pour percevoir tous les bruits, les murmures, les souffles !!

Je tourne la rue Goïot et je traverse un tas de décombres, je franchis la porte de la Brasserie 13, rue Goïot. Personne. Je traverse la cour. J’entre dans la machinerie. A tout hasard j’ouvre une porte qui donne sur un escalier éclairé par une lampe électrique qui descend aux germoirs. Je me reconnais au 2ème étage en dessous. Toujours personne. Enfin surgit une femme à qui j’expose le motif de mon irruption, voir le fils Veith et voir les dégâts d’hier. Elle me reconnait et m’apprend que M. Maurice Veith est allé déjeuner chez l’abbé Mailfait. J’exprime mes regrets et me dispose à repartir quand survient la bonne de la maison qui me dit : « Ah ! Monsieur Guédet, venez voir le désastre dans le germoir, ou M. et Mme Veith vous recevaient. Je remonte un étage et j’entre dans ce germoir où M. et Mme Veith avaient accumulé leur mobilier et où ils vivaient en commun depuis des mois. Impossible de décrire ce que j’ai vu. Figurez-vous une pièce immense (en représentant 3 – 4 remises) où meubles, linges, mobilier, etc…  étaient accumulés, et où l’on vivait depuis des mois (les ouvriers de la Brasserie vivent en commun dans un germoir à la suite) eh bien ! il n’y a plus rien !! Tout est rasé et ne forme plus qu’un amas de débris brisés, broyés, pulvérisés, réduits à quelques centimètres d’épaisseur et couverts de la couche grisâtre habituelle de cendres quelconques, on dirait qu’un volcan est passé par là…  et chose singulière, pas une muraille, pas une porte de défoncée…  l’obus à éclatement à retard a traversé 3 étages et a éclaté dans ce germoir à mon avis avant de toucher le sol, et a volatilisé tout ce qui se trouvait là !! C’est effrayant ! c’est le broiement, la pulvérisation, l’atomisation dans un compartiment étanche !! Les vêtements mêmes, les étoffes hachées, lacérées et ne formant que des débris de quelques centimètres, quand, à côté de cela, un verre ou une coupe en cristal mince comme une feuille de papier est intacte…  La brave bonne se lamente et me montre les peignoirs de Madame réduits à l’état de lanières et d’époussettes, ainsi que les pendules. Ces belles pendules (rayé) que Madame aimait tant… Je cause à tous ces braves gens si courageux et si stoïques sous la rafale et les encourage du mieux que je puis. Ils ont reçu hier 13 obus, et des gros ! L’asile de nuit à peu près autant, bref dans le quartier il y en a bien eu une centaine. Je remonte et refuse qu’on me reconduise car on ne sait jamais ! Malgré tout et malgré moi 2 ou trois m’accompagnent jusqu’à la cour.

Je file vers la rue des Créneaux et par la place St Thimothée et la rue St Julien, j’entre dans St Remy, où on dit les Vêpres. J’y assiste, avec une 40aine (quarantaine) de fidèles, 2 chantres dont Valicourt, toujours courageux, se répondent et l’abbé (en blanc, non cité) vicaire les accompagne avec l’harmonium, le grand orgue ne joue plus. C’est le brave curé Goblet qui officie, St Remy est à tous vents et l’on y gèle. Je relève le col de ma pelisse. Que cette cérémonie est triste et impressionnante !! Ponctuée par les détonations de nos canons et les éclatements des réponses des allemands, et cela à quelques 2 ou 300 mètres de la Basilique, et les fidèles, chantres, Prêtres, sont impassibles. Je vie une singulière minute de ma vie à ce spectacle ayant pour cadre cette admirable église de St Remy qui m’a toujours « empoignée » chaque fois que j’y suis entré… L’écho est tel avec le bruit de la mitraille que les chants de ces 2 uniques chantres et l’harmonium remplissent toute la nef comme si 50 voix chantaient, clamaient la Gloire de Dieu !! Je voudrais que tous les absents assistent une seule fois à une telle cérémonie dans ces conditions !! C’est tragique, c’est grandiose, c’est Magnifique, et nous n’étions qu’une 50aine (cinquantaine) avec les officiants et les fidèles. On ne voit ces choses-là qu’une fois dans sa vie, pour s’en rappeler toujours. Je ne puis le dépeindre complètement. L’autel à peine éclairé, la pénombre du temple, les mysticiens, les chants, le recueillement de ces quelques fidèles groupés autour du Pasteur. Le soleil couchant éclairant cette scène à travers les vitraux brisés, broyés, crevés, jetant sa clarté crue par les baies brisées par la mitraille, au milieu des jeux de lumières de toutes nuances, projette dans ses rayons par les lambeaux des vitraux ancestraux. Il faut voir, nul peintre, nul poète, nul chroniqueur ne peut rendre ce spectacle, cette scène, ponctuée par le grondement du canon et le tonnerre des bombes et obus éclatant tout proche.

Je vais à la sacristie serrer la main à mon brave et charmant chanoine Goblet, toujours vaillant. Nous causons quelques minutes des événements de nos temps fabuleux… et entre autres choses il m’apprend que pour la St Remi de janvier on avait demandé au Maire de faire une procession de supplications autour de la Basilique, mais que le Dr Langlet l’avait refusé. Cela ne m’étonne pas ! et comme je le disais au bon chanoine : Cet homme est héroïque, humanitaire, bon, etc…  mais dès qu’il voit une soutane il voit tout rouge…

Je lui contais de mon côté que lors de la visite du ministre Scharp américain (William Graves Sharp, alors Ambassadeur des États-Unis en France (1859-1922)) et d’une colonie de diplomates étrangers, ceux-ci ayant voulu rendre visite au Cardinal Luçon après avoir visité la Cathédrale, seul le Maire n’avait pas voulu entrer à l’archevêché et était resté seul dans son automobile devant la porte !!….. Ces choses ne s’inventent pas. Le Brave Docteur Langlet, Maire de Reims, est resté malgré tout « Vieille barbe de 1848 » (vieux de la révolution de 1848, désigne un vétéran de la démocratie, et de façon moqueuse un vieux con). Je le regrette pour lui, ce sera une ombre à sa Gloire et à l’auréole de son héroïsme durant cette Guerre et le martyre de Reims. Le bon abbé me rappelait aussi que c’était un miracle que St Remy ne fut pas brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, et comme moi il considérait la pluie diluvienne qui tombât au moment où ces flammes léchaient la toiture de son église comme providentielle, ainsi que l’intervention de Speneux et Lesage pour arrêter le commencement d’incendie par l’oculus du transept nord. On ne saura jamais assez de reconnaissance à ces 2 citoyens qui ont vu juste.

Sortant de St Remy j’entre à l’Hôtel-Dieu, l’Hospice civil. Je visite les ruines. Heureusement on pare au soutènement des voutes du cloître, du grand escalier qui menaçaient de s’effondrer. Car dans ces constructions le parement (l’extérieur) est en pierre de taille, mais tout l’intérieur, le remplissage est en craie, par conséquent très sensible aux pluies et aux gelées que nous avons subies et subissons, et que sera le dégel. Je contemple tout cela au bruit du canon…  seul…  c’est impressionnant…  on a presque peur. Je visite la chapelle, où tragique, calciné, couvert de neige l’autel seul subsiste au milieu des décombres. Quelle impression !! Au milieu de ce silence. Là ! J’ai prié souvent ! J‘avais alors toutes les espérances de la jeunesse et de ce cadre si doux si charmant des religieuses Augustines chantant les offices dans cette ancienne bibliothèque des Bénédictines de St Remy, dont les psalmodies étaient atténuées, ouatées par les boiseries de Blondel que j’ai tant admiré et que nul ne reverra plus. Qui ne sont plus que des cendres que je foule en ce moment sous mes pieds. Quelle solitude, quel silence dans ces ruines éclairées par le soleil cru, et rendues encore plus tragiques par l’ombre gigantesque que St Remy projette sur le tout !…  Un coup d’œil au musée lapidaire après avoir recueilli comme relique quelques fragments de cet autel qui semble protester contre les Vandales ainsi que naguère les autels de Byzance, de Rome, des catacombes protestaient contre les Barbares. Ah ! cet autel seul sous la neige, entre les murs calcinés, à ciel ouvert, quelques poutres branlantes, le tout éclairé par un soleil d’hiver radieux. Quel spectacle ! Quel « tragisme » !! Je ne l’oublierai jamais. Il faut le voir pour le sentir, le comprendre. Je rentre tout endeuillé…  et je ne puis encore me remettre de tout ce que j’ai vu, ressenti, senti, souffert !! J’ai vu des ruines. J’ai vu des pierres pleurer !

10h1/4  Il est temps de se coucher, mais depuis 8 heures toujours le canon fait rage, et des éclatements sont venus tout proche, toujours de la même batterie, je connais sa tonalité. Quand ne l’entendrai-je plus jamais !!…  Hélas ! verrai-je la fin de ce martyre, de cette tragédie, de Drame ! Je n’ose y croire…  et me demande même si cela est possible. Je crois que je ne saurais comment vivre…  eux partis…  non je ne vois pas cela. Revivre une vie normale, avec les siens, ses aimés, avoir un chez soi, n’entendre plus le tonnerre des canons, non, je ne sais plus, je ne comprends pas, je ne perçois pas cela. Comment cela sera-t-il ?? Cela me donne le vertige…  comme au bord d’un précipice. Ne plus souffrir, ne plus être angoissé, être au milieu de ceux qu’on aime, avoir un toit, être chez soi, sans la crainte d’être démoli, incendié, non je ne me figure pas cela…  Non, non !…  Ce bonheur me fait peur et je ne le conçois pas, je ne le comprends plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

La brasserie Veith


Paul Hess

28 janvier 1917 – Très forte canonnade, le soir, à partir de 20 h. Les pièces du quartier, 75, 95 et 120, tirent les unes après les autres pendant un assez long espace de temps. Ensuite, quelques sifflements se perçoivent, des obus arrivant rue de Bétheny, rue Cérès, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


 Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille en ville. Duel d’artillerie jusque vers minuit. – 7°. Toute la matinée duel entre artilleries adverses. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de la cote 304.
Aux Eparges, lutte d’artillerie assez active. Un coup de main ennemi dans cette région a échoué sous nos feux.
Une autre tentative sur un de nos petits postes à la Main-de-Massiges (Champagne) a également échoué.
En Lorraine, nos batteries ont effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la forêt de Parroy.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Canonnade sur divers points du front italien.
Sur la frontière occidentale de la Moldavie jusqu’à la vallée de l’Oïtuz, actions de patrouilles d’infanterie.
Dans la vallée de Gachin, les troupes roumaines ont attaqué l’ennemi et ont réussi, après onze heures de combats acharnés, malgré le temps très froid et la neige épaisse, à le rejeter vers le sud.
Le général Iliesco, chef d’état-major roumain, est arrivé à Paris.
Le vicomte Motono, ministre des Affaires étrangères du Japon, a prononcé un grand discours à la Chambre de Tokio.
Les Anglais ont remporté de nouveaux succès au sud-ouest de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.
L’Australasie marque son désir de garder après la guerre les possessions allemandes du Pacifique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 4 novembre 1916

Paul Hess

4 novembre 1916 – Dès le matin, on parle d’un bombardement effectué par nos avions, au cours de la nuit, vers Pontfaverger – Bétheniville.

— Dans la matinée, nos pièces tirent et des arrivées se font également entendre.

A 15 h 1/4, une séance serrée de bombardement commence brusquement sur le centre.

A la mairie, le personnel doit quitter les bureaux, les projectiles tombant d’abord, par rafales de trois et quatre, dans le voisinage de l’hôtel de ville.

Groupés à quelques employés, dans la salle des appariteurs, nous voyons, entre autres arrivées, la fumée d’une explosion qui vient de se produire à l’arrière d’une des premières maisons de droite de la rue Colbert, derrière la Banque de France. Un sifflement s’accentue encore parmi les autres et un obus tombe au milieu de la place ; presque aussitôt, un 120 éclate de nouveau, cette fois sur le trottoir de la gauche du perron, devant la première fenêtre de la salle où nous nous tenons ; ses éclats, entrant par cette fenêtre, ont été projetés dans l’angle opposé à celui où nous sommes réunis — puis, cela devient un arrosage en ville.

Avant même de réintégrer nos bureaux, nous apprenons qu’un agent auxiliaire, M. Mathieu, vient d’être tué auprès du commissariat du 2e ; peu après, on signale deux autres morts : un homme, rue Gambetta et un enfant, rue du Barbâtre.

Les quartiers fortement éprouvés ce jour, ont été principalement le centre, les rues de Vesle, de Talleyrand, de l’Etape, du Cadran-Saint-Pierre, celles des alentours de l’hôtel de ville et les environs de Saint-Remi.

A 16 h les sifflements cessent, mais alors, nos pièces ripostent ferme.

— Les journaux ont annoncé aujourd’hui, la reprise du fort de Vaux.

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916


Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit tranquille. Pluie. Projections. + 10°. A 9 h. canons fran­çais. A 9 h. 1/2 bombes allemandes sifflent. Visite au Fourneau rue Féry. Bombes rue du Jard. A 3 h. gros canons français. A 9 h. 1/2 riposte allemande par bombes sifflantes nombreuses, dont quelques-unes tombent pas loin d’ici. Bombardement violent pendant trois quarts d’heure : 250 obus sur la ville : rue du Clou-dans-le-Fer, rue des Carmes, rue de l’Etape, église Saint-Jacques, rue Thiers. Victimes.


 

Samedi 4 novembre

L’ennemi, sous la violence de notre bombardement, prolongé depuis plusieurs jours et sans attendre l’attaque de notre infanterie, a évacué le fort de Vaux. Notre infanterie a occupé cet important ouvrage sans aucune perte. La ceinture des forts extérieurs de Verdun est maintenant rétablie dans son intégrité et solidement tenue par nous. Notre infanterie, maîtresse du fort de Vaux, a progressé jusqu’aux lisières du village de Vaux. Au nord de l’étang, elle a pris pied sur la croupe qui domine ce village sans qu’aucune réaction ne se produise de la part de l’ennemi. Sur le front anglais, les Allemands ont dirigé une attaque sur une tranchée qui leur avait été enlevée à l’est de Gueudecourt. Ils ont été repoussés. L’artillerie et les mortiers de tranchées ont bombardé les lignes allemandes à l’est de Sauquissart et vers Blairville. Les Anglais ont enlevé un nouveau village dans la vallée de la Strouma. Les Russes ont repris sur le Stokhod des tranchées que les Allemands leur avaient prises. Continuant leur avance dans le Carso, les Italiens ont encore capturé 3.500 Autrichiens. Les Roumains poursuivent leur progression dans la vallée du Jiul. Ils ont pris 4 canons.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 22 septembre 1916

Louis Guédet

Vendredi 22 septembre 1916

741ème et 739ème jours de bataille et de bombardement

Midi  Temps magnifique, il a gelé blanc ce matin. Aussi sommes nous gratifiés d’un bombardement de 10h à 11h1/2 un peu partout, il y a des victimes. J’étais à l’Hôtel de Ville pour mes procès de simple police. Je suis rentré quand même et malgré les obus qui sifflaient au-dessus de la tête.

6h1/2 soir  Été à Bezannes pour terminer mon inventaire Guillot – Vernier (à vérifier). Rentré à 5h. Ensuite fait courses et rentré.

Des éclats du bombardement de ce matin sont tombés ici sur la toiture : peu de choses.

Quantité de procès pour la simple police, plus arbitraires les uns que les autres. C’est la course aux abus de pouvoir suscités par le fameux Capitaine Girardot ! Mobilisés à embêter la population sérieuse, mais ne réagissant pas sur des affaires comme Pocquet, ils préfèrent laisser ces risques à nos malheureux agents ! Quels tristes sires.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 septembre 1916 – Bombardement dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 22 – Nuit tranquille. Projections. Quelques coups de fusil. + 7°. 10 h. à 11 h. 1/2 bombardement violent. Environ 30 obus, bombe blesse la Supérieure de l’Assomption fermant les persiennes, rue du Jard. Une bombe chez les sœurs de l’Espérance. On dit que rue Flechambault 4 soldats ont été tués, dit M. Maitrehut et un civil père de 4 enfants. Plusieurs blessés. Visite à l’Assomption, à l’Espérance, à la Visitation. Reçu visite du Colonel du 403e. Via Crucis in cath.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

flechambault


Vendredi 22 septembre

Le mauvais temps a gêné les opérations sur les deux rives de la Somme.
En Argonne, une attaque ennemie, déclenchée sur nos positions du Four-de-Paris, à la suite de l’explosion d’une mine, a échoué sous nos tirs de barrage.
Sur la rive droite de la Meuse, nos troupes ont exécuté deux opérations qui ont brillamment réussi. Au sud-est de l’ouvrage de Thiaumont, nous avons enlevé plusieurs éléments de tranchée, capturé plus de 100 prisonniers, dont 2 officiers et pris 2 mitrailleuses. Dans la partie est du bois de Vaux-Chapitre, nous avons poussé notre ligne d’une centaine de mètres en avant.
Un avion allemand a été abattu près de Péronne.
Les Serbes ont repoussé une contre-attaque bulgare au Kaimakçalan et une autre à Bousnica. A l’aile gauche, nos troupes ont progressé jusqu’aux abords de la cote 1550. Nous avons fait une cinquantaine de prisonniers.
Les Roumains, après cinq jours de combat, ont infligé un échec signalé aux Bulgaro-turco-Allemands en Dobroudja.
La Grèce réclame de l’Allemagne la restitution des troupes hellènes qui se sont rendues aux Bulgares à Cavalla.
Les Russes ont fait en Galicie un millier de prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 14 juillet 1916

Paul Hess

14 juillet 1916 – Journée très calme.

Des avis apposés aux commissariats de police invitaient, paraît-il, les habitants à s’abstenir de sortir. On semblait craindre un bombardement ce jour de fête nationale.

Au cours de démarches faites dans la matinée d’abord, rue du Jard et rue Ponsardin puis l’après-midi, boulevard Charles-Arnould et, à nouveau rue du Jard, regagnée en suivant le canal, j’ai constaté qu’il y avait très peu de monde dehors.

Dans un discours prononcé au cimetière, le maire a annoncé, à ce jour, environ 600 victimes civiles et 600 militaires tués en ville, depuis le début du bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 canal


 Cardinal Luçon

Vendredi 14 – Nuit et journée tranquilles. Pas dit messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 14 juillet

Sur le front de la Somme, canonnade intermittente.
En Champagne, aux abords de Prosnes, nous avons pénétré dans un saillant de la ligne ennemie et ramené des prisonniers.
En Argonne, deux coups de main dirigés par l’ennemi sur les parties nord et est du saillant de Bolante ont échoué sous nos feux. A la Fille-Morte, nous avons fait exploser une mine et occupé le bord sud de l’entonnoir.
Sur la rive droite de la Meuse, aucune action d’infanterie. Bombardement des secteurs de Souville, du Chenois et de la Laufée.
Les Anglais ont pris part sur leur front à un violent duel d’artillerie. Quelques combats d’infanterie ont eu lieu. Nos alliés ont pris deux obusiers et quantité de munitions. Ils ont repoussé l’ennemi à l’ouest de Wypfchaete et au sud du canal de la Bassée.
Les Russes ont fait plusieurs tentatives intéressantes le long de la Duna. Combat d’artillerie près de Stokhod. Nos alliés ont fait 2000 prisonniers sur la Strypa inférieure.
Les Italiens ont repoussé une violente attaque ennemie dans les montagnes de la rive gauche de l’Adige.
Le député de Trente an Reichsrath autrichien, M. Battisti, est mort dans les rangs de l’armée italienne, où il servait par engagement volontaire.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ponsardin


 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 29 avril 1916

Louis Guédet

Voyage à Paris – St Martin

4h soir  Rentré ce soir 29 vers 3h fort désemparé…  mon Jean vient de s’engager au 25ème d’artillerie à Pacé près de Rennes (Ille et Vilaine) (rayé)!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 29 – Nuit tranquille. Bordées à peu près toutes les heures. A 9 h. violent, très violent combat à l’est, à la Pompelle, jusqu’à 5 h. A 6 h., aéro­planes ; + 11°. Visite à l’Espérance, à l’Assomption, rue du Jard, aux Peti­tes Sœurs des Pauvres. A 6 h., aéroplanes ; de 10 à 11 h. violente canon­nade à l’est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 29 avril

Au nord de l’Aisne, canonnade dans la région du bois des Buttes.
A l’ouest de la Meuse, lutte d’artillerie dans le secteur du bois de Malancourt.
A l’est, bombardement violent de nos positions entre la côte du Poivre et Douaumont.
Journée calme en Woëvre. Dans les Vosges, nous prenons sous notre feu un convoi ennemi aux abords de Moussey, au sud-est de Celles.
Nos avions ont bombardé la gare d’Audun-le-Roman, des baraquements près de Spincourt, les gares de Grandpré et de Challerange.
Canonnade sur le front belge, spécialement près de Ramscapelle.
Les Anglais ont envahi des tranchées ennemies près de Carnoy, ils ont repoussé des attaques au sud de Frelinghien, à la cote 60, à Saint-Eloi, dans la région Hohenzollern, à l’est et au nord-est de Loos.
Le croiseur anglais Russel a sauté sur une mine en Méditerranée. Il y a 124 manquants.
Un sous-marin allemand a été coulé en mer du Nord.
La situation s’améliore en Irlande. L’ambassadeur américain à Berlin, M. Gérard, est parti pour le quartier général du kaiser afin d’y conférer avec ce dernier et avec le chancelier.

Source : la Grande Guerre au jour le jour.

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Dimanche 2 avril 1916

Louis Guédet

Dimanche 2 avril 1916

568ème et 566ème jours de bataille et de bombardement

5h1/4 soir  Journée de soleil radieux dont je n’ai pu jouir pas plus que tous les Rémois. Nuit de bataille et de canons. Ainsi ce matin vers 9h3/4 il a fallu descendre à la cave jusqu’à 11h1/4. Redescendu à 11h1/2. Un obus au 72 de notre rue (j’habite le 52), commencement d’un incendie vite éteint. Remonté vers midi 1/2. Déjeuné hâtivement, l’oreille en guet, la fourchette arrêtée à mi-chemin de la bouche à chaque instant. Ah ! ces déjeuners et diners entre 2 bombes !!! à 1h1/4 il faut redescendre. Je prends mon café à la cave ! Çà tape partout sur tout Reims. Dans notre quartier c’est surtout vers les rues du Jard et de Venise. 1h3/4 je remonte. Je fais fébrilement mon courrier qui vient d’arriver, mais à 3h1/2 il faut redescendre en cave. 4h1/4 arrêt, mais seulement jusqu’à 4h1/2 ! Quelle vie !! Les laitières font leur tournée de distribution de lait quand même !! Elles sont les seules dans les rues, disent-elle ! Nous remontons à 5h.

5h1/2  20 minutes de calme ! Vont-ils enfin nous laisser un peu de repos ! et une nuit pour dormir !! Mais nos canons se remettent à parler ! Alors…  c’est encore nous qui paieront. Remarqué que tant que les allemands nous arrosent, nos canons se taisent ! Pourquoi ? Je ne sais ! Il doit cependant…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/2 soir  Nous reprenons vie nous sommes au calme depuis 3h durant !! Cela semble si bon !! Bon ! Voilà le « Gueulard », l’« Aboyeur » si vous préférez qui se remet à grogner ! Une nuit tranquille serait si bonne ! Mais en dormant, on n’en jouirait pas !! Vous voyez qu’on n’est jamais content de son sort !! En attendant je suis bien brisé de cette journée d’…  émotions ! Que sera cette nuit ? Que sera demain ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 2 avril 1916 – Par une matinée idéale de printemps, les obus commencent brusquement à siffler à 10 heures. A ce moment, je suis occupé à mettre mes notes à jour, au bureau — travail distrayant que j’ef­fectue autant que possible dans ces conditions. Je m’étais proposé, en quittant ce matin le 8 de la place Amélie-Doublié, de profiter du beau temps pour faire ensuite, avant d’y rentrer pour midi, une longue promenade ; en raison de cet imprévu, je continue simple­ment à inscrire mes impressions.

Vers 10 h 45, les sifflements, qui avaient cessé pendant quel­ques minutes, reprennent et les explosions se rapprochent de l’hôtel de ville. Les détonations des départs s’entendent fort bien, se succédant rapidement jusqu’à 11 h 1/4. Aussi quelques instants après, je juge à propos d’essayer de profiter du calme pour rega­gner la place Amélie-Doublié en passant, comme toujours, par la place de la République.

A partir de midi, le bombardement reprend ; il est plus vio­lent. La curiosité me vient, en déjeunant, de compter montre en main, les arrivées qui se suivent assez vite ; elles sont de huit à douze à la minute, pendant trois quarts d’heure. Un ralentissement se produit, puis l’accalmie vient ; il est 13 h 1/2.

Par prudence, j’attends encore, et, à 14 heures, le bombar­dement me paraissant terminé, je pars en ville, désirant tout de même ne pas laisser passer une aussi belle journée de dimanche sans faire une promenade ; chemin faisant, je décide d’aller jusqu’à la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard.

Arrivé place de la République, j’ai lieu d’être absolument stu­péfait, en voyant les dégâts qu’y ont causé les obus pendant que nous étions à table, ma sœur et moi dans son appartement au second étage, sans nous douter le moins du monde qu’ils tom­baient aussi près et vraiment, j’ai été bien inspiré de quitter le bu­reau plus tôt qu’à l’habitude.

Sept trous d’obus ont été creusés dans le pavage, par les ex­plosions autour de la fontaine, dont le bassin a été crevé par un huitième engin. La maison n° 8 de la place a été fortement tou­chée ; elle fait voir une grande brèche, à hauteur de son deuxième étage. Des branches d’arbres ont été projetées de tous côtés par des éclatements dans le haut des Promenades et sur le cimetière du Nord. Un grand entonnoir existe dans le square de la Mission ; le boulingrin a été labouré par endroits, enfin, de vingt-cinq à trente projectiles sont tombés là, dans un faible rayon.

Je continue en passant à l’hôtel de ville où il n’y a rien de nouveau, mais un obus est tombé chez le concierge de la Banque de France et un autre rue de Tambour. Il en est arrivé un encore dans la maison de mon beau-frère, P. Simon-Concé, rue du Cloître 10, où je ne fais qu’entrer et sortir. De là, je me dirige vers la me du Barbâtre. Les sifflements recommencent tandis que je me trouve chez d’excellents amis, M. et Mme Cochain, boulangers au 41 de cette rue, que je quitte pour gagner la me du Jard par les rues des Orphelins, de Venise et des Capucins.

En traversant la rue Gambetta, pour descendre la me de Ve­nise, des décombres m’indiquent en divers endroits que ce quartier aussi a été très éprouvé. Une jeune fille vient d’être tuée au café de la petite Poste. La maison 72, rue des Capucins a été atteinte.

Je reste environ une heure au 57 de la rue du Jard, d’où je sors dans un nouvel instant de calme, afin de reprendre le même chemin à rebours, pour me ménager des haltes au besoin, mais il n’y a pas longtemps que je suis en route quand une quatrième reprise du bombardement se déclenche. Cette fois, je dois m’arrêter chez M. Kneppert, boulanger, 55, rue Gambetta et même descen­dre à l’abri, avec toute la famille, dans la cave — où il nous faut patienter une demi-heure, puisque les projectiles continuent à exploser dans les environs.

Enfin, je puis reprendre mon chemin ; il est alors 17 heures — le bombardement est terminé. Je reviens par la rue du Barbâtre où je vois, avec quelque étonnement, des jeunes filles munies de raquettes jouer au volant au milieu de la chaussée. En passant, je ne puis m’empêcher de penser : « Eh bien, nom d’un nom ! elles n’ont pas perdu de temps, celles-là » ; en effet, il n’y a que quelques minutes à peine que « ça » ne tombe plus sur le quartier. Arrivé place des Marchés, je remarque les dégâts causés aux halles par un obus qui en a traversé le toit pour éclater à l’intérieur ; par là, existent encore les traces de deux autres projectiles tombés sur le pavé au cours de l’après-midi ; l’un devant la Pharmacie régionale, l’autre devant la maison Boucart.

Je rentre alors, pour achever cette petite randonnée que je ne prévoyais pas aussi risquée.

Pendant cette journée, mille obus à peu près, ont été tirés sur la ville ; les victimes sont : cinq tués et une trentaine de blessés civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 2 – 8 h. violente canonnade (le 1er au loin). Nuit bruyante en ville et autour. Ciel sans nuage ; + 4. A partir de 10 h. violent bombarde­ment sur la ville. Pendant le sermon de la grand’messe, célébrant prédica­teur M. Divoir, un obus tombe devant la porte de l’église Saint Marcoul, à quelques pas de la chapelle du Couchant, où nous étions à la messe. Terreur ! A partir de 10 h. violent bombardement sur la ville : 1500 obus, dit-on. Au retour des Vêpres, des soldats nous disent que c’est une représaille(1) des Allemands parce que nous avions lancé des gaz asphyxiants du côté de la Pompelle et lancé des obus sur un État-major à Pontfaverger. Les Alle­mands, disaient les soldats, avaient planté des tableaux en planches portant les noms de : Pontfaverger et le nom du lieu de l’attaque au gaz. Après- midi, 1 h. bombe de 150 sur la Cathédrale. Visite à la Cathédrale où je trouve le Colonel Colas avec qui-nous ramassons un éclat d’obus dans la Chapelle de la Ste-Vierge, côté du midi ou de l’épître. Aéroplane français. Violent bombardement de 10 h. matin à 4 h. soir. Un petit garçon de 12 ans tué ; une jeune fille gravement blessée, et morte ; en tout dix tués. Plu­sieurs soldats tués. Cimetière Nord dévasté, tombe de Melle Langénieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il semble bien que les tirs aient été effectués sur Reims en corrélation avec les événements du front, proche ou lointain. A quel niveau de commandement des tirs de « représailles »  étaient-ils donnés ? Les Allemands se sont toujours défendus d’avoir pratiqué cette politique, mais ils ne sont pas très crédibles dans ce domaine

Hortense Juliette Breyer

Dimanche 2 Avril 1916. – C’est dimanche aujourd’hui mais quel bombardement ! Ils ont commencé à 9 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir sans arrêt et sans but déterminé puisqu’ils ont arrosé toute la ville. A l’officiel on en a compté plus de 1200. On se demande comment la ville existe encore. Et malheureusement nous ne sommes pas au bout. Cette fois-ci on prévoit une attaque ; on amène chez Pommery beaucoup de ravitaillement tant nourriture que munitions. Si c’est vrai je me doute que ce que l’on passera sera effroyable mais il vaut mieux souffrir tout d’un coup que de continuer une vie comme celle que nous menons.

C’est un supplice ; j’ai encore devant les yeux un pauvre soldat d’artillerie qui se trouvait aux pièces au dessus de nous. Il y a 2 ou 3 jours, un matin les boches avaient tiré mais j’ignorais qu’il y avait des victimes. J’entendis des voix dans le tunnel avoisinant notre campement qui demandaient de la lumière. Je prends vivement une bougie et je sors. André qui me suit toujours sort derrière moi. Quel spectacle mon Charles ! Un pauvre soldat sur une civière, le ventre ouvert. Cela ne fit qu’un tour dans ma tête; je donnai la bougie et toute tremblante je me sauvai avec André. Quelle tristesse et ce n’est rien à comparer avec ce qui se passe à Verdun. Quelle bataille où il y a des monceaux de cadavres et où les hommes deviennent fous d’horreur !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 2 avril

En Belgique, nous bombardons les cantonnements ennemis de Langemark (nord-est d’Ypres).
Au nord de l’Aisne, activité d’artillerie dans les régions de Moulin-sous-Touvent et de Fontenay.
En Argonne, nous canonnons les organisations allemandes au nord de la Harazée, à la Fille-Morte et les campements de la partie nord du bois de Cheppy.
A l’ouest de la Meuse, bombardement intense de nos positions entre Avocourt et Malancourt.
A l’est, dans la région de Vaux, l’ennemi a déclenché trois attaques à gros effectifs : la première a été arrêtée par nos tirs de barrages et nos feux d’infanterie avant d’avoir abordé nos lignes; au cours de la seconde, les Allemands, après une lutte très vive, ont pris pied dans la partie ouest du village que nous occupions. Une troisième attaque sur le ravin entre le fort de Douaumont et le village de Vaux a échoué devant nos tirs de barrage.
Canonnade en Woëvre.
Un raid de zeppelins a eu lieu sur la côte orientale de l’Angleterre. L’un des dirigeables, atteint par un obus, a coulé à l’entrée de la Tamise.
La Hollande a suspendu les permissions des militaires et les Chambres ont été convoquées d’urgence. Ces mesures se rattacheraient aux incidents de la guerre sous-marine.

 

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Mardi 28 mars 1916

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Mardi 28 mars 1916

563ème et 561ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit assez calme. Journée de même mais froide et pluie glaciale. J’ai tenu mon audience de simple police à 1h1/2 salle habituelle. 46 affaires inscrites, 44 jugées. J’ai secoué un ou 2 gendarmes. Ils le méritaient. Le bombardement d’hier a été réellement terrible, rien que sur les Déchets il est tombé plus de 20 obus (cette usine de traitement des déchets textiles, dite S.A. des déchets de la fabrique de Reims, était située 14, rue de Venise et 25, rue du Jard). Tout le secteur entre la rue du Jard et le cimetière du sud a été très flagellé. Les obus devaient être énormes car pas une maison qui n’ait été touchée qui ne soit complètement rasée. Tout cela n’est pas pour nous faire voir l’avenir en rose, d’autant qu’on jase beaucoup et qu’on fait courir force bruits plutôt décourageants. On a visité parait-il toutes les caves de la rue de Vesle pour savoir combien elles peuvent contenir de soldats chacune. On parle d’évacuer la Ville, un tas d’on-dit qui sèment plutôt la panique. Pour nous qui résistons à cela et réagissons contre cela. Ce n’empêche que ce n’est pas sans influer un peu sur le moral et les nerfs. Et on n’est plus aussi résistants qu’il y a 19 mois… !…

Que Dieu nous protège et que bientôt je voie la délivrance. J’en ai assez.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1916 – Du Courrier d’aujourd’hui :

Son Éminence le cardinal Luçon.

 Le cardinal-archevêque de Reims s’est rendu hier après-midi, accompagné de Mgr Neveux, dans le quartier le plus atteint par le bombardement. Mgr Luçon a prodigué ses paternelles consolations à ses diocésains éprouvés. II a félicité chaleureusement les pompiers qui se sont signalés hier, comme en tant d’autres circonstances, par leur courage et leur adresse.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit tranquille ; journée paisible ; + 4. Visite au Général Boyer, à Roederer, à M. le Curé de Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


 Juliette Breyer

Mardi 28 Mars 1916 –  Ce matin en partant en course de bonne heure je regardai les dégâts faits la veille par les bombes quand tout à coup, levant les yeux, j’aperçus Gaston qui se dirigeait de mon côté. Je vis tout de suite à sa physionomie qu’il venait m’apprendre quelque chose. En effet le malheur s’acharne sur nous. Ta mémère, ta pauvre mémère que tu aimais tant est morte hier subitement sans beaucoup souffrir. On a aussitôt envoyé une dépêche à ton parrain. Quel choc quand il va la recevoir. Nous aurons eu tout !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Pluie, calme, pas d’obus ce matin, les troupes emplissent la ville.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 28 mars

Entre Somme et Avre, aux environs de Maucourt, après un intense bombardement, les Allemands ont tenté sur une de nos tranchées de première ligne un coup de main qui a échoué. En Argonne, lutte de mines à notre avantage à la Fille-Morte. Combat à coups de bombes dans le secteur de Courtes-Chausses. Activité continue de notre artillerie dans le secteur du bois de Cheppy. Nos pièces à longue portée ont canonné les troupes en mouvement dans la direction Exermont-Châtel et fait sauter un dépôt de munitions. A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur notre front Béthincourt-le-Mort-Homme-Cumières, ainsi qu’à l’est du fleuve, dans la région Vaux-Douaumont. Rafales d’artillerie en Woëvre (Moulainville et Châtillon). Ici, aucune action d’infanterie n’a été déclenchée. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons la gare et les établissements ennemis d’Heudicourt, au sud de Vigneulles. Nous y provoquons un incendie. Un raid d’hydravions anglais s’est produit sur la côte du Slesvig-Holstein. Un hangar de dirigeables a été bombardé et deux patrouilleurs allemands coulés. Un paquebot, le Minneapolis, a été torpillé. Il jaugeait 13000 tonnes. Il y a onze victimes. La conférence des alliés a clôturé ses séances en proclamant l’unité d’action dans le domaine militaire, politique et économique.

 Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 27 mars 1916

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 27 mars 1916

562ème et 560ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bataille. J’ai cependant dormi. Vent, temps nuageux et froid. Vers 9h des bombes dans les environs, comme mon vieil expéditionnaire M. Millet arrivait. Le temps de descendre quelques papiers et à la…  cave…  Les ouvriers qui refont le mur du jardin sur la rue descendent aussi avec Jacques. Lise est allée faire son marché. Cela m’inquiète, mais dix minutes après voilà Kiki, son toutou qui arrive tout essoufflé, (il n’aime pas cette musique là le brave Kiki, il est toujours descendu le 1er et Lise derrière lui.

Elle nous dit qu’il est tombé des obus au bas de la rue du Jard. Peu après Jacques nous dit que les Déchets, rue du Jard et rue Petit-Roland (rue Paul-Adam depuis 1924), brûlent. La maison au coin de la rue de Venise et de la rue des Capucins, en face de la Chapelle du collège des enfants St Joseph est effondrée par une bombe. Nous esquissons une tentative de remontée au jour vers 10h, mais il faut immédiatement redescendre. Cela tombe dru, de plus on se bat devant Reims. Bref nous remontons définitivement à 11h et je tâche de travailler, je n’y ai guère le cœur ni mon brave papa Millet ! Quelle triste vie. Cet après-dîner je tâcherai de savoir par Jacques ce qu’il y a comme dégâts et malheureusement de victimes, car il doit y en avoir après un arrosage pareil ! J’écris quelques mots à ma chère femme pour la tranquilliser, car le journal « Le Courrier de la Champagne » qu’elle reçoit annonçant chaque fois les bombardements sans indiquer où…  si elle n’avait pas de lettre de moi le lendemain elle s’inquiéterait. Elle a déjà bien assez de tourments, de soucis, de souffrances. Je m’attriste de plus en plus, est-ce mon excès de goutte qui m’affaiblit, mais si je m’écoutais je pleurerais à chaque instant. Je suis à bout de courage, mais…  je dois rester !

6h3/4 soir  Adèle est rentrée et me demande de rester, elle me dit qu’elle a trouvé à caser ses neveux et que du reste son beau-frère ne veut pas qu’elle nous quitte. Elle reste donc. J’aime tout autant cela. Nous sommes habitués à elle, c’est tout dire. Calme cet après-midi. On dit que les vieillards infirmes des Hospices de la Ville viennent d’être évacués. On dit que ce sera aussi notre tour, on dit…  on dit bien des choses…  mais la situation n’en n’est pas moins pénible. Pourvu que tous ces on-dit soient des racontars et que lors de l’avance générale, nous n’ayons pas trop à souffrir et que nous soyons toujours restés là. C’est mon plus grand désir. Car ce serait bien dur de partir après être resté là à souffrir pendant 19 longs mois, pour laisser tout à l’abandon, livré au pillage de nos troupes qui ne s’en font pas faute ! C’est même honteux ! J’espère bien que cette nouvelle épreuve ne me sera pas imposée.

Je viens d’écrire quelques lignes à ce pauvre M. de Granrut qui m’a annoncé par une carte la mort de son fils Louis ce matin. Je comprends bien sa grande douleur. Quel coup pour eux.

Tout cela est loin de me donner des idées gaies et m’attriste énormément. Il est temps que nous soyons délivrés, car je crois vraiment que je tomberai et succomberai. C’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 mars 1916 – Un bombardement serré, sur la ville, commence subitement à 9 heures. A ce moment, je suis au bureau ; les collègues arrivent et nous nous demandons ce que cela signifie, — à propos de quoi Reims doit encaisser aujourd’hui.

Les Boches veulent-ils souligner la réunion de la Conférence des Alliés, à Paris ? Ou bien la reprise d’un petit bois vers Berry-au-Bac, dont on a entendu parler hier, leur est-elle trop sensible ? Un incendie considérable se déclare tout de suite à la Société des déchets ; un homme y est carbonisé. Jusque vers 10 h 1/2, trois cents obus environ, tombent sur les quartiers de la rue du Jard, la rue de Venise, le bas de la rue de Vesle, Dieu-Lumière, etc.

ll y a cinq tués et neuf à dix blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(NB : Le « petit bois près de Berry-au-Bac » dont parle Paul Hess, c’est le « Bois des Buttes » près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, où fut blessé Guillaume Apollinaire le 17 mars 1916.)

Rue de Venise

Rue de Venise


 Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille pour la ville. Coups de canons ou de fusils au loin. + 4. Vers 9 h. violent bombardement sur nos batteries ; bombardement sur la ville. Incendie des Déchets. Deux soldats tués à Dieu-Lumière. Un ouvrier brûlé aux Déchets. 7 civils tués. Visite aux Déchets à M. Renard ; au Bon Pasteur, Petites Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 27 Mars 1916 – Quelle matinée ! A 8 heures et demie les boches ont commencé à bombarder et jusqu’à 11 heures et demie sans arrêt. Leur but, c’était le quartier Dieu Lumière. C’est vrai que les canons de la Berthe nous causent des ennuis. Je suis allée au lait à 11 heures et demie. La route était sillonnée d’éclats, j’ai vu du sang et j’ai appris qu’il y avait eu beaucoup de victimes. Je ne suis plus si crâne. Je t’assure que cela m’impressionne ; plus ça vient et plus les nerfs sont faibles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Dès 8h50, bombardement, toujours les mêmes endroits, rue de Strasbourg, Thionville, Gobelins, Grandval, CxStMarc, Bd Carteret, une blessée Ve Lemel 72 ans, au loin des obus tombent un incendie éclate aux déchets. Les soldats abondent dans la ville. Il fait beau, pas d’aéros. A 10h45 petit carillon. Nos gros pères donnent d’une minute à l’autre. Au Linguet 40 mitrailleuses attendent les Boches. Visite du Caporal mitrailleur Hobary Louis de Bazeilles (cultivateur).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 27 mars

En Argonne, concentration de feux sur les nœuds de communication en arrière du front ennemi. Nous bombardons des convois de ravitaillement au nord d’Apremont. A l’ouest de la Meuse, bombardement entre le bois de Malancourt et nos positions de seconde ligne. Pas d’action d’infanterie. A l’est de la Meuse et en Woëvre, canonnade intermittente. Activité de notre artillerie sur tout l’ensemble du front, notamment dans la région de Grimaucourt, où notre tir a provoqué plusieurs explosions et dans la région de Harville, où nous avons dispersé un important convoi. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre canonnade a déterminé l’explosion d’un dépôt de grenades. Nos pièces a longue portée bombardent la gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel. Activité de notre artillerie dans les Vosges (vallée de la Fecht). Un de nos pilotes a abattu un avion allemand dans la région de Douaumont. Le gouvernement américain a prescrit une enquête minutieuse sur les derniers torpillages et en particulier sur celui du Sussex, qui a fait plus de victimes qu’on ne l’avait cru d’abord: 97. Les Bulgares et les Allemands ont pénétré sur le territoire hellénique. La crise social-démocrate s’accentue encore en Allemagne : 14 députés de la majorité ont quitté la salle des séances du Reichstag pour ne pas voter le budget. La conférence des Alliés s’est réunie au quai d’Orsay sous la présidence de M. Aristide Briand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 3 mars 1916

Rue Cazin

Louis Guédet

Vendredi 3 mars 1916

538ème et 536ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 matin  Je me suis couché à 11h du soir au bruit de la bataille et me suis endormi vers minuit. A 5h réveillé par la batterie qui se trouve dans les marais derrière l’usine Haenklé (à vérifier). Sommeillé jusqu’à 6h1/2. Je suis fatigué. En me levant et ouvrant mes persiennes je vois à 15 mètres de là un gros trou au pied du mur qui sépare le jardin de mon ami Mareschal où je suis réfugié d’avec celui de M. Ducancel : un homme pourrait y passer. De gros quartiers de la maçonnerie des fondations sont parsemés sur la pelouse. C’est comme si l’obus avait fusé en arrière, le mur est fendu légèrement, mais pas démoli. Victime un fusain coupé. Je verrai tout à l’heure ce que cela a fait chez Ducancel. J’avais très bien entendu le coup sourd qu’il avait fait en tombant, j’en avais déjà entendu chez moi rue de Talleyrand. J’avais encore le bruit dans les oreilles.

Le Brigadier Camboulive vient d’entrer pour voir si nous avions des dégâts comme la police le fait dans chaque maison après leur bombardement. Il me dit en avoir compté 6 obus dans le quartier jusqu’à présent, un ici, 2 chez Houbart à 25 mètres d’ici, un Porte de Paris chez Moreau pharmacien, un vers la rue Clovis et le dernier connu dans le canal, qui a fait de nombreuses victimes et qui a fait la joie des passants qui n’ont eu que la peine de les réveiller pour faire une friture…  Il avait tué une 15aine (quinzaine) de livres de poissons. Bref nous étions en plein dans la rafale. Espérons que ce sera la dernière pour nous.

Ce matin calme absolu.

8h soir  Le bombardement a recommencé tout à l’heure à 7h pendant 1/2 (heure), mais plutôt vers le centre, l’Hôtel de Ville. Je suis descendu à la cave après avoir un peu mangé, mais je n’avais pas faim. Je suis très fatigué et je suis encore ébranlé des secousses d’hier soir. Je ne suis plus fort ! Je suis d’une nervosité aujourd’hui extraordinaire. J’ai beau vouloir me maîtriser, mais je ne le puis…  Je suis affaissé, ébranlé…  et en même temps comme fébrile…  C’est trop et c’est trop long, il me faudrait bien peu de chose pour que je tombe.

Ce matin j’ai eu mon audience civile, 6 affaires, peu de choses. J’arrive petit à petit à mâter et museler nos agents d’affaires véreux qui sentent maintenant que ce que je veux je le veux bien et qu’ensuite je ne les laisserai pas faire et arriverai à nos fins. Je vois que je les domine, eux qui pensaient se jouer de moi dans le maquis de la procédure ! En tout cas je suis la volonté et heureusement j’ai Landréat pour me seconder pour la procédure, il m’éclaire très bien et ce n’est plus pour moi qu’une question de jugement et de décision nette. J’y réussis. Cet après-midi fait des courses rue Lesage, chez Ravaud, qui est un garçon intelligent et cultivé. Je cause agréablement avec lui, et on y a plaisir. Ravaud est toujours à Châlons et est entré enfin (travailler dans) un hôpital avec Somsour, Bouchette et un de ses parents. Malgré tout je ne désespère pas de le faire revenir ici. Rentré à la maison, fait mon courrier mais sans cœur et sans volonté. J’ai encore bien souffert et été encore bien angoissé à la chute du jour. J’ai pleuré, comme tous les jours. Quand donc ce martyr finira-t-il pour moi et qu’enfin je serai réuni à tous mes chers aimés, père, femme, enfants, et qu’enfin je pourrais voir à tâcher à travailler pour gagner le pain de nos chers aimés, puisque je ne puis songer à leur acquérir une fortune. Ce qui m’est défendu, n’ayant pas la chance, ni l’insolence de pouvoir gagner de l’or à la pelle…

C’est plus fort que moi ! Riche en honneur, pauvre en richesses. Deus honorant pauper divitorum (Dieu honore le pauvre homme). Telle est malgré moi ma devise. Et cependant j’aurais aimé à sentir ma chère femme et mes chers petits à l’abri du besoin et de ce souci…  Je ne suis pas assez commerçant ni égoïste pour cela ! Tant pis. J’aime après tout mieux l’Honneur.

8h1/2  C’est le calme, l’aurons-nous pour toute la nuit, pourrais-je enfin me reposer et prendre un peu de forces. Je suis si las si faible. Oh ! Mon Dieu faites donc que mon Martyr, notre martyr cesse bientôt…  tout de suite… !!! Et que mes derniers jours de vie soient un peu des jours de bonheur, de tranquillité et d’espoir…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 mars 1916 – Des obus sont tombés hier, rue Clovis, rue du Jard 75, chez M. Humbeit, directeur de la voirie, etc. Il y aurait un tué rue de Vesle, à proximité de la porte de Paris.

— Ce soir, à 19 h 3/4, plusieurs projectiles éclatent autour de l’hôtel de ville, rue des Ecrevées, rue Thiers, rue du Marc, impasse du Carrouge et rue de Tambour. M. Lorquinet, commis des PTT, qui sortait de diner au restaurant Triquenot, à l’entrée de la rue Pluche, est tué par des éclats. Il y a des blesses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Nuit tranquille à partir de 9 h. du soir, et sauf quelques gros coups de canon de temps à autre. Température + 4. Via Crucis in cathedrali. Midi longue canonnade française, 4 ou 5 coups par minute. Dans l’après-midi, surtout de 6 à 9 h. bruyante conversation entre artilleries adverses. Bombes sifflantes allemandes vers 7 h. A partir de 9 h. silence. A 7 h. un obus tua le neveu de M. Compant qui était venu de la rue Cazin à la porte, pour rendre service.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Rue Cazin


 Juliette Breyer

Vendredi 3 Mars 1916. Des victimes, des bombes ! Deux frères, les contremaîtres Duchêne, aux Vieux Anglais ont été tués par la même. Je tremble pour ton papa. Si tu savais comme je l’aime lui aussi. Je lui ai dit que j’avais reçu la note officielle. Il a aussi de l’espoir. Il est heureux quand il voit ses deux petits enfants. Ta fillette le connaît bien. Elle l’appelle Pépère et elle lui tire sa moustache et tout cela nous attriste car tu n’es pas là pour le voir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 3 mars

Tirs de destruction par notre artillerie à l’est de Steenstraete. Nous détruisons un ouvrage ennemi près de Beuvraignes, entre Somme et Oise. Nous abattons un avion à Suippes. Nous concentrons nos feux en Argonne au nord de la Harazée et sur le bois de Cheppy. Au nord de Verdun et en Woëvre, l’activité de l’ennemi s’est de nouveau accrue, spécialement sur le Mort-Homme, la côte du Poivre et la région de Douaumont. Ici, les Allemands ont procédé à des attaques d’infanterie d’une extrême violence que nos feux ont brisées en infligeant à l’ennemi de grosses pertes. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous avons bombardé la gare de Vigneulles. Nos avions ont jeté 44 obus sur Chambley, sur la gare de Bensdorf et 9 autres sur les établissements ennemis d’Avricourt. Le président Wilson a demandé au congrès américain de se prononcer sur la politique à suivre vis-à-vis de l’Allemagne. Les colonels suisses Egli et de Wattenwyl ont été mis en disponibilité.

 

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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Dimanche 22 août 1915

Louis Guédet

Dimanche 22 août 1915

344ème et 342ème jours de bataille et de bombardement

3h1/2  Nuit tranquille, temps froid ce matin, à nuageux et couvert en ce moment. Je remonte de la cave où nous avons passé 1/2 heure de 3h à 3h1/2, des obus assez près, relativement peu, mais c’était plus prudent et puis je suis si nerveux maintenant ! Mon déménagement, quand je songe que tout est à l’air maintenant, je tremble et cependant il me faut bien les sortir pour les sécher avant d’être définitivement empilés !… J’ai comme de la fièvre. Je crois qu’il est temps que je parte. Je n’y resterais pas. Si seulement c’était la fin et que dans quelques jours je n’avais plus ce cauchemar et que je puisse songer à rejoindre les miens. Quelle vie de misère.

Écrit à M. Jadart qui est toujours bien aimable avec moi, je lui porte de ces Notes, mais cela peut-il intéresser le public, l’instruire lui-même.

J’attends la visite d’adieu de ce bon abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins. Qu’il nous revienne bientôt, ce serait que la Guerre est finie ou tout au moins ce serait notre délivrance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Une violente canonnade commence à 14 h. Les 75 et les gros­ses pièces font rage pendant une heure environ, avec de très courts intervalles utilisés aussitôt par l’artillerie ennemie, pour la riposte. Des obus passent en sifflant au-dessus du jardin de la rue du Jard 57, où je me suis rendu par cette belle journée de diman­che et que je puis quitter à 15 h 1/4.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit et matinée tranquille. Voyage à Binson manqué faute de laisser-passer. Pendant le dîner, le Général m’envoie avertir que vers 1 h. à 1 h. 1/2 nos canons vont répondre aux bombardements des trois derniers jours ; ce qui attirera probablement une riposte des Teutons(1). Le duel n’a pas été aussi terrible qu’on pouvait le craindre, et le bombarde­ment n’a pas été aussi terrible que celui d’hier. A 3 h. aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Rarissime forme péjorative dans les propos du Cardinal Luçon.

Lundi 23 août

En Artois, au nord de Souchez, une tentative d’attaque allemande menée par un faible effectif a été rapidement enrayée. Dans la région du Labyrinthe, combat à coups de grosses bombes. Canonnade violente autour de Neuville et de Roclincourt.
Canonnade aussi à Roye, à Quennevières, sur le front de L’Aisne et autour de Reims.
Lutte d’engins de tranchées aux Courtes-Chausses, dans l’Argonne.
Combat à coups de bombes, à Flirey, en Woëvre.
Une attaque ennemie a été repoussée sur la crête de Sondernach, dans les Vosges.
Un grave incident s’est produit entre l’Allemagne et le Danemark. Un contre-torpilleur allemand avant tiré des coups de canon, au mépris du droit international, contre un sous-marin anglais échoué dans les eaux danoises et l’ayant coulé, le cabinet de Copenhague a adressé une protestation à Berlin.
Les Italiens ont enregistré de précieux succès sur l’Isonzo.
Les Allemands ont perdu un croiseur et deux torpilleurs dans le golfe de Riga.
M. Venizélos garde, dans son ministère, le portefeuille des Affaires étrangères.
Une entrevue a eu lieu à Boulogne-sur-Mer, entre M. Ribot et M. Mac Kenna, chancelier de l’Échiquier brit
annique.

Source : La guerre au jour le jour

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