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Mardi 5 mars 1918

Louis Guédet

Mardi 5 mars 1918
St Martin

1271ème et 1269ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, le dégel. Je vais le matin à Songy porter une dépêche pour le Procureur, afin qu’il fasse mettre en sûreté l’argenterie de la Chambre des notaires que j’ai oubliée d’emporter. Durant l’après-midi je range, je classe, je m’organise pour travailler et rattraper mon retard de 15 jours car il ya eu ce temps où je ne pu rien faire. Je suis toujours bras et jambes cassés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1918 – Bombardement serré dès le matin — 4 h 1/2.

Le total des évacuations à ce jour, est de 2 035, dont 120 pour aujourd’hui.

Violent bombardement par obus à gaz et à plusieurs re­prises, dans la soirée. Environ 1 000 obus, pour la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 2°. Nuit tranquille. Journée assez tranquille. Avions. Quelques coups de canon. Visite dans les rues, vers l’Hôpital Général. Vu M. Guichard. Visite aux Sœurs de l’Espérance, rue Chanzy. Visite d’adieu de Mlle Grandel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hôpital civil


Mardi 5 mars

Lutte d’artillerie dans les régions de Beaumont et de Bezonvaux, ainsi qu’en Haute-Alsace, au Ban-de-Sapt et à l’est de Largitzen.
A l’est de la Meuse, nous avons exécuté, malgré une tempête de neige, un large coup de main sur les organisations ennemies à la tranchée de Calonne. Nos troupes ont pénétré jusqu’à la quatrième ligne allemande sur un front de 1200 mètres et une profondeur atteignant 500 mètres en certains points.
Au cours de ce coup de main, une contre-attaque ennemie lancée sur notre flanc gauche a été repoussée après un vif combat qui a coûté des pertes importantes à nos adversaires. Le chiffre des prisonniers dénombrés dès le premier moment dépasse 150. Nous avons également ramené du matériel. Nos pertes sont légères.
Au nord-ouest de Bezonvaux, un coup de main allemand a échoué. D’autres ont échoué en Lorraine, dans la région de Parroy, vers Neuvillers et vers Bures et Vého.
En Haute- Alsace, nous avons arrêté une tentative ennemi.
Les Anglais out effectué avec succès un certain nombre de coups de main. Les Australiens ont pénétré dans les tranchées allemandes à Warneton, tuant une cinquantaine d’hommes, ramenant onze prisonniers.
Les troupes de Middlesex ont abordé les positions ennemies au nord de Passchendaele et ramené des prisonniers.
Un raid allemand a échoué au sud de Saint-Quentin.
Lutte d’artillerie et fusillade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 16 janvier 1918

Louis Guédet

Mercredi 16 janvier 1918

1223ème et 1221ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Tempête toute la nuit jusqu’à 4h soir, la pluie heureusement a abattu cette rafale. Rien de saillant. Quelques courses. Vu Becker agent de change, la supérieure du Bon Pasteur, 48, rue Gambetta, qui m’a chaudement félicité. Quelques lettre de félicitations, notamment de l’Évêque de Dijon Mgr Landrieux qui a eu un accident, chute la nuit qui lui avait fendu le nez. Il est mieux. Répondrai demain. Visite de S.E. le Cardinal Luçon et Mgr Neveux, causé longuement. Rencontré M. Baudet de la Maison Pommery (Victor Baudet, fondé de pouvoir de la Maison Pommery (1859-1921)) qui m’a chaudement félicité aussi, il me conduit à l’Hôtel de Ville où j’avais à faire. Rentré mettre un peu d’ordre à mes affaires, je vais aller faire signer mon contrat, je ne sais à quelle heure je rentrerai, restant à dîner. Lettre de ma chère femme, heureuse d’avoir de bonnes nouvelles des 2 grands et des galons de Jean.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 16 – + 11°. Tempête toute la nuit. Canonnade de 9 h. à 10 h. soir (de mardi à mercredi). Visite à M. Guédet ; à l’Assomption ; à l’Espérance rue Chanzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 16 janvier

Sur la rive droite de la Meuse, actions d’artillerie violentes sur le front Beaumont-bois des Caurières.
En Alsace, nos patrouilles ont ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, un fort coup de main ennemi a été repoussé au nord-est d’Armentières.
Nos alliés ont pénétré dans des tranchées allemandes au nord de Lens, lancé des grenades dans les abris et ramené des prisonniers et une mitrailleuse.
Les aviateurs anglais ont exécuté en plein jour et avec le plus grand succès, un raid aérien en Allemagne. Ils avaient pris pour objectifs la gare et les usines de munitions de Carlsruhe, dans la vallée du Rhin. Une tonne et quart de projectiles a été jetée avec d’excellents résultats. Des explosions ont été observées dans le bâtiment et sur les voies de garage du grand noeud de voies ferrées du centre de la ville, dans les ateliers du chemin de fer et sur le noeud de voies ferrées de moindre importance. Les observateurs ont aperçu un très grand incendie dans les usines qui bordent la voie ferrée.
La défense anti-aérienne s’est montrée fort active. Les canons spéciaux ont tiré au-dessus des objectifs. L’escadrille britannique est rentrée tout entière sans avoir subi aucune perte.
Sur l’ensemble du front italien, actions intermittentes d’artillerie.
En Macédoine, action réciproque d’artillerie dans la région de Monastir.
Les aviations alliées ont exécuté avec succès des bombardements sur la voie ferrée de Séres à Drama et sur les établissements ennemis, dans les régions de Demir-Hissar et l’Allchar, au nord de Vetrenik.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 18 décembre 1917

Paul Hess

18 décembre 1917 – Vers 17 h, un aéro boche jette une dizaine de torpilles, dont deux tombent au coin de la rue Polonceau et de la Chaussée Bocquaine, disloquant et faisant s’effondrer entièrement la maison où habitaient, à cet endroit, M. et Mme Legris.

Ceux-ci, pris sous les matériaux de leur immeuble, ne peu­vent être dégagés qu’à 20 h. M. Legris, mobilisé et de passage à Reims, est trouvé mort à côté de sa femme qui n’aurait eu, paraît-il que des blessures insignifiantes.

D’autres engins du même genre sont tombés rues Chanzy, Chabaud, esplanade Cérès — où l’on peut voir un énorme enton­noir sur les voies du tramway — et sur la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 18 – 0°. Nuit tranquille, sauf coups de fusils et mitrailleuses. Jour­née tranquille à Reims ; mais fusillades et mitraillades fréquentes tout autour. Canonnades item ; avions à 5 h. 30, tir contre eux. M. Legné, Conseiller municipal tué dans sa maison vers 5 ou 6 h., angle de la rue Polonceau et de la Chaussée Bocquaine, par un obus lancé d’un avion, qui démolit sa maison (peut-être une torpille). On dit qu’un obus est tombé sur la Cathé­drale, 3ème arc-boutant à partir de la tour Sud.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Lundi 24 septembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 septembre 1917

1109ème et 1107ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, mais le canon n’a pas cessé de tonner à intervalles irréguliers toute la nuit. Mal dormi en somme. Ce matin une levée de scellés et inventaire, rue Libergier, 52, maison Roussillon (à vérifier), pour Thiénot, et 2 inventaires quartier Fléchambault pour Bigot. Ma journée sera occupée.

6h soir  Rien de bien saillant. Des mots de ma chère femme avec jointes 2 lettres de Jean et Robert qui peuvent être relevés de jour en jour. Jean m’annonce qu’il quitterait bientôt sa batterie, il ne sait pas pourquoi, comment, et pour aller où… Fait ma levée de scellés ce matin, été retenir un camion militaire pour transporter les livres de mon vieil ami Bossu. C’est chose entendue pour le samedi 27 octobre prochain 7h matin. Je lui écris pour l’en prévenir.

Rencontré abbé Compas, Divoir, Camu. Causé un instant. Vu ensuite Touyard au Palais pour le prévenir du déménagement Bossu. Rentré chez moi où j’avais de l’ouvrage, écrit quelques lettres, et puis vers 5h des bombes se mettent à siffler au-dessus de moi. Je suis tout impressionné, et presque tremblant. Cela va cependant plus loin, mais depuis ma dernière secousse je ne suis plus rassuré… Mon cœur se serre et je souffre réellement. J’ai hâte que cela cesse, et aussi d’aller un peu à St Martin me reposer, me remettre. Je ne suis plus fort, un rien m’émotionne et m’abat.

7h1/2 soir  Le canon n’a pas cessé de tonner, soit du côté des nôtres, soit des obus allemands et relativement assez près. Leur sifflement m’a tenu en éveil tout le temps de mon dîner, et j’ai mangé en hâte et fini mon dessert debout, mon masque sous le bras, prêt à descendre en cave si cela se rapprochait par trop. Ma vieille Lise est assez émotionnée, aussi je lui dis de venir s’asseoir auprès de moi. Nous serons moins seuls. On ne peut se faire à cette musique ! Et quand donc ce sera-t-il fini ?! Au contraire je crois qu’on s’en impressionne plus qu’au commencement !! On n’est plus fort, on ne résiste plus autant, on est affaibli par 38 mois de martyre. Et mon Dieu ! malgré moi, dès que le calme est le silence se fait, dès que la rafale est passée, on se reprend, on revit, on ressent un sentiment de sécurité, de bien-être, qu’on ne peut analyser, décrire… Quelles singulières impressions aurais-je ressenti durant cette période terrible, quels sentiments aurais-je ressenti, que de pensées vous assaillent durant ces moments tragiques où l’on est suspendu au…  souffle de l’obus qui vous arrive !! Quelle sensations, quelle métronisation presque, on a comme un sentiment de lévitation ! on se sent soulevé du sol. Pour où aller, Mon Dieu ?!… Retomber dans ces angoisses… Je ne comprends pas que durant ces secondes d’attente…  de mort entre le 1er sifflement lointain perçu (même le coup du départ avant), et l’éclatement de l’obus, je ne comprends pas que notre cœur ne s’arrête tout net, et que nous ne mourrions pas immédiatement. Pardon d’analyser ainsi notre pauvre existence, mais je voudrais non pas faire ressentir à ceux qui me liront ces notes, les liront peut-être plus tard au calme et en toute sécurité…  mais faire comprendre, saisir mes sensations, mes impressions… !!……………………………………………… indescriptibles, inanalysables, insensationnelles pour qui ne les a pas vécues.

Heures, minutes, instants terribles, entre la vie et la mort toujours suspendue sur votre tête. Heures inoubliables, mais combien lugubres, tristes, désolantes… Tout vibre en vous, tout s’extériorise, s’éthérise presque. Vous vivez un monde en un millionième de seconde !! et tout cela au détriment de votre pauvre carcasse, qui se tasse, se plie, se courbe, se désagrège déjà avant la pulvérisation de la tombe. L’âme seule survit sur cette pauvre ruine, avec sa volonté, son vouloir de faire son devoir jusqu’au bout, jusqu’à la délivrance, jusqu’à la victoire finale !

8h soir  Dois-je me coucher ? Dois-je attendre encore si une nouvelle bourrasque se déchaine ? Que faire ? Après tout on est tué aussi bien dans son lit qu’à sa table de travail. Donc Bonsoir ! à toute la compagnie ! comme on dit si savoureusement dans ma chère Champagne Pouilleuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 24 – + 10°. Nuit assez bruyante autour de Reims : canons, mi­trailleuses, fusils très fréquemment entre tranchées adverses. Visite de M. Dage et de Mme Pommery. Aéroplanes allemands et français : tir contre eux. 6 h. 45 canons français très voisins de nous. Tir répété ; riposte alle­mande. Pendant le souper, obus sur le Lycée, rue Chanzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Lundi 24 septembre

Les Allemands ont attaqué de nouveau après un violent bombardement, nos positions de la région de Maisons-de-Champagne. Nos feux ont brisé l’attaque avant qu’elle est pu aborder nos lignes. La lutte d’artillerie a été vive dans la région des Monts. Un coup de main ennemi vers le mont Haut, n’a donné aucun résultat. Nous avons pénétré dans les lignes allemandes au sud de Vaudesincourt et opéré des destructions importantes.
En Woëvre, une tentative allemande sur nos tranchées, entre Fay et Regnéville, a également échoué. Nous avons fait des prisonniers.
Les troupes britanniques ont exécuté avec succès un coup de main au nord-est de Gouzeaucourt. Elles ont infligé de sérieuses pertes à l’ennemi.
Canonnade dans le secteur d’Ypres.
En Macédoine, la lutte d’artillerie se poursuit sur le Vardar. Des coups de main des Bulgares ont été repoussés, notamment dans le secteur italien. Un détachement français a accompli un raid heureux en contact avec les contingents albanais d’Essad pacha, dans la vallée de Skumbi. Il a fait 442 prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 14 juillet 1917

Paul Hess

14 juillet 1917 – Bombardement terrible, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – + 16°. Nuit tranquille à partir de 11 h. soir. 6 h. 30, bombes sifflent ; des éclats tombent aux environs de nous pendant ma messe et mon action de grâces. Très violent bombardement près de chez nous. Les éclats pleuvent. Avions, tir contre eux. A la Visitation, vers 8 h., un obus défonce la porte, démolit le toit du parloir ; renverse et couvre de plâtras deux Sœurs et M. Lecomte, qui portait en main son déjeuner, ils se croient réciproque­ment tués. Pas de mal grave : des égratignures, pas d’autre mal pour les personnes. 4 obus dans le couvent. Trois incendies en ville ; blessés, rue Hincmar, rue Chanzy, rue des Capucins. De 6 h. 1/2 à huit sur le Faubourg de Laon. C’est un bombardement au hasard sur la ville. Et dire qu’on avoue n’y pouvoir rien(1) ! Quelle humiliation ! Après-midi, long et violent combat à l’est, au sud-est de Reims. En ville, canonnade presque continuelle de part et d’autre. Dégâts effroyables rue Vauthier Le Noir, rue de l’Univer­sité, au Séminaire, au Lycée, rue encombrée de débris. Le soir de 9 h. à 16 h., bombardement violent. Pendant la prière, éclats tombent dans la cour et sur les toits. A partir de 10 ou 11 h. fini pour la ville. La nuit projections direc­tion de Nogent sur la ville. Éclairs de canons. A 3 h., orage peu considéra­ble. Ravages au Boulevard Gerbert : 2000 obus (communiqué officiel).

(1) Rare réaction coléreuse du Cardinal devant l’impuissance reconnue par notre armée à faire cesser les bombardements de Reims.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Boulevards Gerbert et Victor Hugo


Samedi 14 juillet

Lutte assez vive en Champagne et sur le front de l’Aisne dans le secteur du moulin de Laffaux. Des attaques ennemies au sud de Juvincourt ont été aisément repoussées.
Sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de la cote 304 et au nord de l’ouvrage d’Hardaumont, après un violent bombardement, les Allemands ont tenté plusieurs coups de main dont aucun n’a réussi.
Sur le front britannique, le feu de l’artillerie allemande, qui avait atteint une extrême intensité près de Nieuport, est en décroissance. L’artillerie anglaise continue à montrer de l’activité. A la suite d’une attaque ennemie exécutée sur un front de 800 mètres environ, plusieurs postes avancés anglais à l’est de Monchy-le-Preux ont dû rétrograder légèrement.
Échec d’une tentative allemande au nord-ouest de Lens. Échec d’un autre raid allemand près de Lombaertzyde. Combat sur le front belge vers la route de Dixmude à Woumer. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses.
Les Italiens ont infligé un échec aux Autrichiens, dans la vallée de Travignolo, à la deuxième cime du Colbricone.
En Macédoine, l’aviation britannique a bombardé la station de Dangista, à 20 kilomètres à l’est de Sérès.
Combats de patrouilles et canonnades sur le front du Vardar.
L’offensive russe a continué sur le Dniester et la Lomnitza. Après un combat acharné et sanglant, l’ennemi a été chassé de la ville de Kalusz.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

 

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Lundi 28 mai 1917

Louis Guédet

Lundi 28 mai 1917

989ème et 987ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps. Je pars à Rilly à 8h, par Cormontreuil, Varsovie (ferme de Varsovie), Mont Ferré, Moulin de Montbré et Rilly. Des canons, des tranchées, des tombes le long de la route. Arrivé là je trouve Maurice Lepitre, sa jeune femme et Edith Lepitre (Maurice Lepitre (né en 1877), son épouse, née Hélène Louise Juget (1882-1966) et leur fille Edith (1910-1985) qui épousera Henri Le Bourgeois), charmants, très sensibles à mon empressement à venir pour le affaire de Son (succession). Rilly est comblé de troupes. Nous déjeunons, causons, causons, causons, il y avait 3 ans presque que nous nous étions vus, la dernière fois le 23 juillet 1914, à l’enterrement de M. Lepitre Père !!! Tous comme moi en ont assez ! et même état d’esprit à l’égard des officiers, quels qu’ils soient, et même mauvaise impression que moi-même !! Maurice Lepitre me dit (ce que je savais déjà) que les troupes en ont assez et sont très montées contre tous ces officiers incapables et noceurs. Il est aussi convaincu qu’après la Guerre on le leur fera sentir cruellement.

Ils me contaient qu’ils avaient eu pendant plusieurs mois chez eux à Rilly le Général Mazel, commandant la Vème Armée (une vieille connaissance à moi !!) et certes leur impression à son endroit était plutôt désastreuse !! sans compter ses caprices sardanapalesques (vie luxueuse et débauchée) et digne des rois fainéants…  un exemple du Sire entre cent. Dans le jardin des Lepitre il y a un bassin avec jet d’eau où, (lorsque ce galonnard était là) une malintentionnée grenouille avait élu domicile et avait l’impudence de chanter à la lune et de troubler le sommeil du (rayé). Savez-vous ce qu’il a trouvé ? Eh bien ! à l’exemple d’un roi ou satrape célèbre dans l’antiquité, et dont tous avons appris les excentricités au collège, il faisait battre l’eau du bassin par un soldat pour empêcher de chanter la malheureuse grenouille. Mais comme la damoiselle continuait à croasser, il eut l’idée lumineuse de faire vider par le susdit soldat le bassin, qui mis à sec força la grenouille à choisir un domicile plus humide et convenable à son tempérament aquatique. Plus de chanson. Le général Mazel exulta et put dormir tranquille… !! au bout de quelques jours, le hanneton ou l’araignée qui habitait dans la sa cervelle, découvrit que puisque la grenouille avait fui, on pouvait remplir le bassin d’eau, ce qui était plus charmant à l’œil. Qui fut dit fut fait, mais la satanée grenouille sentant…  l’eau fraîche, revint rejoindre son ancien domicile, et se remit à…  chanter !! Colère du satrape !…  et regaulage de l’eau du bassin par le pauvre soldat, qui mélancoliquement disait aux maîtres de céans, tout en gaulant sa grenouille : « Je ne me doutais guère que mes parents m’avaient fait faire toutes mes études, et même ma licence en droit pour aboutir à ces nobles fonctions que j’exerce en ce moment : battre l’eau avec une perche pour empêcher de croasser aux grenouilles de venir de croasser pour permettre à mon Général d’Armée de dormir en paix. Vraiment, ils auraient pu employer mieux leur argent !!… » Et voilà comment au XXème siècle un Général d’Armée qui fait tuer chaque jour des centaines et des milliers d’hommes emploie ceux-ci à satisfaire ses…  imbécilités ses excentricités dignes d’un tyran de l’antiquité !!

Hier soir j’ai eu 54 ans !! Triste et douloureux anniversaire, qui en guise de cloche de joyeux anniversaire, avait  le glas du canon ennemi pour sonnerie de gai événement…  seul…  loin de tous mes aimés. Je suis entré dans ma 55ème année au son du canon et du sifflement des obus fusants, incendiaires, lacrymogènes ennemis !! Du jardin sur une terrasse j’ai contemplé à la jumelle le Mont Haut, Mont Cornillet, Nogent, etc…  tout blancs tout bouleversés, et dans tout ce désert de grandes fumées s’levant au loin. C’était la bataille que je voyais, bataille que j’entends depuis 33 mois !! Cela tombait surtout sur Puisieulx, Sillery, Mont Cornillet, Mont Haut.

Je quitte mes amis vers 5h1/2 et rentre à Reims vers 6h3/4. Rilly n’a pas souffert du bombardement. Quelques murs crevés, quelques toitures enfoncées, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mai 1917 — Bombardement, ainsi que chaque jour.

– A 16 h 1/2, après avoir profité de la liberté de ce lundi de Pentecôte, pour mettre en ordre différentes choses dans l’immeu­ble de mon beau-frère, rue du Cloître 10, je pense à sortir quel­ques minutes, si possible, pour faire une courte promenade.

A l’instant précis où je fermais la porte de la maison, un obus venant soudain au-dessus de moi, éclate sur sa corniche, me clouant sur place. C’était un 88 autrichien.

Avec d’autres obus, on n’a déjà généralement pas le temps de se garer, mais avec ces maudits projectiles, que l’ennemi nous envoie depuis quelque temps et que nous connaissons malheureu­sement trop bien, cela devient absolument impossible, car on en­tend en même temps le coup du départ, le sifflement et l’explosion d’arrivée ; on serait tué sans avoir eu le temps de s’apercevoir du danger.

Je venais d’allumer avec plaisir un cigare, rapporté dernière­ment d’Épernay, où j’étais allé en congé quelques jours ; je conti­nue à le fumer tout de même, non sans une certaine émotion, car il est bien évident que je viens, encore une fois de l’échapper belle, avant d’aller prendre un peu l’air, au dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 28 – + 15°. Toute la nuit combat à Test. A 5 h. quelques bombes ; Vers 1 h. 45, quelques bombes très fortes et très près de nous. J’ai tremblé pour la Cathédrale. Visite rue Chanzy où est tombé un obus. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 mai

Une tentative des Allemands sur nos tranchées, au nord du moulin de Laffaux, a échoué sous nos feux. Dans ce secteur, ainsi que sur le plateau de Californie et dans la région des crêtes au sud de Nauroy et de Moronvilliers, la lutte d’artillerie a été assez violente au cours de la nuit.
Une attaqne locale a permis aux Anglais d’effectuer une nouvelle progression vers Fontaines-les-Croisilles. Des engagements de patrouilles vers le Cojeul, leur ont valu un certain nombre de prisonniers.
Ils ont abattu trois avions allemands en combat aérien, huit autres avions ont été contraints d’atterrir, désemparés. Quatre avions anglais ne sont pas rentrés.
Les Italiens ont continué leur progression sur le Carso en s’emparant de nouveaux points fortifiés. Ils ont fait des prisonniers en plusieurs endroits: 1150 au total.
Le général américain Pershing a fait un discours éloquent pour affirmer que ses troupes viendraient prochainement collaborer à la libération du front occidental.
On dément officiellement à Vienne que l’archiduc Joseph doive succéder à M. Tisza à la tête du cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 14 mai 1917

Cardinal Luçon

Lundi 14 – + 18°. A4 h. matin, bombes. A 8 h., visite des rues sinistrées hier : rue Chanzy, du Couchant, Hincmar, Brûlée, et Venise. Visite au Père Desbuquois au Collège Saint-Joseph.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 14 mai

Les deux artilleries se sont montrées assez actives entre la Somme et l’Oise et sur le front de l’Aisne. L’ennemi a prononcé de violentes attaques sur le plateau de Craonne, au nord de Reims et dans la région de Maisons-de-Champagne.
Toutes les attaques ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie et ont reflué après avoir subi de lourdes pertes. Nous avons fait des prisonniers.
Dans la région de Verdun, nous avons exécuté deux coups de main qui ont parfaitement réussi et nous ont procuré un certain nombres de prisonniers.
Les Anglais on repoussé deux contre-attaques sur leurs positions de la ligne Hindenburg, à l’est de Bullecourt. De nombreux cadavres allemands sont restés devant les tranchées. Les troupes australiennes se maintiennent vaillamment dans ce secteur où, en dix jours, elles ont rejeté douze offensives. La majeure partie du village de Bullecourt, situé dans la ligne Hindenburg, est aux mains de nos alliés. Au nord de la Scarpe, ils ont occupé la partie ouest de Roeux et progressé sur le Greenland Hill en faisant des prisonniers.
Le combat d’artillerie ne cesse d’augmenter en étendue et en intensité sur le front italien, particulièrement dans la région de l’Isonzo.
Le chancelier allemand, qui était parti subitement pour Vienne, est rentré à Berlin après avoir conféré avec l’empereur d’Autriche et le ministre des Affaires étrangères, comte Czernin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 12 mai 2017

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille, sauf bombardement assez violent, et assez proche de nous, vers minuit, et une seconde fois. Visite dans les rues Thiers, du Consul, du Carrouge, etc. Dans l’après-midi, aéroplanes, bombes, ca­nons français. A 7 h., bombes violentes et sèches rue Chanzy, où un homme est déchiqueté à l’entrée de la rue du Couchant, rue du Jard, etc. Bombe chez M. Champenois ; bombes sur le Fourneau économique près de la Cha­pelle du Couchant (ancien fourneau qui avait déjà été bombardé et ne fonc­tionne plus).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 12 mai

Après un violent bombardement de la région de Cerny-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué simultanément nos positions de part et d’autre du village. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos tranchées dans le secteur est. A l’ouest, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied sur un front de 200 mètres environ dans nos éléments avancés, en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate de nos troupes. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active sur cette partie du front.
En Argonne, vers Bolante, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses et ramené des prisonniers.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Nous avons abattu cinq avions en combats aériens.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé des attaques au sud de la Souchez. Au bout de trois heures de violents combats, nos alliés ont dû abandonner une partie des positions attaquées. Ils ont repris ensuite tout le terrain perdu. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
La bataille se poursuit en Macédoine, sur les fronts français, britannique et serbe.
Canonnade sur le front italien, dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago et dans les Alpes Juliennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 22 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : ciel et plein air

22 avril 1917

Cette division, chargée d’attaquer les positions ennemies entre
les Cavaliers de Courcy et la redoute de Loivre, se heurta à une puissante contre-attaque allemande, fut mise en complète déroute et ses soldats se dispersèrent à l’arrière des lignes, jusque dans les bois d’Hermonville et de Merfy.
Ce fut la division française voisine chargée d’attaquer le fort de Brimont (photo ci-dessous) qui dut se déplacer rapidement pour boucher le trou et rétablir le front. Par la suite les Russes furent regroupés au camp de La Courtine, dans la Creuse, où après un long repos, ils revinrent sur le front en avant de Mourmelon et s’y comportèrent courageusement. Un petit cimetière en témoigne entre Mourmelon et Saint-Hilaire.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 22 avril 1917

953ème et 951ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps assez élevé, mais nuageux clair. Il fait bon. Toute la nuit bataille, bombardement, on ne peut dormir que vaincu par la fatigue, on dort comme dans un cauchemar. Cela vous affaiblit beaucoup. Et parfois je me demande si je ne tomberais par manque de forces. Cette vie de cave la nuit et souvent dans la journée vous anémie extraordinairement. On n’ose même pas sortir en ville, on fait juste les courses dont on ne peut se dispenser : Poste, nourriture, c’est tout.

Ce matin été messe de paroisse à 8h1/2 du matin, rue du Couchant. Nous étions peu de monde (40), y compris les 2 chantres et l’organiste maitre de chapelle, vicaire de la Cathédrale. Le Cardinal est arrivé en camail, assisté de l’abbé Compant et l’abbé Camu Vicaire Généraux et le 2ème vicaire (le petit). L’abbé Camu, curé de la Cathédrale, tend l’aspersoir au cardinal qui asperge les fidèles. L’abbé Divoir avec un seul enfant de chœur dit la messe basse. Boudin et le valet de chambre de S.E. le Cardinal Luçon, accompagné de l’orgue tenu par le vicaire maître de chapelle chantent juste le Kyrie, le Credo, l’O Salutaris et le Salve Regina. Monseigneur Luçon donne la bénédiction pontificale à l’Ite Missa est. Voilà sous le bombardement une messe de la Cathédrale de Reims. Au prône l’abbé Divoir annonce que désormais les messes du dimanche basses (il n’y a plus de grand-messe faute de chantres et à cause des bombardements) seront dites à 6h, 6h1/2 et 7h, celle-ci paroissiale comme celle de tout à l’heure.

De la rue du Couchant je vais à la Poste porter mes lettres et écrire un mot à ma pauvre femme, bien seule, bien isolée maintenant ! Ses 2 ainés partis, moi absent. Quel martyre pour elle.

Je descends la rue Brûlée, remonte la rue Hincmar, et de là rue Chanzy, vers le Palais de Justice où est la Poste. Le café St Denis, au coin de la rue Libergier et Chanzy est réduit en miettes, littéralement. C’est la première bombe d’hier à 7h du soir qui nous avait tant effrayés qui a fait ce beau travail. Un trou énorme barrant toute le rue Robert de Coucy. Toujours le tir sur la Cathédrale pour la démolir ! Vandales !! Au Palais rien de nouveau, je prends une des lances de la barrière de fer qui entoure le square devant l’entrée principale. Ce sera un souvenir, un obus est tombé hier bers 11h50 du matin, brisant quelques barreaux de la grille et abattant 3 des lances qui surmontaient ceux-ci, à droite en entrant, à quelques mètres de la porte d’entrée de la susdite grille. Ce n’était pas un gros obus. Je monte dans mon cabinet où j’écris quelques lignes à ma chère Madeleine !!! Je poste mes lettres à la Poste et redescends la rue de Vesle jusqu’à la rue des Capucins. Là, chez Brunet, le ferblantier, une bombe qui a rasé la maison, en face de l’épicerie Robert, commissariat de Police du 1er canton. Il parait qu’il en est tombé aussi une sur la rue Clovis, qui a fait un trou énorme. Toujours le même tir, absolument dans l’axe de la Cathédrale, ou trop court ou trop long. La basilique en aurait encore reçu cette nuit et hier soir 3 ou 4. Dieu permettra-t-il cette destruction ?!! Qu’il fasse donc un miracle et nous délivre bientôt, tout de suite de ces Sauvages. Ce sont des bêtes enragées, ce ne sont plus des hommes. Qu’on détruise donc la Race pour toujours…  Le bombardement recommence, il est 10h1/2 du matin.

11h20  Les obus rapprochent. Je descends à la cave, c’est extraordinaire ce que je deviens craintif. Est-ce affaiblissement ? ou manque de courage ?

11h1/2  Ce n’est qu’une alerte. Tout à l’heure j’ai été faire le tour du jardin, mais je n’ai pas le courage d’aller jusqu’au bout. Trop inquiet que je suis à chaque sifflement. Cueilli quelques violettes. Et rentré pour descendre ici, où mes braves Parques m’ont installé une table ou je puis écrire plus facilement. Juge de Paix de Reims et notaire de Reims travaillant dans sa cave, ce serait une photographie à faire !

4h1/2 soir  A 1h20 je n’y tenais plus et je suis sorti. Où aller ? L’idée me vient d’aller voir mon vieux clerc le papa Millet. Je passe rue Clovis où je vois le trou formidable fait par l’obus tombé devant chez Senot (André Senot, quincaillier (1884-1976)). Un ancien clerc de Valentin, notaire, qui travaille maintenant chez Redout sort de chez lui, en face de ce trou, et me dit qu’il a eu une belle peur : il me conte qu’il a 8 ou 10 pavés de la rue qui ont été projetés sur son toit, tellement l’explosion a eu de force.

Je descends la rue de Vesle, rue Polonceau et le petit chemin de toue qui tombe rue Dallier. Là je rencontre le Général Cadoux, nous causons de choses et d’autres, il me parait pas très rassuré sur le résultat de notre Grrrrande offensive ! Ah ! non ! il n’est pas encourageant ni réconfortant. Il est resté toujours chez Neuville avec Lallier et Cornet. Je passe rue Souyn où je trouve M. Millet et sa femme, il est un peu enrhumé et las de la vie qu’il mène. Tous deux couchent aux caves Brissart, ils passent la journée chez eux. Comme je sortais de chez eux, une première bombe arrive vers la Porte de Paris. J’en profite pour filer rue de Courlancy et voir la Supérieure des Religieuses à l’Hôtel-Dieu de Reims, à Roederer. J’attends là en causant avec elle la fin du bombardement. Elle aussi est comme moi et nous tous, elle est lasse. Du moins leur quartier est fort tranquille, ce n’est pas comme ici. Je la quitte à 3h1/4 et revient par la rue du Pont-Neuf, et l’allée des beaux ormes et tilleuls entre Vesle et canal, dite l’allée des Tilleuls. Il fait assez vif, le vent est tourné à l’Est. A 4h j’étais à la maison, pour descendre à la cave où je suis encore.

3 ou 4 obus tombent très près. Et comme toujours Lise ne descend pas. Elle est à battre cette vieille entêtée. Quel mulet ! Je ressens toujours beaucoup de lassitude, pourvu que je ne succombe pas à la fatigue, à l’émotion de cette vie et l’affaissement moral. Mon Dieu ! faites donc que notre délivrance arrive de suite. Nous n’en pouvons plus !… Je n’en puis plus. Nous avons suffisamment assez soufferts pour que nous ayons enfin la tranquillité et le bonheur de reprendre une vie normale.

4h40  Nous remontons, encore un orage de passé, il était bien près.

8h1/2 soir  Le calme à partir de 6h, mais dire quel tintamarre depuis hier soir. Canonnade, fusillade, mitrailleuses, obus sifflant continuellement, éclatant, aéroplanes, etc…  On en est assourdi, assommé, abruti. On est dans un cauchemar habituel. Et puis c’est à peine si on peut sortir, on devient enragé de sortir à la fin. Tout cela vous use, vous éreinte, on ne désire qu’une chose, c’est de voir la fin de cet enfer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 22 avril 1917 – le vicaire général Compant, notre compagnon d’abri, célèbre la messe dans la cave de mon beau-frère, à 6 h 3/4. Nous sommes cinq assistants, voisinant là en réfugiés, y compris le fils Pailloux, qui fait office de servant.

Aussitôt, je me rends à l’hôtel de ville, où je pourrai au moins avoir de l’eau pour ma toilette, à laquelle il me faut procéder en me hâtant, dans le bureau que nous avons abandonné hier, car le bombardement pour ainsi dire ininterrompu maintenant, nuit et jour, se rapproche de plus en plus jusqu’au moment où il m’oblige à déguerpir pour filer à la cave, un premier obus bientôt suivi d’autres, venant de faire explosion sur la place.

—  Au cours de l’après-midi, fort bombardement et toujours 305 sur la cathédrale qui, depuis deux jours encore, a subi de nouveaux dégâts très importants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille autour de nous. De 2 à 3 h. bombarde­ment de la ville (nuit). + 4°. A 2 h. après-midi, bombardement (de 2 h. à 3 h.) sur la ville ; + 4°. A 2 h. 15, bombardement de la Cathédrale par obus de gros calibre. A 9 h. soir, bombardement (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 22 avril

Entre Somme et Oise, actions violentes des deux artilleries, notamment dans la région au sud de Saint-Quentin.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons poursuivi nos progrès sur le plateau au nord de Sancy. Une lutte à la grenade nous a permis de gagner du terrain dans le secteur de Hurtebise. Par quatre fois, nos tirs de barrage ont brisé des tentatives faites par l’ennemi pour déboucher des tranchées au nord de Braye-en-Laonnois.

Canonnades assez vives dans la région de Reims et en Champagne.

Du 9 au 20 avril, le chiffre des prisonniers allemands faits par les troupes franco-britanniques dépasse 33000. Le nombre des canons capturés est de 330.

Les Anglais se sont emparés de Gonnelieu, à l’alignement des positions qu’ils tiennent plus au sud. Un parti ennemi, qui tentait de pénétrer dans leurs tranchées près de Fauquissart, a été repoussé.

Les armées britanniques ont également remporté des succès en Mésopotamie, près de Samarra, où le général Maude a fait plus de 1200 prisonniers, et aux abords de Gaza.

Le cabinet portugais, présidé par M. d’Almeida, a démissionné.

Les grèves se multiplient en Allemagne dans les usines de munitions, à Berlin, Essen, Nuremberg, Magdebourg, etc.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 12 mars 1917

Cardinal Luçon

Lundi 12 – A 6 h. + 9°. Neige disparue sans pluie. Nuit tranquille ; 10 h. à 10 h. 1/2, bombes allemandes par rafales sur nos batteries. Visite du Général du Plessis. Nuit très agitée du côté allemand. A partir de minuit, bombes sifflantes lancées à intervalles réguliers et très rapprochés jusqu’à 7 h. 15 du matin, probablement contre la relève de nos divisions. Celle du Général du Plessis partant, celle du Général Lanquetot revenant. A 6 h. soir, une bombe est tombée rue Chanzy : 2 tués, un blessé, ambulance Cana. 5 obus, parc de Muire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

CPA : Rue Chanzy

Rue Chanzy


Lundi 12 mars

 

Dans la région de Nouvron, au nord de l’Aisne, grande activité des deux artilleries. Une tentative de coup de main sur un saillant de nos lignes, au nord-ouest de Reims, a été arrêtée net par nos feux et a coûté des pertes à l’ennemi.

Sur la rive droite de la Meuse, une autre tentative de l’ennemi dans la région de Bezonvaux a complètement échoué. Sur la rive gauche, nous avons exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de Forges. Un dépôt de munitions a explosé.

Canonnade intermittente sur le reste du front, plus vive dans les secteurs de Maisons-de-Champagne et de Navarin.

Un avion allemand a jeté des bombes sur Belfort. Ni pertes ni dégâts.

Le nombre des prisonniers faits par les Anglais au cours des opérations qui ont abouti à la prise d’Irles monte à 292, dont 3 officiers.

Deux détachements qui se formaient en vue d’attaque, à l’ouest et à l’est de l’Ancre, ont été pris sous nos feux d’artillerie avant que leur mouvement ait pu se développer.

Canonnade dans les régions de la Somme et de l’Ancre, au sud d’Arras et dans les secteurs d’Armentières et d’Ypres.

Les Anglo-Indiens sont entrés dans la ville de Bagdad après avoir infligé un échec sanglant aux Turcs.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 15 février 1917

Louis Guédet

Jeudi 15 février 1917

887ème et 885ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours même température, avec dégel progressif lent. Beau temps, beau soleil. Il gèle encore cependant toutes les nuits. Rien de bien saillant, le calme…  Testament à faire à l’Hôpital Noël-Caqué rue Chanzy, 88, (ancien St Marcoul) vers le début de l’après-midi. La malheureuse testataire en a pour peu de jours. Cela vous embrume toujours l’âme ces séances. En sortant de là pour secouer ma mélancolie couru un peu les rues, causé avec l’un ou l’autre puis rentré à ma tâche. Bref journée falote.

7h25 soir  Comme je finissais de dîner, un sifflement bref, le coup de départ et l’éclatement !!  tout près. Je sursaute, tout tremble. Est-ce que c’est le commencement d’une séance !! Personne de la maison ne bouge. Ni Jacques, ni Adèle ne montent ou crient, donc ce n’est pas « chez nous ». Ceci n’empêche que je me tiens sur mes gardes ! Mais à quoi bon ? quoique je fasse, si un obus arrivait ici, ce serait la mort !! Quelle impression immédiate, on revit en un éclair les angoisses, les affres, déjà vécues et passées ! Une foule de pensées et de scènes se développent dans un éclair de l’intelligence. Tout y passe, souffrances, douleurs, larmes, angoisses, tortures, anéantissement, impuissance contre le fait brutal, indifférence maladive presque…  peu d’éclaircies gaies ou drôles… hélas nous ne cessons de vivre dans les ruines, les larmes et le sang !! Comment trouver sur le chemin de notre calvaire de 30 mois un rayon de joie, de bonheur, de quiétude même ?

Et cependant tout à l’heure aussitôt le coup, je revis en pensée une scène drôle de ma jeune enfance en 1875 ou 1876, que c’est loin ! pourquoi ceci, celle-ci plutôt que cela, celle-là ? Je ne puis le dire, mystère de l’Intelligence et de l’âme humaine, psychie ou télépathie, je ne sais. Bref je revis cette scène dans la cour de mon vieux collège de St Étienne à Châlons-sur-Marne où est en ce moment mon André en 3ème latine, qui venait d’être fondé (car notre cour de récréation était un jardin) dans les anciens locaux de la maison Jacquesson et Fils Champagne. Dans la cour, dis-je, se trouvait un très vieil acacia quasi-centenaire, encore vigoureux mais fendu de-ci de-là à sa base…  fentes et crevasses augmentées par nous à coups de canifs ou de couteaux. Or c’était la fête de notre vénérable Supérieur, l’abbé Eugène Patoux. Donc la mémoire se précise, 13 juillet 1875, on nous avait permis de tirer des pétards, des fusées et des grenades. Oh ! grenades bien innocentes à 10 centimes la douzaine !! et pour que nos pétards…  « pètent » plus fort, nous les fixions dans les fentes ancestrales du fameux tilleul, çà claquait plus fort, mais d’autres…  « vexaient », et la charge, au lieu de partir dehors, se développait dans les fentes de l’arbre dont l’intérieur n’était que bois vétuste, amadou…  A force de…  ratés…  un incendie se déclara dans le fameux acacia qui avait bien 1m50 de diamètre !! Affolement…  on mobilise seaux et brocs, on arrose le pied de l’arbre, mais il fumait toujours par la cime. Après une grande conférence la Supérieure décida de conjurer le fléau à l’intérieur, et Sœur Marie, qui existe toujours et est toujours dans le collège, arriva gravement accompagnée du « Surpin » (Surveillant Principal) avec un clysopompe (pompe à lavements)…  introduisit la…  canule au bon endroit et lâcha tout…  mais le clystère (le lavement) fut impuissant…  enfin on recouru aux pompiers et arriva la pompe (sérieuse celle-là) et les pompiers, mais on manquait de bras, vous pensez si les volontaires ne manquèrent pas, c’était une joie pour nous de…  pomper, mais l’un de nous, Lagnier, ne se trouvant sans doute pas harnaché suffisamment, s’était éclipsé, nous revenait quelques minutes après, éperons aux talons et cravache au poing !!! Vous dire l’hilarité qu’il provoqua je ne puis vous la décrire, mais la Mère Supérieure en lâcha son clysopompe ! Et voilà ce qu’une bombe envoyée par les Vandales du XXème siècle en l’an de grâce 1917, 15 février à 7h35 du soir vers la rue du Jard, vient de remémorer et de cinématographier dans mon esprit !!…  dans l’esprit d’un juge de Paix de Guerre !!… Conclusion pratique, le temps que je viens d’écrire a vu s’écouler presqu’une heure, il est 8h35…  que faire, sinon se coucher…  car la fameuse bombe n’aura été qu’une…  alerte…

J’oubliais de dire la fin du drame !! tragi-comique. Le pauvre acacia fut tellement arrosé qu’il en mourut. Les mauvaises langues vous diront que ce fut de vieillesse plutôt que du fait des joyeux collégiens de l’an 1875. En tout cas nous avions longtemps des morceaux de son écorce dans nos poches, nos pupitres où à nos moments…  perdus !! nous taillions dans cette matière tendre barques, galères et trirèmes qu’enfantait nos jeunes imaginations Virgiliennes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

15 février 1917 – Arrivée dans notre ville, de la 37e Division d’infanterie (troupes d’Afrique — zouaves et tirailleurs). Une autre Division, la 14e, occupe déjà Reims où elle a relevé la 151e, celle-ci avait succédé aux 67e, 30e et 52e, qui s’étaient remplacées l’une l’autre. (La 52e Division, après avoir séjourné à Reims, une première fois pendant seize mois, était revenue en 1916).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – – 3°. Nuit assez tranquille en ville ; canonnade au loin. Aéroplanes : tirs contre eux. Forte canonnade à l’Est vers 3 h. Note du F. Ricard, réponse. Quelques bombes sifflantes, à 6 h tombent pas loin de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 février

A l’est de Reims, nous avons réussi un coup de main dans le secteur de Prosnes. Activité des deux artilleries dans les régions de Maisons-de-Champagne et de Saint-Hilaire, ainsi que sur la rive gauche de la Meuse, dans le secteur cote 304-Mort-Homme.

En Woëvre, nos batteries ont exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies au nord de Flirey.

Des avions allemands ont jeté des bombes dans la région de Dunkerque. Il y a plusieurs tués et blessés. Nancy a été également bombardée par avions. Pas de victimes. Nos escadrilles ont jeté des bombes sur les terrains d’aviation d’Etreillers (Aisne) et de Saucourt (Somme), sur les gares d’Athies, Hombleux, Voyennes, Curchy, Saint-Quentin, Ham et sur les usines à l’est de Tergnier.

Échec d’une attaque allemande sur le front belge (Pervyse).

Les Anglais ont pris un point d’appui au sud-est de Grandcourt. Un autre raid a été exécuté avec succès au nord-est d’Arras ; 40 prisonniers ont été faits. Autres raids encore au nord de la Somme et au nord-est d’Ypres. Échec d’attaques allemandes à l’est d’Armentières et au sud de Messines. Nos alliés ont fait exploser trois dépôts de munitions près d’Armentières.

En Macédoine, les Allemands ont donné assaut, avec des forces importantes, à la cote 1050, à l’est de Pavlovo. Ils ont d’abord pris pied dans des tranchées de première ligne, mais une contre-attaque italienne les a refoulés.

La flotte anglaise a bombardé Nechori.

Brillante contre-offensive russe en Bukovine.

Échec autrichien au nord de Gorizia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Prosnes

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Mercredi 12 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 juillet 1916

669ème et 667ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit pénible, hier soir comme je lisais tranquillement dans mon lit à 9h55, un hurlement, un sifflement de sirène, un obus éclate, débris, plâtras, pierres, etc…  retombant sur le toit. Paré encore un ! Heureusement rien dans la maison. Habillement Loty (à vérifier). Descente à la cave. Cela siffle et éclate un peu partout. Ce sont de vrais morceaux de 150 pour le moins. Incendie rue Chanzy au 98 chez les Sœurs de l’Espérance. Bref nous restons en cave jusqu’à minuit. Notre canon a tonné formidablement. Je me couche à moitié habillé, brisé. Je dors mal et me réveille le matin brisé.

Il y a de nombreuses victimes aux alentours. Aux Longuaux (Parisiens (cantonnement de soldats)) 7 ou 8 tués, 3/4 blessés, chez Dorigny, chaussée du Port (boulevard Paul-Doumer depuis 1932) 1 tué, 3 blessés et tout à l’avenant dans toute la Ville. Tir rectiligne comme un barrage, de la rue Jeanne d’Arc à la rue de Venise en passant rue Clovis. Toutes les bombes sont tombées entre ces rues et la rue des Capucins et la rue Chanzy. Rue St Symphorien une pauvre fille Melle Gobinet assise sur le lit de sa mère âgée de 95 ans est tuée avec la bombe et la bonne vieille n’a rien !!

Journée de fatigue et un peu « d’hébétitude » suite au bombardement. Il parait que nous avons pris un petit poste vers Linguet Cernay. Je…

Le bas de la page a été découpé.

Couru toute l’après-midi pour des courses. Vu aux hospices civils Camille Lenoir notre député qui m’a dit qu’il avait fait mon éloge dernièrement à Paris dans une réunion de…  Marnais…  En tout cas je lui ai répondu que j’étais heureux d’avoir été utile ici si on le croyait.

Vu Marcel Heidsieck, et rentré à 8h1/2 du soir éreinté. Demain ouverture du 50ème et quelque coffre-fort, et après-demain 14 juillet on fait le pont !! du vendredi au samedi ! Voilà donc 3 jours bien longs à passer ! Pourvu que les allemands nous laissent tranquille ! Que je suis las !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Journée assez tranquille. Projet de voyage à Paris. Le médecin déclare qu’il ne peut me guérir. Il conseille l’électricité qu’on ne peut m’appliquer à Reims, et veut m’envoyer à Paris. Tout le monde de la maison se joint à lui pour m’amener à consentir : par déférence je finis par céder. Gros sacrifice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 juillet

Notre front, sur les deux rives de la Somme, a été calme. Le chiffre de nos prisonniers, au cours des deux derniers jours, est monté à 1300.
Activité d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Sur la rive droite, les Allemands, après avoir encore intensifié leur bombardement, ont donné une série d’assauts à nos lignes. Plusieurs fois repoussés et décimés, ils ont pris pied finalement dans la batterie de Damloup et dans le bois Fumin.
Un coup de main ennemi a échoué à l’ouest de Pont-à-Mousson.
En Lorraine, à l’est de Reillon, les Allemands ont pénétré sur 200 mètres dans notre première ligne. Une autre de leurs tentatives a échoué au nord-est de Vého.
Dans les Vosges, ils ont été arrêtés au sud de Lusse tandis que nous faisions une opération heureuse au nord de la Fontenelle.
Les Anglais ont attaqué et pris Contalmaison, où ils ont capturé 189 Allemands. Ils y ont aussitôt repoussé une contre-attaque. Ils ont ensuite occupé la plus grande partie du bois Mametz, où ils ont enlevé un gros obusier, 3 canons et 296 hommes.
Ils ont repris la presque totalité du bois des Trônes, en sorte que sur un front de 13 kilomètres, les positions ennemies sont tombées en leur possession. Le chiffre total des prisonniers qu’ils accusent est de 7500.
Les Autrichiens ont fait revenir des renforts dans le Trentin.
Nos escadrilles de bombardement ont jeté 220 obus sur diverses gares, notamment Ham, la Fère et Chauny.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


boisfumin

 

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ponsardin


 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Dimanche 22 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 NOVEMBRE – dimanche –

Matinée terrible. Pendant ma messe, les sifflements étaient ininterrompus…

Et quelle raison, pour justifier une semblable sauvagerie ? quelle raison militaire? La nervosité des personnes qui ont résisté jusqu’ici est à son comble… On compte plus de 20 blessés et 5 morts.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Ce matin, vers 8 h 1/4, bombardement extrêmement violent. Les obus arrivent soudain dans le quartier.

Ma femme et ma fille Madeleine se trouvent, à cette heure, dans la chapelle de la rue du Couchant : ne pouvant songer à revenir, elles veulent aller se mettre à l’abri des caves de la maison des Œuvres, rue Brûlée, mais n’y sont pas arrivées qu’une explosion se produisant à courte distance, chez le Dr Colleville, rue Chanzy, brise les vitres sur leur passage, par son déplacement d’air. D’autres obus tombent ensuite, encore rue Chanzy, puis au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard, où une maison neuve est entièrement disloquée ; il en tombe un autre, qui fait d’important dégâts et décapite une femme de service au 63 de la rue des Capucins (maison Jannelle) ; les suivants s’éloignant, vont s’éclater plus loin.

Au cours d’une rapide promenade faite l’après-midi, je vois les ravages effrayants causés par les 210, pendant le bombardement de la matinée, dans la rue de Talleyrand ; les maisons Clause n° 6 et Bellevoye, bijouterie au n° 27, sont démolies presque complètement.

Le bombardement reprend, dans la soirée, sur le faubourg de Paris. Un obus faisant explosion dans le bas de la rue de Vesle, tout près d’un groupe d’officiers d’administration, de médecins ou pharmaciens de réserve, dont plusieurs affectés à l’hôpital temporaire n°8, fonctionnant à la clinique Mencière, tue quatre de ces malheureux qui se promenaient tranquillement, sur la fin de ce dimanche ; MM. Soudain, Guyon, Mareschal, négociant en vins de champagne en notre ville, et Salaire, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers de Reims – et il en blesse trois autres : M. Barillet, grièvement et MM. Bouchette et Goderin.

On compte en ville, paraît-il, une vingtaine de blessés

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Nuit du 21-22 tranquille pour la ville. Dès le matin 8 h, canonnade violente de part et d’autre. Bombes incessantes. Une d’elles traverse une cheminée de la maison (entre mon cabinet et le grand salon) vers 10 h. Toute la journée, bataille ; aéroplanes toute l’après-midi. Bombes à 8 h du soir qui tuent M. Maréchal et trois autres officiers d’administration (un peu du côté de la Porte de Paris) ; Meru, M. le Dr Bariller er M. Bouchette. qui avaient leur bureau à Mencière.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22 – Dimanche – Forte gelée, temps clair. A 6 h matin, violente canonnade et bombardement terrible, à 7 h 1/2 matin, de nombreux obus tombent en ville jusqu’au canal, 300 obus d’après l’Éclaireur du 23. Beaucoup de monde afflue à La Haubette. Vers 9 h 1/2, un peu de calme semble-t-il, mais peut-être pas pour longtemps ; en effet, car l’après-midi, le tapage recommence moins fort que le matin cependant. Le soir à 5 h 1/2 un peu d’accalmie. A 8 heures un obus tombe sur la pharmacie, près du Pont d’Osier (train) en face de l’État-major visé depuis si longtemps, 4 officiers furent tués et d’autres blessés. Parmi les trois figure le capitaine des pompiers Salors. De ce coup, le transfert du dit État-major eut lieu tout de suite, il fut transféré tout au bout de La Haubette, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour ce quartier.

A 10 h soir, d’autres obus tombent en ville, ce qui pour la journée, toutes ces bombes ont fait des dégâts matériels considérables et de nombreuses victimes tuées ou blessées.(lel du 23 novembre*).

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

* je n’ai pas réussi à déchiffrer complètement cette petite phrase


Victimes civiles décédées ce jour à Reims

  • MARESCHAL Charles Joseph Maurice   – 44 ans, Rue de Vesle, Prénom usuel : Maurice – Mort lors du bombardement de la rue de Vesle – Négociant en vins de Champagne, Juge de commerce – Élève à Saint-Joseph Reims de 1881 à 1888, promotion 1888 (9e)
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