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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 12 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 12 avril 1917

943ème et 941ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps magnifique ce matin, il a plu et même neigé cette nuit. Bise vive et fraîche comme le 13 septembre 1914. Toujours cette obsession ! Donné mes lettres ce matin au Commissaire du 1er canton pour une automobile militaire. L’agent qui les a postées me dit que c’est remis. Ma chère femme aura ma lettre demain. M. Carret me disait qu’on lui avait dit que notre Trommelfeuer (feu d’artillerie roulant, pilonnage continu) commencerait probablement aujourd’hui vers 11h, qu’un prisonnier aurait déclaré à la Place que si nous voulions avoir des canons, nous n’avions qu’à nous dépêcher. D’autre part l’abbé Camu, que je viens de voir pour demander la messe de 7h de dimanche pour ce pauvre Jacques, me disait que le Père Cleisen (jésuite originaire d’Alsace) tenait d’un de leurs Frères attaché à l’état-major de la Division que les ordres qu’il copiait spécifiaient que l’on devait se tenir prêt à donner l’assaut samedi ou dimanche. Je pousse jusqu’à la Ville. Vu au Commissariat central pour organiser la fouille des victimes et qu’on me remit les valeurs et espèces que je ferai remettre à la Caisse des Dépôts et Consignations comme je l’ai dit plus haut. Mais ces gens-là sont annihilés, affolés. Je vois Raïssac qui m’approuve, mais me déclare que tout est désorganisé et ne peut rien faire. Je serre la main au Maire et à Houlon qui arrive. Il n’y a rien à faire avec ces gens-là ! La Mairie va s’installer dans les caves de Werlé, rue de Mars.

Bompas l’appariteur de la Chambre n’est pas encore parti. Lui aussi a été pris de panique, mais quel homme d’argent !!!! Je le croyais plus large que cela. Enfin on ne peut demander tout à un domestique, fut-il appariteur de la Chambre des notaires de Reims. Il a d’autres qualité, mais pas celle de la libéralité…  Quel pingre. Et s’il reste c’est avec l’espoir que la Chambre lui donnera de l’argent, il ne reste que pour cela.

Je passe aux Galeries Rémoises, rue de Pouilly, j’y vois Melle Claire Donneux, Bourelle, nous causons. Sont restés : ceux-ci avec Curt, Melle Lemoine et Melle Chauffert et 5/6 hommes de peine de la maison. Melle Claire m’invite à déjeuner aux Galeries Rémoises dimanche. J’accepte sous condition qu’on ne m’attendra pas.

A la Poste pas de courrier d’arrivé, j’irai ce soir si je puis. Rencontré là Villain qui est resté et installé dans la crypte, le Dr Gaube et l’ancien commis greffier Laurent. Nous causons surtout des pillages éhontés faits toujours par le 1er génie et le 410ème et 293ème de ligne. C’est une bande d’apaches approuvée par leurs (rayé) d’officiers. Ces gens-là déshonorent l’Armée et souillent leurs galons de vin et de boue. Bourelle me racontait que près des Galeries des soldats ivres avaient voulu chercher noise à 2 civils, et que ceux-ci, des « costauds », les avaient arrangés de la belle façon, à l’un ils lui ont broyé la figure à coups de talon ! Il avait voulu les larder avec son couteau de tranchée ! Des apaches !? enfin ! Je rentre à la maison vers 10h.

4h soir  Sorti à 2h par un temps frais, beau soleil. Été rue de Chativesle voir à la maison de Mme Gambart. Les voisins, M. et Mme Becquet (à vérifier) couchent à la cave et surveillent, me voilà tranquille de ce côté. Rien à la maison de Jacques, rue Jeanne d’Arc. Je vais à la Poste, Palais de Justice, prends mon courrier. J’y trouve 2 lettres du 10 de ma chère femme qui a de mes nouvelles des 8 et 9 avril. Elle se tourmente affreusement, pourvu qu’elle ne tombe pas malade. Je monte dans mon cabinet de la justice de Paix pour lui répondre, c’est ce que je ferai tous les jours maintenant, au lieu de revenir à la Maison et de reporter mes lettres soit à la Poste du Palais, ou plutôt chez M. Mazoyer, place d’Erlon, 76, qui se charge de faire mettre, par un de ses camarades mobilisé comme lui, mes lettres à la Poste, soit à Aÿ, soit à Épernay. Comme cela mes lettres arriveront dans les 2 jours, tandis que par la Poste elles mettent 4/5 jours pour arriver à destination, étant arrêtées par la censure. En descendant de la justice de Paix, je rencontre Risbourg (Amédée César Risbourg, comptable de notaire (1860-1932)), clerc de chez Mandron qui me dit que le 3ème d’artillerie lourde lui a tout pillé de ce qui lui restait d’épargné par l’incendie dans sa maison 77, boulevard Jamin (la famille reviendra habiter à cette adresse après la fin de la guerre), M. Delcroix, 69, même boulevard, me déclare que ces mêmes artilleurs du 3ème lourd lui ont pillé 400 bouteilles de Champagne, pour 400 F de conserves et tout son linge, et cela sous les yeux des officiers !

M. Rousseau, fabricant de cordes, rue Ruinart de Brimont 8 ou 10, voulant voir à sa maison, se heurte en entrant chez lui à un capitaine et à un lieutenant qui s’y étaient installés. Il veut entrer, ceux-ci le mettent à la porte en lui disant : « Vous n’êtes pas chez vous, nous sommes les maîtres ici !! » C’est parfait. Soudard !! De la boue, de la fange, que ces officiers. Ceci se passait hier 11 avril. J’écris mon rapport au Procureur de la République !

Porté ces lettres chez M. Mazoyer 76, place d’Erlon. Elles seront pour demain midi à Épernay.

Pas de journaux chez Michaud où je trouve porte close. En rentrant je rencontre Pierre Lelarge, place d’Erlon, nous causons, il me dit avoir vu du haut du campanile de l’Hôtel de Ville la bataille qui fait rage autour de Brimont. Cela lui a paru formidable, et les allemands répondent encore vigoureusement. Nous nous quittons en nous souhaitant pour bientôt la délivrance, « La Tamponne » (une cuite), dit-il en riant. Rencontré des soldats russes et français ivres. Lelarge est outré aussi des pillages ! La population est très surexcitée de cela. Je rentre et me mets à ces mots. Nos avions n’ont cessé de survoler Reims, ils sont très nombreux et très actifs. Ici hors le bruit de la Bataille nous sommes au calme, si seulement je pouvais coucher dans ma chambre. Ces nuits passées à la cave sont si pénibles. Voilà 7 nuits que je passe ainsi sans me déshabiller ! C’est fort pénible.

5h3/4  Je ressors vers 5h las de rester désœuvré, je vais jusqu’au Palais porter une lettre. Je m’informe des journaux : point. On me promet de m’en mettre un dans ma boite. Je demande à la porterie de l’Éclaireur de me procurer les numéros du petit format de ce journal qui est vendu depuis 3/4 jours. Je rencontre le Dr Gaube, nous bavardons…  pillage, il me disait qu’après m’avoir quitté ce matin il avait vu en rentrant chez lui rue Pluche, sortir de la maison incendiée de Baudot, huissier, des militaires avec des bouteilles de Champagne. Il me rapportait qu’un officier supérieur de la Place aurait répondu à un Rémois qui se plaignait à lui d’un pillage fait dans son immeuble par la troupe : « Tant qu’on ne m’aura pas assuré que le dernier Rémois a quitté la Ville, je ne croirais, alors seulement que ce sont des militaires qui vous ont pillé ! » Après cette réponse on peut tirer l’échelle.

Quand je me promène en ville je parcoure des rues entières sans rencontrer un être vivant. C’est lugubre !

9h soir  Nous nous couchons. Combat vers La Neuvillette, Champ de Courses, Bétheny, c’est un roulement continu. Je suis las ce soir. Vu au mur à réparer au 2ème jardin d’ici. On viendra demain faire une clôture en bois. Il fait froid, il pleut. On a froid partout et de partout. Autant descendre dans sa tombe chaque soir. Une fois suffirait. Quand donc pourrai-je reprendre mon lit, ma vie coutumière, vivre à la lumière.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

12 avril 1917 – Violente canonnade au cours de la nuit ; elle continue.

Bombardement sur le quartier Cemay, pendant la nuit et le faubourg de Laon, ce matin.

Des incendies qui paraissaient localisés, esplanade Cérès se sont rallumés et ont achevé de détruire la partie située entre la rue Cérès et le boulevard Lundy. Précédemment, le feu avait déjà con­sumé les maisons comprises entre la rue Rogier et l’esplanade.

Canonnade effrayante, vers 20-21 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 12 – + 2°. Nuit bruyante, mais au loin. Visite aux Halles, où je suis acclamé ; à église Saint-André, rue Cérès ; maison du Grand Colbert. Après- midi, activité très grande dans la direction de Brimont, comme dans la ma­tinée. Beaucoup de bombes lancées à Reims (sur batteries ? ou en ville ?). A partir de 9 h., jusqu’à 10 h., bombardement très violent autour et près de nous. Obligé de me lever pour aller coucher à la cave. Pluie de débris de pierres projetés sur la maison, dans la cour et le jardin, par un obus qui renverse le pignon nord de la belle cheminée de la Salle des Rois ? (Le pignon… auquel était adossé ou appliqué cette cheminée). Toute la nuit du 12 au 13, activité des artilleries adverses, mais les obus tombent loin de nous. Dix obus sont tombés autour de la basilique de Saint-Remi aujourd’hui et cette nuit (12-13).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 12 avril

Lutte d’artillerie assez active dans la région de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, l’ennemi, après un vif bombardement, a refoulé un de nos détachements au nord-est de Verneuil-sous-coucy. Nous l’avons rejeté immédiatement de nos positions par une contre-attaqne.

Activité marquée des deux artilleries dans la région de Berry-au-Bac et de la Pompelle, ainsi que divers points du front de champagne.

Au bois le Prêtre, nous avons exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations ennemies.

La neige, qui tombe en abondance, a gêné les opérations sur le front britannique. Deux contre-attaques allemandes sur les nouvelles positions de Monchy-Le-Preux ont été rejetées.

Plus au sud, quelques éléments anglais ont pénétré dans les positions allemandes vers Bulcourt et ont fait des prisonniers. Contre-attaqués par des forces importantes, ils ont du se replier. L’assaillant a subi de grosses pertes.

Canonnade dans la vallée de l’Adige, sur le front italien.

La République Argentine a approuvé l’attitude des Etats-Unis et déclaré qu’au premier bateau torpillé, elle romprait avec l’Allemagne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 3 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 3 mars 1917

903ème et 901ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense le matin, assez beau l’après-midi. Temps froid. Travaillé toute ma matinée à examiner (et noter mes rapports) tous mes dossiers d’appel de la Commission d’allocations militaires, il y en avait 65. J’étais abruti après cette séance. Dans le nombre, je crois qu’il n’y en a pas 4 qui obtiendront gain de cause. Ce sera presque tous des rejets. On ne se figure pas l’audace de ces gens-là. On leurs doit l’allocation militaire, riches ou pauvres sans distinction, avec cet état d’esprit cela fera du joli après la Guerre.

Après-midi vu à mon courrier, été à l’Hôtel de Ville pour un renseignement de Police. Porté des testaments au clerc de Montaudon que je lui abandonne quoique la légataire universelle soit ma cliente, par délicatesse et correction, étant l’administrateur de cette Étude, rue Ste Geneviève 19, et rentré chez moi pour signer une centaine d’extraits pour Jolivet, succession Marguet. Je me mets à mes notes, et après dîner je verrai mon dossier de simple police, 6 anciennes affaires et 24 nouvelles. Où sont les beaux jours d’antan quand j’en avais 280 à juger en une séance. Girardot, sombre brute doublée d’un gendarme : Pends-toi ! Et ma journée sera finie !! bien employée !

Le Président m’attend cette semaine pour me présenter au Procureur. J’irai donc déjeuner avec lui mercredi et puis je pousserai à St Martin voir mes chers aimés que je n’ai pas vu depuis 2 longs mois. Ma domestique va mieux. Je l’ai secouée et çà a réussi, c’est ma « moularde ».

Hier de Bruignac nous en comptait de bien bonnes comme nous parlions de la bêtise et des énormités commises par les Gendarmes officiers ou simples pandores et des galonnards.

Un jour le Cardinal Luçon allait à Ville-Dommange. A la sortie de Reims, Pont de Muire, un gendarme examine son passeport et celui de son vicaire Général. Il tourne et retourne celui de Son Éminence, et d’un ton doctoral en lui rendant : « C’est bien, passez, mais une autre fois vous ferez mettre votre profession !! » dit-il au Cardinal !!

Une autre fois, avec de Bruignac, l’abbé Camu et Madame de Bruignac allaient à Fismes. En toute vers Jonchery, c’est un douanier monumental qui les arrête et examine les passeports, prenant celui de Mgr Luçon, il lit attentivement le signalement, et se tournant vers de Bruignac : « C’est vous qui êtes le Cardinal Luçon ?! » Tête des voyageurs et Son Éminence en a bien ri.

Au moment on empêchait de rentrer à Reims les voyageurs venant de Dormans. A  cette station le gendarme qui visait le passeport de de Bruignac le prévient qu’il y a des chances qu’on ne lui permette pas de passer à Pargny, de Bruignac de répondre : « Nous verrons bien ! » Il était accompagné de sa femme et d’une autre dame. Arrivé à Pargny en effet on lui signifie qu’il n’ira pas plus loin. Après un tas d’allées et venues et de pourparlers il demande à voir le Commandant de Place de Pargny qui était une vielle baderne de colonel de chasseurs à cheval. On cherche à l’en dissuader, lui disant qu’il allait être bien arrangé par cet original. Il insiste et se présente au Cerbère. Refus péremptoire, cris, tempête, enfin la brute égosillée laisse causer de Bruignac, l’écoute et lui répète : « Vous ne pouvez pas, c’est l’ordre, c’est la consigne. Personne ne peut rentrer à Reims avec un laissez-passer !! Mais si je ne puis vous permettre de rentrer à Reims, je puis, du moins, vous donner l’ordre de vous y rendre !! » Ce colonel était un comique ! de Bruignac lui répondit que peu lui importe la façon dont on le laissera rentrer à Reims, pourvu qu’il y rentre avec sa femme et l’autre dame. Le colonel de lever les bras. « Çà, c’est impossible !! Pas de femmes !! » On palabre, bref : le galonné se met à écrire tout en disant : « Ces dames, je ne les connais pas, je ne veux pas les connaître !! » Et voici ce qu’il tendit d’un air grand seigneur et triomphant à de Bruignac :

« Le Colonel x donne l’ordre à M. de Bruignac, adjoint au Maire de la Ville de Reims, de se rendre immédiatement à l’Hôtel de Ville de Reims accompagné de 2 femmes !! »

Et voilà comment de Bruignac rentre à Reims avec sa femme et son amie, par ordre !! Je n’aurais pas trouvé cela !! Je propose d’élever une statue à cette bourrique galonnée, très forte en casuistique sur la Place de la Gare de Pargny-lès-Reims, sur le socle de laquelle on gravera cet ordre mémorable !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 3 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon ou de mitrailleuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 3 mars

Notre artillerie a bombardé avec succès 1es organisations ennemies au nord de l’Aisne et sur la rive gauche de la Meuse.

Un avion ennemi a jeté aux abords de Compiègne quelques bombes qui n’ont causé que des dégâts matériels sans importance. Deux autres avions ennemis ont bombardé Montdidier : Un mort et trois blessés. Une de nos escadrilles, composée de onze appareils, a opéré sur les baraquements de Guiscard, la gare d’Appilly et celle de Baboeuf (Oise), où un incendie s’est déclaré.

Les Anglais ont effectué une nouvelle progression au nord de Warlencourt-Eaucourt et au nord-ouest de Puisieux-au-Mont. Ils ont rejeté des contre-attaques dirigées contre leurs positions au nord-est de et au nord-ouest de Ligny-Thilloy. Sur l’Ancre, ils ont fait 128 prisonniers et ont capturé du matériel. Ils ont réussi des coups de main vers Angres et Calonne et au nord-est de Loos.

Canonnade près de Gorizia sur le front italien.

Les Roumano-Russes ont reperdu quelque terrain près de Jacobeni.

La Chambre des représentants de Washington a voté par 403 voix contre 13 l’élargissement des pouvoirs du président.

Le Japon a confirmé aux Etats-Unis ses intentions amicales

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Lundi 26 février 1917

Louis Guédet

Lundi 26 février 1917

898ème et 896ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris, brumeux, nuageux, moins froid qu’hier. Le calme et le silence. Il m’a été confirmé qu’un avion allemand avait été abattu hier dans nos lignes vers Champigny. Ce matin fort affairé et dérangé continuellement, vu le médecin qui me dit qu’Adèle serait remise dans 3/4 jours. En attendant elle est au lit. Après-midi 2h levée de scellés place Drouet d’Erlon, fait des courses, été chez l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, pour lui remettre diverses sommes pour nourrir sa fondation, culte, etc…  de la part de Madame Mareschal. Causé un instant avec Pierre Lelarge qui sortait de chez l’abbé, il me disait qu’il trouvait que j’avais vraiment de la vertu d’avoir pris la charge de juge de Paix. Je lui ai répondu que bien que peu courue il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour prendre la corvée. De là passé aux Galeries Rémoises pour des bas pour ma chère femme et rentré chez moi travailler. Journée monotone comme tant d’autres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille ; + 9°. Échange de coups de canons dans la journée. Visite de M. Favre pour fixer la messe de la Croix-Rouge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 26 février

Nos reconnaissances ont effectué avec succès deux coups de main sur des postes ennemis en forêt d’Apremont et au nord de . Notre artillerie s’est montrée active dans la région du Mort-Homme. Nos tirs de destruction ont donné de bons résultats. Canonnades intermittentes sur quelques points du front de Lorraine et des Vosges.

Une de nos escadrilles a bombardé efficacement les gares de Grandpré et de Romagne-sous-Montfaucon.

Sur le front belge, lutte à coups de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas. Actions d’artillerie sur divers points.

Les Turcs avouent un échec en Mésopotamie, à Fellahié.

Sur le front italien, activité d’artillerie dans la vallée de l’Astico, dans le val Travignolo, à la tête du Cordevole, dans la région de But, à l’est de Gorizia. Echecs autrichiens sur le haut plateau d’Asiago, au Pal Grande et à Studena Bassa, sur le torrent de Pontebbana.

Sur le front russe, dans la région de Semenki-Letscheniaty (sud du lac Wichnawski), les Allemands ont émis des gaz que le vent a retournés contre eux.

Un sous-marin allemand a torpillé sept navires hollandais au large de Falmouth, et alors que ces navires, par suite des négociations intervenues, se croyaient en sécurité. La colère est grande aux Pays-Bas.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

badonviller

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Jeudi 11 janvier 1917

Louis Guédet

Jeudi 11 janvier 1917

852ème et 850ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Assez beau temps, de la neige la nuit mais qui a fondu dans la matinée. Temps humide, froid.

Le matin fait quelques courses, abbé Camu pour un renseignement notarial, Hôtel de Ville, Houlon pour un domestique pour mon Père. Après-midi audience de réquisitions militaires. Rien de saillant à ce sujet. Toujours la même banalité. Sauf M. Prudhomme (Maison Raymond Aubert) qui ne se cachait pas pour me dire combien on m’aimait à Paris (les rémois), et que l’on ne se cachait pas pour dire : Ah! Notre Guédet, voici l’homme qu’il nous faut ! » – Merci – du compliment, mais çà ne prend pas, car je ne ferais pas de mon plein gré de la Politique. Il faudrait nécessité absolue pour le bien de la Ville pour que je me laisse fléchir.

Durant l’audience on m’apprend la nomination du Procureur de la République de Reims M. Bossu comme Procureur Général à Bastia. J’en suis enchanté pour lui, mais pas pour moi, car il me connaissait et j’avais un appui en lui et un défenseur qui m’aimait. Qu’allons-nous, que vais-je avoir pour nouveau Procureur de la République ?…  Là est la question. Je suis attristé de cette séparation, j’aurais aimé me retrouver avec mon cher Procureur, qui m’appelait toujours son Infernal Tabellion, lors de la délivrance de Reims et de la reprise de toute la justice. J’aurais aimé qu’il fût là quand j’aurais déposé ma toge et rendu tous mes services aux juges de Paix de Reims nos messieurs. Enfin il sera dit que tous ceux auxquels je m’étais attaché…  me laisseraient seul.

Rentré ici travailler… !…  toujours toujours. Je suis fatigué.

Une bien bonne que Payen, mon sous-Intendant nous contait tout à l’heure…  il était allé dernièrement à Trigny pour vérifier la sincérité d’une réclamation d’indemnité de réquisition d’un chariot de culture à 4 roues. On se mit d’accord sur le chiffre à payer au propriétaire, soit 1 000 F. Vous croyez que la Commission de vérification de Châlons acceptât ce chiffre sans observation, quoiqu’Intendant et Prestataire fussent d’accord sur ce prix ? Du tout…  La Commission, dans sa haute sagesse, déclara ceci :

Nous acceptons de payer le chiffre de 1 000 F pour cette réquisition, mais comme le beau-père du prestataire nous a réclamé indûment 900 F pour une lorgnette, une lunette de précision, et que ce genre d’instrument ne valent que 450 F, nous n’allouerons donc audit propriétaire du charriot que 550 F, et ainsi nous rentrerons dans nos fonds !!…  Et allez donc !! Celle-là n’est pas dans une musette. Payen n’a pas pu me dire si l’affaire a été définitivement réglée ainsi !! C’est grotesque. Payen tout le premier en hausse les épaules. C’est non seulement à en devenir antimilitariste, disait-il, mais encore anarchiste !…  Je suis de son avis.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 11 – Nuit tranquille ; + 2°. Visite de M. de Sylain, de M. Fendler.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 janvier

Lutte d’artillerie intermittente sur la plus grande partie du front, plus active au nord de la Somme, dans les régions de Bouchavesnes et de Cléry et en Argonne dans le secteur du Four-de-Paris.
Sur le front belge, violent duel d’artillerie dans la région de Dixmude. Vers Hetsas, lutte à coups de bombes. L’artillerie belge a réduit au silence les minenwerfer ennemis.
Canonnade habituelle sur le Carso.
Sur le front russe du nord, la lutte continue à l’ouest de Riga (région du lac de Babit). Nos alliés, après un combat acharné, se sont emparés des positions ennemies entre les marais de Tiroul et la rivière Aa : ils se sont avancés de 2 kilomètres vers le sud et ont capturé des prisonniers.
Des contre-offensives ennemies ont été repoussées. Nos alliés, dans les quatre derniers jours, ont pris 21 canons lourds, 11 canons légers, 11 caisses à munitions.
En Valachie, les troupes russo-roumaines ont brisé une série d’attaques. Elles ont fait 335 prisonniers.
M. Briand a remis à M. Sharp, ambassadeur des Etats-Unis la réponse à la récente note de M. Wilson. Cette remise a été effectuée en présence de M. de Beyens, ministre des Affaires étrangères de Belgique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes 2

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Mercredi 10 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 10 janvier 1917

851ème et 849ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Assez beau temps, de la neige la nuit, mais adoucissement de la température progressif, au point que le soir il faisait doux.

Après-midi à l’archevêché pour la Fabrique, mais il y avait une réunion générale avec « Denier du Culte », « Bons et recours », « Vêtements », etc… (Rayé) était là (rayé), abbé Camu, Mgr Neveux, de Bruignac, Chanoine Prévoteau, abbé Frézet curé de St Jacques, abbé Lecomte secrétaire Général, abbé Compas, vicaire Général…  et votre serviteur.

Réunion banale à laquelle j’ai été invité à partir des « Bons et Journaux économiques ». C’est la Caisse Nationale qui parfait la différence, sans distinction civile ou religieuse, mais c’est formidable comme portion, près de 180 000 F !! en un an. Ensuite l’œuvre du vêtement. Le Cardinal a reçu différents secours, il s’est adressé à 3 évêques américains et il en concluait que les quêtes dans cet état étaient difficiles à cause du cosmopolisme, et dans un sermon il ne pouvait être quêté que discrètement pour tel ou tel belligérant, car les uns sont pro-allemands et d’autres pro-alliés…  Donc…

J’en reviens à nos 3 évêques américains. Le premier, pro-alliés, envoya 1 000 F… le 2ème, pro-allemand, 6 000 F, et le 3ème, celui de Montréal, 13 000 F !…  Bizarre !

D’autre part ce dernier déclarait à son Éminence que la femme d’un de ses illustres paroissiens avait déjà recueilli à elle seule pour les alliés plus de 3 millions !…  C’était le solde qu’on lui envoyait.

Notre fabrique est toujours en déficit, ce qui n’est pas surprenant…  comme casuels 5 enterrements, etc…  etc…  Bref le déchet (déficit) est comblé avec les fonds de la Paroisse et de ses dons. Triste. Après cela vu à la Caisse d’Épargne et rentré voir à mon retard de la journée. C’est fait. Dieu ce que j’aurais fourni de labeur durant ce siège !…  J’aime mieux ne pas y penser, y songer. Pour le gré qu’on m’en saura !! mais ce n’est pas pour cela que je me suis dévoué, que je me tue et que je mourrai ! J’ai fait mon devoir et tâché de rendre service à ma chère Cité Martyre !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 10 – Nuit tranquille ; + 2° ; neige fondante. Conseil des Œuvres ; Conseil de Fabrique ; et du Denier du Clergé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 10 janvier

En Champagne, combat de patrouilles à l’ouest de Navarin.
En Alsace, dans la région du canal du Rhône au Rhin, un tir de notre artillerie a détruit un dépôt de matériel ennemi près d’Illfurth.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, activité réciproque de l’artillerie, de Pervyse par Dixmude jusqu’au sud de Steenstraete.
Sur le front britannique, l’ennemi a fait jouer un camouflet au sud de Loos sans occasionner de dégâts. Les Anglais ont pénétré dans les tranchées allemandes en face d’Hulluch. Bombardement des positions ennemies de part et d’autre de Loos et dans le saillant de Gommécourt.
Activité des deux artilleries dans les régions de Souchez, Armentières, Messine et Ypres. Le bombardement d’un point d’appui ennemi allemand au nord de Wieltje a déterminé une violente explosion.
Canonnade et activité d’aviation sur le Carso.
Les Russes ont enlevé aux Allemands une petite île de la Dwina, mais ils continuent à reculer, ainsi que les Roumains en Moldavie.
Les Alliés ont envoyé au roi Constantin Ier un ultimatum à échéance de 48 heures pour obtenir l’exécution des conditions stipulées dans leur note du 31 décembre (réparations et garanties).
Le général Trepof, président du Conseil de Russie depuis le 23 novembre 1916, a été mis à la retraite ainsi que M. Ignatief, ministre de l’Instruction publique. Le prince Galitzine, sénateur, membre du Conseil de l’empire, remplace le général Trepof. M. Neratof, ministre-adjoint des Affaires étrangères, s’est également retiré pour entrer au Conseil de l’empire.
L’Italie appelle de nouvelles classes sous les drapeaux.
Un discours que l’ambassadeur américain Gérard a prononcé à Berlin, et où il aurait affirmé la cordialité des rapports entre son pays et l’Allemagne, fait grand bruit à Washington. M. Wilson a demandé des éclaircissements à M.Gerard.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Illfurth

 

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Lundi 25 décembre 1916

Louis Guédet

Lundi 25 décembre 1916 

835ème et 833ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Triste journée de Noël. Grand vent, pluie, rayées de soleil, mais temps doux. Messe à la rue du Couchant 8h1/2, sermon de l’abbé Camu le curé, très bien, sur l’aube de la victoire. Rentré écrire des lettres, préparé du vin pour mes petits. Déjeuné. Adèle pas contente parce que Bompas est venu s’inviter !! Pauvre garçon, il est si malheureux mais il abuse un peu, mais je suis tranquille, ma Cerbère veille ! Promené !? si on peut appeler cela se promener…  traîner mes chaussures et ma mélancolie dans les rues…  Passé par l’Hôtel de Ville. Vu Martin et Raïssac avec qui j’ai longuement causé. Comme moi il se rend bien compte que les temps sont passés où les classes dirigeantes se dépensaient pour la chose publique. Il était de mon avis : la Classe Bourgeoise riche geint, gémit de ce qu’on la critique et qu’on lui en veuille, mais elle ne se rend pas compte qu’elle ne fait rien pour empêcher cela, et j’en arrivais à dire à Raïssac : Le riche Bourgeois actuel est dans le même état d’esprit que la noblesse de 1793. Elle a tous les atouts, tous les moyens pour reprendre en mains le pouvoir, mais elle ne fait rien pour cela et elle sera rasée comme la Noblesse, tout en se demandant ce qu’elle a bien pu faire pour être traitée de la sorte…  Eh ! mais…  vous jouissez et vous ne donnez rien de vos forces vives, de vos richesses, de votre intelligence, de votre science à la masse. Et vous voudriez qu’on se mette à genoux devant vous ? Non ! alors !! Vous périrez misérablement comme la noblesse de 1793…  Messieurs le place est libre !…  Nous sommes au seuil de la Convention, en attendant que nous arrivions à la Révolution sociale. Qui prendra les rênes de l’État…  en attendant un Dictateur, mais cette fois un Dictateur de Paix, et non plus un Napoléon…  singulière période que nous traversons…  mais de plus en plus j’approche, j’analyse les rouages de notre…  organisation administrative de plus en plus, je vois que l’on ne trouve rien devant nous…  que des bureaux, des employés…  mais des têtes, des volontés…  Non !… Tous se dérobent. Pauvre France…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 25 – Noël – Messe de Minuit aux Caves Mumm, aux soldats et civils. Allocution, allusion au 1400e anniversaire (496-1916) du baptême des Francs. (Rue Coquebert) pour les soldats du 293e(1)…. d’environ 50 à 60 soldats, officiers en tête. Au sortir le Colonel me prie de venir dîner à midi avec eux Maison de Convalescence. Accepté, et été. Distribution de Bons de charbon aux pauvres par les soins de Messieurs les Curés. Mgr Neveux officie pontificalement à Epemay Notre-Dame, église de son sacre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 décembre

Actions d’artillerie assez vives en divers points du front, notamment de part et d’autre de l’Avre, dans les secteurs du Quesnoy et de Cauny, ainsi que sur la rive droite de la Meuse.

En Champagne, un coup de main ennemi sur nos tranchées à l’ouest d’Auberive a été aisément repoussé.

Sur le front belge, une patrouille allemande a tenté d’attaquer, au cours de la nuit, un poste belge au nord de Steenstraete. Elle fut repoussée avec pertes. Assez grande activité d’artillerie en divers points du front belge, notamment vers Dixmude et Hetsas, où nos batteries effectuèrent des tirs réussis sur les positions ennemies.

Les Italiens ont mis en échec une tentative autrichienne sur le Carso.

Sur le front russe, deux détachements ennemis ont été rejeté par le feu de nos alliés à Boidourg. D’autres tentatives allemandes ont été enrayées sur la Bistritza. Dans les Carpates boisées, les troupes russes ont occupé des retranchements ennemis au nord de la rivière Uzu. Elles ont capturé 5 officiers, 100 hommes et 3 mitrailleuses.

En Roumanie, Mackensen déploie toujours beaucoup d’activité. En Dobroudja, il a contraint les Russes à se retirer vers le passage du Danube à lsaktcha. Des avions out bombardé Braïla.

Source : La guerre au jour le jour

auberive

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Mercredi 6 décembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 6 décembre 1916  Saint Nicolas

816ème et 814ème jours de bataille et de bombardement

6h  Temps de brume et brouillard. Froid. Très occupé comme toujours au moment de m’absenter d’ici. Déjeuné chez M. et Mme Paul Camuset, Albert Benoist, Charles et Marcel Heidsieck, Abbé Camu et Hanrot. Causé des événements et des bruits du Comité Secret. Joffre serait nommé Maréchal de France et Généralississime ! mais remplacé par le Général Nivelle. Castelnau envoyé (?) en mission ? Klotz (Louis-Lucien Klotz, ancien Ministre des Finances (1868-1930)) remplacerait aux Finances Ribot (Alexandre Ribot 1842-1923), trop âgé, et Herriot (Édouard Herriot 1872-1957), maire de Lyon, Sembat (1862-1922) aux travaux publics ! un médecin !! Toujours du gâchis.

En attendant les allemands prennent Bucarest, etc…  et la Grèce va nous tirer dans le dos ! Gâchis. Que sortira-t-il de tout cela ?? En me trouvant dans cette maison de la rue de Talleyrand, intacte avec tous ses meubles et ce confort, j’en avais les larmes aux yeux et le cœur serré, en songeant à ma chère aimée et à mes petits qui souffrent sans foyer, sans abri, sans maison, et moi réfugié sous un toit étranger. Toutes les amertumes m’auront été prodiguées ! Qu’ai-je donc fait pour être ainsi paria, et voir mes aimés souffrir. Je suis donc un maudit.

Je pars demain matin pour Paris, à 5h1/4, avec Marcel Heidsieck…  Je suis si triste ! si triste que j’ai peur d’un malheur ! Lequel ? Est-ce que je n’ai pas subi mon compte ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

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Victor Goloubew

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille pour la ville ; mais tir très fréquent toute la nuit de mitrailleuses ou de grenades. Visite du Général Brisse de Ludes et de deux officiers dont l’un de marine avec M. Goloubew. Visite du Major Rabasse apportant photographies des Mesneux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En savoir plus sur le M. Goloubew


Mercredi 6 décembre

Une petite attaque allemande, dirigée contre nos positions au nord du village de Vaux, a complètement échoué sous nos feux de mitrailleuses. Nous avons fait des prisonniers.

Activité moyenne d’artillerie sur divers points du front.

Dans les secteurs belges, canonnade autour de Ramscapelle, de Dixmude et de Steenstraete. Les Belges ont pris des groupements ennemis sous leur feu, au nord de Dixmude.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne près de Gorizia.

Sur le front russe, canonnade. Dans les Carpates boisées, l’ennemi a attaqué une hauteur au sud de Voronejka à l’aide de son artillerie lourde. Les troupes russes ont dû reculer.

Continuation des combats en Moldavie (vallée du Trotuj et vallée du Doftiany). Les Russes ont occupé une série de collines que les Austro-Allemands ont immédiatement essayé de reprendre.

En Valachie, les Roumains reculent sur les voies Targovistea-Ploesci et Tritu-Bucarest. Leurs tentatives pour arrêter l’ennemi ont échoué et les Allemands ont pris Bucarest.

La crise anglaise est complète: après M. Lloyd George, M. Asquith a démissionné. M. Bernard Law et, ensuite, M. Lloyd George ont reçu mission de former un cabinet.

Le gouvernement de Salonique a protesté contre le guet-apens d’Athènes.

Source : La guerre au jour le jour

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Dimanche 15 octobre 1916

Louis Guédet

Dimanche 15 octobre 1916

764ème et 762ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de pluie, triste et morose. Le calme. Été messe 7h, rentré chez moi. Je suis obligé d’aller à la Mairie pour une cliente morte qui a institué son légataire universel l’asile de nuit, et pour qu’on procède à ses obsèques urgentes, et qu’on fasse des retouches (L’acceptation d’une succession peut être soumise à des retouches). Rencontré là le Maire et Raïssac avec qui j’ai longuement causé. Le Dr Langlet s’est beaucoup amusé de ce que je leur ai raconté de ma fameuse audience du 3 qui devient mémorable, et surtout de la bûche que leur a fait ramoner le Procureur de la République. Rentré tard. Après le déjeuner, vu l’abbé Camu et fait un tour jusqu’à Ste Geneviève où j’ai vu Curt qui m’a fait visiter sa maison qui est comme une bonbonnière. Il m’a donné une fléchette d’aéroplane. Rentré par les allées des tilleuls en rentré. Je n’ai pas le courage de me mettre à l’ouvrage de mon courrier. Vu Valot qui est venu me faire signer mes procès-verbaux de simple police, dont celui Simon réclamé par l’autorité militaire. Que diable veulent-ils en faire ? Valot n’en parait nullement ému.

Reçu lettre de ma chère femme qui me dit que Robert a grandit encore d’un centimètre 1/2.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 15 – Nuit tranquille. Pluie ;+ 12°. Visite à Champigny. Messe militaire. Allocution aux soldats et aux paroissiens. Visite à M. le Curé, à l’église de Saint-Brice. Adoration Sainte-Geneviève. Visite de M. Sainsaulieu et de M…. de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 15 octobre

Au sud de la Somme, nous avons prononcé deux attaques qui ont brillamment réussi : l’une à l’est de Belloy-en-Santerre, nous a mis en possession de la première ligne allemande sur un front de 2 kilomètres; l’autre a fait tomber entre nos mains le hameau de Genermont et la sucrerie à 1200 mètres au nord-est d’Ablaincourt. Nous avons fait de nombreux prisonniers. Jusqu’ici 800 prisonniers valides dont 17 officiers ont été ramenés à l’arrière.

Canonnade intermittente sur le reste du front.

Les Russes ont fait quelques incursions heureuses dans la direction de Vladimir-Volinski.

Les Italiens ont accompli de nouveaux progrès sur le Carso, faisant une centaine de prisonniers.

La situation des Roumains s’est décidément améliorée. Les attaques de Falkenhayn aux différents cols des Alpes transylvaines et spécialement à la passe de Predeal, ont été repoussées avec de grosses pertes. Le roi a pris le commandement des armées roumaines.

La Grèce a accepté de nouvelles conditions des Alliés, qui ont occupé la gare d’Athènes afin d’empêcher tout envoi de canons et de munitions en Thessalie.

Le dictateur allemand des vivres von Batocki déclare que la situation alimentaire est mauvaise.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 31 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 31 août 1916

719ème et 717ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La tempête a cessé cette nuit, beau temps chaud avec brise. Le calme. Journée monotone. Déjeuné en cave chez M. Henry Abelé, 48, rue de la Justice, avec l’abbé Pierre Abelé en civil, actuellement aux armées, à (?!), de Bruignac adjoint au maire, Abbé Camu Vicaire Général, M. Lartilleux et Marcel Heidsieck. Rien d’intéressant. Rentré chez moi après avoir passé à la Ville, sur mon chemin tout triste tout désemparé, de plus en plus. Il y a 2 ans je prenais le chemin de ce calvaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Pluie continuelle. Mitrailleuses au loin. Journée tranquille. Bombes dans la matinée sur batteries. Visite aux Frères à Courlancy et à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 31 août

Sur le front de la Somme, activité moyenne d’artillerie. Le mauvais temps continue.
En Lorraine, dans le secteur de Reillon, des détachements ennemis ont, par deux fois, tenté d’approcher nos lignes; nos tirs de barrage les ont repoussés.
L’artillerie tonne sans discontinuer sur tout le front de Macédoine où l’on ne signale, toutefois, aucune opération importante.
les Italiens, au cours d’avances partielles sur le Haut-Boite et dans les Alpes de Fassa, ont capturé un certain nombre de prisonniers.
Les Russes ont progressé dans les Carpates boisées, à la frontière hongroise, et fait plusieurs centaines de prisonniers en Asie Mineure.
L’avance roumaine est générale à l’ouest des Alpes transylvaines et sur le bas Danube.
Les ministres de l’Entente ont fait une démarche à Athènes, auprès de M. Zaïmis.
Un meeting sur l’entrée en guerre de la Grèce a eu lieu à Salonique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 21 août 1915

Louis Guédet

Lundi 21 août 1916

709ème et 707ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, mais temps d’automne, voilà l’hiver !! Le calme. Assez occupé, pas sorti le matin. Ensuite pas mal de lettres. Nouvelles des deux artilleurs…  et de Jean par Henri Houbart  qui l’a rencontré à Avranches, et qui m’écrivait pour la mutation de son frère, c’est gentil à lui. Après-midi visite au Cardinal, qui allait sortir, causé quelques instants seulement. Causé longuement avec l’abbé Leconte et Mgr Neveux. Rencontré l’abbé Camu. Tous trouvent le temps long comme moi. Reçu lettre fort aimable de mon Procureur de la République. Je lui ai répondu. Et voilà ma journée. Quand donc cette vie monotone et solitaire finira-t-elle pour moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille. Journée calme. Expédié épreuve de la lettre aux Cardinaux. Visite à Clairmarais aux sinistrés de la Cour Ste-Claire (baraque qui ne valait pas la peine qu’on en parlât).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Lundi 21 août

Au nord de la Somme, violentes attaques ennemies. Les Allemands avaient réussi à prendre un élément de tranchée au nord de Maurepas; nous les en avons débusqués. 50 prisonniers ont été faits par nous. Lutte très vive d’artillerie au sud de la Somme (Belloy, Estrées).
Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont dirigé deux attaques à la grenade sur un saillant au nord-est du réduit d’Avocourt et sur nos tranchées de la cote 304. Ils ont été partout refoulés avec de grosses pertes.
Sur la rive droite, de vifs combats se sont poursuivis. Nos troupes ont conquis pied à pied l’îlot de maisons en ruines que l’ennemi occupait encore à la lisière de Fleury. Tout le village est en notre possession, en dépit de vives contre-attaques allemandes. Lutte à la grenade dans le secteur Vaux-Chapitre. Le chiffre de nos prisonniers dans la région excède 300.
Les Anglais ont poursuivi leur avance vers Guillemont et Guinchy.
Les Russes ont progressé dans la région du Stokhod, en faisant 600 prisonniers.
Le contact s’accentue sur le front de Salonique. Dans la région de Doiran, les Anglais ont pris une hauteur et nous avons capturé une série de villages.
Les Serbes ont contre-attaqué les Bulgares débouchant du village de Florina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 13 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 août 1916

701ème et 699ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante d’orage le matin, après-midi chaude, lourde et se rafraichissant en ce moment. Le calme. Rien de saillant. Journée fastidieuse comme tous les jours de dimanche. Été messe rue du Couchant à 7h, mis à mon courrier, parti à la Poste et remis mon courrier, que je quitte pour écrire ces quelques lignes. Je suis enfin à jour à 2 lettres près. Je vais tâcher de les écrire ce soir pour n’y plus penser. Reçu de bonnes nouvelles de Robert qui est avec son ami du collège Hanrot (Charles Hanrot 1896-1976) et un autre au 61ème. Jean est parait-il fatigué, pauvre enfant, pourvu qu’il ne tombe pas !! Tout cela n’est pas pour m’égayer dans ma solitude. Sans compter ma femme qui est toujours fort triste.

Vu uniquement 5 minutes l’abbé Camu, vicaire général, curé intérimaire de la Cathédrale et de la rue du Couchant, qui a insisté pour que j’aille voir souvent le cardinal Luçon. Je tâcherai de le faire, mais j’ai tant et tant à faire !! Voilà ma journée. Triste et monotone. Après-demain 15 août qui sera semblable !! J’aime mieux les jours ouvrables qui m’amènent forcément quelques distractions par occupations et visites d’affaires.

8h35 soir  Les Vandales recommencent !! Les Sauvages !! A 8h bombardement vers St Remy, à 8h10 les pompiers de Paris passent devant la maison, se dirigeant vers le quartier St Remy, à 8h30 on me dit que c’est l’Hôtel-Dieu vers la rue Pasteur (rue du Grand Cerf depuis 1924) qui flambe et qu’il n’y a rien à faire. Je monte au grenier sur le toit ! Spectacle inoubliable de destruction, d’horreur. Tout l’ancien Hôtel-Dieu flambe, c’est effrayant. Pourvu que St Remy ne brûle pas !! Mon Dieu ! après la Cathédrale, Saint Remy !! non ce n’est pas possible !! Vous n’écrasez donc pas ces Barbares ! Il n’y a pas de nom pour les qualifier. Du haut du Mont de Berru ou de Brimont, ils doivent exulter devant leur œuvre de destruction !! Pauvre Hôtel-Dieu ! Vieux vestige échappé des destructions de la Révolution, il te faut disparaître toi, et cela par la main des Barbares ! Sauvages. Ils ne seront donc pas châtiés ! Qu’on aille chez eux et qu’on les brûlent, les fusillent, les pendent comme des bandits de droit commun, non ce n’est plus de la Guerre !! Je ne sais ce que c’est ! Comment on appelle cela ??

8h3/4 soir  Jacques, Adèle, Lise descendent du toit et me disent que le fléau parait circonscrit, et que St Remy ne parait pas être atteint !! Ce sont donc des démons !!! Mon Dieu ! êtes-vous le Dieu de justice ! alors écrasez-les ces sauvages ! maudissez-les et que cette race disparaisse !! Vengeance, Vengeance, Justice où vous n’êtes pas le Dieu juste !!

8h55 soir  Pluie torrentielle. Saint Remy est indemne parait-il. Oui, mais cette pluie aurait dû commencer il y a 3/4 d’heures !! Pauvre Hôtel-Dieu, que de souvenirs cette catastrophe remue-t-elle en moi. Le vieux cloître. Les vieilles boiseries de la Bibliothèque des moines, l’ancienne chapelle aux boiseries XVIIIème siècle, les salles du bâtiment central de façade ! Tout cela en cendres en 20 minutes de temps !!!! Vengeance ! Vengeance ! Justice ! Châtiment. Mon Dieu ! ou bien ce serait à douter de tout. Justice, châtiment, il le faut, vous le devez !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 août – Nuit tranquille. Reçu réponse du Cardinal de Cabrières. Visite au soldat… du Rosaire vivant, du Tiers-Ordre, dont le père est fabricant de biscuits (je crois). Mgr Neveux va dire une messe aux soldats cantonnés à Mailly. 5 h. bombes sifflantes ; très violent bombardement par canons et peut-être par avion. Nos canons répondent maigrement un pour 20. 8 h. soir, cinq aéroplanes allemands survolent la ville. Ils allument plusieurs incendies (annoncés : 4) à l’Hôpital Civil dont le corps principal est détruit. Chapelle (ancienne Bibliothèque). Le cocher Rozière, bon chrétien, qui conduisait le Dr Médecin de l’Hôpital Civil a été tué avec son cheval par un obus. Nous étions, Mgr Neveux et moi, dans le jardin. Temps lourd et chaud ; sombre ; épais nuages. Nous entendons ronfler des aéros au-dessus du jardin, cachés dans les nuages. Ne soupçonnant pas le danger, nous ne bougeons pas. Ce sont eux qui ont lancé les bombes incendiaires ou qui ont donné aux canons allemands le signal et le repèrement. Les deux sont probables : bombes d’avion et bombes de canon. Incendie cour Ste-Claire à Clairmarais (cinq tués route de Paris ; six civils tués ; deux ou trois carbonisés à Clairmarais. La Basilique S. Remi étant menacée, M. le Doyen et M. Maitrehut aidés du sacristain emportent les reliques de saint Remi dans la cave de M. le Doyen (Lettres recueil, p. 61 ).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais


Dimanche 13 août

Au nord de la Somme, une brillante attaque de notre infanterie a parfaitement réussi. Plusieurs tranchées allemandes ont été prises par nos troupes, qui ont établi leurs nouvelles lignes sur la croupe située au sud de Maurepas et le long de la route qui va de ce village à Hem.
Au nord du bois de Hem, une carrière puissamment fortifiée par l’ennemi et deux petits bois sont tombés en notre pouvoir. Nous avons fait 150 prisonniers et pris 10 mitrailleuses.
Sur le front de Verdun, bombardement de la région de Chattancourt et du secteur Thiaumont-Fleury.
Un avion ennemi a été abattu en flammes dans nos nos lignes au sud de Douaumont par un pilote de l’escadrille américaine.
Les Russes ont enfoncé l’armée du général von Bothmer. Sur la rive droite du Sereth, ils ont capturé 104 officiers et 4872 soldats; dans la partie sud de Monasteritza, ils ont pris 2500 hommes, dont un colonel; sur la Zlota-Lipa, leur butin a été de 1000 hommes.
L’armée italienne a progressé largement sur le Carso, à l’est de Monfalcone, sur le plateau de Doberdo et à l’est de Gorizia.
Les Anglais se sont avancés au nord de Bazentin-le-Petit ; ils ont ensuite rejeté toutes les contre-attaques ennemies; ils ont progressé également au nord-ouest de Pozières.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 9 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 9 août 1916

697ème et 695ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps chaud et lourd. Je suis fatigué. Reçu la visite de Mgr Landrieux et de l’abbé Camu. Causé de choses et d’autres, Mgr Landrieux regagne Dijon demain. Couru par la ville. Beaucoup d’occupations. Vu aussi l’abbé Dage qui m’a promis de recommander Robert à des jeunes gens qu’il connait à St Brieuc. L’abbé Camu de même. Reçu lettre de Madeleine qui est bien triste, très triste. Voilà une journée monotone et occupée. Demain je déjeune chez le Président et ensuite Audience de Réquisitions Militaires. Des avions et de la canonnade dans la journée. Rendu visite à M. Mathieu substitut, qui fait l’intérim pendant les vacances de M. Bossu, Procureur de la République. Homme froid qui parait fatigué, il a été grièvement blessé à la cuisse. Légion d’honneur et Médaille Militaire – ce n’est plus mon vieux Procureur – heureusement que ce n’est que pour 2 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 9 – Nuit tranquille, 9 h. 1/2 bombes sifflantes mais non sur la ville, par-dessus la ville. Aéroplanes ; tir contre eux, de 11 h. à 5 h. Mgr Landrieux dîne chez nous. Visite au Lieutenant-Colonel Claret ; et au Colonel (maison Poullot, boulevard Gerbert) Bourrot (ou Bouriet ?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 9 août

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont bombardé avec violence l’ouvrage de Thiaumont, nos positions de Fleury, du bois Chapitre et du Chenois. Ils ont lancé ensuite une attaque sur l’ouvrage de Thiaumont. Arrêté par nos tirs de barrage, l’ennemi n’a pu déboucher et a été rejeté dans ses tranchées de départ.
Dans le bois de Vaux-Chapitre s’est produite également une action offensive. Brisée par nos tirs d’artillerie et nos feux de mitrailleuses, elle a totalement échoué.
La situation n’a pas changé sur les deux rives de la Somme. Le bombardement réciproque se poursuit entre l’Ancre et la Somme sur les premières lignes, ainsi que sur les lignes de soutien.
L’ennemi a prononcé diverses contre-attaques à l’est de Pozières, elles ont toutes été repoussées avec pertes pour l’assaillant; nous gardons le terrain conquis, dit le communiqué anglais. Nos alliés ont exécuté un coup de main heureux contre les tranchées ennemies à l’est de Neuville-Saint-Vaast. Les Allemands en ont tenté un sur les tranchées anglaises au sud-est du bois Grenier. Ils ont été repoussés avec pertes.
Le nombre des prisonniers faits par les Russes au sud de Brody dépasse 5500.
Les Italiens ont remporté des succès dans le val Sugana et dans le Haut-Cordevole.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


pozikère

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Vendredi 28 juillet 1916

Louis Guédet

Vendredi 28 juillet 1916

685ème et 683ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps splendide, quelques coups de canon. Rien de saillant. Courses, allées et venues, éreintement général ce soir. Y résisterai-je ? Notre présentation à M. Herbaux, procureur général, aura lieu dimanche vers 11h du matin. Vu l’abbé Camu, vicaire général, curé de la Cathédrale par intérim, qui les larmes dans les yeux m’appris qu’il venait de recevoir une lettre de son frère qui est resté dans les Ardennes au Chaudion (commune de Saint-Fergeux) avec sa jeune femme et ses 2 enfants qui lui annonçait qu’il était en prison dans une cellule, pas nourri, 2h de promenades, faisant des clous, sans nouvelles, condamné à un an de prison cellulaire parce que les allemands ont trouvé dans un coin du grenier de la maison de sa mère 2 vieux sabres de la Révolution !! Quel crime ! une occasion pour martyriser et laisser à l’abandon et au manque de tout une pauvre petite femme et deux jeunes enfants ! Il réclame surtout du pain !! C’est épouvantable. Rendrons-nous jamais la pareille à ces sauvages-là ! Je crains bien que non avec les gouvernants et les pleutres que nous avons ! Tout le monde en a assez et les haines, les rancœurs sourdent de partout. Gare ! quand la marmite fera monter le couvercle !

9h soir  Reçu visite de l’abbé Camu, échangé nos idées sur les événements. Ils ne sont pas encourageants ni consolants. Lui aussi craint bien que nous soyons impuissants. Quand on voit comme lui et moi ce que font les officiers !! et toute la clique des embusqués !! Alors nous risquons bien de passer encore un hiver comme celui passé à Reims !! Bref, la Guerre peut durer encore des années !

En causant cet après-midi avec le Procureur de la République du Docteur Langlet, maire de Reims, il le jugeait sévèrement : Égoïste, entêté, manquant d’intelligence, jaloux de tous, de ceux qui peuvent lui porter ombrage, voulant être le seul digne de figurer à cette époque dans les fastes de l’Histoire de notre Ville. J’ai pensé beaucoup comme lui, depuis déjà longtemps. Ceux qui nous gouvernent depuis l’échelon le plus bas jusqu’au plus haut de l’Échelle Politique et gouvernementale sont de biens petits sujets de bien petites intelligences…  et…  sans scrupules, sans conscience…  Où allons-nous ? Que deviendrons-nous ? Tel est le cri général. Dans toutes les castes, dans tous les milieux, sauf celui des jouisseurs et des embusqués ! Pauvre France !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 juillet 1916 – Bombardement à la même heure qu’hier et dans le même quartier. Aujourd’hui, des obus tombent rue Mennesson-Tonnelier, rue Pierret, rue Paulin-Paris et rue des Trois-Piliers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 28 – Répondu aux donateurs (américains ?)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 28 juillet

Au sud de la Somme, nous avons fait quelques progrès à l’est d’Estrées. Vive fusillade aux abords de Soyécourt.
Au nord de l’Aisne, l’ennemi, après un violent bombardement, a attaqué dans la région de la Ville-au-Bois, le saillant que forme notre ligne au nord-ouest du bois des Buttes. L’attaque a échoué sous nos feux de mitrailleuses.
En Champagne, le bombardement dirigé par l’ennemi sur nos positions a l’ouest de Prosnes a été suivi d’une forte attaque, prononcée sur un front de 1200 mètres. Arrêté par nos tirs de barrage, qui lui ont causé des pertes, l’ennemi n’a pu pénétrer que dans quelques éléments avancés de notre ligne, d’où notre contre-attaque l’a rejeté.
Sur le front de Verdun, lutte d’artillerie dans le secteur de la cote 304 et dans la région Fleury-la Laufée. Nous avons progressé à la grenade à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont.
Activité de l’artillerie anglaise sur tout le front. Les Allemands, de leur côté, ont recouru aux obus à gaz et aux obus lacrymogènes.
Les Russes ont élevé à 6250 le chiffre de leurs prisonniers sur la Slonovka, au nord de Brody.
L’armée turque fuit en désordre à l’ouest d’Erzindjan.
Des contingents turcs viennent en Galicie au secours des Autrichiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Prosnes

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