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Lundi 19 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 19 mars 1917

919ème et 917ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Temps moyen qui tourne à l’aigre ce soir, bise violente et glaciale. La nuit toujours du canon. Canon dans le lointain durant la journée vers Berry au Bac, avions sur lesquels les allemands ont tirés furieusement. Été le matin rue Dieu-Lumière pour la continuation de l’inventaire Gardeux. Personne. Est-ce que Landréat cuve encore son Champagne de samedi. Rentré en musant le long de la rue du Barbâtre, passé chez Chapuis pour un versement à l’Enregistrement. Greffe civil, ensuite rentré chez moi. Courrier, pas de lettre des miens. Après déjeuner signature d’une procuration. Causé avec M. l’abbé Compant, vicaire Général, été me faire couper les cheveux, pris un journal chez Michaud. Nous avons repris Chaulnes, Péronne, Noyon, etc…  Cela va-t-il continuer ? Devant chez Michaud, interpellé un motocycliste qui faisait claquer depuis 1/2 heure son moteur pour nous casser les oreilles. Reçu grossièrement bien entendu, par le voyou qui, comme je redescendais la rue du Cadran St Pierre, n’a trouvé rien de mieux que de me frôler et bousculer en passant près de moi à toute vapeur. Je lui ai allongé un de ces coups de canne dont on garde mémoire longtemps. Le pierrot n’était pas content, mais il a filé devant mon attitude décidée !! Et voilà comme nous sommes arrangés tous les jours par cette clique d’embusqués !! Quand donc serons-nous débarrassés de cette plaie !! Vu Mme Gaube et sa fille gracieuse au possible, causé de Jean et Robert très gentiment. Rentré chez moi. Je vais répondre à une longue lettre de mon ancien clerc Forzy, notaire à Fismes, actuellement capitaine au 289ème d’Infanterie, 4ème Compagnie, secteur 181. Un brave garçon très cocardier et un peu Tartarin.

Je suis fatigué et je sens mes forces m’abandonner par instants. Je suis si las et si découragé. Reçu mot de Bossu mon ami Procureur qui est convaincu que j’aurai mon ruban bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 mars 1917 – Les communiqués et les journaux nous annoncent, depuis deux jours, le recul des Allemands entre l’Avre et l’Oise.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, + 1°. De 8 h. 1/2 à 9 h., bombes sifflantes : 180 de 9 à 10 h. On dit que ce sont des obus sifflants sur Parc Pommery. Sifflements constants. Visite à la Maison des Petites Sœurs des Pauvres. Reçu visite du Colonel de Piré. Prise de Noyon, Crouy, Péronne(1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ces « prises » n’ont aucun caractère de victoire. Nous occupons le terrain volontairement abandonné par la Allemands pour raccourcir leur front et faire d’importantes économies de personnel. Tout ce terrain « reconquis » a été sauvagement détruit, miné, défiguré par l’ennemi qui a coupé tous les arbres, fait sauter les habitations, empoisonné les puits, etc.


Lundi 19 mars

La progression des troupes françaises a continué sur un front de 60 kilomètres, de l’Avre à l’Aisne. Au nord de l’Avre, la cavalerie est entrée dans Nesle. Nos patrouilles, lancées vers la Somme, ont livré des engagements aux arrière-gardes ennemies, qui ont faiblement résisté. Au nord-est de Lassigny, nous avons avancé de 20 kilomètres vers Ham. Plus au sud, notre cavalerie et nos détachements légers ont occupé Noyon.

Entre l’Oise et Soissons, la première ligne allemande, avec Carlepont, Morsain, Nouvron, Vingré est en notre pouvoir. Au nord de Soissons, nous sommes à Crouy.

Nous avons rejeté une attaque à la Pompelle, près de Reims. Canonnade en Champagne, à la butte du Mesnil et à Massiges; violent bombardement de nos positions sur la rive gauche de la Meuse, du bois d’Avocourt au Mort-Homme.

Echec d’une tentative allemande sur la rive droite de la Meuse, aux Chambrettes.

Deux avions ont été abattus par nos canons spéciaux.

M. Milioukof, au nom du gouvernement provisoire, a lancé une circulaire aux agents diplomatiques russes pour préciser les vues du nouveau régime.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 15 mars 1917

Montfaucon

Louis Guédet

Jeudi 15 mars 1917

915ème et 913ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, froid, les jours allongent. J’écris sans lumière, mis mon retard à jour. Demain je verrai aux quelques actes à faire faire. Pas de nouvelles, si ce n’est la démission du général Lyautey, ministre de la Guerre. Où allons-nous ?? Quelle bande de Brutes que cette Chambre. Je reprends mon voyage à Épernay et St Martin. A Épernay le 7 mars j’ai donc déjeuné chez le Président du Tribunal avec M. Bouvier le Vice-Président, M. Fournier de la Maison Werlé et le nouveau Procureur M. Osmont de Courtisigny, ancien avocat Général à Caen. Il a été charmant avec moi. C’est un homme distingué, un peu froid, tenant ses distances, mais il m’a semblé foncièrement bon. L’apparence est celle d’un vrai Procureur, très froid, mais aussitôt qu’on cause avec lui, c’est la courtoisie même. Il a perdu sa femme récemment et en parait fort triste (leur fils Pierre avait été tué aux Éparges le 22 juin 1915, à l’âge de 20 ans). Il m’a complimenté de mon attitude durant cette Guerre. Le Président et le Vice-Président m’ont couvert de fleurs. Bref j’ai bonne presse. M. Bossu m’a présenté à lui comme un héros…  mettons plutôt, (comme le disait avec humour le bon M. Bouvier, vice-président) un vaillant. A la fin du déjeuner est arrivé le Commandant Lallier, qui était gêné avec moi. Je l’ai tenu à distance ce pierrot-là, en attendant que je lui dise son fait. Il venait chercher une recette de sauce poivrade pour un morceau de cerf que lui avait donné le Président. Il ne pense qu’à son ventre cet imbécile-là. Il nous a appris que son co-aliboron Girardot allait quitter Reims. Il croyait que j’allais marcher, il en a été pour ses frais. Donc j’ai mes sanctions pour mon Affaire de simple police, Colas et Girardot sont débarqués. Quand à Lallier, je m’en charge. Les Gendarmes d’ici exultent et me porteraient en triomphe. Il est vrai que je leur ai tiré une « rude épine du pied. »

Après déjeuner je suis allé voir mon cher Procureur Bossu que j’ai trouvé dans son lit mais très bien, nous avions tous deux les larmes aux yeux en nous revoyant. Causé nécessairement de son successeur, et avec son fin sourire ! il me dit : « Ce n’est pas un Procureur que M. de Courtisigny, c’est un clergyman, il est vrai qu’il est protestant !! »

J’avouais que j’avais eu la même pensée que lui sur son successeur. Nous en avons bien ri. Il m’a causé de lui comme étant un parfait magistrat. Il lui a fait mon éloge et il m’a parlé de ma proposition pour le ruban qui a reçu un avis très favorable d’Herbaux, et transmis au Garde des Sceaux. Il m’a conseillé d’en prévenir le Préfet de la Marne par Dagonet qui m’avait dit que j’étais déjà sur une liste. C’est fait. Je n’ai donc plus qu’à attendre.

En tout cas je serais enchanté d’être promu avant le jugement de Reims, sous les canons de l’Ennemi. Autrement cette décoration n’aurait plus la même valeur pour moi.

Après avoir longuement causé nous nous sommes quittés, et mon cher Procureur a voulu m’embrasser. Nous nous sommes donc donnés une accolade toute fraternelle. Je lui ai demandé d’être mon parrain s’il était encore à Épernay lors de ma nomination, si celle-ci allait vite. Il a accepté…  Nous reverrons-nous ?

Le soir je me suis rencontré à l’Hôtel de l’Europe, où j’étais descendu, avec M. de Courtisigny, qui m’a offert de dîner en face de lui. Nous avons encore causé très longuement de Caen, de Reims, des Rémois, et il m’a appris qu’il était allié aux Krug, bref il a été très aimable et m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me mettre à contribution pour tous renseignements, etc…  etc…  J’ai accepté, d’autant qu’ainsi je pourrais rendre bien des services à mes compatriotes et à mes confrères.

Le lendemain matin je quittais Épernay par une neige épouvantable à 5h du matin, et arrivais à St Martin vers 8h. Trouvé ma chère femme bien accablée, amaigrie. Dieu sait ce qu’elle aura souffert cet hiver. Marie-Louise était au lit à la suite d’une chute sur la glace qui lui a provoqué un petit épanchement de synovie. Il n’y avait que Maurice d’à peu près valide. Le pauvre petit a souffert cruellement du froid, il parait qu’il pleurait parfois tellement il souffrait. Mon Père assez souffrant d’une bronchite, d’emphysème…  et de vieillesse, 82 ans demain !! Durant mon séjour Robert, voyant son tour pour aller au front approcher, nous a demandé de l’autoriser à devancer son tour et de partir comme volontaire. C’est fait le pauvre enfant !!! il voulait être affecté à la 42ème Division, ou est le fils de mon confrère Labitte, de Verzy (Lucien Labitte, notaire (1862-1951)), qui est attaché à l’État-major du colonel. Labitte doit le recommander à son fils (Pierre Labitte, polytechnicien (1896-1962)). Robert va sans doute venir pour 7 jours de congé à St Martin avant de partir. Pourrais-je aller l’embrasser une dernière fois ? Je ne sais !! Jean est très fatigué, il se classe 2ème et 3ème de sa brigade, mais il n’a plus que 15 jours à passer à Fontainebleau. Et puis lui aussi partira pour le front !! Deux enfants…  c’est beaucoup. Encore bien des souffrances et des angoisses pour ma pauvre femme !! Quand en verrons-nous la fin ?!!

André qui travaille près d’eux et a de bonnes places est venu passer près de nous la journée de dimanche dernier. Il se plait toujours bien à St Étienne de Châlons (c’était encore son avis plus de 50 ans après). Je suis rentré hier, assez désemparé. Que de tristesses je laisse derrière moi, ma femme, mes enfants…  c’est trop.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – Nuit tranquille ; + 4°. Visite à l’ambulance de Sainte-Gene­viève. Aéros allemands : tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 mars

Au cours de la journée, nous avons continué à progresser à la grenade dans la région de Maisons-de-Champagne, malgré un violent bombardement de l’ennemi qui a fait usage d’obus lacrymogènes.

Sur la rive gauche de la Meuse, l’artillerie française a exécuté des tirs de destruction sur les organisations ennemies. Un observatoire a été détruit près de Montfaucon.

Sur le front belge, violente lutte de bombes dans la région de Steenstraete~Hetsas.

Les Anglais ont avancé leur ligne, au nord de l’Ancre, sur un front de 2500 mètres au sud-ouest et à l’ouest de Bapaume. Une nouvelle progression a été également réalisée sur un front d’environ 2 kilomètres au sud-ouest d’Achiet-Le-Petit. Les troupes britanniques ont pris possession d’environ 1000 mètres de tranchées au sud-ouest des Essarts {nord-ouest de Gommécourt).

Un raid ennemi au nord-est d’Arras n’a pu parvenir jusqu’à leurs lignes.

Nos alliés ont exécuté un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Armentières.

Le vapeur américain Algonquin a été torpillé par un sous-marin allemand. L’équipage a été sauvé.

La Chine a proclamé la rupture avec l’Allemagne.

Le général Lyautey, ministre de la Guerre, donne sa démission.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Montfaucon

Montfaucon

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Mardi 6 mars 1917

Louis Guédet

Mardi 6 mars 1917

906ème et 904ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Beau temps, du soleil, la neige finit de fondre. Ce matin inventaire 22, rue des Murs. La femme qui a les clefs nous fait attendre pendant 1h, elle en prend pour son rhume. Je fais la prisée dictée à Dondaine que je laisse au dépouillement des papiers, car c’est pour l’Étude Jolivet. Dans les susdits papiers je trouve une lettre du greffier de Paix d’Épernay qui, au lieu de me prier d’apposer les scellés ici, écrit à cette femme de chercher s’il y a des valeurs ou autres papiers intéressants ! C’est assez piquant ! Si les héritiers savaient cela je crois que le susdit greffier passerait un vilain quart d’heure. Je rentre chez moi puis cours chez Landréat pour me faire un procès-verbal de prestation de serment d’Harel, notaire à Reims comme suppléant. Je déjeune en coup de vent, répond à quelques lettres et je file à mon audience de simple police à 1h1/2. Prestation de serment de Harel, puis l’audience habituelle. Je fais citer pour notre prochaine audience du 3 avril 1917 un capitaine de gendarmerie Bocquet, 151ème Division à Pargny, qui comme un imbécile qu’il est a fait dresser procès-verbal à un garçon boucher qui frappait les jambes (le sabot disent les témoins) d’un taureau qu’on menait à l’abattoir par un maréchal des logis de gendarmerie, par application de la loi de Grammont. Tous les témoignages disent qu’il n’a pas brutalisé l’animal. Nous allons voir ce que dira ce galonné digne acolyte de cette brute de Girardot.

Fin d’audience, je dresse et fais signer une réquisition de notification à mariage pour un aspirant qui est dans les tranchées en ce moment, vers le Linguet.

Couru faire quelques courses et rentré fourbu faire ma valise. Pourvu que je n’ai pas de retard demain. Je verrai tout mon Tribunal à Épernay, aussi je coucherai forcément. Je tâcherai de partir à 5h du matin jeudi pour St Martin. Je suis heureux de voir mon ancien Procureur Bossu et aussi les miens. Je suis fourbu et très énervé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1917 – Beau temps. Nombreuses visites d’aéros boches toute la jour­née et tir en l’air, de l’artillerie, presque continuel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 6 – Vers 5 h. très violent combat. Nuit tranquille. 0°. Neige cou­vre encore la terre. Aéroplane, tir contre lui. A 11 h. 1/2, un de nos obus éclate si près d’un avion allemand que j’ai cru qu’il l’avait atteint ; et en effet à partir de ce moment, il a décrit une courbe descendante pour retour­ner vers les lignes allemandes, comme pour atterrir. Visite à l’hospice Rœderer. De 7 h. à 9 h., canonnade lourde, lointaine au Sud-Est. Toute la nuit, violente canonnade à l’Est et au Sud-Est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

roederer


Mardi 6 mars

Nos reconnaissances ont réussi plusieurs coups de main, notamment au nord-ouest de Tracy-le-Val et au bois d’Avocourt. Vers Troyon, dans la région de Reims et à la cote 304, nous avons arrêté des tentatives de coups de main ennemies.

Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement dirigé par l’ennemi sur la région du bois des Caurières a redoublé d’intensité et a été suivi d’une violente attaque sur un front de 3 kilomètres, entre la ferme des Chambrettes et Bezonvaux. Entre le bois des Caurières et Bezonvaux, les efforts répétés des Allemands ont échoué sous nos tirs de barrage et de mitrailleuses. L’ennemi avait pu prendre pied dans nos éléments avancés au nord du bois des Caurières, mais il a été rejeté ensuite d’une partie de ces éléments.

A l’ouest de Pont-à-Mousson, une tentative allemande sur une de nos tranchées au nord de Flirey a complètement échoué sous nos feux. Nos tirs de destruction ont bouleversé les travaux de l’adversaire dans le secteur de la forêt de Bezanges.

Nous avons abattu deux avions allemands, l’un près d’Autrecourt (Meuse), l’autre vers Mampeel (Oise); Un troisième a été descendu en Alsace.

Succès italien dans le Haut-Tyrol.

Echec turc en Perse.

La session du Sénat américain s’est close sans que la loi de neutralité armée ait été votée. C’est le résultat de l’obstruction de quelques sénateurs. 83 membres de l’assemblée sur 96 ont exprimé à M. Wilson leur volonté de s’associer au projet.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 4 mars 1917

Saint-Thierry en 1907

Louis Guédet

Dimanche 4 mars 1917

904ème et 902ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Gelée forte. Il fait froid avec une vraie bise. Est-ce que nous allons recommencer une série de froids sibériens !! Messe de 8h1/2 de paroisse. Rentré travailler « d’arrache-pied » pour déblayer pour le mercredi 7. Écrit au Président Hù que j’acceptais de déjeuner avec lui, au Procureur de la République que j’avais l’intention de m’absenter 8 jours et que je passerai à Épernay le 7 pour me tenir à sa disposition, à mon cher ancien Procureur Bossu pour lui dire que je le saluais avec toute ma joie. Retenu chambre à L’Europe (cet hôtel était situé au 21, rue Porte-Lucas à Épernay, il est fermé et ce sont aujourd’hui des commerces, mais le fronton de l’entrée porte toujours le nom « L’Europe »). Prévenu Manon (Étude Jolivet) et M. Archambault (Étude Lefebvre d’Aÿ) que je venais à Épernay s’ils avaient à me dire quelque chose.

Sur ces entrefaites mon courrier arrive. Lettres nombreuses, de ma chère femme qui me rassure un peu sur le départ de Robert, et une lettre de Jean (réduite), carte de visite de M. Bossu m’annonçant qu’Herbaux a transmis sa proposition pour mon ruban, et il me conseille de me faire « pousser » !! Je lui réponds à mon cher Procureur que n’ayant jamais fait de politique je ne connais personne qui puisse me recommander, et que du reste cela me répugne ! Recommander les autres et les faire pistonner, çà va, mais pour moi ? Je ne pourrais pas, je ne saurais, je n’oserais pas. En tout cas nous causerons de tout cela ensemble mercredi après-midi. Il m’ajoute qu’il a vu son successeur M. de Courtisigny, à qui il a dit que j’étais un « Héros »…  Pauvre héros ! bien désemparé et puis qu’a-t-il fait…  son devoir ! alors je ne vois pas où est l’Héroïsme ! du citoyen Infernal Tabellion en Infernal Juge de Paix de Guerre de Reims !!

Lettre du Vice-Président Bouvier me  chargeant comme juge de Paix de « laver la tête » à ce pauvre Minet, huissier, qui a fait une gaffe, en menaçant une femme émigrée de Reims pour son loyer !! Le pauvre garçon est bien courageux, mais il est maladroit. Enfin j’arrangerai cela.

Après-midi porté mes lettres à la Poste et poussé jusqu’à St Remy voir le brave doyen Goblet qui avait à me parler, assisté aux Vêpres. En entrant à St Remy, attrapé un photographe militaire amateur qui cependant avait une autorisation de prendre des photographies, et dans la conversation il me dit : « J’ai même le droit de verbaliser contre ceux qui photographient sans permis !! » J’attrape la balle au bond et lui réplique : « Eh ! bien, vous ne risquez rien de verbaliser contre tous vos « Pierrot » d’officiers qui photographient à Kodak que veux-tu à notre nez !! mais vous vous en gardez bien !! Nous en avons assez de vous et de vos abus !! » Il est resté figé !!

En revenant à la maison, rencontré rue Chanzy le R.P. (rayé) ancien professeur (rayé), il me parla du faire-part de la mort de M. Benoiston, ou les princes de sang étaient énumérés : M. Marcel Bataille, officier gestionnaire, au front, M. André Benoiston, automobiliste militaire, au front, etc…  etc…  et avec son fin sourire il m’ajouta : « C’est grotesque ! Vous, vous n’auriez pas fait cette énormité… !…  Mais hélas lui et son Père sont grisés de leur fortune et croient qu’ils sont des êtres supérieurs (rayé) il avait senti le (rayé) envers (rayé) si je ne me trompais pas en flagellant et en méprisant cette prétention d’être exposé au feu…  à 40 kilomètres du vrai front !!

Il me disait qu’au moment du (rayé) il lui avait dit franchement ce qu’il pensait de lui, qu’il avait disséqué et qu’il lui avait montré le danger qu’il courait (rayé) qu’ils n’ont pas (rayé) mais (rayé) largement (rayé).

En le quittant je songeais à ce que (rayé) et me demandais avec (rayé) de tous ces (rayé) peureux et lâches si nous ne reverrions pas une réédition de la « Terreur Blanche » (troubles et massacres par les royalistes après la seconde abdication de Napoléon 1er, le Maréchal Brune en fut l’une des victimes) si magistralement dépeinte par Henry Houssaye (écrivain, journaliste, historien, auteur de « 1815, La seconde abdication. La terreur blanche », éditée en 1905 (1848-1911)). Dans ces embusqués là, et ces trembleurs du « Front » de « l’arrière-derrière » ne chercheraient pas à faire cette « Terreur Blanche » contre ceux qui ont été se faire tuer pour eux et ont fait leur devoir, comme l’ont fait tous les « musqués » royalistes qui vivaient aux crocs de Louis XVIII et sa « traîne », c’est possible ! Ce serait malheureux, et surtout injuste et nécessairement nous reverrions la réaction d’une nouvelle dictature qui balaierait tous ces pantins comme poussières et feuilles mortes en novembre !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – 0°. Nuit assez tranquille entre batteries jusque vers 11 h. Mitrailleuses du 3e zouaves (1); Général Duplessy, Colonel Philippe. Reçu visite du Colonel du 60e (qui va avec le 44e7). Canon 287 Faubourg de Laon ; Colonel de Piré, parent de Mgr Bonfïls, avec son aumônier que j’ai vu à Courcelles. Aéroplanes allemands : tir contre eux ; 5 h. bombes sif­flantes. Mgr Neveux est allé à Thil, a visité le gourbi du Colonel, les tran­chées, vers le bois du Chauffour, a aperçu Loivre, et est venu à Saint-Thierry, invité par le Colonel. Retraite du mois. Les Allemands ont voulu prendre un petit poste ; l’ont pris ; mais n’ont pu le garder. Canons de Beth­léem ont tiré. Le soldat qui tirait était de Maulevrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 3e Régiment des zouaves est le régiment de Constantine. Son drapeau sera décoré de la Légion d’Honneur et de la Médaille militaire et, entre les deux guerres, il sera commandé par le Colonel Juin, futur Maréchal de France

Saint-Thierry en 1907

Saint-Thierry en 1907


Dimanche 4 mars

Lutte d’artillerie assez active entre Oise et Aisne dans la région sud de Nouvron et en Alsace dans le secteur de Burnhaupt.

Faible canonnade sur le front belge. Les Anglais ont accompli une nouvelle progression au nord de Puisieux, au nord et à l’est de Gommécourt. En dépit de la résistance opiniâtre de l’ennemi, ils ont avancé leur ligne de 400 mètres en moyenne sur un front de 8 kilomètres environ.

Ils ont enrayé par leurs tirs de barrage et leurs feux d’infanterie une contre-attaque sur leurs positions avancées au nord-est de Gommécourt. Ils ont réoccupé intégralement une tranchée qui avait été d’abord évacuée par leurs troupes. Deux de leurs postes ont été attaqués au nord-ouest de Roye. Quelques hommes ont disparu. Une forte patrouille qui tentait d’aborder les lignes à l’est de Givenchy-les-la Bassée a été arrêtée par les feux d’infanterie de nos alliés.

L’Allemagne a avoué, dans une note officieuse, ses intrigues au Mexique.

Le président Wilson a reçu des assurances d’un certain nombre de républiques sud-américaines.

Le maréchal Conrad de Hoetzennorf, chef d’état-major général de l’armée austro-hongroise, a été remplacé en sa fonction par le général Von Arz.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 27 février 1917

Louis Guédet

Mardi 27 février 1917

899ème et 897ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps couvert avec brume, plutôt froid. Bataille toute la nuit, et de plus j’ai eu de terribles insomnies. Ce matin réveillé à 5h éreinté. J’ai tâché de dormir pour me remettre mais impossible. Ma bonne ne va pas plus mal, plutôt mieux mais affaiblie, cela se conçoit. Travaillé toute la matinée, fait deux ou 3 courses, Courrier de la Champagne pour une circulaire à l’imprimerie pour la Chambre des notaires. Chapuis pour cours de Bourses, partage partiel Lepitre et Billy, Greffe civil pour législations, rentré pour mon courrier peu chargé. Après-midi porté mon courrier, et passé par la Mairie où M. Martin me remet la notification de ma nomination de Président de la Commission d’appel des allocations militaires pour l’arrondissement de Reims. C’est Chézel qui me remplacera comme Président des 4 commissions des Cantonales de Reims. En sorte que l’autre jour, quand Régnier le sous-Préfet m’a dit que je restais Président des 4 cantons et que Chézel était nommé Président d’appel, il a bafouillé ou il a signé sans savoir ce qu’il signait, cela ne m’étonne nullement.

Bref, comme j’avais dit à Houlon cela, et que celui-ci me soutenait que c’était bien moi qui devait être Président d’appel en remplacement de M. Bossu Procureur de la République, je lui avais déclaré comme conclusion : ou c’est lui qui est saoul ou c’est moi ? Nous verrons. Heureusement et ce m’est un soulagement : c’est Régnier qui était saoul !! selon son habitude…  On m’a remis les dossiers en retard, il y en a 69 depuis le 27 octobre 1916, dernière séance de M. Bossu et ses archives. Je vais étudier cela, c’est classé et cela ira bien. Un ou 2 coups de collier à donner et ensuite je n’aurai plus que des séances tous les mois. Cela me tiendra moins que la Présidence des commissions cantonales qui me tenaient tous les mercredis. Demain j’assisterai à la réunion pour mes adieux et remettre mes fonctions à M. Chézel. L’arrêté préfectoral qui me nomme est daté de Châlons du 19 février 1917 et m’a été signifié le 26.

Reçu lettre de l’abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins qui me remerciait des compliments que je lui avais fait de sa Légion d’Honneur. Il me contait une aventure arrivée à Chappe, avocat, adjoint de Reims, qui s’est sauvé le 2 septembre comme un poltron qu’il est. A l’enterrement du docteur Doyen (chirurgien de renommée internationale, inventeur de nombreux instruments chirurgicaux (né en 1859 et décédé le 21 novembre 1916 à Paris)) il plastronnait avec la famille pour recevoir les invités, quand survint l’abbé Tribidez, ancien aumônier militaire. Le sourire aux lèvres, mon Chappe lui tend la main, l’abbé retient la sienne ostensiblement en s’écriant : « Ah ! çà ! non ! Je ne serre pas la main d’un lâche !! » Tête du Chappe !

Comme je contais cette histoire tout à l’heure à Houlon, je lui disais que nous devrions nous grouper pour traiter de la même manière les pleutres qui reviendraient ici la bouche en cœur après la délivrance de Reims. Il me répondit : « J’y ai essayé et aussi j’avais déjà eu quelques adhésions, Charbonneaux, de Bruignac, et j’avais demandé au Maire d’être Président, mais celui-ci s’y refusa ! Toujours le même et aussi sectaire. Je le regrette pour lui qui s’est taillé une si belle page dans l’histoire de notre Ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 27 – + 4°. Nuit tranquille, sauf – Invitation du Général de Bazelaires par les aumôniers, à aller prêcher les soldats à Hermonville et dîner avec lui (mercredi 28). Lettre aux Évêques de la Province pour présentations épiscopales.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hermonville


Mardi 27 février

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes en Belgique, dans la région des Dunes et à l’est du bois de Malancourt.

Nous avons réussi un coup de main sur un saillant ennemi, au nord de Tahure et ramené des prisonniers.

Sur le front belge, lutte d’artillerie d’intensité moyenne spécialement vers Nordschoote et Steenstraete, où les engins de tranchées ont été actifs.

Les Anglais ont progressé dans la vallée de l’Ancre. Leur avance s’étend sur un front de 17 kilomètres 600, de l’est de Gueudecourt au sud de Gommecourt et a atteint une profondeur de 3 kilomètres 200. Outre Serre, ils ont occupé le point d’appui de la butte de Warlencourt, le village de ce nom, Eaucourt, Pys et Miraumont, et atteint les abords de le Barque, Irles et Puisieux-au-Mont.

Ils ont rejeté une attaque sur l’un de leurs postes au sud de la Somme.

Un coup de main au nord d’Arras leur a valu 24 prisonniers. Leurs détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies à l’ouest de Monchy-au-Bois et à l’ouest de Lens, ramenant des prisonniers.

Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie ont occupé le point stratégique de Kut-el-Amara, au sud de Bagdad. 1730 Turcs ont été capturés et, en outre, 4 colonels allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 22 février 1917

Louis Guédet

Jeudi 22 février 1917

894ème et 892ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense avec brume et pluie de brouillard. Silence absolu, que se prépare-t-il ? Voilà la question que je me pose maintes fois. Ce silence m’effraie, plus que le canon. Pourvu que nous ne soyons pas trop bombardés durant cette attaque…  et dès les beaux jours. Enfin, à la Grâce de Dieu !…  mais je me sens si peu courageux maintenant. Pas sorti ce matin. Cet après-midi réquisitions militaires, où nous avons eu affaire à des bourriques notables et notamment cette fripouille d’ordure d’entrepreneur, qui à un moment donné devenait insolent envers le sous-Intendant Payen. Je l’ai rappelé vertement à l’ordre et l’ai calmé illico en lui lisant les articles 10 et 11 du Code de Procédure Civile. Çà été une douche pour lui.

Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville pour une signature et rentré chez moi faire mes lettres, répondu à M. Bossu mon cher Procureur Général pour le remercier de tout ce qu’il fait pour moi… Vraiment c’est charmant à lui d’avoir voulu que son dernier acte de Procureur de la République de Reims soit ma proposition au ruban, on ne peut être plus délicat.

Bouvier en me le disant hier, l’avait bien senti. Ce sera pour moi, si cela réussit, et surtout pour ma chère femme et nos chers enfants, un titre de fierté de plus, car une proposition dans ces conditions sort de l’ordinaire. C’est en un mot le complément d’une œuvre, de l’œuvre de mon aimable Procureur, qui dit ainsi : « Voilà le seul homme digne de mon attention durant le temps que j’ai été Procureur de la République à Reims, et pendant la Guerre… » Mais je ne l’ai pas encore, et puis en suis-je digne ?!! si je l’ai que Dieu me soutienne et m’éclaire, et me garde pour que je ne la ternisse jamais, au contraire !!… Et que surtout mon pauvre cher vieux Père le voie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – Nuit tranquille ; + 5°. Malade ; pas dit messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 22 février

Activité des deux artilleries dans la région de la Butte-du-Mesnil et sur la rive droite de la Meuse, vers le bois des Caurières et vers. Nos tirs d’artillerie ont allumé un incendie dans les lignes adverses, à la lisière du Grand-Chenais.

Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes du secteur de la ferme des Chambrettes a échoué sous nos feux.

Les Anglais ont exécuté avec succès plusieurs opérations en différents points du front.

Sur la Somme, ils ont occupé des éléments de tranchées au nord-est de Gueudecourt, en faisant 21 prisonniers.

Un détachement est entré fort avant dans les lignes allemandes, au sud d’Armentières, sur un front d’environ 600 mètres, infligeant de nombreuses pertes à l’ennemi et ramenant 44 prisonniers. Un autre coup de main a permis à nos alliés de pénétrer dans les positions allemandes sur un front de 450 mètres. L’ennemi a subi de fortes pertes. 114 prisonniers, dont un officier, et 4 mitrailleuses ont été capturés.

Activité d’artillerie au nord de la Somme et en divers points entre Armentières et Ypres.

Par un ordre en Conseil, le gouvernement anglais a encore renforcé le blocus.

M. Wilson a reçu du Sénat de Washington des pouvoirs élargis.

Avance britannique en Mésopotamie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux-1916

 

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Mercredi 21 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 février 1917

893ème et 891ème jours de bataille et de bombardement

8h10 soir  Ce matin brouillard intense, le silence. Je m’éveille à 6h, il faut se hâter la voiture vient à 7h. On charge la couronne de la Chambre des notaires pour ce pauvre Lefebvre et je prends Mt Dondaine notaire à Beine en passant, et nous courons sur Aÿ par Montchenot, Champillon, Dizy. 3h de voiture avec ces routes défoncées par les camions et voitures militaires. Cela me ramène à l’époque napoléonienne avec notre coupé à 2 chevaux. Arrivés chez Lefebvre je vois la famille, son maitre clerc, et on me renseigne sur le suppléant désigné par le Président, en vertu du Décret du 17 août 1912, qui permet de nommer suppléants le clerc même pour un notaire décédé. Je tiens un coin du drap (honneur de marcher à côté du cercueil), et je dois débiter mon laïus au cimetière. On porte ma couronne sur la tombe, car on ne veut pas de fleurs sur le char funèbre. Comme notaires nous étions peu !! Dondaine, Lepetit notaire à Avenay, Dufour à Châtillon et moi.

C’était plutôt maigre pour un Président. Les confrères de Paris et ceux des cantons limitrophes ou leurs suppléants auraient pu faire un…  léger effort. Ce sont des mufles. Je ne parle pas de Thiénot, lui qui vient tous les  jours à Épernay, il n’est pas venu celui-là, j’en arrive à l’ignorer !!

Obsèques très solennelles, beaucoup de monde. Je vois là de Ayala qui donne son caveau de famille à mon confrère en attendant qu’on puisse le transporter à St Léger des Aubées (Eure et Loir) son pays natal, Bollinger, et ce brave Blondeau, beau-frère d’Émile Charbonneaux, qui n’était pas encore remis de ses émotions de la mort de notre pauvre ami qui causait avec lui dans l’étude de la succession de son Père quand il est tombé dans ses bras. Embolie ou angine de Poitrine. Lefebvre avait eu déjà une légère syncope 15 jours avant.

Après l’enterrement, au sortir du cimetière je cause avec mon brave et charmant Président Hù (toujours le même) et Vice-Président Bouvier qui m’a dit que Lépinois lui avait communiqué la lettre du Procureur de la République M. Bossu au Procureur Général à mon sujet (il n’a pas prononcé le mot de ruban) ou il faisait mon éloge et disait qu’il tenait à dire ce que j’étais et ce que j’avais fait depuis 30 mois avant de partir à Bastia et de se résigner à ses fonctions. Bouvier, qui est droit, à mon sens, me dit comme préambule : « Mon cher M. Guédet, je tiens à vous dire, et ceci à l’éloge de Bossu que Lépinois m’a communiqué, à l’insu de celui-ci, sa lettre à votre sujet, etc… » Pour qui connait la rancœur de M. Bouvier envers M. Bossu, cela prouve une réelle droiture de sentiments, qui malgré tout rend justice à quelqu’un qu’il considère comme son ennemi mortel… Quant au Président, l’un le traite de timoré comme toujours, et que je n’avais rien à foutre de tous les galonnés de France et de Navarre, toujours aussi bon, et il m’a ordonné d’attendre qu’il m’écrivit pour me présenter au nouveau procureur qui n’arrivera que vers le 2 ou 3 mars. J’en profiterai pour aller à St Martin.

Je m’étais mis en habit chez le clerc d’Harel, qui est là avec les minutes du confrère dans une maison en communauté avec le juge de Paix de Bourgogne.

Après la cérémonie, déjeuner chez Lefebvre avec la famille, les 2 charmantes et vraiment gracieuses filles de Lefebvre, son fils ainé en Tunisie, lieutenant d’artillerie n’a pas pu venir, son 2ème fils était là, ayant déjà eu dans les tranchées une congestion pulmonaire, fort délicat. Le Général Gallet son beau-frère, Mt Lefebvre notaire à Chartres son frère, avec son gendre et successeur et Mt Bigard commissaire-priseur à Paris son beau-frère. Déjeuner d’enterrement, tout intime malgré tout. Vu après Mme Lefebvre, très courageuse et très résignée, nous causons, je fais mes condoléances au nom de la Compagnie, et je lui dis que je suis à son entière disposition pour quoi que ce soit. Elle a paru très touchée de mes paroles et m’a réclamé les quelques mots que j’avais dit sur la tombe de son mari.

A 4h nous partons et rentrons à Reims à 7h du soir. Je suis éreinté et fort émotionné de cette journée qui me montre de plus en plus les vides qui se font autour de moi des amis sur lesquels je pouvais espérer compter après la Guerre. Je resterais donc toujours seul ?!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 février 1917 – L’inscription qui avait été ordonnée, pour la préparation des cartes de sucre, indique une population actuelle de 17 100 habitants à Reims.

De nouvelles mesures sont prises au sujet du ravitaillement.

Il y a seulement quinze jours, on pouvait obtenir facilement 500 k de charbon au dépôt, sur le canal, en payant comptant. Depuis que l' »office départemental » est chargé de la répartition des stocks, les demandes autorisées ont d’abord été limitées à 100 kilos ; actuellement, elles ne peuvent excéder 50 kilos, qui sont accordés sur production de pièces d’identité.

L’essence fait défaut, pour la population civile, depuis un mois environ et le pétrole est délivré avec un commencement de restriction, à la mairie.

A partir du 25 février, les boulangers ne pourront plus vendre que du pain rassis.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 21 – Nuit tranquille ; brouillard ; + 4° ; malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 21 février

Actions d’artillerie assez vives entre l’Oise et l’Aisne et dans le secteur d’Avocourt.

Sous la protection d’un violent bombardement qui détruisit entièrement une tranchée, de forts détachements ennemis, soutenus par des lance-flammes, se sont précipités à l’assaut d’un petit poste anglais au sud du Transloy.

Nos alliés ont pénétré dans les lignes allemandes à l’est d’Armentières et à l’est d’Ypres, occasionnant de graves dégâts.

Échec allemand sur le front russe près de Porgaitze.

Échec autrichien sur le plateau d’Asiago. Les Italiens bombardent la gare de Tarvis.

L’Amérique somme l’Autriche de préciser ses vues sur la conduite de la guerre sous-marine.

Nouvelles démarches des alliés à Athènes : l’exécution du dernier ultimatum étant incomplète.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

avocourt

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Mardi 20 février 1917

Louis Guédet

Mardi 20 février 1917

892ème et 890ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie battante toute la journée, et pas un coup de canon, journée fade et fastidieuse. Fait mon topo pour demain si on me demande de prendre la parole sur la tombe de ce pauvre Lefebvre, qui est mort d’une embolie au cœur dans les bras de Blondeau (Jules Fernand Blondeau, négociant en vins de Champagne (1864-1934)), de la Maison Irroy, de Reims, beau-frère d’Émile Charbonneaux qui me le contait !…

Reçu lettre toujours cordiale du Vice-Président Bouvier qui insiste pour que j’aille les voir, et une du Procureur de la République, M. Bossu, qui me remerciait d’avoir abrité son argenterie qu’il a reçu et que j’avais en garde depuis 1914. Il me termine sa lettre en m’annonçant qu’il cesse ses fonctions le 19 courant, et qu’il a prêté serment par écrit à Bastia le même jour comme Procureur Général. Il ajoute qu’il ne m’oublie pas, et qu’il a voulu que son dernier acte comme Procureur de la République de Reims fût ma proposition à la Chancellerie pour le Ruban Rouge, et que sa lettre partait le soir même, et qu’il suivrait l’affaire de Bastia. Il m’aimait et m’estimait.

D’autre part Bouvier me disait que le Président voulait me présenter lui-même au nouveau Procureur qui arrivera commencement mars. Dieu veuille que tout cela réussisse et se passe bien et vite, car je suis bien las et fatigué et si je suis pour obtenir un Ruban qu’il m’arrive avant que je meure. Je suis si épuisé, si à-bout. Cela me remettrait peut-être et m’encouragerait surtout.

Demain je pars à 6h1/2 du matin pour Aÿ. Encore une journée fatigante et émotionnante. Je n’ai cependant pas besoin de cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille ; + 4° ; plaques d’enduit et jointures se détachent de la voûte de la Cathédrale (suite du dégel).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cathédrale


Mardi 20 février

Assez grande activité des deux artilleries dans les secteurs d’Avocourt, de la côte du Poivre et de Bezonvaux. Nos batteries ont exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes au nord de Damloup.

En Alsace, un coup de main sur les lignes adverses, au Barenkopf (nord de Munster), nous a permis de faire une dizaine de prisonniers.

Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais au cours des opérations sur l’Ancre s’est élevé à 773, dont 12 officiers. Ils ont capturé également un certain nombre de mitrailleuses et de mortiers de tranchées. L’ennemi a lancé une forte attaque contre les nouvelles positions de nos alliés sur l’éperon dominant la ferme de Baillescourt. Trois vagues successives, appuyées par des troupes de soutien, se sont portées à l’attaque des lignes britanniques : elles ont été rejetées avec de fortes pertes sans avoir pu atteindre les tranchées en un seul point.

Nos alliés ont effectué des raids heureux au sud-ouest et au nord-ouest d’Arras, au sud de Fauquissart et au nord d’Ypres. Au nord de Souchez, ils ont détruit un puit de mines ainsi que plusieurs abris garnis de troupes. Ils ont capturé un certain nombre de prisonniers.

Sur le front russe, au sud de Wichneuskoie, les Allemands ont lancé quatre nappes de gaz.

Sur le front italien, action d’artillerie et petites rencontres de reconnaissances.

Le gouvernement américain a fait mettre des mines devant plusieurs de ses ports.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 9 février 1917

Louis Guédet

Vendredi 9 février 1917

881ème et 879ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours le  même froid sec avec lune. Heureusement que dans la journée le soleil est fort chaud à partir d’une heure après-midi jusqu’à maintenant, avec une interruption légère vers 4h3/4. Attaque et contre-attaque furieuses vers St Léonard et La Pompelle. On entendait très bien les grenades et le crépitement de la fusillade et surtout des mitrailleuses. Ce sont les Russes qui tiennent le secteur. On ne s’entendait pas par moment. Tout tremblait et nos canons tonnaient furieusement. Pourvu que nous n’écopions rien cette nuit ou demain.

Ce matin audience civile, 4 ou 5 affaires. 3 jugements rendus pour les affaires Goebel – Fontainier, que j’ai débouté tous avec chacun leurs frais, çà les rafraichira sans doute.

Après-midi sorti pour faire des courses et prendre un peu d’exercice. Attardé à l’Hôtel de Ville où j’ai bavardé avec Houlon et Martin, secrétaire du sous-Préfet ! De ces discutions et conversations sur un cas d’allocation militaire il en est résulté que nous avons découvert que jamais je n’aurais été nommé régulièrement à la Présidence des 4 commissions pour Reims. Les juges de Paix mes prédécesseurs ont pris la Présidence de Droit au début et l’on a continué les mêmes errements. Et voilà.

De fil en aiguille on a parlé du remplacement de M. Bossu Procureur de la République comme Président de la Commission d’appel pour les allocations militaire, les dossiers s’accumulent. On a demandé au nouveau Procureur s’il succéderait à M. Bossu, ou s’il déclinait. Il est convenu qu’on me proposera au sous-Préfet pour prendre cette présidence, et que Gustave Houlon me remplacera pour la Présidence des commissions cantonales.

Si le Procureur accepte, j’ai prié M. Martin de faire aussitôt le nécessaire pour régulariser ma Présidence pour la Commission cantonale. Ce sera plus régulier et plus correct. Toutefois il m’avait semblé, vu dans les nombreux décrets sur les allocations, qu’il était dit que c’était le juge de Paix de canton qui devait avoir la Présidence de ces commissions de Droit, et à son défaut telle personne, désignée alors par le Préfet ou le sous-Préfet. Je vais rechercher cela.

Je ne retrouve rien de l’article 3§1, on peut déduire que le Préfet nomme les Présidents. En tout cas mes prédécesseurs juges de Paix ont commencé, je n’ai donc fait que de continuer leur tâche. De toute façon je vais faire régulariser cette situation. De plus le Procureur de la République m’avait chargé de cette présidence. C’est plutôt drôle comme situation !!!

On parle toujours de faire un dépôt de munitions au Garage automobile de notre rue en face de l’usine Benoit. L’autorité militaire est folle !! au milieu d’une agglomération d’habitants !! C’est de l’assassinat ni plus ni moins.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 9 – Nuit tranquille, sauf vive canonnade entre batteries jusqu’à minuit. – 8°. Messe non dite : rhume. De 1 h. à … canonnade d’une extrême violence ; gros canons qui ébranlent le sol et l’air, font trembler portes et fenêtres, et secouent la maison à la faire écrouler. Quid ? N’ai pas fait le Chemin de la Croix, étant malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 9 février

Sur le front de Verdun, combats à la grenade et lutte d’artillerie assez vive dans la région cote 304-bois d’Avocourt. Nous avons capturé une patrouille allemande près de Bongée.

En Alsace, rencontres de patrouilles dans les secteurs de Metzeral, d’Aspach et de Seppois.

Un de nos avions a lancé 6 bombes sur les établissements militaires de Lahr (grand-duché de Bade). Une de nos escadrilles a bombardé le terrain d’aviation de Marakecke.

Les Anglais ont dirigé une attaque contre une importante position allemande au sommet de la hauteur de Sailly-Saillisel. Elle a réussi. 78 prisonniers ont été faits. Nos alliés ont progressé sur les deux rives de l’Ancre. Ils ont enlevé la ferme de Raillescourt, sur la route de Beaumont-Miraumont. Au sud de l’Ancre, enlevant une tranchée, ils ont fait 52 prisonniers. Un détachement a fait des prisonniers au sud de Bouchavesnes.

Canonnade dans les régions d’Armentières et d’Ypres. Les aviateurs britanniques ont bombardé un aérodrome.

Les Russes ont eu un succès sur les Autrichiens, près de Kimpolung, un autre sur les Turcs près de Guemisch-Kané (Arménie).

Un sous-marin allemand a torpillé le paquebot anglais California. Il y a des victimes.

Le Sénat américain a approuvé par 78 voix contre 5 la rupture signifiée à l’Allemagne par M. Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 12 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 12 janvier 1917

853ème et 851ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps maussade de neige fondue, et rayé de soleil malade…  triste journée. Écris ce matin au Procureur de la République M. Bossu pour le féliciter de sa nomination comme Procureur Général à Bastia, cela m’émotionne beaucoup. C’est un déchirement pour moi. Enfin audience civile à 9h1/2, mouvementée !! J’en suis encore tout nerveux, il me faut si peu de chose maintenant… ! Je tomberai bientôt certainement. Je suis à bout de nerfs. Mais procédons par ordre.

Un conseil de famille Lesage-Baillette, de braves gens de Trois-Puits, morts père et mère (Maurice Alfred Lesage, né en 1883, soldat au 94ème RI, tué à Douaumont le 18 mars 1916, et son épouse Gabrielle Clémence Baillette, née en 1891 et décédée en 1914), laissent 2 petits fort seuls (dont Aimé Lesage (1911-1976)). Là j’ai vu le grand Baillette, pauvre garçon enlevé par les allemands jusqu’à Warmeriville lors de la retraite de Champagne. Il y est resté 18 mois à travailler avec les allemands. L’usine Harmel était transformée en caserne, 2 régiments et 400 chevaux, on l’employait aux travaux de culture et au nettoyage des rues. Pas trop maltraité. Tous les hommes de 16 à 40 ans parlent maintenant allemand !!

La gare de Bazancourt a été démolie par la grosse Julie, mais ils ont fait une voie de raccordement et rien n’a été changé. On voit que cet homme un peu fruste se rend compte de la puissante organisation des allemands. Bref il n’a pas trop souffert.

Ensuite une affaire idiote d’injures entre voisins qui se continuait devant moi, cris, injures, piaillements de femmes, etc…  avec cela l’agent d’affaires véreux et taré de Duytsche qui n’arrêtait pas de créer des incidents, il y avait déjà 3/4 d’heure que cela durait !!  Quand après la déposition plutôt mouvementée d’un témoin nommé Marchand, je m’aperçu que j’avais sur mon bureau une lettre (déposition identique) du témoin que j’avais oublié de signaler au fameux Duytsche. Très innocemment je lui tends la lettre en disant : « Tenez, j’ai oublié de vous la donner avant, mais lisez-là, elle est identique !! » Alors Duytsche lève les bras d’horreur : « Vous ne m’avez pas donné connaissance de cette lettre avant la déposition, c’est un cas de récusation. Je récuse ! en me regardant !! » – « Vous me récusez, et bien soit !  Sortez d’ici tous, et vous irez trouver un autre juge de Paix pour juger votre affaire ».

Tabellion !!! Il parait qu’il voulait simplement dire qu’il récusait le témoin et non moi !

Bref je les ai flanqués à la porte. J’étais au bout de mes nerfs avec ces cris durant 1h. Landréat et Jésus mes greffiers étaient pétrifiés et ma foi embêtés. Quant à moi ! Je risque une plainte de cette fripouille au Procureur. La réponse était facile, aussi je m’en faisais pas trop de bile ! Bref repassant à 3h au Greffe 59, boulevard de la République pour remettre à Landréat une pièce, je me heurte à Duytsche qui sortait, et derrière lui mon brave Landréat qui, rayonnant, me dit que l’affaire est arrangée en réunion à 15 heures, et Duytsche ne portera pas plainte !! Plainte de quoi ?…  Je crois au contraire que j’ai pris le bon moyen avec lui et que je serais délivré de ses laïus !…  Bref tout est bien qui finit bien, mais que j’ai les nerfs tendus. Avant j’étais monté à l’Enregistrement rue de la Concorde, et en rentrant, au pont de Vesle, je glisse et m’étale sur le pont devant la sentinelle, dont le mouvement de présentation d’armes devant un de mes citoyens, le capitaine de gendarmerie Girardot et (en blanc, non cité) avait occasionné ma glissade. Le Capitaine de dire : « Cela glisse ! » – « En effet Capitaine, mais c’est moins glissant que le Parquet Général pour les Gendarmes !! » Tête du Galonné !! qui n’a pas pipé. Je pars demain pour Paris.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille ; + 2°. Via Crucis in Cathedrali aquis lamentabiliter inundata.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 12 janvier

En Argonne, à la Fille-Morte, nous avons fait sauter une mine qui a causé de gros dégâts dans la tranchée adverse.
Sur la rive droite de la Meuse, une attaque des Allemands, dirigée sur une de nos tranchées du bois des Caurières, a été repoussée après un vif combat au cours duquel l’ennemi a subi des pertes sérieuses.
Actions d’artillerie en Haute-Alsace, en Woëvre et dans la région de Verdun.
Les Anglais ont effectué toute une série d’opérations secondaires.
Au sud de l’Ancre, des détachements ont pénétré sur deux points dans les tranchées allemandes de la région de Grandcourt et y ont enlevé des prisonniers. Une autre opération a eu lieu avec un grand succès près de Beaumont-Hamel. Une tranchée a été enlevée sur un front de 1200 mètres. Une contre-attaque ennemie a été dispersée. Nos alliés ont fait l76 prisonniers.
Ils ont encore pénétré dans les lignes allemandes à l’est d’Armentières et au nord-est d’Ypres.
Aucune action militaire importante sur le front d’Orient. Lutte d’artillerie sur la Strouma et dans la région de Monastir.
Les hydravions britanniques ont bombardé Gerevitch, au nord-est de Xanthis. Douze avions britanniques ont bombardé les établissements militaires de Hudors et de Stroumica. Huit avions français ont opéré près de Velès.
Le cuirassé anglais Cornwallis a été coulé en Méditerranée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bois de Caurières

Bois de Caurières

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Jeudi 11 janvier 1917

Louis Guédet

Jeudi 11 janvier 1917

852ème et 850ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Assez beau temps, de la neige la nuit mais qui a fondu dans la matinée. Temps humide, froid.

Le matin fait quelques courses, abbé Camu pour un renseignement notarial, Hôtel de Ville, Houlon pour un domestique pour mon Père. Après-midi audience de réquisitions militaires. Rien de saillant à ce sujet. Toujours la même banalité. Sauf M. Prudhomme (Maison Raymond Aubert) qui ne se cachait pas pour me dire combien on m’aimait à Paris (les rémois), et que l’on ne se cachait pas pour dire : Ah! Notre Guédet, voici l’homme qu’il nous faut ! » – Merci – du compliment, mais çà ne prend pas, car je ne ferais pas de mon plein gré de la Politique. Il faudrait nécessité absolue pour le bien de la Ville pour que je me laisse fléchir.

Durant l’audience on m’apprend la nomination du Procureur de la République de Reims M. Bossu comme Procureur Général à Bastia. J’en suis enchanté pour lui, mais pas pour moi, car il me connaissait et j’avais un appui en lui et un défenseur qui m’aimait. Qu’allons-nous, que vais-je avoir pour nouveau Procureur de la République ?…  Là est la question. Je suis attristé de cette séparation, j’aurais aimé me retrouver avec mon cher Procureur, qui m’appelait toujours son Infernal Tabellion, lors de la délivrance de Reims et de la reprise de toute la justice. J’aurais aimé qu’il fût là quand j’aurais déposé ma toge et rendu tous mes services aux juges de Paix de Reims nos messieurs. Enfin il sera dit que tous ceux auxquels je m’étais attaché…  me laisseraient seul.

Rentré ici travailler… !…  toujours toujours. Je suis fatigué.

Une bien bonne que Payen, mon sous-Intendant nous contait tout à l’heure…  il était allé dernièrement à Trigny pour vérifier la sincérité d’une réclamation d’indemnité de réquisition d’un chariot de culture à 4 roues. On se mit d’accord sur le chiffre à payer au propriétaire, soit 1 000 F. Vous croyez que la Commission de vérification de Châlons acceptât ce chiffre sans observation, quoiqu’Intendant et Prestataire fussent d’accord sur ce prix ? Du tout…  La Commission, dans sa haute sagesse, déclara ceci :

Nous acceptons de payer le chiffre de 1 000 F pour cette réquisition, mais comme le beau-père du prestataire nous a réclamé indûment 900 F pour une lorgnette, une lunette de précision, et que ce genre d’instrument ne valent que 450 F, nous n’allouerons donc audit propriétaire du charriot que 550 F, et ainsi nous rentrerons dans nos fonds !!…  Et allez donc !! Celle-là n’est pas dans une musette. Payen n’a pas pu me dire si l’affaire a été définitivement réglée ainsi !! C’est grotesque. Payen tout le premier en hausse les épaules. C’est non seulement à en devenir antimilitariste, disait-il, mais encore anarchiste !…  Je suis de son avis.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 11 – Nuit tranquille ; + 2°. Visite de M. de Sylain, de M. Fendler.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 janvier

Lutte d’artillerie intermittente sur la plus grande partie du front, plus active au nord de la Somme, dans les régions de Bouchavesnes et de Cléry et en Argonne dans le secteur du Four-de-Paris.
Sur le front belge, violent duel d’artillerie dans la région de Dixmude. Vers Hetsas, lutte à coups de bombes. L’artillerie belge a réduit au silence les minenwerfer ennemis.
Canonnade habituelle sur le Carso.
Sur le front russe du nord, la lutte continue à l’ouest de Riga (région du lac de Babit). Nos alliés, après un combat acharné, se sont emparés des positions ennemies entre les marais de Tiroul et la rivière Aa : ils se sont avancés de 2 kilomètres vers le sud et ont capturé des prisonniers.
Des contre-offensives ennemies ont été repoussées. Nos alliés, dans les quatre derniers jours, ont pris 21 canons lourds, 11 canons légers, 11 caisses à munitions.
En Valachie, les troupes russo-roumaines ont brisé une série d’attaques. Elles ont fait 335 prisonniers.
M. Briand a remis à M. Sharp, ambassadeur des Etats-Unis la réponse à la récente note de M. Wilson. Cette remise a été effectuée en présence de M. de Beyens, ministre des Affaires étrangères de Belgique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes 2

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Lundi 8 janvier 1917

Louis Guédet

Lundi 8 janvier 1917

849ème et 847ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie toute la nuit. Journée assez belle, avec rayée de soleil mais froide, du vent aigre. Je suis au courant de mon courrier. Vu pas mal de monde. Rendu visite à M. et Mme Camuset, on s’attend à quelque chose sous peu, car eux aussi ont remarqué la quantité de troupes massée dans les environs. Au greffe civil, appris que M. Bossu, Procureur de la République, était assez gravement malade de son diabète, il aurait une plaie à la jambe avec enflure. C’est toujours sérieux. Pourvu qu’il se rétablisse. Je m’étais réellement attaché à lui, et c’était réciproque je crois. S’il disparaissait ce serait une perte pour moi, il avait du cœur et il avait été le plus crâne de tout notre tribunal, car les autres, dont il s’était fait des ennemis irréductibles à cause de cela ne sont que des pleutres. Qui lui ont voué une haine mortelle parce qu’il a exigé qu’ils reviennent à Reims. Enfin, plaise à Dieu qu’il se guérisse, ce serait une vraie perte pour moi et j’en aurais un réel chagrin. Je serais si heureux si nous pouvions nous retrouver dans Reims délivré.

La scie des demandes de renseignements pour des dommages de Guerre commence à affluer, et comme je suis presque le seul membre de la commission à Reims, alors tout cela me tombe sur le dos.

Je ne suis cependant bien las, et je suis si attristé. Je souffre réellement de cet état d’esprit, de cette obsession qui ne me quitte plus que je ne verrai pas la fin de cette Guerre. Cela me fait souffrir beaucoup.

Vu Tricot, qui m’a causé du rapatriement de Thérèse Lemoine, sa belle-sœur (cousine de Madeleine par sa mère), et de M. Lemoine, vieillard de 83 ans (1834-1921). Ils ont souffert énormément à Trosly-Loire (dans l’Aisne, le Maire en 2018 est M. Thierry Lemoine) où ils étaient réfugiés, ayant abandonné Foreste (village de l’Aisne situé à 45 km au nord de Trosly-Loire) trop bombardé. Il parait que leur belle ferme a beaucoup souffert du tir de nos canons. Ils racontent les exactions auxquelles ils étaient soumis par les allemands. Jusqu’à les faire déshabiller complètement pour les fouiller et voir s’ils ne cachaient pas d’argent sur eux. Et quand ils en trouvaient dissimulé sur eux les allemands s’en emparaient et leur donnaient un reçu pour être remboursé après la Guerre !! Malheureusement le peuple, le paysan en est arrivé à s’accoutumer au frottement avec les allemands et s’il n’y a pas sympathie, il y a modus vivendi et même entente tacite pour la délation contre les plus fortunés. Un jour des officiers allemands sont venus montrer à M. Lemoine des bijoux ayant appartenu à sa femme qu’ils avaient découverts dans leur cachette, et avec désinvolture ils voulaient que M. Lemoine leur indiquât  la valeur…  pour lui en tenir compte de 10% de cette valeur toujours après la Guerre. Il s’agissait d’un pendentif, mais auquel il manquait toutes les perles, qui sans doute avaient été mises de côté par ces voleurs ! Une autre fois ils lui prennent 6 000 F qu’il portait toujours sur lui, quant à Thérèse Lemoine, qui avait caché sa réserve dans les buses de son corset, comme on l’avait fait déshabiller, arrivée au corset et à la chemise elle dégrafât son corset en disant : « Faut-il que j’enlève aussi ma chemise ? » On n’insistât pas et elle conserva son argent.

Un autre jour M. Lemoine avait pris par mégarde un chemin défendu. 3 jours après, menace d’expulsion et amende. Une jeune fille écrit une note pour réclamer à une institutrice d’un village voisin un livre dont elle avait besoin. Le message est arrêté, le billet saisi, et condamnation à 500 F d’amende à chacun, du Père, de la Mère et de la jeune fille ! « Nous ne pouvons pas payer, répondirent-ils, nous n’avons plus d’argent ! » – « Vous paierez par acompte, nous savons que vous avez de l’argent caché, » fut la réponse ! Tout est inventaire, classé : œufs, lait, beurre, légumes du jardin, etc…

Enfin un jour la sanction pour l’inobservation par M. Lemoine de n’avoir pas respecté le chemin interdit arriva, on voulut les transporter à Prémontré dans une voiture à moisson (charrette). Thérèse protesta à cause de son beau-père. Enfin 3 jours après de longues résistances on leur offrit un landau (la voiture hippomobile…). Ils partirent. Arrivés à Prémontré (ancienne abbaye située à 20 kilomètres de Trosly-Loire) où il n’y avait presque plus d’aliénés qui ont été transportés à Gand, Anvers, etc…  Ils furent soumis à un régime beaucoup plus doux. M. Lemoine, à cause de son grand âge put avoir un œuf par jour et du lait condensé en sus de sa nourriture habituelle. Vint enfin le moment où les allemands demandèrent les noms des personnes qui désiraient retourner en France. Thérèse fit sa demande et 2 mois après ils prirent le chemin de la Suisse. Elle avoue elle-même que si elle avait su que c’était grâce au Kronprinz elle y aurait renoncé. Elle est toute blanche et très amaigrie…  Pauvre femme, mais enfin voilà la famille réunie et reconstituée. Mais que retrouveront-ils de Foreste et de Trosle-Loire quand les Barbares se retireront !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 8 – Nuit tranquille. Entendu vers 3 h. matin un gros coup canon français. Visite à M. le Curé de Cormontreuil paralysé. Pendant notre visite, quelques bombes allemandes sur rue de Louvois.

Cormontreuil

Cormontreuil


Lundi 8 janvier

En Belgique, vive lutte d’artillerie dans le secteur de Nieuport-Bains.
En Champagne, dans la région de Tahure, une reconnaissance ennemie, prise sous notre feu, a subi des pertes et s’est dispersée.
Les troupes anglaises ont enlevé deux postes vers Beaumont-Hamel et fait 50 prisonniers. L’ennemi ayant tenté de reprendre pied dans ces postes, a complètement échoué.
Nos alliés ont fait 19 prisonniers au cours d’un coup de main au sud d’Armentières.
L’ennemi qui avait, à la suite d’un violent bombardement, tenté de pénétrer dans les tranchées au sud Wytschaete, a été rejeté en désordre après avoir subi des pertes importantes. Une autre tentative contre les avant-postes au nord d’Ypres a également échoué.
Activité d’artillerie au sud de Souchez et dans les régions du canal de la Bassée, d’Armentières et d’Ypres.
Canonnade sur le Carso.
Les Russes ont fait 500 prisonniers allemands en Moldavie.
Le général Sarrail a participé à la conférence interalliée de Rome.
La gazette de l’Allemagne du Nord dément formellement que les conditions de paix des Empires du Centre aient été communiquées au président Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 21 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 21 novembre 1916

801ème et 799ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Temps brumeux, froid. Le calme. Journée fort occupée à rattraper le courant de ma correspondance qui, hélas ! ne tarit pas à chaque courrier, et il n’y en a qu’un par jour ! Je vois les lettres en retard s’accumuler. J’en abats, j’en abats et cela ne diminue pas. Pas sorti ce matin. Après-midi fait des courses, Ravaud, Lesage à qui j’ai appuyé son admission comme chimiste expert du Tribunal sur ma recommandation à M. Delaunay, juge d’instruction. Le brave Lesage en était tout réjoui. C’est un bon enfant ! Son frère était là, décoré de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre à 22 ou 23 ans, sous-lieutenant. Vu et passé à la Ville, rien de particulier. J’ai causé à Raïssac de mon greffier militaire Croquet, on lui accordera le supplément qu’il désire pour vivre, en sus de sa solde de subsistance qui est de 1,41 ½ + 0,25 solde = 1,66 ½ par jour, ce qui est insuffisant ici. Vu ensuite M. Bossu, Procureur de la République, pour l’aviser de mon retour. Toujours fort aimable, il m’aime bien. Causé de choses et d’autres, il me dit avoir vu le fameux Capitaine de Gendarmerie Girardot. Son exclamation : « C’est une brute, doublée d’un gendarme ! » Je suis de son avis. Il parait que le citoyen a voulu lui parler de mon Affaire avec un grand A, mais çà n’a pas pris !!…

Il paraitrait que le G.Q.G. (Grand Quartier Général), ferait une enquête sévère sur Colas de (rayé) ma foi ! ce ne serait que « pain bénit ». Je ne m’en plaindrais pas. (Rayé) serait ainsi (rayé) de cette société peu enviable ni recommandable. Il me disait que lui-même n’en (rayé) pas fâché. Il est absolument de mon avis sur la moralité et l’amoralité du (rayé) qu’il juge à sa juste valeur. Il m’a appris que (rayé) avait été aussi (rayé) comme (rayé) dans cette affaire. Cela me confirme et me fait comprendre la lacune que je trouvais dans cette affaire Goulden. En effet les associés ayant tous la signature sociale, j’étais très surpris que seul Goulden fut inculpé. Or voilà les faits rétablis exactement, ce que m’a dit le Procureur. Lewthwaite a été inculpé avec Goulden, qui était le principal coupable et Eugène Walbaum nécessairement mis hors de cause parce que sur le front, ou tout au moins mobilisé. L’affaire est nette maintenant, en clair, en résumé c’est la Maison Heidsieck-Monopole qui a bel et bien été impliquée de commerce avec des ennemis en la personne de ses associés non mobilisés et gérant réellement l’affaire commerciale en l’absence d’Eugène Walbaum (1872-1929). Goulden comme principal inculpé et Lewthwaite comme associé responsable. C’est du droit pur. Donc le jugement du conseil de Guerre condamne non seulement Goulden, mais aussi la Maison Heidsieck-Monopole. Robert Lewthwaite a été acquitté personnellement. Causé aussi des légalisations pour Reims et des difficultés pour Reims d’envoyer des pièces à légaliser à Épernay. M. Bossu est comme moi d’avis qu’on devrait me déléguer pour ces législations et me considérer comme Juge de Paix de Canton hors tribunal civil. Nous devons y recourir du reste.

Journée bien remplie. Demain messe anniversaire à 7h du matin pour mon pauvre Maurice ! 2 ans déjà !! J’en soufre comme au premier jour. C’était mon seul et vrai ami. Je suis bien seul maintenant. Et il me faut songer à ses petits comme ceux des miens, c’était promis, du reste !! Mon cher Maurice prie pour moi et protège-moi, dirige-moi pour l’Honneur, pour ta chère femme et tes enfants, et pour Louis mes aimés, ma chère femme et nos chers petits. J’en ai 2 soldats, mon cher Maurice, et ton René va aussi entrer dans la fournaise. Protège-le, protège-les, protège-nous, protège-moi, Dirige-moi, conseille-moi, que tous soient dignes dans le Droit et le Devoir. Et que j’ai la joie de voir les tiens et les miens heureux et prospères… !!…  Alors je pourrais te dire que j’ai rempli ma promesse, mon devoir envers toi et ta bonne amitié.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille. + 2° ; brouillard. Rénovation des Promesses Cléricales, à 4 h, chapelle du Couchant. Allocution par moi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 21 novembre

Assez grande activité de l’artillerie ennemie au nord de la Somme et dans le secteur de Douaumont. Sur le front belge, lutte d’artillerie dans la région de Dixmude et de Boesinghe et combats à coups de bombes. Sur le front britannique, l’ennemi a bombardé Beaumont-Hamel et les environs de Gueudecourt, 80 nouveaux prisonniers sont tombés entre les mains de nos alliés. Les Roumains ont arrêté l’ennemi dans la vallée de l’Olt, mais continué leur repli dans celle du Jiul. Les Italiens signalent des actions d’artillerie sur le front du Trentin ; les travaux de l’ennemi sont entravés par leur tir. Dans le Haut-Bul, les Autrichiens ont bombardé les positions du Pal Piccolo et de Freikofel. Sur le Carso, ils ont attaqué avec de gros contingents la cote 126, et réussi à occuper un des retranchements italiens. Partout ailleurs, ils ont été repoussés avec de grosses pertes. C’est une victoire complète que les troupes alliées ont remportée en Macédoine. La cavalerie française est entrée la première dans Monastir, suivie d’une colonne d’infanterie franco-russe. Nos troupes ont passé immédiatement au nord, prenant la cote 821, le village de Karkhura et arrivant aux abords de Karannes et d’Orizani. Nous avons fait 622 prisonniers et capturé un nombreux matériel.

Source : La guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Lundi 13 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 13 novembre 1916

793ème et 791ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Brouillard épais toute la journée, le silence. Toute la matinée classé, rangé, remonté tout ce que j’avais mis à l’abri. Vu à mon courrier en retard. Et après-midi fait des courses. Vu mon Président, M. Bossu, causé de ma fameuse affaire Colas – Girardot. Il est très monté contre le commissaire central qui me crosse dans sa réponse à sa lettre. M. Bossu va encore le cingler. Pour moi l’affaire semble abandonnée, les soudards sont muselés. Mais c’est le pauvre capitaine Théobald qui a laissé passer à la censure les fameux « attendus », objets de toute cette Affaire, avec un grand A. Comme dit le Procureur, qui écope, on le déplace à Trévoux (Ain) tout en le maintenant à Reims.

Vu le Maire pour le remercier de m’avoir nommé membre de la Commission d’évaluation des dommages de Guerre. Choisi par le Conseil Municipal.

Il parait que c’est Gustave Houlon qui a attaché le grelot pour moi, fortement appuyé par le Docteur Langlet. J’ai donc accepté. Ils en ont paru très satisfaits. Rentré chez moi, après avoir vu Ravaud et Lesage, ce dernier pour ma communication à l’Académie de Reims sur l’incendie de l’Hôtel-Dieu pour le 8 décembre.

Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de songer à mes misères. Demain je vais m’attacher à terminer mon retard, et puis je reprendrai ma vie monotone si lourde, si pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 13 – Nuit tranquille. + 4°. A midi + 10°. Visite au Colonel Treilhard, rue de Pouillon. Reçu visite de M. de Sylans, d’un Belge et d’une dame belge et d’un Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 13 novembre

Au nord de la Somme, nos troupes, achevant la conquête de Saillisel, ont réduit à la grenade quelques ilots dans la partie est du village, où des fractions allemandes résistaient encore. Tout le village est maintenant en notre possession. Les pertes subies par les Allemands au cours de cette lutte ont été très élevées, à en juger par les cadavres qui couvent le terrain conquis. Le chiffre des prisonniers faits par nous est de 220 hommes et 7 officiers. Nous avons pris 8 mitrailleuses. Canonnade habituelle sur le reste du front. Sur le front anglais, l’artillerie allemande a tiré violemment toute la journée, dans la région de Lesboeufs et d’Eaucourt-l’Abbaye. Les troupes britanniques ont réussi deux émissions de gaz sur les tranchées ennemies, au nord de l’Ancre. Les Italiens ont concentré de grandes quantités de matériel dans le Trentin. Les Roumains ont repris l’offensive sur plusieurs points des Carpates de Moldavie. On se bat également sur l’Olt et sur le Jiul. En Dobroudja, nos alliés se fortifient sur une ligne allant de Topol à la mer Noire. Les Russes soutiennent de rudes combats autour de Halicz. Les Serbes ont enlevé, dans la boucle de la Cerna, tout le massif du Tchouk et le village de Porog.

Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 19 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 19 octobre 1916

768ème et 766ème jours de bataille et de bombardement

9h3/4 soir  Pluie diluvienne toute la journée, couru en ville. Reçu une souscription à l’Emprunt, la seule sans doute que je recevrai moi-même. Réquisitions militaires, toujours aussi camarade avec mon sous-intendant Payen. Peu d’affaires. Mais très occupé par une lettre plus qu’amicale de mon cher Procureur Bossu au sujet de mon affaire de simple police. Que d’encre ! que d’encre !! Vu le Président qui tonne contre les soudards et contre tout le monde, n’admettant pas qu’on me touche. Texier affectueux et bon ami. Cela m’encourage, car je vois que tous m’aiment !! bien et fort et fidèlement. M. Mathieu très affectueux et navré avec moi de toute cette histoire, tout en lui occasionnant un travail formidable. Je viens d’écrire 10 pages de lettres à mon vénéré Procureur, pour lui faire la Genèse de toute cette histoire. Enfin je vais me reposer ! Je suis éreinté ! Pas écrit à ma Pauvre femme ! Je n’en n’ai pas le temps. Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – + 10°. Nuit tranquille. Pluie. Vers 3 h. gros canons français. Pluie toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 19 octobre

Au nord de la Somme, nous avons achevé la conquête du village de Sailly-Saillisel et occupé les croupes qui se trouvent au nord-ouest et au nord-est du village.
Au sud de la Somme, la première ligne allemande a été enlevée d’un bond sur tout le front entre la Maisonnette et Biaches. Nous avons fait 250 prisonniers dont 5 officiers et capturé plusieurs mitrailleuses.
Notre aviation de chasse s’est montrée très active: 3 avions ennemis ont été abattus sur le front de la Somme.
Sur la rive droite du Vardar, nous avons enlevé les tranchées ennemies sur une profondeur de 400 mètres. Les troupes serbes ont progressé sur les pentes nord-ouest du Dobropolie. Fusillade et canonnade dans la plaine de Monastir. Des contingents turcs sont signalés sur la basse Strouma.
Les Italiens ont détruit deux colonnes autrichiennes au Pasubio.
Les Roumains, qui tiennent bon sur tous les cols des Alpes transylvaines, ont fait 440 prisonniers
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Source : La Grande Guerre au jour le jour

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