Bombardement le matin, sur le centre et vers le quartier Sainte-Anne

Le Courrier de Champagne de ce jour, publie la lettre suivante :

Lettre ouverte à M. le Préfet.

Monsieur le Rédacteur en chef du Courrier de la Champagne, à la Haubette.

Je lis dans les journaux qui paraissent actuellement à Reims, que le Préfet de la Marne vient de révoquer de leurs fonctions quelques maires et adjoints du département, pour avoir abandonné leur poste et fui devant l’ennemi.

Cette mesure approuvée par tous était attendue et s’imposait, mais pourquoi Monsieur le Préfet borne-t-il à quelques petites communes de notre département ces sanctions nécessaires. Nul n’ignore qu’à Reims même, quelques fonctionnaires, adjoints et conseillers municipaux, des administrateurs et des médecins des hospices, ont dès la première alerte et sans le moindre scrupule, prestement lâché leur poste devant l’ennemi et failli à leur plus élémentaire devoir.

Il nous est heureusement resté un maire, des conseillers et aussi des fonctionnaires des hospices, qui tous, courageusement et sans la moindre hésitation, ont accepté la lourde et pénible tâche de défendre la ville et les intérêts de leurs concitoyens brutalement menacés.

Ceux-là sont bien connus, nous les voyons tous les jours à l’œuvre ; l’estime et la reconnaissance de tous les Rémois leur sont acquises sans restriction, mais il faut aussi que le public sache que d’autres, après avoir brigué un poste officiel et l’avoir obtenu, ont failli à leur tâche, qu’ils sont désormais disqualifiés et que leurs noms doivent être publiés comme ceux des fonctionnaires des petites communes de la Marne.

Recevez, etc.

Signé : M. Farre

Cette lettre nous apprend que des défaillances, des faiblesses se sont produites dans l’administration des hospices, ainsi qu’ailleurs, à l’approche de l’ennemi.

Je l’ignorais, comme j’ignorais ce qui s’était passé dans les services municipaux, jusqu’au moment où, après avoir entendu un fonctionnaire – non des moindres – se permettre de critiquer avec la dernière âpreté l’attitude si digne, si désintéressée du Dr Langlet, j’en avais été tellement choqué, qu’après avoir confié ma profonde surprise à mon collègue Vigogne, qui a une grande expérience des hommes et des choses, et s’était montré jusqu là d’une complète discrétion à ce sujet, celui-ci m’avait dit très simplement :

« Non, ne vous étonnez pas; il y en a quelques-uns, et celui-là était du nombre, à qui le maire a fait adresser, par le secrétaire en chef, une lettre les mettant en demeures de venir reprendre leur poste, ou bien d’envoyer leur démission. »

Je compris mieux, alors, les raisons d’une animosité qu’il m’avait été assez pénible de constater.

– A la suite de la lettre reproduite plus haut, Le Courrier donne l’information suivante :

Croix-Rouge Française.

Société Française de secours aux blessés militaires.

Dans une réunion de ce jour, tenue au siège de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle18, le comité provisoire, nommé à cette fonction par M. le délégué, pour assurer la bonne marche et le fonctionnement des hôpitaux, entravé par l’absence prolongée et inexplicable de certains membres de l’ancienne commission exécutive, a décidé de procéder à la reconstitution définitive de cette commission.

Après délibération, ont été nommés :

MM. Marcel Farre, président,
Colonel d’Izarny-Gargas, vice-président,
Dr Henri Cochemé, d°
Geroges Houlon, trésorier,
Robert Rebouch, secrétaire,

Cornet, Dupont, Lucien Bellevoye, Alexandre Henriot, Charles Janin, Henri Janin, Auguste Krier, Eugène Loth, Marcel Minet, membres.

La commission exécutive à l’honneur de faire connaître à ses concitoyens qu’elle tient à leur disposition :

  1. une liste aussi complète que possible de tous les noms des militaires blessés ayant passé, tant dans les hôpitaux civils que dans celui de l’Union des Femmes de France et dans ses hôpitaux auxiliaires du territoire ;

  2. tous renseignements utiles pour la recherche de soldats prisonniers, comme aussi sur le mode d’envoi d’objets de linge et vêtements à l’adresse des dits prisonniers de guerre.

S’adresser à la permanence, rue de Vesle 18

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Lundi 2 – Canon français de 8 h à 11 h aéroplane, 1/4 d’heure après bombes allemandes. Messe des Morts à la chapelle de la rue du Couchant. Absoute… Visite au cimetière du Nord. Très peu de visiteurs. Prière sur la fosse commune et les tombes des soldats. 11 h bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Dans ma visite au 16 rue du Carrouge, Sohier me montre 3 petits éclats d’obus ramassés dans la cour, qui doivent provenir du projectile tombé à la première heure près de la Caisse d’Épargne.

Journée parsemée des émotions qui sont notre lot de chaque instant ; une nouveauté nous est cependant servie à 20H par deux soldats en gaieté qui, en pleine rue de Talleyrand, déchargent 6 coups de leurs fusils.

L’apparition immédiate à leurs fenêtres ou sur le pas de leurs portes des deux ou trois dizaines d’habitants occupant encore le quartier les met rapidement en fuite, ce qui les dispense d’entendre les malédictions dont on les accable.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

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Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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