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Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

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Samedi 12 mai 2017

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille, sauf bombardement assez violent, et assez proche de nous, vers minuit, et une seconde fois. Visite dans les rues Thiers, du Consul, du Carrouge, etc. Dans l’après-midi, aéroplanes, bombes, ca­nons français. A 7 h., bombes violentes et sèches rue Chanzy, où un homme est déchiqueté à l’entrée de la rue du Couchant, rue du Jard, etc. Bombe chez M. Champenois ; bombes sur le Fourneau économique près de la Cha­pelle du Couchant (ancien fourneau qui avait déjà été bombardé et ne fonc­tionne plus).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 12 mai

Après un violent bombardement de la région de Cerny-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué simultanément nos positions de part et d’autre du village. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos tranchées dans le secteur est. A l’ouest, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied sur un front de 200 mètres environ dans nos éléments avancés, en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate de nos troupes. La lutte d’artillerie s’est poursuivie très active sur cette partie du front.
En Argonne, vers Bolante, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses et ramené des prisonniers.
Canonnade intermittente sur le reste du front.
Nous avons abattu cinq avions en combats aériens.
Sur le front britannique, les Allemands ont lancé des attaques au sud de la Souchez. Au bout de trois heures de violents combats, nos alliés ont dû abandonner une partie des positions attaquées. Ils ont repris ensuite tout le terrain perdu. L’ennemi a subi de lourdes pertes.
La bataille se poursuit en Macédoine, sur les fronts français, britannique et serbe.
Canonnade sur le front italien, dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago et dans les Alpes Juliennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 4 mai 1917

Louis Guédet

Vendredi 4 mai 1917

965ème et 963ème jours de bataille et de bombardement

8h20 soir  Quelle journée !! Bataille bombardement la nuit. Temps beau mais s’embrumant. Je me lève tard, ayant peu dormi. Je monte vers 9h1/2, et à 10h dans ma chambre pour faire une toilette. Explosion formidable !!  cela parait proche, mais j’ai appris que c’était un dépôt de munitions qui avait sauté au Château d’Eau qui est aplatit, dit-on ! Et l’eau de la ville ??? Ce serait grave si c’était vrai !! Je descends en cave et je remonte dans ma chambre vers 10h20. Je me rase, fait ma toilette,  je descends à la cuisine et à peine descendu, à 10h50, 3 bombes coup sur coup, tout proche me semble-t-il. Nous descendons en cave, et à peine descendus, de la fumée vers le garage automobile de la maison. On monte et l’une des 3 bombes avait broyé la majeure partie de mon pauvre mobilier sauvé du naufrage, un gros marronnier coupé, la buanderie de la maison soulevée, les w.c. de service écrasés, et…  mes pauvres meubles bien mal en point…  pour un premier vendredi du mois, c’est réussi !! je suis bien brisé, découragé…

Je vais tout de même à la Poste à 2h. Trouvé lettre de ma chère femme, la pauvre aimée, elle ne se doute guère que tandis que la maison de son Père est sauvée, indemne, son pauvre reste de mobilier est broyé. Je n’ai pas le courage de le lui dire dans la lettre que je laisse à la Ville où je vais après.

Là, à la Poste, la population qui attend ses lettres est très montée…  on en entend de belles sur nos officiers galonnés.

Hier une femme bien mise, qui doit être réfugiée chez Chapuis racontait à ma domestique vers 6h du soir qu’elle fut interpellée par un Général de Division, à qui elle faisait remarquer le désastre à l’Hôtel de Ville, et celui-ci de lui dire : « Ma brave dame, que faites-vous ici ? vous feriez mieux de vous en aller ! » – « Mais, Monsieur le Général, voilà 32 mois que je suis ici, pourquoi partirais-je ? Et puis, il faut bien que je veille à ce que mon pauvre petit mobilier soit préservé du pillage de vos officiers et des soldats !… » – « Oh ! ma brave femme, ce n’est rien, et puis ce n’est pas fini, vous en verrez bien d’autres !!… » de répondre le galonné, ou plutôt l’étoilé !! Alors la femme ne se gênât pas pour lui dire ce qu’elle pensait des pillards galonnés.

Hier Curt, des Galeries Rémoises, obtint d’un lieutenant et d’une section du 7ème Génie de faire sauter un immeuble de la rue des Boucheries pour couper l’incendie qui gagnait la rue de Pouilly. Et comme celui-ci lui demandait pourquoi ils ne faisaient pas cela partout pour couper le fléau dans chaque rue, le lieutenant lui répondit qu’il avait l’ordre de se tenir à la disposition du Capitaine des Pompiers de Paris Bardenat (mon engueuleur d’hier) pour faire le nécessaire, mais que celui-ci se gardait bien de le requérir !!…  Toujours la même chose : Il y a comme un mot d’ordre de donné : « Laisser détruire Reims coûte que coûte !! » Pourquoi ??…  L’avenir et l’Histoire le diront ! J’espère bien ??  Mais quelle honte ! pour l’Armée.

En résumé les Pompiers de Paris, depuis qu’ils sont là, et surtout sous les ordres de Bardenat, ont fait tout, surtout pour se défiler et laisser brûler Reims !

A la Ville vu Raïssac (le Maire arrivait quand je sortais, et m’a serré la main) une occasion pour lettre. Rencontré Houlon et Grandremy. On a sauvé la toile de la salle des mariages « (Mariage romain) » mais que de pertes…  d’arts. Je fais le tour du désastre : c’est navrant. Harel, Douce, Bigot sont brûlés.

Je vois Bompas qui m’apprend que ce matin, en allant à la cave de la Chambre pour voir si les archives étaient intactes, s’est aperçu qu’on avait volé dans la nuit 25 bouteilles de Champagne. Heureusement les pillards n’ont pas vu l’argenterie qu’il me remettra demain, car le pauvre garçon est déterminé à partir dans son pays natal près de sa Mère. Je ne puis l’en empêcher. Je m’en ferai une raison avec ce que nous passons.

Rentré à la maison, jeté sur mon lit et dormi, un cauchemar, mais j’étais dans une chambre ! et non dans une cave ! quand reprendrais-je ma vie un peu humaine ?

En passant vu l’abbé Camu et le Père Griesbach. Je conte mes histoires avec les Pompiers et les pillards, et l’abbé Camu nous raconte qu’on aurait trouvé dans la rue une lettre d’une femme d’un officier cantonné ici qui écrivait à celui-ci : « Je n’ai plus guère de linge, envoie m’en donc d’où tu es ! » C’est net et précis…  Alors le bon Curé de la Cathédrale de dire : « Reims otage de la France égoïste, nous devons disparaitre pour satisfaire les appétits de tous ces jouisseurs là, officiers, généraux et soldats… »  C’est mort.

Et nous, nous souffrons !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 mai 1917 – Dans le voisinage, d’autres incendies commencés la veille, sont maintenant, par endroits, en pleine activité.

La rue Thiers brûle, dans sa partie gauche, à partir du n° 1 et le sinistre ne s’arrêtera qu’après destruction du n° 31 (angle de la rue du Petit-Four) ; à droite de la même rue, tout le pâté de mai­sons compris à partir de la place de l’hôtel de ville, jusqu’à la rue Rouillé et faisant retour par les rues de la Renfermerie et des Con­suls, est déjà détruit par le feu depuis hier. Il en est de même de la partie du boulevard de la République allant du n° 1 à la maison n° 25, sise au coin de la rue de la Tirelire, que je remarque parti­culièrement, parce qu’au moment où je passe rapidement, elle est entièrement attaquée par les flammes. Des incendies ont détruit partiellement encore les rues Salin et du Carrouge ; la rue des Boucheries l’est presque en totalité, car seule y subsiste la maison n° 8.

Dès le matin j’ai fait cette tournée, voulant avoir un aperçu des dégâts considérables occasionnés par le furieux bombarde­ment mélangé d’obus incendiaires que nous avions subi, qui avait été si bien localisé sur le quartier de l’hôtel de ville et de très bonne heure, je suis auprès du monument.

Hier soir, lorsque nous nous sommes séparés, exténués, la chaleur dégagée par l’immense brasier nous avait obligés à raser le mur opposé de la rue de Mars pour gagner vivement la place, en sortant du 6. Ce matin, il est possible de s’approcher de l’édifice, réduit à l’état de squelette, avec toutes ses ouvertures béantes. J’en fais le tour et mon premier soin est d’aller rue de la Grosse- Ecritoire, voir l’état du sous-sol profond où se trouvaient les regis­tres et la comptabilité de l’administration du mont-de-piété, que j’y avais mis en sûreté, avec l’aide des pompiers, le 8 septembre 1915. Là, avaient été placés aussi tout dernièrement, le jour de Pâques et le lendemain 9 avril, tous les importants documents de notre bu­reau de la « comptabilité » de la mairie, que Cullier avait eu soin de me demander de venir descendre avec lui.

Du trottoir, il me semble les apercevoir, car je connais bien l’emplacement où ils sont alignés les uns auprès des autres et l’in­cendie, ici, paraissant se borner à achever de brûler les décombres amassés sur les planchers au rez-de-chaussée, je grille du désir d’aller me rendre compte de ce qu’il en est exactement de ces dépôts.

Par un soupirail ouvert à l’endroit du sous-sol servant de soute à charbon, je me laisse glisser sur la descente installée à demeure et arrivé rapidement en bas, je puis constater en effet que toutes nos archives sont toujours bien rangées ; elles n’ont aucu­nement souffert du sinistre.

J’en éprouve un réel soulagement ; je suis particulièrement heureux d’examiner longuement, sur place, « mes bouquins » qui ont échappé ainsi une deuxième fois à l’incendie. Dès l’arrivée de Cullier, je me fais un plaisir de lui annoncer la bonne nouvelle en ce qui concerne « les siens ». Il ressent, lui aussi, une vive satisfac­tion et peut se féliciter d’avoir pris à temps son heureuse initiative.

– A 20 et 23 h, obus asphyxiants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 4-2 bombes sur la maison Peltreau-Villeneuve, sur la mai­son du Cordonnier de la rue du Fusilier etc. + 11°. Matinée très agitée ; je n’ai pas pu sortir. De 9 h. à 9 h. 30, bombardement violent de gros calibre autour de nous et de la Cathédrale. Expédié lettre à Mgr Many. Visite au Major de la Place. Les incendies continuent, mais en se ralentissant. Bom­bes sur les batteries et sur la ville. Un gros canon de marine sur tracteurs se fait entendre. Accepté d’aller parler aux soldats, à Saint-Brice, dimanche prochain.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 mai

Activité d’artillerie et nombreuses rencontres de patrouilles dans toute la région du chemin des Dames.
En Champagne, nous avons repoussé des coups de mains ennemis dans les bois, à l’ouest du mont Cornillet et sur les hauteurs à l’est du Mont-Haut. Dans cette dernière région, nous avons réduit un îlot de résistance dont la garnison a été faite prisonnière. 9 officiers et 210 hommes sont tombés entre nos mains. Sur la rive gauche de la Meuse, nos détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies.
Sur le front britannique, un violent combat se poursuit sur toute la ligne Hindenburg, du sud de la Sensée à la route Acheville-Vimy. Les troupes anglaises progressent et ont déjà enlevé un certain nombre de fortes positions ennemies.
Canonnade en Macédoine, entre Hima et la boucle de la Cerna, où les Russes ont repoussé une reconnaissance ennemie.
M. Zaïmis a été chargé de former le cabinet grec à la place de M. Lambros.
M. Milioukof, dans une circulaire aux puissances alliées, déclare que la Russie repousse toute idée de paix séparée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 1 mars 1915

Louis Guédet

Lundi 1er mars 1915

170ème et 168ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toute la nuit dernière, vent et tempête de pluie, journée très pénible, venteuse avec des éclaircies de soleil et des giboulées. Il fait vraiment froid. On entendait à peine le canon mais avec cette tempête ce n’est pas étonnant. Je suis toujours fort las et fort triste.

Vu M. Albert Benoist qui croit que nous serons enfin dégagés courant de ce mois !! Dire qu’il y a 6 mois que je traine cette vie misérable !! Et mon cher Jean et mes chers enfants il y a 7 mois qu’ils ont quitté cette maison ci. Et quand reviendront-ils ? Je n’ose l’espérer !! Oh quelle vie de martyr et de souffrance ! J’en tomberai malade !! à n’en pas douter.

Quelle horrible chose que cette vie de prisonnier emmuré dans cette Ville comme dans un tombeau !! Mon Dieu ! aurez-vous enfin pitié de moi, de nous ?!!

Le 2 mars 1915, vers 1 heure du matin, une bombe tombe sur la maison de Louis Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit dernière a été calme.

À partir de 17 ½ h, bombardement des différents quartiers de la ville et forte canonnade toute la soirée ?

Fatigué, je me suis couché tôt, ce jour, avec l’espoir de me reposer tout de même. À 22 h, les détonations de plus en plus violentes de nos pièces me réveillent ; je puis me rendormir, mais à minuit, de nombreux sifflements, suivis d’explosions tout près m’obligent à me lever et à retourner, comme il y a huit jours dans le sous-sol de la rue Bonhomme 10, auprès de Mme Beauchard et e son fils Henri. Peu de temps après, les deux voisines d’en face viennent se joindre à nous et ainsi, le groupe des cinq habitants de la rue qui avait passé, en cet endroit, la triste nuit du 21 au 22 février, y est réuni à nouveau, dans les mêmes circonstances.

On cause un peu ; de quoi causer, sinon de la terrible situation faite à Reims depuis le 13 septembre 1914 – sujet unique de conversation sous les obus, qui se termine invariablement là, comme au bureau ou ailleurs, par cette constatation ; voilà plus de cinq mois que nous vivons ainsi ! et par cette question à laquelle personne ne peut répondre : Quand cela finira-t-il ?

Nous sentons le froid à cette heure de la nuit, quoique nous soyons vêtus chaudement et la personne gardant la maison Burnod qui nous reçoit et en même temps nous sait gré d’être venus lui tenir compagnie, prépare le feu tandis que les obus tombent sans arrêt et par instants autour de nous : rues des Marmouzets, de Luxembourg, Legendre, rue Eugène-Desteuque. Quel fracas d’explosions !

Nous craignons que ce ne soient encore des obus incendiaires et nos appréhensions paraissent justifiées lorsque, vers 1 heure, nous entendons un homme courir dans la rue Cérès, en criant : « Au feu ! ». Ses appels restent sans aucun écho. Inquiet cependant, je remonte une demi-heure plus tard avec l’intention d’aller, si possible, entre les sifflements, jeter un coup d’œil rapide aussi bien dans la rue qu’à ses deux extrémités.

D’un côté, sur la rue Cérès, je remarque un important incendie à proximité de la place royale et de l’autre, sur la rue Courmeaux, je vois un immeuble en flammes, dans le haut et à gauche de cette rue ; personne devant la maison qui brûle dans toute sa hauteur. En tournant la tête vers les halles, j’aperçois encore, avec une forte lueur, des flammèches, des étincelles voltigeant par là et provenant de la rue Saint-Crépin.

Le bombardement continue toujours très serré sur le centre et, d’un côté, doit être mené bien près de la ville, car on entend parfaitement des doubles coups de départs suivis immédiatement des sifflements et des arrivées. D’autres projectiles viennent aussi d’endroits plus éloignés, ainsi que l’indiquent les détonations plus sourdes des pièces et la durée des sifflements.

Il est environ 2 h, lorsque je remonte une seconde fois pour retourner à chaque bout de la rue Bonhomme ; d’autres incendies assez proches et très intenses se sont encore déclarés dans le quartier.

À 2 h ½, le tir qui a été aussi angoissant qu’au cours de la nuit du 21 au 22 février, mais a duré seulement moins longtemps, commence à se ralentir. Depuis un moment, notre artillerie riposte ferme et dans le vacarme de ce duel au canon, se mélangent des coups de fusil.

Tout d’un coup, nous entendons du bruit aux environs ; ce sont les pompiers qui arrivent dans la rue Courmeaux. Du sous-sol, par les bribes de conversation qui nous parviennent, nous pouvons suivre les préparatifs de leur manœuvre ; ils développent leurs tuyaux. Je reconnais la voix flûtée de Marcelot, le chef-fontainier du Service des eaux de la ville ; il les a accompagnés et leur donne des indications pour trouver les prises d’eau. Vers 3 h, on n’entend plus que quelques détonations de nos pièces.

Je quitte alors la maison n°10 mais, avant de rentrer au 8, je tiens à connaître exactement les emplacements des incendies des alentours.

Descendant la rue Cérès, je vois flamber entièrement le café Louis XV, n° 5 de cette rue, puis, guidé par les lueurs, le deux maisons n° 33 et 35 de la rue Eugène Desteuque ; plus loin, une dépendance de la maison Philippe, rue Ponsardin 7, est également en feu. Revenant sur la rue Cérès, j’entends, de là, les crépitements d’autres sinistres et montant vers l’Esplanade, lorsque j’ai tourné à gauche, pour rentrer par la rue Courmeaux, je m’aperçois que ce sont les deux coins de cette rue et du boulevard Lundy, c’est-à-dire, d’un côté, l’école communale de filles sise rue Courmeaux 46 et de l’autre, l’hôtel Raoul de Bary, 3 boulevard Lundy, qui sont absolument en plein feu. Quelques pompiers – cinq ou six – sont sur place, avec deux ou trois curieux sortis comme moi. Je ne m’attarde pas ; regarder brûler ici ou là, c’est tout ce que l’on peut faire. Filant entre ces deux incendies dévorants, je passe devant la maison 47, rue Courmeaux que j’avais remarquée quand j’étais remonté pour la première fois du sous-sol ; elle achève de se consumer tandis qu’un pompier l’arrose – et je vais me coucher.
Vers 4 heures, nos pièces reprennent leur tir, qui se continue jusqu’à 5 h. Décidément, la nuit sera blanche ; ce n’est pas la peine d’essayer de dormir.

À 6 heures, je suis debout et repars pour une tournée d’un rayon plus étendu, en direction des endroits où s’annoncent d’autres foyers. L’importante imprimerie Matot-Braine, 6 et 8 rue du Cadran-Saint-Pierre, brûle à cette heure sue toute son étendue, jusque dans l’impasse Saint-Pierre ; il en est de même de l’école voisine, de la rue du Carrouge 7 bis, en feu de haut en bas. De l’autre côté, tout près, le grand magasin de vêtements « À la Ville d’Elbeuf » 19, rue de l’Arbalète est aussi entièrement en flammes, – enfin, prenant la rue de Pouilly, j’arrive sur la place de l’hôtel de ville pour voir brûler encore la maison Fournier, 2 rue de Mars.

Surpris alors en apercevant, de cet endroit, un incendie vers la rue du Cloître, je me dirige en hâte par-là, craignant que l’immeuble de mon beau-frère ait été atteint à nouveau, comme le 21 février. C’est le fond de la maison Bonnefoy, n° 7 de la rue, communiquant avec le n° 8 de la rue de l’Université, qui se consume. En revenant sur la place Royale, l’odeur particulière dégagée par les obus incendiaires m’arrête à l’angle de la rue du Cloître, car elle indique bien qu’il a dû en tomber encore à proximité ; en effet, un voisin me dit avoir contribué à éteindre le commencement d’incendie qui s’était déclaré au-dessus du bureau de la maison de déménagement Poulingue, au n°4 de la place. Il paraît que la maison Walbaum, 38 rue des Moissons aurait été incendiée aussi ; c’est trop loin, le temps dont je dispose ne me permet pas de porter jusque-là ma curiosité.

En passant devant la maison Genot & Chomer, du côté de l’ancien hôtel de la Douane faisant angle avec la rue de l’Université, je remarque qu’un obus a fait tomber de la corniche de l’immeuble une pierre de taille de très fortes proportions. Par son poids, elle s’est encastrée de la moitié de sa hauteur dans les pavés du trottoir ; enfin, en arrivant à l’hôtel de ville, je vois le trou formé dans le macadam de la cour – ainsi qu’il y a huit jours – par un nouvel obus incendiaire.

En somme, terrible nuit, au cours de laquelle notre ville est les Rémois ont dû supporter une recrudescence de la rage furieuse de l’ennemi.

Le feu, cette fois, a fait des ravages considérables. Il y a encore des victimes, c’est fatal, car si les habitants peuvent à la rigueur essayer, dans certains cas, de préserver leur maison de l’incendie, ils sont malheureusement tous – malgré les précautions – à la merci de l’obus aveugle qui sème la mort à tort et à travers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 1er – Malade – Aéroplanes, canons, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi ler mars

L’artillerie belge démolit deux ouvrages ennemis près de Dixmude, tandis que l’infanterie belge progresse sur la rive droite de l’Yser; nous arrêtons une attaque près d’Albert.
L’ennemi se venge de ses défaites en lançant 60 obus sur Reims et 200 sur Soissons.
Nos progrès sont importants en Champagne, dans les régions de Perthes et de Beauséjour : ouvrages enlevés, contre-attaques brisées, plus de 2000 mètres de tranchées occupés: plus de 1000 Allemands capturés; combat d’artillerie sur les Hauts-de-Meuse. En Argonne, succès sérieux; nous prenons 300 mètres de tranchées à l’ouest de Boureuilles et notre infanterie s’installe sur le plateau de Vauquois.
L’offensive russe se déploie victorieusement sur le front de Pologne. Nos alliés ont réoccupé Prasznisch, en infligeant d’énormes pertes aux troupes de Hindenburg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 2 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

2  NOVEMBRE – lundi –

Le Cardinal est venu dire une messe basse rue du Couchant… puis il est allé au cimetière du Nord où l’ai joint pour le photographier…

Je suis allé au cimetière de l’Est ensuite. Maintes et maintes tombes sont saccagées par les obus… C’est un spectacle d’une saisissante sauvagerie. Je suis revenu par les casernes de dragons, par les batteries de « 90 », puis celles de « 75 » qui sont terrées par là.

Cinq ou six marmites énormes ont passé par-dessus notre tête pour aller tomber vers la caserne Colbert.

Un aéroplane allemand survolait toute cette région, faisant des signaux avec des fusées blanches…

En vain, les shrapnells venaient semer au-dessous leurs flocons tenaces…

Je revois, en écrivant, ces caveaux ouverts, béants… ces chapelles mortuaires défoncées… et au cimetière du Nord les tombes fleuries des soldats… Le Cardinal s’est longuement arrêté là et a prié.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement le matin, sur le centre et vers le quartier Sainte-Anne

Le Courrier de Champagne de ce jour, publie la lettre suivante :

Lettre ouverte à M. le Préfet.

Monsieur le Rédacteur en chef du Courrier de la Champagne, à la Haubette.

Je lis dans les journaux qui paraissent actuellement à Reims, que le Préfet de la Marne vient de révoquer de leurs fonctions quelques maires et adjoints du département, pour avoir abandonné leur poste et fui devant l’ennemi.

Cette mesure approuvée par tous était attendue et s’imposait, mais pourquoi Monsieur le Préfet borne-t-il à quelques petites communes de notre département ces sanctions nécessaires. Nul n’ignore qu’à Reims même, quelques fonctionnaires, adjoints et conseillers municipaux, des administrateurs et des médecins des hospices, ont dès la première alerte et sans le moindre scrupule, prestement lâché leur poste devant l’ennemi et failli à leur plus élémentaire devoir.

Il nous est heureusement resté un maire, des conseillers et aussi des fonctionnaires des hospices, qui tous, courageusement et sans la moindre hésitation, ont accepté la lourde et pénible tâche de défendre la ville et les intérêts de leurs concitoyens brutalement menacés.

Ceux-là sont bien connus, nous les voyons tous les jours à l’œuvre ; l’estime et la reconnaissance de tous les Rémois leur sont acquises sans restriction, mais il faut aussi que le public sache que d’autres, après avoir brigué un poste officiel et l’avoir obtenu, ont failli à leur tâche, qu’ils sont désormais disqualifiés et que leurs noms doivent être publiés comme ceux des fonctionnaires des petites communes de la Marne.

Recevez, etc.

Signé : M. Farre

Cette lettre nous apprend que des défaillances, des faiblesses se sont produites dans l’administration des hospices, ainsi qu’ailleurs, à l’approche de l’ennemi.

Je l’ignorais, comme j’ignorais ce qui s’était passé dans les services municipaux, jusqu’au moment où, après avoir entendu un fonctionnaire – non des moindres – se permettre de critiquer avec la dernière âpreté l’attitude si digne, si désintéressée du Dr Langlet, j’en avais été tellement choqué, qu’après avoir confié ma profonde surprise à mon collègue Vigogne, qui a une grande expérience des hommes et des choses, et s’était montré jusqu là d’une complète discrétion à ce sujet, celui-ci m’avait dit très simplement :

« Non, ne vous étonnez pas; il y en a quelques-uns, et celui-là était du nombre, à qui le maire a fait adresser, par le secrétaire en chef, une lettre les mettant en demeures de venir reprendre leur poste, ou bien d’envoyer leur démission. »

Je compris mieux, alors, les raisons d’une animosité qu’il m’avait été assez pénible de constater.

– A la suite de la lettre reproduite plus haut, Le Courrier donne l’information suivante :

Croix-Rouge Française.

Société Française de secours aux blessés militaires.

Dans une réunion de ce jour, tenue au siège de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle18, le comité provisoire, nommé à cette fonction par M. le délégué, pour assurer la bonne marche et le fonctionnement des hôpitaux, entravé par l’absence prolongée et inexplicable de certains membres de l’ancienne commission exécutive, a décidé de procéder à la reconstitution définitive de cette commission.

Après délibération, ont été nommés :

MM. Marcel Farre, président,
Colonel d’Izarny-Gargas, vice-président,
Dr Henri Cochemé, d°
Geroges Houlon, trésorier,
Robert Rebouch, secrétaire,

Cornet, Dupont, Lucien Bellevoye, Alexandre Henriot, Charles Janin, Henri Janin, Auguste Krier, Eugène Loth, Marcel Minet, membres.

La commission exécutive à l’honneur de faire connaître à ses concitoyens qu’elle tient à leur disposition :

  1. une liste aussi complète que possible de tous les noms des militaires blessés ayant passé, tant dans les hôpitaux civils que dans celui de l’Union des Femmes de France et dans ses hôpitaux auxiliaires du territoire ;

  2. tous renseignements utiles pour la recherche de soldats prisonniers, comme aussi sur le mode d’envoi d’objets de linge et vêtements à l’adresse des dits prisonniers de guerre.

S’adresser à la permanence, rue de Vesle 18

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – Canon français de 8 h à 11 h aéroplane, 1/4 d’heure après bombes allemandes. Messe des Morts à la chapelle de la rue du Couchant. Absoute… Visite au cimetière du Nord. Très peu de visiteurs. Prière sur la fosse commune et les tombes des soldats. 11 h bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Dans ma visite au 16 rue du Carrouge, Sohier me montre 3 petits éclats d’obus ramassés dans la cour, qui doivent provenir du projectile tombé à la première heure près de la Caisse d’Épargne.

Journée parsemée des émotions qui sont notre lot de chaque instant ; une nouveauté nous est cependant servie à 20H par deux soldats en gaieté qui, en pleine rue de Talleyrand, déchargent 6 coups de leurs fusils.

L’apparition immédiate à leurs fenêtres ou sur le pas de leurs portes des deux ou trois dizaines d’habitants occupant encore le quartier les met rapidement en fuite, ce qui les dispense d’entendre les malédictions dont on les accable.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

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Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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