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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Samedi 23 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 décembre 1916 

833ème et 831ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Tempête de vent toute la nuit et la journée, mais il fait chaud, c’est si bon. Je vais bien. Travaillé d’arrache-pied toute la matinée. Sorti après-midi, vu Albert Benoist dans son lit, dans sa cuisine, toujours très confiant. Il recevrait la Cathédrale sur la tête il trouverait que c’est encore très bien ! Passé à la Ville. Vu Houlon toujours gentil, Martin, on s’aime bien. Tout ce monde-là prend mon vent…  puisque je suis à la Hausse !…  C’est bien humain. Raïssac, c’est plus sûr. Entré dans le cabinet du Maire, causé avec lui et M. Charles Demaison (polytechnicien, naturaliste distingué (1854-1937)) qui est très changé, hélas 2 fils tués (en fait un seul, Alain, tué le 15 décembre 1916), un prisonnier en Pologne (Jacques, décédé en 1924) et pour comble de malheur sa fille Mme de Kerillis (Anne, décédée en 1954) qui vient d’avoir un bébé (Alain Calloc’h de Kerillis, dit Richard Skinner, parachutiste des Forces Françaises Libres, arrêté et fusillé par l’Abwehr le 18 juillet 1944) et a failli y rester. Heureusement elle va mieux. Comme j’étais installé à un bureau d’un adjoint pour donner une signature, voilà le brave Docteur Langlet qui survient. Alors, s’adressant avec son fin sourire à moi : « Tiens, un nouvel adjoint !!… » – « Ah ! non Docteur !! in partibus si vous voulez, mais ex cathedra jamais !… » – « Qu’en sait-on ? m’ajouta-t-il », puis nous nous mettons à causer. Il me dit voir le docteur Lévêque demain, qui a un anthrax ! Je l’ai prié de me rappeler à lui et lui ai dit que moi, ayant prévu d’aller à St Martin mardi ou mercredi, j’irai le voir (Tony-aux-Bœufs est à 5 kilomètres de distance de St Martin). Comme je lui disais que j’avais été assez souffrant et que j’étais à moitié mort, alors de sourire : « Allons !! vous n’en prenez pas le chemin d’après ce que je sais, vous êtes encore bien vivant et surtout vigoureux. La vigueur que nous vous connaissons et sur laquelle nous comptons ! En tout cas, en attendant que vous soyez mort, il faudra voir à notre commission d’enquête des dommages de Guerre, et nous comptons sur vous…  Nous avons bien besoin de vous ».

Je ne sais ce que diable je lui ai fait à ce brave Docteur Langlet, mais il est vraiment charmant avec moi. Jamais il ne m’accueille sans un sourire et un mot aimable. Attendons ! J’en saurais peut-être plus tard la raison. On parle de la Gaffe Wilson (note du Président américain Woodrow Wilson du 12 décembre 1916 à tous les belligérants, rédigée de façon plutôt impartiale et mal ressentie en France. Rejetée par les allemands, elle entrainera l’engagement des États-Unis auprès de la France peu de temps après). Sale Prussien, j’espère que les alliés vont leur foutre une tape pour qu’il n’y revienne plus. Si c’était moi elle serait pommée !!…  Sale américain, Boche. Demain je vais préparer mes malles, et nous verrons à partir…  Fais en rentrant une procuration, les gens sont inénarrables, mes types ne doutaient pas une seconde que tout partirait demain matin première heure, que je me « carapatais », c’est tout ce qu’ils voyaient là-dedans, tous des imbéciles, si on voulait on leur cirerait encore leurs chaussures !…  Non, j’sais !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 décembre 1916 – Les journaux annoncent que le président Wilson demande aux belligérants de définir leurs buts de guerre, en faisant savoir que ce n’est ni une proposition de paix, ni une médiation.

La note n’est pas favorablement accueillie ; elle suscite des commentaires assez vifs et des protestations.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 10°. Nuit tranquille. Tempête vent et pluie. Visite de M. Farre me demandant Messe de Minuit Caves Mumm. Salut et allocution au 3e Bataillon du 403, École des Arts et Métiers, J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 23 décembre

Au cours de la journée, la lutte d’artillerie a été assez active dans la région de l’ouvrage d’Hardaumont, de Louvemont et des Chambrettes.

Plusieurs coups de main effectués par nous à l’est de Saint-Mihiel, dans le bois de Gerédiante, à la Chapelotte (nord de Celles) et dans la vallée de la Fave, nous ont permis de détruire de petits postes ennemis et de ramener des prisonniers.

Canonnade intermittente sur le reste du front.

Lutte de bombes et d’artillerie dans la partie sud du front belge. Les batteries belges de campagne et de tranchées ont réduit au silence les engins de l’ennemi. Les Allemands ont bombardé le front anglais au sud de l’Ancre. Ils ont échoué dans un coup de main en face de la redoute Hohenzollern. Grande activité d’artillerie dans les régions d’Ypres et de Messines.

Les troupes britanniques ont repris la ville égyptienne d’El-Arisch, occupée en 1914 par les Turcs.

L’infanterie italienne a progressé dans le Carso.

Le président Wilson a adressé une note aux belligérants pour les inviter à définir leurs conditions de paix.

Source : La guerre au jour le jour

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Mercredi 31 mai 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille ; + 8° ; beau temps sans nuages. Matinée silencieuse. Violente canonnade vers 2 – 3 h. à l’est de Reims. Visite de M. Farre et de M. Misset pour l’œuvre marnaise des Prisonniers de guerre. Ecrit à M. de Lamarzelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 mai

Le bombardement a redoublé d’intensité entre le Mort-Homme et Cumières. L’ennemi a dirigé sur l’ensemble des positions de ce secteur une très puissante attaque où il a engagé une division fraîche et nouvellement arrivée.
A notre gauche, nos feux ont brisé tous les assauts ennemis sur les pentes est du Mort-Homme. Dans la région du bois des Caurettes, après plusieurs tentatives infructueuses de l’ennemi, qui a subi des pertes importantes, nous avons dû replier nos éléments avancés au sud du chemin de Béthincourt à Cumières. A notre droite, les Allemands n’ont pu nous déloger des lisières sud du village de Cumières.
Sur la rive droite, lutte d’artillerie très vive à l’ouest du fort de Douaumont.
Un transport autrichien a été coulé dans le port de Trieste par un sous-marin italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 19 février 1915

Samedi l9 – Nuit très bruyante. Violente et lourde canonnade (française ou allemande ?) au loin autour de Reims, toute la nuit ; bordées de canons ou de bombes à intervalles fréquents ; + 7. Visite du lieutenant porte-drapeau M. Millac. 10 h. violente canonnade (bombes ? canons français ?). Vi— site de M. Farre de la Croix-Rouge ; Messe de la Croix-Rouge, dimanche de Carême, 12 mars. Vers 9 h. soir jusqu’à 11 h. violent duel d’artillerie entre les batteries de Reims et les  allemandes ; de temps en temps, violentes bordées. Via Crucis, retardé d’hier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 19 février

En Artois, au nord-ouest de la cote 140, nous avons fait exploser une mine sous une tranchée allemande qui a subi de graves dégâts. Une autre de nos mines a produit entre les deux tranchées un vaste entonnoir dont nous avons occupé la lèvre sud. Notre feu a brisé net une tentative allemande pour nous en chasser.
Dans la région, au sud de Frise, notre artillerie, de concert avec l’artillerie britannique, a effectué des tirs de barrage qui ont arrêté une attaque ennemie en préparation.
Au nord de l’Aisne, dans la région du Choléra, nous avons exécuté sur un saillant de la ligne ennemie un tir efficace.
Dans la Haute-Alsace, près de Largitzen, l’ennemi, après un violent bombardement, a attaqué nos positions. Il a pu prendre pied un instant dans une tranchée, mais il en a été aussitôt chassé par une contre-attaque.
Sur le front belge, lutte à coups de bombes dans le secteur de Steenstraete.
Les Russes ont capturé dans Erzeroum un millier de canons. L’armée turque qui formait la garnison de la place est prisonnière ou fugitive. 16 avions francais ont bombardé Stroumitza-station, en avant de Salonique, à 20 kilomètres de Stroumitza-ville qui avait été bombardée la veille. Un aviatik a été abattu dans la même région par un de nos avions.


Artois

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Mercredi 25 août 1915

Louis Guédet

Du Mercredi 25 août 1915, 346ème et 344ème jours de bataille et de bombardement

Au Mercredi 8 septembre 1915, 361ème et 359ème jours de bataille et de bombardement

St Martin aux Champs

Et le Jeudi 9 septembre 1915, 362ème et 360ème jours de bataille et de bombardement

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dans le courant de l’après-midi, vers 17 heures, un aéroplane jette trois bombes sur Reims et quelques instants après, deux rafales d’obus s’abattent encore sur le centre de la ville.

– A 18 h 1/2, une démonstration de notre artillerie, qui acquiert de suite la pleine intensité, avec le bruit dominant des gros calibre, commence. C’est un vacarme assourdissant un très court moment d’accalmie se produit, les Boches ripostent instantanément ; leur tir aussi est rapide et durant trois heures quart d’heure, ce ne sont que claquements des 75, détonations de départ des 120 ou des 155, sifflements et explosions d’arrivées. Il y aurait de quoi affoler absolument quiconque ne serait pas accoutumé à entendre pareille cacophonies de coups de canon.

Au cours de ce véritable duel, les obus sont tombés nombreux en bien des endroits du centre, notamment aux environs de la place Royale

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille avec grosses canonnades à 9 h. 1/2. Visite de M. de Vogué, de l’Académie Française, accompagné de neuf ou dix per­sonnages. Je leur explique mes vues sur l’intérêt qu’il y aurait pour le bon renom de la France, devant les Étrangers qui viennent déjà visiter Reims, à rendre à l’archevêque après la guerre, la demeure traditionnelle des successeurs de S. Remi. Bombes à 5 h. 1/2. M. Fernand Laudet m’a apporté le titre de «Président d’Honneur de la Croix-Rouge», offert à moi par le Comité. Il était accompagné par M. le Marquis de Vogué, de MM. Delan, Houlon, Farre et un autre. Premier numéro de la Revue rémo-ardennaise, dont M. Camu fut l’initiateur et fut le rédacteur.

A 5 h. 3/4, visite du Colonel Colas m’avertissant d’une canonnade pour 4 h. 1/2-6 h. 1/2. Canonnade française très violente ; riposte des Allemands : tout fait à 7 h. 5 m.. Un homme est tué sur son bateau, au Canal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Actions d’artillerie en Belgique (Boesinghe); en Artois (nord d’Arras), entre Somme et Oise.
L’ennemi a lancé quelques obus sur Montdidier, mais notre artillerie a fait cesser son tir.
En Champagne (Perthes-Beauséjour) et en Argonne, lutte continuelle à coups de grenades et de bombes avec intervention des artilleries de divers calibres.
Une escadrille de sept avions a bombardé, dans la nuit du 23 au 24, les gares de Tergnier et de Noyon, lançant plus de 80 projectiles. Plusieurs incendies ont éclaté dans la gare de Tergnier. Tous les avions sont rentrés.
Le nombre des navires que les Allemands ont perdus en Baltique monte maintenant à douze : à la liste précédente s’ajoute un croiseur auxiliaire.
Sur le front oriental, la bataille continue à faire rage.
Les Italiens ont repoussé une série d’attaques ennemies sur le Cordevole et autour de Tolinino.
Une flotte anglaise a bombardé Zeebrugge.
La Chambre serbe a décidé, après avoir délibéré en séance secrète, d’approuver la politique de M.Pachitch, en ce qui concerne les négociations avec la Quadruple Entente et les concessions à faire à la Bulgarie.
Le comte Bernstorf, ambassadeur d’Allemagne, demande aux États-Unis de surseoir à toute décision au sujet de l
‘Arabic.

Source : La guerre au jour le jour

Soldat à Perthes

Soldat à Perthes

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Lundi 2 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

2  NOVEMBRE – lundi –

Le Cardinal est venu dire une messe basse rue du Couchant… puis il est allé au cimetière du Nord où l’ai joint pour le photographier…

Je suis allé au cimetière de l’Est ensuite. Maintes et maintes tombes sont saccagées par les obus… C’est un spectacle d’une saisissante sauvagerie. Je suis revenu par les casernes de dragons, par les batteries de « 90 », puis celles de « 75 » qui sont terrées par là.

Cinq ou six marmites énormes ont passé par-dessus notre tête pour aller tomber vers la caserne Colbert.

Un aéroplane allemand survolait toute cette région, faisant des signaux avec des fusées blanches…

En vain, les shrapnells venaient semer au-dessous leurs flocons tenaces…

Je revois, en écrivant, ces caveaux ouverts, béants… ces chapelles mortuaires défoncées… et au cimetière du Nord les tombes fleuries des soldats… Le Cardinal s’est longuement arrêté là et a prié.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement le matin, sur le centre et vers le quartier Sainte-Anne

Le Courrier de Champagne de ce jour, publie la lettre suivante :

Lettre ouverte à M. le Préfet.

Monsieur le Rédacteur en chef du Courrier de la Champagne, à la Haubette.

Je lis dans les journaux qui paraissent actuellement à Reims, que le Préfet de la Marne vient de révoquer de leurs fonctions quelques maires et adjoints du département, pour avoir abandonné leur poste et fui devant l’ennemi.

Cette mesure approuvée par tous était attendue et s’imposait, mais pourquoi Monsieur le Préfet borne-t-il à quelques petites communes de notre département ces sanctions nécessaires. Nul n’ignore qu’à Reims même, quelques fonctionnaires, adjoints et conseillers municipaux, des administrateurs et des médecins des hospices, ont dès la première alerte et sans le moindre scrupule, prestement lâché leur poste devant l’ennemi et failli à leur plus élémentaire devoir.

Il nous est heureusement resté un maire, des conseillers et aussi des fonctionnaires des hospices, qui tous, courageusement et sans la moindre hésitation, ont accepté la lourde et pénible tâche de défendre la ville et les intérêts de leurs concitoyens brutalement menacés.

Ceux-là sont bien connus, nous les voyons tous les jours à l’œuvre ; l’estime et la reconnaissance de tous les Rémois leur sont acquises sans restriction, mais il faut aussi que le public sache que d’autres, après avoir brigué un poste officiel et l’avoir obtenu, ont failli à leur tâche, qu’ils sont désormais disqualifiés et que leurs noms doivent être publiés comme ceux des fonctionnaires des petites communes de la Marne.

Recevez, etc.

Signé : M. Farre

Cette lettre nous apprend que des défaillances, des faiblesses se sont produites dans l’administration des hospices, ainsi qu’ailleurs, à l’approche de l’ennemi.

Je l’ignorais, comme j’ignorais ce qui s’était passé dans les services municipaux, jusqu’au moment où, après avoir entendu un fonctionnaire – non des moindres – se permettre de critiquer avec la dernière âpreté l’attitude si digne, si désintéressée du Dr Langlet, j’en avais été tellement choqué, qu’après avoir confié ma profonde surprise à mon collègue Vigogne, qui a une grande expérience des hommes et des choses, et s’était montré jusqu là d’une complète discrétion à ce sujet, celui-ci m’avait dit très simplement :

« Non, ne vous étonnez pas; il y en a quelques-uns, et celui-là était du nombre, à qui le maire a fait adresser, par le secrétaire en chef, une lettre les mettant en demeures de venir reprendre leur poste, ou bien d’envoyer leur démission. »

Je compris mieux, alors, les raisons d’une animosité qu’il m’avait été assez pénible de constater.

– A la suite de la lettre reproduite plus haut, Le Courrier donne l’information suivante :

Croix-Rouge Française.

Société Française de secours aux blessés militaires.

Dans une réunion de ce jour, tenue au siège de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle18, le comité provisoire, nommé à cette fonction par M. le délégué, pour assurer la bonne marche et le fonctionnement des hôpitaux, entravé par l’absence prolongée et inexplicable de certains membres de l’ancienne commission exécutive, a décidé de procéder à la reconstitution définitive de cette commission.

Après délibération, ont été nommés :

MM. Marcel Farre, président,
Colonel d’Izarny-Gargas, vice-président,
Dr Henri Cochemé, d°
Geroges Houlon, trésorier,
Robert Rebouch, secrétaire,

Cornet, Dupont, Lucien Bellevoye, Alexandre Henriot, Charles Janin, Henri Janin, Auguste Krier, Eugène Loth, Marcel Minet, membres.

La commission exécutive à l’honneur de faire connaître à ses concitoyens qu’elle tient à leur disposition :

  1. une liste aussi complète que possible de tous les noms des militaires blessés ayant passé, tant dans les hôpitaux civils que dans celui de l’Union des Femmes de France et dans ses hôpitaux auxiliaires du territoire ;

  2. tous renseignements utiles pour la recherche de soldats prisonniers, comme aussi sur le mode d’envoi d’objets de linge et vêtements à l’adresse des dits prisonniers de guerre.

S’adresser à la permanence, rue de Vesle 18

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – Canon français de 8 h à 11 h aéroplane, 1/4 d’heure après bombes allemandes. Messe des Morts à la chapelle de la rue du Couchant. Absoute… Visite au cimetière du Nord. Très peu de visiteurs. Prière sur la fosse commune et les tombes des soldats. 11 h bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Dans ma visite au 16 rue du Carrouge, Sohier me montre 3 petits éclats d’obus ramassés dans la cour, qui doivent provenir du projectile tombé à la première heure près de la Caisse d’Épargne.

Journée parsemée des émotions qui sont notre lot de chaque instant ; une nouveauté nous est cependant servie à 20H par deux soldats en gaieté qui, en pleine rue de Talleyrand, déchargent 6 coups de leurs fusils.

L’apparition immédiate à leurs fenêtres ou sur le pas de leurs portes des deux ou trois dizaines d’habitants occupant encore le quartier les met rapidement en fuite, ce qui les dispense d’entendre les malédictions dont on les accable.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

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Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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