Abbé Rémi Thinot

3  NOVEMBRE – mardi –

6  heures matin ; Un coup de canon pour marquer le réveil…

4  heures soir ; Je rentre de la cathédrale ou j’ai fait quelques bonnes photos. Je me hâte pour le cas où je serais appela rapidement au service de la Patrie…

M. le Curé va faire à l’État-major de la Ve Armée des démarches pour que je sois nommé aumônier militaire…

9  heures soir ; A 7 heures, tout à l’heure, une grêle d’obus s’est abattue sur le quartier. C’était effrayant ! Elles se succédaient, les bombes maudites, à intervalles d’une seconde, quelquefois moins. Mais ce qui est vrai et horrible, c’est le communiqué du chancelier allemand au Pape, qui se plaint qu’on ait encore fait de la cathédrale un poste militaire et annonçant des représailles. C’est monstrueux d’iniquité. C’est faux, cela. M. le Curé a rédigé une note qu’on fera demain parvenir au « Temps » ou bien au « Journal des Débats ».

Dans mes pérégrinations sur les tours de Notre-Dame, j’ai trouvé ce soir… la cloche du Clocher à l’Ange en ruines bien entendu ; j’ai rapporté le battant et des morceaux – le reste demain ! – C’est comme si j’avais trouvé un trésor’. J’ai une large partie de l’inscription ; j’ai la certitude maintenant que ce que j’avais avancé est vrai. Le clocher à l’Ange s’est d’abord incliné pendant l’incendie vers la rue Robert-de-Coucy ; finalement, il s’est effondré du coté de 1’archeveché. Les « mousses* de la Cloche étaient de ce côté.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 3 novembre 1914

52ème et 50ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 matin  Un aéroplane survole de notre côté, et voilà 2 bombes qui tombent dans les environs !! Affolement général !! Non ! Quand donc finira notre martyr !!

5h soir  Canonnade toute la journée. Journée triste malgré le soleil. Journée de découragement ! Un employé du Petit Paris vient de m’affirmer que les aéroplanes allemands auraient jetés un factum disant que si Reims ne se rendait pas, il serait réduit en cendres demain !

Que Dieu ne permette pas cela, il ne peut permettre cela, qu’il me protège moi, ma maison, mon étude, c’est tout ce que j’ai. Je ne puis croire qu’il permette de laisser faire cela contre moi et même contre la Ville. J’espère que ce n’est qu’une vaine menace ! Que Dieu nous protège, me protège, me préserve de toute ruine et mort !! Non, je l’ai trop servi ! J’ai trop souffert pour qu’il permette cela ! ainsi que notre malheureuse Ville. Mon Dieu ! ayez pitié de ma femme et de mes enfants en ayant pitié de moi et en me protégeant. Sacré cœur de Jésus, vous êtes le gardien de ma maison, vous êtes mon gardien ! Il ne peut donc m’arriver aucun mal, aucun malheur !

7h soir  allons bon ! Voilà des obus qui sifflent. Reprenons notre attirail de cave, et descendons, nous dînerons… plus tard. Nous voilà descendus, installés. Adèle se lamente sur sa soupe (un morceau de jambon et une saucisse avec des légumes). C’est tout. « L’avez-vous laissée sur la cuisinière ? » – « Oui, M’sieur ! » – « Eh bien alors ! nous ne moisirons pas ici j’espère ! » – « Mais elle sera froide ! » – « Tenez, çà ne tombe plus, remontons dîner ! » – « Oui, M’sieur ! » (Reprise de l’antienne) : « Ah ! les cochons !! » C’est comme les « amen » dans les prières, ce que je l’ai entendu celle-là !! »

Je dîne seul, et fort triste !! Nous laisseront-ils dormir cette nuit ??

A 7h1/2 je remonte dans ma chambre. Que faire ? me coucher ? pour me rhabiller peut-être 1/4 d’heure après pour descendre à la cave. Lire ? Nulle envie de lire, et puis quoi lire ? Ecrire ? Je n’en n’ai pas le courage, je devrais plutôt dire… la force !

7h3/4  Voilà de l’artillerie qui passe, c’est une la troupe qui passe sous mes fenêtres. J’éteins, ouvre la fenêtre du cabinet de toilettes. Ce sont des artilleurs, une 60taine (soixantaine) à pied, suivis d’une voiture d’équipage chargée d’obus à déborder. Les essieux de la pauvre voiture craquent, gémissent, geignent sous le poids de la charge, c’est de la provende pour les Allemands ! Puissent ces obus en tuer, massacrer beaucoup. Il fait doux, doux dehors, je reste à la fenêtre !!

Au loin des coups de canon un peu partout, de tous côtés quelques crépitements de fusillades… et … le grand calme ! Nuit nuageuse qu’éclaire par moment la lune comme à travers un léger brouillard.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement.

Dans la matinée, le bruit d’explosions rapprochées nous arrive à tout moment, à l’hôtel de ville, tandis que nous travaillons et vers 11 h, le préposé au ravitaillement passant au bureau, nous annonce que huit personnes viennent d’être tuées par un obus, à proximité de la gare. Nous apprenons ensuite que ce sont : M. Labbé, 62 ans, camionneur à la maison Plumet ; Mme Laluc, 41 ans, demeurant rue Villeminot-Huart 4 ; un employé du chemin de fer et cinq soldats.

Il y aurait, en outre, trois blessés dont un très grièvement.

– Plusieurs aéroplanes évoluent toute la journée pour lancer des bombes ou laisser tomber des signaux. Du jardin de la rue du Jard, les enfants en ont suivi deux des yeux l’après-midi et ont pu remarquer leurs manœuvres plus ou moins intéressantes. A cause de cela, le voisinage a entendu de fréquents coups de clairon, aux Longaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

mardi 3 – Aéroplane, Taubes (1), bombes. 7 h, une dizaine de bombes très fortes.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Taube est le nom de l’un des premiers avions militaires allemands. Il était caractérisé par une silhouette d’oiseau de proie : ailes renflées puis effilées à leur extrémité, empennage s’ouvrant comme une queue d’oiseau. Ses formes singulières en firent vite le symbole de la menace aérienne ennemie, relayé ensuite par le Gotha, type du bombardier frappant Paris en 1918.

Taube

Taube


Paul Dupuy

À 9 heures, un avion allemand portant notre cocarde tricolore lance sur la gare, ou sur des groupes d’artillerie stationnés dans les promenades, des bombes dont les éclats rejaillissent jusque sur notre trottoir.

Et toute la journée la même manœuvre a recommencé, alternant avec un très lent bombardement à l’effet démoralisant.

L’énervement qui en est résulté ne nous prédispose pas à accueillir sans émoi les 6 gros obus qui à 19H et en 3 minutes de temps touchent terre dans nos environs ; le dîner se terminait, et en grande hâte nous abandonnons tout pour nous réfugier en cave en compagnie des concierges.

Là, pause d’une demi-heure au bout de laquelle nous réoccupons la cuisine en attendant que l’observation du règlement municipal nous oblige à aller coucher.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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