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Dimanche 30 septembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 30 septembre 1917

1115ème et 1113ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Nuit assez calme. Vers 5h bombardement vers Cérès, qui m’a tenu éveillé jusque vers 6h, et à peine rendormi qu’il me faut me lever pour la messe de 7h, dite par l’abbé Divoir. Peu de monde, pas d’autres prêtres. Pas de sermon, le Salut final.

Hier M. Houlon nous contait dans le cabinet du Maire que des soldats du 3ème Génie commandés par un sergent étaient venus lui demander des plaques de fonte, et comme il avait à peu près ce qu’ils désiraient, il leur demanda de venir avec lui au Port-sec pour les prendre. Têtes des susdits, et le sergent de dire : « Mais c’est dangereux là-bas, çà bombarde ! » Houlon de leur répondre : « Oui, mais si vous voulez prendre ces plaques, il faut venir les chercher avec moi ! » Palabre, hésitations !! Bref le gradé de tirer presque au sort pour…  y envoyer 2 de ses hommes, tandis que lui…  resterait là à attendre !!… C’est bien sous-off !! Cela. Triste peuple…  et combien d’exemples comme celui-ci. Bref Houlon partit avec les 2…  sacrifiés quérir ces fameuses plaques de fonte !… Ils revinrent sains et saufs !

5h soir  A la Poste à 10h on me signale un entrefilet du Petit Rémois au sujet de la décoration de Jean et sur moi : « Tel père, tel fils ». Rien à dire. Rien à faire. Carte de M. Bossu, heureux de sa traversée, et de sa nouvelle résidence. Il me dit avoir écrit le jour même à Herbaux, toujours pour mon affaire, avec des articles de journaux. Il est temps que cela finisse, c’est ce que je lui écris et dis. Qu’on se hâte ! Et qu’on ne parle plus de moi. Répondu à toutes ces lettres, et portées à 2h. Acheté « Écho » chez Michaud. Causé un instant avec l’abbé Camu 6, rue du Clou dans le Fer, qui était à sa fenêtre, des événements, de toutes sortes de choses, affaires Monier (Ferdinand Monier, Président du Tribunal de 1ère Instance de la Seine, lié avec Bolo), Turmel, Bolo et autres jouisseurs semblables, en en concluant que nous ne sommes pas encore prêts à être délivrés, victorieux et avoir la Paix. Toutes nos pensées ne sont pas gaies, loin de là !!

Rentré chez moi pour mettre la dernière main à ma valise, et souffrir en silence, seul, isolé, sans encouragement, avec la mort dans l’âme et à chaque instant suspendue au-dessus de ma tête !! Quelle vie ! Quelle obsession lancinante, mortelle !

8h soir  Je relis l’entrefilet « Tel père, tel fils » du Petit Rémois d’aujourd’hui. Il y a du cœur de sa part, et mon Dieu, je lui en serai reconnaissant car il a fait vibrer la corde sensible !…  non pas les coups d’encensoir sur mon nez ! loin de là, mais celle que tout Père a pour son fils quand il a de l’Honneur, qu’il est Brave et qu’il fait son Devoir, (comme son 2nd frère Robert qui est aussi décrochera un jour sa Croix de Guerre) et le Petit Rémois dit avec juste raison dans la finale cette phrase : « Le jeune Jean Guédet a le droit d’être fier de son père comme son père est fier de lui ». Oui, je suis fier de mon Jean, de mon Robert, de mes 2 braves sous Verdun ! « Foin de Moi » (Racine, Plaideurs, II, 5) çà n’a pas d’importance, mais nos petits tiennent de la race des Guédet et des Guériot (ancêtres paternels à St Martin-aux-Champs).

Quant au paragraphe précédent cette finale, hum ?! Comme je l’écrivais sur une carte de visite à Guiot : « Merci pour mon Jean, mais tudieu ! vous allez me faire fusiller !… »

Voilà le texte : « M. Guédet est encore un de ces vaillant Rémois dont « les officiels » semblent peu se soucier mais qui dédaignent les stupides hochets et qui se contentent de l’estime et de l’admiration de leurs concitoyens ».

L’estime ? soit ! J’en suis fier et heureux si c’est exact, mais l’admiration !!!! Non, j’aime mieux un 420 que ce coup…  d’encensoir ! Qui m’incite à l’orgueil !!! Bienvenu, mon ami, tu exagères !!

Néanmoins…  merci ! de tout cœur pour mon Jean !!…  Mais que vont penser et dire Dramas ? Beauvais, Guichard et Cie ?? Je ne puis qu’être fusillé…  dans toute cette histoire… !?  après tout, les Boches ont bien failli m’envoyer 12 balles dans la peau (rayé). Alors…  le 3ème coup fait…  feu !! Dit-on !…

Le Petit rémois où a été publié cet article figure en pièce jointe de ces Mémoires, il est daté du dimanche 30 septembre 1917.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 30 septembre 1917 – Très beau temps.

Promenade, l’après-midi, pour la première fois hors des limi­tes de Reims, en compagnie de MM. Vigogne et Pouleteaud, par Saint-Brice, Tinqueux, le Mont Saint-Pierre et la route de Paris.

Nous rencontrons sans qu’ils aient cessé de se faire entendre une forte canonnade devant Reims et le bruit des mitrailleuses vers Courcy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 30 – + 9°. Nuit tranquille sauf coups fréquents de mitrailleu­ses, fusils ou grenades. Journée assez tranquille. Visite de M. le Curé de S. J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 30 septembre

Aucune action d’infanterie.
La lutte d’artillerie a pris une assez grande intensité sur le front de l’Aisne, notamment dans les secteurs du Panthéon et d’Hurtebise.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement continue, violent de part et d’autre, dans la région au nord du bois le Chaume. Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Des escadrilles ont bombardé les terrains d’aviation de Staden, Roulers, Cortemark et les cantonnements de la région.
Sur le front belge, activité d’artillerie normale. De nombreuses patrouilles allemandes ont tenté de faire des incursions dans les lignes de nos alliés. Leurs tentatives ont été vaines sauf sur un point, d’où l’agresseur a été, d’ailleurs, aussitôt chassé.
En Macédoine (Strouma et Vardar), activité d’artillerie assez sérieuse de part et d’autre. Rencontres de patrouilles sur la Strouma et dans la vallée de Devoli.
Les Russes ont perdu un contre-torpilleur qui a coulé sur une mine.
Les troupes italiennes, par un coup de main bien réussi, ont rectifié leur ligne entre la Serra di Dol et les pentes nord du San Gabriele. Elles ont capturé 8 officiers et 216 hommes. Malgré les retours offensifs de l’adversaire, elles ont maintenu leurs positions. Les avions italiens ont bombardé la zone de Voichazza (Carso) et la place de Pola.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Samedi 29 septembre 1917

Louis Guédet

Samedi 29 septembre 1917

1114ème et 1112ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Nuit assez bruyante, temps couvert et frais, mal dormi. Été à 9h à Roederer pour la messe commémorative du fils de Gustave Houlon, Jean Houlon (soldat au 73ème RI, mort des suites de blessures de guerre le 29 septembre 1916 à l’Hôpital auxiliaire 66 à Paris). Cela m’a beaucoup émotionné en songeant à mes petits. Y assistaient Mgr Neveux, l’abbé Camu, l’abbé Béguin, Gaston Laval (allié), Guichard, M.M. Charles et Henry Mennesson, Simon-Concé, de Bruignac, Malicet économe des Hospices et Laffaille employé aux Hospices faisant fonction de Receveur, et quelques autres que je ne connaissais pas. Les religieuses étaient présentes bien entendu. La messe était dite par l’aumônier de l’Hospice Roederer l’abbé Maitrehut. Houlon était très ému, sa femme, sa grande jeune fille (Germaine) et sa plus jeune (Hélène). Il m’a remercié très affectueusement et paraissait touché que je sois venu. Il m’a dit « Je suis d’autant plus sensible à votre sympathie que je souhaite de tout mon cœur que vous ne passiez pas par la même épreuve, et je pense souvent à vos 2 soldats ! »

Causé avec l’un et l’autre à la sortie. Fait un modèle de testament pour un malade au sujet duquel Guichard me consultait, écrit un projet sur le capot de son auto. Vu quelques instants la Supérieure Sœur Thérèse, et rentré chez moi en passant par la Poste prendre mon courrier, assez volumineux.

Répondu à tout cela avant déjeuner et après dîner. Porté mon courrier, poussé jusqu’à la Ville et causé avec le Maire, Houlon et Raïssac de la visite du roi d’Italie et de Poincaré, et de la déconvenue de M. Mazzuchi, de la Maison G.H. Mumm, consul d’Italie, qui n’a su la venue du roi que le lendemain. Ce matin il me racontait cela, il était furieux !! « Comment, s’écriait-il, pour une fois que mon roi vient à Reims, et l’ambassade ne me prévient pas !! » Quitté la Mairie, rencontré en route Dramas avec Dazy (brasseur), Maire de Witry-les-Reims. Le premier me félicitait très gentiment de la citation de Jean et me disant qu’on n’oublierait jamais ce que j’ai fait pour les Rémois durant la Guerre.

En rentrant j’apprends qu’un obus est tombé sur la maison voisine cette de Ducancel, qui est mitoyenne à celle où je suis réfugié. C’est donc une gageure ! Cela m’a encore fortement impressionné. Si cela continue cela me fera mourir, mon pauvre cœur bat la breloque et j’ai des crampes qui me font souffrir. Vous voulez donc ma mort, mon Dieu !

Lettre de Madeleine me disant avoir de bonnes nouvelles du 23 – 24 de Robert, mais ajoutant que Jean devait être très exposé en ce moment. Pauvre petit, ce n’est pas cela qui me remet et me réconforte.

8h soir  Ma bonne est rentrée et parait enchantée de ses vacances. Pourvu qu’elle ne soit plus aussi agitée et énervée qu’avant.

Je suis fatigué, et encore tout émotionné de cet obus. Pourvu que nous puissions dormir cette nuit tranquille. Tous les soirs c’est la même question ? serons-nous tranquilles ? et tous les matins même point d’interrogation pour la journée qui s’éveille. Quelle misérable vie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 29 – Nuit tranquille : + 11°. Aux environs de Reims quelques coups de grenades et de fusil, ou mitrailleuses. A 1 h. bombes allemandes sur batteries jusqu’à 3 h. Commencé la copie de ma Relatio Diaecesis.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 29 septembre

Les Allemands ont tenté une série de coups de main sur le front de l’Aisne, dans la région du Panthéon, au sud de la Royère, dans la région au sud d’Ailles et sur nos tranchées, au nord-est de Courcy. Tous ont été repoussés par nos feux.
En Argonne, au Four-de-Paris, puis au nord-ouest de Tahure et à l’ouest de la ferme Navarin, l’ennemi a lancé sur nos positions trois attaques successives, mais nos tirs d’artillerie et d’infanterie l’ont empêché d’aborder nos lignes et lui ont fait subir de lourdes pertes.
Vives actions d’artillerie sur la rive droite de la Meuse, en particulier dans la région de la cote 344.
Malgré les conditions atmosphériques défavorables, nos escadrilles de bombardement ont, au cours de la nuit, copieusement arrosé de projectiles les terrains d’aviation de Marville et de Mars-la-Tour, les gares de Brieulles, Fléville et Romagne-sous-les-Côtes, les cantonnements de Peuvillers et de Sivay-sur-Meuse.
Les Anglais ont brisé une contre-attaque ennemie sur leurs positions de Zonnebeke. Ils ont enlevé, au sud de Tower-Hamlet et du bois du Polygone, des points d’appui isolés où des groupes ennemis tenaient encore à proximité de leurs nouvelles positions. Ils ont effectué avec succès un coup de main au sud-ouest de Cherisy.
Canonnade au sud de Lens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Dessin Louis Delauzanne

 

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Vendredi 28 septembre 1917

Louise Dény Pierson

Fin septembre je revins à Reims, pour les vendanges qui eurent lieu, tant bien que mal, les trous

d’obus rebouchés, les échalas remplacés, les fils retendus.
Mais cette période de vendanges, qui était une fête autrefois était devenue bien morose, pas de chanson, pas de longues conversations dans les « Hordons » chacun avait les nerfs tendus et les sens en alerte, attendant des projectiles qui, heureusement n’arrivèrent pas.
>> Note : l’image ci-dessus est un document publié sur le site de l’Union des Maisons de Champagne

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Vendredi 28 septembre 1917

1113ème et 1111ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit tranquille, ce matin brouillard intense, le calme nécessairement.

1h  Hier soir les Officiers généraux qui stationnaient devant la Cathédrale attendaient le Roi d’Italie, Poincaré, Painlevé, etc…  qui ont visité la Cathédrale avec le Cardinal Luçon et Émile Charbonneaux. Rien de saillant du reste. Ce matin visite du P. Desbuquois qui m’a appris la mort du bon petit Père Pottié, ancien professeur, aumônier de Jean et Robert qu’il affectionnait particulièrement, infirmier-aumônier au 217ème d’Artillerie, 22ème batterie. Il a été tué devant Douaumont par un éclat d’obus qui venait du haut, lui a traversé la clavicule gauche et transpercé le cœur. Il était très brave et même téméraire (Lucien-Albert Pottié est décédé le 21 septembre 1917 à La Chiffourne, dans la Meuse). Cette mort m’affecté, c’était un des professeurs des enfants que j’avais en profonde estime. Je suis sûr que cela peinera mes 2 grands. Reçu 2 lettres de Madeleine, me disant que Robert était auprès du fils Charpentier, neveu de l’abbé Camu, et lui causait quand il a été tué (Aspirant Louis Georges André Charpentier, 61ème RA, tué par éclats d’obus le 8 août 1917 à Verdun). Elle me propose de demander à Robert des détails sur sa mort pour les donner à l’abbé Camu que je vais voir tout à l’heure à ce sujet.

Le gardien de la Cathédrale (en blanc, non cité) à qui je causais de la visite du roi d’Italie hier, me disait qu’il le trouvait affreusement laid : « Est-y laid ! est-y laid ! » s’exclamait-il ! « Mais, à part moi je me disais : « Tu ne t’as donc pas regardé ? » Car le susdit est laid comme le péché !! Comme quoi on trouve toujours plus laid que soi !!

7h soir  Eté Poste 2h. Vu l’abbé Camu qui a accepté que je lui demande des détails de la mort de son neveu à Robert. Il parait (m’a-t-il dit) que le roi d’Italie a été très aimable avec le Cardinal, de même Poincaré qui insistait pour que Mgr Luçon fit les honneurs (?!) de la Cathédrale au roi. Il a même eu un mot aimable pour lui en lui rappelant sa décoration récente.

Passé au Palais pour prendre les mesures nécessaires pour emballer les livres de mon cher Procureur Général. Puis rentré ici travailler et finir mon courrier. Le calme. J’espère néanmoins à voir arriver lundi sans encombre. Un rien me fait tressaillir !… Je suis bien émotif, bien affaibli.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 28 – + 14°. Nuit tranquille. Visite aux Halles à 8 h. 1/2, et au Boulevard de la Paix et Gerbert. Via Crucis in Cathedrali à 6 h. soir. Jour­née tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 28 septembre

Sur le front de l’Aisne, les Allemands ont manifesté une particulière activité. Après un violent bombardement de nos positions, depuis les Vaux-Mérous jusqu’à l’ouest de Cerny, l’ennemi a attaqué au sud de l’arbre de Cerny, mais il a dû, sous nos feux, regagner ses lignes non sans avoir subi de lourdes pertes. Une seconde attaque, déclenchée entre le plateau des Casemates et le plateau de Californie, a été également refoulée.
Deux coups de main allemands : l’un sur la rive droite de la Meuse, dans la région de Beaumont; l’autre en Alsace, dans la région du Linge, ont complètement échoué.
L’attaque anglaise entre Tower-Hamlet et St-Julien a fort bien réussi. Nos alliés ont achevé la conquête de l’éperon de Tower-Hamlet et livré un combat victorieux au nord de la route d’Ypres à Reims. Ils ont chassé l’ennemi de ses positions. Plus au nord, les Australiens ont enlevé le reste du bois du Polygone. A leur gauche, les Anglais, Écossais et Gallois ont pénétré de 1600 mètres en profondeur dans les lignes allemandes et pris Zonnebecke. Entre St-Julien et Gravenftatel, l’avance a été de 2400 mètres. Toutes les contre-attaques allemandes ont été repoussées. Plus de 1000 prisonniers ont été faits. 17 aéroplanes ennemis ont été abattus.
Les Allemands ont tenté des reconnaissances dans le golfe de Riga.
Les Anglais continuent à bombarder journellement le littoral flamand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 27 septembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 27 septembre 1917

1112ème et 1110ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit calme, mais toujours dormi en éveil. Hier soir rien de saillant à noter. Ce matin je vais aller à la Poste et à la Ville où j’ai à faire. Temps couvert ce matin, ce ne serait pas surprenant que nous ayons de la pluie.

6h1/2 soir  Journée monotone et de travail. Rien de saillant. Lettre de Jean qui est toujours près de Verdun avec Robert. Il parle d’être relevé et après le repos d’aller aux Éparges. Pauvres enfants. Je lui ai répondu en lui annonçant que j’allais à St Martin lundi.

Lettre du Docteur Guelliot me félicitant de la Croix de Guerre de Jean. En rentrant du Greffe Civil tout à l’heure vu arriver une auto avec fanion rouge et blanc, autant que j’ai pu voir, devant la Cathédrale, et de laquelle sont descendus un Général, 2 civils et des officiers d’état-major. Impossible de savoir qui ?… Rentré chez moi tout mélancolique. Je suis si triste, si las, si fatigué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Victor Emmanuel III roi d'Italie

Victor Emmanuel III roi d’Italie – source Wikipédia

Jeudi 27 – + 14°. Tempo coperto. Nuit tranquille. Visite du Comman­dant Daumont, Chef d’État-major de la 58e Division venant m’informer de la visite du Roi d’Italie(1), pour 5 h. 15. A 5 h. 15, visite du Roi, que je n’ai pas reconnu ; n’ai salué que le Président M. Poincaré, et la nombreuse cou­ronne de généraux et d’officiers réunis devant la Cathédrale. Je croyais qu’on attendait le Roi ; après quelques instants, M. Poincaré me dit que le Roi serait content que lui fisse visiter la Cathédrale. Je m’en ferai un plaisir et un honneur. Nous y allons : à l’entrée de l’enclos le Président m’offre de me céder le pas ; je n’accepte pas. Item à la porte de la Cathédrale. Après quelques instants, je témoigne à M. Poincaré mon étonnement du retard du Roi : y aurait-il eu quelque accident ? Le Roi ? mais il est ici, le voilà ! Je me retourne et salue le Roi. A partir de ce moment le Président s’est tenu en arrière et m’a laissé faire seul les honneurs de la Cathédrale au Roi. En sortant, M. Poincaré m’a encore voulu céder le pas, je n’ai pas accepté. On part pour faire le tour de la Cathédrale. Nous allions sur le trottoir le long des murs pour ne pas être aperçus des avions allemands. Le Roi et moi marchions au 1er rang. Place des Halles, des dames invitent le cortège à entrer. M. le Président dit : Si c’est le Cardinal qui nous invite, nous irons ; cela fera plaisir à ces bonnes gens. Avant que j’ai eu le temps de répondre on y va, on y entre. Une dame offre un bouquet au Roi. M. Poincaré déta­che la montre de son poignet et la lui donne. On reprend le chemin de l’Hôtel-de-Ville. Toujours je marche seul avec le Roi. Arrivé près de l’Hôtel- de-Ville, sans quitter le trottoir, on s’arrête. On cause un instant. Puis, le Roi me serre la main, et tous les personnages, le Ministre Painlevé. Les Généraux viennent me serrer la main et me saluent en montant en automo­bile. Tout s’est passé comme si j’avais été le principal personnage de la Société. Ce dont je suis tout confus, tout honoré pour l’Église et pour la Religion. Les Rémois l’ont remarqué et en ont été heureux : C’était l’Union Sacrée. Vers 4 h. on entendit quelques bombes sur les batteries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Victor-Emmanuel III (1869-1947), roi d’Italie (1900-1946), empereur d’Ethiopie (1936- 1943), Roi d’Albanie (1939-1943).

Septembre 1917 : arrivée du Roi d’Italie et du Président de la République à la gare


Jeudi 27 septembre

Activité marquée des deux artilleries en quelques points du front de l’Aisne et sur la rive droite de la Meuse. Nos batteries ont pris sous leur feu et dispersé des rassemblements ennemis au nord de Beaumont. Deux avions allemands ont été abattus et deux autres gravement endommagés.
Les gares de Roulers et de Lichtervelde, les cantonnements de Nantillois, les gares de Brieulles, de Metz-Woippy, etc, ont été copieusement arrosés de projectiles par nos escadrilles.
Nos alliés britanniques ont attaqué sur un large front dans le secteur de bataille à l’est et au nord-est d’Ypres. Les rapports signalent une avance très satisfaisante.
Un coup de main a été effectué à l’est de Gouzeaucourt par des troupes de Suffolk qui ont rencontré une vigoureuse résistance. Deux abris occupés ont été détruits et de nombreux ennemis ont été, en outre, tués à la baïonnette.
En Macédoine, la canonnade a réduit son intensité, sauf sur la Basse-Strouma, où elle a pris une certaine activité.
Les aviateurs britanniques et serbes ont bombardé les campements bulgares aux environs de Demir-Hissar et de Doiran.
Les zeppelins et les avions allemands ont accompli en Angleterre deux nouveaux raids, dont l’un aux abords de Londres. Il y a eu des victimes.

Source : La Grande Guerre au jour  le jour

 

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Mercredi 26 septembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 26 septembre 1917

1111ème et 1109ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 matin  Nuit de bataille, vers minuit – 1h, très violente devant Reims, les coups roulaient et nos batteries vers « La Villageoise », « Pommery », tiraient sans discontinuer, comme si c’étaient des canons-révolvers, puis vers 4h du matin plus éloigné. J’ai reposé tout de même, après les émotions d’hier. Pourvu que cela ne recommence pas aujourd’hui ! J’en tomberai malade. La journée se prépare encore belle. Pour nous c’est toujours avec une certaine appréhension quand nous voyons une belle journée s’annoncer. Car les allemands ne la laisse jamais s’écouler sans nous arroser copieusement… Et maintenant c’est avec angoisse que je vois un beau lever de soleil. Je n’ai plus le pied marin !! Usure, fatigue, lassitude !

6h soir  Rien de saillant. Bonnes nouvelles des miens. Lettres longues à répondre, une 20aine (vingtaine) avec aussi des pièces pour transfert Français. Vu le sous-préfet un instant à 2h. Travaillé toute la journée. Été chez Camuset porter des pièces. Vu l’abbé Camu (Ernest Louis Camu, vicaire général (1862-1940)) aussi un instant par la fenêtre, il n’est pas remontant !

Rentré chez moi. Toujours aussi impressionnable au moindre sifflement !!… M. Camuset me disait qu’il y avait eu hier 23 bombes sur l’Établissement Ducancel, 17 sur l’Établissement Voisin, 32 sur la Maison de Retraite et les autres dans le quartier !!! Rencontré aussi le Maire et Charbonneaux, causé un instant, tous deux fort aimables. Le Maire n’a rien eu chez lui rue de Venise, que des éclats. Il était aux premières loges du reste au n°57 de la rue de Venise, au bout près du canal !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 26 – + 15°. Nuit tranquille à partir de 1 ou 2 h. Beau temps. Visite du Général Robert (ou Rubert) à Branscourt et d’un inspecteur des Finances. Journée assez tranquille. Avions allemands à 1 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Victimes civils à Reims le 26 septembre 1914 (leur age, leur lieu de décès, leur métier) Vous pouvez en voir plus en cliquant sur leur nom

  • AUBERTIN Andrée, 24 ans, rue du Champ de Mars – Fleuriste, domiciliée à Reims, 7 rue Croix Saint Marc
  • CROISY Charles Eugène, 56 ans, Faubourg Cérès – caviste, demeurant 2 boulevard Carteret
  • EVRARD Juliette Emmilie, 13 ans, 53 rue Simon – Succomba des blessures reçues lors du bombardement du 26/09/1914
  • GILLET Désiré Eugène, 52 ans, Place de la Bibliothèque, rue du faubourg Cérès – manouvrier, domicilié 69 ter faubourg Cérès à Reims
  • LANOIS Raymonde, 2 ans, Faubourg Cérès – Tuée dans un bombardement avec sa mère – Domiciliée à Reims, 8 rue des Gobelins
  • LEFILS Robert Roger, 17 ans, Place de la Bibliothèque – Rue du faubourg Cérès) domicilié à Reims, 43 rue Saint André
  • MULLER Hélène, 7ans, Place de la Bibliothèque – Rue du faubourg Cérès) domiciliée 2 rue Charlier à Reims

Mercredi 26 septembre

Une lutte d’artillerie très vive se maintient dans les régions d’Hurtebise et de Craonne et sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur du bois de Chaume. Sur ce dernier point, l’ennemi a renouvelé ses tentatives pour pénétrer dans nos tranchées. Malgré un emploi intensif de lance-flammes, il a été repoussé avec de lourdes pertes sans obtenir aucun avantage.
Nos avions ont effectué diverses opérations de bombardement : 10000 kilos de projectiles ont été jetés au cours de ces opérations, notamment sur les gares de Cambrai, Luxembourg, Longuyon, Brieulle. Plusieurs incendies ont éclaté dans les bâtiments bombardés.
Nos alliés britanniques ont exécuté avec succès un coup de main à l’est d’Epehy : ils ont fait un certain nombre de prisonniers. L’ennemi qui tentait d’enlever un poste avancé au nord-est de Lens, a été rejeté à la suite d’un combat à la grenade.
Activité d’artillerie aux alentours d’Ypres.
Au petit jour, et grâce à un épais brouillard, l’ennemi a lancé une forte contre-attaque à la hauteur de Towerhamlet et du bois du Polygone. Il a été repoussé sur la plus grande étendue de ce front, mais en deux points, au nord de la route Ypres-Menin au au sud du bois du Polygone. Il a réussi à pénétrer dans les tranchées. Il a été ensuite rejeté des positions qu’il avait occupées. Nos alliés ont rétabli tout leur front.
Les Italiens ont brisé une offensive autrichienne au Monte Nero et d’autres attaques à l’est de Gorizia.
Les Russes ont arrêté une attaque allemande en Livonie et réussi un coup de main sur le front roumain.
Dans une note complémentaire au Vatican, l’Allemagne promet de reconnaître l’indépendance de la Belgique sous des conditions qui lui donneraient un pouvoir de tutelle sur ce pays. On considère toutefois que ce premier pas a coûté au Kaiser.
Guynemer est déclaré disparu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Georges Guynemer reçoit la Légion d’honneur du général Franchet d’Espérey sur le terrain d’aviation des Cigognes pour l’occasion à Crugny.

 

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Mardi 25 septembre 1917

Louis Guédet

Mardi 25 septembre 1917

1110ème et 1108ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit agitée, du canon tout le temps, et puis la crainte du bombardement. Ce matin je suis tout démoli. Journée avec léger brouillard qui s’annonce comme magnifique comme les précédentes. Hélas on n’ose en jouir. Hier soir lu assez tard dans la crainte d’une nouvelle alerte. Je lis en ce moment pour tuer le temps La Retraite des Dix-Mille, de Xénophon. Cela m’occupe, et me distrait un peu de mes tristes et douloureuses pensées.

Comme je rencontrais hier l’abbé Compant devant la « Poste » je lui demandais si c’était vrai que Mgr Luçon avait reçu du Colonel du 152ème Régiment d’Infanterie (le premier qui l’eut reçu) la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire. C’est vrai. Durant une visite que S.E. (Son Eminence) lui fit à St Brice-Courcelles le colonel lui demanda de lui faire l’honneur de l’accepter en souvenir de sa visite, et comme il fallait qu’il fit partie du régiment, il nomma Mgr Luçon aumônier d’Honneur du régiment. Voilà le fait dans toute sa simplicité. Et ces jours-ci les bonnes langues affirmaient dur comme fer que le Cardinal avait la fourragère et qu’il la portait quand il sortait dans les rues de Reims ! Comment l’aurait-on vu puisque il porte le soir où elle lui a été offerte et qu’il l’a portée, il est rentré de Courcelles à Reims vers 9h du soir. Je ne vois pas comment on aurait pu la lui voir… Petit fait qui fait bien jaser. Le geste du colonel est bon, mais à quoi bon ébruiter tout cela ! Nous avons bien d’autres choses à penser, bien d’autres soucis, d’autres tortures.

1h1/4 après-midi  De 11h jusqu’à présent bombardement sur Chaussée du Port, Ducancel, rue de Venise, rue des Moulins, rue du Ruisselet. Des 210 et des incendiaires, un incendie vite éteint. Je ne sais ce qu‘ils peuvent bien chercher par là ! Il n’y a rien. On dit que depuis quelques jours des wagons ont été stationnés de ce côté sur la ligne du C.B.R. qui longe le canal. Est-ce bien la raison. Lettre de ma chère femme qui me donne de bonnes nouvelles de Jean et de Robert du 19 – 20. Lettre de la Supérieure de Roederer pour féliciter Jean de sa Croix de Guerre, de Halbardier (Albert Dominique Halbardier, administrateur des hospices civils (1856-1940)) pour me féliciter d’avoir échappé à mon 75 de l’autre jour. Lettre de (rayé) (un bel égoïste celui-là) il soigne surtout ses intérêts, « le Pôvre » et il me demande de m’employer de tout mon temps et de mon pouvoir pour lui faire payer une réquisition de 700 F solutionnée en décembre dernier, sa petite affaire…  mais pas un mot du cœur pour moi et les miens !! (Rayé).

3h1/2 soir  Le bombardement n’a pas encore cessé, toujours sur le même quartier, et Maison de Retraite et même Hospices civils près de St Remy (clinique) me disait tout à l’heure Guichard qui en revenait et qui avait plutôt chaud. Mais il n’est pas prudent. En le quittant dans les bureaux de la sous-préfecture avec Beauvais, je le lui ai recommandé d’être plus prudent, mais il y est retourné !! Vraiment ce n’est plus du courage ! C’est de la témérité !

Pour moi je suis fort impressionné. Non je ne puis plus résister à ces assauts. J’ai besoin de plus de calme et de repos. Pourvu que j’arrive à lundi sans accroc. J’avoue à ma courte honte que je quitterai Reims pour une 15aine (quinzaine) avec soulagement. Porté quand même mes lettres à l’École Professionnelle en…  rasant les murs. Je ne suis plus brave ni courageux ! Je n’ai surtout plus de forces, et un rien m’effraie. Tout l’établissement Ducancel brûle. La Maison de Retraite est fort abîmée, et l’École de la rue Simon et du Ruisselet à côté est entièrement détruite. Pourvu qu’ils ne continuent pas, et surtout qu’ils partent bientôt. J’ai vu à la Poste M. Lemoine, employé de M. Charles Heidsieck, qui est officier d’État-civil gestionnaire à Montigny-sur-Vesle qui me disait qu’à son État-major on s’attendait à un recul prochain des allemands comme devant Péronne et Arras. Beauvais me le confirmait aussi. Le Maire en reste convaincu. Beauvais l’a entendu dire par divers officiers. Bref leur repli est dans l’air. Mon Dieu que ce soit bientôt et sans accident, sans accroc sans nouvelles misères ni victimes. Il est grand temps. Nous n’en pouvons plus. Après avoir causé quelques instants avec M. Beauvais, rentré chez moi fort angoissé.

4h  Le calme parait se faire. Mon Dieu que ce soit fini et que plus jamais je n’entende siffler ni éclater d’obus. Que ce soit la Délivrance, le calme, la Paix… Notre récompense après avoir tant souffert.

5h  Au sujet du repli éventuel, M. Beauvais me disait que le Maire (et il le savait par ailleurs) lui avait dit qu’un officier d’État-major du G.Q.G. (Grand Quartier Général) était venu ces jours-ci pour visiter divers locaux, et notamment le Lycée de filles faubourg Cérès (Ancienne École St Joseph) (lycée Jean Jaurès actuellement) afin de voir combien on pourrait loger de rapatriés des villages environnants abandonnés par l’ennemi et laissés dans les ruines de ces villages. De cela il résulterait qu’on s’attend à un coup de théâtre dans ce sens ! Ce serait notre Délivrance. Dieu en soit béni.

Mais le plus amusant, c’est que le susdit officier d’État-major du G.Q.G. n’était pas très rassuré, et comme cela tapait un peu sur les quartiers extérieurs, après 2 étapes à La Haubette et à la Porte de Paris, pour se retâter et prendre son courage à 2 mains, il est allé à la Ville, et là, au lieu de demander qu’on le conduisit Faubourg Cérès au Lycée de Filles, il a demandé au Maire de prier Pérotin, de la voirie, de voir qui connait très bien l’immeuble pour avoir présidé à son organisation ( M. Pérotin était le directeur du service d’architecture de la ville de Reims), de vouloir bien venir dans le cabinet du Docteur Langlet afin qu’il lui dise le nombre de rapatriés rescapés que pourrait contenir cet immeuble, et de lui faire un croquis de celui-ci avec ses emplacements et distributions. Et voilà comment (rayé) il a visité le Lycée de Filles !! Parions que rentré au G.Q.G. il a affirmé à son chef qu’il avait visité l’immeuble et qu’il a dressé le plan donné par Pérotin !! Et voilà comment on écrit l’Histoire ! (Rayé).

6h1/2  Le calme, pourvu qu’il dure ! et que nous ayons une nuit tranquille ! mais quelle journée angoissante ! on est à bout de nerfs. Et puis je suis de plus en plus impressionnable, faiblesse, fatigue, surmenage, souffrances, etc… Mon Dieu ! si nous étions délivrés bientôt ! Mais je n’ose y croire ? et je me demande comment cela pourra arriver. Nous en sommes presque tous là. Non, nous ne pouvons pas nous figurer Reims délivrée !! Reims délivrée ! Aller et venir par nos rues, par nos ruines sans inquiétude, sans crainte d’un obus, de la Mort qui vous attend à chaque coin de rue, à chaque pas, à tout instant. Non ! nous n’osons croire à ce bonheur-là !! Et pourtant si cela arrivait, bientôt, si c’était vrai !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi 25 – + 12°. Nuit tranquille en ville. Visite du Lieutenant Sauren. A 11 h. bombes sifflent sur la ville jusqu’à 5 h. sans relâche. Ils battent l’usine Ducaubet (famille de l’Assistante de L’Enfant-Jésus), rue de Venise, rue des Moulins, du Ruisselet. Maison de Retraite très endommagée. Visite de Mme Bliss, femme du Consul anglais à Paris, et d’une autre dame qui font des conférences pour la France en Amérique. De 9 h. à minuit et au- delà, lutte active autour de Reims entre les deux artilleries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 25 septembre

Sur le front de l’Aisne, la lutte d’artillerie s’est poursuivie très vive dans la région Braye-Cerny-Hurtebise. Nous avons repoussé un coup de main sur nos petits postes au nord de Braye-en-Laonnois.
Sur la rive droite de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont attaqué nos tranchées au nord du bois le Chaume, sur une étendue de 2 kilomètres. Menée par quatre bataillons, appuyée par des troupes spéciales d’assaut, l’attaque a été désorganisée par nos feux et a été impuissante à aborder nos lignes sur la plus grande partie du front attaqué. Dans quelques éléments de tranchée, au centre, où l’ennemi avait réussi à prendre pied, un violent combat s’est engagé qui a fini à notre avantage. Nos soldats ont infligé de lourdes pertes à l’adversaire et sont restés maîtres de leurs positions. Au même moment, deux attaques secondaires, prononcées l’une au nord de Bezonvaux, l’autre au sud-est de Beaumont, subissaient également un sanglant échec, grâce à la vaillance de nos troupes, qui se sont portées avec fougue au devant de l’assaillant. Nous avons encore repoussé deux tentatives.
Sur le front de Macédoine, canonnade active sur le Vardar et dans la boucle de la Cerna.
Une attaque bulgare, qui avait pris pied à l’est de lac Prespa, a été chassée de la position par une contre-attaque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 24 septembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 septembre 1917

1109ème et 1107ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, mais le canon n’a pas cessé de tonner à intervalles irréguliers toute la nuit. Mal dormi en somme. Ce matin une levée de scellés et inventaire, rue Libergier, 52, maison Roussillon (à vérifier), pour Thiénot, et 2 inventaires quartier Fléchambault pour Bigot. Ma journée sera occupée.

6h soir  Rien de bien saillant. Des mots de ma chère femme avec jointes 2 lettres de Jean et Robert qui peuvent être relevés de jour en jour. Jean m’annonce qu’il quitterait bientôt sa batterie, il ne sait pas pourquoi, comment, et pour aller où… Fait ma levée de scellés ce matin, été retenir un camion militaire pour transporter les livres de mon vieil ami Bossu. C’est chose entendue pour le samedi 27 octobre prochain 7h matin. Je lui écris pour l’en prévenir.

Rencontré abbé Compas, Divoir, Camu. Causé un instant. Vu ensuite Touyard au Palais pour le prévenir du déménagement Bossu. Rentré chez moi où j’avais de l’ouvrage, écrit quelques lettres, et puis vers 5h des bombes se mettent à siffler au-dessus de moi. Je suis tout impressionné, et presque tremblant. Cela va cependant plus loin, mais depuis ma dernière secousse je ne suis plus rassuré… Mon cœur se serre et je souffre réellement. J’ai hâte que cela cesse, et aussi d’aller un peu à St Martin me reposer, me remettre. Je ne suis plus fort, un rien m’émotionne et m’abat.

7h1/2 soir  Le canon n’a pas cessé de tonner, soit du côté des nôtres, soit des obus allemands et relativement assez près. Leur sifflement m’a tenu en éveil tout le temps de mon dîner, et j’ai mangé en hâte et fini mon dessert debout, mon masque sous le bras, prêt à descendre en cave si cela se rapprochait par trop. Ma vieille Lise est assez émotionnée, aussi je lui dis de venir s’asseoir auprès de moi. Nous serons moins seuls. On ne peut se faire à cette musique ! Et quand donc ce sera-t-il fini ?! Au contraire je crois qu’on s’en impressionne plus qu’au commencement !! On n’est plus fort, on ne résiste plus autant, on est affaibli par 38 mois de martyre. Et mon Dieu ! malgré moi, dès que le calme est le silence se fait, dès que la rafale est passée, on se reprend, on revit, on ressent un sentiment de sécurité, de bien-être, qu’on ne peut analyser, décrire… Quelles singulières impressions aurais-je ressenti durant cette période terrible, quels sentiments aurais-je ressenti, que de pensées vous assaillent durant ces moments tragiques où l’on est suspendu au…  souffle de l’obus qui vous arrive !! Quelle sensations, quelle métronisation presque, on a comme un sentiment de lévitation ! on se sent soulevé du sol. Pour où aller, Mon Dieu ?!… Retomber dans ces angoisses… Je ne comprends pas que durant ces secondes d’attente…  de mort entre le 1er sifflement lointain perçu (même le coup du départ avant), et l’éclatement de l’obus, je ne comprends pas que notre cœur ne s’arrête tout net, et que nous ne mourrions pas immédiatement. Pardon d’analyser ainsi notre pauvre existence, mais je voudrais non pas faire ressentir à ceux qui me liront ces notes, les liront peut-être plus tard au calme et en toute sécurité…  mais faire comprendre, saisir mes sensations, mes impressions… !!……………………………………………… indescriptibles, inanalysables, insensationnelles pour qui ne les a pas vécues.

Heures, minutes, instants terribles, entre la vie et la mort toujours suspendue sur votre tête. Heures inoubliables, mais combien lugubres, tristes, désolantes… Tout vibre en vous, tout s’extériorise, s’éthérise presque. Vous vivez un monde en un millionième de seconde !! et tout cela au détriment de votre pauvre carcasse, qui se tasse, se plie, se courbe, se désagrège déjà avant la pulvérisation de la tombe. L’âme seule survit sur cette pauvre ruine, avec sa volonté, son vouloir de faire son devoir jusqu’au bout, jusqu’à la délivrance, jusqu’à la victoire finale !

8h soir  Dois-je me coucher ? Dois-je attendre encore si une nouvelle bourrasque se déchaine ? Que faire ? Après tout on est tué aussi bien dans son lit qu’à sa table de travail. Donc Bonsoir ! à toute la compagnie ! comme on dit si savoureusement dans ma chère Champagne Pouilleuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 24 – + 10°. Nuit assez bruyante autour de Reims : canons, mi­trailleuses, fusils très fréquemment entre tranchées adverses. Visite de M. Dage et de Mme Pommery. Aéroplanes allemands et français : tir contre eux. 6 h. 45 canons français très voisins de nous. Tir répété ; riposte alle­mande. Pendant le souper, obus sur le Lycée, rue Chanzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Lundi 24 septembre

Les Allemands ont attaqué de nouveau après un violent bombardement, nos positions de la région de Maisons-de-Champagne. Nos feux ont brisé l’attaque avant qu’elle est pu aborder nos lignes. La lutte d’artillerie a été vive dans la région des Monts. Un coup de main ennemi vers le mont Haut, n’a donné aucun résultat. Nous avons pénétré dans les lignes allemandes au sud de Vaudesincourt et opéré des destructions importantes.
En Woëvre, une tentative allemande sur nos tranchées, entre Fay et Regnéville, a également échoué. Nous avons fait des prisonniers.
Les troupes britanniques ont exécuté avec succès un coup de main au nord-est de Gouzeaucourt. Elles ont infligé de sérieuses pertes à l’ennemi.
Canonnade dans le secteur d’Ypres.
En Macédoine, la lutte d’artillerie se poursuit sur le Vardar. Des coups de main des Bulgares ont été repoussés, notamment dans le secteur italien. Un détachement français a accompli un raid heureux en contact avec les contingents albanais d’Essad pacha, dans la vallée de Skumbi. Il a fait 442 prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 23 septembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 23 septembre 1917

1108ème et 1106ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit tranquille. Ce matin brouillard épais qui s’élève en ce moment et une belle journée se prépare. Voilà le 1er brouillard d’automne, en attendant l’hiver. Mais quel bel automne avons-nous eu. Voilà la St Remi qui approche, que de souvenirs affluent à mon esprit, souvenirs Rémois. La foule se pressant au tombeau de St Remy tandis que le calme régnait autour des marchands forains installés place St Remy et place St Thimothée et place de l’Hôpital Civil (place du Chanoine Ladame depuis 1972). Le dimanche et le lundi de cette St Remy c’était la foire de St Remy, et tout Rémois se respectant aurait cru manquer à tous ses devoirs s’il n’avait pas été faire un tour de foire, quitte à se faire écraser, bousculer. Quelles belles journées ! Et quels doux souvenirs ! Maintenant la Basilique est à demi-ruinée, déserte, ainsi que les places à l’entour qui à travers lesquelles se glissent à pas furtifs et craintifs les quelques rares passants qui sont obligés de sortir de leurs caves pour s’approvisionner et respirer un peu l’air, ou se chauffer un peu au soleil… Souvenirs doux, charmants et mélancoliques, comme les douces journées d’automne si belles, si prenantes de notre chère Champagne.

Messe de 7h rue du Couchant, dite par l’abbé Camu, sermon par l’abbé Divoir. Peu de monde, hélas, on s’épuise, on se lasse. Combien resterons-nous le jour de la délivrance ?!

L’Eclaireur de l’Est de ce matin signale la citation de Jean et la fait suivre d’un commentaire fort aimable pour Jean et pour moi. Dramas et Beauvais n’ont pu retenir leurs plumes et leur coup d’encensoir. Ce que je vais les blaguer à ce propos. Néanmoins cela prouve qu’ils m’aiment tout de même et m’estiment. Ce dont je ne doutais pas du reste quoique n’ayant pas les mêmes idées.

 Extrait de « L’Eclaireur de l’Est » Reims du dimanche 23 septembre 1917

Nos concitoyens sur le front
______________
Cité à l’ordre

Nous apprenons que M. Jean Guédet, engagé volontaire, aspirant au   e d’artillerie, a été l’objet, le 26 août dernier, de la belle citation suivante à l’ordre du régiment :

« Aspirant très brave et très dévoué, assurant d’une façon parfaite, malgré la fatigue, le service régulier de ses pièces qui ont tiré presque sans arrêt toute la nuit du 19 au 20 et toute la journée du 20 août. » (Croix de guerre)

Nos félicitations à notre vaillant concitoyen, fils de M. Guédet, notaire et suppléant des Justices de Paix de Reims, resté à son poste, et qui lui aussi n’a pas cessé de faire montre de courage et de dévouement.

5h soir  Sorti à 2h porter mes lettres, en route croisé 3 autos occupées par des américains qui allaient visiter la Cathédrale. En allant chercher un journal, je remarquais (ce que j’ai déjà fait maintes fois) quantités d’arbres morts séchés sans la moindre trace de blessures ou de bris par obus. A mon avis ces arbres ont été brûlés par le souffle d’obus qui sont venus tomber à proximité d’eux et les ont pour ainsi dire pétrifiés, brûlé la sève. C’est un phénomène assez bizarre, et je me demande si sur les autres fronts on a fait la même remarque que moi.

Causé avec des soldats en attendant le journal chez Michaud, l’un d’eux, Garnier, employé au Courrier de la Champagne, actuellement mobilisé, me disait qu’autour de lui on critiquait beaucoup les décorations données à tort et à travers aux infirmières de Reims, qui ne faisaient rien et qui étaient les premières à se sauver ! Il critiquait aussi beaucoup la campagne de battage que l’on fait pour Eloire, notre adjudant des Pompiers qui est très brave, soit, mais qui est bien encombrant avec la réclame qu’il fait faire ou laisse faire autour de lui…  C’est trop !!…  et cela en devient ridicule !

Rentré chez moi écrire quelques lettres. Je n’ai plus qu’à répondre à mon vieil ami M. Bossu qui m’a écrit de Nice avant de prendre le bateau pour Bastia une lettre toute affectueuse et toute bonne. Il est convaincu que ma nomination aura lieu pour octobre. Il paraissait assez émotionné de sa traversée durant laquelle il peut recevoir une torpille. « On sait quand et d’où on part, mais aborderai-je sur les bords de la Corse ou du…  Styx » dit-il avec assez de mélancolie.

Il est maintenant tranquille, car il n’y a eu aucun torpillage de signalé dans ces parages ! J’en suis heureux pour lui, et j’espère avoir bientôt de ses bonnes nouvelles me disant son heureuse traversée, et qu’enfin il jouit du beau climat de sa nouvelle résidence. J’en suis heureux pour lui. Que ne puis-je être près de lui pour m’y reposer, au calme, à la tranquillité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 23 – + 9°. Nuit tranquille. Aéroplanes ; beau temps. Quelques obus sifflent (sur les batteries ?) rue des Moulins. Journée tranquille. Con­firmation à Champfleury par Mgr Neveux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue des Moulins


Dimanche 23 septembre

Activité marquée des deux artilleries sut tout le front de l’Aisne, notamment vers la ferme Bonnejean, dans les régions de Cerny et de Cuoy.
En Champagne, les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions entre Maisons-de-Champagne et la Main-de-Massiges. Quelques fractions ennemies ont pu aborder nos lignes et prendre pied dans un élément de tranchée d’où nous les avons rejetées, après un vif combat.
Nous avons pénétré dans une tranchée allemande vers Beauséjour, détruit des abris et ramené du matériel.
Sur la rive droite de la Meuse, canonnade vers Bezonvaux.
Rencontre de patrouilles en Haute-Alsace. Dans les dix derniers jours, nous avons abattu 15 avions allemands.
Les Allemands continuent à contre-attaquer en Flandre. Ils subissent des pertes considérables. Ils ont échoué dans une tentative à l’ouest de St Julien et sur plusieurs autres points. Nos alliés gardent leurs lignes intactes. En particulier, les ennemis ont été fauchés à l’est de Langemarck.
Les Russes ont perdu la tête de pont de Jacobstadt, sur la Dwina inférieure.
L’Allemagne et l’Autriche ont répliqué à la note du pape. Elles ne fournissent aucune précision, en ce qui touche les questions de territoire.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 22 septembre 1917

Louis Guédet

Samedi 22 septembre 1917

1107ème et 1105ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Nuit calme, mais combat assez violent vers 4h1/2 du matin, côté Pompelle, je crois, car de ma chambre il m’est difficile de distinguer si la bataille a bien lieu vers Pompelle (sud de Reims), ou vers Courcy – Brimont (nord de Reims), effet d’acoustique assez bizarre, question d’orientation de la maison face sud-est, et sur rue derrière, rue Boulard, nord-est. Entrée rue des Capucins 52 est, et ouest proche Maison Ducancel, qui ne permet pas de fixer les bruits lointains qu’on ne peut établir que sorti dans la rue, et puis la maison étant à tous vents les bruits viennent par les issues et changent de direction aussitôt.

Ce combat cesse vers 6h, heure à laquelle je vais rue du Couchant, à la messe de l’abbé Divoir, dite pour Maurice Mareschal, dont c’est la fête aujourd’hui. Et dans 2 mois, encore un 22, ce sera la 3ème anniversaire de sa mort. Trois ans !! Lui du moins est bien heureux !! En arrivant à la Chapelle la messe commençait, et j’étais le seul assistant, ensuite sont arrivées 3 personnes, dont Melle Lambin (à vérifier) rue du Jard, 84, et l’abbé Lecomte qui maintenant dit sa messe ici depuis une 15aine (quinzaine) de jours, les sœurs de la Visitation, rue de l’Equerre 8, dont il était l’aumônier, ayant quitté Reims définitivement.

Rentré à 6h1/2, il fait froid, mais la journée sera encore une belle journée d’automne, rayonnante de soleil !

9h matin  Travaillé un peu et lu le journal « Petit Parisien » que je reçois tous les matins, c’est le seul qu’on distribue dans mon quartier, et en lisant un conte de Françoise Ollivier, et, Dieu me pardonne ! je viens de rire en le lisant ! Rire ?! Il y a bien longtemps que cela ne m’était arrivé !! J’en suis presque honteux et j’en ai les larmes aux yeux. Rire en ce moment ?! C’est presque un scandale ! Et mes soucis et mes épreuves et mes chers aimés qui souffrent !! Pardonnez-le moi mon Dieu !! Et voici ce que dit ce conte : Une pauvre femme attend son mari mobilisé qui vient pour la première fois en congé. Elle astique la maison et tout en rangeant elle s’arrête devant une chaise sous laquelle se trouve une paire de pantoufles, immédiatement contre la porte d’entrée. Cette chaise et ces pantoufles avaient été l’objet de bien des scènes de ménage. Madame, qui avait horreur de la boue, exigeait que Monsieur, avant d’entrer dans son « home » se déchausse immédiatement sur cette chaise quelque temps qu’il fasse. Devant cette chaise cause de tant de petites disputes, Madame réfléchit, et prise d’une bonne pensée retira chaise et pantoufles pour bien monter à son cher époux qu’elle l’ennuierait pas avec cela désormais. Le mari devait arriver la nuit et aussi avait prié sa femme de ne pas l’attendre. Arrivé avec 2 heures de retard, notre poilu arrive chez lui et ne voulant pas réveiller sa jeune femme, ouvra sa porte, et songeant à la chaise légendaire s’assied pour se déchausser, humble hommage à la ténacité de sa chère moitié ! Mais patatras, mon homme roule par terre, en jurant sacrant. Il veut se relever, mais ses souliers ferrés glissant sur le parquet trop bien ciré et auquel il n’était plus habitué, son casque heurte la muraille, retombe sur son bidon, bref un tapage infernal qui réveille la femme qui accourt toute effrayée de ce tapage et voit son mari empêtré dans son harnois ce qui en guise de joyeux horions lui crie d’un ton furieux : « Nom de nom, pourquoi bon sang ! as-tu retiré la chaise !!! » Et voila comment les bonnes intentions peuvent tourner être prises en mal !! Voir. Et j’ai ri…  oui. J’ai ri, mais mon rire m’a effrayé. Je ne l’avais Je ne m’étais pas entendu rire depuis 3 ans !!! et j’ai aussitôt pleuré. Pardonnez-moi mon Dieu !! en songeant à mes aimés qui souffrent et qui, eux aussi, ne savent plus ce que c’est de rire… Rire ??… Rire !! Tandis que je suis au milieu des ruines, des pleurs et dans le sang !! Mon Dieu !!

1h1/2  Reçu lettre du 17 de Jean me disant qu’il est descendu plus à droite (Vers Douaumont et Vaux sans doute) et plus au calme et mieux installé. Robert de même. Il conte très drôlement l’émoi du régiment et des officiers qui venaient pour la relève devant l’installation sommaire qui n’avait rien du luxe dont ces embusqués jouissaient depuis 3 ans ! (Quel régiment cela peut être ?) et qui s’écriaient devant le lit (?) de Jean : « Nous ne pourrons jamais tenir à 2 là-dedans ! » Et lui de répondre (je le crois) : « Nous y couchons à trois !… » Il parait que pour les tirs ces musqués étaient grotesques : Leur lanterne de Direction de tir s’éteignant, au lieu de continuer à tirer ils cessaient le feu en attendant que le lumignon soit rallumé !! Pour les tirs en cadence ils prenaient leurs montres et comptaient les secondes pour chaque tir !! en salve !…

Je ne leur souhaite qu’une période à cela, que mon pauvre Jean et mon pauvre Robert viennent de traverser ! Cela les dressera ! Tas de musqués ! (Rayé) n’est-ce pas (rayé).

5h du soir  Sorti après-midi, passé à la Poste, chez Mme d’Hesse (boulangerie d’Hesse) rue de Tambour pour payer les fleurs mises sur la tombe de Maurice Mareschal. Elle a pris le culot du 105 trouvé dans la chapelle du cimetière du Nord de ce pauvre Maurice. Elle doit l’envoyer pour le conserver pour René et Henry. De là passé à la Ville, causé quelques instants avec le Maire et Raïssac. Enfin été au cimetière du Nord à la chapelle de Maurice. La gerbe était bien. Rentré par le boulevard de la République et la place d’Erlon. Les Promenades sont transformées en forêt vierge !! Hélas !! Que de tristesses.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 22 – Nuit tranquille à Reims. Ciel sans nuages. Visite du Major de la Place annonçant que la Visite du Duc de Connaugth est ajournée. Probablement il veut féliciter les troupes anglaises de leurs succès dans le nord à Test d’Ypres(1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le duc de Connaugth est un neveu par alliance du roi George V. L’offensive franco-britan­nique des Flandres se terminera très difficilement par la prise de Passchendaele, le 6 no­vembre 1917.

Samedi 22 septembre

Nous avons aisément repoussé des coups de main ennemis au nord de Vauxaillon, dans le secteur de Cerny et sur le front de Verdun, vers Lamorville et Béthincourt.
En Champagne, activité d’artillerie dans la région des Monts. Une attaque allemande sur le mont Haut a été dispersée par nos feux avant d’avoir pu aborder nos lignes. L’ennemi a subi des pertes sérieuses.
L’offensive anglaise de Flandre, à l’est d’Ypres, s’est développée sur un front de 13 kilomètres, entre le canal d’Ypres à Comines et la voie ferrée d’Ypres à Stades. Nos alliés ont obtenu un succès considérable, conquérant les positions de grande importance et infligeant à leurs adversaires de lourdes pertes.
Les premiers objectifs furent atteints de bonne heure : ils consistaient en points d’appui bétonnés et en fermes organisées. Le bois d’Inverness, le bois de Glencorse et Nonne Bosschen furent pris d’assaut, ainsi que les fermes de Potsdam, de Vampir et le point d’appui de Gallipoli. A droite, il y eut un violent combat au nord du canal d’Ypres. Au centre, le gain fut de 1600 mètres en profondeur. Au nord, Zevankote fut enlevé. Le nombre des prisonniers dépasse 2000. Les pertes britanniques sont légères.
Sur le front russe, on signale toute une série de combats aériens, et des bombardements par avions.
Le croiseur anglais Glasgow, arrivé à Buenos-Aires, a été acclamé par la population, dont la colère monte contre l’Allemagne.


 

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Vendredi 21 septembre 1917

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – + 14°. Nuit tranquille. 11 h. 45 bombes (sur batteries ?). Via Crucis.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 21 septembre

Activité d’artillerie, dans la région au sud de l’Oise, en Champagne, dans le secteur du Cornillet et du mont Haut, et sur les deux rives de la Meuse.
Les Anglais ont attaqué sur un large front à l’est d’Ypres. Les premiers rapports mentionnent de satisfaisant progrès ainsi que la prise d’importantes positions.
Les Allemands, en Livonie, ont pris l’offensive dans la région située à l’ouest de Lembourg. Les Lettons, soutenus par l’artillerie, ont, par une contre-attaque hardie, repoussé l’ennemi avec de grandes pertes.
Les aviateurs russes ont jeté avec succès des bombes sur des dépôts ennemis, dans la région de Podregyna, sur la rive septentrionale du lac Narotch. Par contre, les pilotes allemands ont bombardé les gares de Dubno et de Madzivilow.
En Moldavie, dans la région d’Okna, les Allemands, par des contre-attaques, ont forcé les Roumains à évacuer un secteur qu’ils avaient occupés au sud de Grozeschi. Les Roumains ont fait 35 prisonniers.
Le Sénat argentin, par 25 voix contre 1, a voté une motion concluant à la rupture avec l’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Jeudi 20 septembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 20 septembre 1917

1105ème et 1103ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit absolument calme. Ce matin temps nuageux doux fort agréable, que je voudrais pouvoir courir par les champs par ce temps gris clair d’automne qui a un charme tout particulier en Champagne que j’aime tant, mais hélas ! je suis obligé de me terrer ici. Oh ! quand donc pourrais-je aller et venir sans souci d’un obus, d’un schrapnel ou d’une balle et respirer librement, jouir du beau ciel, du beau soleil ! Quand ? Quand ?…

6h1/2 soir  Reçu quantité de lettres et passé mon après-midi à y répondre. J’ai à peu près fini. Lettre très courte de ma pauvre femme, rien de saillant, mais avec toutes ces lettres je vois que je serai encore obligé d’aller à Paris en octobre. Quelle scie. En tout cas je vais déjà à St Martin, fin de ce mois.

Causé longuement pour les allocations militaires en appel avec Beauvais. Organisé et mis au point le service avec le sous-préfet. J’espère que cela marchera mieux qu’avec les Gauthier et consorts. Quels brouillons !! Il fait de l’orage en ce moment. Rien d’autre de saillant. Je suis fatigué.

Le haut de la page suivante a été découpé.

…nous avons suffisamment souffert comme cela !… Cependant !… Il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes et sur les mêmes.

1h1/2  Lettre de ma chère femme qui conte son voyage à Épernay. Elle en parait heureuse, tant mieux, elle a si peu de joies depuis 38 mois. Elle me dit hélas que nos deux Grands ne sont pas encore au repos !! Pauvres petits. Lettre de Jolivet qui est revenu à Fère-en-Tardenois en chassé-croisé, voilà leur occupation. Comme moi il trouve que c’est bien…  militaire !… (Rayé).

Courrier assez lourd mais vite déblayé. Je vais aller à la Poste porter mes lettres et voir si j’apprendrais quelque chose de nouveau, d’intéressant ! Madeleine me dit qu’on parle aussi du retrait de l’ennemi devant nous ! Gérardin-Dutemple le lui affirmait, puisse-t-il dire vrai, et que ce soit bientôt. Ils bombardent toujours à longs intervalles égaux, c’est tout. Rien dans nos quartiers, toujours vers Laon, Cérès, Cernay, Pommery… C’est le courant, et puis cela a sa raison d’être à cause de nos batteries.

5h soir  Rien de nouveau, porté mon courrier, acheté un journal « L’Écho de Paris », qui comme tous les journaux célèbre les batailles devant Ypres des anglais, qui avancent de quelques millimètres !! Quel battage !!

Acheté une pile pour ma lampe de poche, et…  rentré ici pour travailler un peu… J’ai fini ce que j’avais à faire.

Ecrit au commandant Barot État-major 6ème Région Châlons-sur-Marne pour lui recommander René Mareschal et voir s’il pourrait aller à Fontainebleau. Je lui envoie la lettre que Mme Gambart m’a écrite à ce sujet (son neveu) (Blanche Gambart est la sœur de Jeanne Mareschal) et je lui souligne son désir de voir aussi Robert y aller et se trouver réuni à René. Si Barot peut quelque chose il le fera. Ce serait toujours 4 mois de répit pour ces 2 pauvres gosses !!

Vu le R.P. Virion qui va quitter Reims pour Dijon, ainsi que le P. Cleisen… Pas vu le P. Desbuquois. Il m’a promis cependant de venir me voir avant son départ de Reims, mais lui reviendra de temps en temps.

Voilà toute ma journée jusqu’à maintenant. Temps splendide !! Quel magnifique automne allons-nous avoir eu !! Et dire qu’il me faut rester terré dans ma maison !! Par ce beau soleil !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 20 – Nuit tranquille + 17°. Tempo coperto. Visite au Petit Sémi­naire et à Behtléem. 7 h. orage peu violent, pluie torrentielle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 20 septembre

Les Allemands ont attaqué un saillant de nos lignes à l’ouest de la ferme Froidmond. Après un court et violent combat, nous avons rejeté l’ennemi d’un saillant de tranchée dans lequel il avait pris pied.
De notre côté, nous avons effectué un coup de main dans la région du Four-de-Paris, infligé des pertes à l’ennemi et ramené du matériel. Canonnade intermittente sur le reste du front, vive et soutenue en Champagne, dans la région de Souain et du Téton.
L’artillerie belge a exécuté de nombreux tirs sur les lignes de communications allemandes en représailles d’autres tirs exécutés par l’ennemi dans les secteurs belges. Lutte de bombes aux abords de Dixmude. Sur le front britannique, vive activité des deux artilleries dans le secteur d’Ypres. Les appareils d’artillerie ont continué leur travail en dépit des conditions atmosphériques très défavorables. Un avion allemand a dû atterrir, désemparé, mais deux avions anglais ne sont pas rentrés.
En Macédoine, canonnade dans la boucle de la Cerna et dans la région montagneuse, à l’est de cette rivière. Dans la région des lacs, un détachement français a pris une hauteur sur la rive ouest du lac d’Okrida. Une attaque bulgare a été repoussée à l’ouest du lac de Prespa.
Les Italiens ont fait 200 prisonniers dans le val Sugana.

Source : La Grande  Guerre au jour le jour


 

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Mercredi 19 septembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 19 septembre 1917

1104ème et 1102ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit calme, combat vers Pompelle à 4h. Beau temps, nous allons avoir encore une magnifique journée. Quel bel automne dont je ne puis jouir !! Hier en causant avec Albert Benoist nous parlions de l’avenir de Reims si la ville reprendrait, retrouverait ou non son ancienne splendeur et prospérité. J’en doutais, lui, non ! Il ne craignait qu’une chose pour la reprise des affaires, c’est le manque d’ouvriers par suite du défaut de logements, d’habitations à leur procurer. C’est exact, mais je lui objectais qu’on trouverait peut-être facilement à y suffire en logeant les premiers dans de grands bâtiments d’usines qui ne pourraient encore travailler, par nos grands magasins, écoles trop vastes pour les moments actuels, voire même par la construction de baraquements, cités ouvrières dans le genre de ce qui s’est fait pour nos villages anéantis dans la bataille de la Marne. Je lui demandais si on s’occupait dès maintenant de former des comités ou commissions d’entrepreneurs qui réuniraient déjà les matières premières.

A ce sujet je lui émettais l’avis que durant la première période de reconstruction de la Ville on ne devait autoriser que les réparations d’immeubles susceptibles de l’être, et d’interdire toutes constructions nouvelles, ce qui permettrait d’obtenir la loi sur les expropriations des terrains dévastés (si elle ne l’était auparavant) et d’établir un plan définitif de reconstruction de notre ville avec des alignements nouveaux et des percées de nouvelles et grandes artères… Quel beau programme et combien tentant pour un homme (des hommes) qui pourrait s’y adonner entièrement. Cet homme se révèlera-t-il ? Il lui faudra une grande énergie et une grande indépendance ! Puisse-t-il se montrer bientôt !…

Tout à l’heure une élégante auto, militaire bien entendu (il n’y en aura que pour eux) s’arrête devant ma porte et un non moins élégant militaire, (celui-là ne doit pas avoir vu souvent les tranchées) demandait s’il y avait du vin à vendre ici !! Toujours la ripaille ces oiseaux-là ne pensent qu’à boire. Lise lui répondit que non, et avec son calme habituel leur ajouta : « Nous n’en n’avons pas à vendre, nous n’en vendons pas, mais vous pouvez en acheter là-bas à la laiterie du coin ! » Alors le « musqué », d’un ton dédaigneux et offensé. « Ce n’est pas celui-là que nous cherchons !! » (Rayé).

Aujourd’hui anniversaire de l’incendie de la Cathédrale !! Trois ans déjà ! Quels souvenirs !! Les voisins d’en face vont-ils vouloir le commémorer par un arrosage dont ils ont le secret !!!  et la spécialité de sauvages et vandales qu’ils sont !! Ce serait dans les choses possibles !! En attendant, travaillons !

5h soir  Poste à 10h, vu Beauvais et le sous-préfet. Causé très aimablement ensemble, M. Bailliez m’appelle son sous-sous-Préfet in partibus. Effleuré pas mal de sujets intéressants sur la situation générale de notre ville, l’arrondissement, etc… Reçu lettre de ma chère femme, avec 2 lettres de Jean et de Robert des 13 et 14. Ils pensaient être relevés bientôt. Quel soulagement quand ce sera chose faite. Je. Le pauvre Jean répondant à sa mère sur ses craintes et sur sa vie lui dit : « Que veux-tu, Maman, une fois qu’on est dans la ligne de feu, on n’a qu’à se dire qu’on en reviendra pas et on marche !! » Pauvres enfants !

Revu mes 2 partenaires cet après-midi. Causé surtout d’allocations militaires et des abus à ce sujet.

Le bas de la page a été découpé.

…les (rayé).

Vu à midi au départ de l’autobus place d’Erlon Charles Heidsieck, causé de choses et d’autres. Ses 2 fils Georges et Christian (Georges, tué à Dormans le 16 juillet 1918 (1896-1918), Christian (1897-1982)) sont au Chemin des Dames ! Il ne m’a appris rien de nouveau, sauf qu’il avait vu hier ma pauvre femme et Maurice à Épernay avec mon beau-père qu’il a trouvé bien cassé. (Rayé). Quant à ma femme il lui a trouvé bonne mine.

6h1/2 soir  Temps splendide toute la journée et le calme. Quelle différence avec la journée du 19 septembre 1914, à ce moment la Cathédrale et tout le quartier Cérès flambaient, et j’errais épouvanté dans les rues enflammées !! Quel spectacle inoubliable. Aujourd’hui c’est le silence ! Est-ce qu’enfin Dieu dirait aux allemands de se tenir tranquille et de fuir bientôt ! tout de suite ! Reims je crois a assez expié, et nous-mêmes les survivants pour elle et les autres !! Il serait grand temps que cela arrive, on n’en peut plus ! Je n’en puis plus et je suis tellement impressionnable maintenant, que le moindre bruit, sifflement, éclatement, me fait tomber malade. Mon pauvre cœur bat la chamade au moindre bruit. Je ne puis cependant croire que Dieu veuille me rendre malade à ce point, non ! (Rayé).

Le bas de la page a été découpé, le haut de la page suivante aussi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 19 – + 15° Nuit tranquille, beau soleil. Via Crucis in Cathedrali, cum clero civitatis, in anniversaria die et hora incendii. Visite d’un Capi­taine annonçant la visite du Duc de Connaugth.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Duc de Connaught

En savoir plus sur le Duc


Mercredi 19 septembre

Nous avons arrêté deux tentatives ennemies sur nos petits postes. L’un au sud-est de Saint-Quentin, l’autre dans la région des Bovettes. De notre côté, nous avons réussi des coups de main vers Etancourt et la ferme de la Royère.
Au sud de la Miette, à la suite d’un violent bombardement, des détachements ennemis ont abordé nos lignes vers la route de Neufchatel. Un vif combat s’est engagé dans nos éléments avancés d’où l’ennemi a été entièrement rejeté après avoir subi des pertes sensibles. Nous avons fait des prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, grande activité des deux artilleries dans la région du bois des Fosses.
Sur le front britannique, rencontre de patrouilles dans le secteur d’Ypres.
On ne signale que des escarmouches sur le front italien.
Sur le front russe, calme dans la région de Riga. Au sud de Frederikstadt, nos alliés se sont, après combat, emparés d’un point fortifié au sud du village de Badeg et ils ont capturé une mitrailleuse.
Dans la vallée de la Susita, les Roumains, après une préparation d’artillerie, ont occupé un secteur de la position fortifiée ennemie. Ils ont repoussé une tentative allemande sur leurs positions de la région Panticu-Merechesti.
Le sous-secrétaire d’État allemand Haddenhausen a désavoué verbalement les menées du comte de Luxbourg à Buenos-Aires.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Reims 14-18 – Il n’est pas très loin de moi, un peu à droite…

ob_dd8317_amicarte51-100Mercredi 19 septembre 1917
Monsieur le Curé,
Excusez-moi si je ne vous ai pas écris plus tôt.
Depuis mon retour de permission, je suis en très bonne santé et toujours dans le même secteur qui est d’ailleurs assez tranquille.
Combien de temps y resterons-nous, pas très longtemps sans doute d’après ce que l’on murmure.
J’ai demandé après votre neveu René, pour le moment, je n’ai pu savoir exactement où il est.
En tout cas, il n’est pas très loin de moi, un peu à droite, je crois.
Je ferai mon possible pour avoir des renseignements plus précis, et serais enchanté de le trouver et de faire sa connaissance.
Rien de bien intéressant à vous dire, je vous quitte Monsieur le Curé en vous souhaitant bonne santé et en vous serrant cordialeme
nt la main.
Bien à vous,
E. Gallois

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C’est une bonne chose, on oublie pas de donner des nouvelles à Monsieur le Curé.
Et en plus, il a droit à une carte postale de la Cathédrale de Reims… mais hélas dans un bien triste état… en 1917.
La carte a été écrite trois ans jour pour jour après les bombardements et l’incendie du 19 septembre 1914 !

On ne peut savoir où se trouve précisément l’auteur de cette correspondance, mais tout laisse à penser qu’il est dans les tranchées.
En effet, il dit que le « neveu René » doit se trouver « pas très loin, un peu à droite »… cela ressemble fortement à une localisation dans une tranchée ou un boyau.
Mais pour le moment, tout est calme…

Restons dans cette cathédrale défigurée par la barbarie teutonne, avec quelques photos prises en mai 1917 – Agence Meurisse (Source Gallica)

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Mardi 18 septembre 1917

Louis Guédet

Mardi 18 septembre 1917

5h soir  Sorti pour aller acheter un journal, « l’Écho » qui ne m’apprend rien comme toujours. En montant la rue de Vesle rencontré Guichard qui, arrêtant son affaire auto me dit : « Eh ! bien çà va votre affaire, et c’est pour bientôt. » – « Lenoir s’en occupe et doit, dès l’ouverture de la Chambre enlever l’affaire rapidement. Il veut même ne pas venir à Reims officiellement sans avoir une nomination en poche pour la prochaine fournée. » Je l’ai remercié de me dire cela et je lui ai confié ce que je savais et ce que Herbaux et Leroux avaient fait. Il a paru très sensible à ma confidence et paraissait très heureux de m’annoncer cela. Nous nous entendons très bien ensemble.

Ensuite rencontré chez Camuset, banquier, Albert Benoist toujours aussi optimiste. Il me disait que son gendre le capitaine de Montrémy (Marcel Waldruche de Montrémy (1875-1972), époux de sa fille Marie-Madeleine (1884-1977)) avait entendu dire du Général de Castelnau que la Guerre pourrait durer encore bien 2 ans !! D’un autre côté il me rapportait qu’il savait par celui-ci et par une note vue ici à l’État-major que les allemands faisaient devant nous des travaux de repli considérables, comme pour le retrait de la Somme devant Péronne et St Quentin. Puisse cela être exact, et qu’enfin notre malheureuse cité martyre soit délivrée ! Il me confirma aussi qu’on renforçait en ce moment beaucoup notre front ici en vue d’une offensive quelque part à droite ou à gauche de Reims. Pourvu que cela réussisse cette fois sans accrocs, et qu’enfin délivré je sorte sain et sauf de cette épouvantable aventure !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 18 – Nuit tranquille. 9 h. 30, aéroplane. 11 h. 45 bombes sur batteries. Visite d’un Aumônier militaire (du 2e d’artillerie, je crois) et d’un Docteur médecin chargé du service sanitaire de La Pompelle, cantonné à Ludes depuis mai 1917. Visite de M. Buneau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 18 septembre

Actions d’artilleries assez vives, notamment dans la région de la ferme Froidmond, à l’ouest de Craonne et dans le secteur de Massiges.
Après un violent bombardement, les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions de la forêt d’Appremont. Quelques fractions ennemies, qui avaient pris pied dans nos éléments avancés, en ont été rejetées après un vif combat. Notre ligne a été intégralement rétablie.
Un coup de main allemand a été repoussé dans le secteur du Rhône au Rhin; un autre au Violu, dans les Vosges.
Des régiments anglais et écossais ont exécuté avec succès des coups de main sur les positions allemandes, à l’est d’Epehy, aux abords de la voie ferrée Arras-Cambrai et au sud de Gavrelle. Ces opérations ont permis à nos alliés de ramener des prisonniers, de capturer des mitrailleuses et de faire sauter des abris.
Sur le front Italien, dans le val Giudicaria, de petits groupes ennemis ont été dispersés par la fusillade. Sur le plateau de Bainsizza, l’ennemi a tenté, par plusieurs contre-attaques successives, de réoccuper le terrain perdu. Nos alliés ont fait 75 prisonniers.
La flotte anglaise manifeste un regain d’activité dans la mer du Nord.
Kerenski a proclamé la république en Russie. Il a formé un Directoire exécutif de cinq membres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 17 septembre 1917

Cardinal Luçon

Lundi 17 – + 14°. Temps serein, couvert ; nuit tranquille. 2 h. visite du Colonel Barrard m’apportant le diplôme d’Aumônier honoraire du 152e. Le matin, des soldats étaient venus me photographier avec la fourragère. Visite de M. Delatre et de l’abbé Cesbron m’apportant un masque Tissot contre les gaz asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Masque Tissot : source http://anduze1418.

Lundi 17 septembre

 

Au nord-ouest de Reims, un fort coup de main ennemi sur nos postes de la région de Loivre a échoué sous nos feux.
Sur le front de l’Aisne, grande activité des deux artilleries dans la région Braye-Cerny.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont prononcé une nouvelle attaque sur nos positions au nord du bois des Caurières. Nos feux, déclanchés avec précision, ont contraint les assaillants à refluer vers leurs tranchées de départ.
Sur la rive gauche, vive lutte d’artillerie dans la région du Mort-Homme.
A la suite d’un raid exécuté avec succès à l’ouest de Cherisy, les troupes britanniques ont exécuté dans la même région un coup de main qui leur a permis de pénétrer dans les positions allemandes jusqu’à la lisière ouest de Cherisy. Un certain nombre de prisonniers et deux mitrailleuses sont tombés au mains de nos alliés. Ils ont repoussé un coup de main au nord de Lens et une contre-attaque au nord du bois d’Inverness.
Sur le plateau de Bainsizza, les Italiens ont progressé vers le bord sud-est, capturé 17 officiers et 400 hommes.
Les Russes ont repoussé des attaques sur la chaussée de Pskow. Kornilof s’est rendu au général Alexeief, qui l’a arrêté.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche16 septembre 1917

Paul Hess

Dimanche 16 septembre 1917- Bombardement et tir de notre artillerie. Journée mouvemen­tée.

— Étant en promenade, rue de Courlancy, dans l’après-midi, je m’étais arrêté auprès de quelques personnes qui suivaient atten­tivement le tir de certaines de nos pièces, sur un aéro ennemi. Celui-ci paraissait de plus en plus serré par les éclatements nom­breux qui finissaient par se produire autour de l’appareil, l’un un peu à gauche, le suivant légèrement en arrière, etc. lorsqu’un cri : Ça y est parti spontanément, persuada facilement le petit groupe que le Taube avait été sérieusement touché. En effet, on le voyait aussitôt tomber ainsi qu’une feuille morte.

La descente dura quelques instants, pendant lesquels les ca­nonniers ne tiraient pas et l’aéro n’était plus qu’à faible hauteur, quand tout à coup se produisit un changement auquel personne ne s’attendait… on le vit simplement filer en hâte vers ses lignes.

Pour les spectateurs, ce fut une véritable surprise de désap­pointement, car la farce avait été bien jouée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 16 – + 14°. Assisté au service pour les soldats enterrés à Gueux, invité par le Général Nudant. Office 9 h 1/2 : messe, allocution, absoute, procession au cimetière, bénédiction des tombes. Dîner chez le Général. 2 h. 1/2, départ pour Champigny. Visite au Général Gaucher, le colosse aux yeux bleus, à l’église, allocution, salut. Visite et collation chez M. le Maire. 5 h. départ pour Saint-Brice. Visite au Colonel. Réception de l’État-major. Visite à M. le Curé à l’église : allocution, Salut. Dîner avec les officiers. Offre et réception de la Fourragère de la Médaille Militaire du 152e, qui avait été remise le 14 juillet 1917 par le Chef de l’Etat au Colonel Barrard ; puis je recevais un diplôme de nomination d’Aumônier honoraire du 152e afin d’appartenir au régiment ce qui était nécessaire pour pouvoir porter la fourragère. On a mis le feu à un avion allemand à Champigny, comme nous y arrivions.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 16 septembre

En Champagne, nous avons repoussé deux coups de main ennemis au nord de Prosnes.
Activité assez grande des deux artilleries dans les régions du Cornillet et du mont Blond. Nous avons exécuté avec succès un coup de main sur les tranchées allemandes de la région du mont Haut. Nous avons détruit un observatoire et de nombreux abris et ramené une dizaine de prisonniers.
En Argonne, une tentative de l’ennemi sur nos petits postes vers Boureuilles, à complètement échoué.
Sur la rive droite de la Meuse, après un vif combat, nous avons rejeté l’ennemi de la majeure partie des éléments de tranchée où il avait pénétré au nord du bois des Caurières.
Les Anglais ont légèrement amélioré leur position à l’est de Westhoeck. Un détachement ennemi a attaqué le terrain conquis par eux au nord-est de Saint-Julien. Ce détachement a été dispersé par un barrage d’artillerie.
Les Russes ont continué leurs progrès sur la route de Pskow à Riga et pris quatre villages.
Action d’artillerie de grande intensité dans le Trentin et dans les Alpes Juliennes. Les Italiens ont rectifié leur front dans la zone septentrionale du plateau de Bainsizza. Ils ont capturé des prisonniers. Sur le font du Carso, leurs aviateurs ont bombardé l’arrière des lignes ennemies en lançant trois tonnes de projectiles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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