Louis Guédet

Mercredi 26 septembre 1917

1111ème et 1109ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 matin  Nuit de bataille, vers minuit – 1h, très violente devant Reims, les coups roulaient et nos batteries vers « La Villageoise », « Pommery », tiraient sans discontinuer, comme si c’étaient des canons-révolvers, puis vers 4h du matin plus éloigné. J’ai reposé tout de même, après les émotions d’hier. Pourvu que cela ne recommence pas aujourd’hui ! J’en tomberai malade. La journée se prépare encore belle. Pour nous c’est toujours avec une certaine appréhension quand nous voyons une belle journée s’annoncer. Car les allemands ne la laisse jamais s’écouler sans nous arroser copieusement… Et maintenant c’est avec angoisse que je vois un beau lever de soleil. Je n’ai plus le pied marin !! Usure, fatigue, lassitude !

6h soir  Rien de saillant. Bonnes nouvelles des miens. Lettres longues à répondre, une 20aine (vingtaine) avec aussi des pièces pour transfert Français. Vu le sous-préfet un instant à 2h. Travaillé toute la journée. Été chez Camuset porter des pièces. Vu l’abbé Camu (Ernest Louis Camu, vicaire général (1862-1940)) aussi un instant par la fenêtre, il n’est pas remontant !

Rentré chez moi. Toujours aussi impressionnable au moindre sifflement !!… M. Camuset me disait qu’il y avait eu hier 23 bombes sur l’Établissement Ducancel, 17 sur l’Établissement Voisin, 32 sur la Maison de Retraite et les autres dans le quartier !!! Rencontré aussi le Maire et Charbonneaux, causé un instant, tous deux fort aimables. Le Maire n’a rien eu chez lui rue de Venise, que des éclats. Il était aux premières loges du reste au n°57 de la rue de Venise, au bout près du canal !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 26 – + 15°. Nuit tranquille à partir de 1 ou 2 h. Beau temps. Visite du Général Robert (ou Rubert) à Branscourt et d’un inspecteur des Finances. Journée assez tranquille. Avions allemands à 1 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Victimes civils à Reims le 26 septembre 1914 (leur age, leur lieu de décès, leur métier) Vous pouvez en voir plus en cliquant sur leur nom

  • AUBERTIN Andrée, 24 ans, rue du Champ de Mars – Fleuriste, domiciliée à Reims, 7 rue Croix Saint Marc
  • CROISY Charles Eugène, 56 ans, Faubourg Cérès – caviste, demeurant 2 boulevard Carteret
  • EVRARD Juliette Emmilie, 13 ans, 53 rue Simon – Succomba des blessures reçues lors du bombardement du 26/09/1914
  • GILLET Désiré Eugène, 52 ans, Place de la Bibliothèque, rue du faubourg Cérès – manouvrier, domicilié 69 ter faubourg Cérès à Reims
  • LANOIS Raymonde, 2 ans, Faubourg Cérès – Tuée dans un bombardement avec sa mère – Domiciliée à Reims, 8 rue des Gobelins
  • LEFILS Robert Roger, 17 ans, Place de la Bibliothèque – Rue du faubourg Cérès) domicilié à Reims, 43 rue Saint André
  • MULLER Hélène, 7ans, Place de la Bibliothèque – Rue du faubourg Cérès) domiciliée 2 rue Charlier à Reims

Mercredi 26 septembre

Une lutte d’artillerie très vive se maintient dans les régions d’Hurtebise et de Craonne et sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur du bois de Chaume. Sur ce dernier point, l’ennemi a renouvelé ses tentatives pour pénétrer dans nos tranchées. Malgré un emploi intensif de lance-flammes, il a été repoussé avec de lourdes pertes sans obtenir aucun avantage.
Nos avions ont effectué diverses opérations de bombardement : 10000 kilos de projectiles ont été jetés au cours de ces opérations, notamment sur les gares de Cambrai, Luxembourg, Longuyon, Brieulle. Plusieurs incendies ont éclaté dans les bâtiments bombardés.
Nos alliés britanniques ont exécuté avec succès un coup de main à l’est d’Epehy : ils ont fait un certain nombre de prisonniers. L’ennemi qui tentait d’enlever un poste avancé au nord-est de Lens, a été rejeté à la suite d’un combat à la grenade.
Activité d’artillerie aux alentours d’Ypres.
Au petit jour, et grâce à un épais brouillard, l’ennemi a lancé une forte contre-attaque à la hauteur de Towerhamlet et du bois du Polygone. Il a été repoussé sur la plus grande étendue de ce front, mais en deux points, au nord de la route Ypres-Menin au au sud du bois du Polygone. Il a réussi à pénétrer dans les tranchées. Il a été ensuite rejeté des positions qu’il avait occupées. Nos alliés ont rétabli tout leur front.
Les Italiens ont brisé une offensive autrichienne au Monte Nero et d’autres attaques à l’est de Gorizia.
Les Russes ont arrêté une attaque allemande en Livonie et réussi un coup de main sur le front roumain.
Dans une note complémentaire au Vatican, l’Allemagne promet de reconnaître l’indépendance de la Belgique sous des conditions qui lui donneraient un pouvoir de tutelle sur ce pays. On considère toutefois que ce premier pas a coûté au Kaiser.
Guynemer est déclaré disparu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Georges Guynemer reçoit la Légion d’honneur du général Franchet d’Espérey sur le terrain d’aviation des Cigognes pour l’occasion à Crugny.

 

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