Louis Guédet

Dimanche 23 septembre 1917

1108ème et 1106ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit tranquille. Ce matin brouillard épais qui s’élève en ce moment et une belle journée se prépare. Voilà le 1er brouillard d’automne, en attendant l’hiver. Mais quel bel automne avons-nous eu. Voilà la St Remi qui approche, que de souvenirs affluent à mon esprit, souvenirs Rémois. La foule se pressant au tombeau de St Remy tandis que le calme régnait autour des marchands forains installés place St Remy et place St Thimothée et place de l’Hôpital Civil (place du Chanoine Ladame depuis 1972). Le dimanche et le lundi de cette St Remy c’était la foire de St Remy, et tout Rémois se respectant aurait cru manquer à tous ses devoirs s’il n’avait pas été faire un tour de foire, quitte à se faire écraser, bousculer. Quelles belles journées ! Et quels doux souvenirs ! Maintenant la Basilique est à demi-ruinée, déserte, ainsi que les places à l’entour qui à travers lesquelles se glissent à pas furtifs et craintifs les quelques rares passants qui sont obligés de sortir de leurs caves pour s’approvisionner et respirer un peu l’air, ou se chauffer un peu au soleil… Souvenirs doux, charmants et mélancoliques, comme les douces journées d’automne si belles, si prenantes de notre chère Champagne.

Messe de 7h rue du Couchant, dite par l’abbé Camu, sermon par l’abbé Divoir. Peu de monde, hélas, on s’épuise, on se lasse. Combien resterons-nous le jour de la délivrance ?!

L’Eclaireur de l’Est de ce matin signale la citation de Jean et la fait suivre d’un commentaire fort aimable pour Jean et pour moi. Dramas et Beauvais n’ont pu retenir leurs plumes et leur coup d’encensoir. Ce que je vais les blaguer à ce propos. Néanmoins cela prouve qu’ils m’aiment tout de même et m’estiment. Ce dont je ne doutais pas du reste quoique n’ayant pas les mêmes idées.

 Extrait de « L’Eclaireur de l’Est » Reims du dimanche 23 septembre 1917

Nos concitoyens sur le front
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Cité à l’ordre

Nous apprenons que M. Jean Guédet, engagé volontaire, aspirant au   e d’artillerie, a été l’objet, le 26 août dernier, de la belle citation suivante à l’ordre du régiment :

« Aspirant très brave et très dévoué, assurant d’une façon parfaite, malgré la fatigue, le service régulier de ses pièces qui ont tiré presque sans arrêt toute la nuit du 19 au 20 et toute la journée du 20 août. » (Croix de guerre)

Nos félicitations à notre vaillant concitoyen, fils de M. Guédet, notaire et suppléant des Justices de Paix de Reims, resté à son poste, et qui lui aussi n’a pas cessé de faire montre de courage et de dévouement.

5h soir  Sorti à 2h porter mes lettres, en route croisé 3 autos occupées par des américains qui allaient visiter la Cathédrale. En allant chercher un journal, je remarquais (ce que j’ai déjà fait maintes fois) quantités d’arbres morts séchés sans la moindre trace de blessures ou de bris par obus. A mon avis ces arbres ont été brûlés par le souffle d’obus qui sont venus tomber à proximité d’eux et les ont pour ainsi dire pétrifiés, brûlé la sève. C’est un phénomène assez bizarre, et je me demande si sur les autres fronts on a fait la même remarque que moi.

Causé avec des soldats en attendant le journal chez Michaud, l’un d’eux, Garnier, employé au Courrier de la Champagne, actuellement mobilisé, me disait qu’autour de lui on critiquait beaucoup les décorations données à tort et à travers aux infirmières de Reims, qui ne faisaient rien et qui étaient les premières à se sauver ! Il critiquait aussi beaucoup la campagne de battage que l’on fait pour Eloire, notre adjudant des Pompiers qui est très brave, soit, mais qui est bien encombrant avec la réclame qu’il fait faire ou laisse faire autour de lui…  C’est trop !!…  et cela en devient ridicule !

Rentré chez moi écrire quelques lettres. Je n’ai plus qu’à répondre à mon vieil ami M. Bossu qui m’a écrit de Nice avant de prendre le bateau pour Bastia une lettre toute affectueuse et toute bonne. Il est convaincu que ma nomination aura lieu pour octobre. Il paraissait assez émotionné de sa traversée durant laquelle il peut recevoir une torpille. « On sait quand et d’où on part, mais aborderai-je sur les bords de la Corse ou du…  Styx » dit-il avec assez de mélancolie.

Il est maintenant tranquille, car il n’y a eu aucun torpillage de signalé dans ces parages ! J’en suis heureux pour lui, et j’espère avoir bientôt de ses bonnes nouvelles me disant son heureuse traversée, et qu’enfin il jouit du beau climat de sa nouvelle résidence. J’en suis heureux pour lui. Que ne puis-je être près de lui pour m’y reposer, au calme, à la tranquillité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 23 – + 9°. Nuit tranquille. Aéroplanes ; beau temps. Quelques obus sifflent (sur les batteries ?) rue des Moulins. Journée tranquille. Con­firmation à Champfleury par Mgr Neveux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue des Moulins


Dimanche 23 septembre

Activité marquée des deux artilleries sut tout le front de l’Aisne, notamment vers la ferme Bonnejean, dans les régions de Cerny et de Cuoy.
En Champagne, les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions entre Maisons-de-Champagne et la Main-de-Massiges. Quelques fractions ennemies ont pu aborder nos lignes et prendre pied dans un élément de tranchée d’où nous les avons rejetées, après un vif combat.
Nous avons pénétré dans une tranchée allemande vers Beauséjour, détruit des abris et ramené du matériel.
Sur la rive droite de la Meuse, canonnade vers Bezonvaux.
Rencontre de patrouilles en Haute-Alsace. Dans les dix derniers jours, nous avons abattu 15 avions allemands.
Les Allemands continuent à contre-attaquer en Flandre. Ils subissent des pertes considérables. Ils ont échoué dans une tentative à l’ouest de St Julien et sur plusieurs autres points. Nos alliés gardent leurs lignes intactes. En particulier, les ennemis ont été fauchés à l’est de Langemarck.
Les Russes ont perdu la tête de pont de Jacobstadt, sur la Dwina inférieure.
L’Allemagne et l’Autriche ont répliqué à la note du pape. Elles ne fournissent aucune précision, en ce qui touche les questions de territoire.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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