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Mercredi 13 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 13 mars 1918                                               

1279ème et 1277ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps magnifique. Rien de saillant. Les journaux insignifiants, néanmoins ils ont l’air de dire que le Japon va intervenir. Puissent-ils dire vrai et éviter le grand choc sur notre front. Cette pensée m’obsède et me tue. Peu de courrier. Travaillé à mettre au point quelques actes ! Je m’acharne au travail pour ne pas penser. Eté à Songy porter des lettres, revenu par la prairie, je suis éreinté ! Il faisait pourtant un temps idéal, mais mes tristes pensées m’obsèdent et me rendent tout amer.

Jean s’ennuie ici, le pauvre grand, et je ne sais quelle distraction lui donner. Pas de nouvelles de Reims. Et c’est aussi une obsession, plus je reste ici plus je désire ne plus retourner là-bas. Et puis, qu’irai-je faire ?! Reims étant réduit à 1 000 habitants environ. A quoi servirais-je ? Je voudrais bien que ma situation à ce sujet s’éclaircisse et se précise nettement. Je ne regretterai nullement de n’y plus retourner. J’ai comme un sentiment d’horreur. J’y ai tellement souffert ! C’est un cauchemar épouvantable pour moi. Mon Dieu ! éclairez-moi ?! Faites que cette situation  cesse bientôt et que je sache au moins à quoi m’en tenir pour entreprendre quelque chose de stable et suivre une ligne de conduite. Car je suis las de cette vie sans suite, interrompue à chaque instant par maints incidents. Verrais-je une fin à tout cela. Aurais-je des jours heureux et prospères. J’en doute ? Je n’ose plus l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 mars 1918 – Bombardement vers la gare.

Ce matin, nous venons d’apprendre que nous allons par­tir. M. Em. Charbonneaux, adjoint au maire, nous a donné, à Cul­lier, chef du bureau de la « comptabilité » et à moi, rendez-vous pour après-demain vendredi 15 — 9 h, à Paris, avenue de l’Opéra 19, où il est projeté d’installer, dans les locaux séquestrés d’une banque autrichienne, les services de la mairie désignés pour y être évacués.

Pas de temps à perdre pour les derniers préparatifs, car il s’agit encore, au bureau, de régler certaines choses aujourd’hui même.

Dans l’après-midi, je trouve le temps de courir rue du Cloî­tre 10, boucler en vitesse mon bagage personnel et de faire ame­ner mon lit-cage dans la cour de l’hôtel de ville. Je le recommande aux bons soins de M. Bertin qui a été chargé par le service de l’architecture, de veiller sur le stock des archives et d’en assurer le chargement dans les fourgons militaires qui viendront ces jours-ci.

« Si cela vous est possible, lui dis-je, faites-le partir aussi dans le wagon, vous me rendriez service.

Vous pouvez compter sur moi », me répond-il simple­ment.

Nous demandons à la police les ordres de départ devant nous permettre de monter dans l’une des autos d’évacuation et il est entendu que nous prendrons la voiture devant quitter la place d’Erlon demain matin, 14 mars, à 7 h, afin d’avoir, à Epemay, l’ex­press de midi 4, sur Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – On vient chercher ma lettre au Pape, et ma note pour la presse et le Ministre, ainsi que mon télégramme pour le Vatican, demandés par l’envoyé du Capitaine Luizeler à 6 h. soir. Nuit tranquille.

+ 2°. Beau temps. Avions dans l’air. Visite d’adieu de M. le Curé de Saint-Remi. Visite de M. Henry Bordeaux, l’académicien, et de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 mars

Au cours du raid qui a eu lieu sur Paris, dans la nuit du 11 au 12, neuf escadrilles allemandes se sont dirigées vers la capitale. Près de soixante avions ont réussi à franchir nos lignes. Il y a eu à Paris des dégâts et des victimes. 29 personnes ont péri sous les bombes et 66 sont mortes étouffées dans une panique à une station du métropolitain.
Les Allemands ont éprouvé des pertes sérieuses. Quatre de leurs appareils, dont trois gothas quadruplaces et un appareil biplace ont été abattus ou contraints d’atterrir dans l’intérieur de nos lignes.
Pendant le raid, nos avions de bombardement ont exécuté une contre-offensive extrêmement vigoureuse sur les aérodromes de départ ennemis qui ont reçu 5.800 kilos de bombes. On a observé de nombreux éclatements ayant atteint leur but.
Bombardement assez vif sur la rive droite de la Meuse, en Lorraine, dans la région du Reillon et d’Ancerviller.
Sur le front britannique, les Australiens ont effectué avec succès des coups de main sur les postes allemands, à l’est et au nord-est de Messines. Ils ont tué un certain nombre d’ennemis et ramené des prisonniers. Leurs pertes ont été légères.
Activité des deux artilleries au sud-est d’Armentières et au nord-est et à l’est d’Ypres.
Les aviateurs anglais, ont jeté plus de 490 bombes sur les gares de Reims, Roulers, Ledeghem et Solesmes. Ils ont également bombardé, en plein jour, Coblentz.
Ils ont abattu trois ballons ennemis et cinq aéroplanes.
Un raid de dirigeables allemands a eu lieu en Angleterre sur le Yorkshire.
Le président Wilson a exprimé à la nation russe sa sympathie en lui disant qu’il ne laisserait pas toucher à l’indépendance de sa politique intérieure.
Le statthalter d’Alsace-Lorraine lance une proclamation pour affirmer que le pays d’empire restera allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Lundi 11 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mars 1918 – Nuit épouvantable encore.

Un pilonnage du centre de la ville commençait à 20 h 1/2 et les obus tombaient régulièrement jusqu’à 23 h. A ce moment, nos 120 se mettant à tirer, faisaient taire les batteries ennemies ; puis, les sifflements ne tardaient pas à recommencer — et vers minuit et demie, tir contre des avions.

Après semblables nuits, je me vois dans l’obligation, ou d’en­visager l’abandon de mon domicile provisoire, 10, rue du Cloître, ou de redescendre à la cave, dans cette maison de mon beau-frère, qui a déjà reçu douze ou treize obus.

Quoique notre service de la « comptabilité » à la mairie, soit dé­signé pour être évacué de Reims sous peu, je trouve qu’il serait prudent, avec ces bombardements de plus en plus dangereux, de transporter sans tarder mon lit ailleurs, car installé au rez-de-chaussée, dans un ancien bureau vitré, prenant jour sous un passage également vitré ou étant censé l’être, il me faut essayer d’éviter les grands risques de la dure période que nous traversons.

Incendie, le matin, rue Werlé, au cours duquel un pompier de Paris est victime d’un accident mortel et bombardement, dans la journée. A 10 h, trois obus arrivent soudainement derrière l’Hôtel de ville. Pendant une partie de la journée, les projectiles tombent vers la place de la République.

Une grande affiche, datée du 8 mars et signée : « La commission mixte » a été placardée en ville ce matin ; je la remarque rue Colbert, en me rendant à la mairie. Sa lecture est assez émouvante et donne l’impression que de très graves événements sont attendus. Cependant, puisque des sursis sont encore accordés aux commerçants qui veulent enlever leurs marchandises ou aux déménageurs, on en déduirait facilement que c’est de notre part une initiative doit être prise… mais, on ne sait rien ; on parle beaucoup aussi de l’offensive allemande qui ne peut tarder à se déclencher.

Lorsque j’arrive au bureau, je trouve, sur notre table, des prospectus, dont la police a un stock à distribuer, reproduisant exactement les termes de la dite affiche, ce qui me permet de relire plus posément ce qui suit :

A la population.
Reims, le 8 mars 1918.

Il a paru nécessaire d’éloigner du front le plus grand nombre de personnes possible, non seulement pour les soustraire à un risque inutile, mais aussi afin de pouvoir mieux assurer la sécurité des habitants décidés à rester.

Départs :

Tous les malades et les vieillards, tous les enfants de moins de 16 ans, toutes les personnes dont la présence n’est pas essentielle doivent partir dès maintenant, soit qu’elles aient été touchées par un ordre de départ, soit que, par suite des difficultés du recensement elles ne l’aient pas encore reçu.

Autorisations :

Ne pourront être laissées à Reims, outre les services publics, que les personnes strictement indispensables pour :

  1. la garde et l’évacuation des usines et des caves ; les ré­parations urgentes du bâtiment et les évacuations de mobilier (déménagements, transports, emballages) ;
  2. la garde d’immeubles importants ou nombreux et pré­sentant une sécurité suffisante, à condition que l’état de santé de ces gardiens leur permette d’assurer une garde efficace ;
  3. l’alimentation et l’entretien des personnes autorisées à rester.

Des erreurs ayant pu se produire dans le recensement, les personnes qui croiraient rentrer dans ces diverses catégories pourront présenter leur demande à l’hôtel de ville.

Visa des cartes

Les personnes admises à rester devront faire apposer sur leur carte d’identité un « visa spécial d’autorisation »; celles qui n’auraient pas de cartes individuelles d’identité devront s’en procurer immédiatement.

Les cartes seront présentées au visa à l’hôtel de ville, pour les employés ou ouvriers par leurs directeurs ou patrons ; les per­sonnes isolées fourniront sur l’utilité de leur présence et leurs conditions d’habitation toutes justifications qui leur seront de­mandées.

Ces déclarations devront être terminées le 15 mars.

A partir du 15 mars, chaque habitant devra être cons­tamment porteur de sa carte d’identité et la présenter à toutes réquisitions des agents civils ou militaires, dans les rues et à domicile.

Précautions — Zones interdites…

Des mesures générales de protection tendront à assurer la sécurité des personnes que retiennent leurs intérêts ou leurs obli­gations.

L’habitation et la circulation seront interdites dans les zo­nes particulièrement dangereuses, le ravitaillement a été assuré de la manière la plus simple, en vue des circonstances difficiles ; de nouvelles dispositions seront prises pour combattre l’effet des gaz ; enfin chacun peut trouver un abri sûr contre le bombar­dement et en demander au besoin.

La zone interdite est limitée par : chemin de Saint-Brice, rues des Romains et Jolicœur, rues Jules-César et Gosset, rues Jacquart et Ruinart-de-Brimont, boulevards de Saint-Marceaux, Gerbert et Victor-Hugo, rues Saint-Sixte et Saint-Julien, place Saint-Remi, rue et faubourg Fléchambault, rue de la Maison- Blanche. Elle pourra être ultérieurement réduite.

Le personnel des établissements dépassant cette limite, rece­vra une carte d’autorisation spéciale.

D’ici au 15 mars, les habitants sont invités à faire vérifier l’état de leurs masques, dans les postes de secours voisins de leur habitation, dont la liste vient d’être publiée.

Les masques défectueux seront changés et un deuxième masque leur sera délivré. Les demander à l’hôtel de ville. Ils en porteront constamment un sur eux et laisseront l’autre chez eux, au sec, toujours à leur portée.

Pour les habitants vivant en groupe, les demandes en toiles et produits doivent être adressées à l’hôtel de ville dans le plus bref délai.

Là plupart des accidents causés par les obus à gaz, sont dus à l’inobservation des prescriptions gênantes, mais nécessai­res, qui ont été récemment affichées ; il importe de s’y conformer avec soin.

En prenant, chez soi et au dehors toutes les précautions suggérées par la prudence et l’expérience, il y a lieu d’espérer que le dernier bataillon des Rémois pourra traverser sans acci­dent la crise finale et accueillir les siens dans la cité dont son dévouement aura préparé le relèvement.

Évacuation éventuelle :

Il peut pourtant arriver que l’ennemi s’acharne un jour spécialement contre la ville ; rien ne servirait de s’ensevelir sous les ruines ou de se laisser prendre par lui, en pleine bataille ; il faudrait se retirer. Il est donc sage que chacun ait pensé à ce départ possible et préparé ce qu’il lui faudrait pour s’éloigner fa­cilement.

Si l’autorité militaire, en raison des renseignements qui lui parviennent, voit la nécessité de prendre une telle décision, elle en informera les habitants qui devront partir immédiatement, avant que l’attaque se produise.

En cas d’offensive subite, comme dans le cas de bombar­dement très violent par les gaz, prolongé pendant deux heures au moins, les habitants se rendront à l’extérieur de la ville, par des itinéraires indiqués par des écriteaux.

Des détachements militaires les recevront et les accompa­gneront.

Il leur est recommandé de marcher lentement, toujours munis de leur masque et de préférence par les voies étroites.

Ceux qui auront été intoxiqués, s’arrêteront dans les postes de secours, où des soins leur seront immédiatement donnés.

La commission mixte.

Ce suprême avertissement que nous donnent, sous le couvert de la « commission mixte », les officiers qui ont été chargés de diri­ger l’évacuation, prend, dans les circonstances actuelles, un carac­tère exceptionnel de gravité.

Pour ma part, après en avoir relu encore les termes que l’on s’est efforcé de ne pas rendre trop alarmants, et cherché à deviner ce qui se trouve entre les lignes, je comprends qu’il nous faut, dès à présent, nous tenir sur le qui-vive, nuit et jour, et nous attendre à déguerpir lestement, par ordre, d’un moment à l’autre. Je suis prêt.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 11 – + 2°. Nuit assez tranquille. Visite au Général Petit, pour savoir s’il faut vraiment dès maintenant quitter notre maison. Réponse : non. On nous avertira et on nous donnera des moyens d’évacuer : on a reçu des instructions à ce sujet. Visite du dessinateur qui a voulu dessiner mon portrait, et qui fera demain celui de Mgr Neveux. De 5 h. 30 à 6 h. 30, bombardement intense, dur, violent (sur batteries ?). Des obus ont dû tomber en ville ; des éclats tombent nombreux dans notre jardin. Vers 9 h. soir, violent bombardement ; nous descendons à la cave, nous en montons pour prière du soir. A 8 h. 30 et 9 h. nouvelle séance. De même à plusieurs reprises dans la nuit. Six bombes à l’Enfant-Jésus, au noviciat et dans les services. La Rév. Mère était là. Incendie aux Caves Werlé ; un pompier de Paris se tue en tombant du toit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 11 mars

Nous avons repoussé des coups de main au sud de Bétheny, sur la rive gauche de la Meuse et dans les Vosges. L’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers entre nos mains.
Nos détachements, pénétrant dans les lignes allemandes, à l’est d’Auberive et dans la région de Badonviller, ont opéré de nombreuses destructions et fait des prisonniers.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et dix autres, gravement endommagés, sont tombés dans leurs lignes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties: 14000 tonnes de projectiles ont été lancés sur les gares, cantonnements et terrains d’aviation de la zone ennemie. Plusieurs incendies ont été constatés.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main au nord-ouest de Saint-Quentin et au sud-est de Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et a laissé des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur d’Armentières, à l’est de Wytschaete et sur la route de Menin.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, les troupes britanniques ont exécuté avec succès plusieurs coups de main dans les lignes bulgares.
Dans la boucle de la Cerna, après une violente préparation d’artillerie, un détachement ennemi a tenté une attaque sur nos positions au nord d’Orchovo. Il a été repoussé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 19 février 1918

Louis Guédet

Mardi 19 février 1918                                  

1257ème et 1255ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Il a gelé très fort. Beau temps mais assez brumeux. Nuit calme, des avions sont passés et repassés, nous avons tiré dessus. Ce matin à 9h été au Crédit Lyonnais où m’attendaient  le Capitaine La Montagne pour l’Armée, M. Legrand pour le Crédit Lyonnais, 2 gendarmes de garde (ils sont 4 à se relever 2 par 2 de 12 heures en 12 heures), le serrurier et Dondaine séquestre et Landréat. On s’est mis à la besogne, il y a 54 coffres à ouvrir. Le premier rien, le 2ème peu de choses, et enfin nous décidons, pour permettre à l’officier et moi de voir à nos autres affaires, de faire préparer par l’ouvrier de l’art les coffres prêts à être ouverts en 4 coups de marteau sur les derniers rivets des portes de chaque coffre.

Rendez-vous à 4h pour l’ouverture, le constat et la mise en caisse du contenu de chaque coffre. Dérangé toute la matinée. Courrier mince heureusement. Je déblaie, je déblaie et m’organise en embryons de dossiers, puisque tout est parti. Encore une nouvelle vie à organiser, si c’était la dernière fois. A la Ville on travaille d’arrache-pied au recensement pour permettre d’évacuer les inutiles. A midi Albert Benoist vient me voir. Il est plutôt pessimiste pour Reims, lui toujours si optimiste !! Cela m’angoisse, tout ce qu’il me dit venant de son gendre, M. de Montrémy (Marcel Waldruche de Montrémy (1875-1972)). On craindrait une offensive sur Châlons, et Reims serait débordé ! Dieu nous épargne cela ! J’aime mieux n’y pas penser.

A la Poste à 3h je ne vois personne. A 4h je vais au Crédit Lyonnais où nous ouvrons 14 coffres, quelques uns vides. Dans l’un un petit sac d’enfant !! Dans un autre 40 ou 50 montres, cesvieilles toquantes ne valant pas 10 F l’une. Çà doit appartenir à un maniaque. Dans une 3ème au moins 100 000 F de valeurs. Dans d’autres de l’argenterie, etc… Nous mettons en caisse, clouons, numérotons chaque caisse du numéro d’un coffre et du coffret sur le dessus et sur le côté droit en haut à gauche 2/18 – 6/9, c’est-à-dire coffre 2, compartiment 18, coffre 6, compartiment 9, et nous ficelons d’une ficelle dont les 2 extrémités sont scellées sur le côté à droite en bas, côté opposé au numérotage, exemple : (3 schémas figurant en annexe) et ensuite on les case dans un coin du sous-sol sous la garde des 2 gendarmes de garde.

Durant ce temps le capitaine que j’ai vu à Épernay vient conférer avec moi pour l’expédition qui ne va pas tout seul. D’abord à la Ville on ne peut me donner d’agent de la sûreté. Gesbert en a télégraphié au Procureur, à qui j’ai également écrit. Ensuite ce capitaine me déclare qu’il ne faut pas compter sur des gendarmes pour accompagner Dondaine durant le transport de Reims à Paris. Bref l’autorité militaire veut, comme toujours, qu’on évacue, mais sans y mettre du sien, au contraire !! Quelle mentalité, je ne cache pas ce que j’en pense à cet officier et au Capitaine La Montagne.

Le soir j’essaie de téléphoner à Épernay, mais impossible. J’enverrai une dépêche demain pour expliquer tout cela. Je rentre à la maison fatigué à 6h3/4 où quelqu’un m’attend. Quelle vie ! Si seulement j’étais sûr que Reims ne sera pas évacué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 février 1918 – Vers 17 h, la Place téléphone à la mairie de faire avertir la population qu’il y a danger de sortir.

Qu’est-ce que cela signifie et que pourrait-il donc survenir de plus dangereux que d’habitude ?

Nous attendons… puis, je m’en retourne tout de même cou­cher rue du Cloître. Nos grosses pièces se mettent à tonner toute la soirée — les 155 alternant avec les 120 — et c’est tout.

— Dimanche matin, nous avions vu venir à la mairie, un gé­néral dont nous ignorions le rang dans le commandement. Aujour­d’hui, nous savons que c’était le chef de cabinet du ministre de la Guerre et nous apprenons qu’un nouveau recensement de la po­pulation va avoir lieu ; des bruits d’évacuation commencent même à circuler.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit tranquille à Reims. – 4°. Beau temps ; de 1 h. à… h., tir actif contre nos batteries. Quelques coups de canons français. Dit la messe ab initio sine candela (c.à.d. à la seule lumière du jour). Vers 7 h. activité de l’artillerie des deux côtés jusqu’à 11 h. ou minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 février

Actions d’artillerie violente dans la région du bois Mortier et de Vauxaillon.
En Champagne, après une vive préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé une attaque sur les positions que nous avons conquises la semaine précédente au sud-ouest de la butte du Mesnil.
Après un vif combat, nous avons rejeté l’ennemi de quelques éléments de tranchée où il avait pris pied d’abord. Des prisonniers sont restés entre nos mains. L’ennemi a tenté une seconde attaque sur le même point. Nos feux ont arrêté les assaillants qui n’ont pu aborder nos lignes. Deux avions allemands ont été abattus par le tir de nos canons spéciaux.
Notre aviation de bombardement a effectué diverses expéditions. Les gares de Thiaucourt, Thionville, Metz-Sablons, Pagny-sur-Moselle, les établissements ennemis d’Hirson et divers terrains d’aviation ont reçu de nombreux projectiles. 13000 kilos d’explosifs ont été lancés et ont provoqué plusieurs incendies et des explosions.
Les Anglais ont repoussé un raid vers Gavrel. Sur le même front les Portugais ont fait quelques prisonniers à Neuve-Chapelle.
Rencontre de patrouilles dans le secteur de Messine.
Activité de l’artillerie ennemie au sud de la route Arras-Cambrai, au nord de Lens et vers Zonnebeke.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 17 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 17 février 1918                                         

1255ème et 1253ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps toujours très froid, journée de soleil. J’ai quitté mes aimés à 5h du matin pour retourner à ma triste vie de sacrifice. A Épernay je trouve M. Lacourt et sa fiancée Melle Monce pour la signature de leur contrat de mariage (Pierre Lacourt (1888-1949) et Marie Monce (1889-1986)). Nous assistons ensemble à la messe de 9h à Notre-Dame, puis nous allons à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay rattaché en 1965 à cette ville) chez Bouquant, 30, rue François-Lasnier (rue Jean-Moulin maintenant) pour signer le contrat. Contrat de guerre !! sérieux, solennel dans sa simplicité !! Ce sont des actes tragiques ! car qui sait si d’ici leur mariage (4 mois) le fiancé ne sera pas tué ! après cela nous revenons à Épernay où j’attends mon confrère Dondaine pour lequel je vais faire une adjudication de matériels de culture, toujours à la Villa d’Aÿ où je puis instrumenter pour les Philippe et Pérard d’Epoye !! Je les revois, pères et fils après 4 ans de Guerre !! Quels souvenirs leurs venues suscitent, les journées de chasses, l’accueil cordial d’un propriétaire Champenois, riche, aisé ! Comme Pérard me l’avouait : « M. Guédet, nous étions trop heureux !! »

Nous déjeunons au buffet, et de là nous filons sur la Villa d’Aÿ tout en devisant l’un sur l’autre sur les événements, le passé de Guerre, les disparus, les survivants, les souffrances, les fuites éperdues devant l’ennemi jusqu’à la bataille de la Marne, tout cela le passé de 3 ans…  l’Histoire d’hier !…

Notre adjudication terminée (2 995 F de vente) nous repartons pour Aÿ où je dîne chez Dondaine avec qui je me concerte pour l’ouverture des coffres-forts encore non-évacués des Banques de Reims. Tout un travail, Dondaine séquestre. J’assiste à l’ouverture des coffres avec un greffier en présence d’un agent de la sûreté et d’un agent de la Banque. Je dois examiner sommairement les papiers trouvés dans chaque coffre et saisir les papiers qui pourraient intéresser la Défense nationale et l’État. Le reste mis en caisse et sous scellés sera évacué sur Paris par les soins de l’autorité militaire accompagné de l’agent de la sûreté, de la Maison de Banque intéressée et de Dondaine séquestre, où là il en fera la remise dans un coffre de la même Maison de Banque. Nous devrons commencer mardi par le Crédit Lyonnais. On estime à 200 les coffres à ouvrir ou fracturer. Du pain sur la planche !! Demain matin à la première heure je verrai le Procureur de la République pour m’entendre définitivement avec lui à ce sujet et régler les questions de détails. Ensuite ouverture du testament mystique Herbaux pour Dondaine et départ pour Reims.

Je quitte Dondaine et sa femme très nerveuse à 8h1/4 et une voiture me ramène à Épernay pour 9h, où je descends à l’Hôtel Moderne !? de nom ? mais comme matériel !!!!… C’est la Guerre.

De quoi demain sera-t-il fait ? Je ne sais. Je ne veux pas le savoir !! Je suis si las ! si triste !! Je rentre dans l’Enfer ! Il parait qu’il y a eu des gaz vésicants place des Marchés à Reims il y a quelques jours !! Quelle triste vie ! Quelle agonie !! Dans laquelle je vais rentrer !!… Mon Dieu protégez un peu mon Robert, ma femme, Marie-Louise, André, Maurice…  et moi-même !! Donne-nous la vie sauve !! et la joie de nous retrouver tous réunis bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 février 1918 – La démarche, auprès du maire, dans la matinée de ce jour, d’un officier général aperçu pour la première fois, a été remarquée par une partie du personnel.

Journée mouvementée. Bombardement sérieux sur le fau­bourg de Laon, en fin d’après-midi. 500 obus à peu près.

Le soir, des aéros boches qui depuis un moment se fai­saient entendre, volant assez bas, laissent tomber sept à huit tor­pilles qui font en éclatant un bruit épouvantable. Pendant l’explo­sion des premières, je me trouvais en pleine obscurité, dans la rue Colbert, venant de quitter notre popote. Je puis me réfugier dix minutes dans une maison, occupée encore là, par d’aimables ha­bitants, M. et Mme Bourgoin puis, n’entendant plus rien, continuer mon chemin vers la rue du Cloître. Les engins sont tombés vers le quartier de la rue Ruinart de Brimont.

Nouveau bombardement ensuite par les pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – -5°. Temps superbe. Nuit tranquille à Reims, mais long combat vers l’est de 3 h. à 5 h. Visite de M. Valentin Briffault, député belge, que j’ai entendu parler à la Société antimaçonnique, Aviateur. Visite d’un général américain. Venu à la maison, rencontré sur le parvis. Visite de M. Abelé. Vers 6 h. 30 à 7 h., avions nous survolent très bas ; bombes d’avions sur la ville ; je descends à la cave ; canonnade jusque vers 9 h. Visite de M. Charbonneaux, adjoint, et de M. Lelarge, au sujet de l’évacuation de Reims : on veut évacuer les enfants, les personnes inutiles ; et ne retenir que 2 à 3 mille personnes, comme gardiens. Nuit tranquille en ville, mais à l’est, fréquents coups de canon, fusils, mitrailleuses. Rue de Cernay, incendie par obus allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 17 février

En Champagne, dans la région de Ville-sur-Tourbe et en Haute-Alsace, au sud de Burnhaupt-le-Bas, nous avons repoussé des tentatives de coups de main ennemis.
De notre côté, au cours d’une incursion dans le secteur de Vauquois, nous avons fait un certain nombre de prisonniers.
Lutte d’artillerie active sur la rive droite de la Meuse, notamment dans la région de Bezonvaux et en Haute-Alsace.
Des avions ennemis ont lancé plusieurs bombes dans la région au nord de Nancy. On signale des tués et des blessés dans la population civile.
Sur le front anglais, les troupes du Lancashire ont réussi un coup de main dans la région de la voie ferrée d’Ypres à Staden. Onze prisonniers ont été ramenés. Les pertes sont légères du côté de nos alliés.
Les batteries allemandes ont été actives du côté de Lens et dans les secteurs de la Bassée et de Wyschaete.
En Palestine, les Anglais ont avancé leur ligne sur un front de six milles et une profondeur moyenne de deux milles de part et d’autre du village de Mukhinas. Ils ont repoussé une tentative ennemie au nord-ouest de Jérusalem.
Un sous-marin allemand a bombardé Douvres.
La Suède a invité le gouvernement de Petrograd à faire évacuer la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 9 novembre 1917

Paul Hess

novembre 1917 – Attaque allemande, sur Loivre et le Godât.

A 19 h, au moment où je m’apprête à quitter les camarades, dans le sous-sol des mines de l’hôtel de ville, afin de regagner la rue du Cloître, un tir formidable de nos pièces se déclenche dans cette direction ; il dure jusqu’à 19 h 3/4 et après un court temps d’arrêt, la canonnade reprend, très violente, pour se calmer à 20 h 3/4.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 9 – + 8°. Nuit tranquille. Visite de M. Perot, vicaire de Saint- Jacques. Via Crucis in Cathedrali à 3 h. 50. Violents combats dans la direc­tion de Cormicy (?), Saint-Thierry ? pendant environ une heure ; recom­mencé à 7 h. pendant 1 heure. Bombes nombreuses pendant 1 h. 30 autour des Trois-Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 9 novembre

Vives actions d’artillerie sur tout le front au nord de l’Aisne, dans le secteur au sud de Corbeny et en Haute-Alsace.
Notre attaque des positions allemandes du Schoenholz a fait subir à l’adversaire de lourdes pertes. Le nombre des prisonniers capturés par nous s’élève à 120, dont 2 officiers. En outre, un important matériel, qui n’a pas encore été dénombré, est tombé entre nos mains.
Nos escadrilles de bombardement ont lancé 2300 kilos d’explosifs sur les gares de Thourout, Cortemark, Roulers et Lichtervelde. Tous les objectifs ont été atteints.
Les Anglais ont poursuivi sans aucune tentative d’intervention de la part de l’ennemi, l’organisation de leurs nouvelles positions de Passchendaele et des hauteurs avoisinantes. Le chiffre des prisonniers faits par eux dépasse 400, dont 21 officiers. Ils n’ont eu que des pertes légères.
Les Italiens continuent leur retraite en Vénétie.
Une insurrection a éclaté à Petrograd. Les maximalistes, qui sont maîtres du télégraphe central, de la Banque et du palais Marie, déclarent qu’ils triomphent, que la résistance a été à peu près nulle et qu’ils ont déposé Kerenski et le gouvernement provisoire.
Le garde-côte français Requin a coopéré à la prise de Gaia.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 14 août 1917

Louis Guédet

Mardi 14 août 1917

1067ème et 1065ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Nuit agitée jusqu’à 11h. Pluie torrentielle jusqu’à 11h1/2 matin, une bombe en face de la maison. Adèle ma bonne me signifie son congé, pour la fin du mois. Toutes les chances, toutes les veines, que vais-je devenir seul sans personne pour me servir ??? Cuisine, chambre, etc… Avec Lise c’est presque impossible ?!! C’est à devenir fou !… J’ai la tête absolument vide… Bref, comme tous les domestiques qui ont tiré tout ce qu’ils ont pu, car je ne doute pas qu’elle m’ait volé, ils vous lâchent sans vergogne…  combien de choses disparues !! mises sur le dos du feu et des bombes… (Cette réaction à vif n’empêchera pas qu’il échangera avec elle une correspondance jusqu’à la fin de sa vie).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 août 1917 – Pendant mon absence, un obus a défoncé, ce jour, la façade de la maison de mon beau-frère, 10, rue du Cloître, au premier étage.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 14 – + 16°. Nuit tranquille ; pluie. Bombardement vers 6 h. soir. Visite au Général Schmidt qui m’a fait reconduire en automobile. Une jeune fille est tuée dans sa maison par un éclat d’obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 14 août

La lutte d’artillerie s’est poursuivie très vive au cours de la journée entre Cerny et Craonne. Les Allemands ont tenté de nouveau de nous rejeter des tranchées que nous avons conquises au sud d’Ailles. Toutes les attaques ont été repoussées et nos troupes ont réussi à progresser sensiblement à l’est de la position.
La ville de Reims a reçu dans la journée 850 obus dont un grand nombre incendiaires. 4 civils ont été tués, 2 blessés.
Actions violentes d’artillerie en Champagne au mont Cornillet, sur les deux rives de la Meuse et en forêt de Parroy. Aucune action d’infanterie.
Sur le front britannique, recrudescence d’activité de l’artillerie ennemie au sud de la route Avion-Cambrai et dans le secteur de Nieuport.
L’aviation allemande s’est montrée particulièrement agressive. Neuf appareils ennemis ont été abattus. Un raid d’avions allemands sur la côte anglaise a fait 30 morts.
Les Russes consolident leur résistance sur leur front.
Le gouvernement espagnol a proclamé l’état de siège, la grève s’étant généralisée à Madrid.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 24 juillet 1917

Louis Guédet

Au mardi 24 juillet 1917 1044ème et 1042ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Je rentre par une chaleur torride par l’autobus Épernay – Reims. Voyage charmant par la forêt (Dizy, Champillon, Montchenot) si c’était à une autre époque et si je ne rentrais pas dans ma vie d’Enfer, et si je ne venais pas de quitter les miens et quand les reverrai-je ? Trouvé ici la même vie, rien de changé à part 2 ou 3 obus dans les murs du jardin que je vais faire boucher. Je retrouve Lise et Adèle toujours fidèles au poste, toutes affairées du déménagement d’une partie de mes meubles qu’on vient de mettre en wagon pour Épernay par route, et de là à St Martin par chemin de fer…  mais je n’ai pu mettre dedans tout ce que je voulais enlever. Enfin on verra. Le calme en ce moment. Vu à Épernay à mes affaires, pris un coffre-fort plus grand à la Banque de France. Je pourrai mettre plus de choses et travailler avec plus de documents. Vu Fréville fort affaissé, on dirait qu’il a de graves ennuis qui le tourmentent, ou bien…  il est vidé !! (Rayé) !! Vu M. de Courtisigny, mon Procureur de la République, mon Président Hù, toujours aussi cordial. Et Dupont-Nouvion, toujours (rayé) ! Texier juge fort aimable. Le Président m’aime beaucoup, et nous avons causé au moins 3 heures ensemble, il m’a déclaré qu’il ferait son possible pour que je sois décoré bientôt. Attendons. En tout cas, il peut me pousser par Léon Bourgeois auquel il est lié très intimement. En causant je suis revenu sur la question de Reims cour d’appel. Il m’a promis d’en causer à la Chancellerie.

Je viens de passer 15 jours près de mes chers aimés, et là j’ai eu le grand bonheur de voir enfin mes 2 grands artilleurs. Robert vient de passer brigadier de tir, poste recherché, et son capitaine désire l’envoyer à Fontainebleau comme y a été son frère Jean. Je crois que sa conduite à Berry-au-Bac y a été pour quelque chose : il a secouru des blessés quand ses camarades voulaient se sauver, et lui-même a échappé à la mort par miracle, un obus a blessé grièvement son maréchal des logis qui était à cheval près de lui, botte à botte. Quant à Jean l’ainé qui est aspirant au même régiment, le 61ème d’artillerie avec fourragère, le pauvre enfant a été enterré par des obus de 290 (200 en une heure de temps). Dans sa sape avec 5 de ses hommes, ils ont été 1/2 heure sans air. Enfin ils ont pu faire un trou de la grosseur de la cuisse qui leur a donné un peu d’air, mais il leur a fallu néanmoins 2h1/2 de travail acharné pour se déterrer !! C’est miracle qu’ils n’y soient pas restés, car la terre s’effondrait au fur et à mesure qu’ils déblayaient !! Il était temps, parait-il, car ils commençaient à suffoquer.

Je rentre triste, triste, comment en serait-il autrement ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 juillet 1917 – Bombardement très violent au cours de la nuit passée — vers 22 h surtout.

Ce matin, je sortais de la maison 10 rue du Cloître, où je passe les nuits, pour me rendre au bureau, quand un voisin occa­sionnel, M. Havez, gardien de l’immeuble mitoyen (Polonceaux) dont il balayait le pas de porte, m’arrête pour causer un instant de la distribution de projectiles que nous ont encore faite les Boches, pendant la nuit.

– « Quelle séance ! » dit-il,

et cela suffit, entre bombardés, pour se comprendre ; on ne s’étend généralement pas beaucoup sur un sujet qui est toujours le même.

– « Oui, dis-je, ça a bien tombé par ici.
– Vous avez dû recevoir un obus”, ajoute-t-il.

Je continue :

– « Non pas, je l’avais cru aussi, mais je viens de faire ma tournée, je n’ai rien remarqué de plus que ce qu’il y avait déjà, de sorte qu’il me semble que c’est vous qui avez dû encaisser.

– C’est curieux, réplique-t-il, mais moi aussi, j’ai eu soin de faire une tournée partout, ce matin et je n’ai pas vu d’autres dégâts que ceux que je connais bien.

– Alors ! en ce cas, ripostai-je, admettons que nous avons rêvé tous les deux que « ça » bombardait.

– Oh non !, se récriait-il vivement, j’ai eu trop peur. »

Et cela nous a donné l’occasion de nous détendre un peu en riant un bon coup.

Après avoir procédé à une nouvelle visite de l’ensemble de l’immeuble, en fin de journée, je trouvai en effet les traces de ce dernier projectile. Comme il était le dix ou onzième qui était venu exploser dans la maison, il m’était d’abord passé inaperçu, Le voisin de la propriété Polonceaux, était à peu près aussi bien partagé. A la suite de cette révision générale, je connaissais aussi bien que lui, maintenant, « mes » points de chute.

Le soir, en sortant du bureau, je puis suivre des yeux un combat à la mitrailleuse — et de part et d’autre, elles crépitent bien — entre un de nos avions et une saucisse boche désemparée qui va tomber, paraît-il, dans le haut du faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 24 – + 15°. Nuit tranquille près de nous. Combat au loin vers l’est. Coups de canons français. Une saucisse allemande plane au-dessus de la ville vers 6 h. soir. On entend les canons au loin à l’est, à l’ouest ? L’écho empêche de distinguer ; on l’entend plus fort à l’ouest.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 juillet

Sur le front de l’Aisne, l’ennemi a violemment canonné nos lignes depuis l’épine de Chevrigny jusqu’au sud de Corbeny. Le bombardement par obus de gros calibre a pris une particulière intensité depuis Hurtebise jusqu’à l’est de Craonne.
Les Allemands ont lancé sur ce front une série de très violentes attaques. A maintes reprises, ils ont été repoussés avec d’énormes pertes, spécialement sur le plateau des Casemates. Finalement, ils ont reussi, après des échecs répétés, à prendre pied dans notre première ligne, sur le plateau de Californie.
Au nord de Bezonvaux, les Allemands ont attaqué en deux points de notre front. Après un vif combat, nous les avons repoussés.
Sur les Hauts-de-Meuse, deux tentatives ennemies pour aborder notre front sont restées vaines. Nous avons fait des prisonniers. Il en a été de même en Alsace, près de Seppois.
Les Anglais ont progressé à l’est de Monchy-le-Preux. L’artillerie allemande a été active dans la région de Lens et d’Armentières.
Un nouveau raid aérien a eu lieu sur l’Angleterre (région de Harwich). Il y a 8 morts et 25 blessés.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 10 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 10 juin 1917

1002ème et 1000ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La nuit a été calme. Temps brumeux gris, on se croirait en automne. Messe de 7h dite rue du Couchant par l’abbé Camu qui a fait un sermon sur la Fête-Dieu, exposant le contraste des fêtes d’antan et de celle (actuelle) d’aujourd’hui, où nous sommes là une 30aine (trentaine) à peine dans une chapelle en ruines, exposés à tous les vents. Quelle différence avec les foules qui se pressaient dans la Cathédrale, en ruines maintenant. Bref c’est une Fête-Dieu de Guerre.

Comme depuis les derniers bombardements on ne conservait conserve plus d’hosties dans le tabernacle à la fin de chaque messe, après durant cette semaine de Fête-Dieu où on fait un Salut. Le Salut terminé, une fidèle communie cette dernière hostie qui a servie pour le Salut. Je signale cette particularité à titre de souvenir documentaire sur la vie que nous menons ici. Tout est bouleversé, modifié…  même les usages irréfragables des cérémonies du Culte. Rentré à la maison, et pour tuer mon temps je me mets à faire un acte de modification de reprise de la société Houbart. Les dimanches m’effraient toujours à cause du désœuvrement qu’ils imposent.

6h1/2 soir  Après-midi été me promener, et comme but voir mon vieil expéditionnaire M. Millet pour lui demander deux signatures. Poste d’abord. Rencontré Lelarge, causé ensemble. Payen gendarme avec un sous-officier du 293ème sur le Pont-Neuf qui regardait des soldats se baigner tous nus dans le canal, devant des jeunes filles et des femmes (rayé)! Causé avec le susdit Payen de la Place, et il m’a confirmé que fin avril, le 28 ou le 29, le Commandant de Place, avec les (rayé) les (rayé) avait réquisitionné les caves Binet, ne se trouvant pas suffisamment à l’abri dans leurs caves et blindages de la Maison Georges Goulet rue Jeanne d’Arc, et signifiés aux femmes, enfants, hommes réfugiés dans ces caves (environ 80) d’avoir à vider les lieux pour s’y mettre à l’abri, eux. Tant pis pour ces malheureux s’ils devaient se faire tuer dehors !

Walfard-Binet que j’ai vu aussi m’a confirmé ce fait. Du reste, au 48, rue de Courlancy il y a une pancarte (ce froussard a la manie des pancartes, on ne prend jamais assez des précautions) indiquant que les bureaux sont là, puis transférés au 1 de la rue Dallier. Il parait que ces (rayé) couchent toujours dans ces caves du 46. Été à Mencière, vu Ravaud.

Le feuillet suivant a été supprimé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 juin 1917 – Fatigué et un peu affaibli de passer les nuits dans la cave de mon beau-frère, P. Simon-Concé — où je couche depuis le 11 avril dernier — j’ai décidé d’en remonter et de m’installer un lit dans son ancien bureau, au rez-de-chaussée, sur la rue du Cloître, au 10.

J’ai pu me procurer, dans une maison de meubles encore ou­verte, rue Colbert, un lit-cage que j’ai eu la possibilité de garnir avec de la literie mise obligeamment à ma disposition, lors de mon dernier voyage à Épernay ; je n’avais qu’à aller la chercher sur place à mon retour à Reims.

Ainsi, j’aurai la satisfaction de dormir à l’air, puisqu’il manque quelques vitres dans le local que j’ai choisi et je ne serai plus con­traint de vivre dans la cave que pendant la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 10 – + 16°. Nuit tranquille. Canonnade active vers 3 h. du matin du côté de l’est de Reims. Quelques bombes dans la journée, généra­lement paisible. 7 h. matin, aéroplanes. Visite du lieutenant de Maurel et d’un Docteur. Expédié lettre pour Auteuil.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Dimanche 10 juin

Nos batteries se sont montrées très actives dans la région au nord de Saint-Quentin.

Sur le chemin des Dames, les Allemands ont renouvelé leurs tentatives en divers points du front, depuis le sud de Filain jusqu’a l’est de Cerny, tandis que la lutte d’artillerie se poursuivait avec violence. Quatre attaques successives sur une de nos tranchées ont été brisées et dispersées au nord-est de Cerny. Deux coups de main au nord de la ferme Froidmont ont eu le même échec. L’ennemi a subi des pertes sensibles.

Les Allemands ont encore été repoussés au sud-est de Corbeny, au sud de Courcy et au bois des Chevaliers.

Les Anglais ont élevé le chiffre de leurs prisonniers à 6400 sur le front Messines-Wytschaete. Les Allemands ont lançé une puissante contre-attaque sur une largeur de 10 kilomètres entre Saint-Yves et le canal d’Ypres à Commines. Elle a totalement échoué. La lutte a été particulièrement vive à l’est de Messines et vers Klein-Zillebeke.

Plus au sud, nos alliés ont opéré avec succès du sud de Lens à la Bassée.

Au sud de la Souchez, ils ont pénétré jusqu’à plus de 800 mètres de profondeur, dans les lignes allemandes sur un front de 3500.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le Carso.

C’est le comte Esterhazy qui est maintenant chargé de former le cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 7 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 7 juin 1917

999ème et 997ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Pluie d’orage hier soir. Nuit à peu près calme, chaleur torride qui tournera nécessairement à l’orage. Vu à l’École Professionnelle (Poste, sous-préfecture, etc…) Beauvais et Houlon qui jugeaient les allocations militaires en commission cantonale. Nous avons causé. Du Dr Simon, de son départ que n’approuve pas Houlon ni Beauvais. Il a eu tort de claquer les portes, car on lui resservira à satiété que s’il était resté à Reims jusque là, ce n’était nullement par devoir, pour la Ville de Reims ses concitoyens, mais uniquement…  pour la décoration. A cela il ne pourra rien répondre. Je le regrette pour lui bien sincèrement, car il s’est réellement dévoué ! sacrifié et exposé ! A sa place, j’aurais eu le « Sourire », j’aurais tenu jusqu’au bout, sauf à la fin de la Guerre d’avoir dit et dire leur fait à nos radins socialistes à Valeurs (rayé) rouges !…  qui eux font fleurir à foison leurs boutonnières. Ils m’ont appris que nos troupes d’infanterie avaient été relevées par la 12ème Division de cavalerie, c’est indiquer que notre secteur de Reims va retomber dans le marasme d’antan. C’est l’ensevelissement définitif de Reims !

Hélas !… Comme conséquence nos galonnards de la Place relèvent la tête, leurs « hannetons » recommencent à s’agiter pour embêter et molester le civil. Maintenant que les allemands ne (rayé). Ce matin a paru dans l’Éclaireur une décision de la Place (tiens, elle se réveille et sort de son abri blindé ou de sa cave de toute sûreté) qui enjoint, à partir du 31 mai 1917, aux Hippomobiles de marcher au pas dans les rues de Reims, aux motos et automobiles une allure de 15 kilomètres à l’heure, et « Ne pas entrer dans le jardin ni laisser stationner le véhicule dans le susdit jardin ! » – « Ne pas sortir quand des avions survolent la ville », etc…  etc… (Rayé). Il devrait également afficher : « Quand çà bombarde, les personnes qui se trouvent dans le bureau de la Place sont priées de ne pas faire dans leurs culottes (rayé), le (rayé) Commandant de place s’en charge pour tout le monde ». (Rayé). Quand donc serons-nous débarrassés de cette (rayé)!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 juin 1917

La remise du service du mont-de-piété m’est faite, dans la matinée, par M. Fréville, receveur des Finances, dans ses bureaux, avenue de Paris, 60.

En temps normal, pareille formalité comporte une vérification des écritures et des valeurs, en présence du receveur sortant. Comme en fait, il ne m’est remis que des ruines, sans aucune en­caisse, le tout se borne à la signature d’un procès-verbal en date de ce jour, reproduisant uniquement la balance des écritures arrêtée au dernier jour du fonctionnement des services (3 septembre 1914) sans qu’il ait pu être tenu compte, jusqu’alors, du bouleversement complet apporté dans cette situation par l’incendie du 19 même mois. Et c’est seulement maintenant, après avoir été nommé par arrêté préfectoral du 31 août 1916, que je suis autorisé à faire des opérations, quand le conseil d’administration aura pris les déci­sions qui s’imposent. Mais, dans la situation actuelle de Reims, quand sera-t-il regroupé ?

Je sais cependant que je puis déjà travailler très utilement de mon côté et je me propose de commencer sans tarder.

— Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 19°. Nuit tranquille sauf quelques coups de canons et mi­trailleuses au loin, vers l’est. Dès le matin, aéroplanes allemands, tir contre eux. M. Camu et Mgr Neveux vont à Villedommange. Visite avec M. Compant, rue d’Alsace-Lorraine. Nous descendons de voiture à la Biblio­thèque municipale ; nous allons à pieds par rue Croix Saint-Marc, nous traversons un terrain vague, désert, hérissé de fer barbelés. Rue d’Alsace, nous trouvons la maison où nous allions, inhabitée ; toute la place est cou­verte des vêtements arrachés des armoires par les pillards 25, rue de Metz (?) Un soldat nous indique une maison où il y a trois femmes, nous y allons. Il s’agissait de dire à une femme qui m’avait fait écrire à l’office du Vatican pour renseignements sur les disparus, que sa fille et son gendre habitaient Constantinople, telle rue, tel numéro. Cette pauvre femme avait quitté Reims lors des bombardements d’avril. Nous voulions avoir son adresse. Les fem­mes nous dirent que son frère habitait à la Haubette, et vinrent deux jours après nous apporter l’adresse de cette dame qui était réfugiée en Saône-et-Loire. Je lui écrivis, tout heureux de lui dire que son gendre et sa fille était vivants et de lui donner leur adresse avec la lettre de l’office du Vatican, portant les armes du Saint-Siège. Au retour dans la rue Robert de Coucy, pendant que nous réglons le cocher, un obus éclate au-dessus de nous et tombe sur la corniche de l’hôtel du Commerce ; il projette des pierres entre les jambes du cheval qui s’emballe, le chapeau du cocher est emporté par le vent. Comme nous revenions, un 2e obus tomba pendant que nous étions rue du Cloître (au grand effroi d’une dame pour nous, et qui pourtant cou­rait le même danger que nous) blottis le long du mur d’une maison ; le 3e comme nous entrons au secrétariat. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims


Jeudi 7 Juin… début de la bataille de Messines

Durant la dernière nuit, lutte d’artillerie d’une grande intensité à l’est de Vauxaillon, au nord du moulin de Laffaux, et sur toute la région au nord-ouest de Braye-en-Laonnois.

Vers Hurtebise, après un vif bombardement, les Allemands lancèrent deux vagues d’assaut sur nos positions au nord-est du Monument. Les assaillants ont été rejetés dans leurs tranchées de départ, après un combat violent où nos soldats ont infligé de fortes pertes a l’ennemi. Notre ligne a été intégralement maintenue.

Dans la matinée, les Allemands ont prononcé d’autres attaques entre l’Ailette et la route de Laon et au nord-ouest de Braye-en-Laonnois. Deux tentatives sur le bois du Mortier, au nord de Vauxaillon, ont été brisées immédiatement.

Les Allemands ont concentré leurs efforts au nord du chemin des Dames où ils ont attaqué sur le front le Panthéon-ferme la Royère. L’attaque ennemie a été repoussée dans son ensemble et n’a pu aborder nos lignes qu’en un seul point, au sud de Filain, dans notre saillant des Bovettes.

Les Anglais ont effectué une légère avance au sud de la Souchez. Ils ont occupé l’usine électrique de cette région.

Ils ont fait 75 prisonniers près d’Ypres.

Au cours d’un combat naval, une de leurs flottilles, a coulé un destroyer allemand.

Un raid d’avions allemands a eu lieu à l’estuaire de la Tamise. Deux des appareils ont été abattus.

Des bâtiments de guerre américains ont mouillé sur nos côtes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 mai 1917

Louis Guédet

Lundi 28 mai 1917

989ème et 987ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps. Je pars à Rilly à 8h, par Cormontreuil, Varsovie (ferme de Varsovie), Mont Ferré, Moulin de Montbré et Rilly. Des canons, des tranchées, des tombes le long de la route. Arrivé là je trouve Maurice Lepitre, sa jeune femme et Edith Lepitre (Maurice Lepitre (né en 1877), son épouse, née Hélène Louise Juget (1882-1966) et leur fille Edith (1910-1985) qui épousera Henri Le Bourgeois), charmants, très sensibles à mon empressement à venir pour le affaire de Son (succession). Rilly est comblé de troupes. Nous déjeunons, causons, causons, causons, il y avait 3 ans presque que nous nous étions vus, la dernière fois le 23 juillet 1914, à l’enterrement de M. Lepitre Père !!! Tous comme moi en ont assez ! et même état d’esprit à l’égard des officiers, quels qu’ils soient, et même mauvaise impression que moi-même !! Maurice Lepitre me dit (ce que je savais déjà) que les troupes en ont assez et sont très montées contre tous ces officiers incapables et noceurs. Il est aussi convaincu qu’après la Guerre on le leur fera sentir cruellement.

Ils me contaient qu’ils avaient eu pendant plusieurs mois chez eux à Rilly le Général Mazel, commandant la Vème Armée (une vieille connaissance à moi !!) et certes leur impression à son endroit était plutôt désastreuse !! sans compter ses caprices sardanapalesques (vie luxueuse et débauchée) et digne des rois fainéants…  un exemple du Sire entre cent. Dans le jardin des Lepitre il y a un bassin avec jet d’eau où, (lorsque ce galonnard était là) une malintentionnée grenouille avait élu domicile et avait l’impudence de chanter à la lune et de troubler le sommeil du (rayé). Savez-vous ce qu’il a trouvé ? Eh bien ! à l’exemple d’un roi ou satrape célèbre dans l’antiquité, et dont tous avons appris les excentricités au collège, il faisait battre l’eau du bassin par un soldat pour empêcher de chanter la malheureuse grenouille. Mais comme la damoiselle continuait à croasser, il eut l’idée lumineuse de faire vider par le susdit soldat le bassin, qui mis à sec força la grenouille à choisir un domicile plus humide et convenable à son tempérament aquatique. Plus de chanson. Le général Mazel exulta et put dormir tranquille… !! au bout de quelques jours, le hanneton ou l’araignée qui habitait dans la sa cervelle, découvrit que puisque la grenouille avait fui, on pouvait remplir le bassin d’eau, ce qui était plus charmant à l’œil. Qui fut dit fut fait, mais la satanée grenouille sentant…  l’eau fraîche, revint rejoindre son ancien domicile, et se remit à…  chanter !! Colère du satrape !…  et regaulage de l’eau du bassin par le pauvre soldat, qui mélancoliquement disait aux maîtres de céans, tout en gaulant sa grenouille : « Je ne me doutais guère que mes parents m’avaient fait faire toutes mes études, et même ma licence en droit pour aboutir à ces nobles fonctions que j’exerce en ce moment : battre l’eau avec une perche pour empêcher de croasser aux grenouilles de venir de croasser pour permettre à mon Général d’Armée de dormir en paix. Vraiment, ils auraient pu employer mieux leur argent !!… » Et voilà comment au XXème siècle un Général d’Armée qui fait tuer chaque jour des centaines et des milliers d’hommes emploie ceux-ci à satisfaire ses…  imbécilités ses excentricités dignes d’un tyran de l’antiquité !!

Hier soir j’ai eu 54 ans !! Triste et douloureux anniversaire, qui en guise de cloche de joyeux anniversaire, avait  le glas du canon ennemi pour sonnerie de gai événement…  seul…  loin de tous mes aimés. Je suis entré dans ma 55ème année au son du canon et du sifflement des obus fusants, incendiaires, lacrymogènes ennemis !! Du jardin sur une terrasse j’ai contemplé à la jumelle le Mont Haut, Mont Cornillet, Nogent, etc…  tout blancs tout bouleversés, et dans tout ce désert de grandes fumées s’levant au loin. C’était la bataille que je voyais, bataille que j’entends depuis 33 mois !! Cela tombait surtout sur Puisieulx, Sillery, Mont Cornillet, Mont Haut.

Je quitte mes amis vers 5h1/2 et rentre à Reims vers 6h3/4. Rilly n’a pas souffert du bombardement. Quelques murs crevés, quelques toitures enfoncées, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mai 1917 — Bombardement, ainsi que chaque jour.

– A 16 h 1/2, après avoir profité de la liberté de ce lundi de Pentecôte, pour mettre en ordre différentes choses dans l’immeu­ble de mon beau-frère, rue du Cloître 10, je pense à sortir quel­ques minutes, si possible, pour faire une courte promenade.

A l’instant précis où je fermais la porte de la maison, un obus venant soudain au-dessus de moi, éclate sur sa corniche, me clouant sur place. C’était un 88 autrichien.

Avec d’autres obus, on n’a déjà généralement pas le temps de se garer, mais avec ces maudits projectiles, que l’ennemi nous envoie depuis quelque temps et que nous connaissons malheureu­sement trop bien, cela devient absolument impossible, car on en­tend en même temps le coup du départ, le sifflement et l’explosion d’arrivée ; on serait tué sans avoir eu le temps de s’apercevoir du danger.

Je venais d’allumer avec plaisir un cigare, rapporté dernière­ment d’Épernay, où j’étais allé en congé quelques jours ; je conti­nue à le fumer tout de même, non sans une certaine émotion, car il est bien évident que je viens, encore une fois de l’échapper belle, avant d’aller prendre un peu l’air, au dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 28 – + 15°. Toute la nuit combat à Test. A 5 h. quelques bombes ; Vers 1 h. 45, quelques bombes très fortes et très près de nous. J’ai tremblé pour la Cathédrale. Visite rue Chanzy où est tombé un obus. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 mai

Une tentative des Allemands sur nos tranchées, au nord du moulin de Laffaux, a échoué sous nos feux. Dans ce secteur, ainsi que sur le plateau de Californie et dans la région des crêtes au sud de Nauroy et de Moronvilliers, la lutte d’artillerie a été assez violente au cours de la nuit.
Une attaqne locale a permis aux Anglais d’effectuer une nouvelle progression vers Fontaines-les-Croisilles. Des engagements de patrouilles vers le Cojeul, leur ont valu un certain nombre de prisonniers.
Ils ont abattu trois avions allemands en combat aérien, huit autres avions ont été contraints d’atterrir, désemparés. Quatre avions anglais ne sont pas rentrés.
Les Italiens ont continué leur progression sur le Carso en s’emparant de nouveaux points fortifiés. Ils ont fait des prisonniers en plusieurs endroits: 1150 au total.
Le général américain Pershing a fait un discours éloquent pour affirmer que ses troupes viendraient prochainement collaborer à la libération du front occidental.
On dément officiellement à Vienne que l’archiduc Joseph doive succéder à M. Tisza à la tête du cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 27 mai 1917

Louis Guédet

Au dimanche de Pentecôte 27 mai 1917 988ème et 986ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Rentré ce soir de St Martin, désemparé. La désolation de ma pauvre femme m’inquiète beaucoup, mes 2 grands exposés fort, très fort à Berry-au-Bac, mon Père malade, et à son âge pouvant disparaître d’un moment à l’autre. Voilà mon état d’esprit. Et dans tout cela je ne vois aucune issue, aucune lueur de voir cesser nos épreuves et ma misère !…  Je suis à bout de tout.

Quand je suis arrivé à St Martin j’étais exténué, et depuis 2 ou 3 jours seulement je commençais à reprendre vie un peu, et esprit, mais voilà que je suis obligé de renter inopinément ici, rappelé pour aller demain à Rilly-la-Montagne faire signer un petit partage aux Lepitre. Je pars demain à 8h.

Ici ce matin bombardement et gaz lacrymogènes par obus. Dont les effets se sont fait sentir à la maison sur nos bonnes. Rien de grave elles avaient des picotements aux yeux et des larmes. En ce moment le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pentecôte 27 mai 1917 – Bombardement, dès 5 h 1/2.

A 7 h, à peu près, alors que je me rasais la barbe, la fenêtre ouverte, dans la cuisine du 10 de la rue du Cloître, par un temps superbe, je me sens subitement très incommodé par des picote­ments aux yeux qui me donnent à penser que ma vue commence à se fatiguer, ce que je m’explique sur le moment, sans prendre garde à une autre cause, par le séjour continuel dans les caves.

Nous devons, à la mairie, travailler toute la journée à la lu­mière de lampes à pétrole et quand je sors du bureau, c’est uni­quement pour aller prendre mes repas à la popote avec le même éclairage, puis pour venir passer la nuit, cour du Chapitre, encore dans la cave.

Je songe sérieusement à aller voir un oculiste dès que cela me sera possible, au cours d’une permission, car j’ai bien du mal de continuer l’opération dans laquelle j’ai été arrêté. Très gêné, les yeux remplis de larmes, j’achève ma toilette à l’aveuglette, comme je le puis et je sors vers la place royale.

Une première personne que j’aperçois se garantit la figure avec son mouchoir. Deux ou trois autres que je vois ensuite, font de même ou se tamponnent les yeux et je comprends alors que, dans le centre, nous venons de ressentir les effets de gaz lacrymo­gènes.

Était-ce une nappe qui s’était répandue jusqu’en ville, ou des obus spéciaux avaient-ils éclaté à proximité ?

Les gens rencontrés avaient été certainement surpris comme moi, car aucun n’avait son masque.

— Les obus tombent serrés, toute la matinée. L’après-midi se passe tranquillement mais vers 19 h 1/2, c’est la reprise du bom­bardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 27 – A 8 h. + 20°. De 6 h. à 11 h. 30, bombes sifflantes conti­nuellement ; senti de nouveau odeur douceâtre à ma fenêtre que j’ai dû fermer ; souffrance légère aux yeux (gaz asphyxiants ou lacrymogènes). Presque à tous les obus, des éclats tombent chez nous ou chez nos voisins.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 27 mai

Actions d’artillerie intermittentes sur la plus grande partie du front, assez vives dans la région a l’est de Vauxaillon et en Champagne, dans le secteur du Mont-Haut et du Téton.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes, au nord-est de Vauxaillon, a complètement échoué.
Au nord de Cerny, nos batteries ont pris sous leur feu et dispersé des rassemblements ennemis.
Nos pilotes ont abattu dix avions ennemis; dix-sept autres appareils allemands ont été contraints d’atterrir. Nos escadrilles ont bombardé les gares de Mars-la-Tour, Chambley, Conflans, Vouziers, Anizy; les bivouacs de la région de Laon, etc, 13000 kilos d’explosifs ont été lancés.
Les Anglais ont repoussé des coups de main au nord de Gouzeaucourt et à l’est d’Armentières. Ils ont progressé sur la rive droite de la Scarpe. Canonnade de Croisilles à la Scarpe.
Un raid d’avions allemands dans les comtés du sud-ouest de 1’Angleterre, a fait un grand nombre de victimes, surtout des femmes et des enfants.
Les Italiens, s’avançant toujours sur le Carso, ont porté à 22419 le total de leurs prisonniers en dix jours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 25 avril 1917

956ème et 954ème jours de bataille et de bombardement

10h3/4 matin  Temps gris nuageux, froid. Nuit assez calme. Je me lève vers 7h et monte me raser et me nettoyer un peu plus complètement. Vers 9h1/2 je me dispose à aller à l’Hôtel de Ville, mais arrivé sous les Loges rue de Talleyrand il faut rétrograder. Cela commence à bombarder vers où je vais. Rentré, lu les journaux : toujours même battage !! La Grande offensive etc…  etc…  Oh ! là ! là !…  On voit bien que tous ces phraseurs ne sont pas ici. L’opinion sur nos Grands ! Généraux !! changerait !!

4h1/2 soir  Toujours le canon et le bombardement, mais nullement vers nous : Port-sec, Cérès…  Après déjeuner, étant sur le pas de la porte, je vois déboucher de la rue de Venise des Chasseurs Alpins, du 7ème, chantant, faisant des folies en tenant toute la rue des Capucins pour la remonter. Arrivé devant moi, l’un d’eux me demande si le quartier est habité. Je lui demande pourquoi : « C’est à titre documentaire !! » Je lui répondis que je n’avais pas à le renseigner pour cela et qu’il passe son chemin. Il le prend de haut : « Je ne vois pas pourquoi vous me refusez de me dire cela, moi qui vais demain me faire crever la peau pour vous !! etc… » Je lui répondis encore : « Eh bien ! moi qui suis resté ici 30 mois et je ne compte pas les services que j’ai rendu à vos camarades et je suis aussi exposé que vous. Passez votre chemin !! » Comme il devenait plus agressif, je fermais ma porte. Quelle lie que ces pillards…  En ce moment c’est comme du temps du 410ème …  et des marocains…  Quand donc serons-nous débarrasses de ces pillards.

Je sors pour tâcher de voir à l’Hôtel de Ville aux nouvelles. Je cause en passant devant le commissaire encore assez rompu et assez émotionné. Je lui conte la scène de tout à l’heure. Il n’en n’est nullement surpris, et il me disait qu’un général avec un nombreux état-major et une grosse escorte était venu hier à Reims. Et qu’on faisait déblayer certaines grandes artères pour livrer passage à la cavalerie sans doute. Bref je crois qu’on prépare une nouvelle attaque sur Reims. Puisse-t-elle réussir celle-là !!…  et que nous voyions enfin la fin de nos misères. Il me contait aussi qu’on avait arrêté des sous-officiers qui pillaient et qui répondirent pour leurs excuses : « Ce sont nos officiers qui nous ont demandé de la faire pour eux !! » Cela ne m’étonne nullement.

Arrivé aux caves Werlé où sont installés les bureaux de l’hôtel de Ville j’y rencontre Raïssac, qui me propose de donner mes lettres à Jallade pour être mises à la Poste à Paris. J’accepte et j’écris séance tenante une lettre à la chère femme que je joins à celle écrite hier à Marie-Louise.

Survient Goulden. Que vient-il faire là. Il ferait bien mieux de rester chez lui. Enfin. Le Maire arrive et nous causons un moment. Tous nous sommes d’avis que l’attaque de Brimont a raté. Attendons le 2ème acte qu’on prépare et que ce soit le dernier. Je dis ce que je fais pour les valeurs trouvées sur les victimes et les testaments reçus en dictée aux gens. Tous m’approuvent. Et Charbonneaux de dire : « Vous voyez que vous êtes utile. C’est un à côté de la vie de notre ville que vous tenez et qui rend service… !! » Le Maire insiste pour me remercier…

Je prends l’auto municipale et Honoré me conduit à la nouvelle Poste (École Professionnelle rue Libergier), salle de physique à droite en entrant, aussitôt passé devant le bureau de M. Beauvais (Joseph). J’y trouve mon courrier et des journaux, l’Illustration (3 numéros), le Journal des Notaires de Defrénois, et une marquise envoyée par Mme Thomas. La pauvre dame est bien bonne. Du reste Thomas m’avait prévenu, je les remercierai. Lettre de ma chère femme, de Labitte au sujet de son fils et de Robert qui sera soutenu par le jeune Labitte. Très aimable à lui. Lettre de Jean qui me dit être arrivé à St Brieuc à son dépôt, où il est affecté à la 64ème batterie du 61ème d’Artillerie, J’envoie de suite ces 2 lettres à ma chère femme. Jean pense partir pour le front dès le 1er mai. Que Dieu le garde, ainsi que son frère. Ceci fait je rentre à la maison écrire, lire et tirer ma triste journée…  Cela bombarde toujours.

8h3/4 soir  le calme, toujours le calme, et la même vie de misère. On se demande parfois si on en verra la fin, avec tout ce que l’on voit, le désordre et l’indifférence. On n’est guère incité à l’espoir et à la croyance d’une Victoire quelconque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 avril 1917- La semaine passée, alors que faisant un tour matinal, j’étais ar­rêté et occupé à chercher les traces d’un obus que j’avais entends tomber au cours de la nuit, sur la cathédrale, Son Éminence le Cardinal et Mgr Neveux sont venus à passer, rue Robert-de-Coucy.

C’était la deuxième fois que je les rencontrais ainsi, à la suite de semblable circonstance, faisant leur promenade d’investigation en sens inverse de la mienne, et, pendant un instant, nous avons échangé nos impressions, simplement, en bombardés.

Mgr Luçon, après avoir regardé, après s’être rendu compte at­tentivement, me faisant part de ses constatations de sa manière si affable, paraissait solliciter mon avis. Je le lui donnai, tout en re­connaissant vite que lui-même et Mgr Neveux savaient discerner les nouvelles blessures des anciennes plus sûrement que moi, voisin novice, revenu depuis une huitaine de jours seulement dans la rue du Cloître, après avoir dû quitter le quartier en septembre 1914.

Mais depuis le 16 courant, il n’est pas nécessaire d’être ac­coutumé ou de procéder à un long examen pour s’apercevoir des horribles et épouvantables meurtrissures des 305. D’énormes brè­ches sont malheureusement trop apparentes à l’abside, aux gale­ries, aux clochetons des contreforts. Elles en laissent même deviner d’autres ailleurs, à la suite des affreuses séances de bombardement avec projectiles de très gros calibre, pendant lesquelles le tir était si bien localisé. On peut en juger par la dizaine d’entonnoirs énor­mes qui encerclent la cathédrale, place du Parvis, rue du Cloître et rue Robert-de-Coucy.

— Aujourd’hui, bombardement dans la matinée, qui a repris violemment, de 13 h à 14 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 25 – + 6° Nuit tranquille en ville. A 7 h. 1/2 matin, Qq. obus. Visite à l’hôpital général (militaires et civils). Visité la maison, très intéres­sante : ancienne maison des Jésuites, qui ont bâti Saint Maurice, les cha­pelles ; Bibliothèque (meuble et appartement), chapelle intérieure, caves où sont installées en passant les blessés qu’on apporte là en attendant qu’on puisse les transporter hors de la ville. M. Huart dit qu’il y a un 305 enfoncé non-explosé près du petit orgue. C’est vrai. Visite d’un Commandant et d’un Capitaine Mitchelle de l’armée des Etats-Unis19 présentés par le R. Père Dansette. Après-midi, bombes sur la ville mais sans acharnement, sur Saint-André. A 11 h. 1/2, bombes sur la ville pendant une 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Moitié de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 avril

Actions d’artillerie sur l’ensemble du front.

Nous avons continué nos tirs de destruction sur les batteries et les organisations ennemies dans les régions de Saint-Quentin, de l’Oise, de Corbeny-Juvincourt et en Champagne; des explosions ont été constatées dans un certain nombre de batteries.

Nous avons ramené 4 obusiers allemands de 105, capturés au cours de réçents combats sur le plateau du chemin des Dames.

Près de Moronvilliers, nos éléments léger ont pénétré, après une courte préparation d’artillerie dans les tranchées allemandes, qu’ils ont trouvées remplies de cadavres.

Canonnade intense sur le front belge.

Les Anglais ont repoussé de fortes contre-attaques avec des pertes énormes sur le front de Croisilles, au nord de Gavrelle. Ils ont maintenu toutes leurs positions. Nos alliés ont progressé à l’est de Monchy et aux abords de Roeux. Ils ont avancé également â nouveau à l’est d’Epehy sur un large front et atteint le canal de Saint-Quentin au nord de Vendhuille. Ils ont occupé les deux villages de Villers-Plouich et de Beaucamp. Le chiffre de leurs prisonniers depuis la veille atteint 2000. Ils ont détruit 15 avions allemands et forcé 24 autres appareils ennemis à atterrir, désemparés.

Le Reichstag est rentré en session.

La mission officielle, composée du maréchal Joffre, de M. Viviani et de leurs collaborateurs, est arrivée aux Etats-Unis et y a reçu un accueil chaleureux.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 21 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 21 avril 1917

952ème et 950ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, triste, brumeux, le baromètre remonte cependant. Changement de lune, nouvelle lune. Bataille formidable toute la nuit, à peine avons-nous dormi avec un bruit pareil. Les bombes commencent à tomber, assez près. Adèle est sortie aux provisions, pourvu qu’il ne lui arrive rien. Elle rentre.

Été à la Ville, vu Raïssac où j’apprends les noms des blessés indiqués plus haut. Aucune autre nouvelle.

11h  Des bombes, il faut descendre à la cave, d’où nous remontons à 11h20. Une simple alerte.

11h50  Des bombes, redescente en cave…  à 1h05 remontée au jour !!

A 2h je vais retirer mon courrier. J’apprends là que Colnart est mort, c’est un brave et on songe à lui donner la Croix de Guerre !! On les compte à ces malheureux, tandis qu’on les prodigue à des lâches, qui au moindre sifflement se terraient dans les caves, pendant que ces malheureux sauveteurs et pompiers de Reims courraient au danger !!

J’apprends aussi que le cabinet du Maire a été éventré au bombardement d’une heure de l’après-midi par un 105. Je fais mon courrier dans la crypte du Palais, au bureau de Villain, greffier civil. Je vais chez Michaud prendre un Écho de Paris, je porte mes lettres chez Mazoyer et je rentre.

Je finis mon courrier moins pressé pour demain.

6h du soir  Une bombe toute proche, fuite éperdue à la cave. On vient de me remettre les valeurs et argent, ainsi que le testament de ce pauvre Colnart, blessé hier rue Colbert, mort aujourd’hui. Il faisait partie d’une association spirite, dont la Présidente, Mme Nicolas, habite rue de l’Équerre, 79 (l’Union spirite). Je range tout cela à la cave ! Cela me fait passer le temps, mais quelle émotion.

7h soir  Une vraie séance et près. Une de ces bombes en éclatant a secoué la cave où nous sommes. L’orage parait calmé, mais nous avons tous été fort émotionnés, sauf Lise qui était remontée malgré moi, et qui ne voulait plus descendre malgré nos appels. Quand elle est venue, je l’ai secouée d’importance et l’ai menacée de la faire partir de Reims. Je lui ai dit qu’elle devait m’obéir au moindre appel. Elle n’a pas pipé cette vieille entêtée. Quelle mule !

7h20  Nous remontons pour dîner. On mange en vitesse, un œuf sur le plat, salade de pissenlits, plus que verts, et moi un peu de saucisson, un peu de gruyère, 3 gâteaux secs. On mange sans conviction, à la hâte, l’oreille aux aguets, « La bête traquée !!… » Non, si je ne deviens pas fou avec une pareille vie !!  Le Diable m’emporte !!  Mes 3 parques sont aussi affolées que moi ! Non ! il faut que cette vie cesse bientôt, sans cela on tomberait. A 8h tout le monde est descendu à la cave pour se mettre à l’abri et se coucher. Voilà un bombardement dont on se souviendra. Peu de bombes, mais proches et vraiment impressionnantes. Il y a des victimes certainement…  Nous verrons cela…  demain ! si nous y sommes !?!?!?!  Que nous réserve la nuit ? Je ne sais !! Le temps est si beau ! Le ciel si clair depuis 4h du soir !! que l’on peut s’attendre à tout !! Oh ! si nous pouvions dire. Demain ? c’est la délivrance !!!!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 avril 1917 – A 12 h 1/2, pendant que nous déjeunions, deux projectiles de gros calibre sont arrivés sur l’hôtel de ville. Le premier a abattu une des grandes cheminées qui, en tombant, défonçait le toit, à l’angle de la rue des Consuls et de la rue de la Grosse-Ecritoire ; l’autre a éclaté sur l’encadrement du chartil (côté cour), conduisant à la rue des Consuls.

Nous avions quitté nos popotes, après les terribles secousses ressenties, afin de risquer un coup d’œil, de l’angle dans lequel se trouve la descente aux sous-sols. Il nous a fallu réintégrer vite ; trois autres obus tombaient ensuite sur la place.

Au total, ces explosions ont causé encore des dégâts considé­rables dans la plupart des bureaux de la mairie.

Le cabinet de l’administration municipale, le « 1er secrétariat » et la « comptabilité », encore saccagés, donnent, cette fois, dans leur ensemble, l’aspect d’un chantier de démolitions.

Un des obus ayant éclaté sur la place a envoyé des blocs de pierres de tous côtés, dans la salle où se tiennent d’habitude le maire, les adjoints et M. Raïssac, secrétaire en chef. D’épais mor­ceaux de plâtre, détachés de son magnifique plafond à comparti­ments, complètement disloqué, couvrent partout le plancher, les tables-bureaux chargées de papiers. Les dossiers disséminés sont en outre recouverts d’une forte couche de poussière blanche.

Au premier bureau du secrétariat, l’explosion de la cour a projeté de forts éclats qui ont disjoint les pierres de taille de la maçonnerie, sous la fenêtre et arraché les lambris ; d’autres ont crevé les pupitres. Le déplacement d’air a envoyé en tous sens les paperasses diverses, les imprimés ; expulsé hors de la bibliothè­que, dont les portes sont brisées, quantité de recueils, de livres de tous formats, de toutes épaisseurs retombés ouverts ou dont les feuillets sont épars, le tout pêle-mêle, sur les tables ou dans les coins, dans un désordre indescriptible.

Dans notre bureau de la comptabilité, tout est encore sans dessus dessous, au milieu de débris et de plâtre pulvérisé.

Le bombardement continue mais, pendant la première accal­mie, la consigne de déménager qui vient d’être donnée aux servi­ces, court comme une traînée de poudre.

L’administration municipale avec M. Raïssac, les employés des quelques bureaux qui fonctionnaient toujours dans les locaux de l’hôtel de ville et la police quittent alors en hâte le monument, au début de l’après-midi, pour aller s’installer, comme ils peuvent, dans les premières caves de la maison de vins de champagne Werlé & Cie (marque Vve Cliquot-Ponsardin), rue de Mars 6, dont l’entrée est en face des bureaux du commissariat central.

Les allées et venues pour le transport des tables, des chaises, des dossiers, de tout le matériel nécessaire à la mise en place et pour le travail de tous, se font en vitesse, malgré les sifflements, sous l’œil bienveillant de M. Raïssac, occupé lui-même à prendre ses dispositions de concert avec M. Fournier, l’accueillant directeur commercial de la maison.

Le maire, M. le Dr Langlet, M. Emile Charbonneaux et M. de Bruignac, adjoints, disposent, avec le secrétaire en chef, d’un petit caveau situé au fond, à gauche d’un grand emplacement destiné aux services et où sont placées les unes à la suite des autres, de chaque côté, les tables des différents bureaux, lesquels sont an­noncés par des pancartes.

Le personnel des plus réduit, ainsi groupé à ce moment, est composé de :

Comptabilité : MM. E. Cullier, A. Guérin, P. Hess ;

Etat-civil : MM. Cachot, Deseau ;

2e Bureau du secrétariat : MM. Landat et E. Stocker, avec, au­près d’eux, M. Bouvier, receveur des droits de place ;

Bureau militaire : M. Montbrun ;

Appariteurs : MM. Cheruy, Maillard et Haution.

En face, pour la police, M. Pailliet, commissaire central ; M. Gesbert, commissaire du 4e canton ; M.L. Luchesse, secrétaire- chef ; MM. Poulain et Compagnon, de la Sûreté ; Lion, inspecteur des sergents de ville ; Demoulin, sous-inspecteur ; Noiret, Schuller, secrétaires ainsi que quelques brigadiers et agents.

Et l’on peut bientôt recommencer à travailler, d’un bout à l’autre de la galerie, à l’aide d’un éclairage assuré par environ vingt-cinq lampes à pétrole.

— Sur le soir, des obus de très gros calibre (305), comme ceux tirés le 19, sont envoyés à nouveau sur la cathédrale. Un entonnoir, derrière son abside, tient toute la largeur de la rue du Cloître ; le trottoir lui-même est enlevé, il ne reste qu’un étroit passage sur le bord de l’excavation, contre les maisons.

Les effets des projectiles de 305 sont véritablement effrayants.

Le 19, la place du Parvis où leurs explosions, sauf une s’étaient localisées, a été recouverte, ainsi que le terrain inutilisé derrière le Palais de Justice, de nombreux pavés de grès projeté en l’air et retombés par-ci, par-là, dans ce rayon le plus court, mais il en est qui sont allés voltiger jusque sur la place des Marchés. A cours de recherches sur les causes de l’inondation d’un plafond, j’en ai trouvé un dans le grenier de la maison de mon beau-frère, rue du Cloître 10 ; il y avait pénétré en crevant la toiture.

Si l’on se rend compte que chacun de ces engins a lancé ainsi, en fouillant la terre, des centaines de pavés en tous sens, cela donne une idée de la force et de la violence de leurs éclatements.

— Cette journée du 21, de même que celle du 20, a été excessivement dangereuse et atrocement inquiétante. Pour être allé, vers 9 h jusqu’auprès des halles, rue Courmeaux, je me suis trouvé pris dans des arrivées subites. J’ai pu, heureusement, me réfugier tout de suite dans une bonne cave, au soin de la place des Marchés et de la rue Courmeaux, où il m’a fallu rester environ une heure.

Le nombre des obus, pour chaque jour depuis le 6, ne peut plus être évalué ; il est trop important.

—  Nous avons appris aujourd’hui, la mort du pompier Colnart. Ce malheureux, volontaire depuis la guerre, connu pour son dévouement et son insouciance du danger, avait été blessé hier, en même temps que le capitaine Geoffroy, des pompiers de Reims et Cogniaux, brancardier volontaire, par un des obus tombés devant l’hôtel de ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 21 – + 6° De grand matin, de 4 h. à 6 h., combats violents et nourri au nord et à l’est de Reims. 9 h., bombes sifflantes de gros calibre, un peu de tous côtés. A 11 h. très très violents bombardements d’un quart d’heure : 2 h. 1/2 quelques obus. Expédié aujourd’hui lettre aux Cardi­naux ;

6 h. bombardement de la Cathédrale, gros calibre ; pas atteinte. Pluie de pierres dans le jardin autour de moi. J’étais sorti pour dire mon bréviaire, croyant que c’était fini, cela reprend tout à coup. Je regarde en l’air ; le ciel est rempli de points noirs : pavés, éclats d’obus, pierres, à la hauteur du vol des hirondelles. Je remarque qu’il n’y en a pas au-dessus de ma tête. Je ne bouge pas, laissant tomber la quête. Deux pavés tombèrent l’un à 3 mètres, l’autre à 10 mètres de moi. Je ne suis pas touché. A la Cathédrale, un obus perce la voûte au-dessus du Maître-autel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, activité des deux artilleries, spécialement au nord de Grugies.

Journée calme au sud de l’Oise. Au nord de l’Aisne, nos troupes harcelant l’ennemi ont continué à progresser vers le chemin des Dames. Nous avons occupé le village de Sancy.

Après une violente préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé sur la région Ailles-Hurtebise une attaque à gros effectifs qui a été brisée par nos feux d’artillerie et de mitrailleuses et complètement repoussée.

En Champagne, nous avons enlevé plusieurs points d’appui important dans le massif de Moronvilliers, malgré une résistance acharnée de l’ennemi.

En quatre jours, nous avons fait 19000 prisonniers entre Soissons et Auberive. Le chiffre des canons actuellement recensés dépasse la centaine. En Argonne, après un vif combat, nos troupes ont atteint la deuxième tranchée ennemie.

Les Belges ont dispersé une reconnaissance près de Stuyvekensaerke, en faisant des prisonniers.

En Macédoine, nos troupes ont repris quelques éléments de tranchée qui avaient été perdus à Cervena-Stena.

Les Serbes ont repoussé deux attaques à l’est de la Cerna.

Un raid d’avions autrichiens a échoué à Venise.

Simple fusillade sur le front russe.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 17 avril 1917

Louise Dény Pierson

17 avril 1917 ·

Le lendemain 17, c’est la bataille pour les Monts de Champagne, Mont Cornillet, Mont Blond, Mont Haut… Reims se trouvait au milieu de ces combats qui s’étendaient au moins sur 50 km de front.
Le travail dans les vignes n’en étant point arrêté pour cela, tous les matins dès 6 heures. il fallait s’y mettre.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mardi 17 avril 1917

948ème et 946ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie hier soir et aujourd’hui, nous n’avons pas dû être bombardés la nuit. Le combat continue toujours sur notre front vers Brimont. Toute la nuit nos canons ont grondé, vers 3h du matin j’en étais réveillé et assourdi. Quel martelage !! Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville voir aux nouvelles. Rue de Vesle, face chez Bienvenot, le sellier, un des gros obus d’hier a crevé la chaussée et l’égout, excavation de 8 mètres de profondeur. Chez Brémont, rue des 2 Anges, maison éventrée. La Cathédrale est fort endommagée, surtout ses contreforts. Elle a reçu au moins 12 ou 14 obus énormes. Du reste il ne fait pas de doute qu’ils ont tirés carrément dessus.

A la Ville, vu Lenoir, Raïssac, Guichard. Le communiqué est bon : nous avons fait ici 10 000 prisonniers. Nous encerclons Brimont, nous avons Bermericourt. D’aucuns disent que nous serons en ce moment à Juniville. Enfin attendons, mais que cela finisse bientôt…  Raïssac me donne une lettre pour la Commission d’appel des Allocations Militaires que j’ai à remettre à Martin à la sous-préfecture établie au Palais. Il me demande aussi de la part du Maire l’adresse d’Hanrot, notaire, (rayé) fichu le camp à Paris 70, rue d’Assas, et prétend être resté toujours à Reims, quand il y fait des apparitions de 4/5 jours (rayé). Vu Charlier et les employés de la Ville. 2 employés de l’État-civil et une dactylographe du même bureau sont seuls restés ici, le fameux Cachot est filé. Bref toujours les fiers à bras qui ont donné le signal de la peur et de la lâcheté.

11h3/4  La bataille devient formidable direction faubourgs Cérès, Bétheny, Cernay. Allons-nous enfin être délivrés… ??

1h1/2  Je sors pour avoir mon courrier. En arrivant devant la Cathédrale je vois de la fumée, d’où vient-elle ? On me dit que c’est du pâté de maisons qui sont entre le pont de l’avenue de Laon, la place de la République et la rue Chaix d’Est Ange. Les pompiers de Paris, sur l’ordre de leur capitaine, se refusent à porter secours. Il parait que ce capitaine est au-dessous de tout comme…  lâcheté.

Le vent souffle du nord ouest en rafale et tempête, la fumée vient jusqu’à la rue des Capucins, de cet incendie avenue de Laon.

En longeant certaines maisons je souris en voyant les moyens enfantins employés pour garantir des bombes les soupiraux des caves : 3 ou 4 briques et c’est tout. Après ce que j’ai vu des effets des bombes d’hier des 190 doubles, on sourit malgré soit. Comme quoi il n’y a que la foi qui sauve.

Je prends mon courrier, juste une lettre de ma chère femme. Toujours désolée, effrayée. Je passe chez le R.P. Griesbach, rue des Chapelains, pour le prier de m’écrire une lettre me disant qu’il se désiste de sa plainte d’hier contre Dupont. Je serais en règle et nous serons parés contre toutes entreprises de cet embusqué, de ses acolytes et des galonnards de la Place. S’ils bronchent, je les cinglerai.

A l’Hôtel de Ville, Raïssac, Houlon, Charbonneaux et…  Goulden ! Que vient-il faire là !! Non, ce garçon-là manque absolument de sens moral ?! Il est dans le cabinet du Maire absolument comme chez lui. Il est désarmant d’inconscience !!

J’écris un mot à ma chère Madeleine dans la salle des pas perdus d’attente de la Ville sur un coin de table. Nous n’avons aucune nouvelles. Houlon me dit que dans les ambulances ont met le français dans les lits et le Boche par terre sur la paille. On est encore bien bon !! Je les tuerais moi !

Vers 4h je rentre chez moi, fatigué, déprimé. J’en ai assez, je tomberais malade si c’était pour durer encore longtemps.

On causait à la Ville du bombardement d’hier de la Cathédrale. Les uns disaient que c’était peut-être le P.P.C. d’une de leurs grosses pièces. Les autres croyaient que ce n’était qu’un tir de réglage pour pouvoir démolir notre Merveille le jour où ils seraient obligés d’abandonner les hauteurs de Berru, Nogent l’Abbesse et Brimont. Ils en sont bien capables ! les Bandits !!

Vu l’abbé Dupuis, curé de St Benoit, très affecté de la mort de sa sœur et de la destruction de son église, qui venait d’être terminée vers 1913. Ils en veulent à toutes nos églises ! St André n’existe plus, St Remy fort abîmé comme St Jacques, et hier c’était le tour de la Cathédrale. La Bataille continue toujours. Je tremble pour mon pauvre Robert.

Je songeais en marchant dans les rues à ce que m’avait dit dans les cours de la Semaine Sainte le Pasteur Protestant (en blanc, non cité) (?) que je voyais dans le couloir de la Police à l’Hôtel de Ville où on délivrait les passeports, et qui venait justement chercher le sien pour quitter Reims : « J’ai dit à mes fidèles de partir, de quitter Reims », me disait-il d’un ton onctueux, « et alors le Pasteur suit son troupeau !! » L’excuse était toute trouvée, mais bien faible à mon avis. Nos Prêtres ne pensent pas de même ! Le troupeau est bien parti, mais eux restent au Devoir, au Danger.

C’est là toute la différence qui existe entre le clergé Protestant et le clergé Catholique !! et la supériorité de celui-ci sur celui-là.

Et moi, je reste bien, malgré que tous mes justiciables soient partis.

Vu Lenoir à l’Hôtel de Ville, où on lui a dit ce qu’on pensait de la Place et des Pompiers !! de Paris !! Il est renseigné. Le capitaine des Pompiers de Paris refusant ses hommes pour éteindre les incendies !…  sous prétexte qu’on n’a pas d’eau. On pourrait tout au moins faire la part du feu, en faisant des coupures !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 avril 1917 – Quelques obus seulement dans le quartier de l’hôtel de ville, à midi 1/4. Après les journées atroces et les nuits vécues depuis le 6 courant, cela donnerait une impression de calme, sans la canon­nade épouvantable qui tonne de façon ininterrompue au loin, toujours dans la même direction, nord-nord-est. Voici une dizaine de jours que nous entendons des roulements effrayants de coups de canon, qui se confondent en un grondement continu et ce soir, vers 20-21 h, le tapage infernal redouble encore. Le nombre des pièces en action, par-là, doit être considérable.

Aujourd’hui, mon voisin occasionnel, le gardien de l’im­meuble Polonceaux, mitoyen avec celui de mon beau-frère, m’a proposé, quand je sortais ce matin, de me mener voir dans l’hotel du Commerce, où il habite seul, à l’angle des rues du Cloître et Robert-de-Coucy, un 210, tombé là hier sans éclater, mais non sans avoir annoncé son arrivée par une secousse terrible, paraît-il, et j’ai vu l’engin, qui est survenu pendant le tir sur la cathédrale et ses environs ; ses dimensions sont vraiment imposantes. En le con­templant, allongé sur des gravats, nous exprimions l’un et l’autre le souhait qu’il demeure inerte car, autrement, il pourrait provoquer de sérieux dégâts dans les deux propriétés, si l’on songe qu’un pareil projectile pèse plus de 100 kilos.

Rien ne prouve, d’ailleurs qu’il n’aura pas d’amateur tel qu’il est. Il se pratique à Reims, depuis longtemps, un véritable com­merce occulte des différents obus que nous envoient les Boches ; ceux qui n’ont pas explosé sont par conséquent considérés comme une aubaine et recherchés par quelques-uns de nos concitoyens. Ne se contentant pas, en effet, de courir déjà bien des risques d’une façon normale, si l’on peut dire, ils s’ingénient à arriver pre­miers pour se les procurer, les dévisser, les débarrasser de leur charge d’explosif et les vendre ensuite, principalement aux per­sonnalités de passage. Tous ne réussissent pas, à coup sûr, leurs délicates manipulations ; il en est qui se sont fait déchiqueter. Plu­sieurs de ceux qui ont acquis une réputation d’habileté, dans ce genre d’opérations, infiniment dangereuses, nous sont bien con­nus.

L’un d’eux a eu, il y a peu de temps, une surprise dont on n’a pu que rire, parce que, heureusement, elle a été amenée sans ac­cident.

Un obus de 150, qui traînait sur la place des Marchés, avait été bien repéré, certain matin, au passage, par le chauffeur d’une auto, que son service particulier empêchait de s’arrêter avant d’al­ler, ainsi que chaque jour, jusqu’à l’hôtel de ville. Naturellement, le dit chauffeur se proposait bien de retourner l’enlever sitôt libre. Cet obus, tombé la veille au soir, après avoir heurté de biais le haut de la maison Girardot, s’était borné à dégringoler sans éclater et à rouler jusque vers la maison Fossier ; il venait seulement d’être remarqué. Mais, quelques secondes plut tard, un pompier sorti de la permanence toute proche de la rue des Élus, pour humer l’air frais, avait eu, lui aussi, son attention attirée par ce projectile qui s’offrait ainsi ; aussitôt, sans plus de façons, il s’empressait de le soulever et de le placer sur son épaule pour l’emporter — cepen­dant, mal maintenu en raison de son poids sans doute, l’obus glis­sait et retombait sur le pavé… sans exploser encore. Le pompier s’en chargeait donc de nouveau, avec plus de succès — peut-être en pensant tout de même qu’il avait eu de la veine dans sa mal­adresse — et, lorsque le chauffeur vint à repasser, avec sa « Ford », il s’aperçut qu’il était trop tard.

J’ai eu l’occasion de voir dernièrement, rue de la Justice 18, une collection probablement unique à Reims, montée par les soins de M.H. Abelé et présentée d’une manière originale, au milieu d’un cadre magnifique, spécialement aménagé dans ses caves. Les spé­cimen de tous les genres ou à peu près, des projectiles employés sur le secteur s’y trouvent réunis en une copieuse variété, depuis les différents modèles de grenades, torpilles, etc. jusqu’aux obus de tous calibres et de toutes les longueurs — du plus minuscule aux projectiles de rupture.

Ch. Legendre, avant la guerre agent général de la compa­gnie d’assurances L’Aigle, qui s’est mis à la disposition du maire et, comme chauffeur, le conduit chaque jour de sa maison à l’hôtel de ville, et vice-versa, a rassemblé, lui aussi, à son domicile, 8, rue de la Belle-Image, une série assez importante de projectiles divers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit active autour et près de Reims ; tranquille à peu près dans notre voisinage immédiat. Journée très active d’artillerie sur le front. 18 contre-attaques, dit-on ; à l’est de Reims, à Moronvillers, a dit le Géné­ral Lanquetot(1). Vers 6 à 10 h., très violent combat d’artillerie. Toute la nuit, roulements de canons au loin. Bombes assez près de nous vers 2 h. 1/2. Les Sœurs se sont levées. Je n’ai pas entendu. Obus tombé à l’angle que notre maison fait sur la rue du Cardinal de Lorraine et la rue de l’Ecole de Médecine et de l’Université.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) L’attaque sur les monts de Champagne, par contre, fut une opération particulièrement bien réussie à partir du 17 avril 1917.

Mardi 17 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, tirs de destruction sur les organisations allemandes. La riposte ennemie à été vive dans la région au sud de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, nous avons continué à progresser vers l’est, sur le plateau, entre Barisis et Quincy-Basse et occupé de nouveaux points d’appui ennemis. Nos patrouilles sont au contact des tranchées allemandes sur la lisière ouest de la haute forêt de Coucy.

Entre Soissons et Reims, après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué les lignes allemandes sur une étendue de 40 kilomètres. La bataille a été acharnée.

Entre Soissons et Craonne, toute la première position allemande est tombée en notre pouvoir. A l’est de Craonne, nous avons enlevé la deuxième position ennemie au sud de Juvincourt. Plus au sud, nous avons porté notre ligne jusqu’aux lisières ouest de Berméricourt et jusqu’au canal de l’Aisne, de Loivre à Courcy. De violentes attaques déclenchées par l’ennemi au nord de la Ville-au-Bois ont été brisées. Le chiffre de nos prisonniers actuellement dénombrés dépasse 10.000. Nous avons également capturé un matériel important non encore recensé. Lutte d’artillerie sur le reste du front de Champagne.

Les Anglais ont fait au total 14000 prisonniers et ont capturé 194 canons.

Echec des Germano-Bulgares en Macédoine, dans la boucle de la Cerna. Fusillade dans le secteur italien.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 10 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 10 avril 1917

941ème et 939ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Toujours le même temps avec bourrasques de neige, de grésil, etc…  il fait réellement froid. Toute la nuit nos canons ont grondé et parfois je croyais que c’était des obus qui nous arrivaient dans le voisinage, aussi étais-je inquiet et ai-je mal dormi. Et puis cette vie de cave !! Des rayées de beau soleil. Toute la matinée assez calme…  mais la Bataille vers Brimont ne discontinue pas depuis hier midi. Aussitôt levé, je déjeune rapidement. Je dis levé !! c’est une manière de parler, car voilà 4 jours que je ne me déshabille pas !! aussi toilette fort sommaire, on économise l’eau qui nous est refusée puisque les conduites sont toutes coupées. Hier nous avons pu en ravoir un peu, mais de l’eau de ruisseau.

Je vais au Palais de Justice porter une lettre pour ma chère femme et prendre ce qui m’est arrivé de courrier. En route je remarque de nouvelles étiquettes sur les portes, priant de s’adresser à la maison d’à côté ou d’en face, à M. X ou Y…  Combien en aurais-je vu de ces avis, tristes comme un adieu.

A la Poste je trouve des lettres, une de ma femme qui s’inquiète beaucoup de moi, elle me donne de bonnes nouvelles de Robert du 7/8, me dit que Jean est reçu aspirant 143ème sur 600, et qu’il est affecté au régiment de son frère au 61ème d’artillerie. Puisse ces deux grands se retrouver, eux qui ne s’étaient jamais quittés avant il y a 1 an. Je termine ma lettre commencée et je tâche de rassurer ma pauvre chère femme. Quand donc pourrais-je aller la rassurer complètement, définitivement. Et cependant, quand j’y songe, je ne puis croire que cela dure encore longtemps, et que les allemands ne tardent pas à se retirer et déguerpir. Je cause avec les employés des Postes, de braves gens. Rencontré le sous-préfet…  vaseux comme toujours. Je vais jusqu’à la Mairie où je vois le Docteur Langlet, de mauvaise humeur plutôt, çà passera. Houlon, Raïssac, soucieux comme toujours, rencontré aussi Charlier, Honoré, qui protestent contre les pillages éhontés des troupes ; Cette nuit Honoré a presque été obligé de se battre avec ces saoulards.

Il a préparé un rapport pour la Place. Ce qu’il vient de me dire tout à l’heure a fait du bruit, qu’on en fusille quelques uns, que les officiers, au lieu de faire la noce avec des femmes tiennent leurs hommes cela n’en tarde que mieux, sinon il y aura des rixes et des bagarres. Certains ne parlent rien moins que de tirer sur les soldats quand ils en trouveraient en train de piller.

Je repasse chez Michaud prendre le Matin et l’Echo, puisque nous ne pouvons plus avoir de journaux du soir, ceux de Reims ne paraissant plus ! Le Courrier de la Champagne depuis quelques jours et l’Éclaireur de l’Est à partir de demain. Je redescends au commissariat du 1er canton, où stationne toujours la même foule d’émigrants, calmes, résignés. Pas un mot, pas un cri. Ces embarquements se font sans bousculade et sont parfaitement réglés et opérés par le Commissaire de Police Carret, son secrétaire et Camboulive. Je signale la conduite de M. Carret qui a été parfaite, homme de sang-froid et de tête. C’est le meilleur de nos commissaires de Police. Speneux, 3ème canton, un brave homme qui boit. Gesbert, 2ème/4ème canton, un policier qui ne se compromettra jamais, pas franc et auquel je ne me fierais pas. Le vrai type de policier cauteleux et fourbe. Je cause avec le brigadier Camboulive qui me dit qu’à chaque voyage on peut prendre 275 voyageurs, 25 par voiture. Il estime que pour le canton il y a déjà 2000 départs. J’entre chez Mme Regnault où j’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer, que je remets à une évacuée qui la mettra à la Poste à Épernay. Je repasse chez Melle Payart qui pleure, ainsi que sa compagne Melle Colin. Je ne sais que leur dire, c’est délicat de donner un conseil. Elles craignent un départ par ordre et filer à pieds. J’ai beau m’évertuer à leur dire que cela n’est pas possible d’après ce que je sais. Rentré pour déjeuner, j’écris des lettres, vers 2h je retourne à la Poste. Rien de nouveau. Le sous-préfet s’est installé dans le cabinet du Président, près du greffe de Commerce. Je pousse jusqu’à la Ville. Dans le cabinet du Maire Raïssac et Houlon. A peine entré le Général Lanquetot, commandant la Division, entre. Je me retire et attend qu’il soit parti. Quand il sort je cause quelques instants avec Houlon qui me dit que le Général venait dire au Maire : « Qu’il avait reçu l’ordre formel du Gouvernement de ne faire aucune évacuation par ordre ou par la force, que cette évacuation était laissée à l’initiative individuelle et de la municipalité qui pouvait, si elle voulait, user de persuasion et même de légère pression si bon lui semblait, mais que néanmoins (malgré le délai annoncé, 10 avril 1917 comme dernier délai de rigueur) il se tiendrait à la disposition de la municipalité pour leur fournir des automobiles militaires s’il y avait de nouveaux départs !… » Bref on laisse libre les habitants de rester ou de partir. C’est ce qu’on voulait.

Je demande à Houlon s’il a parlé au général des pillages de ces jours derniers et d’hier ? Non. Je le regrette, et lui signale la scène scandaleuse que j’avais vue hier après-midi sous le péristyle du Théâtre vers 3h1/2 à 4h en quittant l’abbé Camu, une 10aine (dizaine) de soldats du 410ème de ligne cantonnés là qui étaient ivres comme des Polonais. Ce n’était pas avec leur quart de vin qu’ils avaient pu se mettre dans cet état. Quand donc serons-nous débarrassés de ces gens-là. Il parait que ce matin, place des Marchés, devant chez Pingot, on trouvait des bouteilles de Champagne vides et pleines dans la rue… !!

En parlant d’évacuation, voyant 2 officiers d’intendance suivre 2 filles et chercher un refuge pour leurs amours de passage, je dis à Houlon et Charles : « Tenez, ce ne sera pas ces femelles-là qu’on évacuera ».

Ce sera plutôt des honnêtes gens comme nous ! Il était de mon avis. Il me demande de noter tout cela sur mes notes, car, ajouta-t-il, « on en aura besoin, ainsi que de votre témoignage après la Guerre. Vous avez été un témoin impartial parce que pas dans la municipalité, et vous pourrez dire ceux qui ont été courageux et ceux qui auront été lâches. Je le lui promets. En le quittant je repasse par l’archevêché, où je vis Mgr Neveux à qui je rapportais la déclaration du Général Lanquetot. Il me confirma que nul des prêtres de Reims n’avait songé à quitter la Ville, et que du reste Son Éminence avait donné ordre que chacun restât à son poste. Il n’y a que l’abbé Dardenne qui faisait l’intérim de Saint Jean-Baptiste, sa paroisse n’existant plus, à qui on a conseillé de partir. Je le quitte pour aller voir Melles Payart et Colin et leur dire ce que je viens d’apprendre sans commentaires. Je paie à Melle Payart les provisions qu’elles m’avaient remises ce matin, un jambon entouré, du sucre, du chocolat pour 29,35 F…  Nous causons, elles sont très hésitantes. Je rentre chez moi et me mets à ces notes. Vers 4h1/2, voilà mes braves filles Melles Payart et Colin souriantes, la bouche en cœur, ce ne sont plus les larmes de tout à l’heure, qui me déclarent ! Eh ! bien nous restons !! Alors je leur rendais leurs provisions. Je taquine Melle Payart et lui reproche de m’avoir mis l’eau à la bouche avec son jambon que je n’aurais même pas goûté…

Pourvu qu’elles aient une bonne inspiration et que rien ne leur arrive. Ce serait un remord de les avoir presqu’engagées à rester. Et puis surtout que nous soyons bientôt dégagés. On dit le communiqué très bon. Les Anglais auraient avancés de 3 à 4 kilomètres entre Arras et Lens, fait 5 à 6000 prisonniers dont 377 officiers, et quantité de matériels. Allons-nous avoir enfin la victoire…? Et pour nous la Délivrance. Délivrance à laquelle je n’ose presque plus croire ni penser.

8h soir  Vers 7h, Ovide, le gardien des maisons de Louis de Bary, vient de me prévenir que des soldats du 1er Génie, logés près de l’immeuble de la rue Lesage sont ivres morts, ayant pillé du vin soit chez la voisine, soit chez Louis de Bary. Je lui ordonne d’aller à la Place et de faire arrêter les pillards. 1h après il revient me dire que les gendarmes ont arrêté sous ses yeux 6 soldats du 1er Génie ivres. 3 qu’on est obligé de mettre dans une voiture, incapables qu’ils sont de pouvoir marcher, les 3 autres ont pu partir à pied ! J’écris cela à Raoul de Bary, mon co-séquestre, en le priant d’en référer à nos députés et au Ministre de la Guerre.

II faut que ces pillages honteux cessent, pillages tolérés pour ne pas dire suscités par les officiers. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela, non pas sévir contre le soldat, mais punir rigoureusement (peine de mort ou dégradation) l’officier ou le sous-officier immédiat de ces hommes. Deux ou 3 cas comme cela et les galonnés musèleront leurs soldats et les tiendront. Mais ces officiers immédiats en profitent et forcément ferment les yeux.

Ovide me disait que rue Pluche l’autre jour lors des incendies des soldats attendaient, cachés derrière les coins des rues que les pompiers fussent partis et que les décombres soient éteintes pour courir aux caves et les piller.

L’insistance de l’autorité militaire à vouloir faire partir les habitants est toute expliquée par ces quelques faits. C’est un soufflet pour eux dont ils ne se laveront jamais. Si je survis, mon témoignage vécu sera là pour le rendre plus retentissant, en plein jour, et en pleine lumière.

Je verrai demain si je n’aurais pas à écrire au Procureur de la République.

Nous sommes descendus en cave à 8h, les obus sifflaient, mais cela parait avoir cessé. Il est 8h25. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. Mes 3 Parques dorment déjà. Hélas ! Quand pourrais-je sortir des ce tombeau et reprendre un peu une vie humaine et civilisée, vie de bête traquée…  par la mort. Quelle vie, quel martyr, quelle agonie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 avril 1917 – Départ de ma sœur, Mme Montier, à 6 h, pour Châlons s/Marne. Au point de vue de son propre intérêt, de sa sécurité, c’est avec la plus grande satisfaction que je la vois s’éloigner de Reims.

Quelle va être dès aujourd’hui ma nouvelle organisation per­sonnelle ? Nous verrons. Pour le moment, je pense pouvoir, au pis aller séjourner provisoirement à l’hôtel de ville, où vivent déjà, jour et nuit, quelques employés, et lorsque l’heure est venue de me rendre au bureau, j’y transporte mes effets, déménagés de la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire un sac à main avec une musette con­tenant un peu de linge.

La mairie est encore une fois l’hôtel du plein air, avec ses grandes fenêtres où flottent les lambeaux du dernier calicot — posé déjà à trois ou quatre reprises, en remplacement des vitres. Il y fait froid ; temps de giboulées. Le vent enlève et fait voltiger les débris de matériaux.

La canonnade terrible qui tonnait au loin depuis plusieurs jours, redouble d’activité ; elle est assourdissante aujourd’hui, au point que, dans le bureau, nous ne nous comprenons pas en nous parlant à l’oreille. En même temps, le bombardement est toujours très dur et serré. Nous en arrivons vite à examiner la question de notre installation à demeure à l’hôtel de ville. Cullier décide d’y coucher dans la partie du sous-sol où ont déjà pris place des se­crétaires, inspecteurs, brigadiers ou agents de la police, ainsi que des employés ou appariteurs. Un emplacement m’y est réservé pour le cas où il me serait impossible de regagner, le soir, le n° 10 de la rue du Cloître, maison de mon beau-frère, où je crois pouvoir élire domicile à partir de demain.

Depuis le 6, c’est-à-dire en quatre jours, on compte une qua­rantaine de victimes civiles, qui doivent être enterrées d’une façon des plus sommaires, par les soins de M. Adam, employé à la So­ciété des Pompes Funèbres, resté seul à Reims, de ce service, ad­judicataire de l’entreprise des inhumations et aidé en cela par le petit groupe des courageux brancardiers volontaires, pour les pré­paratifs ou les formalités indispensables d’identification, avant l’acheminement vers le cimetière.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de paraître le 7, samedi dernier. Aujourd’hui, L’Éclaireur de l’Est, annonce, lui aussi, qu’il arrête sa publication.

— Après avoir dîné à la popote de la « comptabilité » je re­tourne aux caves hospitalières de la maison Abelé, où ma foi, je vais passer encore une nuit, pour répondre à l’offre aimable qui m’en avait été faite et que j’avais acceptée éventuellement, car il faut compter, surtout maintenant et de plus en plus, avec le peu de possibilité de circuler que les Boches ne se font pas faute d’inter­dire absolument, en faisant intervenir brutalement leur artillerie, d’un moment à l’autre. Chemin faisant, c’est avec surprise que je vois brûler, du haut en bas, l’hôtel Olry-Roederer, 15, boulevard Lundy, par suite, certainement de l’arrivée d’un obus incendiaire. Sans les crépitements produits par les flammes qui le dévorent, mon attention n’aurait pas été attirée à ma gauche, tandis que je traversais le boulevard pour gagner la rue Coquebert, car il n’y a même pas un curieux pour le regarder flamber.

La ville offre un aspect lugubre, celui des plus mauvais jours ; personne dans les rues. Les risques augmentent journelle­ment ; la population s’est réduite à vue d’œil. Reims est déserte comme elle ne l’a pas été encore. Ceux des habitants qui restent savent que les précautions, même les plus sérieuses sont insuffi­santes pour leur donner la moindre garantie, mais ils espèrent fermement que l’offensive dont on a parlé va bientôt les libérer et leurs espoirs sont d’autant plus tenaces, actuellement, que voilà deux ans et demi qu’ils les nourrissent en persistant dans l’opiniâ­treté.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 10 – Nuit moins terrible ; grande activité de notre grosse artille­rie. Les Allemands lancent moins de bombes. Aéroplanes dès le matin ; + 4°. A 8 h. matin, quelques bombes sifflent. Violent travail de notre artillerie sur Brimont (?). Dans l’après-midi bombes continuellement lancées par les Allemands sur… Dans la journée giboulées de grêle et de neige. Violents bombardements ; violente canonnade toute la nuit. Incendie place Godinot. Couché dans mon bureau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 avril

De la Somme à l’Aisne lutte d’artillerie et rencontres de patrouilles.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande sur nos positions, en face de Courcy, a échoué sous nos tirs de barrage. Au sud de cette localité, deux détachements ennemis ont été repoussés après un vif combat à la grenade.

Dans la région de Maisons-de-Champagne, nous avons réalisé quelques progrès.

L’armée britannique a attaqué l’ennemi sur un large front. Du sud d’Arras au sud de Lens, elle a pénétré partout dans les lignes ennemies, réalisant sur tout les points une progression satisfaisante. Vers Cambrai, elle a enlevé les villages de Hermies et de Boursies et pénétré dans le bois d’Havrincourt. Du côté de Saint-Quentin, elle s’est emparée de Fresnoy-le-Petit et avancé sa ligne au sud-est de Verguier. Le chiffre des prisonniers paraît considérable.

L’Allemagne se refuse à reconnaitre l’état de guerre entre elle et l’Amérique.

La république de Cuba, après avoir déclaré la guerre à l’empire germanique, a prescrit la saisie de tous les bâtiments allemands qui se trouvaient dans ses eaux.

Goutchkof a révoqué deux généraux responsables de l’échec russe du Stokhod.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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