Louis Guédet

Dimanche 10 juin 1917

1002ème et 1000ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La nuit a été calme. Temps brumeux gris, on se croirait en automne. Messe de 7h dite rue du Couchant par l’abbé Camu qui a fait un sermon sur la Fête-Dieu, exposant le contraste des fêtes d’antan et de celle (actuelle) d’aujourd’hui, où nous sommes là une 30aine (trentaine) à peine dans une chapelle en ruines, exposés à tous les vents. Quelle différence avec les foules qui se pressaient dans la Cathédrale, en ruines maintenant. Bref c’est une Fête-Dieu de Guerre.

Comme depuis les derniers bombardements on ne conservait conserve plus d’hosties dans le tabernacle à la fin de chaque messe, après durant cette semaine de Fête-Dieu où on fait un Salut. Le Salut terminé, une fidèle communie cette dernière hostie qui a servie pour le Salut. Je signale cette particularité à titre de souvenir documentaire sur la vie que nous menons ici. Tout est bouleversé, modifié…  même les usages irréfragables des cérémonies du Culte. Rentré à la maison, et pour tuer mon temps je me mets à faire un acte de modification de reprise de la société Houbart. Les dimanches m’effraient toujours à cause du désœuvrement qu’ils imposent.

6h1/2 soir  Après-midi été me promener, et comme but voir mon vieil expéditionnaire M. Millet pour lui demander deux signatures. Poste d’abord. Rencontré Lelarge, causé ensemble. Payen gendarme avec un sous-officier du 293ème sur le Pont-Neuf qui regardait des soldats se baigner tous nus dans le canal, devant des jeunes filles et des femmes (rayé)! Causé avec le susdit Payen de la Place, et il m’a confirmé que fin avril, le 28 ou le 29, le Commandant de Place, avec les (rayé) les (rayé) avait réquisitionné les caves Binet, ne se trouvant pas suffisamment à l’abri dans leurs caves et blindages de la Maison Georges Goulet rue Jeanne d’Arc, et signifiés aux femmes, enfants, hommes réfugiés dans ces caves (environ 80) d’avoir à vider les lieux pour s’y mettre à l’abri, eux. Tant pis pour ces malheureux s’ils devaient se faire tuer dehors !

Walfard-Binet que j’ai vu aussi m’a confirmé ce fait. Du reste, au 48, rue de Courlancy il y a une pancarte (ce froussard a la manie des pancartes, on ne prend jamais assez des précautions) indiquant que les bureaux sont là, puis transférés au 1 de la rue Dallier. Il parait que ces (rayé) couchent toujours dans ces caves du 46. Été à Mencière, vu Ravaud.

Le feuillet suivant a été supprimé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 juin 1917 – Fatigué et un peu affaibli de passer les nuits dans la cave de mon beau-frère, P. Simon-Concé — où je couche depuis le 11 avril dernier — j’ai décidé d’en remonter et de m’installer un lit dans son ancien bureau, au rez-de-chaussée, sur la rue du Cloître, au 10.

J’ai pu me procurer, dans une maison de meubles encore ou­verte, rue Colbert, un lit-cage que j’ai eu la possibilité de garnir avec de la literie mise obligeamment à ma disposition, lors de mon dernier voyage à Épernay ; je n’avais qu’à aller la chercher sur place à mon retour à Reims.

Ainsi, j’aurai la satisfaction de dormir à l’air, puisqu’il manque quelques vitres dans le local que j’ai choisi et je ne serai plus con­traint de vivre dans la cave que pendant la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 10 – + 16°. Nuit tranquille. Canonnade active vers 3 h. du matin du côté de l’est de Reims. Quelques bombes dans la journée, généra­lement paisible. 7 h. matin, aéroplanes. Visite du lieutenant de Maurel et d’un Docteur. Expédié lettre pour Auteuil.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Dimanche 10 juin

Nos batteries se sont montrées très actives dans la région au nord de Saint-Quentin.

Sur le chemin des Dames, les Allemands ont renouvelé leurs tentatives en divers points du front, depuis le sud de Filain jusqu’a l’est de Cerny, tandis que la lutte d’artillerie se poursuivait avec violence. Quatre attaques successives sur une de nos tranchées ont été brisées et dispersées au nord-est de Cerny. Deux coups de main au nord de la ferme Froidmont ont eu le même échec. L’ennemi a subi des pertes sensibles.

Les Allemands ont encore été repoussés au sud-est de Corbeny, au sud de Courcy et au bois des Chevaliers.

Les Anglais ont élevé le chiffre de leurs prisonniers à 6400 sur le front Messines-Wytschaete. Les Allemands ont lançé une puissante contre-attaque sur une largeur de 10 kilomètres entre Saint-Yves et le canal d’Ypres à Commines. Elle a totalement échoué. La lutte a été particulièrement vive à l’est de Messines et vers Klein-Zillebeke.

Plus au sud, nos alliés ont opéré avec succès du sud de Lens à la Bassée.

Au sud de la Souchez, ils ont pénétré jusqu’à plus de 800 mètres de profondeur, dans les lignes allemandes sur un front de 3500.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le Carso.

C’est le comte Esterhazy qui est maintenant chargé de former le cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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