Louis Guédet

Mercredi 31 janvier 1917

872ème et 870ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Toujours le même froid dur et glacial, des papillons de neige, beau soleil mais un peu embrumé. Je souffre vraiment du froid tant que ma chambre et mon bureau ne sont pas réchauffés. Travaillé ce matin, pas sorti. Reçu lettre de mon Robert qui me dit qu’il fit aussi froid à St Brieuc, et enfin que Rousseau de Taissy, dont j’ai obtenu l’allocation militaire pour ses parents, son maréchal des logis, est plus gentil avec lui et surtout au moins il le laisse tranquille. Il me dit qu’il ne pense pas partir au front avant mai. Dieu soit loué !! Si c’était fini seulement, malheureusement c’est peu probable. Je vais lui répondre.

…Après-midi sorti pour aller au Greffe civil et à l’Hôtel de Ville. Vu Houlon et Raïssac, causé entre autres choses de la brave femme rue de Strasbourg  82, chez qui on a trouvé 11 280 F d’or dans un fourneau, qui n’est pas encore enterrée. Elle est morte depuis 7/8 jours. Un chien ne la quitte pas et je viens de donner l’ordre qu’on l’abatte pour arriver au cadavre. A ce sujet je signalais à ces messieurs la conduite et les procédés peu…  corrects des employés des Pompes funèbres de la Ville qui poussent l’audace à venir vous demander qu’on leur paie les frais d’inhumation avant les obsèques !! C’est scandaleux !! si cette femme n’est pas encore enterrée, c’est que Adam est venu me voir et voulait que comme Juge de Paix, je lui assure le paiement des frais funéraires. Je l’ai envoyé coucher de la belle manière. J’ai dit à Raïssac qu’il fasse des observations bien senties à ce sujet. Rentré en pleurant, rencontré Guichard qui m’a entretenu de ma demande de domestique pour St Martin. Il me conseillait presque, à défaut de jeune homme, de prendre une forte jeune fille de la campagne qui serait plus facile à trouver et qui ferait facilement les travaux à faire chez mon Père. Je vais le proposer à ma pauvre chère femme. Cette fille pourrait ainsi rester chez mon Père après la Guerre. Comme je quittais ce brave Guichard, le canon se mit à tonner très fort vers Cormontreuil – St Léonard – La Pompelle, il était 4h1/4 juste et le combat continue avec une réelle intensité. Tout tremble dans la maison. C’est une attaque des allemands assurément. Nous, nous attaquons toujours le matin en général. Pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures. Mais cela tonne fort et il est 5h moins 10 et cela ne semble pas vouloir cesser. Mon Dieu que nous ayons la nuit tranquille !! Voilà où nous en sommes arrivés, à mendier une nuit de tranquillité. Quelle vie misérable ! que la nôtre. Gare ! hélas la contre-attaque de la nuit…  Je résiste si peu à ces émotions maintenant, surtout la nuit !!

8h1/2 soir  Oui ! la nuit ! Personne autre que ceux qui y auront passé sauront ce que c’est qu’une nuit de bataille ! d’alerte ! d’attente ! de Bombardement !! La nuit avec tous ces inconnus ! ses frayeurs ! ses transes ! A demi-endormis, somnolent, réveillés en sursaut ! Entendu les cris d’effroi au milieu du tonnerre du canon, des arrivées, des éclatements ! S’habiller à demi ! emporter ce qu’on a de plus précieux à sauver, allumer une lumière (un siècle !!) s’appeler ! tout le monde est-il descendu ! où êtes-vous ? que faites-vous ? Allons ! descendez ! vous êtes ridicule de vous exposer ainsi pour un rien, un colifichet !! vous habiller ? Descendez, vous vous habillerez ici.

Tous ces bruits, voix, cris ! réclamations ! appels, tout cela au milieu du fracas du canon, des obus qui sifflent ! éclatent, mitraillent ! défoncent !! démolissent ! broient ! incendient !!!!…  Et voilà ma vie depuis 30 mois !! C’est long ! C’est dur ! C’est affolant ! et l’on vit tout de même !…  Souffrir ! souffrir ! toujours, toujours ! Quand on pense que d’autres ne pensent qu’à se défiler, s’embusquer, jouir de la vie !…  Non ! c’est dur !! Et qu’est-ce cela auprès de ce qu’endurent et souffrent nos soldats, ceux qui se battent. Je ne parle pas des autres, qui ne songent qu’à se défiler (s’embusquer). Vraiment, Vaillamment…  dans la neige comme maintenant, par un froid épouvantable que je n’ai pas ressenti depuis 1895, 1888/1889 et 1870/1871. Non ! ces vaillants n’auront pas leur heure de réparation et ces freluquets, ces embusqués, ces lâches qui se réchauffent tout guilleret loin de toutes bombes et balles, ruines, etc…  dans des hôpitaux, des bureaux, des administrations de gestion de tout…  repos, ne reprenaient pas à leur tour et ne souffriraient pas aussi et pour leur lâche passé et pour l’avenir ?? Allons donc !!

Absence du feuillet 421, la première phrase a été recopiée par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1917 – Très forte canonnade, vers la Pompelle, au cours de l’après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille. – 7°. Neige nouvelle peu abondante. Visite de M. Chapey, avocat à Bourg-en-Bresse et gendre de M. Dupin. 4 h. violent combat à l’Est de Reims qui fait tomber mes vitres. Bombes sifflantes. Dans la nuit du 30 au 31 des bombes atteignent l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres. Attaques avec gaz asphyxiants aux Marquises par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 janvier

Entre Soissons et Reims, nous avons arrêté net par nos feux deux tentatives de coups de main ennemis, l’une dans le secteur de Soupir, l’autre dans la région de Beaulne.
Actions d’artillerie assez vives en Lorraine et sur quelques secteurs des Vosges.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque à la grenade, dirigée sur une de nos tranchées dans la région de la cote 304 a été brisée par nos feux sans autre résultat que des pertes pour l’ennemi.
En Haute-Alsace, nos batteries se sont montrées actives dans la région à l’est de Seppois.
Les Anglais ont effectué un coup de main au nord-est de Vermelles ; ils ont infligé de nombreuses pertes aux Allemands. Un autre raid dans la même région a également abouti à un succès complet.
Activité de l’artillerie de nos alliés au nord de la Somme et dans le secteur d’Ypres où ils ont provoqué un incendie.
Canonnade sur le front italien du Trentin.
Échec de plusieurs coups de main autrichiens en Giulie, au sud-est de Gorizia et sur le Carso. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Simples fusillades sur le front russe de Courlande.
Le chiffre des prisonniers capturés au nord-est de Jacobeni par les troupes de Broussiloff est de 32 officiers et de 1126 soldats; 12 mitrailleuses et 4 lance-bombes ont également été ramenés.
On annonce la mort de lord Cromer, ancien agent britannique au Caire.
Des troubles graves, causés par la disette, ont éclaté à Patras, en Grèce.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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