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Dimanche 24 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 24 février 1918                                         

1262ème et 1260ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris, triste comme les événements que nous traversons. Messe paroissiale de 8h1/2, la dernière dite rue du Couchant. Le Cardinal Luçon y assistait avec Mgr Neveux, l’abbé Compant, Brincourt (jeune prêtre ordonné à Reims le 29 juin 1916), Divoir, Haro. Dernière messe basse dite par l’abbé Camu, curé intérimaire, qui lui part de Reims, désigné avec l’abbé Lecomte pour tenir les archives et les affaires contentieuses de l’Archevêché à Port-à-Binson, au Prieuré de Binson. Il ne restera comme clergé Rémois que le curé de St Remy, M. Goblet, avec l’abbé Maitrehut comme aumônier de Roederer, le curé de St Jacques M. Frézet qui va devenir Cathédrale, le curé de Ste Geneviève, M. (en blanc, non cité, abbé Gayet). Les autres curés des autres paroisses vont être dispersés aux 4 coins de la France. Le pauvre cardinal reste avec Mgr Neveux et M. Compant. Voilà la dispersion qui commence. Pauvre Reims ! Les curés de St Maurice, St André, Ste Clothilde, St Benoit partent… Cette messe était lugubre.

Le cardinal a fait un discours fort triste et peu remontant… Nous étions une 40aine (quarantaine) de fidèles. Becker, Camuset, Melle Payart… Les derniers chants ont été dits par Boudin, l’abbé Haro et Melle Becker tenait l’harmonium. La chapelle de la rue du Couchant n’existe plus !! Encore une porte fermée.

Déjeuné chez M. Becker avec l’abbé Camu, l’abbé Haro et M. Camuset. Conversations tristes. Déjeuner d’adieu, comme si l’on allait faire un grand voyage et peut-être ne plus se revoir. Après-midi vu la Mère Supérieure de Roederer, qui va rester avec ses religieuses après avoir craint de partir. Vu Raïssac qui va aussi bien que possible, mais jamais il ne pourra reprendre la tête de notre Ville. Reims se désagrège, Reims meurt. Reims est morte. Dieu quelle épreuve. Reims martyre et sacrifiée. Et quand on songe à l’oubli où on la laisse. Paris s’amuse. Reims meurt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 24 février 1918 – Afin de me tenir prêt à toute éventualité, je profite de mon temps libre de ce dimanche, pour me rendre dans la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard, en vue d’y faire ce que comman­dent les circonstances. Je cherche d’abord les plus importants pa­piers de famille qui m’appartiennent et deviendraient nécessaires, en cas de départ. Dans le coffre en tôle, enterré depuis plus de trois ans au fond du jardin, où ils se trouvaient, je les remplace par un certain nombre de documents auxquels je tiens essentiellement, — puis je procède à l’inventaire des objets existant dans cette mai­son, garnie de mobilier, de linge, de literie, etc.

Le bombardement, qui avait commencé dès le matin et s’était ralenti, reprend très sérieusement le soir. Nous apprenons, en dînant à la popote, que l’agent de police Bornet vient d’être ramené à la mairie, après avoir été blessé place de la République.

La réception des ordres de départ, ce matin, a provoqué un gros émoi parmi la population.

A la suite de ses communications des deux jours précé­dents, qu’il reproduit, L’Éclaireur ajoute aujourd’hui ceci :

Avertissement officiel

Les personnes de tout âge, sexe ou condition, qui n’ont pas été déclarées au recensement fait ces jours-ci, doivent se faire inscrire par la police, sous trois jours, et fournir la ré­ponse à toutes les questions spécifiées.
Celles qui n’auraient pas satisfait à cette prescription avant le 28 février, comme celles qui n’auraient pas déféré à un ordre individuel d’évacuation, seront saisies par l’autorité militaire, qui leur appliquera les sanctions prévues par les lois et arrêtés.

La commission municipale

*

Les personnes qui seraient disposées à quitter la ville, bien que ne recevant pas d’ordre individuel d’évacuation, pourront se faire inscrire à l’hôtel de ville et tous les moyens de transport leur seront assurés.

La Commission municipale

*

Par ordre du Gouvernement, la ville de Paris est actuel­lement interdite comme lieu de refuge ; aucune allocation ne pourrait y être établie.

La Commission municipale

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 24 – + 10°. Messe des Adieux, chapelle du Couchant. Allocution aux partants, évacués d’office. A 2 h., Chapelet et Salut. Visite d’un commandant cantonné à Champfleury, du 3e Corps Colonial(1), je crois, de la Division de Reims, à Cormontreuil, Champfleury. On me ferme mes fenêtres avec de la toile, pour remplacer les vitres. Visite d’adieu à M. Blaize, qu’on emmène à Ay, dans une automobile fournie par M. Guichard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il s’agit plutôt du 1er Corps d’Armée colonial.

Dimanche 24 février

Au nord de l’Ailette, nous avons effectué une incursion hardie jusqu’aux abords de Chevregny et ramené du matériel et vingt-cinq prisonniers dont deux officiers.
En Champagne, nos détachements ont pénétré également dans les tranchées ennemies. Une dizaine de prisonniers est restée entre nos mains.
Sur le front britannique, les troupes écossaises ont réussi un raid près de Monchy-le-Preux. Elles ont fait quelques prisonniers. Les patrouilles à l’est de Wytschaete ont également fait des prisonniers.
L’artillerie ennemie s’est montrée active aux environs de la route de Menin et au sud de la forêt d’Houthulst.
Sur tout le front italien, la lutte d’artillerie a été modérée et les groupes explorateurs ont été assez actifs des deux côtés.
Des patrouilles anglaises ont fait quelques prisonniers.
Un détachement ennemi, qui tentait de s’emparer d’un petit poste au fond du val Brenta, a été rejeté après un vif combat.
Un avion ennemi a été abattu près de Cesimon. Deux autres sont tombés près de Silgaredo.
Les Anglais, après avoir occupé Jéricho, ont continué a progresser et pris une tête de pont du Jourdain.
Les aviateurs Garros et Marchal se sont évadés d’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 10 décembre 1917

Paul Hess

10 décembre 1917 – Beau temps. Tir sur aéros.

Les « saucisses » ont fait leur réapparition, de part et d’autre, sur les lignes. Canonnade sérieuse de temps en temps.

Au cours de la nuit, entendu passer et repasser des avions, à plusieurs reprises.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 10 – + 2°. Nuit tranquille. Visite à M. le Doyen de Saint-Jacques et au Colonel Coignard du 108e, rue Jeanne d’Arc. A 8 h., violente canon­nade française. Mademoiselle Jeanne Givelet tuée à Cormontreuil par un obus tiré contre avion. Elle revenait de l’église, où elle était allée remettre l’ordre et nettoyer, lorsque l’obus l’atteignit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 31 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 31 janvier 1917

872ème et 870ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Toujours le même froid dur et glacial, des papillons de neige, beau soleil mais un peu embrumé. Je souffre vraiment du froid tant que ma chambre et mon bureau ne sont pas réchauffés. Travaillé ce matin, pas sorti. Reçu lettre de mon Robert qui me dit qu’il fit aussi froid à St Brieuc, et enfin que Rousseau de Taissy, dont j’ai obtenu l’allocation militaire pour ses parents, son maréchal des logis, est plus gentil avec lui et surtout au moins il le laisse tranquille. Il me dit qu’il ne pense pas partir au front avant mai. Dieu soit loué !! Si c’était fini seulement, malheureusement c’est peu probable. Je vais lui répondre.

…Après-midi sorti pour aller au Greffe civil et à l’Hôtel de Ville. Vu Houlon et Raïssac, causé entre autres choses de la brave femme rue de Strasbourg  82, chez qui on a trouvé 11 280 F d’or dans un fourneau, qui n’est pas encore enterrée. Elle est morte depuis 7/8 jours. Un chien ne la quitte pas et je viens de donner l’ordre qu’on l’abatte pour arriver au cadavre. A ce sujet je signalais à ces messieurs la conduite et les procédés peu…  corrects des employés des Pompes funèbres de la Ville qui poussent l’audace à venir vous demander qu’on leur paie les frais d’inhumation avant les obsèques !! C’est scandaleux !! si cette femme n’est pas encore enterrée, c’est que Adam est venu me voir et voulait que comme Juge de Paix, je lui assure le paiement des frais funéraires. Je l’ai envoyé coucher de la belle manière. J’ai dit à Raïssac qu’il fasse des observations bien senties à ce sujet. Rentré en pleurant, rencontré Guichard qui m’a entretenu de ma demande de domestique pour St Martin. Il me conseillait presque, à défaut de jeune homme, de prendre une forte jeune fille de la campagne qui serait plus facile à trouver et qui ferait facilement les travaux à faire chez mon Père. Je vais le proposer à ma pauvre chère femme. Cette fille pourrait ainsi rester chez mon Père après la Guerre. Comme je quittais ce brave Guichard, le canon se mit à tonner très fort vers Cormontreuil – St Léonard – La Pompelle, il était 4h1/4 juste et le combat continue avec une réelle intensité. Tout tremble dans la maison. C’est une attaque des allemands assurément. Nous, nous attaquons toujours le matin en général. Pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures. Mais cela tonne fort et il est 5h moins 10 et cela ne semble pas vouloir cesser. Mon Dieu que nous ayons la nuit tranquille !! Voilà où nous en sommes arrivés, à mendier une nuit de tranquillité. Quelle vie misérable ! que la nôtre. Gare ! hélas la contre-attaque de la nuit…  Je résiste si peu à ces émotions maintenant, surtout la nuit !!

8h1/2 soir  Oui ! la nuit ! Personne autre que ceux qui y auront passé sauront ce que c’est qu’une nuit de bataille ! d’alerte ! d’attente ! de Bombardement !! La nuit avec tous ces inconnus ! ses frayeurs ! ses transes ! A demi-endormis, somnolent, réveillés en sursaut ! Entendu les cris d’effroi au milieu du tonnerre du canon, des arrivées, des éclatements ! S’habiller à demi ! emporter ce qu’on a de plus précieux à sauver, allumer une lumière (un siècle !!) s’appeler ! tout le monde est-il descendu ! où êtes-vous ? que faites-vous ? Allons ! descendez ! vous êtes ridicule de vous exposer ainsi pour un rien, un colifichet !! vous habiller ? Descendez, vous vous habillerez ici.

Tous ces bruits, voix, cris ! réclamations ! appels, tout cela au milieu du fracas du canon, des obus qui sifflent ! éclatent, mitraillent ! défoncent !! démolissent ! broient ! incendient !!!!…  Et voilà ma vie depuis 30 mois !! C’est long ! C’est dur ! C’est affolant ! et l’on vit tout de même !…  Souffrir ! souffrir ! toujours, toujours ! Quand on pense que d’autres ne pensent qu’à se défiler, s’embusquer, jouir de la vie !…  Non ! c’est dur !! Et qu’est-ce cela auprès de ce qu’endurent et souffrent nos soldats, ceux qui se battent. Je ne parle pas des autres, qui ne songent qu’à se défiler (s’embusquer). Vraiment, Vaillamment…  dans la neige comme maintenant, par un froid épouvantable que je n’ai pas ressenti depuis 1895, 1888/1889 et 1870/1871. Non ! ces vaillants n’auront pas leur heure de réparation et ces freluquets, ces embusqués, ces lâches qui se réchauffent tout guilleret loin de toutes bombes et balles, ruines, etc…  dans des hôpitaux, des bureaux, des administrations de gestion de tout…  repos, ne reprenaient pas à leur tour et ne souffriraient pas aussi et pour leur lâche passé et pour l’avenir ?? Allons donc !!

Absence du feuillet 421, la première phrase a été recopiée par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1917 – Très forte canonnade, vers la Pompelle, au cours de l’après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille. – 7°. Neige nouvelle peu abondante. Visite de M. Chapey, avocat à Bourg-en-Bresse et gendre de M. Dupin. 4 h. violent combat à l’Est de Reims qui fait tomber mes vitres. Bombes sifflantes. Dans la nuit du 30 au 31 des bombes atteignent l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres. Attaques avec gaz asphyxiants aux Marquises par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 janvier

Entre Soissons et Reims, nous avons arrêté net par nos feux deux tentatives de coups de main ennemis, l’une dans le secteur de Soupir, l’autre dans la région de Beaulne.
Actions d’artillerie assez vives en Lorraine et sur quelques secteurs des Vosges.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque à la grenade, dirigée sur une de nos tranchées dans la région de la cote 304 a été brisée par nos feux sans autre résultat que des pertes pour l’ennemi.
En Haute-Alsace, nos batteries se sont montrées actives dans la région à l’est de Seppois.
Les Anglais ont effectué un coup de main au nord-est de Vermelles ; ils ont infligé de nombreuses pertes aux Allemands. Un autre raid dans la même région a également abouti à un succès complet.
Activité de l’artillerie de nos alliés au nord de la Somme et dans le secteur d’Ypres où ils ont provoqué un incendie.
Canonnade sur le front italien du Trentin.
Échec de plusieurs coups de main autrichiens en Giulie, au sud-est de Gorizia et sur le Carso. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Simples fusillades sur le front russe de Courlande.
Le chiffre des prisonniers capturés au nord-est de Jacobeni par les troupes de Broussiloff est de 32 officiers et de 1126 soldats; 12 mitrailleuses et 4 lance-bombes ont également été ramenés.
On annonce la mort de lord Cromer, ancien agent britannique au Caire.
Des troubles graves, causés par la disette, ont éclaté à Patras, en Grèce.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 20 septembre 1916

Louis Guedet

Mercredi 20 septembre 1916

739ème et 737ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps de pluie maussade. Un peu de canon hier soir (10 minutes) Allocations militaires ce matin. Rien de saillant. Quelques demandes absurdes comme toujours. Vu au commissariat central mes procès en simple police pour examiner 2 cas d’arbitraire et de force brutale des Gendarmes de la Prévôté qui recommencent sans doute à vouloir nous molester…  Un cocher (Hentz) conduisant une femme et ses enfants à Cormontreuil est arrêté par un Gendarme de la Prévôté, rue Ledru-Rollin, devant l’église Sainte-Clotilde. Il demande leurs passeports à la femme et au cocher ; ce dernier dit qu’il va bien conduire sa cliente à Cormontreuil, mais qu’il n’a pas de laissez-passer pour aller à cette localité. Devant l’observation du Gendarme qui prétend (étant encore sur le territoire de Reims) qu’il est en contravention et qu’il lui dresse un procès-verbal (sur Reims, et non sur Cormontreuil) ! Le cocher débarque sa cliente et retourne en Ville ! Ainsi voilà un gendarme qui a fait un procès à un homme qui se disposait à commettre une infraction (soit), mais ne l’a pas perpétrée ! Ce serait grotesque si ce n’était odieux.

Même aventure est arrivée au Docteur Simon qui, appelé à Tinqueux pour un cas urgent de malade, est arrêté au Pont de Muire par le même gendarme qui lui demande son laissez-passer. Le Docteur lui répond qu’appelé d’urgence pour sa profession, il n’a pas eu le temps de faire renouveler son passeport expiré de la veille. Sur l’observation du gendarme il déclare retourner chez lui et renoncer à secourir sa malade. Le Gendarme dresse quand même un procès-verbal « pour usage de laissez-passer périmé !! » Où et quand !! et il a la naïveté de consigner dans son procès la déclaration du Docteur Simon qu’il renonce à aller à Tinqueux !

Pour ces brutes les intensions sont prises pour des faits accomplis !!! C’est honteux. J’ai déclaré au Commissariat Central que s’il n’obtenait pas une sanction du major de la Place contre de tels abus provoqués par les Capitaines de Gendarmerie Girardot et Théobald, j’en réfèrerais au Ministère de la Guerre. Il faut que cela finisse.

Que ces brutes aillent dans les tranchées, cela vaudrait mieux !…  et qu’ils laissent la Paix à notre malheureuse population.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 20 – + 7°. Nuit tranquille. Allocution à la Messe des soldats du 403e (1), Chapelle de l’École Professionnelle S.J.B. de la Salle. Visite de M. l’abbé Saunier. Visite de M. de Gailhard Baucel et du Colonel de Halgouet.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les régiments d’Infanterie de la série des « 400 » sont des régiments créés pendant la guerre et qui n’eurent qu’une existence éphémère

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Mercredi 20 septembre

Le mauvais temps a gêné les opérations sur la plus grande partie du front de la Somme. Rien à signaler en dehors d’une assez grande activité d’artillerie sur les deux rives de la Somme et sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur Fleury-Vaux-Chapitre.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie. Les pièces belges ont pris violemment à partie les pièces de l’adversaire.
Sur le front britannique, la situation générale est demeurée sans changement. Activité d’artillerie au sud de l’Ancre. Une attaque allemande sur les tranchées à l’est de Martinpuich a été aisément repoussée. Un ballon allemand a été abattu à l’est de Ransart. Un dépôt de munitions allemand a explosé sous le feu anglais.
Les Russes livrent d’âpres combats sur la Zlota-Lipa.
Les Roumains ont dû reculer quelque peu devant des forces supérieures dans la vallée du Strechu (Transylvanie). Ils ont refoulé, dans la Dobroudja, deux attaques des troupes de Mackensen.
La progression franco-russo-anglo-italo-serbe s’accentue sur le front de Macédoine.
La garnison de Volo s’est révoltée et a opté pour le comité de défense nationale de Salonique.
Combats d’artillerie sur tout le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 25 juin 1916

Cardinal Luçon

Dimanche 25 – + 15°. Nuit tranquille. Pas dit la messe. Mgr Neveux réunit à la crypte de Montmartre, dans la chapelle dédiée à saint Remi, à 7 h. 1/2, 1500 de nos réfugiés de l’Union Remo-Ardennaise à Paris ; il confirme demain à Meaux au Petit Séminaire. Je n’ai pu faire la Confirma­tion à Cormontreuil. 4 h. canons français, bombes allemandes ripostent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cormontreuil


Dimanche 25 juin

Le combat a continué avec violence sur la rive droite de la Meuse. Nos contre-offensives nous avaient permis de reprendre, dans la région de la cote 321 et de la cote 320, une grande partie du terrain perdu et de refouler l’ennemi jusqu’aux abords de l’ouvrage de Thiaumont. Mais à son tour, l’ennemi a pu pénétrer dans quelques maisons du village de Fleury. La lutte a été très vive aussi dans les secteurs du bois de Fumin et du Chenois. Les Allemands ont engagé contre nous plus de six divisions.
Sur la rive gauche de la Meuse, la journée a été relativement calme, sauf dans la région de la cote 304 où nos positions ont été bombardées par un tir lent et continu.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
La bataille continue très dure entre Russes et Allemands dans la région comprise entre Loutsk et Vladimir-Volynski. Nos alliés ont conquis les deux tiers de la Bukovine et Pflanger est acculé aux Carpathes et à la frontière roumaine.
L’armée grecque a été complètement démobilisée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 3 juin 1915

Paul Hess

Des obus sifflent à 10 h 45.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 3 – Nuit un peu bruyante. Entre minuit et 2 h, gros canons, bombes nombreuses, sifflantes, tombant précipitamment (autrichiennes), mais au loin. Je les ai entendu tomber, éclater en même temps que siffler. 11 h bombes allemandes.

Visite à l’Asile Petites Sœurs des Pauvres. Fête militaire charmante : 6 h bombes. 6 h aéroplanes allemands ; 7 h aéroplanes français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 3 rien de nouveau le 4 et le 5 nous allons en barque jusqu’au moulin, le matin nous avons entendu une distribution d’obus sur Cormontreuil, Trois-Puits et Mailly. Par chez nous, un arbre est tombé dans le canal,

ils tirent sur la batterie qui est à St Léonard

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Jeudi 3 juin

Nous avons enlevé de nouvelles tranchées dans le Labyrinthe, au sud de Neuville, et un groupe de maisons à Neuville même. Les Allemands ayant contre-attaqué ont été goureusement repoussés.
Entre le 9 mai et le 1er juin, la division française qui s’est rendue maîtresse de Carency, d’Ablain Saint-Nazaire, du moulin Malon et de Souchez a fait 3.100 prisonniers et enterré 2600 cadavres allemands. Elle a perdu 3.200 hommes, dont les deux tiers sont des blessés légers.
Les troupes britanniques ont progressé près de Zonnebecke, en Flandre. En Champagne, nous avons refoulé une attaque près de Beauséjour. Aux lisières du bois Le Prêtre, nous avons enrayé deux autres attaques.
La flotte italienne a parcouru l’Adriatique et visité l’archipel dalmate sans avoir rencontré la flotte autrichienne.
Les Russes ont repoussé les Allemands avec de grosses pertes pour-ces derniers, hors d’un des fortins de Przemysl qu’ils avaient occupé. Une grande bataille se livre près de Strij.
Nos alliés ont fait, au cours des dernières journées, plus de 10000 prisonniers en Galicie orientale.
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Lundi 31 mai 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille ; canon français 8 à 9 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 31 ils partent à Cormontreuil,

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Lundi 31 mai
Avance des troupes françaises à Pilleken (Belgique), vers Ablain, dans la région de Lorette, au bois Le Prêtre, au Schnepfenrieth, en Alsace. Dans la région de Chavli, les Russes ont largement progressé et les Allemands battent en retraite désordonnée. Les Allemands ont également reculé et subi des pertes énormes aux abords de la vallée du San. Leurs attaques ont été vigoureusement repoussées, depuis le grand marais du Dniester jusqu’à Doliena. Sur la Lomnitza, les Russes ont fait 3200 prisonniers, dont 72 Officiers. En Arménie, ils ont occupé après Van, Ourmia. L’armée italienne qui marche sur le Trentin s’est rendue maîtresse de plusieurs points de la route de Brescia à Riva. Elle a enlevé un fort autrichien au nord du plateau d’Asiago. C’est l’archiduc Eugène qui prend le commandement en chef des forces autrichiennes de ce côté. Les alliés ont avancé de deux kilomètres dans la presqu’île de Gallipoli. La note de l’Allemagne est parvenue aux États-Unis. On dit que M. Wilson ne se contentera pas d’une réponse évasive et qu’il réclamera la cessation de la piraterie navale à l’égard des navires américains. Il est maintenant avéré, au dire des experts, que le Nebraskan a été torpillé. 
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