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Mardi 5 mars 1918

Louis Guédet

Mardi 5 mars 1918
St Martin

1271ème et 1269ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, le dégel. Je vais le matin à Songy porter une dépêche pour le Procureur, afin qu’il fasse mettre en sûreté l’argenterie de la Chambre des notaires que j’ai oubliée d’emporter. Durant l’après-midi je range, je classe, je m’organise pour travailler et rattraper mon retard de 15 jours car il ya eu ce temps où je ne pu rien faire. Je suis toujours bras et jambes cassés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1918 – Bombardement serré dès le matin — 4 h 1/2.

Le total des évacuations à ce jour, est de 2 035, dont 120 pour aujourd’hui.

Violent bombardement par obus à gaz et à plusieurs re­prises, dans la soirée. Environ 1 000 obus, pour la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 2°. Nuit tranquille. Journée assez tranquille. Avions. Quelques coups de canon. Visite dans les rues, vers l’Hôpital Général. Vu M. Guichard. Visite aux Sœurs de l’Espérance, rue Chanzy. Visite d’adieu de Mlle Grandel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hôpital civil


Mardi 5 mars

Lutte d’artillerie dans les régions de Beaumont et de Bezonvaux, ainsi qu’en Haute-Alsace, au Ban-de-Sapt et à l’est de Largitzen.
A l’est de la Meuse, nous avons exécuté, malgré une tempête de neige, un large coup de main sur les organisations ennemies à la tranchée de Calonne. Nos troupes ont pénétré jusqu’à la quatrième ligne allemande sur un front de 1200 mètres et une profondeur atteignant 500 mètres en certains points.
Au cours de ce coup de main, une contre-attaque ennemie lancée sur notre flanc gauche a été repoussée après un vif combat qui a coûté des pertes importantes à nos adversaires. Le chiffre des prisonniers dénombrés dès le premier moment dépasse 150. Nous avons également ramené du matériel. Nos pertes sont légères.
Au nord-ouest de Bezonvaux, un coup de main allemand a échoué. D’autres ont échoué en Lorraine, dans la région de Parroy, vers Neuvillers et vers Bures et Vého.
En Haute- Alsace, nous avons arrêté une tentative ennemi.
Les Anglais out effectué avec succès un certain nombre de coups de main. Les Australiens ont pénétré dans les tranchées allemandes à Warneton, tuant une cinquantaine d’hommes, ramenant onze prisonniers.
Les troupes de Middlesex ont abordé les positions ennemies au nord de Passchendaele et ramené des prisonniers.
Un raid allemand a échoué au sud de Saint-Quentin.
Lutte d’artillerie et fusillade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 8 mai 1917

Louis Guédet

Mardi 8 mai 1917

969ème et 967ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps de pluie, d’ondées, lourdes. Quelques bruits de bataille et bombardement, situation stagnante ! Bref nous voilà remis aux temps indéterminés avec tous les carnages accoutumés. Je me décide donc à partir vendredi. Tout cela me dégoute, je vais me reposer, je suis exténué.

Courrier assez volumineux. Une femme (m’enguirlande) parce que je ne lui envoie pas le solde de son livret de Caisse d’Épargne, soit une centaine de francs, et il m’est peut-être dû plus comme défausses…  Je vais la prier de venir chercher son compte et son argent, cela la refroidira et je serai tranquille jusqu’à la fin de la Guerre, et j’y perdrai encore mes honoraires et excédant de frais je parie !!

Commandé ma voiture pour vendredi 5h1/2 matin, arriverai à Épernay vers 9h, verrai à mes coffres, le Procureur, etc…  repartirai à 10h09 ou 11h09, passerai voir André à Châlons et reprendrai le train de 3h3/4 pour St Martin. De là été Ville, vu le Maire, de Bruignac, je les préviens de mon absence, ils me remettront des lettres jeudi s’il y a lieu…  Vu l’abbé Camu en passant, qui me dit ce que je savais en partie (et lui ignore le reste en ce qui me concerne et Houlon), proposition pour la Légion d’Honneur par le Maire et Lenoir de : Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais (!), Dramas (!) (de l’Éclaireur de l’Est), Dr Harman (il ne l’a pas volée), capitaine Geoffroy, des Pompiers de Paris, et Mgr Luçon. Rentré chez moi, écrit lettres, et longue la fin de la journée, pluvieuse, nuageuse, triste et froide car il faut descendre en cave !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

8 mai 1917 – Bombardement. Shrapnells à midi, vers le centre et la place des Marchés.

Dès 9 h 1/2, ce jour, M. Martin, secrétaire général de la sous-préfecture, me prévient dans la cave où nous travaillons (6, rue de Mars) que M. le sous-préfet, délégué à cet effet, m’attend pour recevoir le serment que je devais prêter devant le préfet, en qualité de directeur-caissier du mont-de-piété.

Nous avions vu, le matin même, M. Bailliez, sous-préfet de Reims, venir prendre place dans le petit caveau où se tiennent les membres de l’administration municipale.

Je me présente, avec mon arrêté de nomination et la quittance justifiant du versement du cautionnement auquel je suis assujetti. M. Bailliez est installé à une petite table, face au mur. Il jette un coup d’œil sur mes pièces et lit la formule du serment, rédigée sur timbre, puis me dit :

« Levez la main droite et dites : Je le jure.
– Je le jure.
– La cérémonie est terminée, ajoute-t-il. Je vous ferai remettre le procès-verbal quand il aura été enregistré. »

Formalité administrative que doit suivre encore, maintenant, la remise du service par le receveur des finances — quand elle sera possible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 8 – + 13°. Nuit tranquille à Reims. Matinée calme jusqu’à 11 h. 30. A 11 h. 45, bombes sèches près de nous. Bombardement après-midi, place Luton, à la charité. Visite aux blessés civils et militaires de la Charité. Rencontre de M. Guichard. L’Aumônier de la 152e division avec un Capitaine, décoré de la Légion d’Honneur du matin, venaient m’inviter à aller voir leurs soldats. Mais ils s’en vont de Gueux à Berméricourt. Souscription dans la Croix de l’Ain – remerciements à M. Covert (Recueil, p. 123).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 8 mai

Au cours de la journée, l’ennemi n’a pas renouvelé ses tentatives dans la région au nord du moulin de Laffaux et sur le chemin des Dames. La lutte d’artillerie s’est poursuivie avec violence, notamment vers Hurtebise et dans le secteur de Craonne, où nos troupes ont consolidé leurs positions sur le plateau de Californie. Au dire des prisonniers faits sur cette partie du front, quatre régiments frais, qui ont participé aux attaques infructueuses sur ce plateau, ont subi de très grosses pertes.
Au nord-ouest de Reims, nous avons réussi une opération de détail qui nous a permis d’élargir sensiblement nos positions au sud de Sapigneul. Une centaine de prisonniers, dont deux officiers, sont restés entre nos mains.
Sur le front britannique, l’ennemi a, par trois fois, contre-attaqué les positions de nos alliés au sud de la Souchez. La première vague, qui a réussi à atteindre la pente en avant des tranchées, a été détruite par les feux d’infanterie et de mitrailleuses. Les autres ont dû refluer en désordre. Pas un Allemand n’est parvenu jusqu’à nos alliés.
En Macédoine, nos troupes, de concert avec les contingents venizelistes, ont occupé les avancées ennemies sur un front de 5 kilomètres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 3 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 3 avril 1917

934ème et 932ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tempête de vent et de pluie toute la nuit qui m’a réveillé vers 3h du matin, mais je n’ai pas entendu à 1h du matin les bombes qui seraient tombées à proximité. Je ne sais encore où. Il faut. J’étais exténué de fatigue et de manque de sommeil. Il parait que dimanche il serait tombé 2048 obus ! Hier avant midi on en comptait plus de 600. Finiront-ils ? Tout le monde part. C’est la panique habituelle conséquence de tels bombardements. Mais je crois qu’en 1914, nous n’en n’avions jamais reçus autant en une seule journée, si c’était leurs P.P.C. on oublierait bien volontiers…  mais !…

6h1/2 soir  Voici exactement le nombre d’obus lancés sur la ville hier. 3ème canton 1200, 2ème canton 623, 4ème canton 438 environ, soit environ 2200 à 2500 obus ? Aujourd’hui même sérénade, si cela continue ils ne laisseront rien de la ville. Des victimes. Vu Dondaine qui évacue sa femme et son fils à Épernay demain. 2 obus sont tombés dans une maison voisine de la leur, portant le n°97, rue Ste Geneviève, leur cassant tous leurs carreaux.

A 1h1/2 j’avais simple police, 7 nouvelles affaires, 5 anciennes. Speneux mon ministère public, commissaire de police du 3ème canton, est arrivé avec 1h de retard, nous avons donc ouvert la séance à 2h1/2  / 3h. 3 personnes sont venues (un gendarme comme témoin et une femme et son gamin, jet de pierre). La séance a été vite enlevée, d’autant que çà tapait dur et que Speneux était encore émotionné des 210 qui tombaient dans son quartier en venant. Il n’a pas voulu fixer de séance pour le 1er mai 1917 !!!

Ce qu’ils sont froussards !!!

J’apprends au Palais que la Grande Poste qui était au Pont de Muire et qui bombardée s’était réfugiée il y a 8 jours rue Martin Peller, aux Écoles, rebombardée, se réinstalle au Palais dans la salle de correctionnelle près du cabinet où se tenait M. Bossu, Procureur de la République. Le sous-préfet, lui, s’installe dans la crypte !! J’ai vu un des chefs de service de la Poste, il tremblait et était vert. Il a osé me dire : « Oh ! mais c’est la dernière fois que nous déménageons, et si nous sommes bombardés nous quitterons Reims ».

En sortant du Palais, je vais à l’Hôtel de Ville où je vois entrer derrière moi M. Chapron, le Préfet de la Marne (André Chapron est resté Préfet de la Marne de 1907 à 1919). Il y a réunion dans le cabinet du Maire avec le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, le Général Lanquetot, Régnier sous-préfet de Reims et Chapron. C’et pour s’entendre sur l’évacuation de la population inutile. J’irai demain à la Ville, et je saurai de quoi il retourne. Rentré sous le canon, il était temps que je quitte l’Hôtel de Ville, car il est tombé des obus tout proche quelques instants après que j’étais parti, rue Henri IV notamment, des victimes.

En rentrant, j’avais cette impression assez singulière…

Le bas de la page a été découpé.

Je suis à bout de nerfs. Je me sens bien délabré. Des avions français nous survolent en ce moment. Il y a au moins 15 jours/ 3 semaines que nous n’en avions vu un seul. Depuis ces 3/4 derniers jours de bombardement intensif nos canons n’ont pas répondu. Enfin les voilà qui tonnent, cela me réconforte un peu. Des obus allemands sifflent très haut…  en réponse. Mais que c’est triste d’être bombardé, de recevoir une pluie de mitraille sans entendre les nôtres répondre !!

Reçu lettre fort triste de ma pauvre femme et affolée aussi, elle me dit que des employés de la Préfecture de la Marne vont dans nos pays et environs de St Martin demander aux Maires des locaux pour loger 30 000 réfugiés !!…  Rémois !!!  et nous sommes ici 17 000 !!! Je lui réponds pour la tranquilliser. Robert a quitté le 29 ou le 30 mars Nanteuil-la-Fosse, en sorte que toute ma déconvenue d’hier est consolée un peu puisque je ne l’aurais plus trouvé là. Il serait remonté vers Berry-au-Bac. Pauvre Petit !! que Dieu le protège !! Jean pense quitter Fontainebleau le 6 ou 7 courant. Je vais donc partir ou samedi ou lundi à St Martin. Je vais écrire à mon Procureur de la République pour lui demander de me donner une réquisition me permettant de rentrer à Reims quand je voudrai, coûte que coûte. Je tiens à être là au moment de l’attaque, des dangers, au milieu de mes justiciables. C’est mon Devoir et mon Droit.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 avril 1917 – Nouveau bombardement furieux toute la journée.

Dans l’après-midi, à 16 h 1/4, nous devons interrompre le travail et quitter le bureau de la « comptabilité », des obus éclatant derrière l’hôtel de ville.

Lorsque les camarades se sont levés, pour aller s’abriter ailleurs, je les ai suivis jusqu’à la porte, puis, me ravisant je suis revenu à ma place, avec l’idée de les rejoindre tout à l’heure, la pensée m’étant venue que je pourrais essayer de profiter du mo­ment libre, pour mettre mes notes au point. Je les ai quelque peu négligées par les bombardements répétés et assez déprimants de ces jours derniers ; je ne voudrais pas rattraper mon retard en ins­crivant simplement à la fin de la semaine « Bombardements très violents », ce qui serait exact, certes, mais ne me donnerait satisfac­tion que s’il s’agissait d’en terminer, en mettant vite le point final au récit de nos misères. S’il m’est donné plus tard de revoir mes car­nets, je tiens à y retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous aura fallu traverser, car lorsqu’il m’arrive de jeter un coup d’œil sur leur contenu, je suis surpris moi-même, de revivre bien des instants de notre existence à Reims, qui seraient oubliés si je ne les y avais notés. Un obus chasse l’autre, et avec les distribu­tions qui nous sont prodiguées…

Je suis donc encore très absorbé quand j’entends, dans le couloir, la conversation de quelques employés qui réintègrent le secrétariat, maintenant que c’est fini. Je reconnais ensuite le pas de Guérin, revenant, lui aussi, d’une station de trois quarts d’heure ou une heure peut-être au sous-sol, car la séance, comme beaucoup d’autres déjà, a été sérieuse. Les Boches sont redevenus calmes encore une fois et je suis parvenu tout de même à faire ce que je voulais.

Pourquoi la présence, de l’autre côté de la cloison, du bon type qui ne se presse pas pour rentrer dans notre bureau de la « comptabilité » me reporte-t-elle, d’un saut, à une trentaine d’années en arrière, à l’époque où nous étions condisciples ? Les réminiscen­ces qui me traversent rapidement l’esprit me font me ressouvenir de la fin des récréations, quand chacun regagnait la classe ! Diver­tissement et âge à part, j’ai saisi sans doute, dans un rapproche­ment inconscient et assez bizarre, qu’il y a encore un peu de cela, à cette minute.

Notre camarade ouvre la porte et m’apostrophe aussitôt en disant :

« Ah, te voilà ! mais nous cherchions après toi »,

puis, fixé sur mes occupations, il se tourne vers MM. Cullier et Vigogne qui s’approchent, en leur annonçant :

« Il est là »,

ajoutant, du ton qu’il a le talent de rendre si parfaitement ironi­que :

« Il est en train de prendre ses notes ! »

Il faut entendre l’air de pitié, de commisération qu’il prend, l’animal, pour dire cela aux collègues, mais Guérin, avec son ca­ractère finement spirituel, sa philosophie, sa rondeur joviale est si serviable pour tous, que l’on ne saurait se formaliser de ses sorties. Je me contente de sourire. Arrivé auprès de ma table, il s’arrête pour me tancer, car il est mon aîné, en me disant de la manière pseudo paternelle qu’il croit devoir prendre de temps en temps vis- à-vis de moi :

« Mais, mon Paul, tu te feras tuer, avec tes notes. »

Il a déjà eu l’occasion de me rappeler que je lui dois le res­pect, cependant, comme je le sens disposé de plus à me sermon­ner, maintenant que chacun est retourné à son pupitre, je ne lui en laisse pas le temps et, à brûle-pourpoint, j’aiguille ses idées ailleurs en lui demandant :

« Alors ! tu n’es pas tout à fait mort ? »

Un peu suffoqué, il me répond en souriant :

« Euh, euh ! non, tu vois. »

« Eh bien » lui dis-je, « tu ne ferais pas mal de nous offrir quelque chose pour nous remettre de nos émotions. »

Alors, il s’exclame :

« Oh ! tu as rudement raison. »

Nous avons en effet à la cave commune qui se trouve dans la fausse cheminée de l’annexe du bureau, une variété de bouteilles dont Guérin assume la garde en sa qualité de cuistot, qu’il cumule avec celle d’employé auxiliaire — de même que nous avons dans pupitres ou nos tiroirs, des vivres en réserve (corned-beef, thon, sardines) au cas où nous nous trouverions dans l’impossibilité de quitter l’hôtel de ville pour nous ravitailler.

L’inspiration lui a paru excellente : elle a reçu tout de suite l’approbation qu’il a sollicitée et pendant dix minutes à peu près — temps de fumer une pipe à la caisse des incendiés — nous 20ns nos impressions sur la séance de bombardement qui a* de s’ajouter à toutes celles qui l’ont précédée.

Notre vive irritation, notre indignation croissante à propos des procédés sauvages, de la barbarie cruelle de l’ennemi vis-à-vis de notre pauvre cité et de ses habitants, se traduisent par quelques ¡¡•»pressions énergiques à l’adresse des Boches, que l’un de nous résume simplement, en disant :

« Ah ! les cochons. »

L’ami Guérin, occupé à remplir les verres, a dû trouver le mot insuffisamment adéquat ; il voudrait certainement en accentuer le sens à moins qu’il ne le désire mieux approprié, puisqu’il se re­tourne, la bouteille à la main, pour déclarer :

« Moi, je dis que ce sont des vaches ! »

A la nuance près, nous reconnaissons en riant qu’il y a una­nimité de sentiments.

Oui, Guérin a été compris, dans sa manière d’exhaler son mépris pour ceux qui font la guerre en s’en prenant si facilement aux civils avec leur artillerie. Son qualificatif contient la somme de nos révoltes platoniques, de nos rancœurs de Rémois à l’égard de tortionnaires férocement haineux et dépourvus de toute humanité.

Après avoir constaté que les Allemands deviennent de plus en plus furieux, nous regagnons nos places pour reprendre nos écritures ou nous replonger dans les chiffres jusqu’à 18 heures.

— Le bombardement redouble de violence, avec gros cali­bres, le soir, de 18 h 1/2 à 20 h, particulièrement vers le Port-Sec et ses environs.

Sorti de la mairie comme d’habitude, à la fermeture des bu­reaux, je suis à peine en route, que je dois revenir en arrière et me réfugier au poste des brancardiers-volontaires de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Ecritoire. M. Guichard, vice-président de la Com­mission des hospices, qui vient à passer, avec son auto, s’y arrête un instant, et sachant que j’habite le même quartier que lui, m’offre de m’emmener.

Nous partons alors à toute vitesse, tandis que les obus tom­bent ; nous en voyons les explosions à droite et à gauche, au cours de notre trajet qui se termine dans la cour de la maison rue Lesage 21, où M. Guichard s’empresse de rentrer sa voiture. Là, il nous faut descendre à la cave avec les gardiens de l’immeuble et une heure après, seulement, il m’est possible de quitter cet endroit, peu éloigné de mon but cependant, pour rentrer place Amélie-Doublié.

La rue Lesage est couverte d’éclats de toutes tailles.

Dans cette journée, Reims a reçu plus de deux mille obus. Il y a eu peu de riposte de notre part.

Les conduites d’eau ont été rompues en quatorze endroits, par les gros projectiles ; il est impossible de les réparer, sous le tir effrayant de l’ennemi.

La semaine passée, la mairie avait demandé que la déclara­tion des puits existant en ville fût faite au Bureau d’Hygiène, par leurs propriétaires ; ceci peut déjà servir d’indication, car au man­que d’eau actuel dans les quartiers hauts, succédera fatalement la disette totale, quand les conduites seront vidées. Si l’on peut s’ali­menter à peu près en eau potable par des moyens de fortune, il est assez inquiétant de penser qu’en cas d’incendies considérables, nous en serions réduits à la terrible situation de septembre 1914.

— La municipalité fait inviter, par les journaux, les habitants (vieillards, femmes, enfants) ou ceux n’ayant aucune obligation de rester à Reims, de quitter la ville. L’autorité militaire autorise le départ sur Epernay par la route, sans laissez-passer, avec la seule carte d’identité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 2°. Nuit tranquille ; non couché à la cave. Vers 1 h. du matin, bombes. A 2 h. 50, bombes sifflent ; bombardements intermittents dans la matinée. A 2 h. il reprend avec acharnement sur batteries (?). Les obus sifflent et tombent sans aucune interruption pendant une heure, et toute l’après-midi. De 10 h. soir à minuit (je crois) bombardement violent sur Clairmarais, la chapelle a été touchée. De 5 h. à 8h., bombardement violent sur paroisse Saint-André. Les quatre Sœurs de Saint-Vincent (de la rue de Betheny), M. le Curé de Saint-André, M. Grandjean son vicaire, rentraient du Salut. Ils se jetèrent dans la cave de la maison des Sœurs. Plusieurs obus, 10, 25 peut-être dont quelques-uns au moins de 310(1) ont dévasté la maison et l’orphelinat est détruit. C’est épouvantable ! quel vacarme ! Elles entendaient les obus pleuvoir ; les éclairs pénétraient dans la cave. A 7 h. M. le Curé, inquiet de rester seul à la maison, veut sortir. Un obus tombe dans la rue. Il se jette le long du mur pour l’éviter. Il se frôle contre le mur qui l’écorche un peu ; un éclat le blesse au petit doigt. Il en est quitte pour cette blessure. La rue Saint-André est jonchée de débris. Le Petit Séminaire est affreusement ravagé ; les toitures sont criblées.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Sainte Geneviève, voyant le quartier battu par les obus, se réfugient avec leurs orphelines dans les ca­ves de M. Walfard. On aménage un caveau où je leur ai permis d’avoir le Saint-Sacrement et la Messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) 210 mm allemand ou 305 mm autrichien…


Mardi 3 avril

Dans la région de Saint-Quentin, nos patrouilles ont poussé au nord-est de Dallon et au nord de Castres jusqu’aux lignes ennemies qu’elles ont trouvées fortement occupées.

Dans le secteur au sud de l’Oise, fusillade assez vive aux avant-postes.

Au nord de l’Ailette, nous avons progressé dans la région de Landricourt. Au sud de l’Ailette, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont rejeté les Allemands au delà de Vauxaillon. Des patrouilles ennemies ont été prises sous notre feu et dispersées. Le chiffre de nos prisonniers atteint 120.

En Champagne, plusieurs contre-attaques ennemies sur les positions que nous avons reconquises à l’ouest de Maisons-de-Champagne ont été arrêtées par nos feux. Des tentatives contre nos petits postes à l’est d’Auberive et à l’ouest de la ferme Navarin, ont complètement échoué.

En Alsace, nous avons réussi un coup de main au bois de Carspach et ramené des prisonniers.

Les Anglais ont pris Francilly, Selency, Holnon, le bois de Saint-Quentin, Villecholles, Bihecourt et les positions avancées de l’ennemi entre la route Bapaume-Cambrai et Arras.

On signale de nouveaux désordres à Berlin, à Dusseldorf et à Cologne.

Le Congrès américain s’est réuni en session extraordinaire de guerre pour entendre les propositions du président Wilson.

Un navire armé américain a été coulé par un submersible allemand.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 31 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 31 mars 1917

931ème et 929ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 soir  Temps de giboulées avec d’immenses « nevus », froid, des bombes à chaque instant et un peu partout, c’est agaçant. De plus, il y a comme de l’électricité dans l’air !…  on s’attend à un moment à l’autre à quelque chose. Qu’en résultera-t-il ? Qu’en sortira-t-il ? Cela me laisse assez froid. J’ai presque honte de l’avouer mais je ne puis me figurer Reims dégagé reprendre la vie normale ? A part les bombes et autres ingrédients allemands, nous étions si tranquilles !! tandis qu’après la délivrance, il faudra reprendre la vie mesquine, petite, étroite, méchante de la ville de Province, lutter contre tous les lâches qui se sont sauvés, et qui viendront vainqueurs nous dire, nous signifier de nous taire ! Alors les petites vengeances, ces petites saletés, ces petites vilenies refleuriront comme avant Guerre !! Oui, je regretterai ma vie d’angoisses sous les bombes…  On vivait, on vibrait, on se sacrifiait pour l’Honneur, la Gloire, la France !…

Toute la matinée travaillé, couru aux Hospices toucher des fonds de successions diverses. Vu Guichard, causé longuement, il est intelligent, on à plaisir à converser avec lui. (Rayé).

Après-midi porté mon courrier, courses, versés des fonds chez Chapuis. Passé chez Camuset qui m’apprend les fiançailles de sa fille avec un jeune officier, avocat des Collières. Rentré à la maison, écrit. Visite du Lieutenant de vaisseau Adrien de Voguë, 59, quai d’Orsay, actuellement A.L.G.P. n°884, commandant notre batterie de marine de Dieu-Lumière. Il est le fils du marquis de Voguë (Robert Adrien de Voguë (1870-1936)), ambassadeur de France, Grand d’Espagne, membre de l’Académie Française et de l’Académie des Inscriptions des Belles Lettres, Commandeur de la Légion d’Honneur, Président du comité central de la Croix-Rouge, décédé récemment le 10 novembre 1916 à Paris, rue Fabert 2. Il venait justement pour une procuration pour recueillir la succession de son Père, liquidée par Laurent, notaire à Paris. Il est le neveu du grand écrivain. Causé longuement avec lui, il avait abandonné la Marine et a repris du service à la Guerre. Jusqu’à présent sa batterie de Marine a eu de la chance, car elle n’a eu qu’un tué et un blessé. Très distingué, fin causeur. Il doit revenir lundi 6h. Il m’a laissé pressentir que nous allions avoir quelque chose d’ici peut. Soit !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 31 – + 3°. Nuit tranquille. A 8 h. bombes sifflent (sur batteries ?) Presque toute la journée, bombes ; sur batteries, cour du Lycée, Haubette, Place de l’Hôtel-de-Ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 31 mars

Au nord de la Somme, et entre Somme et Oise, l’artillerie ennemie a bombardé en certains points nos premières lignes; nos batteries ont énergiquement répondu. Aucune action d’infanterie.

Au nord-est de Soissons, nous avons progressé dans le secteur Vrégny-Margival.

A l’ouest de Maisons-de-Champagne, une vive attaque de nos troupes nous a permis de rejeter 1’ennemi des éléments de tranchées où il avait pris pied le 28 mars. Au cours de cette action, nous avons fait 63 prisonniers.

Les Russes ont infligé un échec à l’ennemi au nord de Stanislau, en Galicie. Ils l’ont également repoussé au sud-ouest de Brzezany, en Arménie, dans la direction de Bitlis; ils ont attaqué les Turcs à Tachkpal et ont ramené des prisonniers.

Canonnade autour de Monastir.

Le chancelier de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours au Reichstag; Il a affirmé que jamais 1’Allemagne n’avait soutenu la réaction en Russie, qu’elle ne voulait pas la guerre avec l’Amérique, et, par ailleurs, a reconnu que la situation militaire demeurait indécise. Les social-démocrates majoritaires ont, pour la première fois depuis août 1914, rejeté le budget au Reichstag.

Le nouveau régime russe promet l’autonomie à la Pologne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 22 mars 1917

Louis Guédet

Jeudi 22 mars 1917

922ème et 920ème jours de bataille et de bombardement

6h35 soir  Temps gris maussade le matin, avec des papillons de neige, il fait vraiment froid. Le temps s’élève vers midi, et devient réellement beau. La nuit avait été calme, et c’était la première fois depuis près de 8 jours que j’ai dormi sans être en éveil.

Je me lève assez tôt pour finir quelques lettres avant midi. A 11h je vais à l’Hôpital Général où j’avais rendez-vous avec Guichard, vice-Président, et Gustave Houlon, membre de la Commission, pour parler d’une difficulté soulevée par la propriétaire, au sujet d’un bail d’un hôtel à Monnetier-Mornex (Haute-Savoie), loué par les Hospices de Reims pour y loger leurs pensionnaires de la Maison de Retraite. Question d’interprétation de la clause de prix progressif, avec ristourne du loyer. J’en ai conclu que les Hospices devaient payer, la clause, pour une raison qu’il ignore, n’étant pas rédigée comme cela avait été convenu lors de la signature de tous les baux similaires conclus en même temps. Ces messieurs étaient de mon avis du reste. C’est 1 000 F environ que les Hospices perdent à la suite de l’étourderie du rédacteur, qui était Pétiot, ancien notaire à Châlons-sur-Marne, représentant le Ministère de l’Intérieur, qui est du reste d’une légèreté inconcevable. Cela ne m’a donc nullement surpris de lui. J’en avais prévenu Houlon à cette époque-là en lui recommandant de se méfier du citoyen.

Le bas de la page a été découpé.

Lettre de Narcisse Thomas qui me dit avoir été fort souffrant d’une congestion pulmonaire, il y est sujet. Heureusement que ma lettre pour Bossu et mon ruban s’est croisée avec la sienne, 24 heures plus tard, certainement je n’aurais pu lui écrire ce que je lui demandais. J’ai fini toutes mes lettres, chose rare !

A 4h1/2 bataille vers St Brice qui ne cesse pas encore, on ne s’entend pas.

8h soir  Enfin voilà cette canonnade infernale terminée. 4h durant. On est assourdi et les nerfs sont exaspérés, mais quelle canonnade. Durant ce temps nos voisins nous envoyaient des bombes. Heureusement pas dans notre quartier, mais quel vacarme. En dînant je m’attendais à chaque instant à être obligé de descendre à la cave, et j’étais d’autant plus inquiet que le tintamarre de la bataille et de la canonnade m’empêchait d’entendre les sifflements des obus qui arrivaient et qui m’auraient permis de savoir où ils allaient et d’où ils venaient. Il me fallait me baser sur les éclatements. Au milieu de tout ce bruit, allez donc vous y reconnaitre !! Bref, j’ai plutôt mal mangé, et…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/4  Le silence absolu ! C’est lugubre, mais on respire mieux tout de même. Allons-nous être tranquille et pouvoir dormir cette nuit ! Par quels étranges sensations aurais-je passé, passons-nous ? La vieille Lise en est malade. Adèle, elle ? elle grogne !! moi, je tâche de dompter mes nerfs ! Depuis le temps je ne devrais plus en avoir cependant !! à force d’avoir été brisés…  broyés…  tendus, cassés, distendus, tordus, pilés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 mars 1917 – Une canonnade commence à 16 h ; elle prend très vite une grande intensité. Le bruit effrayant au milieu duquel se distinguent encore les fortes explosions des torpilles, se continue sans inter­ruption jusqu’à 20 h.

Le communiqué nous apprend, par la suite, que les Alle­mands avaient déclenché une attaque au nord-ouest de Reims. Cette attaque s’est produite vers la Neuvillette et les Cavaliers de Courcy, partie de secteur tenue par les troupes russes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

l’hôtel de ville de La Neuvilette


Cardinal Luçon

Jeudi 22 – 0° ; quelques flocons de neige. Visite aux Trois Fontaines. Aux Sœurs de Saint-Thierry. A 4 h. 1/2, canons français ; bombes alleman­des. On dit que Bazancourt et Fismes(1) sont en feu ?? De 4 h. 1/2 à 8 h., attaque allemande aux Cavaliers de Courcy(2) ; défense française. A 8 h., silence des deux côtés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
  1. Fismes ne sera profondément détruit qu’en 1918 à la seconde bataille de la Marne
  2. Les « Cavaliers de Courcy » étaient le nom porté par deux levées de terre artificielles qui bordaient le canal de l’Aisne à la Marne, de part et d’autre, entre La Neuvillette et Courcy. Cette zone fut l’enjeu d’âpres combats pendant toute la guerre (le canal était un véritable cloaque bien qu’il ne fût plus en eau)

Jeudi 22 mars

Au nord de Ham, la situation est sans changement. Nos éléments légers restent au contact de l’ennemi entre Roupy et Saint-Quentin.

A l’est de Ham, nous avons forcé en deux endroits le canal de la Somme, malgré une vive résistance des Allemands. L’opération, conduite avec vigueur, nous a permis de dégager les rives nord et est du canal et de refouler l’ennemi jusqu’aux lisières de Clastres et de Montescourt. Des inondations sont tendues par l’ennemi dans cette région.

La plupart des villages en avant de nos lignes, dans la région de Saint-Quentin, sont en flammes. Nous avons progressé au nord de Tergnier. Quelques escarmouches dans la vallée de L’Aillette. L’ennemi bombarde nos lignes.

Au nord de Soissons, nous avons réalisé de sérieux progrès et livré des engagements assez vifs. La plupart des villages conquis sont entièrement détruits.

A l’est de la Meuse, plusieurs tentatives ennemies sur la tranchée de Calonne ont échoué.

Les Anglais ont occupé 40 nouveaux villages.

Le président Wilson a décidé de convoquer le Congrès américain pour le 2 avril.

Une tentative de meurtre a été commise par un officier contre le ministre de la Justice russe, M. Kerensky.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 7 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 7 février 1917

879ème et 877ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours beau temps, fortes gelées mais un peu adoucies, mouvement de lune sans doute. Caisse d’Épargne ce matin. Courses après-midi, peu ou pas de courrier. Discuté avec Houlon sur une question de renvoi de pensionnaire boursière, emportée de la Maison de Retraite. Cas facile à la constatation que la boursière est tout à fait distincte de la pensionnaire. Je crois que j’y suis arrivé, et en tout cas qu’il faut que lui et Guichard suivent mon conseil de prudence. Mettre au pied du mur la surdité. Vu M. Georget un instant. Il se plaint fortement du Tribunal qui ne travaille pas plus à Épernay qu’il ne travaillait à Reims, et avec les bombes en moins cependant !! Singulier Tribunal et encore plus singuliers magistrats que nous avons-là !! C’est triste !…  En tout cas Georget n’est pas content. Je suis à jour. Je m’en désintéresse donc. Je me sens fort fatigué, épuisé même. Je crois que je tomberai. Et puis sans encouragement, sans soutien, sans amis, seul, abandonné de tous. C’est bien triste, bien pénible. Quelle vie de martyr j’aurais menée, sans espoir, sans consolation, sans espoir de voir même un beau jour…

Le feuillet 426 a été supprimé.

(Rayé). Mon brave (rayé) paraissait enchanté de ma (rayé). Il me contait qu’il avait (rayé) en septembre 1916 du concierge de (rayé) en face, qui un soir avait vu (rayé) comme (rayé) sur une (rayé). Il parait que c’était (rayé). Bref, il faut que cela finisse. J’ai heureusement rencontré (rayé) qui de son côté va faire un rapport à l’Armée. Et j’espère qu’on supprimera et le (rayé) de la (rayé) et (rayé) avec (rayé) lieu de la (rayé) comme accessoire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 7 – – 7°. Nuit tranquille en ville ; mais toute la nuit canonnades et mitraillades, intermittentes mais fréquentes. Canonnades, mitraillades près de Reims entre batteries. Bombes sifflantes à 2 h. Visite du Photographe de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 7 février

Vives luttes d’artillerie, en Belgique, dans le secteur du canal de  sur la rive droite de la Meuse, entre Louvemont et les Chambrettes, ainsi qu’en Lorraine, dans la région Emberménil-Reillon.

Deux coups de main ennemis ont échoué sous nos feux à la droite de la Meuse, l’un à l’est de Louvemont, l’autre aux Eparges.

En Lorraine, l’ennemi a attaqué une de nos tranchées vers la digue de Parroy, au nord-ouest de la forêt. Une fraction allemande, qui avait pénétré jusqu’à notre première ligne, en a été immédiatement rejetée par notre contre-attaque.

Dans la région d’Ancerviller, nous avons capturé une patrouille allemande.

En Alsace, dans la région d’Aspach, au nord-ouest d’Altkirch, après une préparation d’artillerie, nos reconnaissances ont pénétré en trois points différents dans les positions allemandes. Après avoir bouleversé les ouvrages de l’adversaire et détruit ses abris, nos troupes sont rentrées sans avoir subi de pertes.

L’Espagne a expédié sa réponse à la note allemande concernant le blocus. Le Brésil a également envoyé sa réponse.

La presse d’outre-Rhin continue à dire que la guerre avec l’Amérique ne lui inspire aucune crainte.

Les Anglais ont occupé 1000 mètres de tranchées ennemies sur le front de la Somme, dans la région de Grandcourt. Ils ont fait 48 prisonniers. Ils ont déployé une grande activité d’artillerie dans le secteur d’Ypres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Paschendaele

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Mercredi 31 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 31 janvier 1917

872ème et 870ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Toujours le même froid dur et glacial, des papillons de neige, beau soleil mais un peu embrumé. Je souffre vraiment du froid tant que ma chambre et mon bureau ne sont pas réchauffés. Travaillé ce matin, pas sorti. Reçu lettre de mon Robert qui me dit qu’il fit aussi froid à St Brieuc, et enfin que Rousseau de Taissy, dont j’ai obtenu l’allocation militaire pour ses parents, son maréchal des logis, est plus gentil avec lui et surtout au moins il le laisse tranquille. Il me dit qu’il ne pense pas partir au front avant mai. Dieu soit loué !! Si c’était fini seulement, malheureusement c’est peu probable. Je vais lui répondre.

…Après-midi sorti pour aller au Greffe civil et à l’Hôtel de Ville. Vu Houlon et Raïssac, causé entre autres choses de la brave femme rue de Strasbourg  82, chez qui on a trouvé 11 280 F d’or dans un fourneau, qui n’est pas encore enterrée. Elle est morte depuis 7/8 jours. Un chien ne la quitte pas et je viens de donner l’ordre qu’on l’abatte pour arriver au cadavre. A ce sujet je signalais à ces messieurs la conduite et les procédés peu…  corrects des employés des Pompes funèbres de la Ville qui poussent l’audace à venir vous demander qu’on leur paie les frais d’inhumation avant les obsèques !! C’est scandaleux !! si cette femme n’est pas encore enterrée, c’est que Adam est venu me voir et voulait que comme Juge de Paix, je lui assure le paiement des frais funéraires. Je l’ai envoyé coucher de la belle manière. J’ai dit à Raïssac qu’il fasse des observations bien senties à ce sujet. Rentré en pleurant, rencontré Guichard qui m’a entretenu de ma demande de domestique pour St Martin. Il me conseillait presque, à défaut de jeune homme, de prendre une forte jeune fille de la campagne qui serait plus facile à trouver et qui ferait facilement les travaux à faire chez mon Père. Je vais le proposer à ma pauvre chère femme. Cette fille pourrait ainsi rester chez mon Père après la Guerre. Comme je quittais ce brave Guichard, le canon se mit à tonner très fort vers Cormontreuil – St Léonard – La Pompelle, il était 4h1/4 juste et le combat continue avec une réelle intensité. Tout tremble dans la maison. C’est une attaque des allemands assurément. Nous, nous attaquons toujours le matin en général. Pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures. Mais cela tonne fort et il est 5h moins 10 et cela ne semble pas vouloir cesser. Mon Dieu que nous ayons la nuit tranquille !! Voilà où nous en sommes arrivés, à mendier une nuit de tranquillité. Quelle vie misérable ! que la nôtre. Gare ! hélas la contre-attaque de la nuit…  Je résiste si peu à ces émotions maintenant, surtout la nuit !!

8h1/2 soir  Oui ! la nuit ! Personne autre que ceux qui y auront passé sauront ce que c’est qu’une nuit de bataille ! d’alerte ! d’attente ! de Bombardement !! La nuit avec tous ces inconnus ! ses frayeurs ! ses transes ! A demi-endormis, somnolent, réveillés en sursaut ! Entendu les cris d’effroi au milieu du tonnerre du canon, des arrivées, des éclatements ! S’habiller à demi ! emporter ce qu’on a de plus précieux à sauver, allumer une lumière (un siècle !!) s’appeler ! tout le monde est-il descendu ! où êtes-vous ? que faites-vous ? Allons ! descendez ! vous êtes ridicule de vous exposer ainsi pour un rien, un colifichet !! vous habiller ? Descendez, vous vous habillerez ici.

Tous ces bruits, voix, cris ! réclamations ! appels, tout cela au milieu du fracas du canon, des obus qui sifflent ! éclatent, mitraillent ! défoncent !! démolissent ! broient ! incendient !!!!…  Et voilà ma vie depuis 30 mois !! C’est long ! C’est dur ! C’est affolant ! et l’on vit tout de même !…  Souffrir ! souffrir ! toujours, toujours ! Quand on pense que d’autres ne pensent qu’à se défiler, s’embusquer, jouir de la vie !…  Non ! c’est dur !! Et qu’est-ce cela auprès de ce qu’endurent et souffrent nos soldats, ceux qui se battent. Je ne parle pas des autres, qui ne songent qu’à se défiler (s’embusquer). Vraiment, Vaillamment…  dans la neige comme maintenant, par un froid épouvantable que je n’ai pas ressenti depuis 1895, 1888/1889 et 1870/1871. Non ! ces vaillants n’auront pas leur heure de réparation et ces freluquets, ces embusqués, ces lâches qui se réchauffent tout guilleret loin de toutes bombes et balles, ruines, etc…  dans des hôpitaux, des bureaux, des administrations de gestion de tout…  repos, ne reprenaient pas à leur tour et ne souffriraient pas aussi et pour leur lâche passé et pour l’avenir ?? Allons donc !!

Absence du feuillet 421, la première phrase a été recopiée par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1917 – Très forte canonnade, vers la Pompelle, au cours de l’après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille. – 7°. Neige nouvelle peu abondante. Visite de M. Chapey, avocat à Bourg-en-Bresse et gendre de M. Dupin. 4 h. violent combat à l’Est de Reims qui fait tomber mes vitres. Bombes sifflantes. Dans la nuit du 30 au 31 des bombes atteignent l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres. Attaques avec gaz asphyxiants aux Marquises par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 janvier

Entre Soissons et Reims, nous avons arrêté net par nos feux deux tentatives de coups de main ennemis, l’une dans le secteur de Soupir, l’autre dans la région de Beaulne.
Actions d’artillerie assez vives en Lorraine et sur quelques secteurs des Vosges.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque à la grenade, dirigée sur une de nos tranchées dans la région de la cote 304 a été brisée par nos feux sans autre résultat que des pertes pour l’ennemi.
En Haute-Alsace, nos batteries se sont montrées actives dans la région à l’est de Seppois.
Les Anglais ont effectué un coup de main au nord-est de Vermelles ; ils ont infligé de nombreuses pertes aux Allemands. Un autre raid dans la même région a également abouti à un succès complet.
Activité de l’artillerie de nos alliés au nord de la Somme et dans le secteur d’Ypres où ils ont provoqué un incendie.
Canonnade sur le front italien du Trentin.
Échec de plusieurs coups de main autrichiens en Giulie, au sud-est de Gorizia et sur le Carso. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Simples fusillades sur le front russe de Courlande.
Le chiffre des prisonniers capturés au nord-est de Jacobeni par les troupes de Broussiloff est de 32 officiers et de 1126 soldats; 12 mitrailleuses et 4 lance-bombes ont également été ramenés.
On annonce la mort de lord Cromer, ancien agent britannique au Caire.
Des troubles graves, causés par la disette, ont éclaté à Patras, en Grèce.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 4 octobre 2016

Louis Guédet

Mercredi 4 octobre 1916

753ème et 751ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Mauvais temps, pluie toute la journée, les feuilles commencent à tomber. Bombardement ce matin vers le cimetière du nord. Je suis fatigué de ma journée d’hier. Vu Helluy du Courrier de la Champagne à 2h, causé de mes procès et de la molestation des habitants de Reims du chef du capitaine de Gendarmerie et des Gendarmes contre lesquels je me suis élevé hier. J’espère que le nommé Girardot, comprendra la leçon et sentira le soufflet que je lui ai appliqué hier. De là été aux Hospices, vu Guichard que j’ai de nouveau félicité, et le pauvre Gustave Houlon, bien affecté de la mort de son fils (Jean Auguste Houlon, soldat au 73ème RI, mort des suites de ses blessures le 29 septembre 1916), blessé mortellement dans la Somme et mort à Paris. Poussé de là jusqu’à St Remy, assisté au Salut de la neuvaine, et rentré chez moi par une pluie battante, tandis que cela « tapait » sur Pommery.

Reçu lettre de ma chère femme qui me raconte l’installation d’André chez l’abbé Valleret, 5, place St Étienne à Châlons où il va entrer en 3ème à St Étienne, mon vieux collège, comme externe. Elle m’envoie une lettre de Jean qui est bien embarrassé de savoir s’il doit permuter pour rejoindre son frère au 61ème ou rester au 25ème.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1916 – Sifflements et obus boulevard Lundy, dans la matinée. Après-midi, nouvelles arrivées.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Nuit tranquille ; quelques coups de canons français lourds. Projections. + 12°. Quelques canons français. A 3 h. bombes allemandes sifflent (sur batteries ?). Visite de M. Demaison, de M. et Mme G. Houlon. 4 h. 1/2 série de bombes sifflantes, allemandes (sur nos batteries ?). Visite à Saint-Benoît.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 4 octobre

Sur le front de la Somme, une attaque localisée de chaque côté de la route Péronne-Bapaume, nous a mis en possession d’une importante tranchée au nord de Rancourt. Nous avons fait 120 prisonniers dont 3 officiers.
Les Anglais ont exécuté un coup de main heureux au sud de Loos.
Sur le front d’Orient, les Serbes ont délogé les Bulgares d’une nouvelle arête montagneuse et l’ennemi a paru battre en retraite vers le nord. Trois villages ont été occupés par les Alliés au nord de Florina ; un quatrième, par les Anglais à l’est de la Strouma.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 29 septembre 1916

Louis Guédet

29 septembre 1916

Audience civile ce matin, peu de choses : 2 conseils de famille et 2 contestations. Cette après-midi, ayant à faire à la Ville, j’apprends la nomination comme Chevalier de la Légion d’Honneur et la remise de décoration de ce matin à Raïssac, Secrétaire Général de la Mairie, et de Guichard, Vice-président des Hospices. Deux distinctions bien gagnées. Causé avec le Dr Langlet de choses et d’autres, et notamment des procès de simple police qui pleuvent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 septembre 1916 – Vers 11 h, M. Raïssac, secrétaire en chef de la mairie et M. Guichard, vice-président de la commission administrative des hospices, reçoivent la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, dans le cabinet de l’administration municipale.

Étaient, paraît-il présents à la remise : MM. Malvy et L. Bourgeois, ministres, C. Lenoir, député, le préfet de la Marne, le sous-préfet de Reims, et, avec l’administration, quelques conseillers municipaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Photo : Louis Corré, Collection : Gérard Corré

Photo : Louis Corré, Collection : Gérard Corré


Cardinal Luçon

Vendredi 29 – Nuit tranquille sauf quelques coups de gros canons français de temps en temps et projections allemandes. + 14°. Pas un coup de canon. Via Cruels in cathédrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 29 septembre

Sur le front de la Somme, nos batteries poursuivent activement leurs tirs sur les organisations allemandes.
Sur la rive droite de la Meuse, une forte attaque allemande, lancée au début de la nuit sur le front Thiaumont-Fleury, a subi un sanglant échec sous nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage.
Les troupes anglaises ont avancé leurs lignes sur divers points échelonnés entre Martinpuich et Gueudecourt. Des postes ont été établis à moins de 800 mètres à l’ouest et au sud-ouest d’Eaucourt-l’Abbaye.
A la gauche du front, les positions anglaises se trouvent consolidées sur la crête nord-est de Thiepval. Un bataillon allemand escortant un convoi, a été pris sous le feu de l’artillerie, qui l’a bombardé avec succès.
L’artillerie autrichienne a canonné Limone sur le lac de Garde. Les Italiens ont remporté un succès sur le plateau d’Asiago. Ils ont repoussé l’ennemi sur le Haut-Cordevole.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 14 mai 1916

Louis Guédet

Dimanche 14 mai 1916

Été à la messe de 8h rue du Couchant. En rentrant trouvé Charles Heidsieck : il m’invite à déjeuner au Cercle rue Noël. Je m’y rends à midi. Je m’y trouve avec M. Charles Heidsieck mon invitant, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Charles Demaison (1854-1937, frère de Louis Demaison, Président de l’Académie de Reims), Docteur Simon, Mme Farre. Déjeuner très gai. Échangé beaucoup d’idées, parlé des futures élections municipales. Ils avaient l’air de me présenter pour être parmi les candidats au nouveau Conseil Municipal.

…à 5h porté des lettres à la Poste, fait un tour, poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville où je me suis rencontré avec Houlon, Guichard, vice-président des Hospices, ensuite Charles Heidsieck et Pierre Lelarge que j’ai reconduis jusqu’au Cercle, rentré à la maison, fait un modèle de testament pour le frère de Jacques et écrit ces notes.

Bref on a été très inquiet pendant un mois au sujet de l’effort allemand sur Reims pour contrebalancer l’échec de Verdun, mais l’orage est détourné. Quand à l’évacuation il parait que le Général Joffre la voulait coûte que coûte, et au Conseil des Ministres il a fallu toute l’influence de M. Léon Bourgeois (1851-1925, sénateur de la Marne, alors Ministre d’État, une place de Reims porte son nom depuis 1925) pour éviter cette décision qui aurait été désastreuse. C’est heureux ! et espérons que cette affaire ne reviendra pas sur l’eau (ne reviendra pas d’actualité) et ne se fera pas. Car dans ce cas ce serait le pillage de la Ville par la troupe et surtout par tous les galonnards, embusqués ou non !! Tas de propre-à-rien. Triste monde.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 14 – Nuit et journées tranquilles. Visite du secrétaire de l’Ar­chevêché de Toulouse, l’abbé Lasalle, aumônier militaire à la 67e division.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 14 mai

En Champagne, activité des deux artilleries dans les régions de Prosnes et de Saint-Hilaire-le-Grand.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement ininterrompu dans les secteurs du bois d’Avocourt et de la cote 304 : nous avons réalisé encore quelques progrès autour de la cote 287; nous avons repoussé une attaque sur nos positions à l’ouest de la cote 304. Sur les pentes nord-est du Mort-Homme, un coup de main tenté par l’ennemi a complètement échoué.
Sur la rive droite, les Allemands ont renouvelé leurs attaques sur nos tranchées au sud-est du fort de Douaumont. Malgré la violence du bombardement qui précédait les assauts de l’ennemi, notre ligne n’a fléchi sur aucun point. L’adversaire a été refoulé avec des pertes sérieuses.
D’autres tentatives dirigées au cours de la nuit sur nos positions au nord de la ferme Thiaumont ont été également arrêtées par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses.
Canonnade en forêt de Parroy et au Ban-de-Sapt.
Les Allemands ont pris l’offensive contre le secteur de Jacobstadt et dans plusieurs autres secteurs de la région de Dvinsk.
Une nouvelle offensive turque a été brisée par les Russes, entre la frontière persane et Bagdad.
Les Anglais ont perdu quelques tranchées près de Vermelles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 8 mars 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 8 – Nuit tranquille ; température : – 2. Beau temps. A 9 h. aéroplanes allemand et français toute la matinée : tir contre eux. Vers 11 h. 1/2 un taube laisse tomber une bombe dans le jardin de la Maison de Retraite. Visite a Roederer. Rencontre avec M. Guichard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


Mercredi 8 mars

En Argonne, dans la région d’Avocourt, nos canons ont abattu un avion qui est tombé dans nos lignes; les deux aviateurs, blessés, ont été faits prisonniers. A l’ouest de la Meuse, le bombardement avec des obus de gros calibre a continué avec intensité. L’ennemi, qui avait pu se glisser, la nuit, entre Regniéville et la cote de l’Oie, en occupant la cote 265, a multiplié les attaques d’infanterie. Ces attaques ont été repoussées, sauf dans le secteur du bois des Corbeaux, où les Allemands ont pu prendre pied. A l’est de la Meuse, à la suite d’une violente lutte d’artillerie dans la région d’Hardaumont, les Allemands ont pénétré dans une redoute, d’où une contre-attaque les a rejetés. En Woëvre, l’ennemi a occupé le village de Fresnes, après un combat meurtrier. Dans les Vosges, nous avons bombardé les cantonnements de Diffembach, à l’est de Mulbach et les tranchées de Wattwiller.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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