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Lundi 4 Mars 1918

Louis Guédet

Lundi 4 mars 1918

1270ème et 1268ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Parti par la neige à 9h. Je quitte la maison de la rue des Capucins 52 où j’ai tant souffert, le cœur en sang. Adèle pousse la petite voiture sur laquelle j’ai mis mes valises emportant mes derniers objets et papiers, moi poussant à la roue, fouetté par la neige tourbillonnante. Dans l’autobus Lelarge et l’abbé Dupuit, curé de St Benoit, ce dernier quittant Reims. Route longue et triste, lugubre jusqu’à Épernay. Arrivé ici à 10h3/4. Je vais au Parquet ou le Procureur m’enjoint encore d’aller me reposer. Il a raison ! Je n’en puis plus ! Comme je m’accusais et que je lui disais que j’espérais qu’il ne prenait pas mon voyage à St Martin pour une défection ! Il protesta et me dit : « Vous n’y pensez pas, mon cher juge de Paix, vous avez fait plus que vous ne pouviez, que vous ne deviez, et je ne permettrais à qui que ce soit d’oser avoir semblable pensée sur vous. Je vous enjoins à nouveau d’aller vous reposer ! » – « Et attendez nos ordres ! Car il est probable que vous ne rentrerez pas à Reims qui sera évacué entièrement, même ceux avec lesquels vous pensiez rester jusqu’à la fin ! »

Je le quittais les larmes aux yeux !! J’étais brisé.

Vu de Mun, notre député au buffet de la Gare (Bertrand de Mun, homme d’affaires et politique, mobilisé comme capitaine dans un régiment de Dragons (1870-1963)), qui est fixé sur la délicatesse des Galonnés qui nous régissent !! Il songe à demander qu’on dégomme le commissaire du Gouvernement, le fameux Capitaine La Montagne, une brute méridionale de la plus belle verrue !

En attendant le train une malheureuse évacuée qui me connaissait me conta qu’avant-hier, ayant reçu l’ordre de partir aujourd’hui, et ayant son beau-père à la mort, elle alla voir cette brute de La Montagne pour le prier de l’autoriser à rester quelques jours pour assister ce moribond et veiller à ses obsèques. Ce gredin lui répondit : « Vous partez. Votre beau-père mourra bien sans vous, et on l’enterrera. Allez. Foutez-moi le camp ! (Sic) » Il n’y a pas à insister sur de tels faits.

Voilà comment le malheureux peuple rémois est traité depuis 42 mois !

J’arrive à Vitry-la-Ville et à St Martin vers 5h, anéanti, broyé, brisé, en loques. Je ne puis à peine parler.

En pièce jointe un ticket vert du Service Automobile Reims – Épernay, daté du 4 mars 1918.           Reims à Épernay        Prix : 6 francs

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 mars 1918 – Le défilé, à la mairie, n’a toujours pas cessé. Nous remarquons encore dans la rangée de personnes qui passent, quelques victimes des gaz. L’ensemble du spectacle est navrant.

A ce jour, il a été évacué 1 915 habitants.

La journée est calme. Vers midi, nous voyons arriver à la mai­rie, M. le ministre des Beaux-Arts, accompagné de M. Lenoir, dé­puté et du capitaine Linzeler.

Sur la fin de l’après-midi, on vient déposer à la mairie, une vingtaine d’appareils à utiliser contre les effets des gaz. Ces appareils ressemblent, comme aspect, à ceux employés pour le sulfatage, dans le vignoble.

Bombardement en arrosage, le soir.

Le communiqué reproduit aujourd’hui, sur le journal, mentionne assez longuement l’attaque sur Reims qui a eu lieu dans la nuit du 26 février au 1er mars :

Paris, 2 mars, 15 h — L’action agressive de l’ennemi s’est violemment manifestée dans la région au nord-ouest et au sud-est de Reims. En fin de journée, des forces allemandes ont tenté de déboucher sur les saillants de Neufchâtel. Nos feux, déclenchés avec précision, ont désorganisé l’attaque. Des frac­tions ennemies qui avaient réussi à pénétrer dans nos postes avancés, en ont été chassés par nos contre-attaques. A la même heure, des détachements ennemis ont tenté d’aborder nos lignes, en face de la Pompelle, mais, sous nos feux ont dû précipitamment regagner leurs tranchées de départ. Après ce dernier échec, l’ennemi a relancé une nouvelle attaque plus violente dans la même région. Malgré ses efforts répétés, il n’a pu atteindre le fort de la Pompelle. Seuls, des éléments ennemis ont réussi à prendre pied dans la partie nord d’un petit ouvrage situé à l’ouest du fort. En même temps, une tentative ennemie, plus à l’est, au sud de la Bertonnerie, n’a pas obtenu de résultats.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 4 – Nuit tranquille à Reims. 0°. La neige tombe et couvre la terre. Nous embarquons dans un fourgon pour les évacués par chemin de fer les effets en réserve pour les pauvres. Midi, à la Cathédrale, Décoration de M. Sainsaulieu par M. Lasserre, qui m’y a fait inviter hier personnellement par M. Sainsaulieu lui-même, M. Lasserre désirant instamment que je sois présent. A 9 h. quelques coups de canon. Visite d’adieu de M. Charles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 4 mars

Deux tentatives de coup de main ennemis, au nord du Chemin des Dames et dans le bois de Malancourt, ont échoué sous nos feux.
Bombardements assez vifs sur le front du bois Le Chaume.
En Lorraine, au nord-est de Reillon, nos tirs d’artillerie ont empêché une attaque en préparation de sortir de ses lignes.
Sur le front britannique, un coup de main a été exécuté avec succès sur les lignes allemandes au sud-est d’Armentières.
Des détachements ont été rejetés avant d’avoir pu aborder les lignes de nos alliés, au nord-ouest de Saint-Quentin et à l’est d’Arleux-en-Gohelle.
Une troisième tentative sur les tranchées britanniques de la région de Pontruet a échoué à la suite d’un corps à corps avec les patrouilles alliées. L’ennemi a subi des pertes importantes.
Un certain nombre de prisonniers sont restés aux mains des Anglais. Sur le front italien, échec d’une tentative ennemie dans le val Frenzela.
Canonnade réciproque sur le reste du front.
Les maximalistes ont signé à Brest-Litowsk une paix qui prend date du 3 mars.
Les Allemands ont débarqué dans l’archipel finlandais d’Aland. Ils ont notifié leur décision à la Suède.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 13 novembre 1917

Louis Guédet

Mardi 13 novembre 1917

1159ème et 1157ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Rentré à Reims. Laissé ce matin mes pauvres petits seuls, Marie-Louise et Maurice, ce dernier souffrant d’une petite angine, leur mère devant rentrer aujourd’hui de Paris. Il a gelé fortement et à 5h il est dur de voyager. A Épernay vu à la Recette des Finances de Reims où j’avais à faire, au Crédit Lyonnais d’Épernay, à la Banque de France. Vu ensuite le Procureur de la République avec qui j’ai causé longuement. Suppléance de l’Étude d’Hautvillers (M. Démoulin) à qui je vais écrire. Et une affaire dont mon brave et fort aimable Procureur se tourmente bien inutilement à mon sens, au sujet d’une plainte contre cet inénarrable Mt Thomas, de Breuil-Romain, ancien notaire à Fismes, qui comme une brute qu’il est, répond à M. Osmont de Courtisigny d’une façon peu polie, or le Procureur Général est derrière, et Herbaux ne l’entend pas de cette oreille. Le Procureur m’a demandé de le fixer si Thomas était régulièrement suppléant son arrière successeur Mt Langlet (Alfred Langlet, notaire à Fismes (1872-1928)). Je lui réponds par Landréat, mon greffier, négativement. Dans le fond je n’en suis pas fâché, car dans l’affirmative c’eut été à la Chambre de discipline de Reims à instruire l’affaire, et Dieu sait où sont éparpillés les membres de notre pauvre Chambre !! Bref cet idiot de Thomas va relever du droit commun !

En causant avec le Procureur, celui-ci, indéniable qu’il avait reçu des éloges de moi de la part de l’autorité militaire !! J’en suis tombé de mon haut !! et en souriant je lui exprimais mon incrédulité. Mais il me tira bel et bien un dossier d’où il me lu une lettre de l’Intendant Général de Châlons qui me couvrait de fleurs, disant que je n’avais jamais laissé de retard et que j’étais le seul dans ce cas en matière de réquisitions militaires et il ajoutait  : nous n’avons qu’à nous louer tout particulièrement du zèle et de l’aide que nous donne le juge de Paix de Reims, à qui nous ne pouvons qu’adresser des éloges et de la reconnaissance pour tous les services qu’il nous a rendu et nous rend !! J’en suis resté ébahi !! Et me suis écrié : « M. le Procureur, je demande la Croix de Guerre !! » Ce qui l’a fait bien rire, et avec son sourire malin : « Vous voyez, mon cher juge de Paix, que tout arrive en ce bas monde, même des couronne pour le juge de Paix de Guerre de Reims taxé d’antimilitariste par ces mêmes Militaires qui le couvrent de Gloire maintenant !!

Je suis de plus en plus enchanté de mes rapports avec celui-ci. Je crois que je rendrai par cela bien des services à notre Compagnie des notaires de Reims. Arrivé ici par un soleil radieux. Trouvé des clients de Jolivet qui m’attendaient pour un inventaire qu’avait rédigé mon brave et dévoué Dondaine !! Cela m’a tenu le reste de mon après-midi, en sorte que je n’ai pu rien faire et Dieu sait le courrier formidable qui m’attendait !! Enfin je m’y mettrai d’arrache-pied demain.

Lu dans l’Écho de Paris d’aujourd’hui la nomination de Colson, notre directeur des Postes à Reims, comme Chevalier de la Légion d’Honneur ! Il l’a bien mérité !! Il n’y a que moi qui reste en panne !! En ce moment la canonnade fait rage vers Cormontreuil !! Je suis retombé dans le tombeau, avec mes angoisses, mes agonies, mes souffrances, mon isolement. Après tout c’est le Devoir !! Le sacrifice de soi-même pour mes chers concitoyens et ma chère cité Martyre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 novembre 1917 – Canonnade sérieuse sur la Pompelle, qui paraît indiquer une attaque allemande.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Entrée du fort de la Pompelle 1916-1917


Cardinal Luçon

Mardi 13 – Nuit tranquille. 0°. Beau temps. Visite du Colonel de Cam­brai, 52e régiment ou division d’artillerie, avec un Capitaine et un officier. Ils sont au Godât(1). Bombes autour de Saint-André.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le domaine ou la ferme du Godât, complètement ruiné, était une position fort disputée sur la rive Est du canal de la Marne à l’Aisne, à la hauteur du cimetière militaire national de Cormicy.

Mardi 13 novembre

Sur le front bois le Chaume-Bezonvaux, l’activité de l’artillerie a continué pendant la nuit.
Sur le front belge, un détachement a effectué un coup de main avec plein succès sur la ferme Terstrelle. Après avoir infligé des pertes sérieuses à la garnison ennemie et fait sauter un abri, nos alliés ont ramené plusieurs prisonniers. Ils ont neutralisé des batteries de Schoore, Cayen, Peerst, Eessen et exécuté plusieurs tirs de destruction sur les organisations ennemies des abords de Dixmude en représailles des tirs à obus à gaz faits par des batteries ennemies vers Oudecapelle et Whuizen.
Sur le front italien, point d’événement important depuis la Stelvio jusqu’à l’Astico. Sur le plateau d’Asiago, l’ennemi a renouvelé l’attaque de la ligne Gallio-Mont-Longaracote 1674-di Moletta-di-Gallio. Son action a complètement échoué sous les tirs de nos alliés. A l’extrémité nord du front d’attaque, où un combat acharné a eu lieu, les Italiens ont contre-attaqué et ont réussi à capturer quelques prisonniers.
Sur le reste du front montagneux, au cours d’actions de contact avec des avant-gardes ennemies, les troupes italiennes ont bravement résisté. A travers la Piave, vive activité d’artillerie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 22 octobre 1917

Cardinal Luçon

Lundi 22 – + 3°. Vers 2 h. nuit, grande activité de nos canons, tout près de nous semblait-il, et pendant une heure au moins. Il m’a semblé que l’en­nemi ne répondait pas.

– Si ! ils répondirent à La Pompelle et au Linguet, dit-on. Journée tran­quille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 22 octobre

Violente canonnade sur le front de l’Aisne, notamment dans la région Ailles-Cerny. Un violent coup de main a été dirigé par l’ennemi contre nos positions du nord-ouest de Bezonville. Nos troupes ont refoulé les assaillants et sont restés maîtresses de leurs positions.
Des avions ont lancé une soixantaine de bombes sur la région de Dunkerque. Point de victime civile.
Lutte d’artillerie sur tout le front de Macédoine, notamment dans la région de Doiran et au nord de Monastir où nos batteries ont exécuté des tirs de destruction.
Sur le front russe, les Allemands ont essayé de provoquer nos alliés à de nouvelles fraternisations. Ils ont été dispersés à coups de fusil.
Aucun changement dans la Baltique.
Sur le front italien du Trentin, quelques escarmouches au nord-est de Laghi. Des petits groupes ennemis ont été repoussés. Dans la vallée de San Pelligreno, des détachements autrichiens ont dû se replier. Canonnade sur le front des Alpes Juliennes.
L’avant parlement russe a ouvert sa session à Petrograd. Kerensky a prononcé un discours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 21 octobre 1917

Paul Hess

Nuit du 21 au 22 octobre 1917 – Attaque allemande, du côté de Cernay-la-Pompelle.
Une canonnade entendue au loin, depuis plusieurs jours, a sensiblement accru son intensité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Un canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir d l'usine des anglais (source ci-dessous, Archives Archives municipales et communautaires de la Ville de Reims)l

Un canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir d l’usine des anglais (source ci-dessous, Archives Archives municipales et communautaires de la Ville de Reims)l


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – + 3°. Nuit tranquille en ville ; canonnade prolongée du côté français. Vers l’est ou sud-est. Beau temps. Quelques obus vers le soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 octobre

Sur le front de l’Aisne, grande activité des deux artilleries. Nous avons repoussé deux coups de main ennemis sur nos petits postes, l’un au sud-est de Corbeny, l’autre en Argonne, dans la région de Boureuilles.
Sur la rive droite de la Meuse, une intervention de notre artillerie a mis fin à un violent bombardement de nos positions au nord du bois le Chaume.
Dunkerque a été bombardé par mer. On ne signale aucune victime dans la population civile. Un certain nombre de zeppelins ont survolé le territoire français sans causer de dégâts. Canonnés à leur passage par nos postes de défense anti-aérienne, plusieurs appareils dispersés, ont été abattus ou contraints d’atterrir. Un premier zeppelin a été descendu en flammes à Saint-Clément, près de Lunéville. Un second a dû atterrir près de Bourbonne-les-Bains. L’équipage a été capturé. L’appareil est resté intact. Deux autres zeppelins, désemparés, seraient tombés dans la zone de l’intérieur. Un autre raid de zeppelins a eu lieu dans la région de Londres. On y signale 34 morts et 56 blessés.
Deux croiseurs auxiliaires allemands ont attaqué en mer du Nord un convoi de dix navires scandinaves, qui étaient escortés par deux contre-torpilleurs anglais. Après une lutte inégale, les deux contre-torpilleurs ont été coulés. Sept des navires de commerce ont eu le même sort.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 4 octobre 2017

Louis Guédet

Jeudi 4 octobre 1917

1119ème et 1117ème jours de bataille et de bombardement

2h après-midi  Seconde lettre de Jean nous annonçant qu’il va bien et qu’il s’est rétabli plus vite qu’il n’osait l’espérer. Il a vu Robert et se sont expliqués tout cet imbroglio. Robert ne savait rien non plus et était bien tranquille sur le sort de Jean. Jean nous explique son intoxication du 24, et le 25, ne voyant plus clair, son obligation de se faire évacuer à l’échelon fut décidée. Il va bien et nous annonce que toute cette aventure lui vaut une 2ème citation, et il nous confirme la citation de Robert avec Croix de Guerre qui est officielle. Ils partent au repos. Dieu soit loué !!

En même temps lettre du Commandant Barot qui a téléphoné au Corps de Jean et nous apprend ce que nous savons. Je lui écris pour le remercier encore, ainsi que je l’avais déjà fait hier.

Bref les Gosses marchent bien, trop bien ! Jean 2 citations en un mois de temps, la première faits de Guerre du 19 – 20 août, et la 2ème du 24 septembre 1917. Et Robert, 1ère citation et la Croix de Guerre !! Ce qu’ils doivent être heureux, les chers Petits !! Et Robert surtout, il ne doit pas tenir en place !! Et leur cri du cœur, Jean : 2 jours + 2 jours de plus de permission (2 jours par citation) et Robert a 2 jours de plus : « Chouette alors ! » s’écrie-t-il ! Les chers petits ne voient que cela, ils ne pensent pas à leur Gloire, à leurs Lauriers si chèrement cueillis.

Leurs batteries ont perdues plus des 2/3 de leurs effectifs. Jean dit qu’on a été obligé de lui envoyer 12 Chasseurs à cheval avec chevaux pour leur permettre de pouvoir enlever leur matériel, tellement ils étaient décimés.

Causé hier avec le Capitaine Bruyère, du 6ème Chasseur à cheval au début de la Guerre, actuellement affecté à la Cie d’élite du 166ème d’Infanterie qui cantonne en ce moment ici. Il me disait que le 12 septembre 1914 au soir il avait traversé Reims et avait poussé avec ses cavaliers jusqu’aux bords de la Suippe vers Orainville, Condé-sur-Suippe, Guignicourt, etc…  et que si les allemands étaient revenus sur leurs pas jusqu’aux portes de Reims, c’était de la faute de Franchet d’Espèrey, leur commandant de la Vème Armée, qui n’avait pas voulu pousser ses troupes au-delà de Reims, voulant faire son entrée triomphale (?) à Reims le 13 au matin…  mais il était trop tard, les allemands s’étaient ressaisis et ils sont encore à nos portes ! Franchet d’Espèrey devrait être fusillé. Et ce que me disait ce capitaine Bruyère me confirme bien ce que nous savions déjà à Reims, c’est que Reims aurait pu être dégagé dès le 12 septembre 1914. Des généraux comme cela sont des criminels ! Pantins galonnés ! rien de plus. J’espère bien que la Guerre finie on mettra ce galonnard en jugement !!… C’est pour cela que tous ces oiseaux le clament toujours : « Reims n’est pas intéressant !! » J’te crois, comme les assassins, ils voudraient bien que le cadavre disparaisse !! Mais nous vivons et nous sommes là pour les clouer au pilori.

J’étais heureux d’avoir la confirmation de ce point d’Histoire, par une bouche étrangère et impartiale. C’est un témoignage précieux.

Ce capitaine me confirmait l’état d’esprit de la troupe, il est convaincu qu’il y aura une ruée socialiste terrible après les hostilités. Il me confirmait que les soldats étaient très excités contre la riche bourgeoisie qui s’est embusquée jusqu’à la gauche, et il est convaincu que les représailles contre ces froussards seront terrible…  Ce sera justice !

Il croit la paix prochaine, sans que nous allions en Allemagne, qui avec cette conjecture nous accordera tout ce que nous lui demandons, c’est-à-dire la Rive gauche du Rhin avec l’Alsace et la Loraine, et les réparations !… Sauf à elle à chercher à nous dominer par la suite sur le terrain économique… Ce serait bien malheureux en tout cas. J’espère mieux que cela, et un miracle est toujours possible !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 octobre 1917 – Démonstration d’artillerie commencée à 19 h 1/12 qui se prolonge jusqu’à 21 h 1/2. Riposte boche, sous la forme de quel­ques obus asphyxiants.

— Depuis l’offensive manquée d’avril dernier, les déména­gements avaient repris, avec une activité qui se continue encore.

Afin de les faciliter, l’autorité militaire a créé un service d’éva­cuation spécial, sous les ordres du sous-lieutenant Migny, dont les bureaux installés précédemment 3, rue de Courlancy, se trouvent actuellement, 70 rue Libergier.

En suivant l’ordre des inscriptions, les équipes de se service, qui compte de 60 à 70 soldats-déménageurs, vont à domicile, en­lever les mobiliers préalablement préparés et emballés, pour les transporter gratuitement par camions automobiles, à la gare de Saint-Charles, où il est formé, chaque nuit, un train de vingt-cinq à trente wagons.

Les fourgons affectés aux déménagements, sont presque les seules voitures que l’on voit circuler dans les rues depuis long­temps, et il est infiniment triste de voir se vider ainsi une ville de l’importance de Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – + 14°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. du matin. A 4 h. combat pendant 30 ou 45 minutes. Visite à l’Ambulance du Chalet de Chigny, où l’on me fait voir cinq grands blessés qui reviennent du combat de ce matin. C’était une attaque allemande à La Pompelle. De notre côté, 2 tués et plu­sieurs blessés parmi lesquels le Capitaine de Montfrey qui a la colonne vertébrale brisée (c’est le neveu d’une Ursuline de Trévoux). On n’espère presque pas le sauver. Déjeuner aux Rozais, chez Mme Pommery. Visite à l’ouvroir de Rilly. De 2 h. à 3 h ; bombardement en règle du boulevard de la Paix, au Port sec Saint-André et Saint Jean-Baptiste de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 4 octobre

A l’est de Reims, nos batteries ont efficacement contrebattu l’artillerie ennemie et fait avorter une attaque en préparation dans les tranchées adverses.
A l’ouest de la ferme Navarin, nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies, fait sauter plusieurs abris et ramenés des prisonniers. Une autre incursion dans la région du Casque nous a donné de bons résultats.
Sur le front de Verdun, la nuit a été marquée par une violente lutte d’artillerie sur les deux rives de la Meuse, particulièrement dans la région au nord de la cote 344 où ont eu lieu de vifs engagements de patrouilles.
Nos avions ont bombardé la gare de Fribourg, les usines de Volklingen et d’Offenbach, les gares de Brieulles, Longuyon, Metz-woippy, Arnaville, Mezières-les-Metz, Thionville, Sarrebourg. 7000 kilos de projectiles ont été lancés.
En représailles du bombardement de Bar-le-Duc, deux de nos appareils ont jeté plusieurs bombes sur la ville de Baden.
Sur le front britannique, canonnade dans la région d’Ypres.
Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne sur le San Gabriele. Une compagnie d’assaut ennemie a été détruite et un bataillon dispersé.
Les Allemands se sont livrés à une série d’attaques aériennes sur le littoral russe de la Baltique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 1 septembre 1917

Paul Hess

l2 septembre 1917 – Sifflements le soir et bombardement, comme les jours précé­dents.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 1er – + 11°. Nuit tranquille à partir de minuit. Visite de l’aumô­nier militaire. Proposition de visite aux soldats à Merfy acceptée ; Aéro­planes : tir contre eux. Visite du Colonel C. d’artillerie, Commandant les batteries du secteur de Bétheny à La Pompelle exclusivement…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 1er septembre

A l’est de Cerny, une patrouille allemande, qui tentait d’aborder nos lignes, a été repoussée par nos feux.
Activité réciproque de l’artillerie sur les deux rives de la Meuse.
En Alsace, un coup de main ennemi au sud de l’Hartmannwillerskopf, a complètement échoué.
Sur le front britannique, les Allemands ont violemment bombardé les positions avancées au nord-ouest d’Arleux-en-Gohelle, et tenté un coup de main qui a entièrement échoué.
Les Italiens ont enlevé une partie de San Gabriele et fait 627 prisonniers.
Les Russes ont encore reculé sur deux points, mais ce fléchissement, à raison des mesures prises, semble ne devoir comporter aucune conséquence grave.
Sur le front de Macédoine, vifs combats à la Serka di Legen et à l’ouest de Oronte. Sur la Serka di Legen, après une violente préparation d’artillerie, deux fortes attaques bulgares, qui avaient pris pied, de nuit, dans quelques unes de nos tranchées avancées, ont été presque complètement chassées de ces éléments par des contre-attaques prononcées à l’aube. L’ennemi a renouvelé ses attaques, il a été repoussé. A l’ouest de Monte, les Serbes, pénétrant dans les premières positions de l’ennemi, lui ont fait des prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 13 août 1917

Louis Guédet

Lundi 13 août 1917

1066ème et 1064ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Nuit relativement calme, d’heure en heure, irrégulièrement par salves de 4 – 5 obus. Mal dormi quand même. Il va faire beau je pense. Le soleil est radieux en ce moment. Pourvu que mon voyage se passe bien, et qu’il n’arrive rien ici durant mon absence. J’espère bien être rentré vers 7h ce soir. Je suis toujours fort affaibli, à certains moments j’ai des crises de découragements qui me rendent fou. Quelle existence…  sans issue…  sans avenir…  sans solution.

8h soir Rentré ici de Nanteuil- la-Fosse vers 6h du soir. On avait bombardé une partie de la journée durant mon absence. Là-bas trouvé tout mon monde pour l’inventaire. M. Macquart, Maire de Pourcy, frère du défunt, très brave homme, mais encore déprimé des 28 mois passés en pays envahis où il avait été emmené par les allemands le 12 septembre 1914. Il était à Tagnon. Comme tous les rapatriés il est hésitant à répondre à vos questions, suite de la terreur subie là-bas et de la prudence qu’ils devaient avoir dans leurs réponses avec les allemands, on croirait qu’ils ne veulent rien vous dire. Ils sont comme des gens venus de l’autre monde, l’œil fixé, et singulier. J’ai déjà fait cette remarque nombre de fois sur des rapatriés : on dirait qu’ils veulent vous cacher quelque chose. Nous avons causé de leur vie là-bas. A proprement parler ils n’étaient pas très-très malheureux, mais quelle vie douloureuse. A son retour il a été très surpris de l’aisance en France et qu’on nous ait laissé si près du front. Avec les allemands c’est tout le contraire, et du reste jamais ils n’ont approché du front, tellement les allemands étaient méfiants. Il m’a confirmé, hélas, les faiblesses coupables des femmes, même de la classe fort aisée : il y a des enfants !! et de plus il disait qu’il fallait surtout se méfier des femmes qui se livraient volontiers à la délation et à l’espionnage !! Du reste les allemands ne s’en cachant pas et ils ajoutaient que la France sera peuplée, après la Guerre, du produit de toutes les races !!

Déjeuner de campagne, qui me rappelait ceux de mon Grand-oncle Cosson à Perthes, très copieux. Le portage traditionnel de midi, poulet rôti, marcassin tué par M. Macquart, petit-pois, salade et poires, le tout arrosé de vin blanc du pays environnant. J’ai revécu quelques instants de ma jeunesse, si loin déjà !! dans cette grande salle à manger avec sa grande cheminée en pierre et sa taque de foyer immense aux armes de France et de Navarre. Reparti vers 3h par St Imoges, la route du matin par Sermiers étant trop mauvaise.

Rentré ici, fatigué et le cœur serré. On ne sait pas l’angoisse que je ressens quand je rentre ici !! C’est horrible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 13 – Nuit tranquille. Visite du Commandant Costa de Beauregard, cantonné à La Pompelle. Bombardement à partir de 11 h. A 1 h. un gros obus tombe près de la Cathédrale dans les ruines de l’Archevêché ; j’ai vu la fumée ; à 1 h. 8 m. une autre bombe tombe sur la voûte entre les 2 tours ; à 10 h. un autre obus au même endroit ; on le voit à la fumée ; éclats sur la maison ; deux tués.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 13 août

A l’est de Fayet, nos troupes ont entièrement reconquis les éléments de tranchées enlevées par les Allemands pendant la nuit du 9 au 10 août. Nous avons fait une vingtaine de prisonniers au cours de cette action. Dans le secteur ferme Noisy-moulin de Laffaux, nos reconnaissances ont effectué plusieurs incursions dans les lignes ennemies et ramené des prisonniers.
Au sud d’Ailles, les Allemands ont renouvelé leurs tentatives sur la tranchée que nous avons conquise d’hier. Deux attaques, dont l’une très violente, ont été repoussées avec des pertes sérieuses pour l’ennemi. Nos troupes, qui ont maintenu toutes leurs positions, ont réalisé de nouveaux progrès au cours de la nuit.
En Champagne, et sur les deux rives de la Meuse, lutte d’artillerie assez active. A l’ouest d’Avocourt, nous avons arrêté un coup de main ennemi.
Rencontres de patrouilles en Alsace, dans le bois de Carspach.
Sur le front d’Orient, l’ennemi a tenté plusieurs attaques près du lac Doiran, dans la boucle de la Cerna et entre les lacs de Presba et d’Okrida. Il a été partout repoussé.
Sur le front britannique, le temps est demeuré pluvieux et orageux. Un combat a eu lieu pour la possession d’un entonnoir à l’est de Givenchy-lès-la-Bassée. Les troupes de nos alliés se sont établies sur le rebord de l’entonnoir et ont repoussé une contre-attaque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 24 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 24 mars 1917

924ème et 922ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Très beau temps, gelée, froid. Mal dormi toute la nuit à cause de la bataille. Je ne suis pas encore parti. Le cocher Oudin commandé par Marcel Heidsieck a mangé la consigne. Le pauvre Marcel m’est arrivé à 5h1/4 navré. Je l’ai consolé de mon mieux, quoique je sois un peu contrarié de ce contretemps. Nous n’avons qu’une ressource, c’est de prendre une voiture pour Épernay où nous prendrons le train express de midi 4. Le pauvre garçon se charge de la voiture, pourvu que nous ne jouions pas de déveine ! Après tout ce n’est qu’une question de frais de voiture. Mais on ne m’y reprendra plus, si j’avais su je serais resté au lit me reposer, car je suis fatigué, oui fatigué de ces bruits de bataille toute la nuit. Pas de repos ou presque pas. J’en ai cependant bien besoin. Mais quelle nuit, quelle canonnade à partir de 10h du soir, puis attaque vers 2h du matin. Allez donc dormir avec toute cette bacchanale !

Je m’arrête et vais tâcher de me reposer un peu, en attendant ma…  voiture !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 mars 1917 – Bombardement sérieux, pendant une partie de la matinée, vers le champ de Grève et Pommery.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 24 – Dans la nuit, de 2 h. à 3 h., violent combat dans la direction de La Pompelle (?). 3° de froid ; beau soleil. 8 h. 45, bombes lancées en­semble sur nos batteries avec fracas énormes, au point de départ et à celui d’arrivée. Bombardement acharné contre les batteries jusqu’à 11 h. Reçu mandat de paiement de 6000 francs. L’Institut de France, à répartir entre les Sœurs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Collection Patrick Nerisson


Samedi 24 mars

Entre Somme et Oise, nos troupes ont mené avec décision et entrain une action offensive qui a pleinement réussi. L’ennemi, malgré une résistance acharnée, a été refoulé largement à une distance variant de 2 à 4 kilomètres au nord et à l’est du canal de Saint-Quentin.

Au nord-est de Tergnier, nous avons poussé des détachements sur les hauteurs qui dominent immédiatement la vallée de l’Oise. Dans cette région, les Allemands ont tendu des inondations. La ville de la Fère est sous l’eau.

Au sud de l’Oise, nous continuons à franchir l’Ailette.

Nos troupes ont réalisé en combattant des progrès sérieux vers Margival, au nord de Soissons.

Au nord-ouest de Reims, deux attaques allemandes sur nos tranchées de Thel ont échoué. L’ennemi a subi des pertes sensibles.

Un avion allemand a été abattu près de Dieulouard.

Les Anglais ont repoussé des contre-attaques sur une grande partie de leur front.

En Macédoine, nous avons finalement gardé la cote 1248 au nord de Monastir. Notre butin comprend en tout 11 mitrailleuses, 2 canons de tranchées, 24 officiers, 1777 hommes.

Un cinquième steamer américain a été torpillé par un sous-marin allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 5 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 5 mars 1917

905ème et 903ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin à 4h1/2 / 4h3/4 canonnade furieuse vers La Pompelle qui m’éveille, les éclairs des coups de canons flamboient et éclairent ma chambre. Je me lève, ouvre mes persiennes, et je vois le jardin couvert de neige qui continuera à tomber toute la matinée. Bataille furieuse et puis voilà les obus qui sifflent vers St Remy, 20 environ, rue Pasteur, Fléchambault, etc…  Une victime. Cela dure jusqu’à 6h du matin, puis cela cesse et je me rendors. Inventaire rue Buirette, dispute entre Hanrot (Edmond Hanrot (1864-1959)) notaire, toujours aussi pointu, Bruyant (Henri), notaire à Orbais, aussi pointu mais plus calme, et cette canaille de Lepage, ancien huissier, qui est doublé d’une brute. Je m’en suis amusé. Après-midi le vent tourne et dégel général, toute cette eau qui coule et tombe des toits sur les ruines me font mal et me rappelle mon martyre de la rue de Talleyrand. Ah ! cette pluie qui tombe, ruisselle sur les plafonds et les planchers à ciel ouvert !! Ce que c’est pénible. Fait des courses en pataugeant dans la neige fondue. Je rentre fourbu, mais il y a de l’ouvrage, lettres, circulaires pour la Chambre, etc…  Enfin je vais me coucher, j’en ai besoin, pourvu que je puisse dormir et qu’on me laisse dormir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1917 – A 4 h 45, Reims est réveillée en sursaut par une canonnade très nourrie, qui s’est déclenchée sur le secteur — et le vacarme effroyable et bien connu des démonstrations d’artillerie se pro­longe, sans la moindre interruption, pendant une heure et demie. Vers 6 h 1/4, pour terminer, les 75 dont les détonations résonnent si bien place Amélie-Doublié, mêlent aussi leurs voix au concert en envoyant, pour leur compte, en un quart d’heure au plus, un sup­plément de quatre cents projectiles environ.

Quelques obus arrivent rues Pasteur, Armonville et du Barbâtre

Le calme revient à 6 h 1/2 et le soir même, le communiqué annonce qu’à l’est de Reims, un coup de main ennemi a été faci­lement repoussé. Ceci s’était passé vers le Linguet.

— Dans le voisinage, où les habitants sont peu nombreux, on avait remarqué, hier soir, l’apparition d’un employé de chemin de fer domicilié dans les alentours de la rue Lesage, qui était reve­nu paraît-il, pour connaître l’état de la maison qu’il avait occupée jusqu’en août 1914 et pour procéder, si possible, à l’enlèvement de son mobilier. C’était la première fois qu’il rentrait chez lui, depuis la guerre ; naturellement, il y passait la nuit. Le réveil subitement brutal de ce matin — auquel nous ne nous attendions pas non plus avait eu pour effet de le méduser absolument dans son lit, où il attendait, en claquant des dents, la fin… d’il ne savait quel cata­clysme.

A 8 heures, à peine remis de ses émotions et tremblant en­core, le cheminot préférait repartir en abandonnant ses projets, malgré les bonnes paroles de gens qui cherchaient à le tranquilli­ser, en lui déclarant qu’on n’entendait pas tous les jours pareille profusion de coups de canon qui, d’ailleurs, n’avaient été dange­reux que pour les voisins d’en face ; la séance lui suffisait. Au reste, on s’accordait à reconnaître qu’il avait eu de quoi s’émouvoir mais se doutait-il seulement qu’il eût pu tomber encore beau­coup plus mal, au point de vue des risques ?

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Amélie-Doublié (avant 1914)

Place Amélie-Doublié (avant 1914)


 Cardinal Luçon

Lundi 5 – Vers 5 h. très violent combat au nord-est puis à l’est de Reims. Une épaisse couche de neige couvre la terre. 0°. Visite aux prêtres réunis au Séminaire. Un obus tombe dans les ruines de l’Hôtel Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 5 mars

Entre Oise et Aisne, nos détachements ont pénétré dans les positions adverses au sud de Nouvron jusqu’à la deuxième tranchée allemande et ont opéré d’importantes destructions.

Un coup de main ennemi dirigé plus à l’ouest, sur nos postes de la région de Haute-braye, a échoué sous nos feux.

Sur la rive gauche de la Meuse, nos batteries ont pris sous leurs feux et dispersé un détachement ennemi au nord de Regnéville.

A l’est de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans le secteur du bois des Caurières. Une attaque allemande, consécutive au bombardement intense signalé dans la région, au nord d’Eix, a été déclenchée sur nos positions de la Fieveterie. L’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans nos premiers éléments, en a été complètement rejeté par nos feux et nos contre-attaques. Notre ligne est entièrement rétablie.

En Alsace nous avons repoussé des partis ennemis, dans les secteurs d’Amertzwiller et de Burnhaupt.

Nos escadrilles de bombardement ont lancé des projectiles sur les hangars de Frescaty, la poudrerie de Bons, les hauts fourneaux de Woefling et la gare de Delme.

Les Anglais ont enlevé les premières lignes et lignes de soutien ennemies à l’est de Bouchavesnes. Ils ont fait 173 prisonniers. Ils ont réalisé une avance de 1100 mètres sur un front de 3200, à l’est de Gommécourt.

Un contre-torpilleur britannique a coulé en mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 9 février 1917

Louis Guédet

Vendredi 9 février 1917

881ème et 879ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours le  même froid sec avec lune. Heureusement que dans la journée le soleil est fort chaud à partir d’une heure après-midi jusqu’à maintenant, avec une interruption légère vers 4h3/4. Attaque et contre-attaque furieuses vers St Léonard et La Pompelle. On entendait très bien les grenades et le crépitement de la fusillade et surtout des mitrailleuses. Ce sont les Russes qui tiennent le secteur. On ne s’entendait pas par moment. Tout tremblait et nos canons tonnaient furieusement. Pourvu que nous n’écopions rien cette nuit ou demain.

Ce matin audience civile, 4 ou 5 affaires. 3 jugements rendus pour les affaires Goebel – Fontainier, que j’ai débouté tous avec chacun leurs frais, çà les rafraichira sans doute.

Après-midi sorti pour faire des courses et prendre un peu d’exercice. Attardé à l’Hôtel de Ville où j’ai bavardé avec Houlon et Martin, secrétaire du sous-Préfet ! De ces discutions et conversations sur un cas d’allocation militaire il en est résulté que nous avons découvert que jamais je n’aurais été nommé régulièrement à la Présidence des 4 commissions pour Reims. Les juges de Paix mes prédécesseurs ont pris la Présidence de Droit au début et l’on a continué les mêmes errements. Et voilà.

De fil en aiguille on a parlé du remplacement de M. Bossu Procureur de la République comme Président de la Commission d’appel pour les allocations militaire, les dossiers s’accumulent. On a demandé au nouveau Procureur s’il succéderait à M. Bossu, ou s’il déclinait. Il est convenu qu’on me proposera au sous-Préfet pour prendre cette présidence, et que Gustave Houlon me remplacera pour la Présidence des commissions cantonales.

Si le Procureur accepte, j’ai prié M. Martin de faire aussitôt le nécessaire pour régulariser ma Présidence pour la Commission cantonale. Ce sera plus régulier et plus correct. Toutefois il m’avait semblé, vu dans les nombreux décrets sur les allocations, qu’il était dit que c’était le juge de Paix de canton qui devait avoir la Présidence de ces commissions de Droit, et à son défaut telle personne, désignée alors par le Préfet ou le sous-Préfet. Je vais rechercher cela.

Je ne retrouve rien de l’article 3§1, on peut déduire que le Préfet nomme les Présidents. En tout cas mes prédécesseurs juges de Paix ont commencé, je n’ai donc fait que de continuer leur tâche. De toute façon je vais faire régulariser cette situation. De plus le Procureur de la République m’avait chargé de cette présidence. C’est plutôt drôle comme situation !!!

On parle toujours de faire un dépôt de munitions au Garage automobile de notre rue en face de l’usine Benoit. L’autorité militaire est folle !! au milieu d’une agglomération d’habitants !! C’est de l’assassinat ni plus ni moins.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 9 – Nuit tranquille, sauf vive canonnade entre batteries jusqu’à minuit. – 8°. Messe non dite : rhume. De 1 h. à … canonnade d’une extrême violence ; gros canons qui ébranlent le sol et l’air, font trembler portes et fenêtres, et secouent la maison à la faire écrouler. Quid ? N’ai pas fait le Chemin de la Croix, étant malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 9 février

Sur le front de Verdun, combats à la grenade et lutte d’artillerie assez vive dans la région cote 304-bois d’Avocourt. Nous avons capturé une patrouille allemande près de Bongée.

En Alsace, rencontres de patrouilles dans les secteurs de Metzeral, d’Aspach et de Seppois.

Un de nos avions a lancé 6 bombes sur les établissements militaires de Lahr (grand-duché de Bade). Une de nos escadrilles a bombardé le terrain d’aviation de Marakecke.

Les Anglais ont dirigé une attaque contre une importante position allemande au sommet de la hauteur de Sailly-Saillisel. Elle a réussi. 78 prisonniers ont été faits. Nos alliés ont progressé sur les deux rives de l’Ancre. Ils ont enlevé la ferme de Raillescourt, sur la route de Beaumont-Miraumont. Au sud de l’Ancre, enlevant une tranchée, ils ont fait 52 prisonniers. Un détachement a fait des prisonniers au sud de Bouchavesnes.

Canonnade dans les régions d’Armentières et d’Ypres. Les aviateurs britanniques ont bombardé un aérodrome.

Les Russes ont eu un succès sur les Autrichiens, près de Kimpolung, un autre sur les Turcs près de Guemisch-Kané (Arménie).

Un sous-marin allemand a torpillé le paquebot anglais California. Il y a des victimes.

Le Sénat américain a approuvé par 78 voix contre 5 la rupture signifiée à l’Allemagne par M. Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes

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Mercredi 31 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 31 janvier 1917

872ème et 870ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Toujours le même froid dur et glacial, des papillons de neige, beau soleil mais un peu embrumé. Je souffre vraiment du froid tant que ma chambre et mon bureau ne sont pas réchauffés. Travaillé ce matin, pas sorti. Reçu lettre de mon Robert qui me dit qu’il fit aussi froid à St Brieuc, et enfin que Rousseau de Taissy, dont j’ai obtenu l’allocation militaire pour ses parents, son maréchal des logis, est plus gentil avec lui et surtout au moins il le laisse tranquille. Il me dit qu’il ne pense pas partir au front avant mai. Dieu soit loué !! Si c’était fini seulement, malheureusement c’est peu probable. Je vais lui répondre.

…Après-midi sorti pour aller au Greffe civil et à l’Hôtel de Ville. Vu Houlon et Raïssac, causé entre autres choses de la brave femme rue de Strasbourg  82, chez qui on a trouvé 11 280 F d’or dans un fourneau, qui n’est pas encore enterrée. Elle est morte depuis 7/8 jours. Un chien ne la quitte pas et je viens de donner l’ordre qu’on l’abatte pour arriver au cadavre. A ce sujet je signalais à ces messieurs la conduite et les procédés peu…  corrects des employés des Pompes funèbres de la Ville qui poussent l’audace à venir vous demander qu’on leur paie les frais d’inhumation avant les obsèques !! C’est scandaleux !! si cette femme n’est pas encore enterrée, c’est que Adam est venu me voir et voulait que comme Juge de Paix, je lui assure le paiement des frais funéraires. Je l’ai envoyé coucher de la belle manière. J’ai dit à Raïssac qu’il fasse des observations bien senties à ce sujet. Rentré en pleurant, rencontré Guichard qui m’a entretenu de ma demande de domestique pour St Martin. Il me conseillait presque, à défaut de jeune homme, de prendre une forte jeune fille de la campagne qui serait plus facile à trouver et qui ferait facilement les travaux à faire chez mon Père. Je vais le proposer à ma pauvre chère femme. Cette fille pourrait ainsi rester chez mon Père après la Guerre. Comme je quittais ce brave Guichard, le canon se mit à tonner très fort vers Cormontreuil – St Léonard – La Pompelle, il était 4h1/4 juste et le combat continue avec une réelle intensité. Tout tremble dans la maison. C’est une attaque des allemands assurément. Nous, nous attaquons toujours le matin en général. Pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures. Mais cela tonne fort et il est 5h moins 10 et cela ne semble pas vouloir cesser. Mon Dieu que nous ayons la nuit tranquille !! Voilà où nous en sommes arrivés, à mendier une nuit de tranquillité. Quelle vie misérable ! que la nôtre. Gare ! hélas la contre-attaque de la nuit…  Je résiste si peu à ces émotions maintenant, surtout la nuit !!

8h1/2 soir  Oui ! la nuit ! Personne autre que ceux qui y auront passé sauront ce que c’est qu’une nuit de bataille ! d’alerte ! d’attente ! de Bombardement !! La nuit avec tous ces inconnus ! ses frayeurs ! ses transes ! A demi-endormis, somnolent, réveillés en sursaut ! Entendu les cris d’effroi au milieu du tonnerre du canon, des arrivées, des éclatements ! S’habiller à demi ! emporter ce qu’on a de plus précieux à sauver, allumer une lumière (un siècle !!) s’appeler ! tout le monde est-il descendu ! où êtes-vous ? que faites-vous ? Allons ! descendez ! vous êtes ridicule de vous exposer ainsi pour un rien, un colifichet !! vous habiller ? Descendez, vous vous habillerez ici.

Tous ces bruits, voix, cris ! réclamations ! appels, tout cela au milieu du fracas du canon, des obus qui sifflent ! éclatent, mitraillent ! défoncent !! démolissent ! broient ! incendient !!!!…  Et voilà ma vie depuis 30 mois !! C’est long ! C’est dur ! C’est affolant ! et l’on vit tout de même !…  Souffrir ! souffrir ! toujours, toujours ! Quand on pense que d’autres ne pensent qu’à se défiler, s’embusquer, jouir de la vie !…  Non ! c’est dur !! Et qu’est-ce cela auprès de ce qu’endurent et souffrent nos soldats, ceux qui se battent. Je ne parle pas des autres, qui ne songent qu’à se défiler (s’embusquer). Vraiment, Vaillamment…  dans la neige comme maintenant, par un froid épouvantable que je n’ai pas ressenti depuis 1895, 1888/1889 et 1870/1871. Non ! ces vaillants n’auront pas leur heure de réparation et ces freluquets, ces embusqués, ces lâches qui se réchauffent tout guilleret loin de toutes bombes et balles, ruines, etc…  dans des hôpitaux, des bureaux, des administrations de gestion de tout…  repos, ne reprenaient pas à leur tour et ne souffriraient pas aussi et pour leur lâche passé et pour l’avenir ?? Allons donc !!

Absence du feuillet 421, la première phrase a été recopiée par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 janvier 1917 – Très forte canonnade, vers la Pompelle, au cours de l’après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille. – 7°. Neige nouvelle peu abondante. Visite de M. Chapey, avocat à Bourg-en-Bresse et gendre de M. Dupin. 4 h. violent combat à l’Est de Reims qui fait tomber mes vitres. Bombes sifflantes. Dans la nuit du 30 au 31 des bombes atteignent l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres. Attaques avec gaz asphyxiants aux Marquises par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 janvier

Entre Soissons et Reims, nous avons arrêté net par nos feux deux tentatives de coups de main ennemis, l’une dans le secteur de Soupir, l’autre dans la région de Beaulne.
Actions d’artillerie assez vives en Lorraine et sur quelques secteurs des Vosges.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque à la grenade, dirigée sur une de nos tranchées dans la région de la cote 304 a été brisée par nos feux sans autre résultat que des pertes pour l’ennemi.
En Haute-Alsace, nos batteries se sont montrées actives dans la région à l’est de Seppois.
Les Anglais ont effectué un coup de main au nord-est de Vermelles ; ils ont infligé de nombreuses pertes aux Allemands. Un autre raid dans la même région a également abouti à un succès complet.
Activité de l’artillerie de nos alliés au nord de la Somme et dans le secteur d’Ypres où ils ont provoqué un incendie.
Canonnade sur le front italien du Trentin.
Échec de plusieurs coups de main autrichiens en Giulie, au sud-est de Gorizia et sur le Carso. Nos alliés ont fait des prisonniers.
Simples fusillades sur le front russe de Courlande.
Le chiffre des prisonniers capturés au nord-est de Jacobeni par les troupes de Broussiloff est de 32 officiers et de 1126 soldats; 12 mitrailleuses et 4 lance-bombes ont également été ramenés.
On annonce la mort de lord Cromer, ancien agent britannique au Caire.
Des troubles graves, causés par la disette, ont éclaté à Patras, en Grèce.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 5 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 5 juillet 1916

662ème et 660ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Temps gris froid le matin, pluie diluvienne jusqu’à 2h et temps clair mais lourd et orageux. Ce matin Caisse d’Épargne et Allocations militaires. Trouvé un homme pour les foins de mon Père. Très bons renseignements sur lui. Obtenu son laissez-passer, suspendu son allocation chômage jusqu’à son retour, il partira vendredi. Cet après-midi fait quelques courses après mon courrier. On dit que demain on doit déclencher une attaque vers La Pompelle, Prunay. Gare les éclaboussures et les représailles (?) !!

Dimanche denier le faubourg de Laon a reçu plus de 500 obus ! On tirait sur nos batteries assez maladroitement établies par notre État-major, de la place qui est pleine de lumières, dans les cours mêmes des maisons des rues extérieures du la Ville. M. Charlier, notre chef de service des allocations militaires, a reçu pour son compte 2 bombes qui lui ont démoli à moitié sa maison rue de Courcy, 52 (rue Roger-Salengro depuis 1946).

Voilà encore une journée passée, toujours le cœur serré et de souffrances morales.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cadinal Luçon

Mercredi 5 – Pluie toute la journée. Pas dit messe. Nuit et journée tranquilles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 5 juillet

Au sud de la Somme, malgré le mauvais temps, nous avons étendu au cours de la journée nos positions vers le sud et vers l’est. Nous avons pris les bois entre Assevillers et Barleux, ainsi que le village de Belloy-en-Santerre. Estrées est également tombé presque totalement en notre pouvoir. Nous y avons fait 500 prisonniers.
Canonnade sur la rive gauche de la Meuse, dans la région d’Avocourt et de la cote 304.
Sur la rive droite, les Allemands ont dirigé toute une série d’attaques sur l’ouvrage de Thiaumont qu’ils ont fini par réoccuper. Nos troupes demeurent aux abords immédiats de l’ouvrage. Nous avons réalisé des progrès aux lisières sud-est du bois Fumin.
Nous avons repoussé une attaque près d’Aspach, en Haute-Alsace.
Les Anglais ont cédé un peu de terrain au nord de la Somme, près de la Boisselle, mais ils en ont gagné à peu de distance de là.
Les Russes ont capturé 50 officiers allemands, 2700 hommes et 11 canons près de Baranovitchi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 29 avril 1916

Louis Guédet

Voyage à Paris – St Martin

4h soir  Rentré ce soir 29 vers 3h fort désemparé…  mon Jean vient de s’engager au 25ème d’artillerie à Pacé près de Rennes (Ille et Vilaine) (rayé)!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 29 – Nuit tranquille. Bordées à peu près toutes les heures. A 9 h. violent, très violent combat à l’est, à la Pompelle, jusqu’à 5 h. A 6 h., aéro­planes ; + 11°. Visite à l’Espérance, à l’Assomption, rue du Jard, aux Peti­tes Sœurs des Pauvres. A 6 h., aéroplanes ; de 10 à 11 h. violente canon­nade à l’est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 29 avril

Au nord de l’Aisne, canonnade dans la région du bois des Buttes.
A l’ouest de la Meuse, lutte d’artillerie dans le secteur du bois de Malancourt.
A l’est, bombardement violent de nos positions entre la côte du Poivre et Douaumont.
Journée calme en Woëvre. Dans les Vosges, nous prenons sous notre feu un convoi ennemi aux abords de Moussey, au sud-est de Celles.
Nos avions ont bombardé la gare d’Audun-le-Roman, des baraquements près de Spincourt, les gares de Grandpré et de Challerange.
Canonnade sur le front belge, spécialement près de Ramscapelle.
Les Anglais ont envahi des tranchées ennemies près de Carnoy, ils ont repoussé des attaques au sud de Frelinghien, à la cote 60, à Saint-Eloi, dans la région Hohenzollern, à l’est et au nord-est de Loos.
Le croiseur anglais Russel a sauté sur une mine en Méditerranée. Il y a 124 manquants.
Un sous-marin allemand a été coulé en mer du Nord.
La situation s’améliore en Irlande. L’ambassadeur américain à Berlin, M. Gérard, est parti pour le quartier général du kaiser afin d’y conférer avec ce dernier et avec le chancelier.

Source : la Grande Guerre au jour le jour.

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Samedi 23 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à l’ambulance Mencière. Reçu par M. Augias, conduit par M. Dennal, 50 suffoqués au moins gravement at­teints. Colonel X m’a dit que dans la moitié de l’action la plus voisine de nous, il y avait eu 300 à 400 suffoqués, dont 27 décès. Dans l’autre moitié, 3000 atteints, et un nombre de décès que je n’ai pas retenu. M. Debreck nous a dit 250 décès en tout le combat et la 2e division ; du côté de l’en­nemi, au moins 1000 morts et 5000 gros blessés. Visite de 10 h. 1/2 à 11 h. 1/2 à l’ambulance Cama : 50 malades environ, plus graves qu’à Mencière. Ac­cueil excellent des deux côtés comme hier et remerciements chaleureux. Photographie à Cama. Un prisonnier allemand, à qui on disait : « Comment avez-vous osé vous servir de gaz asphyxiants ? C’est contre le Droit inter­national » – a répondu : « Ce sont les Anglais qui ont commencé. » Visite à M. le Curé de Saint-André.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques


Juliette Breyer

Samedi 23 Octobre 1915. Les boches essayent d’entrer dans Reims. Ils ont attaqué deux fois. Tout cet après-midi c’était épouvantable. Les fusils, les mitrailleuses, tout marchait. Un bruit d’enfer. Si seulement c’était notre délivrance. Les agents de liaison viennent de passer près de nous. Ils disent que c’est près de la Pompelle. Ils nous ont envoyé des gaz asphyxiants mais jusqu’ici ils n’ont pas avancé. Notre artillerie en a tué beaucoup. Ils sont à notre première tranchée mais ils n’ont pas pu y pénétrer. Peut-être cela finira-t-il tout de même.

J’ai écrit à un employé de chez Mignot pour lui demander quelques conseils. Je voudrais tant retravailler. On trouve le temps encore plus long.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Samedi 23 octobre

Nous arrêtons net des tentatives d’attaque ennemies aux environs de Lombaertzyde, en Belgique.
Une attaque allemande a été repoussée devant les saillants du fortin de Givenchy, une autre dans la vallée de la Souchez.
Notre artillerie a bombardé les tranchées et cantonnements ennemis, entre l’Avre et l’Oise.
Canonnade violente en Champagne (ouest de Tahure, est de la butte du Mesnil, Ville-sur-Tourbe). Nous avons maîtrisé le feu de l’ennemi par celui de nos batteries.
Nos avions ont bombardé le parc d’aviation allemand de Cunel, entre Argonne et Meuse.
Les Russes ont capturé 148 officiers et 7500 hommes, près de Tarnopol (Galicie).
Les flottes alliées ont bombardé Dedeagatch et Porto-Lagos (côte bulgare de l’Égée).
La Grèce a refusé les offres conditionnelles que lui faisait la Quadruple Entente.
Un sous-marin allemand a attaqué un submersible suédois. La Suède a protesté à Berlin.
On signale des désordres graves en Bulgarie (Stara-Za
gora et Yamboli).

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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