• Monthly Archives: mars 2016

Vendredi 31 mars 1916

Fokker

Louis Guédet

Vendredi 31 mars 1916

566ème et 564ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps, vraie journée de printemps. Le calme. Journée occupée par une levée de scellés et un inventaire après le décès d’une dame veuve Destable-Lepage (Louise-Caroline Destable-Lepage (1825-1916)), 7, rue Buirette, pour le compte de Mt Jolivet. Trouvé 1200 Fr environ d’or et d’argent, et ensuite fait venir un ouvrier de la Maison Fichet pour faire ouvrir le coffre-fort dont on ne retrouvait pas la clef…  travail de 2 à 5h du soir, pour ouvrir le maudit coffre-fort qui était vide !!… Tête des héritiers et surtout de l’exécuteur testamentaire le fameux Lepage, ex-huissier, un honnête homme : foiré, lui qui croyait avoir une grosse récompense pour sa fonction !! Le « Diamant » sera plutôt maigre. Qu’on me pardonne l’expression ! Mais il faisait une vraie…  Gueule !! Quant à moi, je me tordais…  de voir sa déconvenue !! Bref, journée d’occupation pour rien.

Pas de nouvelles de mes aimés, pourvu qu’ils ne soient pas souffrants. J’ai des moments d’angoisses terribles. Ma vie journalière n’est qu’une vie de martyr. J’en arrive à vivre comme une loque, sans courage sans espoir. J’ai les bras cassés, et chaque fois que je songe à ma misérable vie mes bras tombent comme si on les avait brisés… !! – Sans espoir – sans avenir – sans ombre ni lueur de joie et de bonheur – de tranquillité – de me retrouver avec un foyer et tous les miens !! Rien ! Rien ! Rien !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 31 – Nuit tranquille sauf gros coups de canon ou bombes par intervalles. 8 h. Bombes allemandes sifflantes, tirées sans doute sur les batteries repérées par les avions d’hier. + 1 ; ciel sans nuages. Via Crucis in cathedrali. Aéroplane français. Écrit à M. Barres. Commencé lecture des Humanistes (abbé Brémond).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Alfred Wolff

Ma dernière journée de police avant mon départ pour Paris, je vais faire mes adieux au Central, mon collègue Barbier est mon banquier et me facilite mon départ du lendemain. Les troupes nombreuses sillonnent la ville, les aéros survolent dans l’air ensoleillé. Le génie en kaki et casque de même teinte passe et repasse au moment des relèves. Il est 8 heures, de gros obus-torpilles tombent vers St Marceaux, les Boches repèrent nos casernements de fortune. Des compagnies entières de travailleurs pelle et pioche sur l’épaule se dirigent vers Laon-faubourg de la rue Henri IV où j’en rencontre une. L’écho en ce moment répercute le bruit fait par les obus-torpilles tombant sur les tranchées. Pas pressé ce jour au bureau, c’est l’ennui, le poêle ronronne, le soleil brille toujours, la température froide est ferme – Les aéros Boches veulent survoler, la canonnade les fait rentrer en leurs lignes. Il est 9h34.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Vendredi 31 mars

Au sud de la Somme, nous bombardons les gares de ravitaillement de Puzeaux et de Hallu (Chaulnes). Nos canons ont abattu un avion près de Nouvion : les passagers ont péri. Au nord de l’Aisne (plateau de Vauclerc) nos batteries ont provoqué une forte explosion. En Champagne, nous abattons un taube (Ste-Marie-à-Py). En Argonne, nous bombardons le bois de Malancourt. L’ennemi n’a point progressé dans le village de ce nom. Il a renouvelé en vain ses attaques et laissé des monceaux de cadavres devant la partie du bois d’Avocourt que nous avons occupée. A l’est de la Meuse, les Allemands ont dirigé une violente attaque avec jets de liquides enflammés sur nos positions aux abords du fort de Douaumont. Ils ont été repoussés. Une seconde offensive, qui leur a coûté de grosses pertes, n’a pas eu plus de succés. Bombardement en Woëwre. Notre tir disperse une forte reconnaissance près de Wissembach, dans les Vosges. Nous avons abattu un fokker en Champagne (Dontrieu) et cinq avions près de Verdun. Le général Chouvaïef remplace le général Polivanof au ministère russe de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Fokker

Fokker.

Source de la photographie : http://www.donhollway.com/immelmann/

 

Share Button

Jeudi 30 mars 1916

Avaucourt

Louis Guédet

Jeudi 30 mars 1916

565ème et 563ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme et beau temps. Vu à mon passeport pour aller à Fismes le 10. J’espère qu’il me sera accordé, mais avec ces galonnards !!! Ce que je les ai sur le cœur !! Un exemple à 11h. Tandis que j’étais occupé, un galonné sergent entre carrément dans la maison et va aux remises à autos où j’ai mon pauvre mobilier abrité là. « Cela convient parfaitement, mon commandant pourra très bien mettre ses 2 chevaux et sa voiture » – « Je reviendrai avec lui cet après-midi… » – « Il faut mettre tous ces meubles dehors autre part !!! » Et voilà. Je bondissais quand on me dit cela. Été à la Ville pour protester contre cette désinvolture, vu le sous-intendant Bassin avec qui j’avais audience à 2h. Il était outré…  et il m’a dit de me refuser à semblable conduite et invasion, étant notaire et juge de Paix gardien de documents, etc…  et que si le galonné persistait que j’écrive carrément au Ministère de la Guerre et au Général Commandant les Armées. J’étais vraiment bouleversé !! Quand je suis rentré personne n’était venu. Heureusement. Je ne sais ce que j’aurais fait. Je suis à bout. Je le sens. Je vais tomber. Je pleure à la moindre pensée des miens, d’un ennui, etc…  je tombe… Je meurs. Mon Dieu tant mieux !! puisqu’il n’y a pas de justice pour m’aider, me soutenir, m’accompagner…

Il faut mieux (rayé). Je ne puis aller jusqu’au bout. C’est dur (rayé), car (rayé) ainsi que (rayé). Non, il (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 mars 1916 – Nouvelles lues dans Le Courrier:

Une saisie.

le commissaire de police du 19′ canton s’est présenté hier à huit heures et demie dans nos bureaux, pour se faire délivrer, sans bourse délier, les numéros du Courrier de ce jour. Un certain nombre de nos porteuses ont été également priées de céder gratuitement les exemplaires qu’elles n’avaient pas encore vendus.

 Au total, une trentaine de numéros ont été saisis. Nous ignorons le genre de mort qui leur est réservé.

La visite des Grands Chefs Alliés

Hier, dans l’après-midi, le général Cadorna, Généralissime de l’armée italienne et le général Joffre, Généralissime de l’armée française, sont venus visiter Reims. Ils étaient accompagnés par le général commandant la ?e armée.

 Les hauts personnages militaires se sont rendus à la cathédrale, à l’intérieur de laquelle ils sont entrés. On les a conduits ensuite à l’archevêché dont ils ont parcouru les ruines.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


Cardinal Luçon

 Jeudi 30 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canon ou bombes à plusieurs reprises 11 h. 1/2, 3 h. nuit. Aéroplane français à 10 h. matin. Température 0 ; ciel sans nuage, chaud. Aéroplane allemand toute l’après-midi. Tir acharné contre lui, inutilement. Visite à St-Joseph collège, et rue de Venise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 30 Mars 1916 – C’était aujourd’hui l’enterrement. Cette triste cérémonie s’est passée sans incident. Une dizaine de personnes y assistaient. Que veux-tu, personne n’ose sortir. La veille, un enterrement avait été surpris par un bombardement ; on a été forcé de porter le corps dans une maison ; les personnes se sont mises à l’abri et le cheval du corbillard ayant eu peur s’est emballé. Ton parrain a pu avoir une permission. Quand tu reviendras, tu le trouveras vieilli aussi. Il est tout gris. J’avais acheté une petite gerbe en grains. Pauvre mémère, elle est quitte de bien des choses.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Chasse aux aéros Boches, il est 12h34, ils se perdent dans les nuages qui répercutent le
tac-tac des mitrailleuses. On nous promet une guerre de l’air, je le crois, ce sont des préludes.
Rencontre Espick (Esprit).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Jeudi 30 mars

En Argonne, nous avons bombardé les organisations allemandes au nord de la Haute-Chevauchée les lisières sud du bois de Cheppy. Un combat à la grenade nous a permis de progresser notablement dans les boyaux ennemis au nord d’Avocourt et de faire des prisonniers. Après une intense préparation d’artillerie, nos troupes ont enlevé la corne sud-est du bois d’Avocourt; elles ont pris 3oo mètres environ de ce bois en profondeur, ainsi que l’ouvrage réduit d’Avocourt. Toutes les contre-attaques déclenchées par l’ennemi ont échoué, en lui laissant de fortes pertes. Nous avons capturé des prisonniers. Au cours d’une attaque à gros effectifs dirigée sur le village de Malancourt, les Allemands ont pris pied dans un ouvrage avancé et dans deux maisons du village. Leurs tentatives pour pousser plus loin ont été enrayées par nos feux. Le bombardement a d’ailleurs continué sur tout le front d’Avocourt à Béthincourt. Dans les Vosges, nous canonnons les organisations allemandes de Stosswihr et de Munster. Les Allemands ont attaqué vainement nos lignes de Macédoine. Six avions qu’ils ont dépêchés au-dessus de Salonique, ont fait dans cette ville une vingtaine de victimes. Les Grecs manifestent leur indignation. Les ministres italiens ont quitté Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Avocourt

Avocourt

Share Button

Mercredi 29 mars 1916

Cimetière de l'avenue de Laon

Louis Guédet

Mercredi 29 mars 1916

564ème et 562ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Canon toute la nuit. Journée calme. Temps nuageux et rayé de soleil, glacial. Ce matin allocations militaires. Cet après-midi visite de Mandron père (Adolphe Mandron (1845-1930), notaire honoraire depuis 1908), pour fixer sa prestation de serment comme suppléant de son fils. Ce sera pour demain 11h1/2 dans mon cabinet. Causé de choses et d’autres. Il n’est pas changé. Toujours aussi onctueux. Voilà ma journée. Quand je vois tous ces gens-là qui n’ont pas souffert de la Guerre, cela me serre le cœur et me fait sentir bien plus ma misère et ma malchance ! Pauvre chère petite femme, mes pauvres chers Petits !! Non ! mon Dieu c’est trop nous écraser !! Et aucun espoir de voir des jours meilleurs. Oh ! quelles souffrances. Si encore j’étais seul à souffrir… !!!

7h soir On me dit qu’on a vu dans les rues de Reims le Général Joffre aujourd’hui après-midi, que du reste on avait interdit la circulation des voitures pendant quelques temps dans les grandes artères à cause de lui. Que va-t-il se passer ?? Nous avons cependant déjà assez souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 29 – Nuit tranquille ; grosses bombes sur les tranchées à plusieurs reprises. Journée tranquille, sauf quelques gros coups de canons et bombes entre batteries, ou sur les tranchées. Écrit aux Évêques pour notre réunion provinciale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 29 Mars 1916 –  Je suis allée ce matin pour voir ta mémère. Elle était déjà dans le cercueil. Nous avons pleuré. Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Cimetière de l'avenue de Laon

Cimetière de l’avenue de Laon


Alfred Wolff

Visite du Président de la République et de toutes les notabilités du grand conseil des nations. Une ? d’autos passe place de l’Esplanade revenant de Pommery sans doute.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mercredi 29 mars

Notre artillerie, dans l’Argonne, a continué à se montrer active contre les organisations ennemies au nord de la Houyette, dans les secteurs de la Fontaine-aux-Charmes et de la Haute-Chevauchée, ainsi qu’en Argonne orientale. Un tir dirigé sur une batterie ennemie du bois de Montfaucon a provoqué une violente explosion. A l’ouest de la Meuse, le bombardement a repris avec violence au cours de la journée sur nos positions depuis Avocourt jusqu’à Béthincourt. Les Allemands ont déclenché une forte attaque sur notre front Haucourt-Malancourt. Ces vagues successives d’assaut ont toutes été repoussées avec de fortes pertes par nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie. En Woëvre, notre artillerie a exécutée des concentrations de feux sur les points sensibles du front ennemi. Les Anglais ont repris des tranchées à proximité d’Ypres (Saint-Eloi), en capturant cent soixante-dix prisonniers allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Mardi 28 mars 1916

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Mardi 28 mars 1916

563ème et 561ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit assez calme. Journée de même mais froide et pluie glaciale. J’ai tenu mon audience de simple police à 1h1/2 salle habituelle. 46 affaires inscrites, 44 jugées. J’ai secoué un ou 2 gendarmes. Ils le méritaient. Le bombardement d’hier a été réellement terrible, rien que sur les Déchets il est tombé plus de 20 obus (cette usine de traitement des déchets textiles, dite S.A. des déchets de la fabrique de Reims, était située 14, rue de Venise et 25, rue du Jard). Tout le secteur entre la rue du Jard et le cimetière du sud a été très flagellé. Les obus devaient être énormes car pas une maison qui n’ait été touchée qui ne soit complètement rasée. Tout cela n’est pas pour nous faire voir l’avenir en rose, d’autant qu’on jase beaucoup et qu’on fait courir force bruits plutôt décourageants. On a visité parait-il toutes les caves de la rue de Vesle pour savoir combien elles peuvent contenir de soldats chacune. On parle d’évacuer la Ville, un tas d’on-dit qui sèment plutôt la panique. Pour nous qui résistons à cela et réagissons contre cela. Ce n’empêche que ce n’est pas sans influer un peu sur le moral et les nerfs. Et on n’est plus aussi résistants qu’il y a 19 mois… !…

Que Dieu nous protège et que bientôt je voie la délivrance. J’en ai assez.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1916 – Du Courrier d’aujourd’hui :

Son Éminence le cardinal Luçon.

 Le cardinal-archevêque de Reims s’est rendu hier après-midi, accompagné de Mgr Neveux, dans le quartier le plus atteint par le bombardement. Mgr Luçon a prodigué ses paternelles consolations à ses diocésains éprouvés. II a félicité chaleureusement les pompiers qui se sont signalés hier, comme en tant d’autres circonstances, par leur courage et leur adresse.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit tranquille ; journée paisible ; + 4. Visite au Général Boyer, à Roederer, à M. le Curé de Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


 Juliette Breyer

Mardi 28 Mars 1916 –  Ce matin en partant en course de bonne heure je regardai les dégâts faits la veille par les bombes quand tout à coup, levant les yeux, j’aperçus Gaston qui se dirigeait de mon côté. Je vis tout de suite à sa physionomie qu’il venait m’apprendre quelque chose. En effet le malheur s’acharne sur nous. Ta mémère, ta pauvre mémère que tu aimais tant est morte hier subitement sans beaucoup souffrir. On a aussitôt envoyé une dépêche à ton parrain. Quel choc quand il va la recevoir. Nous aurons eu tout !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Pluie, calme, pas d’obus ce matin, les troupes emplissent la ville.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 28 mars

Entre Somme et Avre, aux environs de Maucourt, après un intense bombardement, les Allemands ont tenté sur une de nos tranchées de première ligne un coup de main qui a échoué. En Argonne, lutte de mines à notre avantage à la Fille-Morte. Combat à coups de bombes dans le secteur de Courtes-Chausses. Activité continue de notre artillerie dans le secteur du bois de Cheppy. Nos pièces à longue portée ont canonné les troupes en mouvement dans la direction Exermont-Châtel et fait sauter un dépôt de munitions. A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur notre front Béthincourt-le-Mort-Homme-Cumières, ainsi qu’à l’est du fleuve, dans la région Vaux-Douaumont. Rafales d’artillerie en Woëvre (Moulainville et Châtillon). Ici, aucune action d’infanterie n’a été déclenchée. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons la gare et les établissements ennemis d’Heudicourt, au sud de Vigneulles. Nous y provoquons un incendie. Un raid d’hydravions anglais s’est produit sur la côte du Slesvig-Holstein. Un hangar de dirigeables a été bombardé et deux patrouilleurs allemands coulés. Un paquebot, le Minneapolis, a été torpillé. Il jaugeait 13000 tonnes. Il y a onze victimes. La conférence des alliés a clôturé ses séances en proclamant l’unité d’action dans le domaine militaire, politique et économique.

 Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 27 mars 1916

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 27 mars 1916

562ème et 560ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bataille. J’ai cependant dormi. Vent, temps nuageux et froid. Vers 9h des bombes dans les environs, comme mon vieil expéditionnaire M. Millet arrivait. Le temps de descendre quelques papiers et à la…  cave…  Les ouvriers qui refont le mur du jardin sur la rue descendent aussi avec Jacques. Lise est allée faire son marché. Cela m’inquiète, mais dix minutes après voilà Kiki, son toutou qui arrive tout essoufflé, (il n’aime pas cette musique là le brave Kiki, il est toujours descendu le 1er et Lise derrière lui.

Elle nous dit qu’il est tombé des obus au bas de la rue du Jard. Peu après Jacques nous dit que les Déchets, rue du Jard et rue Petit-Roland (rue Paul-Adam depuis 1924), brûlent. La maison au coin de la rue de Venise et de la rue des Capucins, en face de la Chapelle du collège des enfants St Joseph est effondrée par une bombe. Nous esquissons une tentative de remontée au jour vers 10h, mais il faut immédiatement redescendre. Cela tombe dru, de plus on se bat devant Reims. Bref nous remontons définitivement à 11h et je tâche de travailler, je n’y ai guère le cœur ni mon brave papa Millet ! Quelle triste vie. Cet après-dîner je tâcherai de savoir par Jacques ce qu’il y a comme dégâts et malheureusement de victimes, car il doit y en avoir après un arrosage pareil ! J’écris quelques mots à ma chère femme pour la tranquilliser, car le journal « Le Courrier de la Champagne » qu’elle reçoit annonçant chaque fois les bombardements sans indiquer où…  si elle n’avait pas de lettre de moi le lendemain elle s’inquiéterait. Elle a déjà bien assez de tourments, de soucis, de souffrances. Je m’attriste de plus en plus, est-ce mon excès de goutte qui m’affaiblit, mais si je m’écoutais je pleurerais à chaque instant. Je suis à bout de courage, mais…  je dois rester !

6h3/4 soir  Adèle est rentrée et me demande de rester, elle me dit qu’elle a trouvé à caser ses neveux et que du reste son beau-frère ne veut pas qu’elle nous quitte. Elle reste donc. J’aime tout autant cela. Nous sommes habitués à elle, c’est tout dire. Calme cet après-midi. On dit que les vieillards infirmes des Hospices de la Ville viennent d’être évacués. On dit que ce sera aussi notre tour, on dit…  on dit bien des choses…  mais la situation n’en n’est pas moins pénible. Pourvu que tous ces on-dit soient des racontars et que lors de l’avance générale, nous n’ayons pas trop à souffrir et que nous soyons toujours restés là. C’est mon plus grand désir. Car ce serait bien dur de partir après être resté là à souffrir pendant 19 longs mois, pour laisser tout à l’abandon, livré au pillage de nos troupes qui ne s’en font pas faute ! C’est même honteux ! J’espère bien que cette nouvelle épreuve ne me sera pas imposée.

Je viens d’écrire quelques lignes à ce pauvre M. de Granrut qui m’a annoncé par une carte la mort de son fils Louis ce matin. Je comprends bien sa grande douleur. Quel coup pour eux.

Tout cela est loin de me donner des idées gaies et m’attriste énormément. Il est temps que nous soyons délivrés, car je crois vraiment que je tomberai et succomberai. C’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 mars 1916 – Un bombardement serré, sur la ville, commence subitement à 9 heures. A ce moment, je suis au bureau ; les collègues arrivent et nous nous demandons ce que cela signifie, — à propos de quoi Reims doit encaisser aujourd’hui.

Les Boches veulent-ils souligner la réunion de la Conférence des Alliés, à Paris ? Ou bien la reprise d’un petit bois vers Berry-au-Bac, dont on a entendu parler hier, leur est-elle trop sensible ? Un incendie considérable se déclare tout de suite à la Société des déchets ; un homme y est carbonisé. Jusque vers 10 h 1/2, trois cents obus environ, tombent sur les quartiers de la rue du Jard, la rue de Venise, le bas de la rue de Vesle, Dieu-Lumière, etc.

ll y a cinq tués et neuf à dix blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(NB : Le « petit bois près de Berry-au-Bac » dont parle Paul Hess, c’est le « Bois des Buttes » près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, où fut blessé Guillaume Apollinaire le 17 mars 1916.)

Rue de Venise

Rue de Venise


 Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille pour la ville. Coups de canons ou de fusils au loin. + 4. Vers 9 h. violent bombardement sur nos batteries ; bombardement sur la ville. Incendie des Déchets. Deux soldats tués à Dieu-Lumière. Un ouvrier brûlé aux Déchets. 7 civils tués. Visite aux Déchets à M. Renard ; au Bon Pasteur, Petites Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 27 Mars 1916 – Quelle matinée ! A 8 heures et demie les boches ont commencé à bombarder et jusqu’à 11 heures et demie sans arrêt. Leur but, c’était le quartier Dieu Lumière. C’est vrai que les canons de la Berthe nous causent des ennuis. Je suis allée au lait à 11 heures et demie. La route était sillonnée d’éclats, j’ai vu du sang et j’ai appris qu’il y avait eu beaucoup de victimes. Je ne suis plus si crâne. Je t’assure que cela m’impressionne ; plus ça vient et plus les nerfs sont faibles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Dès 8h50, bombardement, toujours les mêmes endroits, rue de Strasbourg, Thionville, Gobelins, Grandval, CxStMarc, Bd Carteret, une blessée Ve Lemel 72 ans, au loin des obus tombent un incendie éclate aux déchets. Les soldats abondent dans la ville. Il fait beau, pas d’aéros. A 10h45 petit carillon. Nos gros pères donnent d’une minute à l’autre. Au Linguet 40 mitrailleuses attendent les Boches. Visite du Caporal mitrailleur Hobary Louis de Bazeilles (cultivateur).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 27 mars

En Argonne, concentration de feux sur les nœuds de communication en arrière du front ennemi. Nous bombardons des convois de ravitaillement au nord d’Apremont. A l’ouest de la Meuse, bombardement entre le bois de Malancourt et nos positions de seconde ligne. Pas d’action d’infanterie. A l’est de la Meuse et en Woëvre, canonnade intermittente. Activité de notre artillerie sur tout l’ensemble du front, notamment dans la région de Grimaucourt, où notre tir a provoqué plusieurs explosions et dans la région de Harville, où nous avons dispersé un important convoi. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre canonnade a déterminé l’explosion d’un dépôt de grenades. Nos pièces a longue portée bombardent la gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel. Activité de notre artillerie dans les Vosges (vallée de la Fecht). Un de nos pilotes a abattu un avion allemand dans la région de Douaumont. Le gouvernement américain a prescrit une enquête minutieuse sur les derniers torpillages et en particulier sur celui du Sussex, qui a fait plus de victimes qu’on ne l’avait cru d’abord: 97. Les Bulgares et les Allemands ont pénétré sur le territoire hellénique. La crise social-démocrate s’accentue encore en Allemagne : 14 députés de la majorité ont quitté la salle des séances du Reichstag pour ne pas voter le budget. La conférence des Alliés s’est réunie au quai d’Orsay sous la présidence de M. Aristide Briand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 26 mars 1916

Berry-au-Bac

Louis Guédet

Dimanche 26 mars 1916

561ème et 559ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Cette nuit canonnade et bataille fort vive de 11h1/2 à 2h du matin. Peu dormi. Ce matin calme, vent très fort avec pluie et giboulées de neige fondue. Il fait très froid. Mon cœur est aussi glacé que le temps. Je n’ai pas les idées gaies après une nuit qui a été loin de les rendre couleur d’azur. Je marche toujours difficilement, et mon pied est fort gonflé…

Appris par Claude Helluy du « Courrier de la Champagne » que Louis de Granrut (Louis de Bigault de Granrut, caporal au 94ème RI, né en 1894 et décédé le 22 mars 1916 à Vadelaincourt (55)), fils de Charles de Granrut, directeur des verreries de Loivre, ami et camarade de classe de mes fils Jean et Robert, avait été tué à Froides-Terres près de Douaumont, aux derniers combats autour de Verdun. Voila un coup terrible pour le pauvre de Granrut, son fils unique, il ne lui reste plus qu’une fille, sur lequel il fondait toutes ses espérances d’avenir pour reconstruire et relever ses verreries de Loivre qui sont saccagées par les allemands et sont sur la ligne de feu. Je me demande même s’il songera maintenant à relever, à reconstruire cette usine ! qu’il ne voulait rebâtir que pour son fils à cause du nom. Maintenant lui disparu !!

A sa place je crois que laisserai disparaître cette usine. Ce sera malheureux pour notre région, mais comme il a une belle fortune et que le voila seul avec une fille qui certainement ne se mariera pas avec un verrier (Jeanne (1893-1969) épousera Joseph Savary de Beauregard et aura une nombreuse descendance). Alors !!! Voilà une industrie qui disparaitra de Reims sans aucun doute. Il est particulièrement atteint, il est également propriétaire de 1200 ha de bois en forêt au Four de Paris, au bois de la Gruerie (en Argonne), etc… !! Saccagée encore cette belle forêt où j’ai chassé maintes fois, qu’il conservait et avait pris en partage justement pour ce fils qui vient d’être tué ! Sa femme d’un autre côté détestait Loivre, ce gentil château des Fontaines. Je me demande même s’il ne quittera pas la région pour aller se retirer en Avignonnais, au château de Barbentane, pays d’origine de Mme de Granrut, qui est une Barbentane. Je le plains de tout mon cœur, il était devenu un bon ami pour moi quoique n’étant pas mon client ; mais il me consultait souvent et je voyais qu’il m’aimait. Je vais lui écrire en attendant que je le voie à Paris en avril quand j’irai.

Il pleut toujours à torrent, quelle triste et lugubre journée pour moi.

6h soir  M. Lesage, l’aide de M. Ravaud pharmacien, me quitte. Il vient de me faire passer 2 heures bien agréablement à bavarder de choses et d’autres. Il vient de m’apprendre que l’attaque de la nuit dernière avait été faite par les nôtres avec emploi de gaz asphyxiants. Opération qui avait très bien réussie. Il tenait cela d’un officier qui avait assisté à l’attaque. Il y avait beaucoup de cadavres d’allemands asphyxiés dans leurs tranchées. Il y a longtemps qu’on aurait dû déjà employer ces moyens-là avec ces sauvages.

Il m’a appris aussi la maladie, l’état assez grave du docteur Harman, 82 ans (1834-1922)!! C’est le seul docteur, professeur à l’École de Médecine, qui soit resté à Reims (occupation et siège) ! C’est un bien brave homme, mais original en diable !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 26 – Nuit bruyante autour et au loin de Reims, du cote du sud-est. Combat d’artillerie, éclairs continus et nombreux a l’est et au sud-est. Donne lettre pour le Président du Comité hispano-américain. Départ de M. Compant pour Paris, où il va voir le Président, pour avoir et faire passer des nouvelles en Ardennes ; de M. Cousu pour Tours. Retraite du mois. Canonnade, au loin, on pense vers Berry-au-Bac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Berry-au-Bac

Berry-au-Bac


Dimanche 26 mars

En Belgique nous bombardons les tranchées ennemies à l’est de Boesinghe et aux abords d’Het-Sas. En Argonne, actions d’artillerie assez violente aux alentours du Four-de-Pmis, des Courtes-Chausses et de la Haute-Chevauchée. Activité d’artillerie à l’ouest de la Meuse sur nos deuxièmes lignes, à l’est dans la région de la côte du Poivre et de Douaumont, en Woëvre dans le secteur des Côtes-de-Meuse. Aucune action d’infanterie au cours de la journée écoulée. Les Russes ont fait une trouée dans les ligues allemandes près de la Dvina et Guillaume II s’est transporté à Vilna pour surveiller les opérations dans ce secteur. Les Anglais ont accompli de sérieux progrès dans l’Afrique orientale allemande. M. Milioukof, chef de l’opposition libérale à la Douma, a prononcé un important discours sur la question des Détroits. Il a, en même temps, critiqué la politique russe en Bulgarie. M. Haase, député socialiste, a fait une violente sortie au Reichstag, en préconisant une paix rapide. Le vapeur Sussex a été torpillé entre Folkestone et Dieppe: cinquante victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 25 mars 1916

Rue de Cernay

Louis Guédet

Samedi 25 mars 1916

560ème et 558ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours le même silence, sauf quelques coups des nôtres (la batterie du chemin de Cormontreuil) depuis 1 heure. Temps et soleil magnifique. Peu d’avions. Ce silence m’inquiète. Est-ce de l’impressionnabilité ? est-ce de la lassitude ? Je ne sais mais je suis bien inquiet et bien triste. Encore un courrier qui m’arrive. Ma Bonne, Adèle, mon chien Fidèle !! va me quitter. Elle est toute marrie, mais elle ne peut faire autrement. Elle est obligée de se charger des 4 enfants de sa sœur de Billy qui vient de mourir à Épernay, le Père est au front. Son père et sa mère sont trop vieux pour s’en occuper, alors c’est elle qui doit se dévouer ! quand elle m’avait prévenu il y a quelques jours je lui avais dit que malgré l’ennui et la gêne que cela me causerait, je ne pouvais la retenir, car les siens avant tout. Voila donc le seul témoin de mes misères, mes épreuves, mes souffrances et mes tortures depuis le 1er septembre 1914 qui me quitte. Elle m’était fort attachée et je le lui rendais car c’était une bonne fille, un vrai chien fidèle !! Rien ne m’aura été épargné. Il faut que je sois abandonné de tous, tout seul, tout seul !!!…  J’ai bien ici pour la remplacer Lise et Jacques, mais ils sont au service de Mme Mareschal et ce n’est plus la même chose. Et puis quand Reims sera délivré ma pauvre femme n’aura personne pour la seconder, l’aider dans le triage de tous nos débris !!… C’est dur, bien dur !! Non, rien ne m’aura été épargné. Et si c’était encore la fin et qu’ensuite j’ai enfin la tranquillité, la prospérité, le bonheur…  mais je n’espère plus cela. Ce n’est pas fait pour moi. Je suis un maudit, un paria !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit tranquille ; température : 6 ; gelée blanche, beau soleil. Visite à S. J. B. de la Salle : rue de Metz, rue de Cernay, rue de Grandval et rue de Betheniville. Visite au Dr Armand, malade. Salut du Triduum, Chapelle du Couchant. Aéroplane ; quelques coups de canon et quelques grosses bombes sur les tranchées. 11 h. combat à la grenade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Cernay

Rue de Cernay


Alfred Wolff

Minuit ! semblables à de gros bonbons, les grosses pièces de canons résonnent semblant appeler à un office funèbre, en effet ils sèment la mort aux moyens de gaz asphyxiants qu’ils contiennent et partent de la Pompelle, but ancien processionnel de la paroisse St Remi, ce ne sont plus le même temps.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Samedi 25 mars

En Argonne, à la suite de l’explosion d’une de nos mines à Vauquois, l’ennemi a attaqué et a réussi à prendre pied un moment dans notre tranchée de première ligne. Mais une contre-attaque l’en a chassé aussitôt; au cours de cette contre-attaque, nous avons fait une trentaine de prisonniers. Activité de notre artillerie sur les voies de communications ennemies en Argonne orientale et sur le bois de Malancourt-Avocourt. Au nord de Verdun, pas d’évènement. Bombardement intermittent de nos deuxièmes lignes à l’ouest et à l’est de la Meuse, avec riposte énergique de nos batteries. Au nord-est de Saint-Mihiel, nos pièces à longue portée tirent sur la gare de Vigneulles, démolissent un hangar, provoquent l’explosion d’un train qui se trouvait en gare. Le débat budgétaire a commencé au Reichstag;la plupart des orateurs critiquent les nouveaux impôts. La presse allemande avoue que le quatrième emprunt a été un demi-échec. Certains journaux d’outre-Rhin préconisent la substitution de la guerre aérienne à la guerre sous-marine. Les Turcs se disposent à résister à Trébizonde. De nouvelles émeutes ont en lieu à Constantinople.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 24 mars 1916

Mission roumaine en visite à Reims le 24 mars 1916

Le 24 mars 1916 : mission roumaine

Le 24 mars 1916 : mission roumaine


 Louis Guédet

Vendredi 24 mars 1916

559ème et 557ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours le silence, c’est extraordinaire, cela m’inquiète plus que la canonnade ? Que se prépare-t-il ?……………………………………………. Il parait qu’il arrive canons sur canons……………………..

Ce matin audience de conciliations : conseils de familles, locataires qui ne veulent pas payer leurs loges : « C’est la guerre, nous ne devons donc pas payer notre loyer ! » Et puis rien à obtenir d’autre !! C’est à gifler ces gens-là ! Rentré à midi 1/2 et puis fait mon courrier. Je suis revenu à pied du Palais. Je n’ai pas trop souffert, mais j’ai mis 1/4 (d’heure) quand j’avais pour 5 minutes ordinairement…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 mars 1916Le Courrier d’aujourd’hui parle d’une pétition adressée au Gouvernement et aux Chambres, par le syndicat des maitres-imprimeurs de Maine-et-Loire, en vue de faire réglementer la consommation de papier. Il demande que les journaux paraissent uniformément avec deux pages d’impression seulement (1) afin d’apporter un remède à une situation qui pourrait devenir désastreuse pour l’industrie du papier, et de protéger la papeterie française contre la concurrence du dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(1) Une partie de la presse édite des journaux à 4, 6 et même 8 pages.

Cardinal Luçon

Vendredi 24 – Nuit tranquille ; + 5 ; pluie pendant la nuit. Journée tranquille, sauf quelques gros coups de canon. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Alfred Wolff

Calme tout le long du jour. La presse nous apprend que les Russes attaquent sur 160 kilomètres,  que la conférence des Alliés produira d’excellents effets, « J’y compte bien ! »
Quelques nouvelles : Nombreux trains boches déversant de la troupe à Bazancourt.
Quatre déserteurs du 58e sont passés aux Boches. Division Marocaine serait cantonnée à Pévy, Trigny, etc.
Action fuse sur les ailes du Mont Berru, Vitry. Les usines électriques amassent de l’énergie ? …

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Vendredi 24 mars

Au nord de l’Aisne, tir de destruction sur les ouvrages allemands du plateau de Vauclerc. En Argonne, nous exécutons de nombreuses concentrations de feux sur les organisations ennemies, les routes et les voies ferrées de L’Argonne orientale et sur le bois de Malancourt. L’ennemi n’a pas renouvelé ses tentatives sur le petit mamelon d’Haucourt, dont nous tenons le réduit. Bombardement soutenu de notre front Béthincourt-Le Mort-Homme-Cumières. Canonnade à l’est de la Meuse et en Woëvre, mais aucune action d’infanterie. A l’ouest de Pont-à-Mousson, par un coup main, nous enlevons une tranchée et faisons quelques prisonniers à Faye-en-Haye. Dans les Vosges, nous bombardons les cantonnements ennemis aux environs de Muhlbach. Les Russes ont enlevé un bois et un village dans leur secteur nord, près de Jacobstadt. Plus au sud, ils ont conquis une ligne de tranchées près du lac de Sékly. Sur la rive du lac Narotch, ils se sont emparés de trois lignes de tranchées en faisant plus de 1000 prisonniers. Leurs troupes du Caucase poursuivent leur marche sur Erzindjan. l’Emprunt allemand n’a pas produit les résulats attendus. L’Angleterre sera représentée à Paris, à la conférence des alliés, par M. Asquith et par lord Kitchener.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Jeudi 23 mars 1916

Louis Guédet

Jeudi 23 mars 1916

558ème et 556ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Calme. J’ai souffert beaucoup cette nuit dernière et moi qui ne suis guère fort en ce moment je me sens épuisé par cette nuit de souffrances et presque blanche.

Je n’ai de cœur à rien, heureusement que je n’ai pas grand courrier à faire. Vu personne hors de Bompas pour des courses. Valot, greffier, pour la signature de son procès-verbal de simple police. Si je n’avais tant de soucis qui m’accablent, je serais presque heureux de cette solitude ! Mais toutes mes tristes pensées m’assaillent et je souffre moralement épouvantablement. Avec cette vie, je ne puis que succomber, aussi je désespère absolument de voir jamais des jours heureux pour moi. Quand on est maudit et abonné au malheur, il est inutile d’espérer, et comme Dante, il me faut dire : « Lasciate tutta speranza ! » (Divine Comédie : Lasciate ogni speranza, laissez tomber toute espérance) Car compter (rayé) c’est inutile : (rayé) rien, ou il se moque pas mal de ceux qui souffrent et sont dans le malheur. Il (rayé) pour (rayé) gâter (rayé)  tandis qu’il s’acharne (rayé) contre les malheureux (rayé)!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille ; + 7 ; quelques coups de canon et bombes entre batteries. Visite pastorale quartier de S. Thomas. Journée calme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Alfred Wolff

3h ½ les autos passent. Le général Franchet d’Esperey inspecte, ça trotte.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Jeudi 23 mars

En Belgique, notre artillerie a exécuté des tirs sur les tranchées et boyaux de la seconde ligne ennemie dans la région de Steenstraete. Au nord de l’Aisne, nous avons canonné le secteur de la Ville-au-Bois. En Argonne, concentration de feux sur les organisations allemandes au nord du Four-de-Paris, à la Fille-Morte et dans la région Montfaucon-Nautillois. Entre la cote 285 et la Haute-Chevauchée, lutte de mines à notre avantage. Nous bombardons le bois de Malancourt. A l’ouest de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont attaqué notre front entre la corne du bois d’Avocourt et le village de Malancourt. Ils n’ont pas réussi à déboucher du bois, nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie les ayant arrêtés. Ils ont pu prendre pied sur le petit mamelon d’Haucourt. A l’est de la Meuse, bombardement intense de la région de Vaux-Douaumont. Les Anglais canonnent avec succès la position ennemie au sud-ouest de Wez-Macquart. La presse conservatrice allemande continue à se déchainer contre le chancelier. La lutte est redevenue très violente sur tout le front italien et spécialement près de Plezzo.


414_001

 

Share Button

Mercredi 22 mars 1916

Louis Guédet

Mercredi 22 mars 1916

557ème et 555ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours le calme. Canonnade très forte la nuit vers Berry-au-Bac, Loivre, Le Godat. Assez beau temps froid et ondées. Journée monotone, pas sorti à cause de mon pied qui va mieux et je crois échapper à la crise de goutte qui me menaçait. Nécessairement je ne suis pas en gaité. Toujours si seul, de plus en plus seul, et rien qui vienne me consoler ou même me donner une lueur d’espoir de consolation !! C’est dur ! Qu’ai-je donc fait ? pour être si malheureux !! Je serais un criminel que je ne serais pas plus écrasé, broyé, éprouvé. Oh ! mourir !!

8h soir  J’ai reçu tout à l’heure, vers 6h3/4 la visite d’un soldat du 12ème régiment d’artillerie qui venait me demander de lui obtenir, comme juge de Paix, un acte de notoriété constatant qu’il était père de 5 enfants, et qu’en conséquence il pouvait bénéficier de la circulaire ministérielle parue à l’Officiel du 20 courant qui l’autorise à être renvoyé à l’arrière comme auxiliaire.

Nous avons causé, et ce M. Georges Frère (1875-1951, 5 enfants, la requête semblera ne pas aboutir, il passera du 12ème régiment d’Infanterie Territoriale au 26ème Bataillon de Chasseur à pied, puis au 36ème RI, au 37ème RA et enfin au 327ème RI…), de Tourcoing, me disait qu’on craignait une attaque devant Reims de la part des allemands pour prendre la Ville et ainsi obtenir un effet moral tempérant l’échec de Verdun. Il ajoutait qu’ils pouvaient entrer à Reims quand ils voulaient « avec des bâtons ». Cela n’est pas sans m’émouvoir bien que je ne puisse croire cela, mais ce n’est pas réconfortant pour nous pauvres civils qui ne sommes là que pour recevoir des  coups !! Malgré moi, je m’épouvante de l’éventualité de semblable et nouvelle épreuve, à laquelle je ne me sens plus la force de résister. Ce n’est pas après 555 jours de bombardements, de souffrances, de misères, etc…  qu’on résiste à de tels chocs, on n’a plus la même résistance et physique et morale. Ce serait trop toujours sur les mêmes victimes et martyrs ! nous avons je crois largement payé notre tribut !…  Non ! je ne pourrais plus affronter une nouvelle bataille et occupation ennemie !…  Non ! non ! ce n’est pas possible ! Ce serait trop injuste !! Dans ce cas il aurait mieux fallu que les allemands ne quittent jamais Reims.

Non, ce ne serait pas juste !…  En tout cas ce n’est pas pour me donner des idées gaies, cette confidence là !…  Il faut que je souffre toujours, toujours et toujours sans une minute de répit…  J’en arriverais, si cela continue, à regretter d’avoir fait mon devoir, plus que mon devoir !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 22 – Nuit tranquille ; + 7 ; canons français durant la matinée. Visite du soldat Leroy de Sainte-Clotilde. Visite de M. Debeauvais et M. Deurarcy (?). Envoi du manuscrit de mon allocution aux réfugiés de Dijon, pour journal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 mars

En Belgique, une reconnaissance ennemie, qui avait fait irruption dans nos lignes, au nord du pont de Boesinghe, en a été chassée aussitôt par notre contre-attaque. En Argonne, lutte à coups de grenades à la Haute-Chevauchée. Nous faisons des tirs de destruction sur les ouvrages allemands aux abords de la route Vienne-le Château-Binarville. Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont renouvelé leurs tentatives sur le front Avocourt-Malancourt. Des détachements de leurs soldats, porteurs d’appareils spéciaux ont jeté des liquides enflammés, en même temps que leurs batteries bombardaient notre ligne. Ils ont subi de lourdes pertes, mais ont pu s’emparer, après une lutte acharnée, de la partie sud-est du bois de Malancourt, dite bois d’Avocourt. Ils n’ont pas réussi à déboucher de ce bois et ont alors canonné le village d’Esnes et la cote 304. Notre artillerie les a vigoureusement contrebattus. Un taube a été abattu près de Douaumont. Nos avions ont opéré sur les gares de Dun-sur-Meuse, d’Audun-le-Roman et les bivouacs de Vigneulles. 65 avions alliés ont effectué un raid à Zeebrugge. Les Russes ont progressé sur le Dniester et pris Ispahan, en Perse. Le prince héritier de Serbie et M. Pachitch sont arrivés à Paris.


953_001
Share Button

Mardi 21 mars 1916

Louis Guédet

Mardi 21 mars 1916

556ème et 554ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Calme général. Mon pied m’a fait souffrir la nuit et toute cette journée, ma foulure va mieux, mais j’ai bien peur qu’elle n’ait provoqué une attaque de goutte. Mon orteil me fait mal. Je me soigne énergiquement, espérons que j’enrayerai le mal car je n’ai pas le temps d’être malade. Rien de nouveau, journée plutôt monotone. Peu de monde. Vu Hérold qui vient de perdre son 2ème fils, tué au bois des Caures (André Hérold, canonnier, né en 1891 et mort le 24 février 1916 à Verdun). Je me suis fait excuser pour demain aux allocations militaires. Arrêté comme cela, je broie plutôt du noir. Quand donc cette vie de larmes finira-t-elle pour moi ? Je n’aurais pas passé un jour depuis le 31 août 1914 sans pleurer. On ne saura jamais ce que j’ai souffert et ce que je souffre. Tout autour de moi c’est le noir, l’impasse, de quelques côté que je me tourne, je ne vois pas la moindre petite lueur d’espoir d’un peu de bonheur, de repos, de prospérité pour les miens et pour moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille ; + 7. Journée de tempête.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 21 Mars 1916 – Mahi est revenue chez nous la semaine dernière. Elle ne s’accordait pas avec Gustine et comme elle était malade, Gustine l’a renvoyée. Nous ne pouvions pas la garder aux caves. Alors comme elle ne demandait qu’une chose, aller retrouver ma tante Phénie qui habite Moussy près d’Epernay, je suis aller lui chercher son laisser-passer et elle est partie. Pendant que je faisais ses courses les boches bombardaient. Je ne souriais pas, vois-tu. Ce n’est pas la peur de mourir mais nos deux cocos ont besoin de moi. Un aéroplane qui survolait la ville a été abattu mais il est retombé dans leurs lignes.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Rien de saillant, si ce n’est que je démissionne pour le 31 Ct 7h soir.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 21 mars

Notre artillerie, dans l’Argonne, a bouleversé les tranchées allemandes près du Four-de-Paris. A la Haute-Chevauchée, un tir de destruction sur les ouvrages ennemis a provoqué un dégagement considérable de vapeurs sulfureuses provenant des réservoirs éventrés. Nous avons dispersé des rassemblements au nord du bois de Montfaucon. A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont fait, après un intense bombardement d’obus de gros calibre, une tentative d’élargissement de leur front d’attaque. Une nouvelle division a dirigé une violente attaque accompagnée de jets de liquide enflammé, sur nos positions, entre Avocourtet Malancourt. Nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie ont infligé à l’eilnt-milde fortes pertes. Les assaillants n’ont ~uri3gressè légèrement que dans la partie est bois de Malancourt. Bombardement violent des bois Bourrus. Nos avions ont lancé vingt-cinq obus sur la gare de Dun-sur-Meuse avec un plein résultat. Le général Cadorna est arrivé à Paris. Le chancelier allemand a subi un échec à la commission du budget du Landtag de Prusse. Il est de nouveau vivement attaqué par la presse conservatrice et nationale libérale.


680_001

Share Button

Lundi 20 mars 1916

Louis Guédet

Lundi 20 mars 1916

555ème et 553ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme absolu. Journée monotone pour moi ne pouvant pas sortir à cause de ma foulure du pied droit contre la cheville. Vu Mt Dondaine, puis pas mal de rendez-vous, répondu à Mt Bruneteau (Jules Bruneteau, 1868-1936), notaire à Fismes, que j’acceptais son rendez-vous pour le 10 avril 1916 pour aller à Fismes assister et le substituer dans la levées de scellés et l’inventaire après le décès d’une dame Sarazin. Je serais probablement obligé d’aller coucher la veille à Fismes, les trains n’étant pas très commodes, à moins que je ne puisse avoir l’auto de M. Albert Benoist et un laissez-passer. Jacques me conduirait et ainsi je pourrais y aller et revenir dans la même journée. J’aimerais mieux cela. Ensuite je vois que je ne pourrais me dispenser d’aller à Paris vers le 15 avril, car réellement j’y ai grand besoin et beaucoup à faire. Je partirai le vendredi ou le samedi pour revenir le lundi ou le mardi.

Il parait que la 52ème Division serait revenue ici, nous voila bien avec ces pierrots-là. Quel triste peuple, surtout les officiers !! à propos d’officiers, il me vient à la mémoire une réflexion que j’ai entendu l’autre jour, le 11 mars, faite sur le quai de la Gare de Dormans par un de ces messieurs-là qu’on ne peut que désigner que sous le nom de « galonnard ». Cet officier, lieutenant au 107ème d’infanterie, était descendu du train que je prenais sur Châlons et attendait que le convoi parte pour pouvoir traverser la voie et sortir de la Gare. Et le susdit s’impatiente qu’on fit attendre ses…  galons (on aurait sans doute dû couper le train pour lui livrer le passage !) de s’écrire dire à un de ses…  collègues : « Cette gare est mal comprise, il devrait y avoir des passages souterrains pour ne pas être retardé par l’arrêt des trains ! »

Comme si dans cette pauvre petite gare de Dormans la nécessité de passages souterrains se pouvait faire sentir !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20, 21 mars 1916 – La 52e Division d’Infanterie de réserve est de retour à Reims, qu’elle avait dû quitter au début de novembre 1915. Elle est bien accueillie et se retrouve en pays de connaissance. Le ravitaillement de certains services on compagnies de l’un de ses régiments, le 320e, a lieu de nouveau place Amélie-Doublié.

— L’offensive allemande sur Verdun, qui dure depuis un mois, parait se ralentir ces temps derniers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

214_001


Juliette Breyer

Lundi 20 Mars 1916. – J’ai eu une réponse de la rue de la Tutelle. Ils ne possèdent rien t’ayant appartenu. Donc aucune preuve de ton décès. En même temps j’ai reçu du dépôt le mandat de 150 francs mais comme adresse sur l’enveloppe ils avaient mis Mme Veuve Breyer. Sais-tu l’impression que cela m’a fait ! Il me semblait que ce n’était pas à moi qu’elle était adressée. Et vois-tu, je sens toujours que tu me reviendras.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Bonetti, chancelier du conseil d’Italie nous apprend qu’il raccompagne le général Porro il y une semaine venu pour visiter Reims et son front. Ce matin et tantôt encore 4 ballons saucisses Boches sont en observation vers Reims.
Visite du Prince de Serbie qu’accompagne le général Joffre.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 20 mars

Au nord de Reims, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les tranchées ennemies de la Neuville et de la ferme du Godat. Activité de nos batteries dans la règion de la Ville-aux-Bois. A l’est de la Meuse, après un violent bombardement, l’ennemi a dirigé hier, en fin d’après-midi, une attaque assez vive contre notre front Vaux-Damloup. Refoulés par nos tirs de barrage, les Allemands ont complètement échoué. Au nord-est de Saint-Mihiel, notre artillerie lourde a canonné les dépôts de ravitaillement ennemis de Varvinay. Cinq de nos avions ont bombardé la gare de Metz-Sablons, les dépôts de Château-Salins et l’aérodrome de Dieuze. Vingt-trois autres de nos avions ont opéré sur le champ d’aviation d’Habsheim, et sur la gare des marchandises de Mulhouse. Nous avons perdu quatre appareils au cours du combat aérien qui a suivi, trois d’entre eux ayant dû atterrir dans les lignes ennemies. Le torpilleur Renaudin a été coulé dans l’Adriatique par un sous-marin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Dimanche 19 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 19 mars 1916

554ème et 552ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée de travail forcé pour arriver à répondre à mon courrier en retard. C’est fait, mais j’ai travaillé et écrit toute la journée. D’un autre côté cela a été une bonne chose à cause de la foulure de mon pied qui va beaucoup mieux avec cette immobilité forcée. Vu Charles Heidsieck, son fils Georges (né en 1896, tué à Vincelles (51) le 16 juillet 1918) vient de quitter Éclaron (près de Saint-Dizier, en Haute-Marne) où son régiment était cantonné pour partir comme volontaire sur le front. M. Charles Heidsieck m’a écrit sa lettre d’adieu qui est bien noble, simple et généreuse. Pauvre enfant ! Que Dieu le protège ! Le père était assez ému en m’apprenant cela, je le comprends ! Vu M. Lesage, l’interne de M. Ravaud, pharmacien, qui m’a massé un peu comme je faisais moi-même, du reste. Et voilà ma journée terminée. La nuit passée, canonnade qui m’a réveillé souvent, je n’y étais plus habitué. Dans la journée, quantité d’avions se tiraillent et canonnés par les uns les autres selon qu’ils étaient amis ou ennemis. Avec tout cela nous recevons les schrapnels qui n’ont pas éclatés et qui nous retombent dessus ! Comme si nous n’avions pas assez de ceux que les allemands nous envoient sans compter !! Hier après-midi il en est tombé ainsi dans le voisinage, et un français, un 75 !… Tout cela respire la reprise de l’activité, pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Alfred Wolff

Petite bataille aérienne, c’est palpitant, les mitrailleuses crachent.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Dimanche 19 mars

En Belgique, notre artillerie a bouleversé les tranchées de la région de Boesinghe. Entre Oise et Aisne, nous canonnons une troupe allemande qui se dirigeait vers Vasseur, nord ouest de Soissons. A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont bombardé la région des bois Bourrus. A l’est, après une intense préparation d’artillerie, ils ont dirigé, au cours de la journée, une série d’attaques partielles, entre le village de Vaux et la région au sud de la ferme d’Haudremont. Mais ils ont été arrêtés partout par nos tirs de barrage. Nos batteries ont été très actives en Woëvre où elles ont provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions. Une attaque allemande s’est produite en Lorraine contre nos positions de la régnon de Thiaville. Une contre-offensive immédiate a rejeté ceux des ennemis qui avaient pu pénétrer dans notre tranchée avancée. Deux obus de gros calibre ont été lancés dans la direction de Belfort. L’artillerie russe a dispersé une colonne ennemie en marche près de Dvinsk. Nos alliés ont occupé Malsamohun, à 90 kilomètres à l’ouest d Erzeroum, sur l’Euphrate. Ils ont fait plus de 8oo prisonniers turcs. Les partis pangermanistes ont déposé au Reichstag des motions en vue du maintien de la politique sous-marine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Samedi 18 mars 1916

Louis Guédet

Samedi 18 mars 1916 553ème et 551ème jours de bataille et de bombardement

Voyage à Épernay – St Martin

5h soir  Je viens de rentrer de St Martin que je viens de quitter ce matin à 7h. De plus en plus triste et de plus en plus désemparé. Voir ma pauvre chère femme et nos petits…  mon Père souffrir comme ils souffrent, surtout ma chère et nos enfants qui vivent de privations. J’en reviens le cœur saignant. Aussi j’offre volontiers ma vie, j’en fais volontiers le sacrifice, pourvu que mes chers aimés ne souffrent plus ainsi, qu’ils soient à l’abri de tout besoin, qu’ils aient même plus que le superflu, mais pour Dieu qu’ils ne souffrent plus comme cela.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Juliette Breyer

Samedi 18 Mars 1916. Aujourd’hui Charlotte écrit que Paulette ne va pas. Son entérite l’a reprise et elle a crise sur crise. Cette fois-ci elle nous prie de demander son laisser-passer. Nous avons été voir M. Baudet puisqu’il s’en occupe mais il nous répond qu’on n’en délivre plus. On ne peut plus revenir à Reims. Tu penses, quand Charlotte saura ça elle sera contrariée et on l’avait prévenue : depuis que la bataille de Verdun est en route on ne voyage plus comme on veut.

Et puis avec cela on craint quelque chose pour Reims. Avec tous les préparatifs que l’on fait, on peut le croire. Ce matin encore on a amené des canons sur la butte Saint Nicaise et près de chez M. Baudet. D’ailleurs on a renforcé l’artillerie partout. On parle même qu’on pourrait être évacués car nous sommes en pleine ligne de feu, des canons tout autour de nous. Je préférerais, vois-tu, rester enfermée un mois s’il le faut mais ne pas partir. Mon pauvre Lou, nous reverrons-nous un jour ? Il me semble toujours être dans un cauchemar dont je ne puis sortir.

Mais tout mon cœur restera pour toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 18 mars

Au nord de l’Aisne, nous avons repoussé une attaque ennemie dirigée sur un de nos petits postes au sud-est du bois des Buttes. Notre artillerie opère efficacement dans la région de la Ville-aux-Bois et du plateau de Craonne. En Argonne, nous battons les voies de communication de l’ennemi en arrière du front. A l’est de la Meuse, série d’actions offensives très violentes durant la nuit, contre nos positions du village et du fort de Vaux. Les Allemands lancent, sans aucun succès, cinq attaques à gros effectifs. Elles sont toutes brisées, et leur coûtent des sacrifices sensibles. Notre artillerie a détruit un important dépôt de munitions à Champneuville. Canonnade réciproque en Woëvre. A l’ouest de Pont-à-Mousson, un coup de main exécuté sur un saillant de la ligne adverse au bois de Mortmare, nous a permis de ramener des prisonniers. On annonce la mort du lieutenant-colonel Driant au bois des Caures. Le ministre des Finances d’Allemagne a fait un exposé, optimiste comme d’habitude, devant le Reichstag. M. Liebknecht a provoqué un grand tumulte par ses déclarations à la Chambre de Prusse.


852_001

 

Share Button

Vendredi 17 mars 1916

Paul Hess

17 mars 1916 – Bombardement violent, commencé à 13 h 1/2.

A mon retour du bureau, passé 18 heures, il n’a pas encore cessé. Les obus tombaient d’abord sur le fort-sec et ensuite sur le quartier Cernay et le boulevard de Saint-Marceaux, probablement vers les batteries installées dans ces directions.

— Depuis quelque temps, le charbon devient rare ; nous paraissons menacés qu’il fasse bientôt défaut.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Vendredi 17 mars

Au nord de l’Aisne activité de l’artillerie dans la région du bois des Buttes, au sud de la Ville-aux-Bois. En Argonne nous exécutons des concentrations de feux sur les organisations allemandes au nord-ouest de Varennes et sur les batteries en action aux environs de Montfaucon. A l’ouest de la Meuse, les Allemands, après avoir bombardé violemment notre front Béthincourt-Cumières, ont lancé une attaque contre nos positions du Mort-Homme. Ils n’ont pu prendre pied en aucun point et ont dû se replier vers le bois des Corbeaux où nos tirs de concentration leur ont fait subir des pertes importantes. Sur la rive droite de la Meuse, grande activité d’artillerie autour de Douaumont et de Vaux. Aucune attaque d’infanterie. Nous avons pris, toutefois, sous notre feu des troupes en mouvement. En Woëvre, bombardement assez intense dans les secteurs du pied des Côtes. Le général Roques remplace le général Galieni au ministère de la Guerre. Les Italiens, en dépit de violentes attaques autrichiennes, maintiennent les positions conquises dans le Carso. L’amiral Tirpitz, minstre de la Marine allemande, a démissionné. Son successeur est von Capelle.


  109_001

 

 

 

 

Share Button

Jeudi 16 mars 1916

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – Nuit tranquille sur la ville, sauf quelques bordées de torpilles ou grenades. Comme les autres nuits. A 5 h. grosses bombes sifflantes qui ont dû tomber pas loin de nous. Brasserie Veith. Température + 4. J’apprends qu’un vieillard des Petites Sœurs a été blessé ; il a fallu lui couper le bras. Il est à l’hôpital. Quinze d’entre eux et deux sœurs vont quitter Reims. Visite du Capitaine Gay, du diocèse de Besançon (abbé ?) homme d’œuvres, fils d’un Proviseur du lycée de Reims du temps du Cardinal Gousset. Visite à M. le Doyen de S- Remi, à Ste Clotilde, et au dispensaire (…).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 


La brasserie Veith

La brasserie Veith

Jeudi 16 mars

Tirs efficaces sur les tranchées ennemies de la région d’Het-Sas et de Langemark, en Belgique. Au nord de l’Aisne, nous bombardons les abords de la Ville-aux-Bois. En Champagne, nous attaquons les positions allemandes au sud de Saint-Souplet, en occupant une tranchée et en faisant des prisonniers. A l’ouest de la Meuse, le bombardement s’est ralenti entre Bethincourt et Cumières. Nous avons repris par des contre-offensives une partie des éléments de tranchées perdus au Mort-Homme; notre ligne comprend Bethincourt, le Mort-Homme, Cumières. Sur la rive droite, activité d’artillerie, dans la région de Vaux-Damloup. Quelques escarmouches à la grenade sur les pentes du fort de Vaux. Canonnade en Woëvre, au pied des Côtes de Meuse. Activité de notre artillerie à l’est du bois de la Wawrille et au nord de Fresnes-en-Woëvre, où nous provoquons une explosion.

 

 

Share Button