Louis Guédet

Jeudi 23 mars 1916

558ème et 556ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Calme. J’ai souffert beaucoup cette nuit dernière et moi qui ne suis guère fort en ce moment je me sens épuisé par cette nuit de souffrances et presque blanche.

Je n’ai de cœur à rien, heureusement que je n’ai pas grand courrier à faire. Vu personne hors de Bompas pour des courses. Valot, greffier, pour la signature de son procès-verbal de simple police. Si je n’avais tant de soucis qui m’accablent, je serais presque heureux de cette solitude ! Mais toutes mes tristes pensées m’assaillent et je souffre moralement épouvantablement. Avec cette vie, je ne puis que succomber, aussi je désespère absolument de voir jamais des jours heureux pour moi. Quand on est maudit et abonné au malheur, il est inutile d’espérer, et comme Dante, il me faut dire : « Lasciate tutta speranza ! » (Divine Comédie : Lasciate ogni speranza, laissez tomber toute espérance) Car compter (rayé) c’est inutile : (rayé) rien, ou il se moque pas mal de ceux qui souffrent et sont dans le malheur. Il (rayé) pour (rayé) gâter (rayé)  tandis qu’il s’acharne (rayé) contre les malheureux (rayé)!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille ; + 7 ; quelques coups de canon et bombes entre batteries. Visite pastorale quartier de S. Thomas. Journée calme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Alfred Wolff

3h ½ les autos passent. Le général Franchet d’Esperey inspecte, ça trotte.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Jeudi 23 mars

En Belgique, notre artillerie a exécuté des tirs sur les tranchées et boyaux de la seconde ligne ennemie dans la région de Steenstraete. Au nord de l’Aisne, nous avons canonné le secteur de la Ville-au-Bois. En Argonne, concentration de feux sur les organisations allemandes au nord du Four-de-Paris, à la Fille-Morte et dans la région Montfaucon-Nautillois. Entre la cote 285 et la Haute-Chevauchée, lutte de mines à notre avantage. Nous bombardons le bois de Malancourt. A l’ouest de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont attaqué notre front entre la corne du bois d’Avocourt et le village de Malancourt. Ils n’ont pas réussi à déboucher du bois, nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie les ayant arrêtés. Ils ont pu prendre pied sur le petit mamelon d’Haucourt. A l’est de la Meuse, bombardement intense de la région de Vaux-Douaumont. Les Anglais canonnent avec succès la position ennemie au sud-ouest de Wez-Macquart. La presse conservatrice allemande continue à se déchainer contre le chancelier. La lutte est redevenue très violente sur tout le front italien et spécialement près de Plezzo.


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