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Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

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Mercredi 12 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 juillet 1916

669ème et 667ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit pénible, hier soir comme je lisais tranquillement dans mon lit à 9h55, un hurlement, un sifflement de sirène, un obus éclate, débris, plâtras, pierres, etc…  retombant sur le toit. Paré encore un ! Heureusement rien dans la maison. Habillement Loty (à vérifier). Descente à la cave. Cela siffle et éclate un peu partout. Ce sont de vrais morceaux de 150 pour le moins. Incendie rue Chanzy au 98 chez les Sœurs de l’Espérance. Bref nous restons en cave jusqu’à minuit. Notre canon a tonné formidablement. Je me couche à moitié habillé, brisé. Je dors mal et me réveille le matin brisé.

Il y a de nombreuses victimes aux alentours. Aux Longuaux (Parisiens (cantonnement de soldats)) 7 ou 8 tués, 3/4 blessés, chez Dorigny, chaussée du Port (boulevard Paul-Doumer depuis 1932) 1 tué, 3 blessés et tout à l’avenant dans toute la Ville. Tir rectiligne comme un barrage, de la rue Jeanne d’Arc à la rue de Venise en passant rue Clovis. Toutes les bombes sont tombées entre ces rues et la rue des Capucins et la rue Chanzy. Rue St Symphorien une pauvre fille Melle Gobinet assise sur le lit de sa mère âgée de 95 ans est tuée avec la bombe et la bonne vieille n’a rien !!

Journée de fatigue et un peu « d’hébétitude » suite au bombardement. Il parait que nous avons pris un petit poste vers Linguet Cernay. Je…

Le bas de la page a été découpé.

Couru toute l’après-midi pour des courses. Vu aux hospices civils Camille Lenoir notre député qui m’a dit qu’il avait fait mon éloge dernièrement à Paris dans une réunion de…  Marnais…  En tout cas je lui ai répondu que j’étais heureux d’avoir été utile ici si on le croyait.

Vu Marcel Heidsieck, et rentré à 8h1/2 du soir éreinté. Demain ouverture du 50ème et quelque coffre-fort, et après-demain 14 juillet on fait le pont !! du vendredi au samedi ! Voilà donc 3 jours bien longs à passer ! Pourvu que les allemands nous laissent tranquille ! Que je suis las !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Journée assez tranquille. Projet de voyage à Paris. Le médecin déclare qu’il ne peut me guérir. Il conseille l’électricité qu’on ne peut m’appliquer à Reims, et veut m’envoyer à Paris. Tout le monde de la maison se joint à lui pour m’amener à consentir : par déférence je finis par céder. Gros sacrifice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 juillet

Notre front, sur les deux rives de la Somme, a été calme. Le chiffre de nos prisonniers, au cours des deux derniers jours, est monté à 1300.
Activité d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Sur la rive droite, les Allemands, après avoir encore intensifié leur bombardement, ont donné une série d’assauts à nos lignes. Plusieurs fois repoussés et décimés, ils ont pris pied finalement dans la batterie de Damloup et dans le bois Fumin.
Un coup de main ennemi a échoué à l’ouest de Pont-à-Mousson.
En Lorraine, à l’est de Reillon, les Allemands ont pénétré sur 200 mètres dans notre première ligne. Une autre de leurs tentatives a échoué au nord-est de Vého.
Dans les Vosges, ils ont été arrêtés au sud de Lusse tandis que nous faisions une opération heureuse au nord de la Fontenelle.
Les Anglais ont attaqué et pris Contalmaison, où ils ont capturé 189 Allemands. Ils y ont aussitôt repoussé une contre-attaque. Ils ont ensuite occupé la plus grande partie du bois Mametz, où ils ont enlevé un gros obusier, 3 canons et 296 hommes.
Ils ont repris la presque totalité du bois des Trônes, en sorte que sur un front de 13 kilomètres, les positions ennemies sont tombées en leur possession. Le chiffre total des prisonniers qu’ils accusent est de 7500.
Les Autrichiens ont fait revenir des renforts dans le Trentin.
Nos escadrilles de bombardement ont jeté 220 obus sur diverses gares, notamment Ham, la Fère et Chauny.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


boisfumin

 

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ponsardin


 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 20 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

20 SEPTEMBRE ; 10 heures ; dans la cathédrale : Oh ! la triste nuit ! En quittant hier soir la cathédrale, c’était à l’heure où elle formait déjà un brasier immense…

Il était 3 heures 3/4 environ quand, sortant de la Réserve, je dis à M. le Curé ; « Je vais voir le feu ».

Les échafaudages brûlaient ; je reviens le dire à M. le Curé qui sort immédiatement. C’est l’horrible vérité, mais nous ne la croyions pas encore si horrible. Si les pompiers étaient intervenus une demi-heure auparavant, il eût été facile d’arrêter ce foyer, mais ils étaient occupés… chez eux, ayant reçu une bombe. Au témoigné de de M. Bossu, procureur, les pompiers auraient répondu ; « Le théâtre presse davantage, car, s’il brûle, tout Reims brûle » Mais encore au moment où je le constatais, les échafaudages brûlaient sur une grande hauteur. Il n’était pas loin de 4 heures. Je cours prendre un soldat sur le portail central. Nous enfilons la tour nord. Le foyer était très intense et immense déjà… les flammes mordaient profondément les poutres qui, en beaucoup d’endroits, n’étaient plus qu’une énorme braise éclatante ; en arrivant au niveau de la galerie des Rois (vitraux) l’atmosphère était irrespirable ; les flammèches volaient de çà et de là une ronde déjà très inquiétante. Avec le soldat, nous essayons de démolir les poutres placées à plat et formant divers étages de planches, mais c’est un monde à remuer… Nous précipitons deux ou trois planches, mais il en reste tant !

Nous redescendons, affolés, à travers les blessés allemands inquiets… à partir de ce moment, l’élément destructeur ne pouvait plus être modéré. J’ai du mal à faire comprendre aux blessés qu’il faut vivement se rejeter vers le grand autel ; toute la paille – une montagne – on va la jeter dans le chantier. Déjà, les papillons ardents traversent les clefs de voûte et entrent aussi par les vitraux ouverts… Les blessés sont occupés à les recevoir sur des linges mouillés tandis que les plus solides s’occupent du transport de la paille…

La situation prend dès lors une allure tout-à-fait tragique. Les curieux sont dès lors, malgré le danger, accumulés à distance de la cathédrale, devant les échafaudages. Le feu se développe, fait rage. Des fumées rougeoient au travers des vitraux, de la grande rose en particulier, dont la moitié environ à droite de la verticale s’écrase avec fracas et laisse s’allonger en langues rapides dans le vaisseau, un véritable tourbillon de flammes…

Fracas énorme des poutres qui s’écroulent, crépitement du feu, acharné après l’œuvre dévastatrice… Le soleil donne et projette au travers des immenses trous de la rosace des colonnes de lumière du plus haut tragique…

4 heures 1/4 ; Je me réveille après une heure et demie de sommeil que je ne pouvais absolument dominer. Je tombais en parlant, en priant, en écrivant comme en témoigne encore la page précédente…

Je disais donc tout à l’heure combien furent tragiques pour nous la filtration de la lumière du jour, rougeoyante et toute enfiévrée de fumée, à travers le réseau des pierres vidées de leurs joyaux.

le Curé, qui vient de sortir, rentre en disant qu’il faut s’occuper de sauver le trésor et les ornements principaux, parce que la toiture se prend et que tout va brûler. Je me jette vers les sacristies et on entasse dans les grands paniers à tentures les choses les plus précieuses – lesquelles quelques hommes de bonne volonté emportent au nouvel archevêché par la cour, derrière la sacristie. Les difficultés s’accumulaient à plaisir, comme toujours en de semblables occurrences ; la porte, entre la basse sacristie et les Salle des Rois, était bloquée par le bombardement ; la grille, sur la rue, ne s’ouvrait plus…

Les derniers transports se firent sous les flammèches et sous une fine pluie de plomb fondu très dense.

On m’assure que M. le Curé – qui s’est tant dévoué et a été tout-à-fait héroïque ces jours – est sorti. Je m’en inquiétais beaucoup ; il n’y avait plus d’issue en quelques minutes, que dis-je, en quelques secondes… elles étaient toutes bouchées…

Je lève les yeux sur le spectacle qui s’offrait. Des incendies partout ; une véritable couronne d’incendies se dressait tout autour de la cathédrale…

Les flammes montaient autour du clocher à l’Ange, le léchaient, l’enveloppaient Jusqu’à l’extrême pointe. Bientôt, très vite, ce n’est plus qu’une tragique armature de feu, qui dresse sa grâce et sa délicate architecture au milieu de je ne sais quelle apothéose… Tout le clocher s’incline lentement vers la Place Royale… ce sont les suprêmes instants ; il s’abattait peu de temps après vers la Chapelle de l’Archevêché.

Je tourne l’abside… des curieux sont massés à toutes les artères, remplis d’effroi et de haine contre les Barbares qui n’ont pas hésité à se déshonorer devant l’Humanité toute entière par un semblable méfait…

Je me dirige vers le portail nord… En sortaient plusieurs des 60 ou 80 blessés que nous avions, quelques heures auparavant, mis en sûreté dans la tour nord, et qui se trouvaient maintenant dans la pire situation.

« A mort ; à mort ; tuez-les ; tapez dessus ! » Le peuple, excité par les tragiques audaces de l’ennemi est sans pitié, sans mesure, sans possession de soi…

« A mort ; à mort les sauvages ! » Et les soldats sont tout disposés à suivre l’impulsion de la foule, d’autant qu’ils ont reçu l’ordre de tirer sur les prisonniers, impitoyablement, à la moindre alerte…

Mais, M. le Curé est là, à la tête de la colonne, au portail, stoïque, décidé ; « Non, non, non… Tirez sur moi d’abord ! »

Je devine ce qui se passe ; Je vais me ranger à ses côtés et, très ému par les évènements, J’exhorte de mon côté les groupes ; « Mon ami, c’est entendu, je vous comprends ; je partage votre ressentiment, vos révoltes, votre douleurs… mais de grâce, pas cela ! Sur un champ de bataille, oui, entre hommes valides, tirez et abattez jusqu’au dernier. Les allemands sont des bandits, des barbares, c’est entendu, mais de grâce et sans regretter notre générosité et notre confiance, ne faisons pas une chose que, demain, nous regretterions amèrement. Est-ce que de tuer, de les refouler dans le brasier ressuscitera vos enfants, vos frères ? ».

D’aucuns comprennent, d’autres continuent à hurler la mort. Il sera malheureusement impossible de conduire ces malheureux à l’Hôtel de Ville. Ils seraient lynchés auparavant. On les fait entrer dans l’imprimerie coopérative ; ils reçoivent quelques coups de poing… il y en a de couchés sur le pavé, dans l’impossibilité de se tenir debout, jambes broyées, pieds emportés… Dix fois, ils sont sur le point d’être piétinés… des hommes s’avancent avec des morceaux de bois… s’entraînant pour satisfaire, dans une boucherie, la haine qu’ils portent contre les frères des barbares qui brûlent notre cathédrale…

Enfin, les soldats aidant et l’état des malheureux inspirant une grande pitié aux moins exaltés, on arrive à les mettre à l’abri.

Le Clocher à l’Ange est tombé vers la chapelle de l’archevêché ; c’est cet effondrement qui a allumé l’incendie qui a dévoré tout le bâtiment, salle des Rois et le reste…

Je suis allé de divers côtés après l’incident des blessés. Revenu vers la rue du Cardinal de Lorraine, la maison Prieur était toute en flammes. On aurait pu couper le feu là, j’en ai la conviction ; je fais amener des tuyaux ; je grimpe sur le mur, sur le toit et je commence à inonder les parties sur le point d’être atteintes.

Mais le feu a tourné déjà et une partie de l’adoration Réparatrice est en feu. J’organise un autre terrain de combat chez les Religieuses qui, d’ailleurs, ont évacué la maison. Et ce, avec des hommes de bonne volonté… Je vois qu’il n’y a plus rien à faire là. Alors, il faut essayer de sauver la maison des Abelé… Je grimpe sur le toit… la situation est bonne, mais pas d’eau, ni de tuyaux. Enfin, on trouve le compteur, on trouve des rallonges. En avant ! Je passe ensuite rue St. Just, puis, rue de l’Université ; tout le pâté brûle par le milieu ; il faut vite faire la part du feu… Je grimpe à un cinquième et poste là un pompier… Je vais à diverses reprises au nouvel archevêché, très menacé, parce que tout l’ancien est en feu. C’est formidable ! Sous le vent, les fenêtres crachaient des flammes… L’enfer vomissait. Mgr Neveux très ému ; l’abbé Camus très impressionné (tous deux je ne les ai pas vus très braves ces jours !) arrosaient leurs murs avec des pommes d’arrosoir… Hélas !

Heureusement pour eux, comme pour nous dans le quartier, le vent a tourné. A une heure du matin, il paraissait que nous échappions au fléau. Cependant, jusqu’au jour, je me suis occupé à descendre à la cave ma musique, du linge etc…

Ce matin, je n’ai pas dit ma messe, mais suis allé à celle de 11 heures à la Mission. Il y avait deux personnes avec moi !

Et pour y aller, il m’a fallu traverser des ruines et des ruines. De ce que j’ai vu en circulant ce matin, je ne saurais rien dire. Dans la rue de l’Université, Place Royale, dans tout le pâté entre ces rues et les boulevards, ce ne sont que pans de muraille, ruines fumantes, poutraisons enflammées, amas de pierres transformées en chaux par une combustion encore active.

Le tourbillon de la mort et du désespoir a passé ; c’est effroyable, effroyable !

Je suis allé à la cathédrale recueillir les morceaux de vitraux que j’ai pu rencontrer parmi les cendres de la paille et des chaises, parmi les poutres calcinées qui sont tombées par les clefs de voûte et les débris d’architecture qui sont entrés par les vitraux, tant pendant le bombardement que pendant l’incendie.

J’ai recueilli aussi divers morceaux d’architecture près des portails, un certain nombre transformés en véritables morceaux de chaux par le feu…et c’est si dommage !

Dommage est en l’occurrence un mot presque plaisant. Puis, c’est une aile d’ange en bois du petit orgue ; c’est mon bâton de musique à demi-calciné sur mon pupitre demeuré seul debout au milieu du chœur pendant que les stalles flambaient (elles brûlaient encore hier soir avec des éclatements formidables). On a coupé les rangées de stalles aux abords du petit orgue, qui a été ainsi sauvegardé. Tous les lustres de cuivre de la nef se sont abattus, les contrepoids étant la proie des flammes au-dessus de la voûte. Le trône archiépiscopal brûlait ; la partie supérieure a été préservée ; les tapisseries des Gobelins et les toiles sont toutes sauvées ; on sait que toutes les tapisseries de la petite nef avaient été enlevées par ordre du Gouvernement et dirigées sur Paris, d’où un train entier d’objets d’art partait quelques jours après. On avait donc escompté même l’occupation de Paris par les Allemands ?

Toutes les chaises accumulées dans le chœur sont brûlées. Le grand orgue n’a rien que des éraflures. Mais tous les vitraux de la haute nef côté nord et coté midi sont saccagés. Ceux des côtés de l’abside sont ravagés par la mitraille, ceux du transept nord également. La moitié de la grande rose est vidée. Et les sculptures du portail – centre droit surtout – sont abîmées. Les échafaudages écrasés-là ont constitué un brasier épouvantable, alimenté par les bois des tambours (provenant de St.Nicaise) et la paille accumulée à l’intérieur. Les pierres sont calcinées lamentablement.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

20 septembre 1914 ·

Cette catastrophe pour Reims et le fait qu’on entend des explosions sur la ville incitent mes parents à revenir voir si notre maison n’a pas souffert.
Nous prenons le chemin du retour, les traces de la bataille sont à peu près effacées.
Avant d’arriver à Ormes, le commandant d’une batterie d’artillerie en position près de la route, nous interdit de passer : il faut faire demi tour et ne pas insister car ils vont tirer.
Mais revenus un peu vers le village nous coupons à travers champs… en direction de Loison, nous trouvons bientôt un chemin de terre qui nous permet de regagner Reims sans autre incident.
Notre maison est intacte, le quartier Sainte-Anne est calme et n’a pas souffert.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 20 septembre 1914

9ème  et 7ème jours de bataille et de bombardement

8h40 matin  Cette nuit vers deux heures du matin une alerte qui a durée 1/2 heure à 3/4 d’heure, mais c’était une canonnade roulante, il n’y avait pas d’intervalle, toujours vers Brimont. Je me rendors jusqu’à 6h, réveil au canon.

6h1/4  Je m’habille avec l’intention d’aller entendre la messe de 6h1/2, on ne sait ce que la journée nous réserve. Entendu la messe à St Jacques, peu de monde. Je pousse jusque chez Mareschal 52, rue des Capucins, où je rencontre Émile Français qui en sortait demander l’hospitalité pour lui et sa mère, sa maison brûlant avec le reste du quartier. Rien chez Maurice. Nous retournons ensemble vers chez moi par la rue des Capucins et c’est les larmes aux yeux que nous causons. Il me recommande sa femme et ses enfants au cas où il disparaitrait et me dit qu’il se considère comme mon client, et que du reste à la mort de sa mère il avait l’intention de me prendre pour notaire de sa sœur religieuse et ensuite, cette succession réglée me prendre définitivement. C’est délicat comme tout ce qu’il fait sans bruit en évitant toutes les susceptibilités. Cela me m’étonne en aucune façon de lui. Je lui promets que je me charge des siens, mais que j’espère bien que ce sera inutile. Arrivé devant St Jacques, comme il me parlait de quérir sa mère à Epernay, il me demande si l’on avait besoin de sauf-conduits (4) pour lui. Je lui réponds : « Etes-vous allé à la messe ? » – « Non ! » – « Eh bien il est 7h1/2, il y en a une à St Jacques, entendez-là et repassez chez moi, j’aurai vos sauf-conduits ». Je cours à la Ville, on n’en délivre plus ! On s’en va à ses risques et périls ! Je repasse chez Mme Collet que je vois dans sa cave fort inquiète, mais hésitant à partir de Reims ou à y rester. Comme elle n’a pas de pièce d’identité facilement disponible, je lui propose de lui faire une sorte de pièce d’identité, ce que je vais faire. Quand j’aurais fini ces quelques lignes et comme je quittais cette dame, M. Ravaud, pharmacien qui était réfugié chez elle, me dit qu’il vient d’éclater deux obus tout proche.  Je file à la maison.

La brave Adèle est déjà dans son réduit et me crie : « Je suis là avec M. Français ! » Je descends, explique à Emile Français qu’on peut s’en aller à ses risques et périls, qu’on ne délivre plus de sauf-conduits et qu’il n’a qu’à se servir de ses pièces d’identité.

Je fais transporter nos chaises et le matériel de bombardement dans un caveau jusqu’au fond à gauche de la grande cave, car cette nuit, en réfléchissant à ce que j’avais vu chez Charles Heidsieck je me rendis compte que si un obus passait par les soupiraux ou l’escalier de la rue il entrerait comme dans du beurre et nous serions frits ou cuits, comme vous voudrez ! Tandis que dans ce petit caveau en forme de réduit il a plus de matelassage de maçonnerie, maçonnerie qui est renforcée par des traverses en fer comme des rails. Nous serons ici comme dans un réduit blindé ! Quand je suis descendu, il était 8h10. Est-ce que le déluge d’hier va recommencer ? Nous bavardons, Français et moi, il me remet un pli fermé (dont il avait parlé rue des Capucins en faisant allusion à sa clientèle) contenant un second pli fermé pour sa femme et il me la recommande encore, ainsi que ses enfants. Nous pleurons !!

Plus de canon ! Il veut remonter et rejoindre sa mère qu’il a hâte de rassurer. Je le reconduis jusqu’au seuil de ma porte et nous nous disons au-revoir les larmes aux yeux ! Nous reverrons-nous ? Je lui renouvelle qu’il peut compter absolument sur moi pour les siens ! Oui, mon cher M. Français, vous pouvez compter sur moi, vous qui êtes maintenant sans abri ! C’est navrant. Il était 8h25.

9h  Canonnade insignifiante. C’est vraiment calme. Les allemands ne paraissent plus tirer sur la Ville. Ne le disons pas trop haut, car avec ces fauves on ne peut jamais savoir ce qu’ils ruminent dans leurs cerveaux diaboliques.

9h1/2  On sonne à ma porte. Je descends ouvrir. Adèle est à la messe. J’ouvre, c’est M. Price du Daily-Mail qui, accompagné d’un ami, vient me voir et…  oh ! bonheur ! oh ! joie me remet une dépêche qu’il n’a pas ouverte, lui ! Il a du tact plus que certains (rayé). J’ouvre en tremblant ! Je saute sur la signature : Madeleine Guédet !! Grand Dieu tous mes aimés sont sauvés ! Oh que j’ai pleuré avec joie ! mes deux anglais étaient eux-mêmes émus de voir ma joie et mes larmes. Je ne sais combien je les ai rémunérés, mais toujours pratique les chers. Price me dit avec son flegme habituel : « Je repars ce soir à 4h, je repasserai chez vous prendre vos lettres et dépêches et j’insiste, vous pouvez user de moi autant que vous le voulez, ainsi que du nom de notre journal ! » Entendu.

Je leur offre une flûte de Villers-Marmery 1906, Ch. Heidsieck, ils boivent la bouteille à eux deux tout en causant des événements d’hier, je leur donne quelques détails qu’ils notent et ils me quittent en me disant : « A ce soir 3h ». Price est le vrai type du reporter anglais que Jules Verne a si bien dépeint. Le mien (son collègue) lui a un signe particulier : il porte un monocle avec cordon encastré dans son œil droit qui fait corps avec sa figure : il doit coucher et dormir avec !

Enfin tous les miens, mes aimés sont à l’abri. Béni soit Dieu ! béni soit cet anglais qui si aimablement m’a apporté ce rayon de soleil dans ma vie d’Enfer que je subis, que je vis depuis 8 jours. Il n’y a plus que mon pauvre cher Père à 79 ans. Que devient-il ? mais j’espère avoir bientôt de ses nouvelles. Je lui écris une carte par Price.

Il y a certainement quelque chose qui ne va pas chez nos amis les allemands, car ça ne canonne plus comme ces jours passés. Ils doivent être gênés dans les entournures. Je crois qu’on les encercle. Oh ! Dieu des Armées, infligez-leur donc un Sedan formidable devant Reims…!!

Et qu’on les pende, eux qui n’ont que ce mot à la…  gueule, à la bouche, avec celui d’incendie. Ce sera la fin de la race, j’espère bien ! Encore des hirondelles ! Et dire que durant que les allemands étaient ici je n’en voyais pas une.

Ces gens-là sont comme la peste ! Ils font fuir tout ce qui n’est pas bon, noble, gracieux.

6H1/2  Voilà enfin depuis 9 jours une journée un peu calme. On est comme désorienté et on dirait qu’il me manque quelque chose ! Et cependant j’ai eu le grand bonheur, la grande joie d’avoir des nouvelles de mes aimés. Aussi ai-je peu bougé pour jouir de mon bonheur. Tous sont sains et saufs à Granville (Manche) rue du Calvaire, 9 (Avenue du Maréchal-Leclerc actuellement). Cette dépêche m’a été remise ce matin par M. Price, du Daily-Mail qui cependant devait venir prendre une lettre pour ma chère Madeleine. Il a sans doute oublié, cela m’étonnerait, il est peut-être plutôt resté coucher à Reims pour ne repartir que demain. Du moins il a une dépêche pour ma chère femme ! Demain je verrais à me débrouiller.

J’ai fait mon rapport au Procureur de la République pour l’Étude Jolivet et je m’occuperai des coffres-forts demain. Quel calme !! Quel calme !! J’en suis retourné. Vrai quelque chose me manque ! le son du canon ! Je crois, Messieurs les sauvages, que vous avez du plomb dans l’aile. Ce n’est pas trop tôt…!! Ah ! Gare à vous ! nos Gars sont lâchés et vous ne serez pas ménagés !! Il ne faut plus que vous existiez ! La Prusse, l’Allemagne doivent être rayées de la carte du Monde et ne plus exister. Quand on agit comme vous ! on doit vous supprimer comme on tue un chien enragé, ou écraser la tête d’un serpent !!

Notre Procureur de la République, M. Bossu, qui affirmait le 18 que les obus ne l’inquiétaient pas, et que cela ne l’empêchait pas de travailler et qu’ils ne l’effrayaient pas… (La suite du passage a été rayée, la demi-page suivante découpée).

8h20  Je n’ai pas encore agité ici la question nourriture. Depuis 3/4 jours nous vivons au jour le jour. Mon dernier beefsteak ou ma dernière côtelette a été mangée il y a 9 jours. Depuis on vit au petit bonheur. Angoissé  par le souci de mes aimés je n’ai nullement attaché d’importance à cela. Et si j’en parle c’est seulement à titre documentaire, car je me trouve pas mal du régime actuel qui est plutôt maigre…  Le pain se fait rare, on vit de saucisson, de pommes de terre, de sardines et des quelques derniers œufs que l’on a pu avoir. Mais les jours suivants il faut se rationner, moi je m’en moque, mais d’autres la trouve dure. C’est la famine d’ici quelques jours, à moins que nos troupes ne soient victorieuses, alors le ravitaillement pourra se faire. Je revois les queues devant les boulangeries comme je les ai vécues en 1870 au siège de Paris. Plus de boucheries ouvertes. A Paris… (La demi-page suivante a été découpée).

Que je vais bien dormir nos chéris sont sauvés. Tout mon monde dort bercé par la vague !! Dormez ! Dormez ! mes aimés !! Votre Père a souffert pour vous !! J’ai souffert toujours !!

8h3/4  Nuit blafarde rendue plus grise à cause des incendies qui s’éteignent, des fumées au ciel un peu partout ! mais pas un bruit. Nuit grise ! Calme. I Je croie qu’ils tremblent !! C’est l’heure de la réparation ! de l’Expiation qui a sonné pour eux aujourd’hui 20 septembre 1914. Pas de quartier !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

– Dans le courant de la journée du 20, le bombardement recommence et c’est encore sur le centre que tombent les obus de rupture dont je reconnais les sifflements et les formidables explosions. Les nausées et un violent mal de tête qui me rendaient malade, depuis notre retour, se dissipant un peu, j’ai hâte, sur la fin de l’après-midi, de revoir notre malheureux quartier.

Dehors, dès le premier tournant, le squelette de la cathédrale frappe ma vue.

L’accès des rues de la Grue et Eugène Desteuque est impossible, à travers les moellons, les blocs de pierre, les décombres de toutes sortes de matériaux ou les pièces de bois brûlant toujours. Le mont-de-piété, sur toute son étendue, achève de se consumer. De l’immeuble et ses dépendances, magasins, bureaux, il ne reste que des murs calcinés. A l’emplacement de notre habitation, rue de la Grue, plus rien ; quelques ouvertures béantes dans la façade demeurée debout.

Comment décrire l’aspect de désolation que donne cette partie si éprouvée de la ville, où ne se voient que des ruines fumantes.

A l’entrée de ce qui était l’Hôpital des Femmes de France, installé à l’École étrangère, rue de l’Université, un tronc humain complètement carbonisé gît là, en avant d’un amoncellement de débris, de ferrailles tordues ; à côté, sont encore deux autres têtes, toutes noircies.

De la sous-préfecture à la place royale, tout le côté impair de la rue de l’Université est détruit.

L’ancien palais archiépiscopal n’existe plus que par la carcasse de ses murs, de même que de l’autre côté, la rue du Cardinal-de-Lorraine, où se trouvait le couvent des Religieuses adoratrices et la maison Prieur.

Les incendies continuent à se propager dans les rues Saint-Symphorien, des Trois-Raisinets, du Levant, des Murs, Saint-Pierre-les-Dames et place Godinot, où je remarque un pompier seul, devant un immeuble en feu dans toute sa hauteur, tenant sa lance dont le jet ne va pas à trois mètres. L’eau fait défaut, de grosses conduites ont été crevées en maints endroits ; le dépôt central des pompes, rue Tronsson-Ducoudray, a brûlé avec une partie du matériel. Le feu, sur bien des points, devra s’éteindre de lui-même maintenant, lorsqu’il ne trouvera plus d’aliment, à l’extrémité des rues ; il est devenu impossible de le combattre. Quelles tristesses et quelle pitié !

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Le mont de Piété et la rue de la grue :
Autochrome de Paul Castelnau (mars 1917)

Autochrome de Paul Castelnau (mars 1917)

Rue de la Grue

Rue de la Grue – Autochrome de Paul Castelnau


Gaston Dorigny

Le canon a tonné toute la nuit, aussitôt le petit jour le combat prend de l’intensité, pendant ce temps une grêle d’obus tombe dans nos parages, les allemands cherchent vraisemblablement à atteindre les réservoirs du gaz. Plusieurs morts et blessés rue des Romains, des obus rue du mont d’Arène, Place Saint Thomas, rue Saint Thierry. Apeurés par ces obus nous fuyons vers Saint Brice, puis vers Tinqueux pour revenir vers le faubourg de Paris.

Là, au moins quatre mille personnes, venant des différents quartiers de la ville qui sont bombardés, stationnent dans la rue, sans refuge et sans aliments, tous les magasins sont fermés faute de marchandises. Par chance, après être allés faire une prière à l’église de Tinqueux, nous avons trouvé un habitant du pays qui a bien voulu nous céder un pain .

Dans l’avenue de Paris nous trouvons un morceau de viande de cheval que nous allons faire cuire chez Truxler et nous voilà restaurés.

Sur le point de rentrer à Reims, nous ne pouvons passer, le canon fait rage sur notre route car les allemands essayent d’opérer une descente sur Courcy. Décidément on ne pourra donc jamais nous débarrasser de l’ennemi, il y a de quoi désespérer.

La situation ne paraissant pas très sûre, nous couchons à ’’Porte Paris’’ chez Bourgeois ou la nuit se passe dans le calme.

Sur le point de rentrer à Reims, nous ne pouvons passer, le canon fait rage sur notre route car les allemands essayent d’opérer une descente sur Courcy. Décidément on ne pourra donc jamais nous débarrasser de l’ennemie, il y a de quoi désespérer.

La situation ne paraissant pas très sûre, nous couchons à ’’Porte Paris’’ chez Bourgeois ou la nuit se passe dans le calme.

Gaston Dorigny

Juliette Breyer

Ce matin je suis allée chez nous car depuis plusieurs jours, tant qu’il n’est pas huit heures, ils ne bombardent pas. Comme il fait jour de bonne heure, nous partons avec papa à cinq heures et demie. Et puis ça fait plusieurs jours que je n’ai pas de nouvelles de tes parents depuis que je n’ai pas voulu donner André.

Ils sont heureux de me voir ; cela leur fait plaisir que je me sois dérangée. Ton papa n’avait pas pu venir depuis car ce jour là, en repartant, il avait reçu un éclat d’obus qui lui avait fait une blessure à la cuisse, insignifiante il est vrai, mais qui lui vaut quinze jours de repos. Je tremble en pensant que ce jour là, s’il avait eu ton coco, il aurait pu être tué. Enfin je les embrasse bien et je m’en vais.

Si tu voyais le quartier. Depuis la fruitière rue Croix Saint Marc jusque chez Mme Destouches, tout est brûlé. C’est triste. La pauvre fruitière n’a pas de chance : il y a peu de temps elle a enterré son petit garçon et aujourd’hui tout est brûlé chez elle. Et encore pire : Mme Destouches, ce jour là, va chez des amis aux Six Cadrans et pendant qu’ils étaient à table une bombe est tombée et ils ont tous été tués, le père, la mère et les deux enfants ; c’est épouvantable et sa maison à elle n’a rien eu. La maison de Mme Deschamps a reçu deux obus, un obus en face de chez nous a crevé la conduite d’eau chez M. Dreyer, deux chez Mme Taillet où il ne reste plus de premier, plus de meubles ; les cahiers d’école volent dans la rue chez Mme Commeaux ; la maison de Mme Pinel, tout le côté est tombé et je crois qu’elle va s’affaisser tout à fait chez Mme Jourdain, la fille au père Delevoix, et des éclats à toutes les maisons du boulevard. La maison à Rémy, il n’en est plus question et les jeunes gens qui se sont donnés tant de mal à la bâtir ont été très éprouvés aussi. Celle de Schmitt a ses deux côtés abimés.

Tu vois mon Charles, que la nôtre a été favorisée. Dans notre malheur, c’est encore une bonne chose. Mais que c’est triste quand nous repassons devant la maison de maman : il n’y a plus que les murs et, lamentable épave, une casserole est restée accrochée. C’est tout ce qu’il reste. Et dans tout ce décor triste on aperçoit le jardin encore tout riant et quelques fleurs.  Mais depuis Tassaut jusque Montcourant, tout est brûlé.

Encore une journée qui passe, mais celle que je ne t’ai pas racontée, c’est celle du 18. Elle n’est pas gaie.

Donc, le lendemain que nous étions chez Pommery, on vient nous dire qu’il y a des soldats du 348e arrivés à Reims, entre autre un jeune homme de la rue Croix Saint Marc qui est venu voir sa mère réfugiée aux caves. On m’indique où il est et je me trouve en présence du fils Journet qui était au même régiment que Gaston. Je lui demande des nouvelles de Gaston et tout ce qu’il peut me dire, c’est qu’il a disparu après le combat de Fumay le 26 août. Ce n’est pas rassurant. Il est navré de ce qu’il a vu à Reims et pleure même, car il n’a pu trouver ni sa femme, ni sa petite fille. Je pense à toi aussi. Je me promets, quand je retournerai chez nous, de marquer sur la porte où je suis.

La journée se passe, toujours des bombardements et des bombes incendiaires. Aussi à 5 heures du soir un murmure court parmi tout le monde : la cathédrale est en feu ! Tout le monde sort malgré les obus qui sifflent, et ce que l’on voit est inoubliable, surtout depuis la hauteur où nous sommes. Le grand monument est rouge jusqu’en haut. Les flammes le dépassent et sur la ville aussi coule comme une rivière de feu. C’est tout le quartier central, depuis la place Godinot jusque rue Libergier, et rue Céres jusqu’à l’hôtel de ville, qui est la proie des flammes. Si cela continue , il ne restera plus de Reims. Mais les yeux reviennent toujours sur la cathédrale. C’est beau et en même temps horrible à voir. On peut distinguer les dessins des vitraux. Par contre on n’oublie pas que la basilique était pleine de blessés allemands qu’ils avaient eux-mêmes installés pendant leur séjour à Reims.

Pendant ce temps là, nos canons tirent toujours mais ils ne les font pas partir. Mais mon plus grand ennui, vois-tu, c’est que tu me manques. Il faut tout accepter, résignons nous.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victimes des bombardements à Reims ce jour là :


Lundi 20 septembre

La flotte britannique, en liaison avec notre artillerie lourde de la région de Nieuport, a bombardé les organisations allemandes du littoral belge.
Le tir de l’ennemi a diminué sur le front d’Artois, où notre artillerie continue à bombarder les ouvrages allemands. Canonnade et lutte de bombes près de Roye.
Trois attaques allemandes échouent à Sapigneul (canal de l’Aisne à la Marne). En Champagne, l’ennemi ne riposte que faiblement à notre feu; par contre, il bombarde avec violence la région entre Aisne et Argonne.
Nous avons détruit certaines de ses organisations sur les Hauts-de-Meuse (tranchée de Calonne), en forêt d’Apremont, à Flirey et dans les Vosges. Quatre de ses dépôts de munitions ont explosé.
Nous avons abattu un taube près de Saint-Mihiel.
L’artillerie belge a obtenu des succés près de Knoke.
Les Anglais et les Allemands se bombardent mutuellement près d’Ypres.
La ligne russe tient fortement en Volhynie, où les Autrichiens subissent des échecs répétés. Les Allemands, par contre, redoublent d’efforts dans la région de Dwinsk.
Les communications ont été rétablies, après une suspension de quelques jours, entre la Roumanie et la Hongrie.
M. Lloyd George, dans un discours, a affirmé une fois de plus sa certitude de la victoire.

 

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Samedi 19 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 SEPTEMBRE ; 1 heure du matin : J’ai dormi sur un matelas dans la salle-à-manger. La canonnade française n’est pas éloignée ; à intervalles assez espacés, elle tire en rafales, en salves cinglantes.

Mon Dieu, encore un jour douloureux qui s’ouvre, qui monte du fond des ateliers de vos justes, de vos trois fois justes vengeances ! Je vous offre avant l’aurore toutes mes angoisses, mes anxiétés, mes épreuves de toute sorte, et avec les miennes celles de tous mes frères e Vous, pour que miséricorde vous soit faite, paix et confiance. ..

La pluie tombe, pesante, tendant le ciel d’un deuil accentué… Je vais écrire deux lettres que je puis faire porter par quelqu’un qui part aujourd’hui pour Paris.

5  heures 1/4 : Dans la Réserve, appuyé sur l’autel. Mon Dieu, donnez la force encore aujourd’hui à tous ceux qui souffriront. Soyez propice à tous ceux que votre main appellera à votre Tribunal, devant votre Justice éternelle…

Mon Dieu, je vous demande de me conserver pour ceux que j’aime, pour réparer les années compromises, mais je suis entre vos mains. S’il faut mourir douloureusement… J’accepte ; donnez seulement à mon pauvre vouloir les énergies du moment.

Le canon, de grosses pièces, commence à gronder à distance ; que sera encore ce Jour de misère?

11 heures 1/4 : C’est épouvantable, épouvantable. Le bombardement est serré comme jamais ; la cathédrale est visée, touchée en mille endroits, sur le coin du transept, croisillon nord (est et sur tout le côté sud) ; un frémissement affreux agite tout l’édifice. Ô mon Dieu, votre temple, votre temple sacré, la merveille que la foi de nos aïeux vous avait élevée ! Qu’an restera-t-il?

A 9 heures, je suis allé avec M. le Curé faire monter les blessés dans la tour ; nous sommes restés avec eux jusque 10 heures 1/2, puis nous sommes venus à la Réserve à travers d’affreux décombres. Oh ! c’est trop terrible ! Mon Dieu, abrégez notre épreuve ! Abrégez-là ! De notre cathédrale, il ne va rien rester, et de la ville, rien. C’est affreux… tout autour de Notre-Dame, quelles ruines nous allons mesurer des yeux tout à l’heure ! Vénéré Pie X, gardez-nous la petite maison que je vous ai confiée. Je renouvelle mon vœu « Vista anaessimus habita »…

Un coup formidable sur nous ; Mon Dieu à vous… !

Midi 1/4 ; Je suis toujours à la Réserve avec M. le Curé. La pluie diabolique continue, plus dense, plus sauvage toujours ; vont-ils s’arrêter? Quelles heures navrantes ! Hora tenebrarum ; c’est vraiment l’heure du Démon,

2 heures 1/2 : Le bombardement continue toujours, impitoyable ; de grands incendies dévorent la ville, rue St. Symphorien l’immeuble des pompiers, près du théâtre, tout le long de la rue de Vesle.

2 heures 37 très exactement, un obus arrive dans l’abside, avec un bruit affreux… nouvelle cascade de vitraux ; il en reste peu d’ailleurs ; ils peuvent achever leur œuvre. Oh ! les barbares !

Nous sommes toujours à la Réserve, au pied du St. Sacrement. C’est, avec M. le Curé, notre quartier général. Nous y avons mangé une croûte et un morceau de chocolat tout à l’heure, et nous venons d’achever Landes

Chaque commotion fait tomber des débris dans la cathédrale ; tout à l’heure, sur les combles inférieurs d’énormes morceaux d’architecture ont dû tomber… Les projectiles tombent tout près ! C’est affreux ! Mon Dieu, mon Dieu j’ai confiance en vous ; Cœur de Jésus, recevez-nous en pardon et miséricorde…

11 heures 1/2 du soir : Soirée néfaste entre toutes ; jour d’abomination et de désolation. Notre cathédrale est brûlée ; le Palais archiépiscopal, des quartiers énormes de la ville brûlent… quelques pompiers ne peuvent suffire et il faudrait un matériel énorme pour faire face à une telle calamité. Ce sont des flammes du nord au sud, de l’orient au couchant. Reims s’épuise, Reims agonise dans la tristesse lugubre de ces jours ! Reims, sans sa cathédrale ! Mon Dieu, l’abominable chose.. !

Je suis éreinté, épuisé ; je voudrais dormir ; mais je dois sortir pour voir où en est l’incendie du quartier… il me faudra faire le déménagement de quelques petites choses…

Extraits des notes de guerre de l’Abbé Rémi THINOT

Louise Dény Pierson

19 septembre 1914 ·

Après une journée de repos et comme nous sommes sans nouvelles de ma sœur et de mes grands-parents, nous partons de bon matin pour nous rendre à Vrigny.
Nous passons par le pont de Muire et prenons, en face, le vieux chemin d’Ormes. Nous sommes en plein champs, et aussitôt les débris de la bataille sont visibles. Ce qui m’impressionne le plus ce sont des chevaux morts, gonflés comme des ballons, les pattes raidies. D’autres chevaux, bien vivants, ceux là, errent dans la plaine à la recherche de leur cavalier.
L’un de ces chevaux s’approche de nous et m’effraye fort car il semble montrer les dents. Mon père me rassure : « Ils ne nous feront pas de mal ; ils sont assoiffés ».
Près d’une meule on voit des débris de toutes sortes : des armes et des vêtements. Nous saurons plus tard que les corps de 13 soldats français ont été retrouvés dans la paille d’une meule où, blessés ils s’étaient réfugiés. C’était peut-être celle-là !
(photo Agence Rol, 1918 – source : Gallica-BnF)

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Nous arrivons à Vrigny et y trouvons toute notre famille en bonne santé et indemne : les Allemands n’ont fait que passer. Ma sœur Emilienne (sur la photo je suis avec elle et mes nièces) me dit avoir vu, depuis les vignes, des batteries Allemandes installées aux Mesneux, tirer sur la ville : c’était le bombardement sur la mairie de Reims et Saint-Rémi.
Nous passons quelques jours à Vrigny. Il y a des soldats qui utilisent le four de mon grand père pour faire du pain avec de la farine abandonnée par les Allemands à
Gueux.
Ce pain nous paraît du gâteau comparé à celui que nous avons mangé à Reims ces derniers temps et après des queues d’attente aux portes des boulangeries.

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·

Ce soir, le bruit se répand dans le village que la cathédrale brûle : en effet des fumées s’élèvent de Reims et nous pouvons voir depuis la côte de Coulommes des flammes envelopper l’édifice.
Bien que ce soit loin de nous, la frayeur nous gagne mes petites nièces et moi, nous revenons vite au village. Je n’ai pas pu dormir de la nuit.

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Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Paul Hess

La journée du 19 septembre 1914 fut pour la ville de Reims, la plus triste de la semaine terrible, qui suivit le dimanche lui ayant apporté la joie de revoir les troupes françaises.

Les habitants du centre, surtout de la partie limitée par le boulevard de la Paix, les rues Cérès, Carnot, Chanzy, de Contrai et des Augustins, eurent à vivre, durant ce samedi, les heures atroces d’un bombardement infernal, avec gros calibres et obus incendiaires, au cours duquel leur incomparable cathédrale s’enflamma dans toutes ses parties donnant prise à l’incendie, tandis que brûlaient nombre de maisons, sur différents points de ce quartier.

Dès le matin, le tir des batteries ennemies commencé le 14 sur la ville et répété chaque jour, depuis sa réoccupation par nos troupes, reprend avec une intensité encore accrue et, ainsi que cela avait déjà eu lieu le 4, pendant une phase du bombardement d’intimidation qui avait précédé la prise de possession allemande, puis hier 18, la cathédrale sert souvent de but. Notre habitation, au n° 7 de la rue de la Grue, dans l’immeuble du mont-de-piété, n’en est éloignée que de cent cinquante mètres. environ ; aussi, nous faut-il, sans tarder, reprendre le chemin de la cave, trajet que nous avons dû faire fréquemment, le jour ou la nuit, au cours de la semaine.

Ma femme, mes quatre enfants et moi y descendons rapidement ; aussitôt, comme précédemment, nous entendons arriver par la cour de l’établissement, le concierge accompagné de sa femme, portant, enveloppée dans un duvet, leur arrière petite-fille, alors âgée de dix jours ; la mère de cet enfant les suit, avec l’aide d’une parente.

La situation devient tout de suite effrayante. Les projectiles ne cessent de siffler pour s’abattre souvent dans nos environs ; nous entendons alors les explosions toutes proches des arrivées, le fracas des maisons démolies et des pierres retombant lourdement les unes après les autres.

Pour nous, la matinée se passe dans l’inaction ; notre attention est tout entière retenue par les sifflements des obus qui se succèdent continuellement. L’avant-veille 17, pendant un tir déjà terrible, les enfants avaient trouvé une excellente diversion à leurs angoisses en faisant une fantaisiste partie d’échecs et, entre eux, ils riaient de bon cœur ; aujourd’hui, ils ne pensent guère à leur jeu. Ils se tiennent anxieux auprès de nous, qui évitons d’échanger nos impressions afin de ne pas les épouvanter. Tous, nous attendons en silence la fin de cette pluie d’engins meurtriers – et le temps s’écoule sans apporter d’accalmie.

On me questionne sur ce qui se passe au dehors, lorsque après une courte absence, je suis parvenu à courir jusqu’à la rue Eugène-Desteuque ou à l’autre bout de la rue, afin de me rendre compte des dégâts subis à proximité. Presque à chacune de ces sorties, j’aperçois seulement M. Davorgne, charretier à la maison Laurent & Carrée, remonté aussi, un instant, sur le seuil de la cave du n° l, dont l’escalier donne directement sur la rue et tout prêt à redescendre là, où il est à l’abri avec sa famille.

A certain moment, je remarque que le toit de la pharmacie Clouet, sise 11, rue Cérès prend feu. La maison voisine, n° 9, où se trouvait un magasin de la teinturerie Renault-Gautier a brûlé entièrement l’avant-veille jeudi 17, par suite de l’explosion d’un obus incendiaire au second étage de cet immeuble ; le sinistre considéré comme éteint depuis le vendredi, s’était vraisemblablement communiqué à côté. Il se déclare, après avoir couvé là ; des pompiers arrivent, mais tout en se multipliant au mépris des obus, ils sont en nombre insuffisant – trois ou quatre – pour lutter avantageusement ; on a besoin d’eux ailleurs, ils s’en vont, ne peuvent sans doute pas revenir et la maison n° 11 est bientôt complètement embrasée.

Vers midi, nous prenons promptement un semblant de repas, en constatant qu’il nous faudrait du pain pour le soir.

Dans l’après-midi, le besoin de respirer à l’air me fait remonter quelques minutes dans la cour. Les obus sifflent toujours sans discontinuer et, les projectiles tombant trop près, je dois me replier dans la cave. J’y suis à peine arrivé qu’un coup de sonnette du dehors m’en fait ressortir, en vitesse. Une seule pensée me vient à l’esprit tandis que je m’empresse. Qui donc a pu se risquer dans les rues en semblable moment ? Il faut que l’on ait besoin d’un secours pressant. La porte ouverte, je reconnais Mlle Debay ; elle est haletante, remplie de crainte. Cette personne chargée de la garde de la chapelle des religieux franciscains, située à l’angle des rues de Mâcon et des Trois-Raisinets, m’apprend qu’un obus vient d’y tomber ; elle demande asile, la maison n° 12, rue Eugène-Desteuque, où elle était accourue, croyant s’y réfugier, étant fermée et probablement vide. j’accueille bien volontiers cette pauvre femme, et nous rentrons. A cet instant, M. et Mme Demilly, voisins du 10 de la même rue Eugène Desteuque (face à la rue de la Grue) sortis de leur cave et venus au bruit des coups de sonnette impérieux et répétés, sans succès, à la porte de la maison voisine de chez eux, nous aperçoivent. Ils traversent vite leur rue et accourent me demander également à s’abriter chez moi, car leur immeuble est sérieusement menacé. En effet, un obus incendiaire explosé dans la propriété Sacy, 21, rue de l’Université, contiguë à l’école ménagère où les Femmes de France ont installé un hôpital militaire, a provoqué le développement d’un foyer considérable au milieu du pâté de maisons situé entre les rues de l’Université et Saint-Symphorien, et le feu dévore déjà l’arrière de la lithographie Mendel, 8, rue Eugène-Desteuque. Ils retournent prévenir leur fille de venir se réfugier avec eux et reviennent aussitôt, portant tous de lourdes valises. La bonne des Mendel, restée seule et que le danger a fait fuir la maison n° 8, qu’elle gardait, s’étant mise provisoirement en sûreté auprès de cette famille, la suit.

Peu après, Mme Erard, notre voisine d’en face (n° 12, rue de la Grue) à qui nous avions offert éventuellement l’hospitalité, vient sonner à son tour, accompagnée de deux dames, ses amies, habitant la rue de Thionville et retirées chez elle depuis plusieurs jours. Toutes les trois ont dû quitter avec précipitation la cave où elles se tenaient au n° 12 de la rue de la Grue, cet important immeuble se trouvant aussi sérieusement atteint par les flammes, à la suite de l’arrivée d’un nouvel obus incendiaire au 8 de la place royale, au-dessus de la pâtisserie voisine du magasin de vêtements Gillet-Lafond. Un incendie a pris là encore avec rapidité, gagnant par l’arrière, les maisons du côté pair de la rue de la Grue.

Quoique au nombre de vingt-deux personnes à ce moment, dans notre cave, nous parvenons à nous faire facilement place et chacun se croit en sécurité relative sous les arceaux soutenus par des piliers solides.

Nous venons de nous installer à peu près lorsqu’une explosion formidable, toute proche, se produit faisant entendre le fracas déjà trop connu de matériaux arrachés et projetés avec force de tous côtés, en même temps que le bruit de vitres brisées tombant par toute la rue. J’ai le sentiment que notre maison vient d’être touchée et je grimpe lestement au premier étage sans y voir de passage d’obus ; les six fenêtres de l’appartement ont seulement leurs grandes vitres en miettes et leurs rideaux en lambeaux partout du verre sur les planchers. Par un coup d’œil au dehors, je suis fixé aussitôt en voyant une énorme brèche, à hauteur du premier, dans le mur de la maison Isidor, au bout de la rue de la Grue.

Je reviens faire part de mes constatations ; quelques minutes s’écoulent et un choc terrible, ressenti plus près encore, ébranle le sol sous nos pieds. Instinctivement nous nous sommes tous courbés, en entendant l’obus accentuer sur nous son sifflement sinistre. Il vient d’éclater à côté, au 5 – nous sommes au 7. D’autres suivent toujours, dont plusieurs n’explosent pas. Nous évitons de parler afin de les entendre arriver.

Je remonte, avec l’intention, cette fois, de pousser si possible, une reconnaissance jusqu’à la rue Eugène-Desteuque, car je tiens à me rendre compte de ce qu’il en est des magasins du monts-de-piété et des incendies du quartier qui ne peuvent que progresser vite. Je cours là, entre deux sifflements et j’ai alors la stupéfaction, en arrivant à l’extrémité de la rue de la Grue, de voir la cathédrale en feu ; toute la toiture, depuis les tours jusqu’à l’abside est entourée d’énormes tourbillons de fumée jaune s’élevant à une grande hauteur, au milieu desquels disparaît le carillon ; les flammes en jaillissent de partout, activées par le vent.

Il est difficile d’exprimer les divers sentiments ressentis à cette vision inattendue, qui me cloue sur place et me ramène instantanément à l’esprit le souvenir de ce qui s’est passé à Louvain. L’indignation et la profonde douleur sont surpassées par une infinie tristesse ; les larmes me viennent aux yeux. Pourtant, ce n’est pas fini, leur artillerie continue ; je dois abandonner la contemplation de ce désastre irréparable et, en m’en revenant sous ce coup pénible, il me semble voir les plus cultivés des barbares qui nous bombardent à l’aise, des hauteurs de Berru ou de Brimont, diriger le tir, manifester leur joie et applaudir à ces coups heureux des pointeurs (Reims se trouvait sous le feu des batteries de la 7e armée allemande, commandée par le général Josias von Heeringen.). Pauvre cathédrale ! notre paroisse aimée. Le résultat cherché pas nos ennemis depuis la matinée est obtenu. Voilà, pour eux sans doute, un tableau magnifique, unique, au milieu des incendies allumés déjà – mais leur rage de destruction ne s’apaise pas avec cela ; le feu de leurs pièces est encore aussi violent.

Je vais annoncer la nouvelle en prenant des ménagements. On éprouve une surprise, une réelle douleur, mais contrairement à ce que je craignais, personne ne paraît épouvanté ou ne peut guère l’être davantage. J’ai l’impression nette que, dans la cave, on s’attend à tout maintenant. Je demande aux deux plus âgés de mes enfants de m’accompagner rapidement, afin qu’ils puissent garder le souvenir du spectacle grandiose dans son horreur, que je ne voudrais pas avoir vu seul et, les renvoyant après quelques secondes, je vais, avant de réintégrer moi-même, m’adosser à un mur, d’où je ne puis quitter des yeux l’ardent et vaste brasier dont j’entends distinctement le crépitement dans toute la charpente. A ce moment, le clocher à l’Ange s’incline peu à peu et tombe du côté de la chapelle de l’Archevêché.

Après quelques instants, je pars à nouveau, tenant absolument à savoir ce qui se passe un peu plus loin, avec l’intention de me diriger vers la rue de l’Université, pour revenir vivement par la rue Cérès. De loin, je vois, au-delà de la rue des Cordeliers, un foyer agrandi autour de la maison Fourmon et de la sous-préfecture, brûlées la veille. En passant place royale, je vois flamber, du haut en bas, dans toute la largeur de la rue Trudaine à la rue Colbert, la papeterie Chauvillon et la pharmacie Christiaens ; les rues sont désertes, à notre boulangerie, rue Nanteuil 7, en passant au large de la maison Clouet encore en flammes et, entrant par le couloir ouvert, je puis pénétrer dans la boutique vide et dans les appartements sans voir personne ; descendant jusqu’à l’entrée de la cave, j’appelle sans obtenir de réponse – la maison est abandonnée ainsi. A mon retour dans la rue de la Grue, je remarque, en passant, deux artilleurs se hâtant en silence, tandis que le bombardement continue, de charger des fers pour chevaux sur une prolonge stationnant devant la maison Laurent & Carrée. Pendant cette course rapide, je n’ai vu qu’eux.

Vers 17 h 1/2, un dernier coup de sonnette me fait aller à la porte. J’ai alors l’agréable surprise de recevoir M. Simon-Gardan, mon beau-père qui, mettant immédiatement à profit un ralentissement survenu enfin dans le bombardement, n’a pu se retenir de faire aussitôt une tournée dans toute la famille, afin d’obtenir des nouvelles des uns et d’en donner aux autres. Il est accueilli avec joie dans la cave, questionné avidement, mais son entrée, dans notre malheureux quartier, l’a mis à même de juger la situation mieux que nous qui avons subi, depuis le matin, son aggravation continuelle sans avoir pu apprendre qu’elle était loin d’avoir le même caractère pour le reste de la ville. Avec véhémence, il la représente excessivement dangereuse dans notre rue étroite, au milieu d’incendies considérables ne pouvant être combattus et continuant à se propager. Ce qu’il nous révèle a pour effet de décider tous nos voisins réfugiés à reprendre leurs sacs, leurs valises et à nous faire sur-le-champ leurs adieux, en se dispersant.

Nous remontons les derniers, en famille. Il vient d’être arrêté que ma femme et nos deux plus jeunes enfants se retireront avec mon beau-père, chez lui, rue du Jard 57. Quant à moi, ne pouvant me résigner en un moment aussi critique à quitter l’établissement sur lequel je dois veiller, je décide de rester. Mes deux fils, Jean, 15 ans et Lucien, 14 ans, à qui je viens de demander s’ils consentiraient à me seconder, s’ils croient pouvoir m’aider à faire le nécessaire, ont accepté tout de suite – ils restent fermes – mais leur mère, que cette détermination remplit d’inquiétude, ne veut accepter de s’en aller qu’après la promesse faite que nous irons, tout au moins dîner rue du Jard, aussitôt que les premières mesures, qui s’imposent d’urgence, auront été prises.

Des flammèches, des débris de papier enflammés, provenant de la papeterie Chauvillon, tombent sans discontinuer, pendant le court conciliabule que nous devons tenir à ce sujet ; la cour en est couverte et cette pluie de feu, autour de nous, ajoute à l’épouvante des incendies plus proches dont nous entendons, maintenant que le canon s’est tu, le bruit des crépitements s’accentuer. Le plus jeune de nos enfants, André, en est effrayé à tel point qu’il laisse échapper ces mots, d’une petite voix tremblotante, en se serrant contre sa mère :

« J’aimerais mieux être mort. »

De la part de ce pauvre petit, de 5 ans 1/2 que l’on n’a pas entendu proférer une plainte pendant le bombardement terrible de la journée, ces paroles d’effroi nous glacent ; elles nous en disent long sur ses angoisses, et nous ne savons véritablement comment nous y prendre pour le rassurer un peu, en attendant qu’on l’enlève au plus vite.

Cependant, il y a lieu de boucher, sans attendre, les ouvertures des magasins du Mont-de-piété sur la rue Eugène-Desteuque, dont toutes les vitres, replacées à la suite du bombardement du 4, ont été de nouveau brisées par les nombreuses explosions des environs et, avant de partir, mon beau-père veut bien commencer ce travail avec nous ; il me donne à propos d’utiles indications. Le concierge, dont les fenêtres, également ouvertes, sont la plus à proximité du foyer d’en face, nous aide quelques instants à poser ce que nous avons pu trouver de cartons ou de planches dans ses chambres puis, dans les magasins du premier étage où, cette fois, il nous faut démonter les portes intérieures, à défaut d’autre chose et il nous quitte définitivement, avec toute sa famille, vers 18 heures.

Peu après, mon beau-père doit partir pour emmener ma femme, notre fillette Madeleine et son petit frère André.

Mes fils aînés, Jean et Lucien, s’efforcent avec moi d’activer le travail restant à faire au second étage. Afin de me rendre compte de la situation, je fais ensuite une tournée générale dans les magasins et nous pouvons, à notre tour, nous diriger rue du Jard 57, où nous ne restons que le temps de prendre rapidement un léger repas. Aussitôt, nous reprenons, tous les trois, le chemin de la rue de la Grue.

Nous constatons alors, en arrivant dans ses environs, que le foyer qui avait pris naissance au 8 de la place royale, après avoir brûlé le magasin Gillet-Lafond, s’est étendu à droite et à gauche de la maison et a continué à gagner beaucoup en profondeur. Tout le milieu du grand quadrilatère limité dans sa longueur par la place, la rue de l’Université et la rue de la Grue et en largeur par les rues Cérès et Eugène Desteuque flambe ; l’ensemble est menacé de disparaître sans que le feu ait pu, même, être attaqué, car, de tout le bataillon de sapeurs-pompiers de la ville, il ne reste qu’une quinzaine d’hommes ; ils sont sur pied depuis deux jours et deux nuits, ayant eu à lutter sans repos et malgré les obus, contre des incendies considérables. Aujourd’hui, leurs efforts ont été impuissants devant le nombre et l’importance des nouveaux sinistres, provoqués à tout moment par la pluie de projectiles incendiaires, et le fléau progresse autant qu’il peut.

Dans la rue de la Grue, dont les maisons sont vides d’habitants, ne se trouvent plus que Albert Reininger, resté seul depuis le soir à la maison Laurent & Carrée ; Thomas, gardien de l’imprimerie Marguin et nous. La connaissance est vite faite, puisque, chacun pour notre part, nous avons en vue de protéger « nos » immeubles.

Tout à l’heure, nous avons vu partir les derniers voisins restés dans la partie menacée de la rue Eugène-Desteuque. En ce moment, tandis que nous échangeons nos impressions, passent encore quelques gens affolés, s’enfuyant de la rue Saint-Symphorien, en emportant un peu de linge sous les bras et… laissant, abandonnant forcément le reste.

Je me trouve cependant à l’aise depuis notre retour, sachant maintenant ma femme et nos deux plus jeunes enfants en sécurité. Jean et Lucien eux-mêmes, remplis du désir de se rendre utiles, éprouvent le besoin de m’assurer qu’ils envisagent sans crainte l’état de choses ; devant l’évidence de leur sang-froid, je me borne à leur recommander la prudence et à leur demander obéissance absolue. Ils sont résolus, très calmes et je sens que nous serons tous les trois, maîtres de nos mouvements.

Peu de temps après notre arrivée, le propriétaire d’un immeuble voisin, sis au coin des rues Eugène-Desteuque et Saint-Symphorien, venu là ce soir pour s’efforcer de garantir sa maison, dont les locataires sont absents, vient nous demander de lui prêter secours, car elle est déjà sérieusement atteinte. Nous le suivons. Albert Reininger est là aussi, avec une lance d’arrosage, mais il ne peut en adapter le tuyau au robinet sans vis constituant la seule prise d’eau. Il est trop tard, du reste, pour combattre efficacement avec le peu de moyens dont nous disposons puisque, tandis que nous sommes dans l’escalier de cette maison, le chevronnage brûle à deux mètres au dessus de nos têtes. Nous devons laisser le malheureux voisin qui se désole et que nous ne parvenons pas à convaincre de l’inutilité de nos efforts – et nous revenons rue de la Grue.

La maison Erard a pris feu ; les étincelles voltigent à nouveau. Aussi, nous empressons-nous, cette fois, de fermer les ouvertures de mon logement, situé juste en face de cet immeuble, portant le n° 12 de la rue. Nous pouvons, non sans peine, réunir encore tout ce qui est nécessaire pour boucher six grandes fenêtres complètement dépourvues de vitres. Nous exécutons lestement le travail, à la lueur de l’incendie, puis je demande à Jean de rester en surveillance au premier étage, dans l’appartement, tandis que Lucien et moi allons nous installer au grenier où les étincelles, se glissant sous les tuiles, pénètrent de tous côtés. Là, il nous faut d’abord amonceler ce qui s’y trouve, puis couvrir l’ensemble avec des draps mouillés et observer le feu d’en face, tout en garantissant nos lucarnes en bois, au nombre de quatre, de ce côté.

La maison Marguin (n° 6) commence bientôt à brûler à son tour ; Thomas doit la quitter. Il se joint à Albert qui, du premier étage de la maison Laurent, au n° 1, arrose tant qu’il peut ce nouveau foyer, mais le débit de sa lance d’arrosage est insignifiant devant pareil sinistre que des torrents d’eau n’arrêteraient plus. L’incendie s’étend toujours et gagne, cette fois, la petite maison n° 10, entre les ateliers de l’imprimerie (n° 8) et la maison Erard. Les ateliers Marguin en arrivent vite à la pleine intensité et la maison, de toute la hauteur de ses étages, croule dans les flammes qui redoublent d’activité.

D’une lucarne de mon grenier, je remarque que le toit de chez Laurent laisse percer, par endroits, de minces filets de fumée ; l’incendie menace en conséquence de franchir la rue étroite et de continuer par le côté impair. De toutes mes forces, je crie à Albert, descendu sur le seuil de la porte, avec sa lance, d’arroser son toit ; les craquements d’en face couvrant ma voix, il ne m’entend pas. le dois quitter mon observatoire, descendre et courir vers lui en enjambant les pièces de bois tombées en feu sur le pavé ; il me comprend enfin et s’efforce de diriger son jet du côté indiqué ; la couverture s’échauffe de plus en plus, elle finit par se soulever et de petites flammes commencent à se montrer, qui augmentent à vue d’œil. Bientôt, toute la toiture ainsi qu’une partie de la façade brûlent.

Albert et Thomas se trouvent maintenant dans la rue, entre deux brasiers. Trois ou quatre personnes qui s’en vont, descendant la rue Cérès chargées de paquets, s’arrêtent, surprises de voir des gens manœuvrer si près des flammes, sans paraître s’inquiéter du danger et leur crient à plusieurs reprises : « Sauvez-vous ». Les deux hommes sont trop occupés ; ils ne tournent même pas la tête. Voyant que l’on ne prête guère attention à leurs avertissements et qu’on les laisse crier, elles se lassent et continuent leur chemin. Pourtant, ils ne peuvent plus tenir longtemps ainsi ; l’intensité de la chaleur les oblige à ahan donner. Albert se résigne à regret ; je le vois jeter sa lance sur le pavé dans un violent mouvement de colère, et s’éloigner suivi de Thomas. Après avoir fait tout ce qu’ils ont pu, ils s’en vont doucement.

Il est près de minuit et nous restons seuls.

Je monte sur le passage de séparation des toitures que nous appelons « la terrasse », afin de mieux me rendre compte de ce qu’il en est de cet épouvantable fléau, que nous voyons toujours progresser sans que rien ne puisse être tenté pour l’arrêter. Là-haut, il y aurait de quoi frémir ; le coup d’œil est terrifiant. A gauche, en face, à droite et même en arrière mais dans un voisinage moins immédiat, c’est un océan de feu. On ne pourrait imaginer spectacle aussi triste et poignant, unique aussi, avec la cathédrale dont les restes de la charpente brûlent encore sur la voûte. Nul autre bruit que le craquement des pièces de bois, le crépitement des fenêtres, des volets en feu que nos oreilles entendent depuis plusieurs heures ou l’explosion, assez fréquente, dans les flammes, d’obus de la journée non éclatés. Pas une voix qui se fasse entendre. Je descends, après avoir constaté que l’incendie a déjà bien gagné en profondeur dans l’immeuble Laurent et qu’il a, de plus, atteint la maison n° 3 rue de la Grue.

Il faudrait cependant voir, si possible, à trouver des secours qui ne viennent pas. Je rappelle aux enfants qu’ils ont une porte de sortie sur la rue de la Gabelle, puis, leur ayant promis d’être rapidement de retour, je pars, en courant, par la rue Eugène-Desteuque, où je vois en passant que seule la maison Grandremy, au n° 4, existe encore à cette heure au commencement de la rue et je gagne la place royale, ne sachant exactement où me diriger. Dans ce trajet, je ne rencontre pas une âme, personne à qui je puisse demander seulement le service d’aller chercher, plus loin, les pompiers – et je ne sais à quel endroit ils se trouvent, il y a des foyers à combattre de tous côtés.

Reims, cette nuit est comme morte, anéantie, après six jours consécutifs de bombardements terribles, au cours desquels il ne lui a pas été possible de se ressaisir de la stupeur et de l’épouvante ressenties dès le lendemain de la réception joyeuse faite à nos troupes, le dimanche précédent. Ce quartier du centre surtout est désert. Une partie de sa population l’avait quitté avant l’arrivée des Allemands. Dans la soirée d’aujourd’hui, après l’accalmie, certains habitants affolés se sont enfuis hors de la ville et d’autres se sont retirés dans les caves des maisons de champagne.

Ne pouvant laisser les enfants plus longtemps seuls, je rentre et pareille détresse, devant une catastrophe qui s’accroît d’heure en heure, dans des proportions considérables, me fait clairement voir que nos ennemis achèveront à loisir la destruction de la ville, s’ils sont à même de rouvrir le feu comme la veille, à deux heures du matin. Le répit qu’ils nous donnent cette nuit, est dû, sans doute, au défaut de munitions ; s’ils reprennent, d’un moment à l’autre, un bombardement incendiaire aussi serré que celui de la journée, ils réussiront sans peine à accumuler les ruines, à compléter leur œuvre. Rien ne peut plus s’y opposer.

Pendant une seconde observation, j’ai vu avec douleur ce qui est fatal, en ce qui nous concerne, au milieu de ce quartier abandonné ; notre tour va venir bientôt par l’arrière et nous n’avons pas les moyens d’éviter cela. Nous ne pouvons pas nous dispenser de continuer la surveillance exercée sur l’incendie d’en face – la rue nous sépare de quelques mètres seulement du mur de la maison Erard, par les ouvertures duquel nous voyons tout l’intérieur embrasé – quoique je sois presque sûr, maintenant, de parvenir, sur rue, à préserver jusqu’au haut notre grenier et ses lucarnes, que j’arrose toujours.

Sur notre côté droit, le danger approche, mais la maison n° 5 qui va être atteinte ne nous communiquera pas le feu par la charpente, ainsi que cela s’est produit ailleurs. Sur toute la longueur des bâtiments allant de la rue de la Grue à la rue de la Gabelle, les flammes avancent après avoir contourné les maisons numéros 3 et 5 et repris une nouvelle intensité en gagnant les écuries de la maison Laurent, rue de la Gabelle ; celles-ci sont mitoyennes avec l’immeuble, par le bâtiment servant d’habitation au directeur, qui est attenant au nôtre et sans qu’il y ait, de ce côté, forte surélévation de toiture comme celle existant entre les n° 5 et 7 sur la rue de la Grue ; c’est par là que nous sommes très sérieusement menacés.

La fumée est devenue peu à peu très épaisse, sans que nous y prenions garde, dans le grenier on nous nous tenons et nous sommes gênés pour respirer. Lucien me dit tout à coup en être incommodé. Croyant qu’il souffre surtout des picotements aux yeux que nous supportons depuis un moment, je lui dis de patienter encore un peu, car je vois que nous allons être obligés de quitter, mais il me demande presque aussitôt :

« Papa, en as-tu encore pour longtemps, je ne me sens pas bien. »

Je comprends alors que nous ne devons pas nous attarder davantage ; je crains pour lui la suffocation et nous descendons tout de suite au premier étage, où est toujours posté son frère. Là, nous prenons des vêtements, sans nous donner le temps de choisir ; les enfants enlèvent vivement quelques souvenirs se trouvant à portée de la main et nous allons pour sortir, par ma porte particulière cela nous est impossible. De la maison d’en face, des débris de toiture, des parties de chevronnage en feu se détachent à tout moment et tombent pour achever de se consumer sur le pavé ; la rue en est obstruée. Nous nous dirigeons donc vers la porte charretière du mont-de-piété (n° 9) où la rue a un peu plus de largeur ; là non plus, nous ne pouvons pas passer, ce serait entrer dans une fournaise – la maison Isidor, au coin de la rue de la Grue et de la rue Eugène-Desteuque est en plein feu à son tour, de même que toute la partie gauche de cette dernière rue, allant de la me Saint-Symphorien à la rue de l’Université. Il nous faut alors gagner la seule issue nous assurant une retraite, la porte du n° 6 de la rue de la Gabelle, que nous franchissons avec un véritable serrement de cœur.

Exténués, nous ne faisons que quelques pas pour nous asseoir sur des bornes de la rue d’Avenay, où il nous est impossible de nous reposer longtemps ; il nous semble que là aussi, l’air est irrespirable.

Avant de nous éloigner, nous voyons avec peine les flammes attaquer le toit pour lequel je craignais tant, vers la rue de la Gabelle, et courir bientôt, par la charpente surchauffée, tout le long de la maison d’habitation du directeur. Elles ont vite fait d’atteindre la première lucarne arrière du grenier où nous nous tenions un quart d’heure auparavant, en même temps qu’elles avancent, des écuries Laurent, vers les dépendances de l’établissement, sur la rue de la Gabelle et la porte par laquelle nous venons de sortir.

Nous sommes tous les trois désolés de n’avoir qu’à déplorer notre impuissance, en voyant le fléau gagner à vue d’œil la partie des bâtiments que nous nous efforcions de protéger. Nous avons vu toute la nuit sa marche rapide ; il nous a fallu céder, et c’est de deux côtés à la fois qu’il parvient maintenant à l’immeuble du mont-de-piété, que j’ai eu l’illusion de pouvoir préserver. La vision instantanée des conséquences du désastre m’afflige profondément. Les enfants réfléchissent en voyant notre habitation prendre feu ; ils pensent à tous les objets qui leur étaient si chers – qu’il eût été doublement dangereux de vouloir sauver tout à l’heure.

Partant par la rue des Marmouzets et la rue Eugène-Desteuque, nous traversons le boulevard de la Paix, où il nous semble que nous respirerions mieux à l’aise ; l’air est là encore empesté de fumée. Assis sur un banc, nous avons devant nous le Bureau central de Conditionnement, à cette heure complètement en feu.

Fatigués comme nous le sommes, autant qu’on peut l’être, nous ne savons véritablement où nous diriger pour nous remettre un peu dans l’air pur.

Enfin, nous éloignant des incendies les plus proches, nous allons du côté de la caserne Colbert. L’abominable odeur de brûlé qui nous rend malades nous suit ; nos vêtements en sont imprégnés et nous sommes comme saturés de la fumée que nous avons respirée, avalée toute la nuit.

Nous ne serons bien nulle part.

Nous longeons le boulevard, remarquant, à côté de trous d’obus à espacements presque réguliers, des chevaux tués par groupes de quatre et cinq, éventrés, ouverts de toutes manières ; c’est ce qui reste sur place, des batteries d’artillerie que j’avais vues le 15, dissimulées sous les branchages des gros arbres, mais qui ont été si complètement pilonnées en ces endroits. Il y a une vingtaine de cadavres d’animaux dans le court trajet que nous parcourons et cela continue tout le long du boulevard Gerbert. Nous ne faisons que passer lentement et lorsque nous arrivons rue du Jard, pour rentrer à l’abri, chez mon beau-père, le jour s’est levé, il doit être un peu plus de cinq heures.

Tout est paisible, dans ce quartier qui n’a pas souffert. Un habitant hume déjà l’air frais, sur le pas de sa porte, en fumant sa pipe, se demandant sans doute ce que réserve le silence de cette matinée, succédant aux effroyables détonations de toute la semaine.

Nous croisons des personnes qui paraissent se rendre aux premiers offices de ce dimanche 20 et, à ce contraste, il nous semble être transportés brusquement dans une autre ville, sortir d’un affreux cauchemar qui a duré vingt-quatre heures environ, au cours duquel nous aurions été témoins d’un cataclysme annonceur de la fin du monde.

Paul Hess, dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Collection : VV


Louis Guédet

Samedi 19 septembre 1914

8ème jour de bombardement

2h après-midi  Au sifflement des obus qui sifflent comme des oiseaux…  de mort et de destruction !!

Je recopie mes mots pris depuis ce matin. Quelle matinée !!

7h25  Nuit relativement calme, mais voila le canon qui a l’air de reprendre du côté de Brimont.

8h1/4  Le bombardement recommence, il faut descendre à la cave, vite ! Habillons-nous !

9h50  Le canardage ralentit, mais combien en ai-je entendus auprès de nous. Dieu protège notre maison. Dieu nous protège !

12h1/2  Le bombardement n’a pas discontinué dans toutes les directions, à mon sens et autant que je puisse en juger de ma tanière !! mais je crois que c’est mon quartier qui a surtout encaissé.

Ah ! ce Taube qui nous survolait avec tant d’insistance nous a bien repérés. Indien !!

Ralentissement.

12h3/4  Nous remontons pour manger un peu. J’ai brûlé la politesse au beau-père qui m’avait prié de venir déjeuner avec lui aujourd’hui. Ma foi, par cette pluie de fer, ce n’est pas assez engageant !

Nous remontons donc…   puis redescendons à la hâte, emportant pain, saucisson, fromage, vin, eau, couteaux, pour manger en bas. C’est plus sage. Nous installons une table avec 2 chaises et une planche à laver. C’est lugubre à la lumière d’une bougie (de 11h1/2 à 12h1/2 j’ai dormi sur une chaise à la lueur d’une veilleuse).

1h05  Fin de … déjeuner ! Dieu sait comment ! Je n’ai pas faim, ni Adèle non plus !!

1h25  Nous remontons. Quel beau et bon soleil ! Quand on sort d’une cave après 5h1/2 durant de bombardements !! (Il pleuvait ce matin et toute la matinée…) Soleil d’automne ! pâle ! pâle ! comme un sourire de mourant, mais tout de même bien beau ! bien bon ! Quand on a été angoissé et on a souffert dans la nuit 5h1/2 durant !

Je regarde à ma fenêtre : à droite à travers dans la rue une trainée de débris de toutes sortes en face du Cinématographe. C’est le photographe d’en face qui a reçu la bombe. M. Mennesson-Champagne a dû l’entendre !! Tout parait saccagé.

1h1/2  On entend encore de ces oiseaux de malheur chanter !! Faudra-t-il encore descendre ? J’espère bien que non ! mon Dieu !

Le sifflement du vent dans les fils téléphoniques est agaçant, il ressemble beaucoup à celui des oiseaux dont les allemands nous gratifient avec une largesse…  un peu trop prodigue. A chaque instant on regarde malgré soi en l’air pour voir… s’il arrive…  quelque chose !!

1h35  Encore des hirondelles qui volètent le long de la rue au ras de nos fenêtres. Pauvres gentils oiseaux ! Si comme, dans Lamartine, vous pouviez aller dire à nos chers aimés combien je les aime, combien je pense à eux ! et combien je voudrais les revoir bientôt. Etes-vous, charmantes hirondelles, messagères de bonheur, de bonnes nouvelles ? Oui ! Vous ne pouvez être autre chose !

2h1/2  Je suis à jour avec mes notes, pendant que le canon gronde et que les obus sifflent et sillonnent le ciel !!

J’estime que nous avons reçu ce matin dans notre quartier au moins 150 à 200 obus. Que de ruines !! Ces sauvages là ! ne rêvaient que de cela. Ils doivent être mis au ban de la société, de l’Humanité. Ils doivent être supprimés. J’aperçois des fumées d’incendies un peu de tous côtés.

Je vais tâcher de faire ma toilette et de me raser car sortir, il ne faut pas y songer !!

A 1h1/2, comme je faisais un tour de jardin malgré les obus, je n’ai pu m’empêcher de cueillir au soleil pâle 6 marguerites jaunes en pensant à nos adorés. Ce sera un souvenir pour eux de la terrible et angoissante journée du 19.

9h1/4  Un passant me dit que la maison Singer, près de Boucher, le charcutier, brûle. Place Royale il y a aussi un incendie. Et combien d’autres sans doute !! On ne voit par les rues que des gens qui marchent à pas hâtifs, en se réfugiant le long des maisons et regardant en l’air au moindre bruissement ! C’est lugubre ! On sent la Mort planer sur Reims au dessus de toute la Ville !! Quel châtiment auront donc ces allemands ? Et à ce misérable Guillaume II ! Que la Justice de Dieu lui réserve-t-elle ? Humainement je ne connais pas de châtiment qui puisse être à la mesure de son crime !

9h25  Tant pis ! je me résigne à me raser. J’espère bien que Messieurs les Prussiens me laisseront tranquille pendant ce temps.

10h  Voila qui est fait. On ne se figure pas comme on devient sale après un séjour de 5 heures dans une cave ! J’en avais besoin.

Le canon tonne et retonne toujours vers Brimont. Allons ! reprenons mes notes, je ne pousserai pas comme Buffon la préciosité jusqu’à mettre des manchettes propre pour les continuer. Non ! Mais je les reprends avec tendre affection, et par devoir, et ici mes chères notes auront été mon soutien, ma consolation pendant ces journées terribles que nous passons. Ainsi je cause pour les miens, avec mes chers adorés. En écrivant toutes ces lignes au vol au cours de la pensée je sais que je suis en relation avec eux et si je meurs…  ils sauront combien je les aimais !! et surtout combien j’ai souffert en songeant à eux, en étant sans nouvelle d’eux ! Mon Dieu ! quand cette épreuve prendra-t-elle fin ? Et quand nous retrouverons nous tous réunis dans le même nid ?

6h1/2  Il faudrait la plume d’un Dante pour décrire la vue tragique de notre ville qui brûle. La Cathédrale flambe, le quartier de l’Université, la rue des Augustins, tout brûle. Mon Dieu sauvez-moi, sauvez mon Momo, Protégez moi Sainte Vierge ! C’est épouvantable.

A 4h10 je sortais pour voir mon Beau-père, en passant devant la maison Camu, rue Thiers, une flaque de sang, le docteur Jacquin a été tué là par un obus. Je poursuis mon chemin. La Chambre des Notaires en miettes. Douce son étude de même, rue Linguet des maisons et l’ancien pensionnat de l’Assomption brûlent. Je pars vers la rue des Consuls, on dit que la Cathédrale brûle. J’arrive chez M. Bataille et du premier étage j’aperçois toute la toiture de la Cathédrale en feu : toutes les traverses qui soutenaient la couverture en plomb brûlent et forment comme un retable de langues de flammes. C’est magnifique dans son tragique, le carillon commence à flamber, ainsi que le clocher à l’Ange sud dont voit les langues de feu courir sur les nervures de la bâtisse en bois. Je distingue très bien une dernière langue de feu qui arrive à la pomme du sommet de ce clocher.

Je cours jusqu’à la Cathédrale : tout brûle et le carillon s’effondre dans une gerbe gigantesque. De la rue Libergier où je me dirige l’effet est horrible et inoubliable de grandeur, des flammes qui jaillissent derrière les deux tours qui sont entourées de fumées et éclaircies par un soleil pâle d’automne. C’est grandiose, titanesque. La Grande Rose et la Petite Rose en dessous flamboient devant le brasier qui est à l’intérieur. Les grandes portes du grand portail et celles du petit portail brûlent et paraissent serties d’or et d’ornements de feu et de flammes !

Une plume ne peut décrire cela. La statue de Jeanne d’Arc, dans la fumée et les étincelles du brasier qui tourbillonnent autour d’elle, d’un geste vengeur brandit son épée auquel est attaché et claque au vent un drapeau tricolore.

Je suis bien resté 10 minutes à la contempler, impassible sous le brasier. Le grand portail ne parait pas avoir trop souffert, à part quelques éclatements de détails de statues provoqués soit par la chaleur ou la chute de matériaux qui achèvent de brûler sur la place.

En s’attaquant à notre Cathédrale de Reims, un des Joyaux de la France qui rappelle l’Histoire de tout un Peuple pendant 20 siècles, Guillaume II s’est mis aujourd’hui au ban de la civilisation et cloué au pilori de l’Histoire !!

Tout ceci a été raturé (ces deux derniers paragraphes) et mis au point le soir du 19 septembre 1914 à 8 heures du soir.

Les phrases et morceaux de phrases barrés ont été repris et reformulés dans leur intégralité.

Je ne relèverai qu’à titre documentaire les autres incendies que j’ai vus et relevés : tout le quartier compris entre la rue Eugène Desteuque, la rue de l’Université, la rue des Cordeliers, la rue Saint Symphorien, la rue de L’Isle flambent.

La rue des Augustins et l’ancien petit séminaire brûlent, la sous-préfecture et la maison Fourmon flambent depuis hier, ainsi que les Vieux Anglais et l’usine Lelarge. Le Messager de la Champagne boulevard de la Paix brûle et la toiture de la maison de M. Chapuis père commençait à brûler, de même les établissements Verdun et Philippe.

Je repasse par la rue Andrieux. Plus rien des magasins et de la maison d’Edouard Benoist, 30 rue Courmeaux. Le Temple protestant et son école finissent de se consumer. Je continue mon Calvaire, la maison de mon vieil ami Charles Heidsieck a été réduite en poussière à l’intérieur par un ou plusieurs obus dont un est rentré par le soupirail de la cave. Par là on ne compte plus les obus qui y sont tombés. Un nouveau sifflement de bombe au dessus de moi m’oblige à continuer ma promenade de constatation. Il ne faut pas faire de bravade inutile, çà ne sert de rien. Je file au pas accéléré rue Linguet qui achève de brûler côté Jolivet et Assomption. J’enjambe les décombres Douce, passe devant chez Béra-Bouché qui a reçu un obus et de là par la rue de l’Arbalète, Cadran St Pierre jonchée de décombres. Ville d’Elbeuf, Matot-Braine, Faidherbe, Aux Élégants, Michaud, Lefranc-Mothe, le Comptoir Français qui n’est pas encore à l’alignement, la Corbeille du Mariage et ouf ! Je suis chez moi. Bref ces nobles allemands nous ont envoyé les 3 coups traditionnels de l’extinction des feux !!

Que sera demain ? je ne puis croire que Dieu nous laisse anéantir complètement. Demain sera donc la débâche allemande et la fin de nos désastres !

Un épisode assez caractéristique en journée de l’incendie de notre « Merveille ». Quand j’étais au coin de la rue Tronsson-Ducoudray et de la place du Parvis, à l’angle du reste de mur de l’ancienne prison. Une colonne de quelques blessés allemands qui étaient dans la Cathédrale qui flambait alors malgré le drapeau de la Croix-Rouge mis à la façade de la grande tour Nord, sortit par le chantier de la Cathédrale, escortés par quelques soldats en armes commandés par un maréchal des logis d’artillerie, à peine débouchèrent-ils devant le Lion d’Or que des ouvriers, femmes, gens de toutes sortes se précipitèrent sur eux en criant : « A mort ». Puis je vis les quelques troupiers qui étaient en faction au coin de chez Boncourt remettre leurs fusils au cran de tir et à ajuster le groupe. D’un bon je fus sur un de ces braves soldats qui, baïonnette au canon était en joue sur le groupe. Le temps de rabaisser son arme et la cohue se précipitait sur ces allemands qui, avec un ensemble admirable, levaient les mains aussi hautes qu’ils pouvaient. Ce fut un moment impressionnant : « A mort ! A mort ! incendiaires ! assassins ! et les casquettes et chapeaux volent sur ces bandits !! Sans l’attitude engagée de l’abbé Landrieux notre curé de la Cathédrale qui cria à ces ouvriers : « Assez ! Ce sera moi d’abord que vous frapperez ! »

Bref ce fut une conduite de Grenoble (expression ancienne signifiant : réceptionner de manière hostile, sous les huées) jusqu’au Musée, rue Chanzy à l’ancien Grand Séminaire, mais il valait mieux cela que la tuerie !! Car nous nous sommes civilisés !!

En repassant rue de Talleyrand près de la rue de Vesle je rencontre le maréchal des logis qui avait escorté ces blessés. Il jurait, sacrait comme un Templier ! Il me dit : « C’est-y pas malheureux de protéger ces crapules là quand ils laissent crever nos blessés ou qu’ils nous bombardent. Je les aurais laissés griller comme des cochons dans la Cathédrale qu’ils n’ont pas craint de brûler !!! Non ! Je n’ai jamais autant juré sacré que maintenant !! »

Oui, il fallait les oublier dans la Cathédrale ! et c’eut été le commencement de la Justice ! de l’exécution de ces Barbares !!

8h3/4  Plus rien depuis 7h. Couchons-nous, mais auparavant un regard par la fenêtre toute lumière éteinte. Ma bougie !! Car ce soir nous n’avons ni gaz ! ni électricité !

La rue est éclairée à l’horizon par les incendies, depuis la maison de Mme Collet jusqu’à vers la Cathédrale qui flamboie et puis encore un nuage énorme remontant, poussé par le vent du côté de la rue de Vesle, ce doit être le Grand Bazar qui brûle. C’est sinistre cette rue de Talleyrand dans la pénombre mi-obscure avec l’horizon flamboyant des lueurs du désastre !!

9h  Il faut pourtant tâcher de dormir !!!! Nuit étoilée d’automne splendide. Et dire que nous brûlons ! flambons !! par le fait des Barbares. Combien je comprends maintenant les descriptions des auteurs grecs et latins quand ils décrivaient les invasions, les incendies des Barbares…  Les Germains n’ont pas changés. Ils sont malgré 1900 ans restés toujours les Fauves des Forêts de Germanie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Le Dr Faleur fasciné par l’incendie de la cathédrale

« J’ai assisté au spectacle le plus émouvant, le plus grandiose, le plus triste à la fois qui se puisse imaginer : l’embrasement de la cathédrale de Reims. Le génie de la dévastation est inné chez les barbares. Depuis quelques jours, ils lançaient des bombes incendiaires.

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Hier soir, c’est la sous-préfecture qui flambait, aujourd’hui vers 15 h 30 le feu prenait à l’immense échafaudage élevé devant la tour nord du portail. Il tombait au bout d’une demi-heure, ne paraissant pas avoir fait grands dégâts et on éprouvait un certain soulagement.

union080809aca02Vers 16 h 15, une nouvelle bombe embrasait la toiture, commençant du côté de la flèche, à l’opposé du portail. Le spectacle alors était « féerique ».

Sur le fond rouge se détachaient les tours imposantes et toute la façade du monument. Semblant défier le feu qui faisait rage de toutes parts, les clochetons eux-mêmes semblaient se dresser fièrement sans rien craindre. Pendant une heure, je restai fasciné à la fenêtre de ma chambre sans pouvoir m’arracher à ce spectacle.

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Au bout d’un moment le foyer d’incendie prit plus d’expansion encore, une nouvelle bombe mettait le feu à l’archevêché tout entier. Cette masse de feu, jointe aux foyers voisins, hôpitaux, dispensaires, écoles, maisons particulières, formait quelque chose d’absolument inimaginable. Vers 22 heures, je suis allé avec des camarades et M. Quiquet, infirmière de la rue de l’Université, faire le tour d’une partie du foyer incandescent, malgré la défense de la police […]

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Il paraît que des blessés allemands avaient été mis dans la cathédrale, les uns me disent qu’ils y sont restés, les autres disent que les blessés ont pu sortir sous la protection des prêtres.

Les esprits ont été en tout cas très montés contre les barbares qui renouvellent les exploits des Huns brûlant tout sur leur passage. Nous avons reçu aujourd’hui 88 blessés. »

 Qualifié de « crime contre l’humanité »

Dimanche 20 septembre. Faleur poursuit son récit. « Spectacle féerique ce matin à mon réveil. De mon lit, je voyais le ciel rouge encore des incendies qui continuent dans tout le quartier de la cathédrale et au milieu de cela le globe rouge du soleil, plus rouge encore que le feu : j’ai fait voir ce spectacle à Ruby et Ducroux qui partagent ma chambre. La canonnade continue et semble même se rapprocher un peu : la population est émouvante.

Ce matin est arrivé, à l’ambulance, 21 blessés allemands conduits par leur aumônier catholique. Ils étaient hier dans la cathédrale 134 ou 154. On a pu les faire sortir. L’aumônier allemand est navré de la conduite de ses compatriotes. Il blâme cette sauvagerie et m’a dit que les Allemands méritent d’être mis au ban des nations civilisées. Je suis allé cette après-midi dans la cathédrale qui n’a pas trop souffert intérieurement, quant aux pierres tout au moins. J’ai vu trois cadavres d’Allemands qui ont dû être asphyxiés, ils ne sont pas carbonisés. La flèche de la cathédrale n’existe plus. J’ai vu sa chute hier. Nous avons eu aujourd’hui 173 blessés. »

Tiré des neuf cahiers du Dr Georges Faleur 

Source : le blog d’Alain Moyat  https://reims1418.wordpress.com/2013/11/24/reims1418-le-dr-faleur-fascine-par-lincendie-de-la-cathedrale-35/


Renée Muller

En 1964, Renée MULLER raconte au rédacteur du journal l’Union des souvenirs d’il y a 50 ans.
Ils sont toujours vifs et vérifiables, car durant la guerre 14, elle a noté dans 3 carnets
les événements de la guerre tels qu’elle les a vécus près de Reims.
Renée MULLER, qui a vécu 100 ans, est la fille des Lorrains Aristide MULLER, (garde particulier du château de Vrilly appartenant à André WARNIER) et Anna REDINGER.

« Monsieur le Rédacteur
Comme suite à votre article intitulé « Souvenirs d’un ancien du 291e R.I. paru dans votre journal du 5 courant, j’aimerais préciser qu’il y avait à cette époque « non pas une ferme » mais plusieurs puisque la totalité du pays était exclusivement composée de cultivateurs et que la plupart d’entre eux, à la suite de bombardements incendiaires effectués en même temps que sur la cathédrale étaient venus se réfugier chez nous espérant que dans une maison isolée, il y aurait moins de risques bien que nous ayons déjà reçu un obus venant de la Pompelle. Le pavillon que j’occupais avec mes parents était en bordure du canal en bas de la berge à 500 m du pont entre Vrilly et St Léonard ; C’est à dire que nous étions aux premières loges et je peux vivre très âgée, je me rappellerai ces 24 h que nous avons passées dans notre cave ; une vingtaine de personnes au total dont l’actuel maire* de St Léonard avec sa famille. A chaque instant, les unes et les autres essayaient de quitter la maison pour aller trouver refuge ailleurs mais les balles tombaient comme de la grêle. C’était impossible à tel point que les brancardiers eux-mêmes sont venus s’engouffrer dans l’escalier car ont-ils dit « tout à l’heure, il n’y aura plus personne pour ramasser les blessés ». Nuit et journée de terreur, puisque le canal seul séparait les soldats ; nous les entendions chacun dans leur langue ; mon père entendit un de nos soldats dire « je l’ai descendu l’allemand était juché dans un peuplier et nous avons entendu le corps tombe dans l’eau « Il est remonté 3 semaines après, mais dire dans quel état ! » Par les ajours de la porte de la cave, une balle avait passé laissant une brûlure au col de la veste d’un de nos amis qui regardait ce qui se passait ; cette balle est tombée sur les genoux de mon père assis dans l’escalier de la cave. Nous ne pensions pas à la nourriture puisque terrés dans la cave. Cependant chacun a eu une moitié de pomme et un verre de malaga qu’un cafetier du pays avait apporté. Comme toutes choses, il faut rester sur une note gaie, j’ajouterai cependant qu’une personne très âgée parmi nous avait somnolé et en se réveillant (elle était assez sourde) elle nous dit « Ah ! mes enfants, je crois que ça se calme un peu ». Hélas, c’était au plus fort de la bataille. Une amie* et moi, nous ne pouvions nous empêcher de ri
re. »

Notes :
René FOURMET ° 1895 St Léonard : maire* de St Léonard de 1945 à 1965
Une amie* : Lucie FOURMET ° 1898 et + 1957 St Léonard
Mes cousins Renée et Lucie FOURMET sont frère et sœur,
enfants d’Edgar FOURMET et Marie BERNARD
Voir leurs photos au début des notes de Renée MULLER en 1914 dans leblog :

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Jeudi 17 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 SEPTEMBRE : Il est 4 heures du matin ; l’explosion des bombes tombant assez près, sur le Boulevard, et à l’instant sur le Grand Séminaire vraisemblablement, m’a décidé à me lever et à descendre à la salie-à-manger, où je vais dire mob bréviaire – prêt à sortir s’il y a nécessité –

J’ai passé une très mauvaise nuit bien entendu, n’arrivant pas à trouver le sommeil. Sans cauchemar cependant, mais ces bombes s’écrasant avec un bruit d’enfer, fauchant, semant la mort horrible tout autour… Je les avais dans l’oreille.

Que sera aujourd’hui? Il s’annonce rude encore et sanglant ! Je prends mon bréviaire. Cependant, le carillon égrène placidement son chant saccadé… C’est 4 heures et demie.

5 heures 20 ; Les sinistres sifflements, la pluie de fer continue de minute en minute. Les allemands auront voulu balayer le terrain de bonne heure.

Les troupes étaient loin heureusement, et il est vraisemblable que les batteries étaient à couvert. J’entends le bruit sourd de notre artillerie… Les obus allemands se font plus rares… mais, Mon Dieu… que de ravages nous allons avoir à pleurer, le long du boulevard, dans toute la partie de la ville qui s’étend de nos quartiers à St. Jean-Baptiste ! Que de ruines vont s’accumuler.

Un souvenir rétrospectif – à propos des otages – rencontré avant hier M. de Juvigny qui se vantait de s’être échappé avec trois autres par les jardins du Grand Séminaire. Et si, pour autant, les autres avaient été passés par les armes? J’ai ce souvenir parce qu’il me monte à l’esprit que si l’ennemi revenait à Reims, je pourrais bien être à mon tour parmi les otages. Mon Dieu, je suis entre vos mains.

Horrible – un sifflement vient d’arriver jusqu’ici… la bombe a éclaté bien près…

(une page déchirée)

7  heures 1/2 ; Je vais monter au transept. Une maison brûle au coin de la rue Houzeau-Muiron et de la rue des Moissons ; des bombes défoncent les 2 bâtiments des dragons ; de nombreux shrapnells trouent d’une blancheur de ouate la fumée jaune qui s’échappe encore de la ferme des anglais, embrasée hier soir. Il semble que des batteries françaises ont été s’établir en avant de la ville, entre le faubourg Cérès et Witry ; elles tirent depuis cette audacieuse position. Où en sommes-nous d’une façon générale? Je n’en sais rien ; on ne peut pas induire quoi que ce soit des faits locaux…

Le bombardement s’était apaisé… il semble reprendre en ce moment é heures. Hélas, c’est bien une reprise, sauvage, impitoyable.

Une bombe vient de tomber place Royale ; il y avait des troupes. Je ne sais pas le résultat ; il doit être horrible !

Ce matin, place Belletour (encore !) mais pourquoi avoir encore placé des artilleurs là ? La leçon d’hier n’était-elle pas suffisante? Il y a eu 18 chevaux tués et 10 hommes ! Et les projectiles formidables tombent maintenant sur l’Hôtel de Ville ; la partie saccadée de notre pauvre Reims s’étend ! Et j’ai bien des amis dans ce quartier. Je suis assis près de la sacristie… la mitraille fait rage.

Midi ; Je rentre de la cathédrale où depuis la tour nord, j’ai vu saccager tout le quartier entre Notre-Dame et le boulevard de la République. Quelle tragique vision !

Vers 9 heures était arrivé l’ordre du général commandant le 1er Corps[1] de mettre des blessés allemands dans la cathédrale sous prétexte de la protéger contre les bombardements. Précaution inutile à mon avis ; il est évident que les allemands ont épargné la cathédrale et l’épargneront encore – et précaution dangereuse ; la cathédrale étant insalubre pour des blessés couchés ; mais il fallait s’incliner… La paille est donc répandue à nouveau et quand je rentre, il y a déjà environ 20 hommes.

Entre temps, nous nous sommes hâtés de confectionner un grand drapeau de Croix Rouge pour le hisser en haut des tours de la cathédrale (M. le Curé, très courageusement, est parti rue des Chapelains demander un de ces drapeaux ; il en avait rapporté un petit qu’il était monter installer sur la tour Nord) On déchire une aube ; on coupe les manches, dont on bouche les trous avec des épingles ; on déchire 2 soutanes rouges d’enfants de chœur, et on se remet à coudre… on cloue après la hampe et vite, c’est l’escalade de la tour nord.

Nous ajustons solidement le morceau avec des clous, auprès du tricolore lamentablement penché… puis, nous sommes au spectacle trois fois abominable de la ville dévastée. Des flammes semblent sortir de la Banque de France – assez vite éteintes – Mais deux autres foyers éclatent dans les obus répétés au même endroit ; rue de Sedan, je pense, puis, rue St.Symphorien ; d’un autre côté, les vieux anglais brûlent. Puis, c’est à intervalles rapprochés, les sifflements de mort et le fracas des obus qui entrent dans les maisons comme dans une croûte molle pour y accomplir leur diabolique destinée dans un épais nuage de fumée et de poussière. C’est ainsi que les volcans devaient s’ouvrir ! La pluie commençait à tomber.

Je viens de déjeuner rapidement, de donner à Poirier des outils ; il veut sculpter une inscription commémorative dans les caves de Mme Pommery. Je lui indique le verset l6 du VIe chapitre de l’épitre aux Ephésiens ; « In omnibus sumentes scutum fidei, in quo possitis orania tela, niquissimi ignea extinguee » « nequissimi » c’est l’allemand.

Et je vais sortir pour une tournée parmi les sinistrés. Dieu m’a gardé jusqu’ici ; je l’en bénis par mon bien aimé Pie X.

3  heures 1/4 ; J’ai commencé une tournée en ville parmi les endroits atteints, pour porter un peu de sympathie aux sinistrés – ou à ceux qui auraient pu l’être.

Et qui donc dans ce quartier du centre peut prétendre qu’il n’a pas été à deux doigts d’une catastrophe ? (suis une description de dégâts à travers la ville)… Une auto a brûlé place de l’Hôtel de Ville ; ce n’était pas la Banque de France… Je vais jusque chez Th. X. J’en sors une heure après n’ayant pas osé dire la vérité (on croyait là à quelques bombes alors que la matinée avait été effroyablement cruelle et que les incendies avaient éclaté çà et là. Je m’éloigne à peine que j’entends 3 éclatements successifs formidables dans le voisinage de St. André. Je ne sais pas ce qu’il en est ; je longe les murs ; je passe rue du Marc ; tout le pâté St. Symphorien est en ruines fumantes ; on arrose les décombres. Ainsi une école de garçons (rue de Sedan) et une école de filles (rue St. Symphorien) d’enseignement libre, appartenant à la paroisse de Notre-Dame ont été la proie des flammes ! Mystère cruel du dessein de Dieu.

Je reviens de la cathédrale… notre chère cathédrale vient d’être atteinte par un obus qui a éclaté rue du Cloître ; les vitraux des chapelles absidiales sont douloureusement lacérés. J’apprends qu’une bombe, le matin, est entrée dans le toit. J’irai voir demain ce qu’il en est.

J’apprends aussi qu’un correspondant du « Daily Mail » a passé l’après-midi à la cathédrale, a noté les méfaits des Boches (comme disent les ). Ainsi le monde entier saura qu’ils n’ont pas pris les précautions nécessaires pour sauvegarder un monument qui appartient à la Civilisation par sa richesse et ses souvenirs…

On installe sur les brûleurs des autels, à St. Antoine et autres, un éclairage de fortune pour les blessés et leurs gardiens. A ceux-ci, je fais apporter une provision de vin pour la nuit. Ils sont 5 et un sergent, étaient hier au feu et sont trop peu nombreux pour soigner un si grand nombre de prisonniers.

A 7 heures 1/2, quand je suis revenu – mot de passe ; Toulon – on amenait un blessé grièvement revenant de Bétheny, où on s’était battu avec succès. Poirier me dit aussi qu’il y a eu une contre-attaque sous l’octroi, route de Chalons, dans laquelle les allemands ont été repoussés.

En ce moment, après quelques coups tardifs envoyés par des batteries lointaines, tout est calme, ou plutôt tout est fiévreux dans les camps où l’on doit se recueillir et travailler, creuser des tranchées… La ville est plongée dans une obscurité complète.

D’ailleurs, une note du Maire, parue dans l’Eclaireur, demande que toute lumière, même chez les particuliers, soit éteinte à 8 heures, et avant de me coucher, je revois dans un sommeil qui vient, (l’autre nuit j’ai si peu dormi !) toutes les horreurs de la journée, les maisons crevées, les femmes affolées, ces familles entières terrées dans les caves au prix de mille dangers pour les santés… Et ces bombes ! ces engins de destruction et de mort semés partout en ville !…  Oui, la guerre est une chose inexprimablement méchante… Mon Dieu ! Quel châtiment plus amer pouviez-vous nous envoyer ? Mon Dieu ! Je vous remercie de m’avoir conservé ce jour encore. Demain encore est à VOUS seul… Je suis votre chose…

Les canons tonnent encore, sourdement, au loin. Je vais me reposer.

[1] Henry Victor Deligny https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Victor_Deligny (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

17 septembre 1914 ·
L’image contient peut-être : nuage et plein air

Dans notre quartier, ces combats si proches effrayent les habitants, et mes parents décident de s’en éloigner en allant demander asile aux beaux parents de ma sœur qui habitent rue Jean de la Fontaine.
Reçus à bras ouverts, nous y passons une nuit au calme alors que le bruit du canon semble s’éteindre. Au lever du jour, une animation remplit la rue, cris et interpellations : les Français sont là !
Nous sortons nous mêler à la foule de la rue de Cernay où des colonnes de soldats français se dirigent vers la sortie de la ville. Comme les autres nous les suivons, mais arrivés à la hauteur des premiers champs de la ferme des Anglais, un officier, commandant une batterie de 75 en position près de la route, nous ordonne de ne pas aller plus loin, l’ennemi tient encore Cernay.
A mon père qui l’interroge il dit : « Nos caissons sont vides, plus un obus ! Ah ! Si nous avions eu des munitions, nous aurions reconduit les Allemands jusqu’à la frontière ! »
Assez déçus, nous revenons chez nos amis où nous passons encore la nuit.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Jeudi 17 septembre 1914

6ème jour de bataille et de bombardement.

6h1/2 matin  A 4h40 je suis réveillé par un coup de canon vers Cernay. Cela canonne à intervalles à peu près régulier toutes les 3/4 minutes jusqu’à 5h3/4. Pendant ce temps je somnole dans mon lit. Quand Adèle vient me dire de descendre à la cave, elle prétend avoir entendu siffler deux obus tout près de là. Je n’ai rien entendu. Je me lève, m’habille, prend tout mon fourniment de cave et de bombardement, (je commence à m’y habituer tout en restant agacé) et…  je descends, reprend notre refuge accoutumé. Vers 6h1/4 cela parait cesser, et j’entends crier L’Éclaireur de l’Est, je monte l’acheter et descend le lire à la cave. Il est toujours aussi insignifiant. Enfin vers 6h25 je remonte dans ma chambre.

Résultat, rien dans notre quartier. Dans la cave nous avons entendu un aéroplane qui m’apparait être un allemand. En voici encore un (6h37). Qu’est-il ? Français ou allemand ? C’est un allemand.

Voilà le chagrin des miens qui me reprend. Il m’étreint continuellement et à chaque instant la tristesse des choses qui me rappellent au loin de moi me serre le cœur et me fait pleurer. Si cela continue je ne sortirai plus de ma chambre et… j’y mourrai de douleur et de chagrin.

6h48  A ma fenêtre j’entends le sifflement d’un obus, loin. Faut-il fermer les persiennes ou les laisser ouvertes ?…  Non, plus loin.

Voilà le 6ème jour de la bataille autour de Reims, le 12 sur la Vesle, le 13 entrée des français à Reims et les 14, 15, 16 et 17 pour reprendre les hauteurs de Brimont, Fresne, Witry-les-Reims, Berru, Nogent et ce n’est pas encore fini. Quel cauchemar !

8h50  Les obus pleuvent du côté de la Cathédrale, à longs intervalles. J’………………………………………………

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

10h40  Je reprends le mot que j’avais commencé plus haut, il y a 3/4 d’heure, je voulais dire : « J’hésite à descendre ». Eh ! Bien ! Je suis descendu, car au moment où j’écrivais ce « J’ » fatidique, un coup formidable éclate près de la maison. Je ramasse mon fourniment de cave et je suis en bas à 8h55. 1 coup on entend le sifflement, non pas au-dessus de nos têtes, comme le 4 septembre, mais sur le côté, dans le sens sud-est vers le nord-ouest. Ainsi cela vient de Berru ou plutôt de Nogent.

9h20  Les coups frappent toujours vers la place des Marchés (place du Forum depuis 1932). Jusqu’ici il n’y en a que 2 ou 3 coups rapprochés. 2 surtout. On entend toujours l’aéroplane allemand bourdonner au-dessus de nous, il n’arrête pas de tourner au-dessus de notre quartier, et plus particulièrement vers la place des Marchés. Quelle audace !

10h1/4  Cela cesse de tomber de notre côté.

10h20  Çà recommence : 1 coup assez près, puis plus rien.

10h27  Rien.

10h1/2  2 coups assez loin.

10h35/36  Je remonte, nous remontons, et à peine près de la cuisine un coup assez proche.

C’est fini pour le moment, il est 10h52.

Si c’est la fin des fins pour nous, le dernier coup sur la ville est proche de chez moi, il a été entendu par moi à 10h35 ou 36 exactement. Au dehors, vers Berru et Nogent le canon parait s’éloigner, le nôtre progresse.

11h37  Plus rien. Je vais faire ma toilette et tâcher de manger un peu. Je n’ai guère faim surtout quand je songe que peut-être mes petits et ma pauvre femme n’ont rien à manger ! Quel supplice ! quelle torture !! Oh ! des nouvelles ! mon Dieu ! Je vous en prie !

5h3/4 soir  Le canon, le bombardement, la destruction de la Ville n’ont pas cessés jusqu’à cet instant ainsi que les incendies, et cela continue. Je vais tâcher (si j’en ai la force et le courage, car j’ai vu des choses terribles, sidérantes) de raconter ce que j’ai vu.

Vers 1h/1h1/4 je sors, je passe par la rue de l’Arbalète, il ne reste plus rien de la maison Monnot en face des Galeries Rémoises. Je continue place des Marchés. 6, place Royale mes yeux se jettent sur le sommet des tours de la Cathédrale, je vois à côté de mon drapeau un nouveau drapeau de la Croix-Rouge. Je regarde avec la lorgnette, c’est bien çà ! je cours vers la Cathédrale, j’entre et me dirige vers la grande nef. Là je vois des blessés allemands, une 30aine (trentaine), couchés là sur de la paille. Tout s’explique et je vois la raison du drapeau de la Croix-Rouge. C’est sur l’ordre du Général Franchet d’Espèrey que ces allemands ont été mis là, pour sauver la Cathédrale. Un petit sergent d’ambulance les garde, et c’est justement un confrère, Maître Julien Prigent, notaire à Ploudalmézeau (Finistère), nous causons. Un lieutenant du service sanitaire m’accoste et me demande qui je suis, échange de cartes, c’est justement le neveu ou petit-fils de M. Gruny-Boulenger qui a vendu à mon Père vers 1881, 1882 et 1889 le Pré Chaumont, le Pré aux Oies et autres (vente du 24 mars 1880 par Madame Lucie Pannetier, veuve Boulenger). Nous nous étonnons de cette rencontre.

Puis survient l’abbé Andrieux, escorté d’un reporter anglais qu’il me présente : M. George Ward Price, correspondant du Daily-Mail de Londres, 36, rue du Sentier à Paris. (George Ward Price fut ultérieurement très connu pour les nombreuses interviews qu’il fit d’Adolf Hitler, il rompit avec le nazisme lors de la crise des Sudètes en 1938).

L’abbé me dit qu’il retourne en automobile le soir et qu’il se charge de mettre des lettres à la Poste à Paris. J’ai deux cartes toutes prêtes. Je les donne à cet anglais qui s’en charge très gracieusement, puis la réflexion me vient de lui demander s’il se chargerait d’une dépêche à lancer de Paris à ma chère femme à Granville. Il accepte vraiment de grand cœur et il m’ajoute en lisant ma dépêche : « Je mettrai aussi que Mme Guédet réponde au Daily-Mail à Paris et je m’arrangerai pour vous faire parvenir la réponse. Quelle reconnaissance je lui dois !!

Nous causons des événements et comme nous écoutions la conversation d’un médecin militaire français avec un blessé allemand lui-même médecin (ce sont des blessés de Montmirail). Ce dernier, à un moment donné disait qu’il était surpris que les siens aient tiré sur la Cathédrale le matin malgré la Croix-Rouge arborée.

Je ne puis m’empêcher (il comprenait le français) de m’écrier ! « Oh ! cela ne nous surprend pas, nous les habitants de la Ville. Vous nous avez déjà bombardé le 4 et vous avez dis que c’était par erreur ! Non, ce n’était pas une erreur puisque maintenant vous tirez depuis 6 jours sur notre Ville qui est une Ville ouverte, une Ville dont les habitants sont calmes et ne coopèrent en aucune façon aux hostilités. Est-ce une erreur encore ? Non ! Vous tirez sur des non-combattants, voila tout, et comme citoyen de la Ville, votre otage il y a quelques jours, je proteste contre la conduite de vos Généraux ! »

Le reporter me saisit la main et me dit en la serrant : « Monsieur, vous avez bien fait de dire à cet allemand ce que vous venez de lui dire. Je signalerai votre protestation si énergique au nom de l’Humanité » – « Il n’y a pas de qualificatif à leur appliquer en voyant ce que je vois depuis 1h, et comment au front on brûle, on ruine votre ville ! Vous avez très bien fait ».

Sur ceci sur le désir de notre reporter nous montons, l’abbé Andrieux et moi avec lui dans les tours au bruit de la canonnade, de la fusillade et des sifflements des obus qui sillonnent l’air et sifflent aux alentours de la Cathédrale, surtout du côté sud. Arrivé au sommet de la première plateforme j’explique à notre anglais les phases de la lutte que l’on voit très bien. Je lui montre Brimont qui se défend mollement, je lui dis ce qui a été fait de ce côté hier.

Je lui désigne ensuite Berru et Nogent où l’on se bat en ce moment avec rage. Avec ma lorgnette il voit sur mes indications les lignes françaises, quant aux lignes allemandes ce sont les bois, comme toujours ce sont des fauves ces gens-là. Je lui nomme ensuite les incendies qui flambent à ce moment, la ferme Jonathan Holden (voisine des Vieux Anglais), je lui dis que cette usine appartenant à Madame Ch. Croupton Waterhouse, de Manchester, (une compatriote qui a été vue courir en fuite celle-ci), la ferme de Cernay, la caserne de Louvois du 16ème Dragon, bâtiment de gauche, l’usine Isaac Holden ou Lelarge, je ne suis pas bien sûr qui a commencée à prendre feu, l’École de la rue de Sedan (rue Albert Préville depuis 1929), l’étude de  Maître Jolivet notaire qui n’est plus qu’un monceau de cendres. Il ne peut retenir son indignation, et il s’écrie : « Ce n’est pas la Guerre cela ! cela n’a pas de nom ! mais ce qui me surprend, c’est votre calme au milieu de cet Enfer ! » Je lui réponds : « Nous avons peut-être moins de flegme que vous, mais nous avons aussi du sang-froid et du courage. » – « Double courage, me dit-il, car vous ne combattez pas et vous recevez les coups ! Je vous admire, je conterai tout cela au Daily-Mail ! Il faut qu’on sache tout ce que vous m’avez fait voir et m’avez dit. »

Pendant ce temps deux obus tombent sur la Cathédrale. Nous allons voir le trou qu’ils ont fait dans la toiture du transept nord, soit une ouverture dans les plafonds de 4/5 mètres de diamètre, pas de gros dégâts. Nous revenons sur nos pas pour observer encore un peu le combat du côté du transept sud sur la galerie au-dessus du sagittaire. Nous voyons encore deux autres obus éclater, l’un d’eux décapite complètement la maison Balourdet, pas d’incendie me semble-t-il, et nous redescendons au bruit du canon. Je m’offre de remettre ce reporter sur son chemin pour regagner son automobile qui l’attend au faubourg d’Épernay. Il me prie de l’attendre une seconde pour reprendre sa bicyclette qui lui a servi pour venir jusqu’ici à la Cathédrale…  plus de bicyclette ! un soldat nous dit qu’il a vu un artilleur la prendre. Mon anglais est un peu dérouté, puis : « Je ne me doutais pas qu’en venant ici je serais réquisitionné ! » Je ne peux m’empêcher de rire de sa boutade. Je lui promets de signaler ce fait à l’autorité militaire et municipale. Malheureusement il m’a été impossible de connaître le n° du régiment de cet artilleur indélicat.

J’ai fait quelques instants après ma déclaration à la Ville et à la Police et au Major de la Place en demandant que si on retrouve la machine ont doit me la confier. Je mets ce brave M. George Ward Price sur son chemin rue de Vesle et nous nous quittons comme de vieux amis et il me promet de revenir me voir et surtout il me dit que mes lettres et dépêches partiront ce soir de Paris. Merci. Que Dieu le conduise et que j’ai bientôt des nouvelles de mes miens.

Il est 9h1/2. Je rentre à la maison sous la canonnade. Je rassure Adèle qui était inquiète sur mon sort, et je repars à la Ville pour la bicyclette de mon anglais. De là je passe voir la maison de Jolivet : c’est navrant. C’est un monceau de cendres et cela brûle encore et cela depuis 11h du matin. Il n’y a rien à faire qu’à laisser brûler, tout est noir. Mon pauvre ami ! Quel déroute pour vous si bon confrère, mon pauvre Jolivet. J’en ai pleuré. En face le docteur Guelliot a reçu 2 obus, dégâts même pas !!! (Arrêté à 5h30, Bompas repris 8h3/4) graves, des carreaux, vitraux cassés, salle à manger sens dessus dessous, son cabinet peu endommagé, la fenêtre sur la cour cassée, son bureau noir gris de poussière, sa lampe projetée sous son bureau et, pensif et songeur, le Penseur de Michel-Ange. Pense toujours !! Intact, rien de sérieux. Je m’en réjouis pour mon cher docteur qui comme moi on vit et on aime tant son chez soi. Ses objets familiers, ses livres aimés, ses pastels de Valbonne. Seule sa salle à manger a souffert, la Baigneuse de sa cheminée est décapitée, on dirait que la guillotine est passée par là. Pauvre Baigneuse ! Le cher docteur pourra recoller ta tête, mais je lui défends bien de te rendre… la vie !!

Je me permets de donner des ordres pour que l’on bouche la baie faite par un des obus sur la rue Cotta. Je dis au gardien de prendre une porte enlevée par la poussée de l’explosion et de la coller contre ce trou, de l’accoler ainsi que la petite porte à côté.

Mon cher Docteur vous n’avez reçu que 51 éclaboussures après d’autres jusqu’ici. J’en suis heureux. Demain je ferai un petit tour et je ferai remettre tout en ordre. J’aime trop les vieilles belles choses pour que je ne fasse l’impossible pour remettre chez vous tout en place et…  ce sera facile ! Je m’estime votre Ange Gardien !

Je retourne voir mon beau-père. Il est installé au sous-sol (la suite du passage a été rayée).

En revenant, çà claque ! (Passage suivant rayé illisible) Je rencontre M. Pierre Lelarge qui m’arrête et nous causons. Il me dit sale affaire, çà brûle, puis je lui dis ce que j’ai vu des hauts de la Cathédrale. Et lui : « Voulez-vous voir mon observatoire ? » me dit-il. « Lequel ? » – « Mais celui de l’Hôtel de Ville. » – « Venez donc, nous allons vous montrer çà ! » – « Volontiers ! » M. Lelarge prend la clef et nous grimpons, arrivés sur la couronne de l’horloge, je revois la scène que j’ai vue 1h auparavant, mais çà flambe bien plus du côté des Vieux Anglais ! ou chez Lelarge. Des flammes hautes de 10-20 mètres. La vue de la ville sur tout le front est lugubre, si mon anglais était là il dirait que c’est terrifiant. Non on se cuirasse malgré soi. Je vois cela plutôt d’un cœur froid, calme, en me disant que dans quelques instants, quelques heures, demain, après… Ce sera peut-être mon tour !

Nous redescendons, je repasse avec lui devant Jolivet et Guelliot, il parait que Douce a reçu quelques éclaboussures ! et je le quitte vers la rue Colbert en passant par la rue Cotta. Après avoir fait mon tour chez ce cher Docteur, je rentre à l’Hôtel de Ville, rencontre Robert Lewthwaite, plutôt aplati, nous causons et j’allais le reconduire jusqu’à chez lui, quand patatras une bombe ! « M. Guédet il vaut mieux nous quitter ! » dit-il. En même temps Jallade au galop se précipite à l’Hôtel de Ville en nous criant : « Lelarge brûle ! » (son usine). Il nous avait semblés avec Pierre Lelarge que c’était les Vieux Anglais qui brûlaient et non lui.

Bing ! un autre oiseau ! Je me dirige vite rue de Pouillon, Carrouge, St Pierre et Talleyrand pendant que çà claquait plutôt…  sec ! J’arrive à la maison. Adèle est déjà dans la cave ! Je descends, ce doit être la 3ème ou la 4ème fois de la journée. Il est 5h10. Zut, il est 5h30, je remonte. J’en ai assez. Plus rien. Je vais dans ma chambre et je commence à écrire mes notes commencées à 5h3/4, et que je continue.

Quand à 6h50 j’entends un coup de sonnette : c’est Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline qui vient de nous dire que déjà des rôdeurs viennent tourner autour des ruines de la maison de Jolivet. Je ne fais qu’un bond avec lui à la Mairie et je signifie au commissaire Central de pourvoir à la sécurité des ruines de la maison de Jolivet. Nous nous entendons et je vais voir par moi-même avec ce dévoué Bompas (je lui ferai passer le plan) si les ordres sont exécutés. Je préviens le gardien de la maison du docteur Guelliot que peut-être on le sonnera pour lui demander aide dans la nuit pour surveiller les ruines de mon pauvre Jolivet. Je rentre par un vent de tempête. Je dîne et me voilà devant ma petite table à écrire. La table de ma chère aimée !! Où tant de fois couché je la voyais paperasser, crayonner, muser, réfléchir… (La suite a été barrée puis rayée) …qui fléchissent maintenant. Ce n’est plus de la bravache maintenant, c’est du cœur, c’est peut-être fort contre le malheur ! Et mon Dieu ! Je crois que sous ce rapport je le suis ! Je fais face pour les absents, et si je me tue à réconforter, à parer aux désastres, c’est pour vous revoir mes aimés !!

10h soir  J’ouvre mes fenêtres, et toutes lumières éteintes je regarde dans la rue ! Nuit étoilée mais sans lune. Il fait noir comme dans un four. A droite rue de Vesle j’entends un bruit de cahotage de voitures ou de fourgons d’artillerie. Même question que je me posais il y a 8 jours environ : « Remontent-ils ou descendent-ils…! » Un falot, un autre falot.

Bonheur ! Ils remontent. Donc nous ne reculons pas !! Du reste un artilleur m’a dit tout à l’heure au commissariat de Police qu’ils avaient pris 7 grosses pièces. Allons ! Espérons !! Et que jamais plus je n’entende grogner le canon !!

Il faut cependant se coucher, car demain on ne sait qu’est-ce qui nous attend !! Quelle vie Seigneur Dieu ! Oh si je savais les chéris à l’abri, sans un coup, que je me moquerai des bombes, obus, schrapnels du diable allemand. Que de choses je verrais et écrirais encore !!! Je m’imposerais peut-être trop, mais ce serait intéressant !! pour l’avenir et l’histoire de notre Ville !! Enfin que je les revoie, c’est tout ce que je désire.

Je suis fourbu. Il faut que je cesse d’écrire !! Mon Dieu que je revoie tous mes petits et grands, leur Mère, mon Père, et Dieu m’aura tout conservé !!

10h10 soir  Je me couche. Bonsoir Momo !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 4 heures du matin, le bombardement reprend brusquement. Nous devons nous lever rapidement, nous habiller en toute hâte et descendre encore à la cave ; il n’y fait pas chaud. Hier, le tir n’étant pas continuellement dirigé de notre côté, nous avons pu lire un peu et j’ai fumé beaucoup, pour tuer le temps, mais l’inaction me pesait. Aujourd’hui, je ne pouvais pas recommencer à tendre le dos à rien faire. L’idée me vient de profiter de mon séjour forcé auprès d’un fût de bière, rentré pendant l’occupation allemande, pour en faire le tirage et, comme d’habitude, les enfants sont heureux de me rendre service en m’aidant dans ce travail, l’un en remplissant les bouteilles, les autres, en les transportant après que je les ai bouchées et ficelées ; l’opération se fait tandis que les obus sifflent sans arrêt. Le tir est mené très serré pendant trois heures durant, jusqu’à 7 heures. Il devient un peu plus espacé ensuite, sans toutefois cesser.

Dans les courts moments de répit que nous donne ce bombardement ininterrompu, nous remontons ensuite, prendre chez moi ce qui devient de plus en plus nécessaire pour demeurer en bas ; la cave se garnit ainsi insensiblement des objets les plus divers, d’abord de quelques chaises. Une lampe à pétrole, achetée spécialement, pour éviter éventuellement – pendant les quelques jours encore que nous supposons que pourrait durer la malheureuse situation de notre ville – la gêne éprouvée les premiers jours de bombardement, devient tout de suite d’une grande utilité. Nous descendons les provisions, la vaisselle indispensable, pour le cas probable où nous ne pourrions pas aller prendre nos repas dans l’appartement. Le concierge, ce matin, était arrivé à côté de nous, accompagné, ainsi que les jours précédents par sa femme, sa petite-fille et la toute jeune enfant de cette dernière ; il va, lui aussi, chercher entre les sifflements, les ustensiles dont les siens auront besoin. Aujourd’hui, précisément, les ménagères se trouvent dans l’obligation de cuisiner sur place ; il nous faut encore aller quérir une table, ce qui nous permet, à midi, de nous installer tant bien que mal, pour faire, en commun, un frugal repas que partagent M. et Mme Robiolle, venus des Bains et lavoir publics, rue Ponsardin, voir la famille Guilloteaux et que l’intensité du bombardement a mis dans l’impossibilité de retourner chez eux.

A partir de 13 heures, un terrible duel d’artillerie s’engage et les détonations de nos pièces de gros calibre placées au sortir de la ville, s’ajoutent encore au vacarme épouvantable des explosions d’obus, ce qui n’empêche pas les enfants de rire de bon cœur, absorbés qu’ils sont par la partie qu’ils ont mise en train, avec l’un des jeux que nous avons eu la bonne inspiration de leur descendre. J’entretiens le plus possible leur gaieté, en me réjouissant intérieurement de ce qu’ils ne s’effraient pas plus que ma femme, et pourtant !

Dans le courant de l’après-midi, Mlle Bredaux, sage-femme, qui habite rue Cérès 9, a réussi à venir faire visite, comme elle le fait chaque jour, à la petite-fille du concierge, M. Guilloteaux, qui, mariée au fils de M. Robiolle, mobilisé, est depuis quelques jours mère d’une jeune enfant, inscrite dans les naissances du 10 septembre 1914, comme suit : Gisèle – Georgette Robiolle, rue de la Grue 9.

Mlle Bredaux est accompagnée de sa sœur et ces personnes attendent, auprès de nous, une accalmie pour retourner chez elles. Plusieurs fois, à la suite d’arrivées qui me paraissaient assez rapprochées, je suis remonté afin de me rendre compte, du seuil de la porte, de ce qui se passe dehors.

Voici encore une nouvelle explosion proche qui m’attire au rez-de-chaussée, d’où je m’aperçois aussitôt que, cette fois, c’est un obus incendiaire qui a dû éclater dans l’appartement situé en haut de la maison, rue Cérès, où se trouve un magasin de la teinturerie Renaud-Gaultier ; je vois parfaitement les progrès rapides de l’incendie, puisque l’immeuble est exactement dans le prolongement de la rue de la Grue.

En redescendant, je fais part de mes constatations, disant que le feu vient d’être mis, par un obus, à cette maison, dont j’ai regardé un moment les fenêtres et les volets brûler, au second étage. Mlle Bredeaux, en apprenant cette nouvelle, me fait préciser à nouveau, puis dit simplement :

« C’est chez moi ».

Immédiatement, nous remontons ensemble et, dès due la porte sur la rue est ouverte, elle me répète tristement :

« Oui, C’est bien Chez moi ».

Les obus sifflent toujours, il serait très dangereux de rester là ; elle doit revenir se mettre à l’abri avec nous, qui cherchons à la consoler, elle et sa jeune sœur, comme nous le pouvons. Toutes deux restent muettes et réfléchissent ; elle se représentent que, du fait, elles se trouvent démunies brutalement de tout ce que renfermait leur appartement. Ces pauvres personnes qui ne possèdent plus là, auprès de nous, que ce qu’elles ont sur le dos, ne se laissent pas abattre ; elles décident d’aller demander l’hospitalité de la nuit dans une maison amie.

Après avoir passé une journée triste et effrayante, en raison de la violence du bombardement conduit par des grosses pièces tirant sur toute la ville, nous ne pouvons quitter la cave qu’au déclin du jour, vers 19 h.

– Le journal L’Eclaireur de l’Est, du jeudi 17 septembre 1914, dit qu’hier, le nombre des victimes a été considérable. Il ajoute que, malheureusement, malgré le retour de MM. les commissaires de police (Partis, ainsi que d’autres services administratifs (sous-préfecture, etc.) avant l’arrivée des Allemands.), il est aujourd’hui impossible de fournir les noms des victimes.

Ce numéro du journal L’Eclaireur, publie les divers avis suivants :

 » Pas de lumière après 9 heures.

Les habitants de la ville sont prévenus que par ordre de l’Autorité militaire, toutes les lumières doivent être éteintes, même dans les appartements privés, à partir de neuf heures du soir.

Toute infraction à cette prescription exposerait le contrevenant à être arrêté comme suspect et inculpé d’espionnage. Plusieurs personnes, convaincues d’avoir correspondu

par signaux optiques avec l’ennemi, ont été passées par les armes.

Reims, le 16 septembre 1914,
Le Maire, Dr Langlet

Précautions urgentes.

L’Administration municipale recommande expressément aux habitants de sortir le moins possible pendant tout le temps où l’on entend le canon à peu de distance de la ville, et de se tenir dans les maisons dès que les éclatements se produisent dans certains quartiers.

La plupart des accidents auraient été évités par ces précautions.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

Interdiction des attroupements

M. le maire de Reims a l’honneur d’informer ses concitoyens que les rassemblements, attroupements, stationnements sur les places publiques ou dans les rues, sont rigoureusement interdits pendant le séjour des troupes.

Les cafés seront fermés à huit heures du soir et la circulation supprimée à partir de la même heure, sauf le cas de nécessité absolue.

Les trottoirs devront être laissés entièrement libres. Les Etalages et les terrasses de cafés sont interdits.

Les sanctions les plus sévères seront prises contre les contrevenants.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

les armes et munitions allemandes Avis important

Le maire de Reims ordonne aux personnes qui se sont appropriées des armes ou des munitions abandonnées par des soldats allemands, de les remettre immédiatement au commissariat de police de leur arrondissement.

Les détenteurs d’armes ou d’objets ayant appartenu à des soldats allemands, s’exposent à des poursuites rigoureuses.

Pour le Maire de Reims
L’adjoint délégué : Louis Rousseau

Conseils de prudence

Avec la meilleure intention, le public accueille les bruits les moins fondés sur certaines personnes suspectes de relations avec l’ennemi, ce qui provoque des incidents et pourrait amener des faits très regrettables.

Dans aucun cas et sous aucune forme, les particuliers ne doivent prendre de mesure d’exécution.

Ils doivent uniquement faire connaître à l’hôtel de ville les indications qu’ils pourraient posséder à ce sujet, afin que l’administration prenne, après examen, les sanctions nécessaires ; c’est le seul moyen de faire œuvre utile éventuellement.

La Goutte de lait

Les mamans qui craignent les meurtriers obus allemands dont la tragique pluie s’abat chaque jour sur la ville, sont informées qu’elles peuvent se rendre, sans encombrement, à la « Goutte de lait’; chaque matin, de très bonne heure, ou le soir, vers six heures, lorsque le tir vient de cesser.

Les mères de famille sont priées de rapporter les biberons et les paniers à chaque livraison.

On réclame du tabac

Nombre de nos lecteurs nous écrivent pour s’étonner que les communications étant normalement rétablies à l’heure actuelle, l’Administration ne se préoccupe pas de renouveler la provision de tabac, cigares et cigarettes des débitants et buralistes de la ville.

L’un de ces derniers nous affirme qu’il faut attendre pour cela le retour de M. l’entrepositaire. Nous le souhaitons, en ce cas, très prochain. »

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Gaston Dorigny

Dès cinq heures du matin, une furieuse canonnade recommence, les Allemands ont parait-il réussi à établir des tranchés vers la Husselle. De nouveau plusieurs obus sont lancés sur la ville. On est encore en proie à la frayeur, qu’allons nous encore avoir à souffrir aujourd’hui ?

Journée terrible, plus les jours se succèdent, plus le combat devient acharné. On se bat en désespérés de tous les points de la ville. La mitraille s’abat sur la ville presque toute la journée sans interruption. Les victimes ne se comptent plus. Les obus tombent dans la rue Lesage ou il y a des dégâts assez importants -chez nous il y a des vitres brisées- Rantz est blessé d’un éclat d’obus.

Nous retournons chez nous à huit heures du soir, la nuit est sinistre, après nous être approvisionnés nous retournons coucher chez mon père.

Vers une heure ½ du matin nos grosses pièces entrent en action, la journée semble devoir être décisive.

Gaston Dorigny

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Juliette Breyer

Jeudi 17 – Quelle journée ! C’est de pire en pire. Il n’y a pas de mots assez laids pour dénommer la barbarie de ces Prussiens. Qui nous aurait dit il y a deux mois que nous aurions à passer ces tristes choses. Ah mon Charles, vois tu, que tu ne saches pas ce qu’ils nous ont fait tant que la guerre ne sera pas finie.

D’abord ce matin, à quatre heures, réveil au son du canon, et tu sais, comme bombes, ils envoyaient quelque chose sur notre quartier. On boit du café chaud et on descend à la cave. Toute la journée cela tomba sans arrêt. Deux soldats qui viennent à la marchandise (car je n’ouvre plus qu’aux militaires) étaient en train de parler. Pan ! Il venait d’en tomber une sur le pas de la porte. Malgré que les volets étaient mis, les carreaux volent en éclat. Les cliches des portes sautent dans le milieu de la boutique. Cette fois-ci une deuxième … j’entends quelque chose tomber en haut, encore plus de bruit qu’à la première, et les soldats se fourrent sous le comptoir. Je redescends à la cave. André me réclame ; il a eu peur. Papa reste avec les soldats. Enfin comme cela n’arrête plus, ils descendent aussi à la cave. Comme ils sont attendus impatiemment à la caserne, ils se décident quand même à repartir.

Est-ce l’odeur du soufre, mais André dort toujours. Paulette aussi car elle est restée chez nous avec Charlotte. Pas une minute d’accalmie. Les 75 qui sont devant chez nous tirent jusqu’à 21 coups sans arrêt. Arrive 5 heures ; le lieutenant d’artillerie fait un tour dans le quartier et voyant de la lumière chez nous, il frappe. « Comment, dit-il, vous êtes encore là ? Il n’y a plus personne par ici, que vous. Il faut partir car le quartier a été repéré et il pourrait vous arriver malheur ».

Ou aller ? les rues sont barrées et en sortant dans la rue je me rends compte que nous ne pouvons rester. C’est un spectacle terrible. Les casernes des dragons sont en feu. L’usine Lelarge, la rue de Cernay, tout est rouge. Je vois aussi du côté de la rue Baron et je le fais voir à papa. Il me semble que boulevard Pommery un nouvel incendie s’est déclaré, mais on ne peut distinguer à quel endroit au juste ça brûle. Malgré cela, papa va jusqu’au bout du 16e et le soldat qui l’avait conduit la veille lui dit : « Rassurez-vous, ce n’est pas chez vous, c’est avant l’épicier ».

Nous soupons et nous prenons la décision de partir jusque chez maman. On y passera toujours la nuit ; on verra demain. Je prends avec moi mes affaires les plus chères et nous voilà partis. Arrivés aux dragons, comme c’était défendu de passer, il a fallu que nous attendions qu’il vienne un soldat avec nous, mais nous n’avions pas le droit de revenir sur nos pas. Le boulevard était dans un triste état. Une quantité d’arbres fauchés par les obus barraient la route. Les casernes en feu nous éclairaient.

Nous arrivons donc près des maisons et au fur et à mesure que nous approchons, mon cœur se resserre car j’ai peur de voir. Maman marche derrière nous et je voudrais qu’elle n’avance plus car ce que je vois me glace : la maison qui brûle, c’est la nôtre. J’entends déjà maman qui pleure Je me retourne, maman a vu. Elle chancelle. Charlotte la soutient, mais elle veut voir et ce qu’elle dit nous désole encore plus. « Ma pauvre maison ! Mes pauvres souvenirs qui me rappelaient toute ma vie ! Plus rien ! Je voudrais être morte ; je ne pourrai jamais supporter cela. C’est trop ».

Si tu voyais mon Charles. Tant que je vivrai, j’aurai toujours devant les yeux ce triste spectacle. Les volets sont brûlés, les fenêtres aussi. Les flammes sortent du haut, du bas, partout, un vrai brasier. On ne voit même plus trace de meubles. On aperçoit un trou là où était ma chambre de jeune fille, là où j’ai rêvé de toi. C’est là que l’on trouve bons les souvenirs et qu’ils vous font verser des larmes. La plus à plaindre est ma pauvre maman. Elle veut entrer dans le brasier voir si elle peut sauver quelque chose. Mais ces bandits savent bien ce qu’ils font avec leurs bombes incendiaires. Le feu ne peut s’éteindre et se communique partout en même temps. La maison de Mme Dumay est brûlée complètement aussi. Pour ma pauvre maman, n’avoir plus que ce qu’elle a sur le dos, c’est épouvantable.

Il est huit heures du soir, où aller ? On ne peut retourner en arrière. Partons chez Pommery. Là, accueillis et logés le mieux possible pour la nuit. Quelle triste journée et quelle triste nuit sans pouvoir fermer l’œil. Marguerite est courageuse car maman qui se désole aussi pour son trousseau et sa chambre lui dit : « Bah, je suis jeune, je travaillerai ; la vie est longue. Bah, prends courage, du moment que nos soldats reviennent, c’est le principal ».

Ah mon Charles, si  seulement j’avais une bonne lettre ; cela arrivera peut-être bientôt. En attendant je t’envoie tout mon cœur, tous mes baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victime de bombardement ce jour :

  • POUSSEUR Arthur Marcel Félix   – 18 ans, 53 rue Simon, Garçon de salle – domicilié 8 rue Saint-Jean Césarée à Reims – Attribution Mort pour la France en date du 19/07/1916 – Victime de bombardement

Vendredi 17 septembre

Tirs efficaces de notre artillerie lourde en Belgique, dans le secteur de Nieuport.
Autour d’Arras (Roclincourt, Neuville), action énergique de nos batteries en riposte au bombardement ennemi.
Lutte de mines à Frise (Somme), canonnade autour de Roye et de Lassigny, et autour de Sapigneul, sur le canal de l’Aisne à la Marne, ainsi qu’au nord du camp de Châlons.
Bombardement réciproque entre Aisne et Argonne. Lutte de bombes et canonnade à Saint-Hubert et au bois Le Prêtre, où les Allemands usent surtout de leurs lance-mines.
En Lorraine (vallées de la Seille et de la Loutre), nous effectuons des tirs de destruction sur les retranchements allemands.
Les Italiens ont arrêté toute une série d’attaques autrichiennes dans le Trentin et en Carnie.
Les Russes, reculant pas à pas vers Wilna, ont poursuivi leurs avantages sur le secteur sud du front oriental, où le chiffre des prisonniers faits quotidiennement par eux demeure très élevé.
Les Anglais avouent la perte d’un sous-marin aux Dardanelles.
La Douma russe a été prorogée au mois de novembre.
Les ministres de la Quadruple Entente ont remis une nouvelle note à la Bulgarie, afin de déterminer son intervention aux côtés des Alliés.

 

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Vendredi 4 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

VENDREDI 4 SEPTEMBRE ; 1 heure après-midi : Une matinée terrible.

Je me lève à 4 heures, cueille Poirier et nous allons Boulevard de la Paix voir s’ils arrivent ; personne !

Je vais dire ma messe.

A 9 heures -5, un coup de canon, deux coups ; ce sont les ennemis qui marquent leur entrée… d’autres coups, des sifflements hachés des éclats… Est-ce une canonnade à blanc ; est-ce un bombardement? Deux voisines accourent, affolées… les caves sont dangereuses… En sortirait-on ?

Je veux aller à la cathédrale, car c’est vraiment un bombardement. Je vais voir deux ou trois fois au grenier. Sifflements, éclats… Je ne distingue rien.

Je sors ; je marche sur des morceaux de fonte ; il n’y a plus de doute.

Je rentre à la salle-à-manger avec un matelas aux fenêtres ; les femmes tremblent… je fais descendre Melle Mathieu qui faisait mon lit. Nous prions… les sifflements ! le lourd tremblement du sol frappé non loin de nous !… C’est horrible.

Vers 10 heures 1/4, les coups s’espacent puis cessent. Le bombardement a duré une petite heure.

Je m’en vais par les rues désertes remplies d’effroi, parmi les persiennes fermées, jusqu’à la cathédrale. Partout des éclats devant la cathédrale, des débris de sculptures ; sur le parvis, un trou énorme… les pavés sont noirs tout à l’entour ; autre trou béant dans l’enclos du Palais de Justice. Une excavation remplie d’eau rue Robert-de-Coucy, en face Clignet, où les ingrédients chimiques répandus remplissent l’air d’une odeur inquiétante.

Là, l’obus est tombé sur une bouche d’eau. Le Courrier – la Coopérative – est criblé ; l’éclaireur de l’Est en ruines…

J’entre à la Cathédrale ; je tombe sur M. le Curé arrivé en pleine mitraille devant un parvis invisible sous la poussière. La cathédrale est remplie de poussière… les commotions de l’air ont été violentes. Les vitraux bas- côtés nord des petites nefs sont en écumoires. La grande rose a quelques trous, la petite (ouest) est plus atteinte. Le dernier vitrail de la galerie des Rois est éventré. Je ramasse les morceaux tombés pour les sauver.

Je fais un tour.

6  heures du soir ; spectacle lamentable, triste, triste ! Oh ! cet homme de la rue St.Pierre-les-Dames broyé avec son chien affalé sur ses genoux, parmi l’horrible désordre de la maison qu’un obus avait abordé en pleine porte cochère !

La tète broyée, vidée, les membres pantelants, dénudé jusqu’à la ceinture… ce pauvre chien éventré… un morceau couvert de poil en pleine rue… la cervelle du maître à côté ! J’ai pris le pauvre corps et je l’ai abrité au fond.

M. Landrieux[1] passait ; nous avons dit un De Profondis.

Puis, c’est le lugubre pèlerinage rue St.Symphorien… rue Eugène-Desteuque… et tant de morts çà et là. St. Remi, St. André éventrées. Ah !c’est miracle que Notre-Dame soit épargnée ; les côtés et l’arrière ne l’ont pas été !…

Vers 4 heures, les troupes allemandes défilent. Point d’arrogance, point de fatigue… de la bonhommie… de la courtoisie. Telle est l’attitude de l’officier supérieur saxon que j’aborde Place Royale à la prière de plusieurs pour le questionner. Je l’accompagne jusqu’au Lion d’Or à la tête de ses troupes et je lui demande ce que signifie le bombardement du matin.

Je suis content que vous me questionniez… je vous donne ma parole d’honneur que c’est un malentendu déplorant, pour vous comme pour nous… question des parlementaires que nous ne retrouvions pas… c’était une batterie… j’ai fait cesser le feu dès que j’ai vu l’officier arrivant agité et criant d’arrêter… Dites à la population que nous serons calmes, que s’il n’y a aucune hostilité, nous ne ferons aucun mal… »

Ne parlait-on pas déjà d’un nouveau bombardement vers 5 heures? Tout le monde s’affolait. Je rassure tout le monde. Cet officier m’a tendu la main ; je ne l’ai pas refusée ; il m’a paru très loyal.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Landrieux

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Vendredi 4 septembre 1914

9h matin  Quelle nuit j’ai passé à songer aux miens. Ou sont-ils ? Souffrent-ils ? Ont-ils pu gagner leur refuge ? Ne les a-t-on pas molestés ? Oh ! Ce que je souffre ! Et que je me reproche de ne pas les avoir appelés près de moi ! Et cependant j’ignorais ce qui arrive. Que c’est dur de se sentir ici à peu près en sécurité au milieu de l’ennemi et de sentir que ses chers aimés sont en train de fuir où ? Comment ? Mon Dieu ! Sauvez-les. Protégez-les. Je souffre assez pour que vous ne m’accordiez pas cela.

Les allemands sont à l’Hôtel de Ville, 3 ou 4 officiers (cuirassier, hussard et hulans) se sont présentés hier vers 5h à la mairie pour l’occuper. Ils l’ont gardé toute la nuit. Ce matin affiche apposée sur les murs de la Ville signée du commandant de place, le capitaine Louis Kiener, promettant la sécurité et donnant jusqu’à ce soir 6h pour remettre toutes les armes, sous peine de la plus grande sévérité et de la dernière rigueur.

10h50 matin  à 9h 1/2 – 9h 3/4 un obus éclate vers St Jacques. Comme j’expliquais un avenant notarié à faire pour 2h pour M. Bouxin rue du Docteur Thomas…  Puis un autre obus puis un 3ème ou 4ème qui éclate derrière chez mon beau-frère Marcel Bataille 50, rue de Talleyrand. Je ferme les persiennes et en fermant celles de ma chambre j’aperçois un nuage de poussière derrière chez lui dans sa cour ou celle de M. Martinet au n°48. Je redescends, prends des bougies, allumettes et dis de descendre à la cave à Heckel, mon brave caissier et à mon petit clerc Gaston Malet 49, rue de Courcelles ainsi qu’à Adèle qui n’arrête pas de dire « Ah les cochons ! ah ! les cochons ! Je les fais descendre à la cave, pendant ce temps que je rallie tout le monde les obus éclatent autour de la maison. Comme je m’apprête à descendre le dernier à la cave, j’en entends un éclater près du mur du fond de mon jardin, dans la cour du Casino. Je regarde, ne vois pas grand-chose. Il est temps de descendre. Je retrouve mes 3 réfugiés et nous nous retirons dans la 2ème cave du fond, mais nous nous tenons dans le petit retrait qui forme à gauche un réduit près du soupirail qui donne sur le jardin entre la salle à manger et le salon.

Canonnade intense, on entend les obus siffler puis éclater un peu partout. Cela dure 1 heure environ pendant laquelle Heckel s’inquiète des siens. Le petit clerc pleure. Je me tais. Adèle, elle, continue son refrain : ah ! les cochons ! Durant cette canonnade nous n’arrêtons pas d’entendre des gens courir dans la rue. Enfin le silence se fait, nous attendons dix minutes, je donne une bouteille de Mesnil 1906 à Heckel et à Malet pour boire chez eux en l’honneur de notre baptême du feu. J’espère qu’ils retrouveront les leurs sains et saufs.

Nous remontons, peu ou pas de dégâts ! Dans mon cabinet 5 carreaux cassés, 3 à la fenêtre près de la bibliothèque, volet gauche, les 3 de cette fenêtre (dessin de l’emplacement  des carreaux cassés) et 2 à la fenêtre près de mon bureau, 1 fenêtre gauche en haut et celui du milieu fenêtre droite (dessin de l’emplacement  des carreaux cassés) Dans le cabinet du caissier et du principal clerc rien. Dans l’étude des autres clercs 1 carreau cassé volet côté gauche en haut  (dessin de l’emplacement  du carreau cassé). J’aurais du laisser mes fenêtres ouvertes. Rien ailleurs, sauf dans notre cabinet de toilette ou ma glace à pied qui me sert pour me raser qui est affalée sur côté vers la baignoire, mais heureusement reste suspendue par le ruban qui la retient à un clou.

Bref plus de peur que de mal ! Peur non ! Angoisse en entendant siffler l’obus qui passe, on se dit : « Est-ce pour nous ?… » A la fin j’entendais très bien le coup de canon, puis l’obus siffler au-dessus de la maison. En moi-même je me disais : « Pas pour nous, trop court…  trop long » selon le sifflement et l’éclatement sec. Dieu soit loué et qu’il continue à nous protéger !!

Je vais tâcher de savoir ce qui est arrivé, je suppose que les allemands ont été obligés de se retirer de Reims et en guise de carte de visite P.P.C. (Pour Prendre Congé, indiquant un départ et que l’on ne veut plus rencontrer) ces messieurs nous ont envoyé quelques obus : c’est la loi de la Guerre comme disait hier un uhlan à mon Beau-père en tenant son révolver prêt à faire feu, pendant qu’ils parlementaient avec le Maire de Reims.

2h1/2  De 11h à 12h1/2 j’ai fait le tour de la Ville côté ouest. Mon voisin M. Legrand 39 ou 41 rue de Talleyrand a reçu un obus qui le met en communication avec le boulanger de la place d’Erlon. Dégâts oui, mais je puis dire que j’ai bien entendu claquer celui-là quand j’étais dans la cuisine au moment de descendre à la cave rejoindre mes réfugiés et que je regardais si ce n’était pas dans mon jardin. Je suis mon exode : rue du Clou dans le Fer maison Collomb saccagée, plus un carreau chez Camuset banquier, je débouche rue de Vesle. En face de Matot, au coin de la rue de la Salle, obus tombé avec trou de 50 centimètres au bord du caniveau. Incendie de sa maison et de celle du marchand de chaussures. On me dit : « Allez voir rue Libergier ». L’École Professionnelle criblée…  une mare de sang. Premier sang humain versé, éclaboussures de cervelles aux murs et aux portes, une femme et un enfant tués là… En face à l’ancien couvent la maison de retraite a une porte criblée, traversée. Plus loin maison Mauclaire, syndic, rasée intérieurement, la bonne coupée en deux.

Rue Clovis 2 trous dans la loge du concierge de la synagogue, tout est fauché, la grille hachée. A 10 mètres plus loin, au 59 je crois, intérieur de la maison effondré. Je cours chez Maurice Mareschal. Bonnes un peu affolées, un obus a éclaté au fond du jardin au pied d’un pommier. Un trou et des pommes tombées les Pôves !! Je ramasse à 50 mètres de là dans le sable de l’allée derrière chez M. Hébert ancien Directeur de la Banque de France, la fusée du susdit obus. (Mise dans sa poche, le phosphore restant s’échauffa au contact de la chaleur de son corps, l’obligeant à la retirer et à la jeter précipitamment, témoignage de sa fille Marie-Louise en 1991).

Bref il y a eu erreur. Les allemands croyaient que leurs parlementaires étaient pris ou tués et 10h étant le dernier délai, le drapeau blanc n’étant pas arboré, les Prussiens n’avaient trouvé rien de mieux que nous bombarder. Morts, blessés, dégâts en attendant que j’aille voir ce qui est à l’Est et au Sud. Au premier obus les parlementaires allemands, eux-mêmes se sont parait-il demandé ce que cela voulait dire…  puis Auguste Goulden en prit 2 avec lui et fila avec eux, le drapeau blanc volant, vers les lignes prussiennes qui canonnaient de l’Ouest. Est-ce vrai ? ou est-ce manœuvre pour nous effrayer et nous forcer à céder devant leurs seigneurs, tout est possible de la part de ces gens-là. En somme peu de chose, car je n’aurais jamais cru qu’on pourrait s’habituer aussi facilement au bruit des obus. La prochaine fois je les compterai. Combien en a-t-il été envoyés ? Je serais curieux de le savoir.

5h soir  Vers 3h je suis sorti faire un tour du côté nord-ouest. Place des Marchés : obus rentré dans la cave Girardot, une baie large de 2 mètres et plus une vitre. Halbardier m’a dit que l’appartement de M. Girardot son beau-frère était saccagé. Je file rue de Mars, même dégâts, de là par la rue de Sedan (rue Albert-Réville depuis 1949) les caves Werlé ont un obus dans leur cellier. Je passe rue Andrieux chez Stroebel, une baie creusée par un obus au ras du trottoir et de son mur large de 4 mètres. Heureusement qu’il n’était pas là. Un peu partout de même en revenant par la rue Cérès.  Aussi je ne continue pas mon calvaire, c’est trop triste.

En un mot toute la ville a été couverte d’obus pendant 3/4 d’heure, exactement 40 minutes. Erreur dira-t-on et a-t-on dit, singulière erreur qui coïncide à 44 ans de distance avec l’entrée des Prussiens à Reims le 4 septembre 1870. Ne serait-ce pas plutôt le don de joyeux anniversaire envoyé par ces Messieurs. 101 coups de canon, comme pour la fête d’un souverain avec les shrapnels en plus. C’est trop d’honneur !! pour une pauvre Ville, avec une population sans arme. En revenant je n’ai pu m’empêcher de passer à la Cathédrale. Plâtras, morceaux de sculptures, débris de verrière. Notre Grande Rose percée à jour par les éclats d’un obus tombé au coin du trottoir à l’intersection de la place du Parvis et de la rue Robert de Coucy, à 10 mètres du pied de la tour gauche du Grand Portail et de l’entrée où l’on entre habituellement. Simple coïncidence ?! Erreur ! sans doute ?

Or dans l’allée du milieu de la grande nef, quand je traversais la Cathédrale, au moment de dire un Ave Maria, je vis un grand allemand, un officier chauffeur à casquette plate qui était arrêté là au milieu, à l’endroit où se trouve la pierre commémoratrice du martyr de St Thimothée.

Celui-ci était arrêté, droit, face au Christ de douleur du Grand Autel et la tête haute il avait l’air de dire : Seigneur des Armées, je suis le Germain Vainqueur « Allgemeine über alles » !! Il me rappela l’Évangile du Pharisien et moi pauvre vaincu je me suis mis à prier en demandant, en disant à Dieu, au Christ des pauvres, des petits, des humbles, des affligés : « Mon Dieu ! ayez pitié de la France ! »

Qui sera exaucé de lui ou de moi, pauvre vaincu au cœur saignant ??

A 44 ans de distance, avoir vu Gambetta entrer à pareille heure (4h) au ministère de l’Intérieur à Paris lors de la proclamation de la République, et voir aujourd’hui à pareille date et à pareille heure l’allemand fouler de sa botte la Cathédrale de la Maison de France, c’est beaucoup. C’est bien dur ! Quel anniversaire !!

8h soir  Quand on voit le calme de cette soirée d’automne (car dimanche à St Martin et hier soir le soleil couchant était bien sanglant !) on ne se douterait pas de ce qui s’est passé ce matin pendant 3/4 d’heure, 40 minutes m’a-t-on affirmé, de 9h3/4 à 10h1/2, plutôt m’a-t-on affirmé, de 9h1/2 à 10h1/4. Nous ne sommes sortis des caves que vers 10h1/2 – 10h40 de la canonnade que nous avons subie. (Deux soldats allemands passent en ce moment devant ma maison au milieu de la rue en faisant sonner leurs bottes sur le pavé : soudards !!)  J’en reviens au bombardement de Reims car c’en est un, même quand ce ne serait qu’une centaine de coups de canon, bombardement il y a eu ! (Mes 2 soudards repassent pour bien faire entendre leurs bottes à coups de talons !!) Eh bien de ce bombardement je ne puis dire que ça a été un cauchemar ? non… à peine un léger mauvais rêve !! J’en fais de plus douloureux quand je pense aux miens qui sont…  Dieu sait où !! Faites sonner vos bottes Messieurs les allemands, j’en ai déjà entendu le son en 1870 et puis à Metz, Strasbourg et en Alsace en 1883, 1903, 1912 et je ne m’en effraie pas. « Tapez ! Tapez du talon ! Vos bottes s’useront !! »

Et dire que 4 officiers ont maîtrisé 100 000 âmes ! Ce soir en venant de revoir mon beau-père, je me suis heurté aux canons braqués autour de la place de l’Hôtel de Ville. Vers toutes les rues qui y conduisent. Canonniers assis sur les affuts à droite et à gauche… C’est le XIIème Corps que nous aurons à loger.

On raconte beaucoup de choses :

  • D’abord que le bombardement de Reims serait le fait d’une erreur.
  • Que ce serait une occasion de nous terroriser.
  • Que 2 officiers parlementaires, Von Arnim et Von Kummer, qui se seraient présentés à Villers-Franqueux ou La Neuvillette et éconduits par le colonel du 94ème de ligne (régiment d’André Laval) qui auraient reçu de nos paysans des pommes de terre et des trognons de choux, puis seraient restés introuvables, et la menace de fusillade de quelques cochons de Rémois (sic !) (Cent mille têtes de cochons de Rémois ne valent pas nos 2 parlementaires, Ihre himdert tausend schweinkopfe de Rémois sind nicht verth unsere drei Parlementaires): « Cent mille têtes de cochons de rémois ne valent pas nos 2 parlementaires (sic) »
  • Réponse du tac au tac par l’interprète M. Wenz : « M. l’officier je prends acte de vos expressions !! et j’en ferai mon rapport à votre Général en chef M. de Bulow ! » – « Nous traitons avec vous, vous n’avez pas à nous insulter ! »

Et durant cela que deviennent mes petits et ma pauvre chère femme ? où sont-ils ? Oh ! quel cauchemar celui-là !! Car les obus de ces vandales ne sont que pétards pour moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

C’est l’esprit assez inquiet que le 4 septembre, après avoir vu passer, de chez moi, vers 20 h, quelques cavaliers allemands, je quitte la maison avec l’intention d’aller aux nouvelles du côté de l’hôtel de ville…

…Depuis le matin, le canon tonnait au loin. J’entends soudain, tandis que j’arrive presque à l’entrée de la rue Cérès, une très forte détonation, qui m’a semblé rapprochée. Certains, qui veulent paraître renseignés, parlent de tir sur aéros. Une autre détonation semblable se fait entendre encore, puis, quelques secondes après, une troisième et mes regards se portant dans la direction de la rue de Vesle, je vois distinctement un épais nuage de fumée ; j’ai perçu vaguement un sifflement ou quelque chose d’y ressemblant, je me hâte alors et au moment où je pénètre dans la rue de le Grue, je croise ‘un de mes voisins, M. Damilly, tout disposé à faire tranquillement un peu de conversation, comme à l’habitude. Je m’arrête à peine, lui laissant dire seulement :

« Qu’est-ce que c’est ; ils tirent donc des salves d’artillerie avant leur arrivée ? »

Je lui réponds vivement :

« On bombarde.

– Vous croyez ? » me dit-il.

Ma réponse est catégorique :

« J’en suis sûr », et je vais pour rentrer

A peine ai-je eu le temps de faire quelques pas, qu’au-dessus de moi, vient se faire entendre le hululement sinistre produit pas un projectile arrivant à destination ; aussitôt, l’explosion de cet obus a lieu dans une maison à l’angle de la rue de la Gabelle et de la rue d’Avenay, c’est-à-dire, à cinquante mètres à peu près.

Dès que j’ai pu m’engouffrer ans le vestibule, chez moi, j’entends ma femme descendre précipitamment du grenier tout en criant aux enfants :

« A la cave, à la cave ! »

Les obus sifflent toujours et tombent souvent si près que je vois, à certain moment, du soupirail de la cave, un fort nuage de fumée envahir la cour. Nous sommes secoués par les arrivées des projectiles et le bruit épouvantable de leurs explosions, suivies immédiatement d’on ne sait quel fracas de nombreuses vitres brisées à la fois et de maison qui s’effondrent. La pauvre Mlle Lin, terrorisée, est prise d’un tremblement qui ne la quittera plus – et dans cette situation, il me faut cependant affecter de plaisanter un peu afin de rassurer les enfants, surtout le plus jeune, André, qui répète souvent :

« Papa, j’ai peur ! »

… Pendant 3/4 d’heure environ c’est un bruit infernal. Le calme revient enfin ; au bout d’une demi-heure de silence, je remonte et la famille en fait autant peu après. Ce violent bombardement, au cours duquel il y été envoyé de cent à cent vingt obus, est terminé. Il est 10 h et 1/2…

… A peine dehors je constate que les bureaux de l’état-major de la 12e Division d’Infanterie, qui faisaient vis-à-vis aux nôtres, à l’angle des rues de la Gabelle et Eugène-Desteuque sont démolis : la maison Buirette, en face, rue Eugène-Desteuque n° 18, est disloquée ; la maison Bermont, n° 20 est éventrée…

…A l’action populaire, 5 rue des Trois-Raisinets, un obus entré par le toit a fait explosion à l’intérieur… … chez Breyer, mesureur, au 6 de la même rue, ce qui reste de la maison ne tient plus. L’immeuble de la rue de la Gabelle, où tombait le projectile entendu si distinctement, tandis que j’arrivais chez moi et ouvert en deux. La maison Dufay, 9 rue Saint-Symphorien a sa façade crevée par le haut, près de la toiture, les dégâts sont considérables aussi au Bureau central de mesurage dont la porte pleine, en fer, a été traversée, criblée par les éclats de plusieurs obus ayant fait dans les rue des trous énormes.

Il y a eu des victimes.

A la maison Maille, rue Eugène-Desteuque, côté pair, en face de la rue de l’Hôpital, un projectile a tué une bonne à l’intérieur. Je viens de m’arrêter auprès d’un cadavre allongé sur l’étroit trottoir de la même rue, au coin de la rue des Trois-Raisinets ; le malheureux qui a été atteint à cet endroit, à eu la partie postérieure de la tête emportée et sa cervelle pends tout entière sur le pavé du ruisseau. L’obus qui l’a tué a fait une autre victime, Mlle Horn, dont je n’avais pas remarqué le corps gisant aussi de l’autre côté de la rue, devant la maison Hourlier, n° 19

Au moment où je reviens de ma courte tournée, un camion attelé d’un cheval et venant de la rue des Marmouzets, s’arrête là. Il est escorté par un homme chargé déjà sans doute, de l’enlèvement des victimes tuées dans les rues, car il donne ses ordres au conducteur et l’aide à placer, sur la voiture, le corps du pauvre passant arrêté par la Mort, alors qu’il se hâtait vraisemblablement vers son domicile (M. Sanvoisin, paraît-il, ancien loueur de matériel de banquets). Au moment où celui de Melle Horn va être également mis sur le camion, une femme sanglotant et criant :

« Ma pauvre sœur, ma pauvre sœur », veut se jeter sur le cadavre.

L’homme qui dirige le macabre travail veut certainement faire vite ; il a l’air de se méfier d’une reprise possible du bombardement. Intervenant brutalement, il dit :

« Allons ! nous n’avons pas le temps de faire du sentiment ; il y en a d’autres à ramasser »,

puis coupant court, il commande énergiquement Hue ! et le camion part seul, avec ses morts, par la rue des Trois-Raisinets. Quelles tristesses !

Je rentre, j’en ai vu assez pour le moment et pour être fixé, sans être allé loin, sur le triste état dans lequel a été mis, en si peu de temps, notre malheureux quartier. Dans notre voisinage immédiat, les maisons touchées sont vraiment nombreuses. En constatant que l’établissement n’a que les vitres de ses trois étages de magasins brisées par les déplacements d’air des explosions, je pense que nous pouvons nous estimer heureux d’être indemnes et que nous devons rendre grâce à la Providence, car nous venons de courir un réel et très grand danger. Aussi, sommes-nous très émus de recevoir, vers 11 h, un instant après mon retour, la visite de mon beau-père, inquiet sur le sort des familles de ses enfants, placées toutes les trois dans la même ligne de tir. Aucune, heureusement, n’a été atteinte.

– Le drapeau blanc flotte sur l’une des tours de la cathédrale et au fronton de l’hôtel de ville.

– Dans le courant de l’après-midi, je fais une tournée générale dans les magasins, afin de pouvoir rendre compte de leur état et, en traversant la cour, j’y ramasse cinq éclats d’obus ; pendant ce temps, les enfants en trouvent un, provenant d’un projectile de gros calibre, dans notre chambre.

– A 16 h, les troupes allemandes font leur entrée en ville, par la rue de l’Université et la place royale. De la maison, nous entendons les tambours, puis des sonneries de clairons alternant avec les hourras poussés en mesure par les soldats.

Le bombardement de la matinée a jeté une telle consternation dans la population, que l’ennemi n’a aucune crainte à avoir pour sa sécurité ; elle a été bien assurée.

Je ne sais s’il peut se trouver des badauds pour contempler le défilé. Il y en avait malheureusement trop ce matin ; je revois encore la dégringolade et le sauve-qui-peut des gens qui s’étaient placés, pour mieux voir ce qu’ils attendaient, sur les sujets groupés autour de la statue de Louis XV. Il est douteux que tous aient pu se sauver à temps lorsque les premiers obus sont arrivés ; le bombardement a été si soudain, que même en s’enfuyant, ils couraient grandement le risque d’être tués.

– Les journaux de Reims ne sont pas parus aujourd’hui. Depuis plusieurs jours, ceux de Paris n’arrivaient plus. D’autre part, nous sommes sans correspondances depuis l’évacuation de la Poste. Dorénavant, nous allons être privés complètement de nouvelles.

La ville se trouve isolée du reste du monde. Pour combien de temps ?

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé.

* Paul Hess travaillait et habitait avec sa famille au Mont de Piété rue de la Grue

* Les cartes postales ci-dessous représentent bien le quartier de Paul Hess, mais ne sont pas forcement prises au début de la guerre


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Gaston Dorigny

…Où à 5 heures du soir le maire fait connaître à la population la prochaine entrée des troupes allemandes dans la ville.

En effet le, Vendredi 4 septembre,

Vers 9 heures ½ du matin, on entend le bruit d’une canonnade au-dessus de la ville.

C’est le bombardement de Reims par les Allemands qui commence.

– Après 45 minutes le bombardement cesse – On a alors hissé le drapeau blanc sur la cathédrale et à l’hôtel de ville car la ville s’est rendue.

L’État-major déjà à l’hôtel de ville est rejoint par l’armée qui occupe la ville.

Nous sommes à partir de ce moment sous la domination allemande et devons nous borner à lire sans les commenter non plus les ‘’avis’’ du maire de Reims, mais les ‘’Ordres’’ du commandant allemand où on ne parle que de fusiller à tout propos. Il ne nous reste plus qu’à subir l’occupation avec patience et sang-froid.

Source : Gaston Dorigny

Marcel Morenco

A 9 heures 20 du matin, des obus sifflent au dessus de la ville. On croit à un tir à blanc pour s’assurer que la ville ne résiste pas, puis, en voyant les dégats causés, on pense à une méprise qui va bientôt cesser. Les obus pleuvent sur la ville de 9h20 à 9h40 causant de sérieux dégâts. Plusieurs maisons s’écroulent (rue de Mars, rue de l’Avant Garde quartier Saint Nicaise et Saint Rémi), deux maisons (Jules Matot et Abel) brûlent place du Palais de Justice, l’église Saint André est éventrée, de nombreux vitraux de la cathédrale sont endommagés, 50 personnes sont blessées, 50 sont tuées.

L’artillerie allemande a bombardé Reims de Witry (à 10 Km). Rien ne justifie ce bombardement. Les uns disent erreur d’un régiment ignorant que la ville a capitulé; les autres, deux officiers allemands ont disparu hier, on veut les retrouver. Personne ne sait la vérité. On hisse le drapeau blanc au moment où le bombardement cesse.

L’après midi, le 23ème régiment d’Artillerie et un régiment d’Infanterie entrent en ville. Attitude choquante de quelques personnes qui accueillent trop aimablement nos ennemis. On loge une grande partie des troupes à l’usine des Anglais.

Pendant le bombardement de Reims, j’ai tenu l’attitude inconsciente suivante qui aurait pu me coûter la vie: A 9h 1/4, j’étais en conversation avec Jules Matot, libraire en bas de la rue Carnot, en face du Palais de Justice. Nous entendons au dessus de nous un sifflement prolongé, et une ou deux secondes après, une détonation brusque, forte, dans la direction de la Vesle. Nous nous regardons, intrigués. Les mêmes bruits se reproduisent coup sur coup. Matot se sauve à toutes jambes en criant: on bombarde… Je le rappelle, inutilement. Il a disparu. Je descends la rue de Vesle et je m’engage dans la rue de Talleyrand. Les sifflements, les éclatements continuent et je perçois, chaque fois, un crépitement sur les murs et sur les devantures. Je m’approche d’une devanture de tôle et je constate qu’elle est trouée comme une passoire. Je comprends alors le danger et je m’abrite dans un couloir. Cinq minutes se passent, je quitte mon abri et je retourne à la recherche de Matot. De loin, j’aperçois sa maison en feu. Quand je suis en face, je constate avec stupeur qu’un entonnoir de 3 mètres d’ouverture sur plus d’un mètre de profondeur existe à l’endroit précis où nous tenions conversation. Un obus vient de tomber là, il a crevé la conduite de gaz alimentant la maison et y a mis le feu. Je cours à la station des pompes sous le théâtre, elle est fermée. Je file à l’Hôtel de Ville où je trouve le bon Dr Langlet qui, aidé du concierge, construit un immense drapeau blanc avec le manche d’une tête de loup et un drap de lit. Je le mets au courant de l’incendie et je lui signale l’absence des pompiers. Il faut dit-il retourner au théâtre et vous les trouverez certainement enfermés dans leur remise. Je reviens sur mes pas et je trouve effectivement les pompiers de garde. Ils quittent leur abri, combattent le feu, l’éteignent. Pendant ce temps là; le bombardement a pris fin et Matot réapparaît. Il s’était terré dans la cave (à deux étages) d’une maison du voisinage et n’avait rien entendu; rien vu!

Marcel Morenco

Vendredi 4 septembre, l'occupation par l'ennemi

 


Renée Muller

4 sept. Déjà ce matin, nous sommes montés sur le canal où nous entendons et voyons arrivés ces maudits prussiens.

Le canon ébranle l’air. Vivement nous partons tous les 3 au château : la famille PERRIN est chez Me BONNET, la femme du chauffeur ; nous attendons et plus rien, nous repartons chez nous ; le lendemain matin jeudivendredi 4 septembre de nouveau le canon tonne je prends mon vélo la valise dessus et suivie de Maman nous partons au château pour le cas où cela deviendrait plus grave, nous nous enfilerions dans les caves : le personnel de nouveau est réuni et attend les événements.

34 La mère DESMOULINS femme du cocher, revient de Reims elle dit que les boches sont là, qu’un obus est tombé près d’elle, ne lui a pas fait de mal et qu’il n’y aura pas à se plaindre des boches ; mais quelle vieille sorcière. Papa pendant ce temps là va à la grille, puis à la grille du moulin car il voit là les boches qui arrivent.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog de sa petite fille : Activités de Francette: 1914 : 1er carnet de guerre d’une jeune fille : Renée MULLER


Paul Dupuy

On dit que les conditions de reddition de Reims sont arrêtées, et qu’il n’y a rien à redouter pour la population civile ; cependant vers 9h35 commence un bombardement de ¾ d’heure environ qui fait de nombreuses victimes et occasionne de très importants dégâts.

Beaucoup d’éclats d’obus sont projetés sur le 23 cassant seulement quelques carreaux ; la famille s’était réfugiée dans les caves et le personnel dans le cellier des toiles ; personne n’a souffert.

Chez Mme Ragot (1), rien du tout malgré que deux maisons voisines (n° 17 et 20) aient été particulièrement éprouvées.

Sont indemnes aussi les immeubles H. Perardel et C. Lallement.

L’appartement de Marie-Thérèse a été plus éprouvé, toutes les vitres sur rue ont été réduites en miettes, et divers objets d’intérieur ont été brisés ou déplacés.

La cathédrale, qui devait être le point de mire, n’a pas été touchée ; seules, ses vitraux et rosaces ont été en partie pulvérisés.

St André a une forte brèche ; aucun obus n’a dépassé cette église.

On assure que ce bombardement a été effectué par méprise par une batterie installée au Mont-St-Pierre et à qui on avait omis de transmettre des ordres contraires.

L’après-midi, plusieurs régiments (2) de toutes armes entrent en ville.

(1) Rue du Carrouge
(2) Entrée des Allemands
Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Juliette  Breyer

Les Prussiens sont à Reims. C’est à n’y pas croire. Ils sont invincibles pour aller si vite en chemin. Je me vois encore hier : un camionneur de la maison Lamorre, en venant chez nous l’après-midi me dit : « Je me sauve vivement. J’ai peur, on a déjà vu une patrouille allemande. Je préfère être chez nous que dans la rue. Je n’ai qu’un conseil à vous donner: fermez votre magasin ».

Si la circonstance n’avait pas été si grave, je lui aurais bien ri au nez. Mais est-ce que l’on peut rire en ce moment ? Enfin je vois que la peur gagne tout le monde. Beaucoup sont déjà partis et ceux qui peuvent encore le faire se sauvent. Mais puisque Reims sera ville ouverte, pourquoi fuir ? Nous n’aurons à subir que leur passage et puis advienne que pourra.

Je me disais tout cela mais avec ces fourbes là, on devrait s’attendre à tout. Donc aujourd’hui j’avais ouvert comme d’habitude. Régina était partie promener André. Je lui avais toutefois recommandé de ne pas s’attarder, quand tout à coup à 10 heures moins le quart un bruit épouvantable ébranle l’air. On se regarde et aussitôt un deuxième et puis ensuite sans arrêt.

Quelques passants nous disent « Ce n’est rien, on fait sauter les ponts ». Mais Régina revenant en courant me dit: « Papa va venir te chercher, ce sont les Allemands qui bombardent ». Ainsi c’était ville ouverte et ils nous faisaient la guerre!

En effet ton papa lui-même accourt. Il était tombé des obus sur la ferme des Anglais. « Fermez tout de suite, me dit-il, et partez ». J’ai pris mon argent et nous nous sommes rendus chez Le Maire à cette occasion a été d’un dévouement admirable. Mais il y avait eu des victimes, beaucoup même. La maison où demeure Charles Glatigny a été démolie complètement et devant ont été tuées Mme Aumêt, ses deux fillettes et sa mère. Le mari est à la guerre ; quand il apprendra cette  triste nouvelle …

Enfin tout est rentré dans le calme. Le Maire donne l’ordre que tous les magasins soient ouverts et il invite la population au calme. Les Allemands prennent des otages. Voici déjà une journée de passée. Seront-ils longtemps à nous ennuyer de leur présence? L’artillerie loge au 16e et l’infanterie au 22e.

Mon Charles, rassure toi. Ta petite femme est forte et surtout n’a pas peur. Bons baisers et à toi toujours.   Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victimes des bombardements morts ce jour-là à Reims

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