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Lundi 25 février 1918

Louis Guédet

Lundi 25 février 1918                                   

1263ème et 1261ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux. Ce matin l’évacuation de 6 ou 700 personnes s’est résumée par 90 départs !! Les esprits sont montés. Ajoutez la nervosité de tous. Couru pour trouver à expédier mes affaires afin de laisser partir Adèle et Lise, que je conduirai sans doute jusqu’à Paris… Puis si je ne suis pas pris par les coffres-forts j’irai un peu me reposer à St Martin. En ce moment cela tape fort devant nous. Je suis très déprimé, fatigué, énervé. Tout cela me brise et me tue. J’ai hâte de partir d’ici.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 février 1918 – La mairie est envahie dès la matinée de ce jour, par nombre d’habitants ayant reçu leurs ordres de départ, qui viennent tous solliciter un sursis.

Les capitaines Linzeler et La Montagne se tiennent en perma­nence, dans le cellier de la rue de Mars 6, où sont nos bureaux, pour recevoir ces solliciteurs à tour de rôle, donner rapidement des renseignements ou examiner le bien-fondé des demandes.

Sur un départ prévu pour aujourd’hui de sept cents person­nes, quatre-vingts seulement se sont présentées pour prendre les camions militaires.

Un nouvel avis est publié par L’Éclaireur ; le voici :

A la population.

Les habitants sont avisés que les ordres d’évacuation sont formels. Ces mesures prescrites par le gouvernement de la Ré­publique sont des mesures d’ordre général qui ne s’appliquent pas seulement à la ville de Reims.

Les habitants sont avisés en outre que les magasins d’ali­mentation et le débit vont être fermés et que le ravitaillement ne sera plus assuré que par l’autorité militaire dans quelques magasins municipaux dont la liste sera communiquée à la population.

La commission municipale fait appel au courage et au dévouement de la population de Reims, pour assurer l’exécu­tion des mesures prescrites.

Reims, le 24 février 1918.

La Commission municipale.

Plus loin, nous lisons encore, dans le journal .

Avis.

Un certain nombre de personnes ont répondu par erreur à l’agent chargé du recensement qu’ils n’avaient ni parents ni amis auprès de qui ils comptaient se retirer.

Dans ces conditions, ces personnes seront évacuées par trains complets sur les points désignés par le ministère de l’In­térieur.

Si elles désirent auparavant désigner un point précis où elles seraient sûres de trouver des moyens d’existence, elles sont priées d’en avertir la mairie d’urgence.

Il est bien entendu que de toute façon, Epemay et les communes au nord de la Marne ne peuvent être indiquées comme lieu de résidence.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 25 – Nuit tranquille. + 8°. A 4 h. matin, départ du 1er camion d’évacuation ; concentration et embarquement place d’Erlon. Il devait partir 700 personnes. On dit qu’il n’en est parti que 100, on dit même 80 seulement ; les autres résistent, se cachent. Visite du Général Petit. Visite de M. B. de Mun à 6 h. 45 soir. Bombardement terrible sur batterie ? jusqu’à 6 h. 30 ; reprise jusque vers 7 h. 15. Toute la nuit, à fréquents intervalles, canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 février

Assez grande activité d’artillerie dans les régions de Vauxaillon, de Chavignon, dans le secteur de la butte du Mesnil, et sur la rive gauche de la Meuse.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes au sud de Corbeny est resté sans succès.
En Haute-Alsace, nos détachements ont hardiment pénétré dans Pont-d’Aspach et dans le quartier nord-ouest d’Aspach-le-Bas, où ils ont détruit les organisations allemandes et incendié de nombreux abris. Un ballon captif a été abattu par notre artillerie; nos troupes sont rentrées dans leurs lignes de départ après avoir infligé des pertes à l’ennemi et ramenant une quinzaine de prisonniers et une mitrailleuse.
Sur le front britannique, une tentative de coup de main ennemi a échoué vers Broodscinde.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur de Passchendaele. Des coups de mains sur les postes belges vers Merkhem ont été repoussés.
Sur le front italien, des concentrations de feux des deux artilleries ont eu lieu à l’est de la Brenta et des tirs de harcèlement plus fréquents dans la Giudicaria, sur le plateau d’Asiago et dans la région du Montello.
Un vif échange de fusillade a eu lieu entre des groupes qui exploraient le terrain le long du moyen et du bas Piave. A Capo Sile, une reconnaissance italienne a ramené des prisonniers.
L’Allemagne a adressé aux maximalistes ses conditions de paix qui sont draconiennes et qu’ils ont acceptées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 24 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 24 février 1918                                         

1262ème et 1260ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps gris, triste comme les événements que nous traversons. Messe paroissiale de 8h1/2, la dernière dite rue du Couchant. Le Cardinal Luçon y assistait avec Mgr Neveux, l’abbé Compant, Brincourt (jeune prêtre ordonné à Reims le 29 juin 1916), Divoir, Haro. Dernière messe basse dite par l’abbé Camu, curé intérimaire, qui lui part de Reims, désigné avec l’abbé Lecomte pour tenir les archives et les affaires contentieuses de l’Archevêché à Port-à-Binson, au Prieuré de Binson. Il ne restera comme clergé Rémois que le curé de St Remy, M. Goblet, avec l’abbé Maitrehut comme aumônier de Roederer, le curé de St Jacques M. Frézet qui va devenir Cathédrale, le curé de Ste Geneviève, M. (en blanc, non cité, abbé Gayet). Les autres curés des autres paroisses vont être dispersés aux 4 coins de la France. Le pauvre cardinal reste avec Mgr Neveux et M. Compant. Voilà la dispersion qui commence. Pauvre Reims ! Les curés de St Maurice, St André, Ste Clothilde, St Benoit partent… Cette messe était lugubre.

Le cardinal a fait un discours fort triste et peu remontant… Nous étions une 40aine (quarantaine) de fidèles. Becker, Camuset, Melle Payart… Les derniers chants ont été dits par Boudin, l’abbé Haro et Melle Becker tenait l’harmonium. La chapelle de la rue du Couchant n’existe plus !! Encore une porte fermée.

Déjeuné chez M. Becker avec l’abbé Camu, l’abbé Haro et M. Camuset. Conversations tristes. Déjeuner d’adieu, comme si l’on allait faire un grand voyage et peut-être ne plus se revoir. Après-midi vu la Mère Supérieure de Roederer, qui va rester avec ses religieuses après avoir craint de partir. Vu Raïssac qui va aussi bien que possible, mais jamais il ne pourra reprendre la tête de notre Ville. Reims se désagrège, Reims meurt. Reims est morte. Dieu quelle épreuve. Reims martyre et sacrifiée. Et quand on songe à l’oubli où on la laisse. Paris s’amuse. Reims meurt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 24 février 1918 – Afin de me tenir prêt à toute éventualité, je profite de mon temps libre de ce dimanche, pour me rendre dans la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard, en vue d’y faire ce que comman­dent les circonstances. Je cherche d’abord les plus importants pa­piers de famille qui m’appartiennent et deviendraient nécessaires, en cas de départ. Dans le coffre en tôle, enterré depuis plus de trois ans au fond du jardin, où ils se trouvaient, je les remplace par un certain nombre de documents auxquels je tiens essentiellement, — puis je procède à l’inventaire des objets existant dans cette mai­son, garnie de mobilier, de linge, de literie, etc.

Le bombardement, qui avait commencé dès le matin et s’était ralenti, reprend très sérieusement le soir. Nous apprenons, en dînant à la popote, que l’agent de police Bornet vient d’être ramené à la mairie, après avoir été blessé place de la République.

La réception des ordres de départ, ce matin, a provoqué un gros émoi parmi la population.

A la suite de ses communications des deux jours précé­dents, qu’il reproduit, L’Éclaireur ajoute aujourd’hui ceci :

Avertissement officiel

Les personnes de tout âge, sexe ou condition, qui n’ont pas été déclarées au recensement fait ces jours-ci, doivent se faire inscrire par la police, sous trois jours, et fournir la ré­ponse à toutes les questions spécifiées.
Celles qui n’auraient pas satisfait à cette prescription avant le 28 février, comme celles qui n’auraient pas déféré à un ordre individuel d’évacuation, seront saisies par l’autorité militaire, qui leur appliquera les sanctions prévues par les lois et arrêtés.

La commission municipale

*

Les personnes qui seraient disposées à quitter la ville, bien que ne recevant pas d’ordre individuel d’évacuation, pourront se faire inscrire à l’hôtel de ville et tous les moyens de transport leur seront assurés.

La Commission municipale

*

Par ordre du Gouvernement, la ville de Paris est actuel­lement interdite comme lieu de refuge ; aucune allocation ne pourrait y être établie.

La Commission municipale

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 24 – + 10°. Messe des Adieux, chapelle du Couchant. Allocution aux partants, évacués d’office. A 2 h., Chapelet et Salut. Visite d’un commandant cantonné à Champfleury, du 3e Corps Colonial(1), je crois, de la Division de Reims, à Cormontreuil, Champfleury. On me ferme mes fenêtres avec de la toile, pour remplacer les vitres. Visite d’adieu à M. Blaize, qu’on emmène à Ay, dans une automobile fournie par M. Guichard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il s’agit plutôt du 1er Corps d’Armée colonial.

Dimanche 24 février

Au nord de l’Ailette, nous avons effectué une incursion hardie jusqu’aux abords de Chevregny et ramené du matériel et vingt-cinq prisonniers dont deux officiers.
En Champagne, nos détachements ont pénétré également dans les tranchées ennemies. Une dizaine de prisonniers est restée entre nos mains.
Sur le front britannique, les troupes écossaises ont réussi un raid près de Monchy-le-Preux. Elles ont fait quelques prisonniers. Les patrouilles à l’est de Wytschaete ont également fait des prisonniers.
L’artillerie ennemie s’est montrée active aux environs de la route de Menin et au sud de la forêt d’Houthulst.
Sur tout le front italien, la lutte d’artillerie a été modérée et les groupes explorateurs ont été assez actifs des deux côtés.
Des patrouilles anglaises ont fait quelques prisonniers.
Un détachement ennemi, qui tentait de s’emparer d’un petit poste au fond du val Brenta, a été rejeté après un vif combat.
Un avion ennemi a été abattu près de Cesimon. Deux autres sont tombés près de Silgaredo.
Les Anglais, après avoir occupé Jéricho, ont continué a progresser et pris une tête de pont du Jourdain.
Les aviateurs Garros et Marchal se sont évadés d’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 23 février 1918

Louis Guédet

Samedi 23 février 1918                               

1261ème et 1259ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps très doux, brumeux, pluvieux. Cette nuit mal dormi, j’ai trop d’émotions, et je suis brisé. Adèle est toujours souffrante et ne sait ce qu’elle a et se tourmente. Cette nuit elle voulait avoir la scarlatine !!

Vu Carbonneaux, de la Maison Charles Heidsieck, qui accepte de m’évacuer mes vins (3 500 bouteilles) de la rue de Chativesle, 20, ancienne maison de Mme Gambart, dans leurs caves de vins de Champagne 16, rue de la justice. Je serai plus tranquille, d’autant que les Clignet qui couchaient à côté de ma cave sont sans doute partis ! Alors! En attendant Carbonneaux mettra un ouvrier en garde. Quand cela sera fini ce sera un soulagement pour moi.

Mardi Bauler viendra voir à ma vaisselle et aux quelques objets que je vais évacuer, ce sera la fin. Le reste restera à la Grâce et à la Garde de Dieu ! Je n’aurais plus ainsi qu’à partir, s’il le fallait, avec ma valise.

Hier au Crédit Lyonnais j’avais ouvert 51 coffres, dont 19 vides, 2 vidés par les locataires qui sont venus durant les opérations (il était temps). Reste donc 30 qui sont partis à Paris.

6h1/2 soir  Après-midi mouvementée. Parti à 2h1/2 porter mon courrier, de là été à la Ville pour répondre à l’appel de M. le Capitaine Linzeler qui s’occupe des évacuations. La commune y a travaillé jusqu’à 5h du matin. Il faut encore revoir la liste car on doit encore trouver 1 500 noms à évacuer !…

Causé un instant avec Guichard et Houlon. On me fait espérer que je garderai Lise avec Adèle. J’en suis heureux pour Lise qui voyait avec effroi la perspective de quitter Reims. Ce serait sa mort du reste. Enfin, à la Grâce de Dieu. De là je vais à l’archevêché voir le Cardinal Luçon pour lui demander de vouloir bien condescendre à être membre correspondant de la société du Vieux Reims sur la demande de M. Krafft, Président de cette société. Tandis que nous devisions ensemble dans son cabinet un bombardement commença, et un obus vint couper un arbre au fond du jardin, faisant voler les vitres des fenêtres dont les éclats nous couvrirent. Nous descendîmes à la cave quelques minutes, puis je revins ici en hâte. Rue Chanzy une âcre fumée, vers la rue du Couchant. Je rétrograde, craignant que ce soit des gaz, un soldat me le crie du reste. Je descends la rue Libergier et arrive à la maison 1/2 heure après, étant descendu dans notre sous-sol pour me remettre de mes émotions et travailler un peu. Paf !! un obus touche à 50 mètres d’ici, au coin de la rue Boulard et de la rue Brûlée. Une fumée terrible qui traîne jusqu’à notre rue et allume du feu. Nous mettons nos masques, bref…  qu’une émotion et pas de dégâts. Quelle rage leur a-t-il pris ? Quel déboire leur est-il arrivé ?

Mon Dieu protégez-nous !… Adèle va mieux, le médecin l’a vue. Rien de contagieux comme elle le craignait. Bref, un peu de surveillance et régime. Tous ces derniers événements, évacuation, etc…  tout cela l’a remuée. Et il y a de quoi. Mon Dieu quand tout cela sera-t-il fini !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 février 1918 – Le vent est bien à l’évacuation — mais à une évacuation qui prend tout de suite un caractère différent de celle ordonnée en avril 1917.

A cette époque, des affiches avaient conseillé le départ des vieillards, des enfants, de ceux qu’aucune fonction ne retenait à Reims, mais les épouvantables bombardements commencés le 6 avril, à eux seuls, n’avaient pas été sans contribuer pour une bonne part, à réduire sensiblement le chiffre d’une population au moins trois fois plus importante qu’elle ne l’est actuellement, et, petit à petit, par la suite, la prolongation d’une situation terrible avait fait le reste.

Aujourd’hui, la fraction des habitants restée malgré tout, est beaucoup plus irréductible. Habitués au danger ou confiants, de­puis toujours, en la proche libération de Reims, nos concitoyens ou concitoyennes ne se résoudraient pas à quitter la ville sur un simple avis placardé sur les murs ou inséré dans le journal.

L’autorité militaire dirige, cette fois, l’opération.

Les capitaines Linzeler et La Montagne ont passé la plus grande partie de la nuit dernière à la mairie, examinant de près les listes de recensement, afin d’y noter les noms des personnes à évacuer et ce matin, ils sont revenus pour donner toutes indica­tions à la police.

La journée presque tout entière s’écoule encore à la mise sur pied de directives précises, en collaboration avec l’administration municipale, et le soir, le personnel de la mairie disponible, est sollicité d’aider le service de la police à remplir des ordres de dé­part, car il s’agit d’aller vite.

En l’absence de M. Raïssac, secrétaire en chef de la mairie, qui vient de subir une grave opération, du commissaire central et de son secrétaire, en congé tous les deux, les officiers ont dû pro­céder eux-mêmes à la préparation d’un travail délicat et le premier résultat ne leur donne pas satisfaction, quant au nombre des par­tants, lorsqu’ils en totalisent le chiffre. Ils vont réviser leur désigna­tion des premiers à éloigner. C’est à recommencer.

Sur de nouvelles données, on se remet à l’ouvrage ; il est en­fin terminé à 23 h.

Voici le libellé des ordres de départ :

Exécution de l’arrêté du général commandant l’armée

en date du 20 février 1918

Ordre de départ

M……………………………………………………………………………….

M »* ……………………………………………………………………………..

Demeurant rue…………………………………… n°…………….

se rendra le lundi 25 février 1918, à … heure, à la place d’Er- lon, avec les bagages dont le transport est autorisé (30 kg. au maximum par personne).

Des voitures les achemineront vers la gare d’embarque­ment.

Reims, le 23 février 1918. La commission municipale

En vertu des ordres de l’autorité militaire, aucune éva­cuation ne pourra se faire dans les communes au nord de la Marne.

Ces ordres devront être distribués demain dimanche 24 fé­vrier, dans la matinée ; l’heure du départ, pour lundi matin 25, est fixée à 4 h.

L’Éclaireur de l’Est, reproduisant son insertion d’hier, rela­tivement à l’évacuation, la fait suivre de cette note :

Communication de la commission municipale.

Ne pourront être autorisés à rester à Reims, que les per­sonnes « indispensables » :

  • pour les services publics ;
  • pour la garde des caves, des usines et de propriétés privées ;

Aucun enfant de moins de 16 ans ne pourra rester, ceux dont les parents ne partiraient pas, seront accompagnés en convoi spécial.

Les partants pourront emporter 30 kg de bagages par tête ; le transport est gratuit jusqu’à destination.

Les mobiliers des personnes évacuées auront la priorité pour l’expédition dans les conditions ordinaires.

—   D’autre part, le journal mentionne, sous sa rubrique : « Le bombardement », plus de 500 obus, dans la journée du 21, entre 14 et 17 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille, sauf un coup de chien de 7 ou 8 bombes tout près d’ici vers 9 h. + 8°. Temps couvert. Via Crucis in Cathedrali à 8 h. matin. Visite du Commandant Comte de Clermont-Tonnerre, celui qui a fait un soir une Conférence aux Chapelains ; il est à Rilly. Visite de Madame Ricou, de Cholet-Angers et de deux autres Dames de Nantes, infirmières à l’ambulance de Sapicourt. 3 h. Bombes sur batteries ; une très bruyante pas très loin de nous. Vers 4 h., visite de M. Guédet, pour l’Association des Amis du Vieux Rheims. Bombardement pendant la visite, un obus tombe sur le bouleau du jardin et le brise ; laboure la pelouse, et fait tomber toutes mes vitres. Plusieurs éclats dans ma bibliothèque, dans les persiennes de la porte. Nous sommes préservés, je ne sais comment, probablement par le mur qui est entre la porte et la fenêtre. « Il ne fait pas bon chez vous »… M. Guédet, et nous descendons à la cave. Nuit assez agitée jusqu’à minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 février

Violentes luttes d’artillerie sur l’ensemble du front, principalement dans les régions de la forêt de Pinon, Chevreux, Californie, Butte du Mesnil, Hartsmannswillerkopf et la Doller.
Sur le front britannique, canonnade vers Saint-Quentin et la route Arras-Cambrai, au sud et à l’ouest de Lens, au sud d’Armentières et à l’est d’Ypres. Les Anglais ont étendu assez sensiblement leurs lignes.
Les forces britanniques ont occupé Jéricho, en Palestine.
Sur le front italien, lutte d’artillerie du Stelvio à l’Astico et particulièrement vive sur certains points du front.
Les batteries de nos alliés ont exécuté des concentrations de feux sur des troupes ennemies, dans les environs de Foza et sur les pentes nord-ouest du mont Grappa. Elles ont combattu énergiquement l’artillerie ennemie dans le secteur val Feanzela-val Brenta. L’adversaire a battu plus fréquemment les pentes sud-est du Montello.
Des explorateurs ennemis ont été repoussés aux Graves.
Une patrouille anglaise a eu un engagement avec un groupe important adverse.
Les journaux officieux allemands disent que l’Allemagne tardera avant de répondre à l’offre de paix russe et qu’elle exigera la Livonie et l’Estonie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Vendredi 22 février 1918

Louis Guédet

Vendredi 22 février 1918                                           

1260ème et 1258ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  La pluie. Très mal dormi, avec de la fièvre. Je suis brisé de fatigue et d’émotions. Ma bonne est malade. Quant à Lise la pauvre fille, je crains bien qu’elle ne soit obligée de partir d’ici. A 10h1/2 je vais au Crédit Lyonnais où nous ouvrons les 6 derniers coffres. La mise en caisse et les scellés se font rapidement. A 11h tout est terminé.

Les 2 agents de la sûreté de Reims arrivent pour accompagner Dondaine jusqu’à Paris. Le Procureur de la République a télégraphié qu’il arriverait à 1h et qu’on l’attende. J’envoie Dondaine et Landréat déjeuner. Je fais prévenir à la maison qu’on ne m’attende pas. A 1h le Procureur arrive. Je lui rends compte de tout ce qui a été fait. Il envoie une dépêche au Procureur de Meaux afin qu’il donne des agents pour assurer la garde du camion cette nuit… Partant à 1h, le camion militaire arrivera à Meaux vers 5h où on couche, et le lendemain il repartira pour Paris vers 7h pour arriver vers 10h, heure à laquelle au Crédit Lyonnais toutes mesures seront prises pour mettre les caisses en coffres-forts.

A 1h1/4 le chargement est fait. Les 2 militaires chauffeurs montent au volant. Dondaine avec les agents de la sûreté à l’arrière avec les caisses. A 1h20 la voiture décolle. Devant le Théâtre l’auto écrase le petit chien noir d’Olza, le pâtissier d’en face. Est-ce « fas » ou « nefas » ??! pour le voyage de ce brave Dondaine !!

Les gendarmes de garde nous quittent ainsi que le représentant du Crédit Lyonnais. Je vais avec le Procureur visiter la Cathédrale qu’il trouve dans un bien triste état depuis qu’il l’a visitée pour la dernière fois. Nous causons très aimablement et je le quitte à 2h devant le Palais de Justice d’où il va à la Mairie pour parler de l’évacuation  de l’État-civil.

Je déjeune rapidement, j’écris un mot à ma chère femme pour qu’elle ait de mes nouvelles quand même et je cours à la Poste rue Libergier où j’arrive juste pour la dernière levée. Je reviens faire mon courrier, et de là vais à la Mairie pour « aller aux nouvelles ». Tout est à l’évacuation ! J’apprends que M. Pizot, secrétaire Général de la Marne est ici avec de Bruignac. Je demande à le voir. Nous causons, lui très aimable avec moi. Il me demande si je désire rester. Je lui réponds affirmativement, ce qu’il comprend. Je lui demande alors qu’on me laisse mes 2 filles dévouées, mais il me laisse entendre que pour Lise ce sera impossible. La pauvre fille a 70 ans, c’est de rigueur à partir de 60 ans. Mais Adèle me restera. Nous allons être bien seuls !… Dans la fournaise et dans l’attente.

M. Pizot me laisse entendre que courant mars la situation sera nettement éclaircie. Dieu l’entende ! et le veuille ! et que nous n’ayons pas tout ce que ces mesures nous laissent supposer et craindre ! Nous causons de choses et d’autres et nous nous quittons très cordialement. Je rentre à la maison mettre un peu d’ordre… chez moi. Je passe chez Bauler pour m’entendre sur l’emballage et l’évacuation de ma vaisselle et de mes verreries et autres objets intéressants que j’avais laissés jusqu’ici. J’aime mieux en finir et avoir l’esprit tranquille là-dessus. Quant à ma cave je verrai Carbonneaux de chez Charles Heidsieck pour sa sûreté. J’ai l’intention de la faire mettre dans les caves de la Maison Charles Heidsieck comme Henri Heidsieck me l’a proposé. Enfin, à la Grâce de Dieu !

Sur ma route je rencontre le Père Griesbach qui m’apprend que le Père Desbuquois a été incommodé par les gaz, et qu’il est encore assez souffrant. Je vais lui écrire demain.

Demain ? De quoi sera-t-il fait ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 février 1918 – L’Éclaireur de l’Est, ce matin, donne connaissance de l’avis suivant, de la mairie :

Évacuation partielle de la ville de Reims.

L’évacuation d’une partie de la population de Reims est décidée. Elle sera exécutée à bref délai et ceux d’entre nous qui devront quitter la ville, seront prévenus individuellement du jour, de l’heure et de l’endroit où des voitures viendront les prendre et les conduire.

Tous les habitants qui doivent ou non quitter la ville, sont donc priés de procéder le plus rapidement possible à un in­ventaire de leurs mobiliers et marchandises, qui devra être porté à la mairie le samedi 23 et le dimanche 24 février, pour être revêtu du visa municipal, en vertu d’une circulaire de M. le ministre du Blocus et des régions libérées du 9 février 1918.

Le maire : J. -B. Langlet

— Bombardement le soir.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 22 – + 4°. Nuit tranquille à Reims. Préparé les restes des Cœurs des Cardinaux de Lorraine et du Cardinal Gousset, pour les expédier à Cormontreuil. A 9 h. soir, bombes tout près de nous, pendant 5 minutes seulement, reste de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 22 février

Au nord-ouest de Reims, dans la région de Loivre, un coup de main ennemi a échoué sous nos feux.
Le chiffre des prisonniers faits en Lorraine, au cours des opérations au nord de Bures et à l’est de Moncel, est de 525, dont 11 officiers.
Assez vive activité d’artillerie de part et d’autre sur l’ensemble du front, notamment dans les régions de Pinon, Vauxaillon, Malmaison, Pontavert, Guyencourt et la butte du Mesnil.
Nos pilotes ont abattu trois avions allemands, contraint deux autres appareils à atterrir dans leurs lignes, gravement endommagés, et incendié un drachen.
Les troupes britanniques ont réussi un raid à l’est du bois du Polygone et capturé quelques prisonniers. L’artillerie ennemie a été active devant les positions de Flesquières.
Les aviateurs anglais ont attaqué de nouveau Thionville et jeté vingt-six bombes sur la gare. Une forte explosion s’est produite et des incendies se sont déclarés. Tous les appareils sont rentrés indemnes.
Les aviateurs anglais ont bombardé également les usines et la gare de Pirmassens, où une tonne de projectiles a été lancée. Tous les appareils sont rentrés.
Les troupes britanniques refoulent pas à pas les Turcs à l’est de Jérusalem. Elles ont progressé de quatre kilomètres et demi sur un front de douze kilomètres.
A l’ouest de Jérusalem, elles ont progressé d’un kilomètre et demi sur un front de six et demi. Elles ont bombardé les campements de la rive gauche du Jourdain.
Les Italiens ont jeté des bombes sur Innsbruck.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Jeudi 21 février 1918

Louis Guédet

Jeudi 21 février 1918                                   

1259ème et 1257ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie la nuit et bombardement avec coups de main sur les faubourgs. Mal dormi avec tous ces soucis. La décision se dessine de plus en plus. Charbonneaux et de Bruignac marchent à fond malgré le Maire. Bref j’estime que ceux-ci prennent une lourde responsabilité, non seulement à l’égard de la Ville et des habitants, mais aussi devant l’Histoire. Ils la (rayé). Enfin la suite et la fin nous dira le reste et la vérité.

Lettre de ma chère femme, à qui j’ai dans ma réponse fait présenter cette évacuation. Pourvu qu’elle ne s’en affole pas ! Je vais à la Ville pour une dépêche au Procureur. Je cause avec l’un avec l’autre, Gesbert, Dramas. Ensuite je file au Crédit Lyonnais où nous ouvrons une 15aine (quinzaine) de coffres. Rien de saillant, sauf que nous pourrons expédier tout sur Paris demain à 1h, d’accord avec le capitaine des automobiles Linzeler. J’envoie au Procureur de Reims à Épernay une dépêche en conséquence pour l’en avertir. Donc demain matin à 10h1/2 ouverture des 6 derniers coffres du Crédit Lyonnais, mise en caisses, scellés, etc… Et à 1h j’assisterai au chargement sur le camion qui ira coucher à Meaux, accompagné de Dondaine séquestre et des 4 inspecteurs de la Police et de la sûreté qui sont mis à ma disposition, et samedi ils repartiront pour Paris… Et d’un !! Je n’aurais plus qu’à attendre les ordonnances pour procéder dans les autres banques.

8h1/4  Une dépêche du Procureur qui me demande s’il est exact que parmi les titres trouvés il y en ait dont les coupons attachés soient menacés de prescription !!!! Là-dessus on peut tirer le rideau !! Quand j’ai vu le Procureur et le Vice-président lundi ceux-ci m’ont déclaré impérativement de mettre en caisse tout ce que je trouverais dans les coffres, sans constat et description, et comme je faisais allusion au passage de leur ordonnance où ils donnaient mandat de saisir toutes pièces qui pourraient intéresser la Défense nationale ou l’intérêt public (crime, vol, etc…) ils avaient émis la prétention que je ne devais pas compulser les papiers. « Or, objectais-je, de 2 choses l’une, où je dois compulser pour voir si je trouverais des papiers intéressant la Défense ou l’ordre public, ou si je ne compulse pas je ne dois rien rechercher dans cet ordre de choses !! » Ils se rendirent à mon avis en me conseillant d’y mettre toute la discrétion possible. Alors comment aurais-je pu regarder sur chaque valeur les coupons échus ou non échus ?!! Je ne chercherai pas à comprendre. Demain mon brave Osmont de Courtisigny va être plaqué par un télégramme…  judicieux et senti.

Rentré en voiture vers 6h du soir. (Rayé).Toujours (rayé). C’est bien triste !! Comme ils paraissent (rayé) !!

Attendons, voyons, regardons, écoutons et…  notons ! Je parie que ce sera encore dans les humbles, le menu peuple que nous verrons les vrais courages, les vrais héroïsmes, les vrais dévouements, les vraies noblesses de cœur et de sentiments. A Dieu vat !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 février 1918 – Nouvelle conférence entre l’administration municipale et les deux officiers déjà venus hier, qui sont : le capitaine d’artillerie Linzeler, détaché de l’état-major de l’armée, pour l’évacuation et le capitaine La Montagne, de l’infanterie ; ce dernier fait partie de la place de Reims.

Au cours de cette conférence, l’évacuation partielle de la po­pulation aurait été décidée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – + 6°. Nuit tranquille à Reims. Combat aux environs, de 4 h. 30 à 5 h. matin. Matinée tranquille à peu près. De 1 h. 30 à 2 h, bombes (sur batteries ?) avec acharnement, jusqu’à 5 h. 15.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 février

Trois coups de main ennemis sur nos petits postes dans la région du bois de Quincy, au nord-ouest de Courcy et dans le secteur de Vauquois, ont échoué sous nos feux.
En Lorraine, au nord de Bures, et à l’est de Moncel, nos détachements ont pénétré profondément et sur un large front, dans les lignes allemandes. Cette opération brillamment conduite, nous a permis de ramener un nombre de prisonniers dont le chiffre dépasse 400.
Dans les Vosges, lutte d’artillerie assez active (région de la Fave).
Quatre avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Un cinquième avion a été détruit par le tir de nos canons spéciaux. En outre, trois autres avions ennemis sont tombés dans leurs lignes, endommagés gravement à la suite de combats.
Sur le front britannique, l’ennemi a tenté un raid, après un gros bombardement, à l’est d’Arleux-en-Gohelle. Ce raid a été complètement repoussé. Un certain nombre d’Allemands ont été tués ou faits prisonniers.
Nos alliés ont réussi une opération de détail au nord de Wytschaete.
En Macédoine, les Serbes ont pénétré dans les positions ennemies sur la Vetrenik.
Canonnade sur le front italien. Des groupes ennemis ont été repoussés, laissant des prisonniers dans le Giudicarie et à l’est du mont Pertica. Une escadrille anglaise a bombardé l’aérodrome de Gosavoi.
Avance britannique en Palestine, au nord de Jérusalem.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

 

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Mercredi 20 février 1918

Louis Guédet

Mercredi 20 février 1918                                           

1258ème et 1256ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps. Bombardement des faubourgs toute la nuit. Pas de nouvelles de mes aimés. A 11h été au Crédit Lyonnais où le travail préparatoire suit son cours. A 3h1/2 j’assiste et procède à l’ouverture des 15 coffres préparés. La moitié de vides, les autres peu importants, sauf un contenant 2 calices avec leurs patères (dans le coffre Compagnons de Bezannes) avec décorations de la Légion d’Honneur Empire, Restauration et République. On ouvre le coffre du secrétaire de Lüling, rien, vide. Le Boche avait pris ses précautions. Attendons à demain l’ouverture de celui du sous-boche secrétaire de Lüling. A 5h1/2 nous avions fini.

Mais par contre le Capitaine La Montagne m’apprend que l’évacuation de Reims est chose décidée et sera mise à exécution lundi ou mardi. On évacuera tous les vieillards de plus de 60 ans, les enfants, les femmes, les indésirables. Toutes les maisons de commerce seront fermées, les services municipaux réduits, les administrations également, avec réinstallation à Paris. Bref nous resterons un embryon de Ville. Notre ravitaillement sera assuré par des coopératives militaires et l’autorité militaire devra y pourvoir. Tout individu restant ici aura une plaque d’identité militaire. Nous serons réduits à notre plus simple expression de façon que si les allemands faisaient une attaque sur Reims nous puissions être évacués en quelques heures. Le sort en est jeté. Je dois boire le calice jusqu’à la lie !! Je reste nécessairement, l’autorité militaire ayant besoin de moi, comme juge de Paix et notaire. Adèle restera, mais la pauvre Lise, ayant plus de 70 ans et de plus étrangère, va être obligée de partir. J’ai écrit à Paul Cousin pour l’en aviser afin qu’avec Mme Mareschal on prenne des mesures pour savoir où je devrais la diriger et la faire hospitaliser… J’aurais tant souffert, toutes les souffrances, les amertumes.

On doit également évacuer les mobiliers des partants à l’exclusion de tous les autres, d’ici le premier avril. Demain j’irai prendre langue à la Ville pour tout cela.

Je signale pour documentation les noms des 4 receveurs  du service d’autobus qui accompagnent chaque voiture à tour de rôle de 2 jours en 2 jours. M.M. Cochenet, Lechat, Legube et Frappart, tous bien dévoués et d’une patience d’anges !!

Que sera demain ? Je suis bien triste, bien las !! Dieu ne m’aura rien épargné !! Rester aussi longtemps ici et voir la ville aussi abandonnée ! Nous nous sommes donc sacrifiés inutilement pour sauver notre cité et ses ruines. C’est dur !! Cruel !! Dieu ! Notre Dame de Reims, ne feront-ils pas un miracle pour sauver notre Ville martyre de ce suprême outrage !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 février 1918 – On lit, dans L’Éclaireur de l’Est, de ce jour :

Pas d’indiscrétions.
Avis aux populations civiles.

Il a été constaté que des indiscrétions d’ordre militaire sont journellement commises par les habitants de la zone de l’armée qui, soit dans leur correspondance, soit dans leur conversation, donnent des renseignements sur les emplace­ments, les numéros, les mouvements, les effectifs ou l’état moral des unités et sur la nature et l’importance d’ouvrages ou de travaux exécutés par l’autorité militaire.

Toute indiscrétion constitue un danger pour la sécurité nationale.

Le Général commandant l’armée avertit la population civile qu’il n’hésitera pas à poursuivre les délinquants.

Toute indiscrétion commise sous quelque forme que ce soit, et notamment par correspondance privée, pourra faire l’objet de poursuites devant le conseil de guerre, conformé­ment à l’article 2 de la loi du 18 avril 1886, ou donner lieu à des arrêtés d’évacuation immédiate à l’intérieur, contre les auteurs.

En tout état de cause, les correspondances renfermant des renseignements d’ordre militaire ne seront en aucun cas acheminées à destination.

— Des officiers viennent à la mairie, conférer avec le maire et l’administration municipale.

Nous apprenons ensuite qu’il est question de faire évacuer plusieurs services de la mairie, au nombre desquels serait la « comptabilité ».

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 20 – -3°. Nuit très tranquille ; tirs allemands sur nos batteries, de 7 h. soir à minuit environ. Reprise à 2 ou 3 h., moins intense. Visite d’un Colonel, envoyé du Président du Conseil, du Ministre de l’Intérieur et du Ministre de la Guerre : faire évacuer le clergé, excepté 5 ou 6 prêtres. Bombes sur batteries, pas loin, de 11 h. à midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 20 février

Actions d’artillerie violentes, au cours de la nuit, dans la région sud de la forêt de Saint-Gobain, dans le secteur de Chavignon, et au nord-ouest de Bezonvaux.
Nos pilotes ont abattu ou gravement endommagé, au cours de nombreux combats, dix-huit appareils allemands. En outre, un ballon captif ennemi a été incendié.
Nos escadrilles de bombardement ont lancé 16000 kilos d’explosifs sur des objectifs ennemis, notamment sur les gares de Metz-Sablons, Forbach, Bensdorf, les dépôts d’Ensisheim, où un violent incendie s’est déclaré, ainsi que sur certains terrains d’aviation.
Les Anglais ont réussi des raids sur trois points différents.
Au sud-est d’Epéhy, les troupes irlandaises ont pénétré dans les tranchées ennemies, vers la ferme Gillemont et ramené des prisonniers.
Au sud de Lens, les troupes canadiennes ont ramené cinq prisonniers.
Plus au nord, les troupes du Lancashire du nord et du yorkshire ont fait, sur un large front, un raid dans les tranchées allemandes dans la partie sud de la forêt d’Houthulst. Un grand nombre d’ennemis ont été tués, vingt-sept prisonniers ont été faits.
Au front italien, lutte d’artillerie sur le plateau d’Asiago et dans le secteur Posina-Astico-Priula.
Des groupes importants d’ennemis ont été dispersés par le feu de l’artillerie. Vicence a été bombardée. Il y a quelques victimes.
Le Soviet des commissaires du peuple a déclaré accepter les conditions fixées à Brest-Litowsk par les empires centraux. Le général Hoffmann, chef d’état-major allemand au front oriental, a demandé à Petrograd une certification du radio qui lui avait été transmis à ce sujet. Un courrier russe a été envoyé à Dwinsk qui a été occupé en même temps que Luck par les Allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

 

 

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Mardi 19 février 1918

Louis Guédet

Mardi 19 février 1918                                  

1257ème et 1255ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Il a gelé très fort. Beau temps mais assez brumeux. Nuit calme, des avions sont passés et repassés, nous avons tiré dessus. Ce matin à 9h été au Crédit Lyonnais où m’attendaient  le Capitaine La Montagne pour l’Armée, M. Legrand pour le Crédit Lyonnais, 2 gendarmes de garde (ils sont 4 à se relever 2 par 2 de 12 heures en 12 heures), le serrurier et Dondaine séquestre et Landréat. On s’est mis à la besogne, il y a 54 coffres à ouvrir. Le premier rien, le 2ème peu de choses, et enfin nous décidons, pour permettre à l’officier et moi de voir à nos autres affaires, de faire préparer par l’ouvrier de l’art les coffres prêts à être ouverts en 4 coups de marteau sur les derniers rivets des portes de chaque coffre.

Rendez-vous à 4h pour l’ouverture, le constat et la mise en caisse du contenu de chaque coffre. Dérangé toute la matinée. Courrier mince heureusement. Je déblaie, je déblaie et m’organise en embryons de dossiers, puisque tout est parti. Encore une nouvelle vie à organiser, si c’était la dernière fois. A la Ville on travaille d’arrache-pied au recensement pour permettre d’évacuer les inutiles. A midi Albert Benoist vient me voir. Il est plutôt pessimiste pour Reims, lui toujours si optimiste !! Cela m’angoisse, tout ce qu’il me dit venant de son gendre, M. de Montrémy (Marcel Waldruche de Montrémy (1875-1972)). On craindrait une offensive sur Châlons, et Reims serait débordé ! Dieu nous épargne cela ! J’aime mieux n’y pas penser.

A la Poste à 3h je ne vois personne. A 4h je vais au Crédit Lyonnais où nous ouvrons 14 coffres, quelques uns vides. Dans l’un un petit sac d’enfant !! Dans un autre 40 ou 50 montres, cesvieilles toquantes ne valant pas 10 F l’une. Çà doit appartenir à un maniaque. Dans une 3ème au moins 100 000 F de valeurs. Dans d’autres de l’argenterie, etc… Nous mettons en caisse, clouons, numérotons chaque caisse du numéro d’un coffre et du coffret sur le dessus et sur le côté droit en haut à gauche 2/18 – 6/9, c’est-à-dire coffre 2, compartiment 18, coffre 6, compartiment 9, et nous ficelons d’une ficelle dont les 2 extrémités sont scellées sur le côté à droite en bas, côté opposé au numérotage, exemple : (3 schémas figurant en annexe) et ensuite on les case dans un coin du sous-sol sous la garde des 2 gendarmes de garde.

Durant ce temps le capitaine que j’ai vu à Épernay vient conférer avec moi pour l’expédition qui ne va pas tout seul. D’abord à la Ville on ne peut me donner d’agent de la sûreté. Gesbert en a télégraphié au Procureur, à qui j’ai également écrit. Ensuite ce capitaine me déclare qu’il ne faut pas compter sur des gendarmes pour accompagner Dondaine durant le transport de Reims à Paris. Bref l’autorité militaire veut, comme toujours, qu’on évacue, mais sans y mettre du sien, au contraire !! Quelle mentalité, je ne cache pas ce que j’en pense à cet officier et au Capitaine La Montagne.

Le soir j’essaie de téléphoner à Épernay, mais impossible. J’enverrai une dépêche demain pour expliquer tout cela. Je rentre à la maison fatigué à 6h3/4 où quelqu’un m’attend. Quelle vie ! Si seulement j’étais sûr que Reims ne sera pas évacué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 février 1918 – Vers 17 h, la Place téléphone à la mairie de faire avertir la population qu’il y a danger de sortir.

Qu’est-ce que cela signifie et que pourrait-il donc survenir de plus dangereux que d’habitude ?

Nous attendons… puis, je m’en retourne tout de même cou­cher rue du Cloître. Nos grosses pièces se mettent à tonner toute la soirée — les 155 alternant avec les 120 — et c’est tout.

— Dimanche matin, nous avions vu venir à la mairie, un gé­néral dont nous ignorions le rang dans le commandement. Aujour­d’hui, nous savons que c’était le chef de cabinet du ministre de la Guerre et nous apprenons qu’un nouveau recensement de la po­pulation va avoir lieu ; des bruits d’évacuation commencent même à circuler.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit tranquille à Reims. – 4°. Beau temps ; de 1 h. à… h., tir actif contre nos batteries. Quelques coups de canons français. Dit la messe ab initio sine candela (c.à.d. à la seule lumière du jour). Vers 7 h. activité de l’artillerie des deux côtés jusqu’à 11 h. ou minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 février

Actions d’artillerie violente dans la région du bois Mortier et de Vauxaillon.
En Champagne, après une vive préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé une attaque sur les positions que nous avons conquises la semaine précédente au sud-ouest de la butte du Mesnil.
Après un vif combat, nous avons rejeté l’ennemi de quelques éléments de tranchée où il avait pris pied d’abord. Des prisonniers sont restés entre nos mains. L’ennemi a tenté une seconde attaque sur le même point. Nos feux ont arrêté les assaillants qui n’ont pu aborder nos lignes. Deux avions allemands ont été abattus par le tir de nos canons spéciaux.
Notre aviation de bombardement a effectué diverses expéditions. Les gares de Thiaucourt, Thionville, Metz-Sablons, Pagny-sur-Moselle, les établissements ennemis d’Hirson et divers terrains d’aviation ont reçu de nombreux projectiles. 13000 kilos d’explosifs ont été lancés et ont provoqué plusieurs incendies et des explosions.
Les Anglais ont repoussé un raid vers Gavrel. Sur le même front les Portugais ont fait quelques prisonniers à Neuve-Chapelle.
Rencontre de patrouilles dans le secteur de Messine.
Activité de l’artillerie ennemie au sud de la route Arras-Cambrai, au nord de Lens et vers Zonnebeke.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 17 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 17 février 1918                                         

1255ème et 1253ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps toujours très froid, journée de soleil. J’ai quitté mes aimés à 5h du matin pour retourner à ma triste vie de sacrifice. A Épernay je trouve M. Lacourt et sa fiancée Melle Monce pour la signature de leur contrat de mariage (Pierre Lacourt (1888-1949) et Marie Monce (1889-1986)). Nous assistons ensemble à la messe de 9h à Notre-Dame, puis nous allons à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay rattaché en 1965 à cette ville) chez Bouquant, 30, rue François-Lasnier (rue Jean-Moulin maintenant) pour signer le contrat. Contrat de guerre !! sérieux, solennel dans sa simplicité !! Ce sont des actes tragiques ! car qui sait si d’ici leur mariage (4 mois) le fiancé ne sera pas tué ! après cela nous revenons à Épernay où j’attends mon confrère Dondaine pour lequel je vais faire une adjudication de matériels de culture, toujours à la Villa d’Aÿ où je puis instrumenter pour les Philippe et Pérard d’Epoye !! Je les revois, pères et fils après 4 ans de Guerre !! Quels souvenirs leurs venues suscitent, les journées de chasses, l’accueil cordial d’un propriétaire Champenois, riche, aisé ! Comme Pérard me l’avouait : « M. Guédet, nous étions trop heureux !! »

Nous déjeunons au buffet, et de là nous filons sur la Villa d’Aÿ tout en devisant l’un sur l’autre sur les événements, le passé de Guerre, les disparus, les survivants, les souffrances, les fuites éperdues devant l’ennemi jusqu’à la bataille de la Marne, tout cela le passé de 3 ans…  l’Histoire d’hier !…

Notre adjudication terminée (2 995 F de vente) nous repartons pour Aÿ où je dîne chez Dondaine avec qui je me concerte pour l’ouverture des coffres-forts encore non-évacués des Banques de Reims. Tout un travail, Dondaine séquestre. J’assiste à l’ouverture des coffres avec un greffier en présence d’un agent de la sûreté et d’un agent de la Banque. Je dois examiner sommairement les papiers trouvés dans chaque coffre et saisir les papiers qui pourraient intéresser la Défense nationale et l’État. Le reste mis en caisse et sous scellés sera évacué sur Paris par les soins de l’autorité militaire accompagné de l’agent de la sûreté, de la Maison de Banque intéressée et de Dondaine séquestre, où là il en fera la remise dans un coffre de la même Maison de Banque. Nous devrons commencer mardi par le Crédit Lyonnais. On estime à 200 les coffres à ouvrir ou fracturer. Du pain sur la planche !! Demain matin à la première heure je verrai le Procureur de la République pour m’entendre définitivement avec lui à ce sujet et régler les questions de détails. Ensuite ouverture du testament mystique Herbaux pour Dondaine et départ pour Reims.

Je quitte Dondaine et sa femme très nerveuse à 8h1/4 et une voiture me ramène à Épernay pour 9h, où je descends à l’Hôtel Moderne !? de nom ? mais comme matériel !!!!… C’est la Guerre.

De quoi demain sera-t-il fait ? Je ne sais. Je ne veux pas le savoir !! Je suis si las ! si triste !! Je rentre dans l’Enfer ! Il parait qu’il y a eu des gaz vésicants place des Marchés à Reims il y a quelques jours !! Quelle triste vie ! Quelle agonie !! Dans laquelle je vais rentrer !!… Mon Dieu protégez un peu mon Robert, ma femme, Marie-Louise, André, Maurice…  et moi-même !! Donne-nous la vie sauve !! et la joie de nous retrouver tous réunis bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 février 1918 – La démarche, auprès du maire, dans la matinée de ce jour, d’un officier général aperçu pour la première fois, a été remarquée par une partie du personnel.

Journée mouvementée. Bombardement sérieux sur le fau­bourg de Laon, en fin d’après-midi. 500 obus à peu près.

Le soir, des aéros boches qui depuis un moment se fai­saient entendre, volant assez bas, laissent tomber sept à huit tor­pilles qui font en éclatant un bruit épouvantable. Pendant l’explo­sion des premières, je me trouvais en pleine obscurité, dans la rue Colbert, venant de quitter notre popote. Je puis me réfugier dix minutes dans une maison, occupée encore là, par d’aimables ha­bitants, M. et Mme Bourgoin puis, n’entendant plus rien, continuer mon chemin vers la rue du Cloître. Les engins sont tombés vers le quartier de la rue Ruinart de Brimont.

Nouveau bombardement ensuite par les pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – -5°. Temps superbe. Nuit tranquille à Reims, mais long combat vers l’est de 3 h. à 5 h. Visite de M. Valentin Briffault, député belge, que j’ai entendu parler à la Société antimaçonnique, Aviateur. Visite d’un général américain. Venu à la maison, rencontré sur le parvis. Visite de M. Abelé. Vers 6 h. 30 à 7 h., avions nous survolent très bas ; bombes d’avions sur la ville ; je descends à la cave ; canonnade jusque vers 9 h. Visite de M. Charbonneaux, adjoint, et de M. Lelarge, au sujet de l’évacuation de Reims : on veut évacuer les enfants, les personnes inutiles ; et ne retenir que 2 à 3 mille personnes, comme gardiens. Nuit tranquille en ville, mais à l’est, fréquents coups de canon, fusils, mitrailleuses. Rue de Cernay, incendie par obus allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 17 février

En Champagne, dans la région de Ville-sur-Tourbe et en Haute-Alsace, au sud de Burnhaupt-le-Bas, nous avons repoussé des tentatives de coups de main ennemis.
De notre côté, au cours d’une incursion dans le secteur de Vauquois, nous avons fait un certain nombre de prisonniers.
Lutte d’artillerie active sur la rive droite de la Meuse, notamment dans la région de Bezonvaux et en Haute-Alsace.
Des avions ennemis ont lancé plusieurs bombes dans la région au nord de Nancy. On signale des tués et des blessés dans la population civile.
Sur le front anglais, les troupes du Lancashire ont réussi un coup de main dans la région de la voie ferrée d’Ypres à Staden. Onze prisonniers ont été ramenés. Les pertes sont légères du côté de nos alliés.
Les batteries allemandes ont été actives du côté de Lens et dans les secteurs de la Bassée et de Wyschaete.
En Palestine, les Anglais ont avancé leur ligne sur un front de six milles et une profondeur moyenne de deux milles de part et d’autre du village de Mukhinas. Ils ont repoussé une tentative ennemie au nord-ouest de Jérusalem.
Un sous-marin allemand a bombardé Douvres.
La Suède a invité le gouvernement de Petrograd à faire évacuer la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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