Louis Guédet

Jeudi 21 février 1918                                   

1259ème et 1257ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie la nuit et bombardement avec coups de main sur les faubourgs. Mal dormi avec tous ces soucis. La décision se dessine de plus en plus. Charbonneaux et de Bruignac marchent à fond malgré le Maire. Bref j’estime que ceux-ci prennent une lourde responsabilité, non seulement à l’égard de la Ville et des habitants, mais aussi devant l’Histoire. Ils la (rayé). Enfin la suite et la fin nous dira le reste et la vérité.

Lettre de ma chère femme, à qui j’ai dans ma réponse fait présenter cette évacuation. Pourvu qu’elle ne s’en affole pas ! Je vais à la Ville pour une dépêche au Procureur. Je cause avec l’un avec l’autre, Gesbert, Dramas. Ensuite je file au Crédit Lyonnais où nous ouvrons une 15aine (quinzaine) de coffres. Rien de saillant, sauf que nous pourrons expédier tout sur Paris demain à 1h, d’accord avec le capitaine des automobiles Linzeler. J’envoie au Procureur de Reims à Épernay une dépêche en conséquence pour l’en avertir. Donc demain matin à 10h1/2 ouverture des 6 derniers coffres du Crédit Lyonnais, mise en caisses, scellés, etc… Et à 1h j’assisterai au chargement sur le camion qui ira coucher à Meaux, accompagné de Dondaine séquestre et des 4 inspecteurs de la Police et de la sûreté qui sont mis à ma disposition, et samedi ils repartiront pour Paris… Et d’un !! Je n’aurais plus qu’à attendre les ordonnances pour procéder dans les autres banques.

8h1/4  Une dépêche du Procureur qui me demande s’il est exact que parmi les titres trouvés il y en ait dont les coupons attachés soient menacés de prescription !!!! Là-dessus on peut tirer le rideau !! Quand j’ai vu le Procureur et le Vice-président lundi ceux-ci m’ont déclaré impérativement de mettre en caisse tout ce que je trouverais dans les coffres, sans constat et description, et comme je faisais allusion au passage de leur ordonnance où ils donnaient mandat de saisir toutes pièces qui pourraient intéresser la Défense nationale ou l’intérêt public (crime, vol, etc…) ils avaient émis la prétention que je ne devais pas compulser les papiers. « Or, objectais-je, de 2 choses l’une, où je dois compulser pour voir si je trouverais des papiers intéressant la Défense ou l’ordre public, ou si je ne compulse pas je ne dois rien rechercher dans cet ordre de choses !! » Ils se rendirent à mon avis en me conseillant d’y mettre toute la discrétion possible. Alors comment aurais-je pu regarder sur chaque valeur les coupons échus ou non échus ?!! Je ne chercherai pas à comprendre. Demain mon brave Osmont de Courtisigny va être plaqué par un télégramme…  judicieux et senti.

Rentré en voiture vers 6h du soir. (Rayé).Toujours (rayé). C’est bien triste !! Comme ils paraissent (rayé) !!

Attendons, voyons, regardons, écoutons et…  notons ! Je parie que ce sera encore dans les humbles, le menu peuple que nous verrons les vrais courages, les vrais héroïsmes, les vrais dévouements, les vraies noblesses de cœur et de sentiments. A Dieu vat !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 février 1918 – Nouvelle conférence entre l’administration municipale et les deux officiers déjà venus hier, qui sont : le capitaine d’artillerie Linzeler, détaché de l’état-major de l’armée, pour l’évacuation et le capitaine La Montagne, de l’infanterie ; ce dernier fait partie de la place de Reims.

Au cours de cette conférence, l’évacuation partielle de la po­pulation aurait été décidée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – + 6°. Nuit tranquille à Reims. Combat aux environs, de 4 h. 30 à 5 h. matin. Matinée tranquille à peu près. De 1 h. 30 à 2 h, bombes (sur batteries ?) avec acharnement, jusqu’à 5 h. 15.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 février

Trois coups de main ennemis sur nos petits postes dans la région du bois de Quincy, au nord-ouest de Courcy et dans le secteur de Vauquois, ont échoué sous nos feux.
En Lorraine, au nord de Bures, et à l’est de Moncel, nos détachements ont pénétré profondément et sur un large front, dans les lignes allemandes. Cette opération brillamment conduite, nous a permis de ramener un nombre de prisonniers dont le chiffre dépasse 400.
Dans les Vosges, lutte d’artillerie assez active (région de la Fave).
Quatre avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Un cinquième avion a été détruit par le tir de nos canons spéciaux. En outre, trois autres avions ennemis sont tombés dans leurs lignes, endommagés gravement à la suite de combats.
Sur le front britannique, l’ennemi a tenté un raid, après un gros bombardement, à l’est d’Arleux-en-Gohelle. Ce raid a été complètement repoussé. Un certain nombre d’Allemands ont été tués ou faits prisonniers.
Nos alliés ont réussi une opération de détail au nord de Wytschaete.
En Macédoine, les Serbes ont pénétré dans les positions ennemies sur la Vetrenik.
Canonnade sur le front italien. Des groupes ennemis ont été repoussés, laissant des prisonniers dans le Giudicarie et à l’est du mont Pertica. Une escadrille anglaise a bombardé l’aérodrome de Gosavoi.
Avance britannique en Palestine, au nord de Jérusalem.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

 

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