Louis Guédet

Lundi 25 février 1918                                   

1263ème et 1261ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux. Ce matin l’évacuation de 6 ou 700 personnes s’est résumée par 90 départs !! Les esprits sont montés. Ajoutez la nervosité de tous. Couru pour trouver à expédier mes affaires afin de laisser partir Adèle et Lise, que je conduirai sans doute jusqu’à Paris… Puis si je ne suis pas pris par les coffres-forts j’irai un peu me reposer à St Martin. En ce moment cela tape fort devant nous. Je suis très déprimé, fatigué, énervé. Tout cela me brise et me tue. J’ai hâte de partir d’ici.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 février 1918 – La mairie est envahie dès la matinée de ce jour, par nombre d’habitants ayant reçu leurs ordres de départ, qui viennent tous solliciter un sursis.

Les capitaines Linzeler et La Montagne se tiennent en perma­nence, dans le cellier de la rue de Mars 6, où sont nos bureaux, pour recevoir ces solliciteurs à tour de rôle, donner rapidement des renseignements ou examiner le bien-fondé des demandes.

Sur un départ prévu pour aujourd’hui de sept cents person­nes, quatre-vingts seulement se sont présentées pour prendre les camions militaires.

Un nouvel avis est publié par L’Éclaireur ; le voici :

A la population.

Les habitants sont avisés que les ordres d’évacuation sont formels. Ces mesures prescrites par le gouvernement de la Ré­publique sont des mesures d’ordre général qui ne s’appliquent pas seulement à la ville de Reims.

Les habitants sont avisés en outre que les magasins d’ali­mentation et le débit vont être fermés et que le ravitaillement ne sera plus assuré que par l’autorité militaire dans quelques magasins municipaux dont la liste sera communiquée à la population.

La commission municipale fait appel au courage et au dévouement de la population de Reims, pour assurer l’exécu­tion des mesures prescrites.

Reims, le 24 février 1918.

La Commission municipale.

Plus loin, nous lisons encore, dans le journal .

Avis.

Un certain nombre de personnes ont répondu par erreur à l’agent chargé du recensement qu’ils n’avaient ni parents ni amis auprès de qui ils comptaient se retirer.

Dans ces conditions, ces personnes seront évacuées par trains complets sur les points désignés par le ministère de l’In­térieur.

Si elles désirent auparavant désigner un point précis où elles seraient sûres de trouver des moyens d’existence, elles sont priées d’en avertir la mairie d’urgence.

Il est bien entendu que de toute façon, Epemay et les communes au nord de la Marne ne peuvent être indiquées comme lieu de résidence.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 25 – Nuit tranquille. + 8°. A 4 h. matin, départ du 1er camion d’évacuation ; concentration et embarquement place d’Erlon. Il devait partir 700 personnes. On dit qu’il n’en est parti que 100, on dit même 80 seulement ; les autres résistent, se cachent. Visite du Général Petit. Visite de M. B. de Mun à 6 h. 45 soir. Bombardement terrible sur batterie ? jusqu’à 6 h. 30 ; reprise jusque vers 7 h. 15. Toute la nuit, à fréquents intervalles, canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 février

Assez grande activité d’artillerie dans les régions de Vauxaillon, de Chavignon, dans le secteur de la butte du Mesnil, et sur la rive gauche de la Meuse.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes au sud de Corbeny est resté sans succès.
En Haute-Alsace, nos détachements ont hardiment pénétré dans Pont-d’Aspach et dans le quartier nord-ouest d’Aspach-le-Bas, où ils ont détruit les organisations allemandes et incendié de nombreux abris. Un ballon captif a été abattu par notre artillerie; nos troupes sont rentrées dans leurs lignes de départ après avoir infligé des pertes à l’ennemi et ramenant une quinzaine de prisonniers et une mitrailleuse.
Sur le front britannique, une tentative de coup de main ennemi a échoué vers Broodscinde.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur de Passchendaele. Des coups de mains sur les postes belges vers Merkhem ont été repoussés.
Sur le front italien, des concentrations de feux des deux artilleries ont eu lieu à l’est de la Brenta et des tirs de harcèlement plus fréquents dans la Giudicaria, sur le plateau d’Asiago et dans la région du Montello.
Un vif échange de fusillade a eu lieu entre des groupes qui exploraient le terrain le long du moyen et du bas Piave. A Capo Sile, une reconnaissance italienne a ramené des prisonniers.
L’Allemagne a adressé aux maximalistes ses conditions de paix qui sont draconiennes et qu’ils ont acceptées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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