• Monthly Archives: mars 2018

Dimanche 31 mars 1918

Louis Guédet

Dimanche 31 mars 1918
Pâques

1297ème et 1295ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Pâques. Triste Pâques. Temps de pluie, maussade, triste, comme tout ce qui se passe actuellement. Le Capitaine Alessandri du 1er Tirailleur est un brave homme, mais fort commun, le type de l’adjudant devenu officier. Ils reviennent de Verdun où ils ont perdu beaucoup de monde. On doit les prendre aujourd’hui ou demain en camion pour les amener au front. Ils ne savent où ! Tout le 20e Corps du reste remonte vers Châlons ou la Somme. Ce capitaine nous a donné le matin du 31. Les nouvelles ne sont pas mauvaises, plutôt meilleures. L’avance allemande parait endiguée, c’est le premier acte du drame, attendons le 2d acte ! Il ne faut pas désespérer. En tout cas je suis de plus en plus convaincu que les allemands jouent leur va-tout en ce moment. Si nous sommes victorieux ce sera la fin des hostilités à brève échéance, à mon sens ! Et cependant il faudrait que nous allions chez eux pour qu’ils sentent ce que c’est que la Guerre, et se rendent bien vaincus !

6h soir  Je rentre de Togny où j’ai vu chez le Docteur Lévêque le Docteur Langlet qui paraissait enchanté de me voir. Nous avons assez longuement causé de Reims. Avec lui Madame Langlet et le Docteur Lévêque. Madame Lévêque était à Gien près de Madame Guérin, femme du nouveau Procureur de la République de Châlons-sur-Marne (Marguerite Liébert (1880-1969), épouse d’Ambroise Guérin (1875-1957)). La Ville de Reims a été évacuée le 25 mars. Ne restent comme Rémois qu’Eloire, adjudant des pompiers de Reims, Marcelot, des Eaux, et Honoré, pompier. Pierre Lelarge est réfugié à Ville-Dommange, Houlon, aux environs de Paris. Les autres un peu partout, la majeure partie des évacués à Lourdes et à Nantes. Le Docteur Langlet m’a bien confirmé que c’était surtout le Général Micheler, Commandant la Ve Armée, qui a demandé et exigé l’évacuation ! Il a pris là (rayé) dont (rayé) une lourde responsabilité. On règlera cela avec lui après la Guerre. (Rayé)!

Nous devons nous revoir ! Il doit du reste me donner des renseignements sur le chiffre des bombardements subis par la Ville pour Mgr Landrieux, évêque de Dijon.

Le communiqué n’est pas trop mauvais, çà se tasse.

Lettre de Robert nous apprenant qu’il part à Fontainebleau pour passer son examen d’Aspirant. Pourvu qu’il réussisse le pauvre enfant.

Lettre de Landréat qui me dit avoir vu Honoré et Marcelot lui apprendre que (rayé) tous ces (rayé). Et dire que nous ne pouvons rien contre ces salauds-là ! Rentré fatigué.

La catastrophe de Paris du Vendredi Saint a eu lieu à St Gervais, rue François Miron, derrière l’Hôtel de Ville.

Courrier posté le 21 mars 1918 à Dijon, et adressé à « Monsieur Guédet Rue des Capucins Reims » Évêché de Dijon

Dijon, le 21 mars 1918

Bien cher Monsieur, puisque vous êtes intrépide à Reims, jusqu’au bout, vous pourriez sans doute, soit en consultant les bulletins de Police, soit par l’Eclaireur, me donner un renseignement dont j’ai besoin pour mettre au point un article sue Jeanne d’Arc à Reims sous les obus.

A la date du 6 décembre 1916, on comptait 468 jours de bombardement effectif : je voudrais savoir le chiffre actuel. On peut bien compter pour ces 16 mois, 300 bombardements de plus, mais un chiffre exact me vaudrait mieux.

Que Dieu vous garde !
Et bien cordialement
Signé † Mgr Landrieux

Joint un fascicule de 20 pages, avec couverture de couleur orangée, « La France et ses Alliés en guerre » Paroles de Témoins, de Mgr Neveux, Édition spéciale de la « Revue Hebdomadaire 8, rue Garancière Prix : 25 centimes. Se trouve collé à l’intérieur une carte de visite au nom de « L’évêque d’Arsinoë, Auxiliaire de S.E. le Cardinal – Archevêque de Reims Hautvillers (Marne) »

Joint l’ « Allocution de Monseigneur l’évêque pour le jour de Pâques », intitulé « La Paix » de Mgr Landrieux. Imprimerie Jobard à Dijon.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 31 – Pâques. Assisté à tous les Offices. Bombes et canons à longue portée de 2 h. à 3 h. 1/2 environ.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 30 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 30 mars 1918
Samedi Saint    

1296ème et 1294ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  St Martin (toujours). Temps couvert, froid mais pas de pluie. Je me suis occupé jusqu’à présent de l’examen des dossiers d’appel pour les allocations militaires. Ces allocations ne sont plus à accorder, mais dues, exigées par les intéressés ! C’est insensé !! Cela nous promet de jolis soulèvements…  et des bagarres après la Guerre quand elles seront supprimées, et comme toujours les plus ardents, les plus violents, les plus exigeants ce sont les gradés, les embusqués, les embusqués des usines de Guerre et les gens dans une situation aisée ! A les entendre nous n’aurions qu’à exécuter sans examen, sans contrôle !! Cela devient scandaleux. S’il fait beau cet après-midi et si je n’ai pas trop de courrier j’irai voir le Maire de Reims le Docteur Langlet qui est réfugié chez son beau-frère, le Docteur Lévêque, à Togny-aux-Bœufs. Je suis bien découragé, écœuré, dégouté. Que faire ? Entreprendre quelque travail, quelque occupation, pour être obligé de l’abandonner peut-être d’un moment à l’autre. Et puis mes deux Grands ?!! A quoi bon !! Semer toujours et ne rien récolter. J’en ai assez.

2h après-midi  Pas de courrier, une lettre ! L’Écho de Paris d’hier donne des nouvelles plus rassurantes, mais toujours graves néanmoins. Ici, la panique, et des tas d’imbéciles qui racontent des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres. C’est à gifler ces gens-là !… Il pleut, et me voilà encore empêché d’aller à Togny voir le Docteur Langlet… Ce manque de nouvelles précises m’agace au suprême degré, surtout en entendant toutes les jérémiades qui se disent autour de moi. Si seulement j’avais encore un peu à travailler, mais rien. Et tout ce que j’attends d’Épernay et d’ailleurs ne vient pas. A Châlons çà doit être la « pagaye », car là est le nœud de tous ces retards et silences. Pourquoi ? Impossible de le savoir… Je me battrais bien contre tout le monde.

On nous annonce des tirailleurs, le 1er Régiment, ce soir. Un capitaine à loger. Peut-être saurais-je quelque chose par ce Alessandri, son nom. Tout de suite on dit qu’ils vont à Reims ! bien entendu ! Pourquoi pas à Constantinople !

4h soir  Le Capitaine des Zouaves vient d’arriver, il parait très commun. Il pleut toujours, impossible d’aller par ce temps à Togny.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon – Paris

Samedi Saint 30 – A l’Office de 6 h. 15 à 9 h. 15 à peu près, pendant l’Office, entendu plusieurs bombes. A 9 h. 30 entendu une bombe pas très loin de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 29 mars 1918

Louise Dény Pierson

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29 mars 1918

Je répondis sur le champ à mes parents leur demandant d’adresser à notre directrice un ordre de retour dans la famille.
Pour être sure que ma missive leur parviendrait sans être interceptée par une de nos maîtresses, je la confiai à une de nos cuisinières qui la mit à la poste.
Trois jours après j’avais la réponse avec un bon de transport pour Paris. Ma valise fut vite faite et le lendemain matin je débarquais gare Montparnasse où m’attendait ma soeur. Je retrouvais avec joie tous les miens. Le temps de me reposer deux jours et j’étais embauchée, « Au lion noir » comme ma mère !

L’image contient peut-être : personnes assises et plein air

Mes souvenirs de guerre à Reims auraient dû s’arrêter là. Pourtant elle n’était pas terminée puisqu’un canon allemand à longue portée « La grosse Bertha » bombardait Paris depuis le S.O. de Laon, à 120 kms de distance.
Les dégâts n’auraient pas été importants si, par malheur, un obus n’était tombé sur le dôme de l’église Saint-Gervais, à Paris, pendant la messe du vendredi Saint, effondrant la voûte sur les fidèles faisant 80 tués et plus de 200 blessés.
Pendant les nuits claires, c’était un autre danger, de gros avions allemands, appelés « Gothas », venaient bombarder la capitale, mais comme leur approche était signalée lorsqu’ils passaient le front, des sirènes sonnaient l’alerte et on avait le temps de descendre
dans les caves, le métro ou les abris. Ils ne vinrent jamais au dessus de Malakoff. Contre le canon, il n’y avait aucune défense possible, ses coups étaient très espacés dans le temps et très dispersés sur la région parisienne, il fallait s’en remettre au destin et à sa bonne étoile. Un seul obus tomba près de Montrouge, un soldat qui arrivait en permission fut tué, ironie du sort, si loin du front.

Ce texte a été publié dans L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson, ainsi que sur une page Facebook dédiée voir : https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Vendredi 29 mars 1918
Vendredi Saint

1295ème et 1293ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps froid avec tempête de vent Sud-ouest, glacial. Il fait réellement froid. Nos soldats sont partis à 5h du matin. Visite de M. le curé de Cheppes – St Martin qui me disait que le Docteur Langlet, le Maire de Reims, était à Togny depuis plusieurs jours. Reims serait donc réellement évacué ? Que ce silence est donc angoissant et douloureux. Je vais aller à Togny aujourd’hui ou demain, je serai fixé.

6h soir  Reçu des nouvelles de Reims, indirectement. La pauvre ville est complètement évacuée de lundi dernier 25 courant. Le sacrifice est accompli. Je reste muet et n’ai le courage de rien dire. Je ne le peux même plus. C’est Dondaine qui me l’annoncé brièvement. Et Melle Payart, ma voisine, qui, allée à Paris passer quelques jours n’a pu rentrer. Sa lettre est du 26. Elle est navrée.

Tout est consommé. La page du martyre de Reims et de ses habitants est écrite, finie ! 25 mars 1918, 1291 jours !! depuis les premiers coups de canon sur Reims !

Qu’en va-t-il advenir ? Dieu seul le sait ! Mais n’est-il pas trop loin, ni trop haut ?! Le juge de Paix de Guerre de Reims a fini sa mission. Il est évacué…  comme tous les autres. Et sa mission est remplie. J’attends de nouvelles instructions du Procureur de la République. Que vais-je faire ? Le Maire de Reims étant à Togny, je vais aller le voir pour me mettre au besoin à sa disposition demain. Ce 25 mars, lundi saint, évacuation de Reims, et départ de notre Jean ! Quelle date ! Et ce pauvre Robert. Pauvres enfants ! Que deviennent-ils ? dans cette tourmente ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi Saint 29 – Assisté à l’Office du matin dans la Chapelle des Sœurs. Reçu proposition de Mgr Pasquier de me retirer à l’Ecole Saint- Aubin à Angers avec Mgr Neveux. Assisté aux Ténèbres. Une bombe lan¬cée de 120 km par le canon allemand la Bertha dans l’église Saint-Gervais, à l’heure de l’Office, 3 h. pendant les Ténèbres. Plus de 75 tués, 90 blessés15.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

La Grosse Bertha ; source : en savoir plus sur-le-canon-grosse-bertha

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Jeudi 28 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 28 mars 1918
Jeudi Saint        

1294ème et 1292ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  Temps vraiment froid, avec vent du Sud-ouest très fort et froid ! Hier nous avions le 69e d’Infanterie qui est reparti ce matin. Le Lieutenant-colonel commandant était à la maison, M. Barthélemy, très gentil, mais pas très encourageant (Albert Barthélemy, commandant le 69e RI du 1er novembre 1917 au 10 juin 1918). Du reste les nouvelles sont plutôt angoissantes. Les allemands sont à Montdidier ! 60 kilomètres d’avance de ce côté, cela compte. Enfin, attendons. Toujours pas de nouvelles de Reims. En tout cas je ne perds pas confiance. Pas de nouvelles des Grands, pauvre Robert, voilà les permissions supprimées et les voilà renvoyé aux Calendes grecques. Je suis toujours fort déprimé…  découragé…  Je ne vois plus clair dans ma situation, et ne sait que faire, que dire, quelle détermination prendre. Je suis comme une vraie machine sans initiative, je vais, je viens, sans but.

Été à La Perrière avec les enfants ramasser des balles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi Saint 28 – Visite de Sr Saint-Sébastien, de l’Enfant-Jésus. L’Adoration Réparatrice brûle à Châlons. Châlons bombardé quatre jours et nuits de suite. On évacue la ville. Visite du Cardinal Amette. Invité par lui à dîner lundi à midi, et aux Prières à Saint-Etienne-du-Mont à 4 h. La Supérieure de l’Enfant-Jésus de Reims se retire avec ses Sœurs au château de Courtalain qui peut loger 60 personnes, offert par M. de Goûtant Biron. Visite de M. Berrard et de M. Pinel. Visite de M. Letourneau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

 

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Mercredi 27 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 27 mars 1918
Mercredi Saint

1293ème et 1291ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a gelé très fort cette nuit, bombardement probable sur Châlons. Pas un seul train n’est passé cette nuit sur la ligne. Qu’y a-t-il ? Aucunes nouvelles du dehors. C’est bien angoissant. Pas de nouvelles de Reims ! Et ce pauvre Robert, va-t-il tout de même venir ? Je le désire pour ce pauvre enfant qui n’a réellement pas de chance avec cette permission. Enfin, attendons.

6h soir  Pas de courrier, pas de journaux. Eté avec Marie-Louise et André à la Voie des Vaches pour voir à la lorgnette les incendies de Châlons que nous avons bien vus. Vers Baconnes, Mourmelon, j’ai vu des éclatements de gros obus très bien. Quantités de trains passent, chargés d’infanterie. Le canon tonne toute la journée vers les Monts et Tahure, Massiges. Triste journée. Comme je revenais de Cheppes un gendarme qui était à Reims, et qui est maintenant à Vitry-la-Ville, m’affirmait que l’agent de Police Cardot, de Reims, était à Cheppes, et lui avait dit que Reims était complètement évacué. Je l’ai prié de le voir et de m’en informer demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

27 mars 1918 – Nous voyons arriver dans nos bureaux, 19, avenue de l’Opé­ra, les collègues des services réduits de la mairie, restés après nous à Reims, qui ont été évacués dans la matinée d’avant-hier. Les quelques pompiers qui se trouvaient là-bas, comme comptant toujours au bataillon de la ville, viennent aussi en groupe, l’après-midi. Des Rémois, désireux de connaître l’installation provisoire ou ayant des renseignements à demander avant de continuer leur voyage de réfugiés, sont passés également depuis hier et nous étions très heureux de nous retrouver, entre concitoyens.

Les uns ou les autres nous ont donné les détails que nous étions curieux de connaître sur l’exode des derniers partants, parmi lesquels étaient Son Éminence le cardinal Luçon, Mgr Neveux, etc. On nous fait savoir, de plus, que seuls sont demeurés sur place, l’adjudant Eloire, des sapeurs-pompiers et Marcelot, le chef-fontainier du service des eaux, qui ont été rattachés tous les deux, comme mobilisés, au détachement des pompiers de Paris.

La ville de Reims, est maintenant complètement vide de civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon – Paris

Mercredi 27 – Visite à S.E. le Cardinal de Paris, à M. Denys Cochin. Visites de Madame Desmarets, de Mlle Labarre. Il n’y a rien eu de nouveau à Reims hier – M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 27 mars

La bataille a continué avec violence, l’ennemi multipliant ses attaques sur tout le front de Noyon à Chaulnes.
Notre artillerie, bien établie dans la région de Noyon, appuie efficacement notre infanterie dont la résistance et les fréquentes contre-attaques retardent la poussée des Allemands en leur infligeant des pertes élevées.
Noyon a été évacué pendant la nuit, dans le plus grand ordre. Nous tenons solidement la rive gauche de l’Oise.
Sur la partie britannique du front, des combats excessivement violents se sont déroulés toute la journée au sud de Péronne, ainsi qu’au sud et au nord de Bapaume.
Dans ces deux secteurs, l’ennemi, attaquant les positions anglaises, a mis en action de nombreuses troupes fraîches.
Nos alliés, en dépit de leur valeureuse résistance, ont dut céder du terrain.
L’ennemi occupe Nesle et Bapaume et de très durs combats se poursuivent.
Les aviateurs britanniques ont jeté plus de 1700 bombes sur les docks de Bruges, la gare d’Aulnoye, un camp au sud-est de Cambrai, des pièces à longues portées et des renforts ennemis.
Quarante-cinq avions allemands ont été abattus et vingt-deux contraints d’atterrir désemparés.
Des raids ont été opérés sur la gare de Cologne, sur celles de Luxembourg, de Courcelle, de Metz, enfin sur celle de Thionville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mardi 26 mars 1918

Louise Dény Pierson

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26 mars 1918

Tout le personnel caviste de Reims avait été regroupé à Épernay où les négociants en champagne leur offrait un emploi sur place, mais puisque la rupture était faite, mes parents préférèrent venir à Malakoff près de ma sœur ainé, de mes deux petites nièces et de nos amis Mavet. Sage décision puisqu’ils y trouvèrent un accueil chaleureux, un logement confortable et du travail immédiatement. Mon père chez les Cohen, épiciers en gros plus connus sous le nom : « Au planteur de Caïffa » et ma mère au « Lion noir » à Montrouge.

Ce texte a été publié dans L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson, ainsi que sur une page Facebook dédiée voir : https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mardi 26 mars 1918                                                      

1292ème et 1290ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 soir  Nuit calme. Le froid se fait sentir, le vent de Nord-Est est fort aigre. Rien de saillant. Pas de courrier de Reims. Les journaux continuent (ceux d’hier : nous sommes toujours en retard d’un jour ici) a annoncer une attaque formidable sur le front anglais. Pourvu qu’il tienne, ce que je crois ! du reste et que les allemands s’épuisant se déclarent vaincus. Du moins le Pauvre Reims aura peut-être espoir de ressusciter de ses ruines. Jean est parti hier, cela m’a fort attristé et atteint. Lettre de Robert ce matin du 22, nous faisant espérer sa prochaine arrivée. Je le souhaite. Pourvu que sa permission ne soit pas retardée « sine die » à cause des événements !

Je vais aller porter mes lettres à Songy. Peut-être aurais-je la chance d’avoir un journal d’aujourd’hui.

5h soir  Eté à Songy avec André pour porter à la Poste un colis contenant la lampe de poche de Jean. Profité pour donner les chaussures de Maurice à ressemeler. Le cordonnier, un brave homme émigré de Tahure, habite une ruelle qui porte le nom de Pinteville, les anciens seigneurs de Cernon-sur-Coole qui étaient apparentés aux seigneurs de Songy, les de Lannoy, famille de marins. Repassé par les prés, et près de la ligne de chemin de fer près du moulin à eau de Songy. Bock mon vieux chien m’a tenu en arrêt sous un tas de branches un putois ! Que n’avais-je mon fusil, en plein pré sur un espace de 200 mètres ! Quelle culbute il aurait fait.

Beaucoup de trains d’artillerie lourde et de mortiers remontent vers Châlons. Pas de nouvelles du front britannique. André est allé à Vitry-la-Ville voir s’il trouverait un journal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon – Paris

Mardi 26 – Arrivée des Sœurs, 36 rue d’Ulm, d’Ephrem vers 10 h. A2 h. visite de M. Letourneau. Écris au Général Franchet d’Esperey, pour la villa d’Hautvillers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 26 mars

Les troupes françaises ont commencé à intervenir dans la bataille en cours sur le front britannique.
Elles ont relevé une partie des forces alliées et pris la lutte à leur compte sur ce secteur du front.
Elles ont disputé pied à pied la région boisée de Noyon aux Allemands, ceux-ci amenant sans cesse des forces nouvelles. Nous avons exécuté de vigoureuses contre-attaques en infligeant à l’ennemi de lourdes pertes.
Un combat acharné a eu lieu autour de Nesle, qui a été perdu et repris plusieurs fois.
Lutte d’artillerie en divers points du front. Reims a reçu 1.375 obus.
Sur toute l’étendue du front britannique, de nouvelles attaques se sont développées en grande force.
Au sud de Péronne, l’ennemi était parvenu à franchir la Somme en plusieurs points entre Licourt et Brie. Il a été rejeté sur la rive est.
Par ailleurs, l’infanterie allemande n’a atteint les tranchées de nos alliés qu’en un point d’où elle a été aussitôt rejetée.
Les Anglais ont largement progressé de l’autre côté du Jourdain.
Le roi du Hedjaz a remporté de nouveaux succès sur les Turcs.
Sur le front italien, on ne signale que des opérations secondaires, mais il s’opère une grande concentration de forces autrichiennes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 25 Mars 1918

Louis Guédet

Lundi 25 mars 1918                                                       

1291ème et 1289ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps. Châlons encore terriblement bombardé. Dans une seule maison 39 victimes (Effondrement de l’immeuble du 3, rue Titon lors du bombardement aérien dans la nuit du 23 au 24 mars 1918, 42 victimes au total). Jean est parti à 6h, le pauvre enfant, que Dieu le garde et le sauve !! Je suis bien triste, bien désolé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

25 mars 1918 – Aujourd’hui, la pièce de canon à très longue portée a com­mencé à tirer sur Paris, à partir de 7 h. On sait maintenant que c’est bien d’une distance de 120 à 130 kilomètres qu’elle envoie ses obus.

Ce nouveau genre de bombardement, qui sévit dans la jour­née, depuis le 23, a nécessité, de la part des autorités chargées du maintien de l’ordre public, la création rapide d’une troisième alerte ; celle-ci est donnée par des agents battant le tambour dans les rues. On a distribué des caisses dans les différents postes de police des quartiers et c’est ainsi — par l’alerte n° 3 — que les habitants sont prévenus que la Bertha, car on l’a déjà baptisée de ce nom, est en train d’envoyer ses projectiles.

Nous avons vu ce matin, me Censier, un gardien de la paix, rabotant si mal sur la peau d’âne, qu’on aurait cru entendre un gamin jouant pour la première fois avec ses étrennes. Il n’avait pas l’air très fier de remplir, en public, ce rôle assez grotesque d’apprenti-tapin et, ma foi, je me mettais à sa place.

Un journal humoristique n’a pas attendu longtemps, d’ailleurs, pour blaguer la trouvaille. En première page, cet illustré repré­sente, dans un dessin parfait, deux grosses commères en conver­sation, dans un faubourg, se retournant au passage d’un flic en train de jouer de la clarinette. La légende tient en deux lignes. Sur la première, un seul point d’interrogation « ? », suffisant pour faire deviner la question posée par l’une des deux femmes à sa voisine, c’est-à-dire à peu près : « Qu’est-ce que c’est que cela ? » et dessous, la réponse : « C’est l’alerte n° 32, pour les bombardements par pi­geons voyageurs ! ».

Jusqu’à présent, il n’y a cependant, officiellement, que trois alertes, et cela paraît déjà beaucoup.

Sur la fin de la journée, nous apprenons que l’autorité mili­taire ayant décidé l’évacuation totale de la ville de Reims, a, dans la nuit du 24 au 25, fait donner l’ordre à toute la population civile restante, d’avoir à partir, sans rémission, le 25 mars, pour midi.

A la suite de cette définitive injonction, le maire lui-même et l’administration municipale, après avoir tenu stoïquement, simple­ment, après avoir couru journellement et pendant trois ans et demi de réels dangers pour la sauvegarde des intérêts de leurs adminis­trés, ont dû tout abandonner…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 25 – Annonciation – Lundi Saint – Dernière messe à Reims. Obus pleuvent dans la cour, frappent nos persiennes. Ephrem éclate en sanglots en répondant : « Ad Deum qui laetificat juventutem meam. » Fracas tel qu’on est obligé de refermer les persiennes de l’oratoire à cause des éclats et des débris qui pleuvent dans la cour. Mgr Neveux avertit le Bon Pasteur, y dit la dernière messe, enlève le St-Sacrement. M. Compant voulant aller en faire autant chez les Petites Sœurs de l’Assomption en est empêché par le bombardement. A 8 h. un camion vient enlever le mobilier pour (le wagon destiné à) Meaux. Automobile emmène nos effets accompagnés par Ephrem. A 8 h. on vient enlever le mobilier pour le wagon destiné à Meaux. A 9 h. Visite du Capitaine Linzeler. A 10 h. Visite du Général Petit. 11 h. dîner. 11 h. 45 départ des Sœurs. Midi départ de Mgr Neveux et de moi. Maison fermée. Les oiseaux des voisins étaient dans des cages dans la cour, on leur ouvre leurs cages. Le chat est mis à la porte dans la rue, malgré lui ! – Arrivée à Épernay en automobile fournie par le Général Petit. 1 h. Visite à M. le Cte Jean Chandon. Arrivée à Paris à 5 h. 30 environ. Les bonnes Sœurs vers 1 h. dans les autocars municipaux de Reims. Arrivent à Épernay et à Paris vers 8 h. soir sont bien reçues, nourries et hébergées pour la nuit à la Cantine de la gare, avec les Sœurs de l’Enfant J

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

© Archives Municipales de Reims/Bibliothèque Municipale de Reims/Collection privée Marius Poirier/BDIC Fonds Valois /Pathé Gaumont/Gallica BNF


Lundi 25 mars

Sur le front britannique, la lutte continue avec la plus grande intensité tout le long de la Scarpe.
Au sud et à l’ouest de Saint-Quentin, les troupes britanniques établies sur de nouvelles positions, ont été attaquées avec violence par l’ennemi. De puissants assauts ont été repoussés vers Jussy, avec de fortes pertes pour les assaillants.
Dans la partie nord du front de bataille, les Allemands se sont portés à l’attaque avec une extrême énergie et sans tenir compte de leurs pertes. Nos alliés ont conservé leurs positions sur la majeure partie du front, à la suite d’une lutte violente et prolongée. Les troupes ont montré une belle vaillance dans les combats qui se sont livrés sur ce front et immédiatement au sud.
L’armée anglaise est en liaison avec 1’armée française.
Nos alliés ont abattu vingt-sept avions allemands et contraint vingt autres de ceux ci à atterrir, désemparés. Ils ont jeté 14 tonnes d’explosifs sur des cantonnements et dépôts de munitions.
Sur notre front, les Allemands ont échoué dans un coup de main au sud de Juvincourt.
Lutte d’artillerie assez vive dans la région du bois Le Prêtre et dans les Vosges vers la Fontenelle et l’Hartmannswillerkopf.
Nos aviateurs ont jeté 16000 kilos de projectiles sur des établissements, cantonnements et gares de la zone ennemie, où de graves dégâts ont été constatés.
Les Anglais, en Palestine ont traversé le cours du Jourdain.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 24 mars 1918

Louis Guédet

Dimanche 24 mars 1918
Dimanche des Rameaux                            

1290ème et 1288ème jours de bataille et de bombardement

3h soir  Les Rameaux ! Temps magnifique, mais tristes Rameaux. Jean part demain et nous ne savons quand Robert viendra maintenant ! Peu de lettres ! Une du Chef de cave de Charles Heidsieck, Carbonneaux, qui m’annonce que mes vins sont transportés de la rue de Chativesle dans les caveaux de leur Maison de Champagne Heidsieck, 46, rue de la Justice ! et que le tout sera muré avec leurs vins ! Je suis du moins assuré de leur préservation contre les obus. Reste le pillage ! et l’occupation de Reims par les allemands ! Enfin ! À la Grâce de Dieu ! La bataille fait toujours rage sur le front anglais parait-il ! Gare au nôtre et surtout à Reims. Pas de nouvelles de mes 2 bonnes de Reims ! Quelles indolentes et endormies.

Lettre de Melle Sophie Maubeuge (1842-1925) qui revenait sur la petite table Louis XVI quelle m’a donnée, me dit que cette table a une histoire, elle aurait été le témoin de controverses religieuses vers 1848 qui aurait assuré une conversion sensationnelle vers cette époque, et l’amie qui le la leur a donnée (a actée à sa sœur Marie décédée), a exigée d’elle que cette table soit transmise par elle à une famille chrétienne et ainsi de suite ! Dont acte ! Je lui demanderai toute cette histoire à notre prochaine entrevue !

Voilà toute ma journée jusqu’ici. Je suis toujours bien délabré moralement et physiquement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

24 mars 1918 – A 6 h 45, les sirènes donnent encore l’alerte.

Aujourd’hui, certains journaux parlant des détonations entendues pendant toute la matinée d’hier, samedi 23, révèlent qu’il s’agissait d’un bombardement effectué par une pièce à très longue portée, tirant sur Paris, d’une distance de 120 à 130 kilo­mètres.

Cette nouvelle sensationnelle paraît tellement invraisemblable qu’elle trouve peu de créance d’abord. Du reste, à côté de la même information, d’autres journaux donnent déjà le récit de leurs rédacteurs, après interview de sommités — savants et techniciens. Il en est qui mettent en doute, d’autres qui nient même la possibi­lité de pareille réalisation… mais alors, cela donnerait sérieusement matière à réflexion, oh oui ! car on a précisé que ce sont bien des obus qui sont arrivés depuis hier ; mes oreilles ne m’avaient pas trompé.

Par conséquent, si les Boches peuvent bombarder Paris avec leur artillerie, il faut qu’ils s’en soient approchés bien près… 15 à 20 kilomètres au plus, pour l’atteindre avec des obusiers… et on ne s’en doutait pas !

Comment ! ce n’est pas possible, les journaux seraient parve­nus à nous bourrer le crâne à ce point… Et les communiqués, alors !

Il faut se rendre à l’évidence un peu plus tard, en fin de jour­née, lorsqu’apparaissent les dernières éditions, avec quelques ren­seignements exacts sur ce bombardement extraordinaire ; le scep­ticisme ou l’étonnement de beaucoup deviennent alors de la stu­péfaction.

On veut expliquer que les Boches se sont ingéniés surtout à frapper le moral de la population parisienne avec leur surprise ; en ce cas, ils ont réussi. Il faut convenir, tout de même, qu’elle est de taille…

Les premiers projectiles sont tombés hier vers Pantin ; il y a eu des victimes ensuite près de la gare de l’Est. Le tir se faisait régulièrement, à la cadence d’un obus tous les quarts d’heure.

Aujourd’hui, un obus, entre autres, est tombé au lycée Louis-le-Grand à 12 h et l’alerte annoncée ce matin, a duré toute la jour­née, la berloque n’ayant été sonnée qu’à 16 h 45.

Nuit du 24 au 25 mars 1918

Alerte encore, la nuit passée ; le bruit des sirènes fortement amplifié et prolongé déchirait l’air, lugubrement, à 1 h du matin.

Ces alertes répétées, coup sur coup contribuent pour une bonne part à augmenter l’émoi général. Je crois avoir constaté une certaine nervosité collective en bien des endroits. Il est évident qu’en de mauvais jours, comme ceux que subit Paris actuellement, les habitants qui ne peuvent pas conserver leur sang-froid, sont à plaindre sincèrement ; au surplus, la crainte inconsidérée est cer­tainement contagieuse.

Le signal à peine donné, j’entendais un beau branle-bas, dans l’immeuble où l’hospitalité m’a été cordialement offerte, en atten­dant que je puisse m’installer rue Lecouibe 281. De tous côtés, des pas précipités, puis l’irruption sur les paliers, les dégringolades successives dans les escaliers… enfin, avant que la porte de l’ap­partement soit refermée, des appels qui m’étaient personnellement adressés, puisqu’on ne m’entendait pas bouger : « Les sirènes ! A la cave ». Au bacchanal succédait un calme relatif pendant lequel je ne tardais pas à m’assoupir, car j’ai encore bien des nuits blanches passées à Reims à rattraper… mais d’autres sirènes relançaient alors leurs cris douloureux, soulignant à nouveau que les habitants de la capitale doivent être prévenus, en cas de danger.

Le vacarme totalement apaisé, je songeais, à moitié rendormi : « Comme genre d’avertissement, c’est trouvé ; avec cela, on fait comprendre aux Parisiens qu’ils sont bien gardés, seulement, il y a de quoi leur donner mal au ventre à tous, avant la première explo­sion, si elle doit se produire. »

…Le lendemain, j’apprenais, en famille, que l’alerte de la nuit avait été lancée pour rien, encore une fois ; il n’y avait heureuse­ment pas eu de Gothas, mais tous les locataires de la maison avaient passé une heure environ à grelotter dans la cave, en atten­dant la berloque, par laquelle le public est informé qu’il peut être tranquille, qu’il n’y a plus à craindre.

Et cela me rappelait tout de même notre triste existence à Reims, sous la menace continuelle d’autres dangers… avec cette différence toutefois que là-bas, les descentes à la cave étaient tou­jours motivées par les arrivées des premiers projectiles qui, eux tenaient véritablement lieu, en même temps de signaux d’alarme. Les Boches seuls, se chargeaient de nous alerter — et jamais à faux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – Rameaux – De 3 h. à 5 h. légale, violent bombardement. Des traces d’éclats sur les murs maison Miltat, sur le banc devant mon perron. Visite du Capitaine de la Montagne. 8 h. télégramme m’annonçant la visite d’un officiel. Je devine que c’est l’annonce de notre évacuation14. Préparation du départ, toute la nuit. Les Sœurs font des caisses et emballent. J’attends l’officier, il arrive vers minuit 30. Il faudra partir demain. A 8 h. camion pour effets ; dans la matinée automobile pour moi et Mgr Neveux. Je me couche à 2 h. Nuit terrible. Bombardement entre artilleries et sur la ville. Les Sœurs ne se couchent pas, préparent les bagages.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 24 mars

La lutte d’artillerie s’est poursuivie avec violence sur toute l’étendue du font de bataille germano-britannique.
De puissantes attaques effectuées par des masses considérables d’infanterie et d’artillerie ont rompu le système de défense anglais à l’ouest de Saint-Quentin.
Les troupes de nos alliés, dans cette partie du front, se sont repliées en bon ordre à travers la région dévastée, sur les positions préparées à l’ouest.
Dans la partie nord du front de bataille, les troupes britanniques ont maintenu leurs positions.
Sur le front français, bombardement intermittent et assez violent de nos premières lignes et de nos arrières au nord du Chemin des Dames, dans la région de Reims et en Lorraine.
Un coup de main ennemi à l’est de Loivre est resté sans succès.
Rencontre de patrouilles au nord de la cote 344.
En Woëvre, dans la région de Plelerey, les Allemands ont prononcé une attaque, qui a été dispersée par nos feux. L’ennemi a subi des pertes sensibles et laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur le front italien, vif échange de fusillade entre les avant-postes de nos alliés et des groupes explorateurs ennemis au nord de la vallée de Ledro et dans le val Lagarina et entre patrouilles dans l’îlot de Folina et à l’est de Cavazuccherina. 
Les avions italiens ont bombardé les voies ferrées du val Lagarina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

 

 

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Samedi 23 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 23 mars 1918                                                   

1289ème et 1287ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Brouillard épais le matin et ensuite journée radieuse de printemps. Les journaux paraissent annoncer enfin la grande offensive allemande sur le front Anglais (sur 80 kilomètres de front). Que ce soit vrai et que ce soit enfin chose décidée et finie. Au moins on sera fixé ! Châlons a encore été extrêmement bombardé cette nuit, le centre, rue Grande Étape et vers la Gare et Ste Pudentienne.

Notre 44e Bataillon de Chasseurs à pied nous quitte demain matin. Ils ne paraissent pas gais les pauvres Chasseurs, ils vont sans doute au front. Pas de nouvelles de Reims. Labitte notaire à Verzy m’écrit pour me prévenir, comme Président intérimaire, qu’il a évacué ses archives et minutes à Aÿ chez M. Vigot (Charles Henri Vigot (1854-1923)) et M. Aubriet (Charles Maurice Aubriet (1873-)), et me prie d’en avertir le Procureur de la République. C’est fait. Il m’annonce que son fils a quitté Fontainebleau et rentre au 61e où il va retrouver mes enfants. J’en suis heureux pour les Grands.

Un incendie à Songy. J’ignore chez qui. Fait mon courrier, rien de bien saillant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 mars 1918 –  A 9 h, les sirènes font entendre, de tous côtés, leurs hurle­ments sinistres. C’est une alerte, car on est prévenu, à Paris, de l’éventualité d’un bombardement.

Les Zeppelins ayant fait des victimes, des mesures ont été pri­ses et les pompiers, lors d’une nouvelle approche des dirigeables ennemis, donneraient l’alerte appelée n° 1 ; l’autre, n° 2, que nous entendons, est spéciale en cas d’incursion possible des aéros bo­ches, — désignés tous sous le nom de Gothas — quand leur pas­sage, en direction de la capitale a été signalé. L’arrivée de ces vi­lains oiseaux est à juste titre particulièrement redoutée, les Gotbas ayant également semé la mort à diverses reprises.

Hier soir, à 20 h 1/2, il y a eu déjà alerte n° 2… mais pour rien.

Ce matin, cependant, on a aperçu de temps en temps des détonations et c’est curieux, dès la première entendue, une pensée m’est venue instinctivement : « Tiens ! un obus1‘. Le même bruit éloigné s’étant répété, il me semblait reconnaître encore des écla­tements d’obus. Nous avons eu l’oreille suffisamment exercée, à Reims, pour distinguer l’arrivée d’un projectile et ne pas confondre son explosion avec celle d’une bombe d’avion.

Mon fils aîné, Jean, était depuis quelques jours auprès de moi. Bon pour le service armé et susceptible d’être appelé sous peu, avec la classe 19, il était venu à Paris pour me faire ses adieux. Je l’accompagnais aujourd’hui à la gare d’Austerlitz, où il se proposait de prendre le train à 10 h 13, pour rejoindre ma famille et nous avions la surprise de trouver la gare fermée à tout trafic : celle d’Orsay l’était aussi, — un avis nous apprenait que des trains pré­cédents n’étaient pas partis.

Il nous fallait donc attendre, sur les quais, la fin d’un état de choses que nous ne nous expliquions pas, tandis que l’écho de fortes détonations, très espacées, nous prenait toujours. Des aéros évoluaient bien, mais à une hauteur ne permettant pas de voir, à distance, si réellement ils bombardaient ; ils étaient d’ailleurs diffi­cilement identifiables.

A vrai dire, nous ne savions que penser.

Enfin, les grilles de la gare ayant été rouvertes, Jean pouvait prendre le train pour Châteauroux à 13 h et je devais regagner à pied l’avenue de l’Opéra, le métro, dont la circulation avait été arrêtée, s’étant seulement remis en marche à 16 h 45, après la fin de l’alerte, annoncée par la berloque à 16 h 1/4.

A 20 h 45, nouvelle alerte, par les sirènes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 5°. Nuit assez tranquille au centre de la ville. De 4 h. à 5 h. vrai (?) très violent combat, surtout du côté allemand. Visite à Rœderer. Violente canonnade allemande par intervalles pendant environ 3 heures. 3 h. Visite du Capitaine qui s’occupe des soldats qui ont travaillé à la cave, à nous faire une issue. Visite de M. Pierre Abelé. Trouvé une fusée – bouchon – non explosée, disent les soldats, et charge fulminate.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 mars

Nous avons repoussé de forts coups de main ennemis au sud de Juvincourt, dans le secteur du Godat, au nord de Courcy et au nord de l’Aisne. Sur ces deux derniers points, les détachements ennemis ont été rejetés de nos éléments avancés, après un vif combat qui leur a coûté des pertes sensibles.
En Champagne, une tentative ennemie, à l’ouest du mont Cornillet, a également échoué.
Les Allemands ont jeté des bombes sur Compiègne. Une escadrille qui venait sur Paris, où l’alerte était donnée, a rebroussé chemin.
Les Allemands ayant attaqué les secteurs britanniques sur un front de 80 kilomètres, la bataille s’est développée avec violence. Nos alliés ont maintenu l’ennemi sur ses positions de combat.
Ces pertes allemandes ont été d’autant plus graves que l’adversaire se présentait en rangs plus serrés.
En Mésopotamie, les Anglais ont pris, à Hit, des magasins turcs qui renfermaient une grande quantité d’armes et de munitions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 22 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 22 mars 1918                                               

1288ème et 1286ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Brouillard intense ce matin, ensuite beau temps mais froid. Cette nuit à 11h1/32 nous sommes réveillés par 2 bombes d’avions qui ont été lancées entre Vitry-la-Ville et Cheppes, juste en face de la Croix de Pierre, à la limite des 2 territoires, près du petit ponceau (petit pont à une seule arche) dans la prairie. Ils visaient certainement la ligne de chemin de fer. Châlons a été arrosé à 3 différentes reprises durant 3 heures. Pas de victimes, peu de dégâts. Tout le monde ici est émotionné ! Pas de nouvelles de Reims qui, d’après l’Eclaireur de l’Est, est fortement bombardé, avant-hier 70 000 obus dit-il ! On annonce de fortes attaques sur le front anglais. Jean est allé voir avec Maurice les trous de ces 2 obus ! Travaillé toute la journée. J’ai beaucoup à faire. Toujours pas de Robert qui craint que sa permission soit encore retardée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 22 – + 5°. Via crucis in Cathedrali 8 h. légales. Visite du Dr Cochemé qui m’invite à visiter l’ambulance de Pargny avec Mgr Neveux. Accepté. Journée agitée ; avions ; canonnades réciproques.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 22 mars

Au nord de l’Ailette, nous avons réussi un coup de main sur les lignes ennemies aux abords de Boucouville et ramené une dizaine de prisonniers. Vers la fin de la nuit, bombardement intense et soutenu des secteurs au nord et au sud-est de Reims, ainsi qu’en divers points du front de Champagne.
Dans cette dernière région, les Allemands ont prononcé plusieurs tentatives qui sont restées infructueuses, notamment dans le secteur des Hurlus, dans la région de Souain et vers la route de Saint-Souplet.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement de nos positions a pris une grande ampleur et a été suivi d’une forte attaque entre le bois des Caurières et Bezonvaux.
Après un violent corps à corps, nos troupes ont rejeté l’ennemi des quelques points où il avait pénétré au premier abord. Des prisonniers sont restés entre nos mains.
En Lorraine, les Allemands ont subi un échec dans la région de Nomény. Leurs détachements d’attaque ont été repoussés avec des pertes sérieuses sans aucun résultat.
Nous avons fait une incursion vers Armancourt et ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, l’ennemi a déclenché un violent bombardement sur toute l’étendue de la ligne au sud de Saint-Quentin à la Scarpe.
Nos alliés ont réussi un coup de main vers Saint-Quentin.
Un raid naval ennemi devant Dunkerque a été repoussé par la flottille franco-anglaise. Les Allemands ont perdu quatre torpilleurs ou contre-torpilleurs.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 21 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 21 mars 1918                                                       

1287ème et 1285ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Le Printemps aujourd’hui. Journée de Printemps très chaude mais peu ensoleillée. Le temps a l’air de se mettre au beau. Du courrier passablement auquel j’ai répondu : lettre de Marguerite Grenier, de Nancy. Pauvre fille. Souvenirs du siège de Paris (Louis Guédet a vécu le siège de Paris avec ses parents en 1870 – 1871). Que c’est vieux, que c’est loin. C’était la Guerre à l’eau de roses ! Elle me félicite de mon ruban. Eté à Vitry-la-Ville chercher de la salade à planter, cette fois, et attendre Jean qui rentrait de Paris. J’ai à travailler, quoique je n’y ai guère le goût !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – + 5°. Nuit tout entière très active et très bruyante des deux côtés. Visite aux ouvriers qui établissent un passage de notre cave à celle du voisin. 3 obus sur la Cathédrale au chevet. 4 h. 30 nouveaux coups sur la Cathédrale : 4 obus ont atteint l’édifice. Visite du Capitaine Luizeler. Bombardement terrible toute la nuit, surtout vers 11 h. à 12 h. 1/2. Bombes tout autour de nous. A 2 h., 2 sur maison Miltat ; 1 sur maison Lefort, 1 cour de la maison n° 8, 4 au bon Pasteur, 1 dans notre jardin, juste au milieu ; les éclats sont projetés dans l’angle de mon Cabinet et de la maison voisine Miltat ; percent mes persiennes, abattent la moulure de ma table de travail, transpercent le dos d’un fauteuil, du canapé (pied), le parquet. Un petit éclat s’incruste dans un de mes candélabres en bronze. Il y en a dans la chambre de Mgr Neveux, qui percent la cloison. Ce fut terrible. Il y eut des gaz dans la cave où couchaient les Sœurs, qui pleuraient, se mouchaient, bavaient ; dans le réduit d’Ephrem. Nous avons mis nos masques. Recouchés vers 1 heure. Porte…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 mars… Deuxième bataille de Picardie

Assez grande activité de l’artillerie ennemie en Champagne, sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre.
Après de vifs bombardements, l’ennemi a engagé, sur plusieurs points du front, des actions d’infanterie qui n’ont pas obtenu de résultat.
Au Nord-est de Reims, un coup de main allemand a été aisément arrêté.
Dans le secteur de Souain, l’ennemi a, par trois fois, tenté d’aborder nos ligues et a dû se replier sous la violence de nos feux, après avoir subi des pertes sérieuses.
En Woëvre, dans la région du bois Brûlé, les Allemands ont lancé une forte attaque. Après un vif combat, nos troupes ont rejeté les fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied dans quelques-uns de nos éléments avancés.
En Lorraine, une forte attaque ennemie sur nos positions au sud d’Arracourt a donné lieu à un violent combat corps à corps. Nos troupes ont partout gardé l’avantage et repoussé l’ennemi en faisant des prisonniers.
Nous avons effectué des incursions dans les lignes allemandes à l’est de la Suippe.
Nos bombardiers ont lancé 13.000 kilos de projectiles sur les établissements, terrains d’aviation, cantonnements, et gares de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du lac Doiran, dans la région de Dobropolié et antour de Monastir.
Sur le front britannique, les Portugais ont repoussé des coups de main ennemis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mercredi 20 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 20 mars 1918                                               

1286ème et 1284ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  La pluie. Rien à faire. Nuit mauvaise. Toujours des cauchemars. Et éveillé mes tristes pensées me reprennent et m’obsèdent. Je suis comme un corps sans âme. Je ne sais que faire, que décider. Ne voyant aucune issue à ma situation. Que faire ? Je ne puis retourner à Reims. Je ne m’en sens ni la force, ni le courage. Alors, y aller entre 2 trains ? A quoi bon ! pour y souffrir et en revenir le cœur déchiré, saignant ? C’est l’exil ! sans espoir de retour, avec toutes ses souffrances, comme si je n’avais pas assez souffert depuis 3 ans1/2 !!

6h soir  Je rentre de Vitry-la-Ville où j’ai été porter mon courrier et chercher des chicons (romaines) à planter, et…  j’ai rapporté des choux !! Je ne sais vraiment plus où j’ai la tête ! Tout en moi sommeille, et je vais comme dans un rêve !! Fatigue et découragement. Ces 50 malheureux choux à planter m’ont coûté 2 sous. Demain on fera prendre les 50 chicons à planter. Je ne sais plus que penser de mon état de santé et d’esprit ! Que vais-je devenir ? Tout autour de moi c’est le noir, le vide !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 20 – + 7°. Pluie. Violent combat de 3 h. à 5 h. (heure légale). Visite de M. Camu. Expédié deuxième lettre au Cardinal Gasparri au sujet du communiqué allemand. Visite du Colonel suisse Feyler(1) qui vient à l’improviste pour visiter la Cathédrale. On lui refusa de monter aux tours. Il déclara qui il était : on lui dit de se présenter au Général, qui lui délivra la permission de visiter tout ce qu’il voulait, pour attester dans un article donné à la presse ce qu’il avait vu. Il vient me faire visite. Donné à l’imprimeur une Lettre pastorale sur le Codex juris canonice N°… Bombardement actif et par moments très intense sur batteries ? passages, etc ? Depuis 6 h. soir jusqu’à 5 h. matin (heure vraie). Nuit très bruyante.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) La neutralité helvétique, et singulièrement celle des Suisses alémaniques, fut fort teintée de sympathie pour les Empires Centraux.

Mercredi 20 mars

Dans la région de Reims, un de nos détachements a pénétré dans les lignes ennemies sur une profondeur d’un kilomètre, détruit de nombreux abris occupés et ramené neuf prisonniers.
Après une brusque préparation d’artillerie, l’ennemi a exécuté, au nord-est de , un coup de main, qui s’est brisé sous nos feux.
Sur la rive droite de la Meuse, violente lutte d’artillerie, en particulier, dans la région de la cote 344. Pas d’action d’infanterie.
Des coups de main exécutés par les troupes anglaises vers Villers-Guislain, la Vacquerie et bois Grenier, leur ont permis de faire un certain nombre de prisonniers.
Les Portugais ont ramené des prisonniers et deux mitrailleuses à la suite d’un raid sur les tranchées allemandes, à l’est de Neuve-Chapelle. Trois tentatives de coups de main, effectuées par l’ennemi à Fleurbaix et bois Grenier, ont échoué avec pertes pour les assaillants.
Grande activité de l’artillerie allemande sur les zones avant et arrière du secteur d’Ypres.
Sur le front italien, actions d’artillerie intermittentes le long du front montagneux et dans la plaine, depuis Zenson jusqu’à la mer.
Sept avions ennemis ont été abattus: deux par les Italiens, deux par les Français et trois par les Anglais. Un dirigeable italien a bombardé les voies ferrées ennemies dans le val Lagarina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mardi 19 mars 1918

Louise Dény Pierson

11 février 1918

Nous étions à Cancale depuis six semaines lorsqu’une lettre de mes parents m’appris l’étonnante nouvelle : la ville de Reims avait été vidée de toute sa population civile, par ordre de l’armée et dans les 48 heures.
Ce délai permit à mes parents de faire transporter tous nos meubles à Vrigny, chez mes grands parents à l’exception de la grande horloge comtoise qui n’avait pu prendre place dans la charrette. Elle était donc restée à Reims et ce fut le seul meuble sauvé de la guerre 14-18 !

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mardi 19 mars 1918                                                      

1285ème et 1283ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La pluie. Courrier peu important. Lettre du P. Desbuquois, toujours fort aimable, me conseillant de me reposer longtemps afin de reprendre les forces d’âme et la santé, ayant encore, ajoute-t-il, une noble carrière à fournir ! Je crois que le bon abbé se trompe fort, car, au contraire, je crois bien que ma tâche est finie et ma page remplie et écrite jusqu’à la dernière ligne. Enfin on verra, aussi je suis bien découragé ! fatigué ! Eté à Songy porter des lettres, prendre des mandats Poste, et reprendre une batterie à réparer. Triste temps, triste journée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 19 – Saint Joseph. + 10°. Temps couvert. Visite au Général Petit. Le soir violente canonnade allemande. Reprise à 9 h. Duel d’artillerie de 3 h. à 5 h. + 7°. Pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 mars

Nos patrouilles, opérant au nord de l’Ailette, ont ramené des prisonniers.
Deux coups de main lancés, l’un au sud de Juvincourt, l’autre au sud-est de Corbeny, ont été repoussés après un vif combat, qui a coûté des pertes sensibles aux Allemands. Nous avons fait des prisonniers.
La lutte d’artillerie continue sur la rive droite de la Meuse.
Des reconnaissances ennemies, qui tentaient d’aborder nos lignes dans la région d’Hardaumont et au nord-ouest de Bezonvaux, ont été dispersées par nos feux.
Dans les Vosges, assez grande activité de l’artillerie au nord du Violu et sur les deux rives de la Fave.
Trois avions allemands ont été détruits et six autres gravement endommagés par nos pilotes. En outre, un ballon captif allemand a été incendié par un de nos aviateurs.
Nos bombardiers ont lancé 6.000 kilos d’explosifs sur les établissements, cantonnements et gares de la zone ennemie.
Diverses attaques ont été exécutées par les allemands avec des moyens puissants, sur le front belge (région de Nieuport, Dixmude et Merckem). Elles ont été repoussées.
En Macédoine, nous avons exécuté avec succès des coups de main dans la région de Serès et à l’ouest du lac de Presba.
Les aviations alliées ont lancé 1900 kilos d’explosifs sur les établissements ennemis dans les vallées de la Strouma et du Vardar.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Exposition : Elles aussi, étaient en guerre

L’exposition met en valeur les femmes qui se sont illustrées localement durant les quatre années de guerre – Marie-Clémence Fouriaux, Blanche Cavarrot et Jeanne Krug – et celles françaises ou originaires d’autres pays qui ont œuvré dans de multiples domaines et ont, à leur manière, mené le combat.*

Date : d

  • Lieu : Mezzanine des Halles du Boulingrin
  • Dates : du 9 au 28 mars 2018
  • Horaires d’ouverture de l’exposition :
    • Mercredi 21 mars : 9h/12h
    • Vendredi 23 mars : 9h/12h – 16h/19h
    • Samedi 24 mars : 9h/12h
    • Dimanche 25 mars : 9h/12h – 16h/17h
    • Mercredi 28 mars : 9h/12h

Le petit catalogue de l’exposition :

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Lundi 18 mars 1918

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 18 mars 1918                                                       

1284ème et 1282ème jours de bataille et de bombardement

2h1/2 soir  Temps magnifique. Lettre du curé de St Remy, le bon abbé Goblet, qui m’écrit que le quartier de St Remy étant déclaré zone dangereuse par l’autorité militaire, (naturellement !!) on les forçait à évacuer avant le 20. Du reste il m’avoue qu’il n’a plus que 20 paroissiens, et hier il avait juste 8 fidèles à la messe, dont 4 partaient le jour même. Il va lui-même partir à Orléans, 6, rue de Vaucouleurs, dans sa famille. Il parait navré. L’abbé Maitrehut reste jusqu’à nouvel ordre à l’Hospice Roederer, 72, rue de Courlancy, et veillera sur la paroisse St Remy. Pauvre St Remy ! Réduit à 20 paroissiens !… lui si populeux !! Dieu veut donc que Reims disparaisse !

Jean part ce soir pour Paris. Il reviendra mercredi sans doute, pour repartir le jeudi 21. Pauvre enfant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 18 – + 5°. Nuit assez tranquille, sauf de temps en temps quelques obus ennemis. Beau temps. J’ai cru entendre au loin quelque canonnade. A 10 h. vraies, un obus tombe sur la Cathédrale, violent bombardement suit. Dans l’après-midi : Avions et tir contre eux. Violente canonnade française de 6 h. 30 à 8 h. 30 sur le Linguet. Brillant succès français : 13 prisonniers allemands. 7 blessés français, 25 grosses bombes sur batteries, Rœderer, rue de Venise, Chaussée du port, Canal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Venise

Rue de Venise


Lundi 18 mars

Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement ennemi a revêtu une grande intensité et a été suivi d’une série de fortes attaques allemandes. Vers Samogneux, au nord du bois des Caurières et dans la région de Bezonvaux, de gros détachements ennemis ont abordé nos positions et réussi, en divers points, à pénétrer dans nos lignes. Sous la violence de nos feux, les assaillants ont subi de très lourdes pertes et n’ont pu se maintenir dans les éléments où ils avaient pris pied. La lutte d’artillerie continue, très vive, dans cette région.
Nos troupes ont pénétré dans la tranchée ennemie au bois de Malancourt sur une étendue de 1.400 mètres et une profondeur de 800. Le chiffre total des prisonniers que nous venons de faire sur la rive gauche de la Meuse est de cent soixante.
Nos pilotes ont détruit deux avions allemands; cinq autres appareils ennemis sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats.
Les Anglais ont effectué avec succès des coups de main vers Epehy et Gavrelle. Une tentative de raid ennemi a échoué vers Lens.
Activité de l’artillerie allemande au sud de la route Bapaume-Cambrai, dans la vallée de la Scarpe et à l’est du bois du Polygone.
Les Belges ont procédé à des tirs de destruction vers Leke, Essen et Kuiksstraat.
Les aviateurs alliés ont bombardé les établissements ennemis dans les vallées de la Strouma et du Vardar, en Macédoine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 17 mars 1918

Louis Guédet

Dimanche 17 mars 1918                                                             

1283ème et 1281ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique. Messe à 9h. Lettres nombreuses. Adèle m’écrit qu’on veut que Lise parte parce qu’étrangère ! Elle aussi va partir, malade. Voilà donc la maison abandonnée. Je donne l’ordre qu’on laisse les clefs à Champenois, 21, rue Brûlée pour qu’il la surveille.  Tout cela m’attriste beaucoup et me décourage. Ne voilà pas que contraint de ne pouvoir retourner à Reims, ou irais-je ? où coucherais-je ? où mangerais-je ? Je n’ai plus la force de songer. Eté avec Jean, André et Maurice faire une promenade dans les sapins, 12 kilomètres, revenu exténué. Mon Dieu quand verrais-je la fin de mes misères, de nos misères. Quelle agonie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 17 – + 6°. Beau temps. Journée assez agitée et bruyante. Avions français et ennemis ; tirs contre eux ; tirs de canons contre batteries. Des obus sont tombés en ville. A 8 h. 30 soir très violents coups de canons ennemis. On me reprend les clefs des tours(1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Quel sens faut-il donner à ce revirement ?

Dimanche 17 mars

Activité intermittente de l’artillerie sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre.
Un coup de main ennemi dans le secteur de Flirey a échoué.
Les Gallois ont exécuté vers Armentières un raid qui leur a permis de ramener quinze prisonniers et deux mitrailleuses.
Nos alliés ont réussi un autre raid, au nord-est de la Vacquerie.
Activité de l’artillerie allemande au sud-est de Cambrai, vers la Scarpe, au nord de Lens, de part et d’autre du canal de la Bassée et dans le secteur de Messines.
Les tirs d’artillerie des Anglais ont incendié un important dépôt à l’est de Quéant.
Les aviateurs britanniques ont encore montré de l’activité. De nombreux combats se sont déroulés à l’est des lignes. Plus de douze tonnes de projectiles ont été jetées sur des cantonnements de repos, dépôts de munitions et champs d’aviation.
Un raid aérien a été exécuté sur les voies de garages d’Hirson : douze appareils allemands ont été abattus et sept autres contraints d’atterrir.
Quatorze bombes de gros calibre et dix de petit calibre, ont été jetées sur les casernes, les usines de munitions et la gare de Zwei-Brucken. Tous les avions anglais sont rentrés indemnes.
En Macédoine, canonnade réciproque. L’artillerie ennemie a jeté de nombreux obus asphyxiants sur Monastir.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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