Louis Guédet

Mercredi 27 mars 1918
Mercredi Saint

1293ème et 1291ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a gelé très fort cette nuit, bombardement probable sur Châlons. Pas un seul train n’est passé cette nuit sur la ligne. Qu’y a-t-il ? Aucunes nouvelles du dehors. C’est bien angoissant. Pas de nouvelles de Reims ! Et ce pauvre Robert, va-t-il tout de même venir ? Je le désire pour ce pauvre enfant qui n’a réellement pas de chance avec cette permission. Enfin, attendons.

6h soir  Pas de courrier, pas de journaux. Eté avec Marie-Louise et André à la Voie des Vaches pour voir à la lorgnette les incendies de Châlons que nous avons bien vus. Vers Baconnes, Mourmelon, j’ai vu des éclatements de gros obus très bien. Quantités de trains passent, chargés d’infanterie. Le canon tonne toute la journée vers les Monts et Tahure, Massiges. Triste journée. Comme je revenais de Cheppes un gendarme qui était à Reims, et qui est maintenant à Vitry-la-Ville, m’affirmait que l’agent de Police Cardot, de Reims, était à Cheppes, et lui avait dit que Reims était complètement évacué. Je l’ai prié de le voir et de m’en informer demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

27 mars 1918 – Nous voyons arriver dans nos bureaux, 19, avenue de l’Opé­ra, les collègues des services réduits de la mairie, restés après nous à Reims, qui ont été évacués dans la matinée d’avant-hier. Les quelques pompiers qui se trouvaient là-bas, comme comptant toujours au bataillon de la ville, viennent aussi en groupe, l’après-midi. Des Rémois, désireux de connaître l’installation provisoire ou ayant des renseignements à demander avant de continuer leur voyage de réfugiés, sont passés également depuis hier et nous étions très heureux de nous retrouver, entre concitoyens.

Les uns ou les autres nous ont donné les détails que nous étions curieux de connaître sur l’exode des derniers partants, parmi lesquels étaient Son Éminence le cardinal Luçon, Mgr Neveux, etc. On nous fait savoir, de plus, que seuls sont demeurés sur place, l’adjudant Eloire, des sapeurs-pompiers et Marcelot, le chef-fontainier du service des eaux, qui ont été rattachés tous les deux, comme mobilisés, au détachement des pompiers de Paris.

La ville de Reims, est maintenant complètement vide de civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon – Paris

Mercredi 27 – Visite à S.E. le Cardinal de Paris, à M. Denys Cochin. Visites de Madame Desmarets, de Mlle Labarre. Il n’y a rien eu de nouveau à Reims hier – M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 27 mars

La bataille a continué avec violence, l’ennemi multipliant ses attaques sur tout le front de Noyon à Chaulnes.
Notre artillerie, bien établie dans la région de Noyon, appuie efficacement notre infanterie dont la résistance et les fréquentes contre-attaques retardent la poussée des Allemands en leur infligeant des pertes élevées.
Noyon a été évacué pendant la nuit, dans le plus grand ordre. Nous tenons solidement la rive gauche de l’Oise.
Sur la partie britannique du front, des combats excessivement violents se sont déroulés toute la journée au sud de Péronne, ainsi qu’au sud et au nord de Bapaume.
Dans ces deux secteurs, l’ennemi, attaquant les positions anglaises, a mis en action de nombreuses troupes fraîches.
Nos alliés, en dépit de leur valeureuse résistance, ont dut céder du terrain.
L’ennemi occupe Nesle et Bapaume et de très durs combats se poursuivent.
Les aviateurs britanniques ont jeté plus de 1700 bombes sur les docks de Bruges, la gare d’Aulnoye, un camp au sud-est de Cambrai, des pièces à longues portées et des renforts ennemis.
Quarante-cinq avions allemands ont été abattus et vingt-deux contraints d’atterrir désemparés.
Des raids ont été opérés sur la gare de Cologne, sur celles de Luxembourg, de Courcelle, de Metz, enfin sur celle de Thionville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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