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Lundi 31 décembre 1917

Louis Guédet

Lundi 31 décembre 1917

1207ème et 1205ème jours de bataille et de bombardement

11h  Arrivé à St Martin samedi soir par un temps de neige. Il faisait froid. Vu à Épernay à mes affaires. Voyagé en autobus de Reims à Épernay avec de Bruignac, causé longuement de ce qui intéresse notre Ville. Que de choses il y aura à faire. Hélas et l’on ne parait pas y songer… Versé mes 10 030 F d’or, ce qui me fait donc 26 500 F environ d’or versé et récolté par moi pour ce mois de décembre, avec environ 162 500 F environ en espèces, tout en comprenant 152 000 F en Bons de la Défense nationale, 10 000 F. Pris le train pour St Martin à 2h, fait le voyage avec Gaston Hémard, mon camarade de collège que j’ai rencontré à la Gare. Causé des événements. Son second fils était avec lui (Louis Hémard (1896-1981)). Comme moi il a bon espoir mais nous allons recevoir un rude choc de l’Allemagne, débarrassée de la Russie. Pourvu que ce soit le dernier et que 1918 nous donne la Victoire finale et la Paix. Arrivé à St Martin à 5h1/2 du soir à la nuit serrée, trouvé les miens bien portants, ma pauvre chère femme toujours fort triste et angoissée de ses 2 grands. Les malheureuses (elle et Marie-Louise) ont les mains brisées, crevées par les engelures. Hier dimanche messe, et passé la journée à nous chauffer. On n’a le courage de rien, il fait très froid. Aujourd’hui de même. J’ai tiré à balles 4 pigeons. André est ici. Il ne manque que nos 2 chers grands. Triste jour de l’an. Sera-ce le dernier ainsi ?… !… En verrons-nous de plus heureux, plus fortunés, plus joyeux ?

Je quitte cette année 1917 avec mélancolie, sans regret. J’y ai tellement souffert durant son cours. Je vais franchir le seuil de la nouvelle année 1918 sans enthousiasme, tristement, et sans espoir de voir un peu de bonheur, de chance, de prospérité à tous mes chers aimés. Je souffre tant pour eux. Las de souffrir. J’entrerai dans cette nouvelle année sans espérance, indifférent à tout ce qui pourra m’arriver. Il y a des bornes aux forces morales et physiques ! Et je ne vois rien qui pourrait m’en redonner. Puisque quittant la douleur, la souffrance, le découragement, la terreur, les ruines, les horreurs de la Guerre, je rentre avec tout cela, gage sans espoir d’avoir un seul jour heureux et de bonheur, non pour moi mais pour Ma chère femme et mes chers Petits…  qui ne sauront jamais comme je les aime !!

Lasciate alla speranza !! (Dante Alighieri: Laissez toutes espérances !!)

Lettre du Cabinet du Procureur Général           Bastia
Mention en travers : Personnelle

Monsieur Guédet    Juge de Paix   Reims (Marne)
Bastia, le 31 décembre 1917

Mon cher ami,

Je panse donc je suis. Ma santé ne s’est pas améliorée loin de là. J’ai eu une petite rechute, (mais ceci très confidentiel, car je ne voudrais pas faire mourir de joie Texier, Bouvier é tutti quanti). Heureusement un bon médecin a enrayé le mal : je suis resté deux jours avec 40° de fièvre, et le 5e jour j’allais au Palais : mais ma plaie s’est rouverte, alors qu’elle était entièrement fermée, et c’est cela qui retarde ma guérison définitive. Voilà le motif de mon silence de près de 3 semaines. Mais ne parlez pas de tout cela, je le dis qu’à vous seul.

Et maintenant, mon bon ami, que j’ai expliqué mon long silence, laissez-moi vous envoyer mes vœux les plus vifs et les plus sincères pour cette énigmatique année nouvelle qui frappe à notre porte. Qu’elle vous donne à vous et aux chers vôtres, la santé le premier de tous les biens et qu’elle vous réunisse tous, petits et grands, guerriers et antimilitaristes à la chère table de famille sous l’œil maternel ému de revoir tous ses héros sains, saufs et glorieux. Qu’elle vous force à rougir enfin malgré vous. Cela ne peut plus tarder. Et qu’elle nous apporte à tous la libération de la botte tudesque.

Hélas elle s’annonce médiocrement l’année nouvelle avec son héritage des défections russes et la ruée des troupes du front oriental sur le front d’occident. Enfin Dieu protège la France !

J’ai reçu une lettre d’Herbaux, très philosophe ! Et voilà qu’on dit que la Cour suprême le désignerait comme P.G. (Procureur Général) à la Haute Cour, P.G. qui ne peut être choisi que parmi les inamovibles !

Ce qui me navre c’est qu’il n’ait pas décroché votre ruban : mais l’affaire est en si bonne voie quelle ne peut rester en route : Lenoir reste là.

Quant à Lescouvé je ne le connais que très vaguement. Je lui écrirai cependant un jour à votre sujet, quand il aura répondu à mes félicitations. Et par même courrier, je remonte Leroux.

Quant à Nail, j’ignorais presque son nom, jusqu’au jour où j’ai su qu’il avait donné le sien au gouver nail. Espérons qu’il le tiendra solidement.

Je crois qu’il est inutile en ce moment que vous alliez voir Lescouvé. Quand je lui aurai écrit sur votre compte, je vous dirai mon avis. Mais il doit être trop occupé par les grandes poursuites des canailles pour avoir le temps de s’occuper de simples héros, pour le moment.

Vous avez dû voir que ce malheureux Lyon-Caen a perdu une fillette de 12 ans coupée par une auto (Annette Lyon-Caen (1909-1917)). C’est épouvantable et j’en ai été navré.

J’écris aujourd’hui au bon docteur Simon, mais dites-moi où il s’est rendu en claquant les portes derrière lui. J’ai écrit à Reims  mais j’ai peur que ma lettre ne parvienne pas.

Je suis heureux des bonnes nouvelles que vous me donnez de vos guerriers. Faites leur bien mes amitiés et tous mes vœux. Vous savez que vous me devez toujours la photographie de l’aîné.

Ma femme me prie de transmettre à Madame Guédet et à vous – qu’elle admire dans votre héroïsme et elle s’y connait – ses souhaits et ses souvenirs les meilleurs.

Et moi, mon cher ami, je vous prie de mettre aux pieds de Madame Guédet l’expression de tous mes souhaits et de mes respects.

Et à vous, ô infernal tabellion, pour l’année nouvelle, je vous serre sur mon cœur.

Signé : Louis Bossu
Bonne carrière à Jean

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 décembre 1917 – Dans le milieu de la nuit, par un froid glacial, entendu sou­dainement des départs des pièces boches. Bombardement.

Bombardement dans la journée, à partir de 13 h 1/2. Explo­sions très fortes, peu éloignées du centre.

Dans la matinée, le général Leroux, commandant le sec­teur de Reims, vient faire visite au maire.

A 16 h 1/2, le personnel des services de la mairie est ré­uni dans le cellier lui servant de bureaux, 6, rue de Mars.

Raïssac en fait l’éloge au maire et par une allusion aux événements auxquels on peut s’attendre, sur le front de Reims, il fait comprendre que les souffrances endurées par suite des bom­bardements fréquents, souvent terribles, ne sont malheureusement pas encore à leur terme.

Le maire répond par un speech dans lequel il espère la vic­toire pour 1918 et l’on boit une flûte du champagne offert par les maisons Lanson et Werlé & C°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 31 – + 2°. Nuit tranquille, sauf canonnade vers 2 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 31 décembre

Canonnade intermittente en quelques points du front.
Des coups de main ennemis sur nos petits postes au sud de Saint-Quentin, dans la région de Bezonvaux et de Vauquois, sont restés sans succès. Nous avons fait des prisonniers, dont un officier.
Trois avions allemands ont été abattus, dont un par le tir de nos canons spéciaux.
Sur le front britannique, à la suite d’une vive canonnade au nord-est d’Ypres, l’ennemi a dirigé une attaque locale contre les positions de nos alliés de la voie ferrée d’Ypres à Staden.
Il a été entièrement rejeté par nos feux.
Un coup de main allemand a échoué au nord de Passchendaele.
Sur le front italien, on ne signale que des actions d’artillerie, plus vives dans le secteur du mont Tomba.
Des aviateurs anglais ont descendu un ballon captif ennemi à Pieve di Solego.
Des aviateurs ennemis ont renouvelé l’incursion sur Padoue, lançant sur la ville plus de vingt bombes explosives et incendiaires. Trois personnes ont été tuées et trois blessées. De nombreux dégâts ont été causés aux monuments et habitations privées.
Un conflit à surgi à Brest-Litowsk entre les délégués maximalistes et les plénipotentiaires des empires centraux au sujet de l’évacuation de la Pologne, de la Lituanie et de la Courlande par les troupes austro-allemandes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 30 décembre 1917

Cardinal Luçon

Dimanche 30 – 4°. Nuit tranquille ; lourde canonnade au loin. Bombes (samedi ou dimanche) à gaz asphyxiants rue du Jard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 30 décembre

Lutte d’artillerie moyenne sur la plus grande partie du front, assez vive dans la région de Beaumont, (rive droite de la Meuse).
Pas d’action d’infanterie.
Nos avions ont bombardé les gares de Mézières-les-Metz et de Thionville, ainsi que, les établissements ennemis dans la région de Vouziers et de Rethel.
Sur le front belge, canonnade peu intense.
Nos alliés ont bombardé les organisations ennemies des régions de Tervaete, Dixmude et Kippe, en représailles de tirs effectués sur leurs tranchées de premières lignes.
Activité de l’artillerie britannique sur un certain nombre de points au sud de la route d’Arras à Cambrai et dans la région de Lens. Recrudescence d’activité de l’artillerie ennemie dans le secteur d’Ypres, notamment sur le bois du Polygone, Passchendaele et Langemark.
Les aviateurs britanniques ont jeté 240 bombes sur quatre champs d’aviation allemands dans la région de Roulers et sur des cantonnements au sud de Lille. Ils ont, en outre, bombardé plusieurs trains.
Trois contre-torpilleurs anglais ont été torpillés ou ont coulé sur des mines au large de la côte hollandaise. Il y a 180 victimes. Des escadrilles aériennes allemandes et autrichiennes ont bombardé Trévise et Padoue. Dans cette dernière ville, les victimes sont assez nombreuses.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Samedi 29 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 29 décembre 1917

1205ème et 1203ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 matin  Froid terrible. Des avions toute la nuit, du canon. Est-ce qu’on craindrait quelque attaque. Mal dormi. Je suis sur mon départ. J’aurai froid en route certainement. Enfin, je suis habitué à souffrir. Triste fin d’année. Le martyre toujours sans pitié. (Rayé). Voilà comme je termine cette terrible année ! et sans espoir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 décembre 1917 – Nuit de très forte gelée (- 17°) pendant laquelle les aéros se font encore entendre.

On parle toujours d’une grande offensive possible, de la part des Allemands. En ville, des territoriaux sont occupés à placer des fils de fer barbelés dans l’avenue de Laon, les rues Simon, Fléchambault et sur le boulevard Lundy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 29 – – 8°. Nuit tranquille, sauf avions entre 2 h. et 3 h. nuit. Visite de M. Laurent, frère du curé de Villedommange (retour d’Allemagne où il avait été emmené prisonnier).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 29 décembre

Actions d’artillerie dans la région du bois des Caurières.
En Lorraine, dans le secteur de Veho, après un bombardement d’une grande intensité, l’ennemi a tenté un coup de main qui a échoué.
En Haute-Alsace, une de nos patrouilles a ramené des prisonniers.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie ennemie au nord de Saint-Quentin, vers Arras et Messines et à l’est d’Ypres. L’aviation a montré de l’activité pendant les interruptions des rafales de neige. Des clichés ont été pris, des bombes jetées sur divers objectifs, et un grand nombre de cartouches de mitrailleuses tirées sur les tranchées allemandes. Un appareil ennemi a été abattu.
Les pilotes britanniques ont jeté des bombes sur les cantonnements ennemis à proximité des lignes. Tous leurs appareils sont rentrés indemnes.
Sur le front portugais, vive activité d’artillerie et engagements réciproques de patrouilles.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, deux compagnies ennemies qui franchissaient la rivière ont été prises sous le feu de notre artillerie.
Les Italiens ont mis des patrouilles ennemies en fuite dans le val Giudicaria et le val Lagarina.
Sur le plateau d’Asiago, une compagnie italienne a exécuté un heureux coup de main, capturant 1 officier, 26 hommes et du matériel.
Une patrouille a fait 37 prisonniers entre Lesina et Canove.
Des Caproni ont bombardé l’ennemi dans le val Roncho.
Canonnade de la Brenta à la côte.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 28 décembre 1917

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Louis Guédet

Vendredi 28 décembre 1917

1204ème et 1202ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps glacial. Le matin couvert et l’après-midi tempête de neige. Courrier en retard. J’attends toujours mon contrat de mariage !! Lettre de ma chère femme, de Mme Gambart toujours affectueuse, et surtout fort bien tournée. J’ai Dondaine à déjeuner. Causons très cordialement, de petit clerc il est arrivé à ce qu’il est. C’est un beau cerveau. Nous nous quittons à 1h1/2. Je cours rue des Murs pour mes coffres-forts. Personne, tout le monde est parti. Je cours à la Ville, ni Minet, ni Monbrun ne sont là. Tant pis, je laisse à ceux-ci un mot pour leur dire de venir me faire leur rapport. Je reste avec Houlon à qui je raconte mon travail de simple police, j’ai justement terminé ce matin mon examen des 237 procès faits par 132 gendarmes !! que je dois juger le 15 janvier 1918… Quelques uns à sabrer. Je cite 4 gendarmes à laver la tête, Viot, Pargny, Fournier et Blanc. Quelles brutes. Le filon pour eux en ce moment ce sont les voitures au trot. Les culottes de peaux militaires ont décrété qu’on ne devait pas courir dans les rues de Reims, ci 90 procès !!… Défense de circuler, bicyclette sans autorisation : coût 90 procès pour les Rémois. Et nos brutes galonnées sont satisfaits. Témoins ces gendarmes faisant un procès de bicyclette à D’Hesse le boulanger qui courait au ravitaillement pour sa farine afin de ne pas laisser crever de faim ses clients. « M’en fout : çà les dressera !… Et allez-y…

De son côté Houlon me conte l’aventure qui arriva à Guichard, Vice-président des Hospices et au Maire. Guichard n’a pas eu son mandat renouvelé depuis 1914, en sorte que tout ce qu’il a fait…  est nul !! Houlon m’invite sur le pas de ma porte à déjeuner le jour de l’An. J’accepte quand Melle Dor m’arrive éplorée pour me dire que son fiancé a une bronchite et que le mariage (et par suite le contrat) est remis sine die. Je saute place d’Erlon retenir ma place à l’autobus pour demain. Pas de place. Par une tempête de neige, dans 10 centimètres de neige, ne voyant pas à 10 mètres devant moi, je cours à l’octroi Porte de Paris où j’attends l’auto venant d’Épernay voir si j’aurais une place demain à 9h ou à midi. Sauvé, j’aurai une place à 9h demain matin. Je rentre chez moi dans un vrai tourbillon de neige, couvert de neige, trempé, suant… Je m’attelle à mes préparatifs de départ et à la mise au point de tous mes services.

C’est fait.

Je vais quitter Reims demain pour n’y revenir qu’en 1918, vers le 10 janvier. Triste année !! Souffrances inouïes vécues. Que sera 1918. Je n’ose y songer… Tristesse, deuil, angoisses, tout m’a été donné en 1917… Rien, le néant, l’Injustice et l’Écœurement… Se dévouer, à quoi bon !… On ne récolte qu’injustice et haines… Je n’ose même pas formuler le moindre vœu pour 1918, à quoi bon !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 28 – – 4°. Nuit tranquille en ville. Via Crucis in Cathedrali. 3 h. 15, neige, qui couvre tout le dallage de l’église, c’est navrant. Réponse au P. Philippe. Visite à M. de Bruignac qui m’apprend qu’une femme a été tuée à 10 h. par un obus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 28 décembre

Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie s’est poursuivie au nord du bois des Caurières.
Il se confirme que l’attaque exécutée la veille par les Allemands dans cette région a été très violente. Après une très forte préparation d’artillerie, l’ennemi a lancé deux bataillons à l’assaut : nos feux les ont obligés à se disperser.
Au cours d’une deuxième tentative des éléments ennemis sont parvenus à aborder nos positions, mais ils en ont été aussitôt rejetés après un vif combat. Le nombre des cadavres ennemis restés sur le terrain, entre les deux lignes et dans nos fils de fer, témoigne de l’importance des pertes subies par les Allemands, qui ont laissé des prisonniers entre nos mains.
Dans la soirée, nos batteries ont pris sous leurs feux des troupes ennemies qui se rassemblaient au nord-ouest de Bezonvaux et les ont dispersées en leur infligeant des pertes.
Faible activité sur le front belge. Tirs d’artillerie dans la région de Dixmude.
Mauvais temps sur le front de Macédoine.
En Italie, combat aérien au-dessus de Trévise. Nos alliés ont abattu onze avions ennemis.
Czernin et Kuhlman, à Brest-Litowsk, ont remis leur réponse aux propositions russes. Ils préconisent la paix générale, refusent toutes réparations pécuniaires, et considèrent que toutes les questions de nationalités regardent exclusivement la politique intérieure des Etats.
M.Pichon a prononcé à la Chambre un important discours sur la situation extérieure.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

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Jeudi 27 décembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 27 décembre 1917

1203ème et 1201ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps froid, nuit calme, mais je dors mal dans ce sous-sol. Quelle vie misérable !! Courrier toujours en retard. Je n’ai plus mes lettres qu’à midi. 2 lettres de ma chère femme. Les enfants vont bien. Marie-Louise enchantée d’avoir été à la messe de Minuit à Cheppes. Pauvre petite ! Elle aura eu une jeunesse bien triste… !

Reçu mon dossier de 237 procès pour mon audience de simple police du 15 janvier 1918 ; surtout des procès de circulation à bicyclette sans autorisation, quelques procès ridicules. Du reste avec ces brutes de gendarmes il ne faut pas s’étonner. D’Hesse le boulanger, rue de Tambour manquant de farine pour son pain du lendemain, couru à bicyclette au dépôt, tomba sur 2 gendarmes qui lui dressent procès-verbal bien qu’il leur dise que c’était pour le ravitaillement. Le plus jeune gendarme voulait accepter cette déclaration, mais le plus âgé de dire : « Procès-verbal, il faut bien les dresser ces Rémois !… » En voilà un que je passerai à tabac le 15 janvier 1918. Il est tout simplement odieux.

Sorti après-midi, rendu visite au Cardinal Luçon, qui l’a échappé belle l’autre jour s’il ne s’était pas bien retiré vite devant sa fenêtre, il aurait été certainement atteint pas les schrapnels ! Je ne l’ai pas rencontré, il était sorti avec M. l’abbé Camu, ainsi que Mgr Neveux. Poussé chez D’Hesse pour avoir des explications sur son procès, de là à la Ville. Rédigé un modèle de testament à un employé de la Mairie dénommé Couchot, et rentré chez moi avec Houlon qui allait aux Hospices. Rencontré en route Dondaine qui viendra déjeuner avec moi demain.

Rencontré aussi Sainsaulieu, architecte de la Cathédrale, qui m’a demandé d’être le trésorier de la Société des Amis de la Cathédrale de Reims, dont Poincaré, Mgr Luçon et Léon Bourgeois sont Présidents d’Honneur. C’est surtout pour la reconstruction de la Cathédrale et surtout sa conservation au culte ! Il doit venir m’en recauser ce soir. En tout cas j’ai accepté, je ne pouvais refuser.

Et surtout attelé à mes procès. Je n’en ai plus qu’environ 70 à revoir. Mais les procès d’autorisation de bicyclette, je vais raser l’autorité militaire avec cela ! En les remettant après citation non touchée, de 3 mois en 3 mois. (Rayé).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 27 – – 3°. Nuit tranquille à Reims. Visite à Saint-André. Arbre de Noël dans les caves Chauvet. Une femme tuée à 10 h. du matin par un obus (de Bruignac).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 27 décembre

Sur la rive droite de la Meuse, une riposte énergique de nos batteries a fait cesser un vif bombardement de nos lignes dans la région de Bezonvaux.
Nous avons repoussé une attaque au bois des Caurières.
Dans la région de Saint-Quentin et en Haute-Alsace, nos patrouilles ont pénétré dans les tranchées allemandes et ramené des prisonniers.
Sur le front italien, la lutte a repris dès l’aube sur le plateau d’Asiago. L’ennemi a concentré ses efforts sur l’extrême droite, entre le col Rosso et le val Frenzela, mais, contenu de face, il n’a pu dépasser les habitations de Sasso.
Les troupes de Costalonga et de Melago ont renouvelé plusieurs fois l’attaque sur le col de Rosso et sur le val Belia, qu’elles ont repris sans pouvoir cependant en conserver l’occupation.
Sur la gauche de la Brenta, une tentative d’attaque à l’ouest d’Osteria di Lepre a été promptement enrayée par les tirs de barrage.
L’amiral Jellicoe, qui était le chef effectif de la marine anglaise est promu à la pairie et remplacé par l’amiral Rosslyn Wemmis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 26 décembre 1917

Louis Guédet

26 décembre 1917

1h1/2  Pas de courrier ! par cette neige ce n’est nullement surprenant. Par suite rien à faire qu’à tâcher de tuer le temps, ayant préparé tout en vue de mon départ pour St Martin, départ suspendu par ces maudits mariés avec leur contrat, au Diable soient-ils ! Si cela ne tape pas trop fort, je vais tâcher d’aller voir ce que font…  mes aides-cambrioleurs… !!… Ils doivent commencer par le 9 de l’avenue de Laon ! Ayant déjà fait 4 immeubles, il ne m’en reste plus que 4 à vider…  en attendant le reste. Des dossiers 21 et des allocations militaires en appel, je vais les mettre au point, cela m’occupera toujours un peu.

5h1/2 soir  Nous avons déjoué 4 coffres-forts, il n’en reste plus qu’un que le serrurier ouvrira demain. C’est donc fini pour le faubourg de Laon. Vendredi à 1h nous procédions à la même opération faubourg Cérès… Trouvé peu de choses, quelques montres, quelques médailles, un lingot en forme de poire, des pièces de 5 F en argent fondues au feu. Quelques papiers calcinés, c’est tout. Je viens d’écrire mon rapport au Procureur de la République. D’ici quelques jours je lui enverrai mes procès-verbaux signés. Tout a été remis à Minet, gardien séquestre, qui en fera un inventaire détaillé.

Courrier à 3h1/2, rien de saillant, une lettre de Langlet, notaire à Fismes, mobilisé, qui refuse d’accepter Bruneteau comme suppléant. Il a tord. Je communique sa lettre au Procureur de la République. La neige a cessé de tomber, il ne fait pas très très froid. Triste journée quoiqu’occupée, mais cela ne m’empêche pas d’être d’une profonde et angoissante tristesse. Dondaine doit venir vendredi ou samedi, il déjeunera avec moi. Sa femme va mieux. J’en suis bien heureux pour lui.

Le calme…  le calme avant la tempête, si l’on peut croire les journaux qui sont loin d’être rassurants. Tout cela me décourage. Il n’y aura donc pas un coup de théâtre qui nous délivrera du cauchemar et nous donnera la Victoire sans cette nouvelle grande attaque allemande !! mes pauvres enfants !! Pauvre moi-même.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 décembre 1917 – Journée calme, par forte gelée sur la neige.

Au cours de la nuit très claire, entendu à diverses reprises, des avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 26 – 0°. Neige épaisse. Nuit silencieuse. Visite à M. Biaise avec Ephrem. Visite de M. Houlon. Expédié lettre à Mgr de Lourdes pour Neuvaine du 11 février. 2 h. soir, Avions boches.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 26 décembre

Canonnade intermittente sur divers points du front.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes du bois des Caurières n’a donné aucun résultat.
Au sud de Juvincourt, nous avons réussi une attaque dans les lignes ennemies et ramené des prisonniers.
Les Belges ont bombardé Schoore, Leke et la route de Schoorbakke en représailles d’un tir ennemi à obus toxiques dirigé sur Ramscapelle.
La lutte d’artillerie a été légèrement intense dans la région de Bixschoote.
Des prisonniers ont été faits à l’ennemi dans la région de Merckem.
Une escadrille anglaise a bombardé, avec d’excellents résultats, Mannheim sur le Rhin. Une tonne d’explosifs a été jetée sur la ville et des explosions ont été observées à la gare centrale, dans les usines et dans la ville, où des incendies ont été provoqués. Un feu très violent a accueilli les aéroplanes de nos alliés; l’un d’eux a été contraint d’atterrir avec des avaries. Tous les autres sont rentrés indemnes.
La bataille continue, acharnée au front italien, sur le plateau d’Asiago.
Les contre-attaques entreprises par nos alliés ont réussi à arrêter l’ennemi et à ramener le combat sur les positions évacuées par eux précédemment. Au cours de la lutte, de nombreuses mitrailleuses ont été capturées.
L’aviation britannique a bombardé les aérodromes de Flandre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


3 mars 1916 – Gabio sur la Suippes – Dessin Delozannes

 

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Mardi 25 décembre 1917

Louis Guédet

Mardi 25 décembre 1917

1201ème et 1199ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Noël ! Triste Noël ! Voilà le 4ème que je passe ici sous les bombes !! Est-ce le dernier ?!! Je n’ose plus rien escompter ! Espérer ! La nuit a été relativement calme, dormi à peu près. Triste et lugubre Noël. Nuit de joyeux Noël passé dans une cave, sous l’ombre de la Mort. Tandis que l’arrière s’amuse, s’ébat, se gave. Tandis que Paris ne pense qu’à ses aises et à ses plaisirs et que nous ici nous souffrons plus qu’on ne le croit, qu’on ne le saura jamais !

La demi-page suivante a été découpée.

Le facteur m’apporte son calendrier 1918. 1918 !! Que seras-tu ? Le malheur ou le bonheur ?!! La Guerre ou la Paix ?! La Victoire ou la Défaite ?! On n’ose que penser !! Tout semblant abandonner notre juste cause ! Est-ce que le ciel est trop haut et Dieu trop loin !!?

Que Dieu protège mes 2 enfants Jean et Robert, ma chère femme et les 3 autres plus jeunes, et qu’il me protège et nous apporte avec 1918 joie, paix, bonheur et prospérité !

6h1/2 soir  Bourrasque de neige toute l’après-midi.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 25 – NOËL. + 2°. Très froid ; neige abondante l’après-midi. Jour­née tranquille. Mgr Neveux va célébrer Messe Pontificale à N.D. d’Epernay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 25 décembre

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont lancé deux coups de main sur nos postes de la région de Bezonvaux et du bois des Caurières. Ces tentatives ont échoué sous nos feux.
La lutte d’artillerie a été assez active sur la rive gauche, dans le secteur de Béthincourt.
Sur le front britannique, quelques-uns de nos alliés ont disparu au cours de l’attaque d’un poste par l’ennemi, près d’Epéhy.
Un détachement qui tentait d’aborder les lignes sur la route de Menin a été rejeté.
Grande activité des deux artilleries au nord de poelcapelle.
Les aviateurs britanniques ont jeté des bombes sur une pièce de gros calibre, dans la région de Lille et sur d’autres objectifs, tels que baraquements, cantonnements et tranchées. Ils ont tiré plusieurs milliers de cartouches de mitrailleuses sur l’infanterie allemande dans les tranchées.
Quatre avions ennemis ont été abattus en combat aérien.
En Macédoine, faible activité de combat sur l’ensemble du front.
En Albanie méridionale, dans la région de Devoli, nous avons capturé deux reconnaissances ennemies fortes de cent cinquante hommes au total.
Les Austro-Allemands ont légèrement avancé sur le plateau d’Asiago, en Italie. Nos alliés ont déployé une puissante contre-attaque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Lundi 24 décembre 1917

Louis Guédet

Lundi 24 décembre 1917

1200ème et 1198ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 soir  Couché en bas, assez bien dormi. Quelques bombes et vers 5h du matin bataille. Temps horriblement froid. Des nuages de neige roulent dans le ciel, il fait glacial, je suis grelottant. Travaillé ! travaillé ! quand même. Courrier assez tard, rien à répondre rapidement, mon retard est rattrapé ou à peu près. Lettre de ma chère femme, bonnes nouvelles. Déjeuné en bas près de mes 2 bonnes, et remonté vite travailler. Je vais partir porter mon courrier et voir le papa Millet pour lui donner le reste de mon travail. Et puis j’attendrai le bon vouloir des jeunes mariés Dor ! Pourvu que le futur arrive bientôt, je pourrai ainsi partir à St Martin. (Mariage de Marie-Thérèse Dor (1895-1971) avec Marcel Ernest Charles Landragin (1896-1965))

Reçu lettre de Narcisse Thomas

6h soir  Journée glaciale, de la neige à demi-fondue mais qui reste tout de même, gare le verglas. Bonnes nouvelles de ma chère femme. Rien d’autre au courrier…  Bref je suis à jour d’aujourd’hui. J’ai donné tout le travail que j’avais à faire faire partir au Papa Millet. Je suis donc parti dès que mes futurs mariés auront signé leur contrat. Je souhaite que cela soit le plus tôt possible. Ecrit presque toutes mes lettres du 1er de l’an. Rien appris. Vu personne. Le Cardinal Luçon aurait eu un éclat d’obus dans son cabinet de travail pendant qu’il lisait. J’irais bien lui rendre visite ces jours-ci, et je saurai ce qu’il en est… Je me suis décidé à prendre mes repas dans le sous-sol près de mes 2 bonnes et de continuer à y coucher. J’y ai moins froid que dans ma chambre, et puis ayant quelqu’un près de moi j’ai une sensation de sécurité que je n’ai pas dans ma chambre, étant assez éloigné d’elles maintenant qu’elles sont au sous-sol. Tant qu’elles étaient dans la cuisine qui touche à la salle à manger où je suis installé cela allait, car je les entendais, je les sentais près de moi. C’est singulier comme ce sentiment de sentir quelqu’un près de soi vous tranquillise et vous donne une sensation de sécurité, tellement il est vrai que l’homme a besoin de société.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Froid, – 8°. Nuit tranquille, sauf vers 9 h. 1/2, et coups de canons, de fusils, de mitrailleuses fréquents. Vers 6 h. canonnades non loin de Reims. Visite à M. Biaise à Mencière et aux Sœurs de l’Orphelinat Rœderer avec M. Compant. M. Biaise ne sait plus où il est. Il a eu une attaque de congestion dans la rue devant la maison de M. Huart (École Professionnelle) et divague comme un homme en délire ou dément. Nuit tranquille du 24-25.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 24 décembre

Activité réciproque des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse et dans la région du Mort-Homme.
L’ennemi a tenté sans succès un coup de main au bois des Caurières.
Des avions ennemis ont lancé une Quarantaine de bombes sur Dunkerque et sa banlieue. Une personne de la population civile a été tuée, trois autres blessées, dont une femme et un enfant.
Canonnade sur le front belge.
Le général Guillaumat remplace à Salonique le général Sarrail qui recevra une autre affectation.
Sur le front italien, petites rencontres d’importance locale. Au nord de Pedescala, les occupants d’un petit poste ennemi ont été surpris et anéantis.
Sur la rive gauche de l’Assa, à l’ouest de Canove di Sotto, un détachement italien, après une courte mais efficace préparation d’artillerie, et après avoir dépassé avec un mordant magnifique les défenses accessoires adverses, a fait irruption dans un poste avancé et ramené 12 prisonniers avec du matériel.
Dans plusieurs secteurs, des patrouilles ennemies ont été repoussées avec des pertes.
A l’ouest d’Osteria di Lepre, capture de prisonniers.
Échec de tentatives autrichiennes au mont Solarolo et au sommet du val Calemo. Canonnade dans la plaine de la Piave.
Les pourparlers de paix russo-allemands s’ouvrent à Brest-Litowsk.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 23 décembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 23 décembre 1917

1199ème et 1197ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Hier soir nuit fort agitée et lugubre. Vers 10h, au moment où j’allais m’endormir une rafale d’obus tout proche et un peu partout me réveille en sursaut. Je m’habille sommairement, et prenant le reste de mes vêtements je descends en hâte dans le sous-sol où couchent Lise et Adèle. Je suis pris d’un tremblement nerveux très pénible qui me dure assez longtemps. Je ne suis plus guère résistant !! Je me couche dans le lit qui est en permanence là pour moi en cas d’alerte. Le bombardement continu jusqu’à minuit, des incendies rue des Moulins, et près de St Benoit. Des victimes rue des Moulins, des bombes rue Petit-Roland, bout de la rue des Capucins, rue de l’Étape, un peu partout.

Je m’endors avec de la fièvre. Très mal dormi et ce matin j’étais bien délabré… Je suis allé à la messe de 8h1/2 à St Jacques, où l’on gèle littéralement, la nef étant à tous vents. Travaillé, vu à mon courrier, etc… Lettre de ma chère femme, tous vont bien. A 10h vu Beauvais et Houlon, rien appris. Vu à 1h1/2 Dor pour le contrat de mariage de sa fille. J’ai insisté pour que le futur vienne le plus tôt possible afin de me permettre de partir au plus tôt à St Martin. J’ai besoin de calme et de tranquillité. Vu le papa Millet qui ne travaille plus guère, je le presse. Tout cela me décourage et me lasse. Rentré vers 3h1/2, rencontré le Capitaine La Montagne qui assiste à l’ouverture des coffres-forts. Causé fort aimablement. Il est fort satisfait que Lepage soit remplacé par Minet. Comme moi il estime que tout ira bien.

Je suis encore tout impressionné de l’émotion de ma soirée d’hier. Je ne suis plus fort, ni courageux, hélas ! Je crois que je coucherai encore en bas ce soir, je suis si craintif maintenant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 décembre 1917 – Bombardement, la nuit passée et avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 23 –  7°. Beau temps, sec, froid ; toute la nuit, des aéroplanes. Canonnade plus loin de nous. Offices comme à l’ordinaire. Vu M. le curé de Saint-Symphorien de Versailles, chez qui M. Légué (curé d’Hermonville) a prêché et quêté 1390 + 400 francs. Avions allemands toute la jour­née en particulier à 6 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 23 décembre

Actions d’artillerie assez vives dans la région du Fayet (nord-ouest de Saint-Quentin), sur le front Beaumont-bois Le Chaume, en forêt d’Apremont, en Haute-Alsace dans la région de la Thur et de la Doller.
Dans le Secteur de Bezonvaux, un coup de main allemand a échoué sous nos feux.
En Champagne, un de nos détachements, pénétrant dans les tranchées allemandes au sud-ouest de Moronvillers, est rentré au complet dans nos lignes après avoir détruit des abris et infligé des pertes sérieuses à l’ennemi.
Sur le front britannique, des coups de main ennemis ont échoué vers la route Bapaume à Cambrai, à l’est de Monchy-le-Preux et au sud-est d’Armentières.
Sur le front italien, dans la région du mont Asolone, les troupes de nos alliés ont maintenu en éveil l’activité combative et réalisé quelques progrès.
Une contre-attaque ennemie a été sur le champ repoussée plus à l’ouest, vers Osteria di Lepre. Un détachement qui essayait, grâce au brouillard de faire irruption dans les positions italiennes, a été arrêté par les fils de fer barbelés et rejeté par la fusillade. Au mont Solarolo, un coup de main ennemi a échoué, après une lutte à la grenade.
Sur le plateau d’Asiago, les troupes ennemies ont été combattues avec efficacité et à l’est du pont de la Priola, des batteries ennemies ont été réduites au silence.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 22 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 22 décembre 1917

1198ème et 1196ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, beau soleil très froid. Avec mes carreaux entoilés ma chambre n’est guère chaude. Quelle vie misérable.

Hier soir à 9h dépêche du Procureur de la République me donnant des ordres qu’il me notifie ce matin en acceptant mes propositions de nommer Minet gardien séquestre, et Monbrun greffier à qui j’avais fait prêter serment hier soir à 5h par procès-verbal donné par moi. Donc tout va bien pour 1h. Peu de courrier. Vu le Sous-préfet qui trouve la commission d’appel dure. Il est convenu que pour les appels dont il sera sûr du bien-fondé il mettra : « Avis très favorable ». Je rentre chez moi où survient le bon R.P. Desbuquois qui me demande quelques renseignements, et puis nous causons. Il me quitte pour me laisser déjeuner afin d’être prêt à 1h.

Reçu lettre de ma chère femme qui me donne de bonnes nouvelles des enfants et de Robert dont le pied est toujours de même. A 1h Monbrun vient me prendre et nous partons prendre en passant Minet rue de la Renfermerie, 4, en arrivant chez lui l’automobile militaire nous rejoint, nous y montons avec le Capitaine La Montagne, officier de l’État-major de Général commandant d’Armes de la Place de Reims Leroux. Nous arrivons au n°30 de l’avenue de Laon où il est tombé des obus la nuit dernière, tuant des mulets et faisant des dégâts. Nous prenons notre équipe du Génie avec le serrurier de la Ville. Accompagné du sous-lieutenant Dupont du 43ème de Ligne qui a fait le commencement de la Campagne avec Jolivet, mon confrère au 17ème Territorial (Bernay). Nous remontons au 2 de la rue Lesage, chez Ast, débitant et Pérignon boulanger. Chez Ast on trouve des balles de revolver allemand dans un petit coffre, où nous nous attaquons sous les obus à 2 coffres-forts, assez récalcitrants, mais nos hommes les réduisent à la raison et les ouvrent. Tous les papiers sont calcinés ou à peu près. Quelques objets sans grande valeur, des couverts en molybdène, des couteaux dont les manches ont été brûlés, etc…

D’autres coffres nous laissent impuissants devant eux, aussi nous décidons avec le Capitaine La Montagne que je vais écrire au Général Leroux (c’est fait) pour lui demander de mettre à ma disposition une équipe de spécialistes qui nous ouvriront ces…  entêtés au chalumeau. Me voilà passé cambrioleur ! C’est le seul moyen. Je n’en suis pas à un cambriolage de coffre-fort près, je crois qu’avec aujourd’hui (4 coffres ouverts) j’en ai déjà bien ouvert 73.

Nous ouvrons un coffre avenue de Laon n°6, pharmacie Lesage, peu de chose, détérioré. Arrivons au 9 de l’avenue de Laon, nous nous attaquons au coffre de M. Bezançon. Tandis que nous étions très occupés à surveiller cette ouverture, nous tombe sur le dos un homme hurlant, gesticulant ! « Qu’est-ce que vous foutez-là tas de voleurs, tas de coquins, c’est mon coffre-fort !!! » – « Que vous ouvrez !! Sales cambrioleurs !!! »

Tableau !!!

Vous décrire l’ahurissement et la colère du bonhomme est impossible. Je me tordais. Bref nous lui répondons que nous agissons au nom de la Justice et de l’Autorité militaire, et que du reste il n’avait pas à se plaindre, sa maison étant en décombres, qu’il devait être bien heureux que nous fussions là pour lui ouvrir…  son coffre-fort. Bref il a ravalé sa colère, son étonnement et je lui remis tous les objets, et dans quel état ! que nous trouvâmes dans son coffre-fort, que du reste Bezançon avait soulagé de tout ce qu’il pouvait contenir de précieux.

Ensuite nous terminons par le n°1 de la rue Lesage, des poussières de papiers, sur lesquels quoique noirs et calcinés nous pouvons lire « Crédit à l’Épargne ». C’est tout.

Je repasse par la Ville. Causé avec Raïssac, donné un modèle de testament au commissaire central M. Palliet, et rentré chez moi tâcher de rattraper mon retard !… !!!

J’écris mes lettres au Général Leroux, au Procureur de la République de Reims pour lui rendre compte de ce que j’ai fait, et…  demandé qu’il tape sur les ongles de Lepage, car il n’est pas permis d’être plus injurieux avec le Parquet… !… Çà lui fera du bien (rayé).

A 7h35  Comme j’étais à moitié de mon dîner, avions, bombardement contre ceux-ci, bombardement des allemands vers Pommery, St Remy, Maison de Retraite, bout de la rue des Capucins, tout cela fait un tintamarre du diable. Nous descendons en hâte à la cave, puis remontons 10 minutes après, et finissons notre repas sur le qui-vive…  cela m’impressionne de plus en plus. Tous ces obus paraissent passer au-dessus de ma tête. Je ne suis plus guère fort, ni courageux, je deviens énormément craintif. Que Dieu nous protège ! mais quelle lassitude !! quelle vie !!

8h1/2 soir  Le bombardement cesse à 8h10. Je suis fort impressionné, et il va falloir se coucher avec…  l’Inconnue !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 décembre 1917 – Beau temps. Aéros toute la journée. Bombardement. Tir sur avions à la nuit et nouveau bombardement serré vers 19-20 h.

Reprise très violente de bombardement à 22 h. Des obus tombent rues de l’Ecole-de-Médecine, Gambetta, de Venise, des Capucins, Petit-Roland, des Chapelains, des Moissons, etc. Dans cette dernière rue, une femme est tuée dans son lit, à côté de son mari, blessé à la tête et au bras gauche (Mme Blavier).

Nuit très mouvementée.

Obus lacrymogènes, dont quelques-uns autour de la cathé­drale ; plusieurs personnes sont incommodées. Les effets d’un de ces obus se font sentir également dans les sous-sols de l’hôtel de ville, où couchent des camarades des bureaux de la mairie et de la police.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de l’École de médecine – ReimsAvant


Cardinal Luçon

Samedi 22 – – 3°. Beau temps. Nuit tranquille, sauf ce qui précède. Vi­site au Capitaine du Génie que nous avons vu chez le Général Coignard, rue Jeanne d’Arc. A 7 h. soir avions allemands au-dessus de nous, bombar­dement infernal autour de nous, tout près de nous. Obligés d’interrompre notre souper pour descendre à la cave, après y avoir envoyé précipitam­ment les Sœurs. Durée : 1 heure environ. Nous remontons ; finissons notre repas ; prière à l’oratoire. Travail dans mon bureau. A 9 h. 1/2 coucher. A10 h., avion allemand nous survole ; nouveau et terrible bombardement ; 1 obus frappe la maison de Madame de La Morinerie, rue de l’Ecole de Médecine, à l’angle supérieur gauche de la porte. Un autre tombe dans l’angle de la maison Chartin ; j’ai vu de mon lit comme deux morceaux de fer incandes­cents se précipiter dans cet angle. Le bombardement étant extrêmement dangereux, on vient de la cave (Ephrem), me dire qu’il faut descendre, qu’on est inquiet de moi. Je me lève donc. A peine étais-je rendu au pied du lit, un obus tombe dans le jardin, fait sauter les vitres, et crache des éclats dans les persiennes, dans mon cabinet, crible le canapé, les fauteuils, la bibliothè­que. J’en ai retrouvé un certain nombre le lendemain : toute la pièce en est criblée. Comment se fait-il que je n’aie pas été touché. Il y en a qui m’ont frôlé. L’un d’eux a percé la reliure d’un volume des Institutions liturgi­ques de Dom Guéranger ; d’autres les volumes des œuvres de Mgr Freppel (cours d’Éloquence), un autre déchiquète un volume de ma Bible. Des­cendu et couché au sous-sol. Un homme tué rue Chanzy, sa fille blessée ; 9 obus à la Visitation ; 12 au Collège Saint-Joseph ; obus rue des Moulins ; Chanzy, Gambetta ; 2 au Bon-Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 décembre

Activité d’artillerie intermittente en quelques points du front, plus vive dans la région du bois des Caurières.
En Alsace, les Allemands qui tentaient d’aborder nos tranchées à l’ouest de Cernay ont été repoussés par nos feux. A l’Hartmannswillerkopf, l’ennemi, à la faveur d’un très important coup de main qu’il avait fait précéder d’un bombardement intense, avait pu pénétrer dans les éléments avancés de notre première ligne; il en a été entièrement rejeté a la suite d’un combat corps à corps au cours duquel il a subi de lourdes pertes.
Définition stratégique de la manoeuvre dans la bataille défensive.
118 obus ont été lancés sur la ville de Reims.
Sur le front belge, activité d’artillerie peu intense.
Nos alliés ont bombardé les organisations ennemies des abords de Dixmude et de Kippe, en représailles de quelques tirs ennemis effectués vers nos batteries.
En Macédoine, les troupes anglaises ont capturé 1 officier et 54 soldats bulgares.
Sur le front britannique, une tentative allemande, a échoué au nord-est de Messines sous les feux d’infanterie et de mitrailleuses. Les Italiens, sur le mont Asolone, ont réussi à enlever à l’ennemi une grande partie des gains qu’il avait pu obtenir le 18.
Une forte contre-attaque autrichienne a été enrayée.
Nos alliés ont fait des prisonniers sur le plateau d’Asiago.
Les Capronis ont bombardé les troupes autrichiennes sur la Basse-Piave

 

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Vendredi 21 décembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 21 décembre 1917

1197ème et 1195ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique, froid. Journée fatigante à cause des allées et venues que j’ai été obligé de faire pour l’ouverture de mes coffres-forts de demain, avenue de Laon. Lepage, cette brute, est parti. Je suis donc sans séquestre. Je cours à la Place pour lancer une dépêche au Procureur. Ce dernier m’envoie aussi une dépêche qui se croise avec la mienne. Bref, je cours de là à la Ville où je demande à Minet de remplacer Lepage, il accepte. Je télégraphie au Procureur de le désigner comme séquestre et je prends Monbrun à qui je fais prêter serment dans mon cabinet. Tout cela m’a pris mon après-midi. Courrier peu important heureusement. Vu Beauvais qui ne m’a rien appris. Vu Dor pour le contrat de mariage de sa fille, cela va encore retarder mon départ pour St Martin. Vu le Maire et Raïssac, causé un instant. Voilà ma journée et je suis très fatigué. Demain ce sera de même hélas. Rentré chez moi avec Houlon qui m’a dit que vers le 8 décembre nous avions failli avoir les allemands dans Reims. Il y avait des masses de troupes rassemblées devant la Ville.

Bonnes nouvelles des miens. Maurice a tiré son premier pierrot avec Jean. Il en était très fier. Pauvre petit ! Pauvre grand ! Voilà mes 2 grands au front, au péril, que Dieu les protège.

Reçu la visite de l’abbé Debout, curé de Champfleury, qui m’a apporté le reste du trésor de ses paysans, soit 10 000 F en or (pièces de 20 f) à employer en Bons de la Défense nationale. J’ai écrit immédiatement à M. Gilbrin pour le lui annoncer et le prier de m’envoyer les bons. Durant ce mois j’aurais ramené pour près de 26 000 F d’or.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 décembre 1917 – Beau temps. Tir sur avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – – 3°. Nuit tranquille, froid, temps couvert. Via Crucis in Cathedrali, hora 9a. Visite au quartier de Clairmarais et aux Trois-Fontaines. (vu Madame Mayer – qui s’occupe des malheureux) pour le projet de Fourneau économique. Canonnade le soir de 7 à 9 h. ou 10 h. Nuit assez bruyante (du 21-22) aux tranchées, surtout entre 2 h. 1/2 et 4 h. du matin. Coups de fusils fréquents et de mitrailleuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 21 décembre

Activité moyenne des deux artilleries sur l’ensemble du front, plus vive dans la région des Caurières.
En Lorraine, une forte attaque allemande, précédée d’un violent bombardement, sur nos tranchées au nord de Reillon, a complètement échoué. L’adversaire a laissé de nombreux cadavres sur le terrain.
En Haute-Alsace, nous avons repoussé un important coup de main ennemi tenté sur nos positions de Gluckerveld (sud-est d’Altkirch).
Des avions allemands ont lancé des bombes dans la région de Dunkerque et de Calais : 4 tués, 10 blessés.
Dans la région du lac Doiran, activité d’artillerie assez vive. Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main au cours duquel elles ont capturé quelques prisonniers.
Dans la région des lacs, les troupes russes ont dispersé des reconnaissances ennemies.
Sur le front italien, les Austro-Allemands ont attaqué sur le front Tasson-col dell’Orso. Ils ont été rejetés avec des pertes très graves. Un autre détachement a été repoussé au mont Solarolo.
Au sud de Sasso-Rosso (val Frenzola), nos alliés ont fait des prisonniers.
Sur la Vieille-Piave, activité locale de combat. Toutes les tentatives ennemies pour passer le fleuve ont été déjouées. Les marins italiens ont fait 35 prisonniers.
Deux avions ennemis ont été abattus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 20 décembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 20 décembre 1917

1196ème et 1194ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ  Temps froid, gris. Je pars tout à l’heure à Reims, ayant terminé mon adjudication mobilière pour Jolivet, qui a produit 17/18 000 F, c’est un beau résultat. Durant la vente, vers 3h, on annonça des avions allemands : la Ville fut de suite en révolution et mes amateurs…  s’envolèrent comme une volée de moineaux !!… En une seconde je me suis trouvé seul avec Dondaine !! si vous les aviez vus galoper, tomber, trébucher…  c’était hilarant. Enfin quand l’alerte eut cessé, mes oiseaux revinrent un à un en tendant le cou…  comme des oies ou des dindons qui s’assurent que l’objet de leur peur est disparu, et je continuais reprenais ma vente. Fini à 4h. Je filais aussitôt voir M. Girard-Amiot pour causer de la Société Perrier-Jouët dans laquelle il entre comme gérant avec les fils de mon ami Mareschal comme actionnaires pour un million (500 000 F chacun). Repris le tramway C.B.R. à 7h. Dîné avec M. Lechenet, juge de Paix de Bourgogne. Très original et contant de curieuses histoires. Couché à 9h1/2. Il faisait très froid. Ce matin temps gris, couvert de neige dans le ciel. J’attends Charles Heidsieck et je pense partir d’ici pour Épernay vers 10h1/2, aller au Crédit Lyonnais et déjeuner en attendant l’autobus de Reims.

8h1/2 soir  Pas de voiture à Aÿ. Pas de Charles Heidsieck, je pars à 10h1/4 pour Épernay à pied. Eté Crédit Lyonnais…  Banque de France. Revenu à la Gare, où je trouve Bertin, de Cumières, mon camarade de classe. (Rayé) ! Je vais au buffet où je déjeune avec Girard et Charles Heidsieck. Vois Faupin avoué à Reims (rayé) ! et (rayé) ! le Père Desbuquois qui doit venir me voir samedi matin. Nous voyageons dans la brume et le brouillard avec le tapis de neige sur la plaine et la campagne. Ici rien de saillant, sauf organisation de l’ouverture des coffres-forts pour samedi. Lepage « rouspète » parait-il !… Nous verrons… Courrier abattu en 5 secondes. Bref pas beaucoup de retard heureusement !! mais du travail. Je vais me coucher, je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 20 – 0°. Nuit tranquille, sauf quelques coups de fusil et mitrailleu­ses. Temps couvert. Retour de M. Camu qui est allé à Tours visiter les réfu­giés. Promis à M. Humbert, aumônier au 5e Cuirassiers à pied(1), 3e (ou 5e) bataillon, visite aux soldats à Mailly.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Les régiments de cuirassiers, qui n’avaient plus leur place en tant que tels sur un champ de bataille, ont été transformés en régiments de cuirassiers à pied, rassemblés au sein d’une division et combattant en tant que fantassins.

Jeudi 20 décembre

L’artillerie ennemie, contre-battue efficacement par la nôtre, a bombardé nos premières lignes au sud de Juvincourt et en Argonne, au Four-de-Paris.
Sur ce dernier point, l’ennemi, qui tentait d’aborder nos positions, a été repoussé à deux reprises avec des pertes.
En Woëvre, un coup de main allemand sur nos tranchées, devant Regnéville, a échoué sous nos feux.
En Lorraine, nos patrouilles ont fait des prisonniers, dont un officier dans les secteurs de Flirey et de Nauroy.
Canonnade à l’Hartmannswillerkopf et au Schoenholz.
Des avions allemands ont lancé une cinquantaine de bombes dans la région de Dunkerque.
Une incursion de gothas a eu lieu sur Londres. On compte 80 victimes dont 10 morts. Un des gothas a été abattu.
Sur le front anglais, des reconnaissances ennemies ont été arrêtées dans le secteur de Passchendaele. Des prisonniers ont été capturés.
Sur le front italien, les Austro-Allemands ont attaqué à nouveau sur une large étendue, dans la zone montagneuse. Ils n’ont remporté que de légers avantages et ont subi de fortes pertes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mercredi 19 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 19 décembre 1917

1195ème et 1193ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ. Parti dimanche matin, arrivé à Épernay vers 10h1/2, couru aussitôt à la Banque de France d’Épernay qui était heureusement ouverte, pour me débarrasser de mes 62 000 F d’or et billets. Ensuite couru à la Mairie de Magenta pour recevoir le contrat de mariage pour Montaudon. Nous attendons 1/2 heure et les futurs mariés manquent à l’appel. Je refixe rendez-vous 30, rue François-Lanier (rue Jean-Moulin actuellement) à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay, ancienne dépendance d’Aÿ, et rattaché à Épernay en 1965) où je dois faire mon adjudication pour Jolivet, et puis retourner rejoindre Dondaine, Landréat et Jonval mes aides pour la vente, et nous déjeunons rapidement dans un restaurant de la Place de la Gare. Puis filons rue François-Lanier et commençons aussitôt l’adjudication. Tout se vend hors de prix, surtout literie et linge, des matelas 129 à 136 F à une seule personne, de petits draps pour lit seul 50 à 60 F, plus 10% !! et tout à l’avenant. Il y avait foule. La vente jusqu’à ce jour marche admirablement, et je compte avoir fini demain. J’atteindrai facilement 20 000 F, j’en suis heureux pour Jolivet. A 4h1/2 nous sommes arrêtés par la nuit. Je vendais devant la porte et on me passait les objets par la fenêtre de la maison où était accumulé ce mobilier.

Heureusement que Dondaine avait pu trouver ce local chez des réfugiés de Beine, M. Bouquant, boulanger (Paul-Anatole Bouquant (1868-1940)), qui avait été surpris avec sa femme et sa fille à Beine par les allemands. Ils y étaient restés 4 mois, puis on les avait expédiés vers Poix-Terron. Enfin, au bout de 8 mois les allemands les autorisèrent à rentrer en France, où ils sont venus se réfugier à la Villa d’Aÿ où je procède et où ils tiennent une épicerie et le soir une boulangerie.

De 4h1/2 à 7h du soir nous tuons le temps dans un café voisin tenu par un ancien G.V.C. (Garde des Voies de Communication, Service de Sécurité sous l’autorité militaire jusqu’au 2 février 1919) que j’ai pris dans ma voiture (un jour que je rentrais à Reims) pour le déposer à La Haubette. Dondaine, Landréat et Jonval avec un revendeur émigré de Reims, M. Beuzeville, rue des Créneaux à Reims, boivent de la tisane de Champagne à 6 F la bouteille ! et quelle tisane ! comme des éponges, moi je les regarde, enfin le C.B.R. (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) arrive et nous y montons pour aller à Aÿ où Dondaine me donne l’hospitalité dans le local où nos archives sont réfugiées !! Nous dînons et nous couchons tôt. Le lendemain je pars à 9h à Épernay à pied, 3 kilomètres. Il a neigé la nuit, mais la route est bonne. Je vois à la Banque de France  quelques papiers dans mon coffre-fort. J’en remets, puis je vais au Tribunal où je vois le Procureur de la République de Reims, toujours aussi affable. Causons de choses et d’autres, et notamment de cette histoire de transfert de mes justices de Paix dans un village de mes cantons des environs de Reims. M. de Courtisigny me dit très gentiment que nous ne nous sommes pas compris, attendu que ce n’était qu’une question discutable. Bref il a interprété ma réponse comme il croyait le faire pour le mieux, car il est entièrement opposé à mon déplacement. Et il me conte que Lenoir lui avait écrit une lettre assez vive où il prétendait que c’était Merlin, conseiller général d’Épernay qui se serait mêlé de cette affaire, et il demandait au pauvre Procureur s’ils étaient l’un et l’autre chacun d’un côté de la manicorde !! (Instrument de musique avec une seule corde pincée)

Bref mon pauvre Procureur lui a répondu que non, et a donné toutes explications désirables à Lenoir qui lui a répondu par une lettre fort aimable, et conclusion tout s’est bien passé. Le Procureur m’a ajouté qu’il considérait cette question de transfert comme complètement enterrée. Je le souhaite, car cela passait à l’état de scie. M. Osmont de Courtisigny n’a pas voulu me dire comment il s’est couché auprès de la Chancellerie, mais il m’a laissé entendre qu’il conclurait comme je le désirais. Il paraissait s’amuser beaucoup de cette histoire, mais je crois que la charge à fond de Lenoir a été une très bonne chose, car le Tribunal saura que je suis soutenu de ce côté. Le Procureur comme le Président et les autres juges de Reims paraissent très montés contre le Docteur Langlet, le maire de Reims, et contre de Bruignac.

Je quitte le Procureur pour voir le Président Hù qui m’emmène avec M. Texier déjeuner avec lui. Il m’attrape comme de coutume. J’y suis habitué et le laisse dire car je sais qu’il m’aime et m’estime. Nous achetons ensemble mon beefsteak et déjeunons rapidement à cause de mon adjudication que je reprends à 1h. Le Président me fait une charge à fond contre le Maire, et Texier contre de Bruignac qu’ils traitent tous deux d’entêtés ce qui est vrai, et Texier ajoute qu’il ne croit pas que de Bruignac voit juste et soit très intelligent. M. Hù me taquine sur ma décoration et me dit qu’on me pendra non pas le cou mais par la boutonnière avec un ruban rouge. Il a vu Leroux à la Chancellerie il y a 8 jours qui lui a affirmé que ce serait très prochainement. Je quitte mon hôte à 1h et je reprends ma vente, jusqu’à 4h1/2. Dans la boue, mais il ne pleut pas heureusement. Nous stationnons dans notre fameux café où mes lascars Dondaine, Jonval et Landréat épongent, épongent la tisane de l’ex G.V.C. Tramway à 7h, dîner chez Dondaine, et nous nous couchons.

Le lendemain mardi je repars à Épernay à pied. Il a gelé il fait très bon à marcher, beau temps, gris mais beau temps. A la gare je me heurte à Girard qui arrive de Paris avec Lutta, il me donne rendez-vous pour demain ce soir 5h Hôtel de l’Europe, ayant à me causer.

Je vais au Crédit Lyonnais, et de là voir le Vice-président M. Bouvier pour une taxe, où il m’associera plus que je ne le pensais, et surtout exige que je ne partage pas mes honoraires avec un confrère (?) mobilisé d’un des intéressés qui a fait presque du chantage à mon entour pour obtenir ce partage. J’avais cédé par bonté et pour avoir la paix ! Bouvier m’a défendu sous peine de poursuites disciplinaires de lui donner ce que je lui avais promis, sauf une 50aine (cinquantaine) de Francs pour quelque travail que ce fameux Bourcillier, notaire à Givry-en-Argonne, embusqué vaguemestre Hôpital 26 à Bar-le-Duc, avait fait pour aller soi-disant plus vite et m’aider, mais surtout pour me substituer la moitié de mes honoraires quand il avouait lui-même qu’il avait donné 20 F pour ce travail !! Je dois le revoir ce soir à 5h pour en recauser et mettre ma préparation de taxe au point. Je quitte à midi et cours déjeuner au buffet. En passant devant l’autobus j’y vois Charles Heidsieck qui va à Mareuil-sur-Aÿ à ses caves et me donne rendez-vous demain matin ici à Aÿ chez Dondaine pour me causer.

Au buffet vois Fournier de la Maison Werlé et le sous-lieutenant automobiliste du service des déménagements de Reims 70 rue Libergier. J’en profite pour demander à celui-ci de m’envoyer aujourd’hui avant midi le dernier camion de mobiliers Gardeux à vendre. Si je l’ai j’aurais fini demain et pourrai repartir à Reims (jeudi) à 3h. Je cours à mon adjudication jusqu’à 4h1/2. De là au Palais de Justice voir Bouvier qui explique mon affaire de taxe au Procureur. Je crains bien que ce dernier ne tourmente mon Bourcillier à ce sujet s’il veut faire le récalcitrant – à ma taxe – Le Procureur me dit que le Général Commandant la 5e Armée insiste auprès de lui pour qu’on ouvre au plus tôt les 6 coffres-forts trouvés par la troupe dans les décombres des maisons avenue de Laon 3 – 5, et rue Lesage, ouverture à laquelle je dois procéder comme juge de Paix en présence d’une commission militaire et le séquestre Lepage. Nous décidons de procéder à cela samedi 22 courant à 1h sur place. Le Procureur se charge d’en aviser à l’instant l’autorité militaire, Lepage et Monbrun, mon commis greffier, par dépêche. Je les quitte et vais retrouver toujours au même endroit mes éponges, dévouées quand même, chez le même « troquet », mais quels gosiers !! Nous prenons notre tram pour Aÿ, toutes lumières éteintes comme toujours. Nous dinons et nous nous couchons à 9h. Il fait froid toute la nuit, il gèle très fort.

Je me suis bien amusé hier lors d’une réflexion que m’a fait le concierge du Palais de Justice d’Épernay. Comme je sortais celui-ci, voyant que j’allumais ma lampe électrique de poche pour voir les marches du trottoir et ne pas me casser une jambe ! « Monsieur ! n’ouvrez pas si longtemps votre lampe car on a signalé des avions allemands !! » Sans commentaires. Ces Sparnaciens sont ridicules avec leur frousse. Triste moral. A les entendre ils sont bien plus exposés que nous à Reims !! Comme si les avions pouvaient voir la lumière de ma lampe de poche !! Ils deviennent grotesques. Durant ma vente une fois ou 2 on entendit de forts coups de canons. De suite les curieux prenaient leurs jambes à leur cou pour rentrer dans des maisons !!… Ce que je riais à part moi.

10h  Je vais aller voir Archambault, clerc de l’Étude de Lefebvre, mon confrère d’Aÿ décédé, et si Mme Lefebvre veut me recevoir je lui rendrais visite. Nous devons déjeuner à 11h pour partir à midi reprendre notre vente à la Villa. J’espère avoir mon convoi et débloquer fortement aujourd’hui, pour n’avoir plus rien ou presque demain avant mon départ à Reims à 3h.

Ces 5 jours auront été fort fatigants, (criant seul les enchères) mais d’un autre côté cela m’a été un vrai repos moral. Dondaine vient de recevoir de (bonnes) meilleures nouvelles de sa femme qu’il a été obligé de mettre à la maison de santé de Châlons. J’en suis heureux pour ce pauvre garçon, si dévoué et fort intelligent. C’est une belle intelligence notariale, très doué…

Nous devons avoir à déjeuner notre voisin Lechenet, juge de Paix de Bourgogne, un vieux garçon fort original mais brave homme en soit. Qui paie en ce moment sa vivacité, ayant un jour giflé son greffier. Du coup il fut envoyé en exil à Bourgogne…

Je pars chez Lefebvre, il est temps, à demain soir mes notes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 décembre 1917 – Bombardement la nuit, sur le quartier Saint-Remi. Une tren­taine d’obus, dont seize dans la rue Fléchambault.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – – 4°. Nuit agitée autour de Reims. Activité de nos batte­ries. Mitraillades, fusillades, fortes canonnades contre avions allemands, dit-on, entre 2 et 3 h. Matinée bruyante entre artilleries adverses. Tirs con­tre avions allemands. Vers 2 h. bombes allemandes sifflent. Visite au Com­mandant de l’Epinay et au Colonel Coignard (rue Jeanne d’Arc). Vers 6 h. bombes sifflent de temps en temps, par paquets jusqu’à 9 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Mardi 18 décembre 1917

Paul Hess

18 décembre 1917 – Vers 17 h, un aéro boche jette une dizaine de torpilles, dont deux tombent au coin de la rue Polonceau et de la Chaussée Bocquaine, disloquant et faisant s’effondrer entièrement la maison où habitaient, à cet endroit, M. et Mme Legris.

Ceux-ci, pris sous les matériaux de leur immeuble, ne peu­vent être dégagés qu’à 20 h. M. Legris, mobilisé et de passage à Reims, est trouvé mort à côté de sa femme qui n’aurait eu, paraît-il que des blessures insignifiantes.

D’autres engins du même genre sont tombés rues Chanzy, Chabaud, esplanade Cérès — où l’on peut voir un énorme enton­noir sur les voies du tramway — et sur la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 18 – 0°. Nuit tranquille, sauf coups de fusils et mitrailleuses. Jour­née tranquille à Reims ; mais fusillades et mitraillades fréquentes tout autour. Canonnades item ; avions à 5 h. 30, tir contre eux. M. Legné, Conseiller municipal tué dans sa maison vers 5 ou 6 h., angle de la rue Polonceau et de la Chaussée Bocquaine, par un obus lancé d’un avion, qui démolit sa maison (peut-être une torpille). On dit qu’un obus est tombé sur la Cathé­drale, 3ème arc-boutant à partir de la tour Sud.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Lundi 17 décembre 1917

Cardinal Luçon

Lundi 17 – Nuit tranquille sauf coups de fusils et mitrailleuses. 0°. Neige couvre la terre, tombée pendant la nuit. Visite du Capitaine de Rochechouart au Mexique. Visite à M. Charles pour le Fourneau économique. Le local est trouvé. Visite de M. de Sorbier de Pugnadorette, Inspecteur Général des Finances, et de M. Guyon de la… inspecteur des Finances.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Louis Delozanne, 21 mars 1916.

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Dimanche 16 décembre 1917

Cardinal Luçon

Dimanche 16 – 0°. Nuit tranquille à Reims, sauf tir contre avions. Mgr Camus réunit à Tours les « réfugiés » dans cette ville. M. Lartilleux est organiste de la Cathédrale. Visite du Colonel Bonnery, Major de la garni­son, accompagné du Commandant Barré de Tepinière. Visite avant congé de permission.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Louis Delozanne – 26 mars 1916 – Bord de la route près pont de Suippes

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