• Monthly Archives: août 2016

Mardi 15 août 1916

Louis Guédet

Mardi 15 août 1916

703ème et 701ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie diluvienne hier soir, comme avant-hier. Ce matin beau temps avec brise mais chaud. Messe à 7h. Écrit pas mal de lettres, sorti à 2h pour les mettre à la Poste, poussé jusqu’à Roederer pour voir la Supérieure des Augustines de l’Ancien Hôtel-Dieu de Reims. Causé ensemble de l’incendie de ce vieil Hôtel-Dieu. Que de souvenirs remués et revécus ensemble. Elle est surtout frappée comme moi de la destruction totale de leur chapelle et de leur dortoir, souillé par les infirmières laïques…  qui ne s’y embêtaient pas ! Rentré vers 5h fatigué. Je sens ma courbature d’hier. Et voilà comment s’est passé pour moi la fête de l’Assomption, le 15 août 1916, sous les canons de l’Ennemi qui se taisent. Quelle tristesse ! et tout cela sans espoir de voir bientôt des  jours meilleurs et la délivrance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 15 août – Assomption. Nuit tranquille ; journée item. Vêpres à Ste-Geneviève. De 9 à 10 h. soir, violente canonnade et bombardement entre batteries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

sainte-genevieve

Mardi 15 août

Nos troupes se sont consolidées sur le terrain conquis au nord de la Somme. Une contre-attaque allemande venue de Combles et dirigée sur l’église et le cimetière de Maurepas, que nous occupons, a été arrêtée par nos feux de mitrailleuses, qui ont infligé de fortes pertes à l’ennemi. 80 prisonniers sont restés entre nos mains.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons légèrement progressé au sud-est de Fleury. L’ennemi a tenté, dans la même région, quelques petites attaques aisément repoussées.
Nos escadrilles de bombardement ont jeté 120 obus de gros calibre sur la gare de Metz-Sablons, les ateliers du chemin de fer, et les casernes de Metz.
Les Russes ont fait tomber le dernier secteur du rempart puissamment fortifié que l’ennemi avait créé depuis le Pripet, jusqu’à la frontière roumaine.
Les troupes des généraux Tcherbatchef et Sakharof se sont emparées de plusieurs villages organisés et de toute la ligne de la Strypa. Le général Letchitsky a occupé la ville de Nadvosigar et franchi la rivière Bistriza.
Les Anglais ont repoussé une attaque à la grenade au sud-ouest de Guillemont. Ils ont dispersé des concentrations ennemies au nord de Pozières.
Les troupes italiennes ont remporté de nouveaux succès sur l’Isonzo inférieur. Elles ont progressé au-delà du Vallone et fait 1565 prisonniers sur la hauteur du Nadligem, et 533 autres à l’est de Gorizia.
Des avions autrichiens ont bombardé Gradin-Compulto.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 14 août 1916

Louis Guédet

Lundi 14 août 1916

702ème et 700ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Très beau temps après l’averse d’hier soir qui a sauvé une partie de ce pauvre Hôtel-Dieu qui a flambé toute la nuit et St Remy. Je suis allé voir cela ce matin. Toute la partie historique de l’Hôtel-Dieu, le cloître et le grand bâtiment d’honneur ont tous leurs étages brûlés, en cendres. En plus de cela la chapelle (l’ancienne bibliothèque des Jésuites) ainsi que le dortoir au-dessus n’existent plus. C’est une vraie perte pour l’histoire de Reims. La table de Godart avec sa légende a été sauvée, cette table de 4 à 5 mètres de longueur sur 1 mètre 50 de large est une planche d’une seule pièce de 10 centimètres d’épaisseur qui a été prise dans une branche du chêne de Saint-Basle, près de Verzy. Que devait être le chêne lui-même ! Cette table porte, coulée en plomb : les armes de Godart, le donateur « D’azur au chevron d’or accolé de 3 roues du même, 2 et 1 », l’anagramme de Godart (Go→) Go et un dard. Godart et les 2 inscriptions suivantes : « D’une branche de chesne de Sainct Basle, l’an MVXXX »

En pièce jointe le dessin de cette table, intitulé : Table de Jean Godart. Incendie de l’Hôtel -Dieu

Go suivi d’une flèche, avec en perpendiculaire « d’une branche du chêne St Basle 1510, et suivi du texte suivant : Du don Faict par M. Ian Godart datigné chantre de Reims. Maistre et proviseur de céans Ma donné l’an XVcXXX – Priez pour luy.

Tout le rez-de-chaussée du cloître est intact pour ce qui est vouté. L’escalier monumental et sa rampe du XVIIIème siècle devant la chapelle avec la colonne du vestibule unique qui soutient tout le poids de cet escalier sont sauvés, mais résisteront-ils à l’eau dont ils ont été imprégnés ? Les 2 salles de réception du bâtiment sur la Cour d’Honneur, avec leurs belles boiseries du XVIIIème siècle sont intactes, ainsi que le grand portrait en pied du Cardinal de Lorraine, mais gare à l’humidité et les intempéries !!

Le musée lapidaire autour du cloître n’a rien et c’est compréhensible. J’ai revu le tombeau de Jovin et la sainte face de St Nicaise, si curieuse et si obsédante avec son regard qui vous suit de quelques façons que vous le regardiez.

Tout çà a flambé toute la nuit. Ce matin cela brûlait encore et fumait. J’ai erré dans tant et à travers, tout cela pendant 3h. Saint Remy a été sauvé grâce à la présence d’esprit et à l’initiative de Lesage, l’aide de Ravaud, mon pharmacien de la rue du Cadran St Pierre, qui fait fonction de chef pharmacien de l’Hôtel-Dieu justement, qui avec Speneux, le commissaire de Police du 3ème canton, qui en fait rempli les fonctions de ministère public à mes audiences de simple police a paré au danger.

Les flammes du bâtiment qui touche l’aile nord du transept de St Remy, ou se trouve la sacristie et la statue de Jean-Baptiste de la Salle traversaient la rose centrale et celle-ci, les flammes aspirées par le regard rond à la clef de voûte pour livrer passage aux matériaux et aux cloches, léchèrent ce regard bouché par un tampon en planche et menaçaient ainsi d’atteindre la forêt de bois qui soutient toute la toiture du monument. Voyant cela Lesage et Speneux, uniquement éclairés par une lampe de poche, grimpèrent aux combles et se précipitèrent vers ce regard et démolirent ce tampon et en précipitèrent les débris fumants et charbonnants sur le pavé du transept. Il était temps, une poutrelle de la toiture était déjà léchée par les flammes et noircie…

1/4 d’heure plus tard Saint-Remy n’existait plus. Lesage m’a conduit voir cela, et m’a donné sur place ces explications. Pauvre St Remy, pourvu que les allemands, furieux de le voir encore debout et intact, ne recommencent pas encore de lui jeter de nouvelles bombes. C’est un avion qui, survolant la basilique, voulant certainement l’incendier, qui lâcha 3 bombes incendiaires énormes qui, au lieu de tomber sur la nef, tombèrent sur la lingerie de l’Hôtel-Dieu qui se trouvait sur le bâtiment de l’Est du cloître, touchant le transept nord, à 10 mètres près c’était St Remy qui était touché.

En 20 minutes de temps tout à flambé, il n’y a plus eu que la ressource de faire la part du feu et de sauver les 82 ou 84 malades qui restaient. Pas de mort, pas de blessé. Et cependant les allemands ont tiré sur les flammes. J’ai entendu des obus siffler venant de Brimont, mais ils n’arrivèrent pas jusque là.

Juste retour des choses les infirmières laïques et combien ! il faut voir les inscriptions sur les murs, qui s’étaient installés dans les cellules du dortoir des anciennes Religieuse de St Remy, les Augustines chanoinesses, dont quelques unes sont à l’Hospice Roederer, les infirmières, dis-je, n’ont eu que le temps de se sauver. Elles ont tout perdu, elles n’ont que leurs chemises sur leur dos ! Bien volé, bien spolié, bien violé, bien souillé…  purifié par le feu…

J’étais éreinté et de fatigue et d’émotion. Quelle vie. Quelle nuit ! Quelle journée et ce n’est pas fini.

On est découragé malgré soi.

Pour compléter ce récit est joint un petit livret de 12 pages résumant et complétant cette tragique journée, et diffusé par l’Académie de Reims en 1917.

Rapport à l’Académie de Reims

Incendie de l’Hôpital Civil de Reims (Ancien Hôtel-Dieu)

Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, par M. Louis Guédet, membre titulaire.
Reims  Léon Michaud, libraire de l’Académie
Monce et Cie, Imprimeurs de l’Académie  1917

Extrait des Travaux de l’Académie de Reims, Annexe Année 1915-1916 (Séance tenue à Paris, le 8 décembre 1916).
Tirage à 50 exemplaires

Préambule : Plan approximatif de l’incendie de l’Hôpital civil de Reims (13 août 1916)
Ce document figure en pièce jointe.

Incendie de l’Hôpital Civil (Ancien Hôtel-Dieu) de Reims
Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, heure centrale.

Extrait de « Note et impressions de Guerre »
Communication de M. Louis Guédet, membre titulaire.

Depuis près de trois heures, une demi-douzaine d’avions allemands survolent la ville. Leur bourdonnement est vraiment énervant et pas un des nôtres ne vient donner la chasse à ces oiseaux de malheur ! Que peuvent bien méditer encore les Vandales ?

8 heures – J’entends le sifflement caractéristique de deux ou trois bombes d’aéroplanes dans la direction de Saint-Remi.

8h.10. – Les pompiers de Paris, casernés à l’École Professionnelle de la rue Libergier, passent avec leur automobile sous mes fenêtres, se dirigeant vers Saint-Remi.

8h.30 – Un passant me crie que c’est l’Hospice civil qui brûle, rue Pasteur, et qu’il n’y a rien à faire : « Tout flambe ! » ajoute-t-il en s’éloignant au pas de course.

Je monte aussitôt sur une terrasse du toit de mon refuge. Spectacle inoubliable de destruction et d’horreur ! L’ancien Hôtel-Dieu de Reims n’est plus qu’une mer de flammes. C’est effrayant ! Je n’ai rien vu de semblable depuis l’incendie de la Cathédrale. Pourvu que Saint-Remi ne brûle pas !

A la lorgnette, je vois cependant les flammes lécher la rosace du transept nord de la vieille basilique, puis gagner au-dessus du cloître, vers l’ouest, les bâtiments adossés le long des cet édifice.

Je me hâte vers le lieu du sinistre. Les Allemands envoient des obus dans cette direction.

Je pénètre dans la cour d’honneur : le fléau paraît circonscrit, mais le cloître, la chapelle, le bâtiment central ne forment plus qu’un immense brasier. On évacue les quatre-vingt-deux malades restant encore dans l’Hospice. Le service se fait parfaitement et avec beaucoup de sang-froid, sous la direction de M. Guichard, vice-président de la Commission des Hospices, M. Houlon, membre, M. le Dr Simon (le Dr Hoel venant d’être blessé lui-même par une autre bombe, porte de Paris), M. le Maire de Reims, Dr Langlet, M. Régnier, sous-préfet, M. le Général commandant de place, etc…  etc…

Le personnel hospitalier, ainsi que les troupes accourues à l’aide, se multiplient avec un calme et un courage admirables.

On procède ensuite au sauvetage du mobilier, mais difficilement. Les pompiers de Reims luttent de dévouement avec les pompiers de Paris.

8h.55. – Une pluie diluvienne s’abat à ce moment sur nous. Il n’y a plus rien à faire qu’à protéger les bâtiments qui ne sont pas encore atteints. On est maître de l’incendie vers 11h.1/2 du soir. Je rentre donc chez moi à la lueur de cet immense brasier, tout consterné du spectacle que je viens de contempler.

Lundi 14 août, 7h – L’incendie a duré toute la nuit. Ce matin, je ne vois plus qu’une grande fumée cachant à demi Saint-Remi. Je retourne sur le théâtre de la catastrophe.

Dans la grande cour, au pied de l’escalier de pierre à double évolution du bâtiment principal, face à la rue Simon, la pompe à vapeur, avec son teuf-teuf régulier, lance des torrents d’eau sur les décombres fumants de ce qui a été l’Abbaye de Saint-Remi. Au milieu de la cour, infirmiers et infirmières entassent produits pharmaceutiques, appareils, brancards, matelas, linges, etc…  dans des voitures. M. Guichard avec son automobile, à l’avant duquel flotte un drapeau de la Croix-Rouge, transporte les infirmières au gracieux bonnet blanc à Saint-Marcoul, (Hospice Noël-Caqué), où ont été évacués les quatre-vingt-deux malades qui restaient à l’Hôpital civil.

Je rencontre le dévoué pharmacien de l’Hospice, M. André Lesage, qui m’aide à faire mon enquête sur la genèse et la progression du sinistre, tout en parcourant les locaux incendiés.

Le feu a été mis vers 8 heures du soir, par un ou plusieurs bombes incendiaires, tombées d’un avion allemand dans le grenier qui s’étendait au-dessus de la salle Museux et de l’ancienne lingerie.

On ne sait s’il est tombé une ou plusieurs projectiles. L’interne en médecine de garde, M. Louis Brodiez, a entendu distinctement trois explosions, mais elles ont pu être produites par le même engin ; ces bombes incendiaires étant très compliquées et parfois à éclatements multiples.

L’incendie a pris tout de suite de grandes proportions. M. Brodiez et son collègue en médecine, M. Marcel Jénot (1889-1956), arrivés aussitôt qu’ils l’ont pu avec des extincteurs dans le grenier qui brûlait, c’est-à-dire au plus tard deux ou trois minutes après la chute du ou des projectiles, disent que ce grenier paraissait alors entièrement en flammes et que des poutres étaient déjà calcinées au point de tomber et de les obliger à se retirer vivement.

L’alarme fut immédiatement donnée au commissariat de police du troisième canton, place Suzanne, et la première voiture des pompiers arrivait à 8h.10. Elle devait être suivie bientôt de tout le matériel des pompiers de Paris, puis de celui des pompiers de Reims ; mais d’autres incendies ayant été allumés ailleurs par les autres aéroplanes ennemis, on ne put envoyer à l’Hôpital civil qu’une partie du matériel de secours de la Ville.

Les troupes cantonnées dans le voisinage furent alertées et vinrent également à l’aide ; car il s’agissait non seulement d’éteindre l’incendie, mais surtout de sauver les malades qui occupaient encore plusieurs salles. Il y en avait dans les salles Henrot et Bienfait, salles situées directement sous les greniers qui flambaient et dans les différentes salles du rez-de-chaussée. Il n’y avait pas de malades dans la salle Museux au-dessus de laquelle commença l’incendie.

Aussitôt l’alarme donnée, les malades, qui n’étaient déjà tous couchés, furent priés de se lever s’ils le pouvaient et de descendre sans précipitation au rez-de-chaussée. Ceux qui ne pouvaient marcher furent enlevés avec leurs matelas par les soldats, sous la surveillance des internes et des infirmières. Mais le feu prenant de plus grandes proportions, on fit sortir tous les malades de l’Hôpital et on les conduisit dans les locaux de la Maison de Retraite, qui avait été abandonnée tout récemment par les vieillards. Cet exode se fit alors qu’il faisait encore jour, ce qui le facilita. Il s’effectua sans encombre, sans heurts, avec la discipline la plus parfaite malgré le bombardement.

Entre 10 heures et minuit, avec l’aide des Sauveteurs de Reims, qu’on trouve toujours au danger, et au moyen de leur voiture de sauvetage et des automobiles de la Maison Pommery, ces malades furent définitivement  transportés à l’Hôpital Noël-Caqué où ils trouvèrent des lits.

Pendant ce temps et malgré les premiers secours, le feu prenait de plus en plus d’extension. Il gagnait dans les greniers qui s’étendent au-dessus de la chapelle et du dortoir des infirmières, (ancien dortoir des religieuses Augustines de l’Hôtel-Dieu de Reims), d’une part, et au-dessus des salles Henrot et Landouzy.

Au-dessus du dortoir des infirmières, l’incendie se propageait avec une rapidité extraordinaire, le grenier s’effondrait bientôt sur le dortoir qui, dès 9 heures, était déjà écroulé lui-même sur la chapelle. De cette partie, il ne reste absolument rien, sauf la petite sacristie, élevée sur le côté nord de la chapelle, et la grande sacristie située au fond de la dite chapelle et qui, étant voûtée, a pu résister. Les infirmières n’ont pu rien sauver de leurs effets et mobilier personnels.

Les admirables boiseries de la chapelle, ancienne bibliothèque des Bénédictins, œuvre de l’artiste rémois Blondel, qui en recommença, dit-on, à ses frais et jusqu’à quatre fois les sculptures qui ne lui semblaient pas parfaites, ainsi que les tableaux qu’elle renfermait, tout est brûlé.

A côté de la chapelle s’élève le remarquable grand escalier de pierre ; vers la même heure, tout le grenier qui se trouvait au-dessus et que dominait un petit clocheton contenant une cloche s’effondrait et les poutres continuèrent à brûler sur les marches, détériorant les dalles et les rampes en fer forgé si riches d’ornements. Les pierres des marches sont toutes calcinées et cassées : il est à craindre que ce magnifique escalier ne soit irréparable, s’il n’est pas pourvu au plus tôt à sa protection contre les intempéries du temps, qui achèveront ce que les flammes et l’eau ont commencé.

Au-dessus de la salle Henrot, on avait heureusement pu installer une lance d’eau qui empêcha un peu le feu de progresser ; mais son effet fut faible et tout le grenier de ce bâtiment ne formait plus qu’un brasier pour 9h.1/2.

De là, bien qu’il n’y eut aucune communication entre ce grenier et celui du pavillon Buirette, le fléau avait atteint la toiture de ce pavillon ; par bonheur les pompiers de Reims, entrés avec leurs pompes par la rue Pasteur, attaquèrent ce commencement d’incendie et s’en rendirent maîtres.

A ce moment une pluie torrentielle tomba. Le feu était beaucoup trop violent et trop étendu pour que cette pluie pût diminuer l’incendie, mais je suis convaincu qu’elle eut pour effet de protéger Saint-Remi contre la très forte chaleur irradiée par l’énorme brasier de l’Hôpital.

A Saint-Remi on se précautionnait contre le développement de l’incendie. Mme Mercier, femme du sacristain mobilisé, avait déjà pris ses dispositions pour qu’en cas de nécessité on pût sauver les objets précieux et le Trésor.

Comme on le sait, Saint-Remi touche l’Hôpital par toute la partie septentrionale de l’église. Le transept nord de la basilique pénètre même dans les bâtiments du cloître et la grande rosace de ce transept donne directement sur les toits de l’Hospice. Cette rosace avait eu ses vitraux brisés en partie par une bombe qui, en septembre 1914, avait déjà démoli la salle Museux, et, pour éviter le froid et les intempéries, on l’avait bouchée avec des planches.

Au contact des flammes qui dévoraient les toitures de la salle Museux et de la lingerie, ces planches prirent feu et les flammes produites par leur embrasement pénétrèrent à l’intérieur du monument, assez haut pour gagner la voûte et lécher les planches entourées de bâches qui fermaient l’oculus de la clef de voûte du transept : le danger était imminent.

Les personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’église voyaient cela avec angoisse ; mais, ignorant la superstructure de l’édifice et le moyen d’arriver aux combles, elles se trouvaient impuissantes à conjurer ce nouveau péril. Heureusement le commissaire de police du troisième canton, M. Speneux et M. Lesage, pharmacien de l’Hôpital, accompagnés d’un employé de Mme Mercier, furent prévenus de cet incident. Ils montèrent dans les combles et, grâce à la connaissance parfaite qu’ils en avaient, arrivèrent assez vite à l’oculus menacé. Ils jetèrent à l’intérieur de la basilique, par ce regard, les planches, bâches et autres débris qui charbonnaient déjà. Il était grand temps, car les planches embrasées touchaient une grosse poutre de la charpente qui noircissait déjà, et était assez chaude pour qu’on n’y pût que difficilement porter la main.

Saint-Remi était sauvé, grâce à ces courageux citoyens.

Entre temps, l’incendie s’étendait toujours, mais assez lentement, vers la salle Bienfait dont l’extrémité sud est contigüe à la tour nord de Saint-Remi. On put amener les gros tuyaux des Pompiers de Paris qui, par une embouchure de deux centimètres de diamètre, lancèrent un jet d’eau sous une pression de deux atmosphères. On arrêta net l’incendie de ce côté ; il n’y eut que la toiture détruite.

Dès que les malades furent mis à l’abri, on sauva tout ce que l’on put : literie, matériel, objets d’art, tableaux des deux grandes salles du bâtiment d’honneur, (anciens appartements des Supérieurs bénédictins, actuellement appartements de la Directrice), les tableaux du réfectoire des infirmières dans le cloître, la table de Jean Godart, le beau cartel Louis XV et son socle, etc…  etc…

Le Musée lapidaire n’a subi aucun dégât, ainsi que le cloître proprement dit.

On sauva la comptabilité de l’Administration de cet Hospice dès le début.

A 11h.1/2 du soir, l’incendie était maîtrisé.

En définitive, sont totalement anéantis les combles et greniers qui s’étendaient au-dessus de la lingerie, de la salle Museux, du dortoir des infirmières, du grand escalier, des salles Henrot et Landouzy et des salles Bienfait et Luton, ainsi que ces différentes salles et la chapelle ; le grand escalier monumental est brisé et calciné.

Le feu a épargné, au premier étage, la salle Doyen, adossée à Saint-Remi, et toutes les salles des malades du rez-de-chaussée, y compris les cuisines et le réfectoire du cloître. De même les deux pavillons des deux côtés de la cour d’honneur, qui renferment l’infirmerie et la salle Mansuy.

Avant de quitter ces lieux désolés, je parcourus une dernière fois les ruines fumantes et ruisselantes de l’eau déversée par les pompes à incendie.

Voici les deux salles, vides de leurs meubles, du grand bâtiment en façade, occupées naguère par les Abbés du monastère de Saint-Remi, les belles boiseries du XVIIIe siècle sont indemnes, ainsi que le grand trumeau qui surmonte la cheminée du salon de réception, représentant le Cardinal de Lorraine. Dans le réfectoire des infirmières, l’une des tables n’est pas encore desservie ; au milieu de celle-ci, se trouve encore une jardinière ornée de fleurs.

La table de Jean Godart, faite d’une branche du chêne de saint Basle portée à force de bras dans le musée lapidaire, voisine avec le tombeau de Jovin et la Sainte Face du Christ, de Saint-Nicaise, si curieuse, dont le regard obsédant vous suit de quelque côté que vous le contempliez.

De la chapelle, plus rien que des cendres et poutres fumantes. La lingerie et la salle Museux semblent immenses à ciel ouvert. Dans les autres salles, ce ne sont que fers de lit tordus, brisés, linges et matelas à demi consumés, amas de bois finissant de brûler.

C’en est fait de l’ancien Hôtel-Dieu de Reims.

Singulières vicissitudes par lesquelles aura passé cette antique abbaye de Saint-Remi qui, à travers les temps, semble avoir été condamnée à être la proie des flammes.

C’est d’abord en 1098, époque à laquelle elle est aussitôt reconstruite par Guy de la Trémoille, retour de Terre-Sainte, où il était allé secourir Godefroy de Bouillon ; puis en 1551, du fait des gens de Henri II qui y logeaient. Le roi, qui était à Reims, crut devoir réparer le dommage et donna 24 000 livres pour y remédier.

Ce couvent est ensuite rebâti vers 1657, peu de temps après l’arrivée de la Congrégation de Saint-Maur qui y fit revivre la réforme et où la nouvelle règle fut observée jusqu’à la Révolution. Cependant, toutes ces constructions ne devaient pas avoir une longue existence. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1774, le feu s’y déclara. Tandis que les uns luttent contre le fléau ou sauvent de l’église proche, dont l’aile septentrionale est déjà attaquée, la sainte ampoule, la châsse et le bâton de saint Remi, les autres pillent, volent et jettent par les fenêtres de la bibliothèque les manuscrits qu’ils disputent à la flamme, les milliers de volumes que les Bénédictins avaient réunis à grand frais. Sur 800 à 900 manuscrits et 25.000 volumes, dit Tarbé, on ne retrouva que 11.898 volumes et 245 manuscrits.

Duroche, architecte du roi, réédifia les bâtiments du monastère ; on venait de les achever quand la Révolution éclata. Ceux-ci, abandonnés par les moines, devinrent magasin militaire, caserne, ambulance. Ce ne fut qu’en janvier 1827, que l’Hôtel-Dieu, de la place du Parvis, y fut transféré et y demeura jusqu’à nos jours. Mais, fatale destinée ! l’œuvre de Duroche et celle de Blondel, qui avaient échappé à la tourmente révolutionnaire, devaient être, hélas ! incendiées et détruites par les Huns du XXe siècle.

Sic transeunt res mundi ! Ainsi passent les choses de ce monde !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 14 août – Après le bombardement d’hier soir, nuit tranquille. Nous voyons les lueurs et la fumée de l’incendie de l’Hôtel-Dieu. Il se continue toute la nuit. Un tué, un blessé. Visite au Fourneau rue Féry, à l’Hôtel-Dieu, à l’Économe qui nous fait voir les débris et les dégâts de l’incendie. M. Dage dîne avec nous. Visite à S. Marcou où l’on amène les malades de l’Hôtel-Dieu (les soldats ont aidé à combattre le feu et au sauvetage des malades). Je suis accompagné de M. Maitrehut ; reçu par Madame… Rencontre là Monsieur et Madame de Tassigny de La Neuvillette qui me disent toute sorte de bien de M. Nicol, leur Curé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Neuvilette


Lundi 14 août

Après une série de combats préparatoires, au nord de la Somme, nos troupes sont passées à l’attaque de la troisième position allemande, qui s’étendait depuis l’est d’Hardécourt jusqu’à la Somme, à hauteur de Buscourt. Sur ce front de 6 kilomètres et demi, notre infanterie a enlevé toutes les tranchées et les ouvrages fortement organisés par l’ennemi sur une profondeur de 600 à 1000 mètres.
Nous avons pénétré dans le village de Maurepas, dont la partie sud et le cimetière sont en notre pouvoir. Nous avons porté nos lignes sur les pentes sud de la cote 109 et sur la croupe à l’ouest de Cléry. Dès à présent 1000 prisonniers valides sont dénombrés: nous avons, en outre, capturé 50 mitrailleuses.
Toutes les contre-attaques ennemies ont été brisées.
Sur le Carso, les Italiens ont dépassé le Vallone et occupé Oppachiasella. Ils ont pris 270 hommes et 3 canons.
Autour de Goritz, les Autrichiens, renforcés, résistent à l’est de la ville en se servant de leur grosse artillerie. Les alpins italiens ont conquis une nouvelle position sur la Tofana, dans les Dolomites.
Les aviateurs anglais ont bombardé les hangars de zeppelins de Bruxelles, les voies ferrées de Mons et de Namur, les gares de Busigny et de Courtray.
Les Russes sont entrés dans Stanislau et ont progressé sur le Sereth. Du 5 au 10, ils ont fait 13000 prisonniers dans ce secteur, la seule journée du 10 en ayant donné 5000. Près de Monasteritza, leur butin a été de 2500 hommes; il a été de 1000 sur la Zlota-Lipa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 13 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 août 1916

701ème et 699ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante d’orage le matin, après-midi chaude, lourde et se rafraichissant en ce moment. Le calme. Rien de saillant. Journée fastidieuse comme tous les jours de dimanche. Été messe rue du Couchant à 7h, mis à mon courrier, parti à la Poste et remis mon courrier, que je quitte pour écrire ces quelques lignes. Je suis enfin à jour à 2 lettres près. Je vais tâcher de les écrire ce soir pour n’y plus penser. Reçu de bonnes nouvelles de Robert qui est avec son ami du collège Hanrot (Charles Hanrot 1896-1976) et un autre au 61ème. Jean est parait-il fatigué, pauvre enfant, pourvu qu’il ne tombe pas !! Tout cela n’est pas pour m’égayer dans ma solitude. Sans compter ma femme qui est toujours fort triste.

Vu uniquement 5 minutes l’abbé Camu, vicaire général, curé intérimaire de la Cathédrale et de la rue du Couchant, qui a insisté pour que j’aille voir souvent le cardinal Luçon. Je tâcherai de le faire, mais j’ai tant et tant à faire !! Voilà ma journée. Triste et monotone. Après-demain 15 août qui sera semblable !! J’aime mieux les jours ouvrables qui m’amènent forcément quelques distractions par occupations et visites d’affaires.

8h35 soir  Les Vandales recommencent !! Les Sauvages !! A 8h bombardement vers St Remy, à 8h10 les pompiers de Paris passent devant la maison, se dirigeant vers le quartier St Remy, à 8h30 on me dit que c’est l’Hôtel-Dieu vers la rue Pasteur (rue du Grand Cerf depuis 1924) qui flambe et qu’il n’y a rien à faire. Je monte au grenier sur le toit ! Spectacle inoubliable de destruction, d’horreur. Tout l’ancien Hôtel-Dieu flambe, c’est effrayant. Pourvu que St Remy ne brûle pas !! Mon Dieu ! après la Cathédrale, Saint Remy !! non ce n’est pas possible !! Vous n’écrasez donc pas ces Barbares ! Il n’y a pas de nom pour les qualifier. Du haut du Mont de Berru ou de Brimont, ils doivent exulter devant leur œuvre de destruction !! Pauvre Hôtel-Dieu ! Vieux vestige échappé des destructions de la Révolution, il te faut disparaître toi, et cela par la main des Barbares ! Sauvages. Ils ne seront donc pas châtiés ! Qu’on aille chez eux et qu’on les brûlent, les fusillent, les pendent comme des bandits de droit commun, non ce n’est plus de la Guerre !! Je ne sais ce que c’est ! Comment on appelle cela ??

8h3/4 soir  Jacques, Adèle, Lise descendent du toit et me disent que le fléau parait circonscrit, et que St Remy ne parait pas être atteint !! Ce sont donc des démons !!! Mon Dieu ! êtes-vous le Dieu de justice ! alors écrasez-les ces sauvages ! maudissez-les et que cette race disparaisse !! Vengeance, Vengeance, Justice où vous n’êtes pas le Dieu juste !!

8h55 soir  Pluie torrentielle. Saint Remy est indemne parait-il. Oui, mais cette pluie aurait dû commencer il y a 3/4 d’heures !! Pauvre Hôtel-Dieu, que de souvenirs cette catastrophe remue-t-elle en moi. Le vieux cloître. Les vieilles boiseries de la Bibliothèque des moines, l’ancienne chapelle aux boiseries XVIIIème siècle, les salles du bâtiment central de façade ! Tout cela en cendres en 20 minutes de temps !!!! Vengeance ! Vengeance ! Justice ! Châtiment. Mon Dieu ! ou bien ce serait à douter de tout. Justice, châtiment, il le faut, vous le devez !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 août – Nuit tranquille. Reçu réponse du Cardinal de Cabrières. Visite au soldat… du Rosaire vivant, du Tiers-Ordre, dont le père est fabricant de biscuits (je crois). Mgr Neveux va dire une messe aux soldats cantonnés à Mailly. 5 h. bombes sifflantes ; très violent bombardement par canons et peut-être par avion. Nos canons répondent maigrement un pour 20. 8 h. soir, cinq aéroplanes allemands survolent la ville. Ils allument plusieurs incendies (annoncés : 4) à l’Hôpital Civil dont le corps principal est détruit. Chapelle (ancienne Bibliothèque). Le cocher Rozière, bon chrétien, qui conduisait le Dr Médecin de l’Hôpital Civil a été tué avec son cheval par un obus. Nous étions, Mgr Neveux et moi, dans le jardin. Temps lourd et chaud ; sombre ; épais nuages. Nous entendons ronfler des aéros au-dessus du jardin, cachés dans les nuages. Ne soupçonnant pas le danger, nous ne bougeons pas. Ce sont eux qui ont lancé les bombes incendiaires ou qui ont donné aux canons allemands le signal et le repèrement. Les deux sont probables : bombes d’avion et bombes de canon. Incendie cour Ste-Claire à Clairmarais (cinq tués route de Paris ; six civils tués ; deux ou trois carbonisés à Clairmarais. La Basilique S. Remi étant menacée, M. le Doyen et M. Maitrehut aidés du sacristain emportent les reliques de saint Remi dans la cave de M. le Doyen (Lettres recueil, p. 61 ).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais


Dimanche 13 août

Au nord de la Somme, une brillante attaque de notre infanterie a parfaitement réussi. Plusieurs tranchées allemandes ont été prises par nos troupes, qui ont établi leurs nouvelles lignes sur la croupe située au sud de Maurepas et le long de la route qui va de ce village à Hem.
Au nord du bois de Hem, une carrière puissamment fortifiée par l’ennemi et deux petits bois sont tombés en notre pouvoir. Nous avons fait 150 prisonniers et pris 10 mitrailleuses.
Sur le front de Verdun, bombardement de la région de Chattancourt et du secteur Thiaumont-Fleury.
Un avion ennemi a été abattu en flammes dans nos nos lignes au sud de Douaumont par un pilote de l’escadrille américaine.
Les Russes ont enfoncé l’armée du général von Bothmer. Sur la rive droite du Sereth, ils ont capturé 104 officiers et 4872 soldats; dans la partie sud de Monasteritza, ils ont pris 2500 hommes, dont un colonel; sur la Zlota-Lipa, leur butin a été de 1000 hommes.
L’armée italienne a progressé largement sur le Carso, à l’est de Monfalcone, sur le plateau de Doberdo et à l’est de Gorizia.
Les Anglais se sont avancés au nord de Bazentin-le-Petit ; ils ont ensuite rejeté toutes les contre-attaques ennemies; ils ont progressé également au nord-ouest de Pozières.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 12 août 1916

Louis Guédet

Samedi 12 août 1916

700ème et 698ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, chaud et lourd. Quelques obus cet après-midi. Payen, le sous-intendant militaire était étonné de ce que nous les entendions venir de très loin durant notre audience de réquisitions militaires au Palais de Justice. Cela s’organise et cela marchera. Nouvelles des miens, bonnes nouvelles de Robert, lettre de Maurice le pauvre petit, je lui répondrai demain. Voilà toute ma journée, quand même fatigante. Vu ce matin M. et Mme Eugène Becker, celle-ci bien courageuse. (Leur Fils Maurice, lieutenant d’artillerie au 40ème RA, a été tué le 22 août 1914 à Pierrepont (54), sa fille posthume Élisabeth épousera un polytechnicien, aura 8 enfants et décèdera à l’âge de 101 ans).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit et journée tranquilles. Visite de M. Faire pour Prisonniers (Œuvre de secours). A 4 h. 1/2 aéroplane allemand ; tir contre lui des canons français ; tir des canons allemands ; bombes sifflantes contre nos batteries. Un éclat d’obus allemand tombe dans la cour. Aéroplanes français entrent en scène. Un éclat tombe dans le jardin, à 1 mètre du banc, le long de la bordure, devant mon bureau. Un soldat tué boulevard de la Paix ; un autre blessé très gravement rue du Barbâtre, je crois fils d’un boulanger. A 11 h. un aéroplane allemand laisse tomber des bombes près de la gare de la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 12 août

Au nord de la Somme, nous avons, au cours de la nuit, accompli des progrès dans la région du bois de Hem et porté à une centaine le nombre de nos prisonniers. Nous avons capturé 6 mitrailleuses.
Au sud de la Somme, une reconnaissance allemande, qui tentait d’aborder nos lignes en faisant usage de liquides enflammés, a été dispersée à l’ouest de Vermandovillers.
Sur la rive droite de la Meuse, bombardement intermittent de la région de Fleury et de Vaux-Chapitre.
Dans les Vosges, un coup de main ennemi, précédé d’un bombardement, sur un saillant de nos lignes au nord-ouest d’Altkirch, n’a eu aucun succès et a causé des pertes aux assaillants.
Nous avons abattu un avion allemand sur le front de la Somme; deux autres ont été contraints d’atterrir. Nos escadrilles ont jeté des obus sur le front de Lassigny-Combles, sur les gares de Digny, d’Apilly, de Bazincourt et de Spincourt.
Les Anglais ont poursuivi leur progression au nord-ouest de Pozières, exécuté un coup de main heureux au sud d’Arras et repoussé une tentative analogue de l’ennemi près d’Hulluch.
Les Russes, après leur grand succès de Tysmenitza, ont continué d’avancer vers Stanislau en faisant des prisonniers.
Les Italiens, maitres de toute la rive gauche de l’Isonzo, de Tolmino jusqu’à la mer, ont dirigé des raids de cavalerie sur les lignes ennemies. Les prisonniers continuent à affluer dans leurs centres de concentration; on en compte plus de 12.500.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


paix

Share Button

Vendredi 11 août 1916

Louis Guédet

Vendredi 11 août 1916

699ème et 697ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps lourd et déprimant. Le silence. Ce matin audience civile qui m’a tenu jusqu’à 12h1/2. Fait des courses après-midi, je suis épuisé. Reçu lettre triste et résignée de ma pauvre femme qui a eu un petit mot de Robert qui est arrivé à bon port à St Brieuc. Passé à l’Hôtel de Ville au bureau militaire, service des Réquisitions pour expliquer comment j’entendais qu’on m’expédiât les dossiers. Question d’organisation et d’ordre. J’ai resignifié que je ne voulais pas qu’on m’envoyât des dossiers comme une botte de foin. De l’ordre et de la Méthode. On a compris. Demain après-midi nouvelle audience de réquisitions militaires.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 11 août – Nuit et journée tranquilles. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 11 août

Au nord de la Somme, nous avons réoccupé complètement, au nord du bois de Hem, une tranchée où l’ennemi avait pris pied. Cette action nous a valu de faire 50 prisonniers.
Au nord du bois de Hem, nous avons continué à progresser, et un vif combat se déroule à notre avantage.
L’ennemi, après une série d’attaques infructueuses, a repris pied dans l’ouvrage de Thiaumont. Nous avons progressé à la grenade dans Fleury et nous restons aux abords immédiats de l’ouvrage de Thiaumont.
Dans la région de Chaulnes, violente lutte d’artillerie, notamment entre Lihons et la voie ferrée de Chaulnes. Les Allemands ont été partout repoussés.
Un de nos pilotes a forcé un avion allemand à atterrir devant nos lignes près de Lérouville. Six autres avions ennemis ont dû descendre précipitamment sur la Somme. Un de nos appareils a bombardé la poudrerie de Rothercel sur le Neckar. D’autres ont opéré sur les gares d’Audun-le-Roman, de Longuyon, de Montmédy, sur les voies ferrées de Tergnier et la gare de La Fère.
Les Italiens sont entrés dans Gorizia, l’ennemi en déroute a laissé quant à présent 11.OOO prisonniers entre leurs mains. Les Russes ont progressé au sud du Dniester. Ils ont pris la ville de Tysmenitza et capturé plusieurs milliers d’ennemis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Share Button

Jeudi 10 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 10 août 1916

698ème et 696ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie le matin et temps lourd et orageux ensuite. Calme. Déjeuné chez le Président Hù, 79, avenue de Paris. Il y avait Payen, sous-intendant militaire, Mathieu, substitut du Procureur de la République, Dupont-Nouvion avocat, Robert Lewthwaite et Léon de Tassigny. Conversation quelconque, émaillée d’histoires plus ou moins graves.

A 2h, Audience de conciliations de réquisitions militaires, nous marchons. Je vais avoir un soldat affecté spécialement à ce service, au courant des réquisitions. Été à la Ville pour faire passer une note dans les journaux pour prévenir les prestataires de se pointer exactement sinon le dossier sera classé pour après la Guerre. Causé avec le Maire, de Bruignac et Raïssac, secrétaire en chef. Rentré chez moi fort fatigué. Demain audience civile le matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Nuit et journée tranquilles. Écrit au Cardinal Gasparri : Prisonniers transférés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

100

Photo : Louis Corré, Collection Gérard Corré


Jeudi 10 août

Nous avons réalisé quelques gains au nord de la Somme où nous nous sommes emparés d’un petit bois et d’une tranchée fortement organisée par l’ennemi au nord du bois de Hem. Nous avons conquis, dans cette région, depuis le 7, toute une ligne de tranchées sur un front de 5 kilomètres.
Des détachements ennemis ont été dispersés par notre feu en Champagne.
Violent combat sur la rive droite de la Meuse dans le secteur Fleury-Thiaumont. L’ennemi avait pris pied dans quelques tranchées et dans l’ouvrage de Thiaumont. Nos contre-attaques nous ont permis de reprendre les tranchées et de rentrer dans l’ouvrage.
De même, nous avons enlevé des tranchées allemandes dans le secteur le Chapitre-le-Chenois, faisant 200 prisonniers.
Un taube a bombardé Nancy : 5 blessés.
Les Russes, avançant sur le Sereth, ont porté à 8500 le nombre de leurs prisonniers.
Au sud du Dniester, ils ont progressé sur un large front, enlevant la ville de Thonacz. De ce côté, ils ont capturé 2000 Allemands et plusieurs canons lourds.
Les Italiens, qui ont pris l’offensive dans le Carso, près de Monfalcone, ont remporté un brillant succès. Ils ont capturé la tête de pont de Goritz dans la même région, faisant 8000 prisonniers, dont 200 officiers : 11 canons sont tombés entre leurs mains.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


goritz

Share Button

Mercredi 9 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 9 août 1916

697ème et 695ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps chaud et lourd. Je suis fatigué. Reçu la visite de Mgr Landrieux et de l’abbé Camu. Causé de choses et d’autres, Mgr Landrieux regagne Dijon demain. Couru par la ville. Beaucoup d’occupations. Vu aussi l’abbé Dage qui m’a promis de recommander Robert à des jeunes gens qu’il connait à St Brieuc. L’abbé Camu de même. Reçu lettre de Madeleine qui est bien triste, très triste. Voilà une journée monotone et occupée. Demain je déjeune chez le Président et ensuite Audience de Réquisitions Militaires. Des avions et de la canonnade dans la journée. Rendu visite à M. Mathieu substitut, qui fait l’intérim pendant les vacances de M. Bossu, Procureur de la République. Homme froid qui parait fatigué, il a été grièvement blessé à la cuisse. Légion d’honneur et Médaille Militaire – ce n’est plus mon vieux Procureur – heureusement que ce n’est que pour 2 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 9 – Nuit tranquille, 9 h. 1/2 bombes sifflantes mais non sur la ville, par-dessus la ville. Aéroplanes ; tir contre eux, de 11 h. à 5 h. Mgr Landrieux dîne chez nous. Visite au Lieutenant-Colonel Claret ; et au Colonel (maison Poullot, boulevard Gerbert) Bourrot (ou Bouriet ?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 9 août

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont bombardé avec violence l’ouvrage de Thiaumont, nos positions de Fleury, du bois Chapitre et du Chenois. Ils ont lancé ensuite une attaque sur l’ouvrage de Thiaumont. Arrêté par nos tirs de barrage, l’ennemi n’a pu déboucher et a été rejeté dans ses tranchées de départ.
Dans le bois de Vaux-Chapitre s’est produite également une action offensive. Brisée par nos tirs d’artillerie et nos feux de mitrailleuses, elle a totalement échoué.
La situation n’a pas changé sur les deux rives de la Somme. Le bombardement réciproque se poursuit entre l’Ancre et la Somme sur les premières lignes, ainsi que sur les lignes de soutien.
L’ennemi a prononcé diverses contre-attaques à l’est de Pozières, elles ont toutes été repoussées avec pertes pour l’assaillant; nous gardons le terrain conquis, dit le communiqué anglais. Nos alliés ont exécuté un coup de main heureux contre les tranchées ennemies à l’est de Neuville-Saint-Vaast. Les Allemands en ont tenté un sur les tranchées anglaises au sud-est du bois Grenier. Ils ont été repoussés avec pertes.
Le nombre des prisonniers faits par les Russes au sud de Brody dépasse 5500.
Les Italiens ont remporté des succès dans le val Sugana et dans le Haut-Cordevole.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


pozikère

Share Button

Mardi 8 août 1916

Louis Guédet

Au Lundi 7 août 1916 695ème et 693ème jours de bataille et de bombardement

Voyage à St Martin

4h1/2 soir  Je rentre à l’instant de St Martin fort triste et désemparé. Ma pauvre femme est désolée du départ de Robert demain pour le 61ème régiment d’artillerie légère à St Brieuc. Le pauvre enfant n’est pas fort. Résistera-t-il ? Il doit voir en passant son frère ainé Jean à la gare de Rennes, et ils s’entendront sans doute pour tâcher que Robert permute avec un soldat du 25ème d’artillerie afin qu’il puisse être avec son frère Jean. Il parait que c’est un droit pour 2 frères. Ils doivent voir. Me voilà revenu ici avec plus de tristesse et de soucis.

Triste séjour à St Martin cette fois-ci. La mort de Jules Maugin, mon seul camarade d’enfance, du même âge, été à son enterrement. Le départ de Robert, la tristesse de ma femme, et ensuite mon pauvre compagnon de chasse que j’avais si bien dressé, mon vieux Bock est fort malade et mourra peut-être. Ce martin la pauvre bête me regardait d’un air si triste. Enfin. Souffrances sur souffrances. Je n’en sortirai pas. Voyage de Châlons à Dormans avec M. Debar, graveur à Reims, réfugié à Paris en annonceur, avons causé de sa caissière Mme Loppin qui a été impliquée dans le faux Choubry, négociant en vins de Champagne que j’ai condamnée à de l’amende en simple police pour s’être servi du faux passeport, et le plus joli, c’est que Choubry se croit quitte envers cette pauvre fille avec les 10 F qu’il lui a donné et laissé les frais du procès sur le dos de Debar qui n’en peut mais !!! C’est bistouille (boisson d’origine douteuse, mot très utilisé par les poilus) et lui « Bistouilleur » !! Joli Monde !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 8 – Aéroplanes français ; tir contre eux. Visite au Dr Simon. Conseil. Visite de Mgr Landrieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 8 août

Au sud de la Somme, deux petites opérations nous ont permis de progresser dans les tranchées allemandes au sud-ouest d’Estrées.
Au nord de l’Aisne, un coup de main de l’ennemi dirigé sur nos positions du plateau de Vauclerc, a échoué sous un barrage d’artillerie aussitôt déclenché.
Sur la rive droite de la Meuse, au cours de combats partiels, nous avons sensiblement élargi le terrain conquis par nous au nord-ouest de l’ouvrage de Thiaumont, et nous avons repoussé une contre-attaque dans la même région.
Dans la région de Fleury et les secteurs du Chapitre et du Chenois, la lutte d’artillerie a repris sans action d’infanterie.
Nos escadrilles ont lancé 40 obus sur la région de Combles, 44 sur la gare de Noyon, 30 sur celles de Stenay et de Sedan, 40 sur la gare de Conflans, 60 sur celle de Metz-Sablons et sur les ateliers du chemin de fer, 40 sur les établissements militaires de Rombach. Deux ballons captifs allemands ont été incendiés par nos avions sur la Somme. Un avion allemand a lancé 4 bombes sur Baccarat. Aucune perte.
L’ennemi a attaqué les positions conquises par les Anglais au nord-ouest de Pozières. Il a été refoulé avec pertes. Nos alliés ont progressé à l’est de Pozières, vers Martinpuich. Ils ont effectué un coup de main heureux près de Carency et de Loos.
Les Russes ont livré une série de combats victorieux au sud de Brody, sur le Sereth. Ils ont capturé 95 officiers et 3000 soldats. Ils ont également progressé au Caucase, à l’ouest d’Erzindjan, en faisant des prisonniers. Ils ont bombardé Samsoun, dans la mer Noire.
Victoire anglaise à Kousani (frontière orientale d’Egypte). Il y a 2500 prisonniers turcs et allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


412_001

Share Button

Lundi 7 août 1916

Cardinal Luçon

Lundi 7 – Aéroplanes français ; tir contre. Visites aux officiers, à M. le Doyen de S. Remi. Tir sur les batteries des tranchées. Visite à l’Enfant- Jésus. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 7 août

Nuit calme sur le front de la Somme.
Entre Avre et Aisne, nous dispersons plusieurs patrouilles en faisant des prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, violente canonnade dans le secteur Thiaumont-Fleury. Les Allemands tentent, par de furieuses contre-attaques, de nous chasser de l’ouvrage de Thiaumont que nous occupions solidement. La lutte, qui a été longue, a causé de lourdes pertes à l’ennemi: celui-ci a été repoussé à chacune de ses tentatives, sans pouvoir réaliser le moindre gain. Combat vif également dans le village de Fleury où aucun changement appréciable ne s’est produit.
A l’est de Pont-à-Mousson, les Allemands, après une préparation d’artillerie, ont lancé sur nos positions de la forêt de Sacq une attaque qui a échoué sous nos feux de mitrailleuses.
Sur le front de la Somme, nos aviateurs ont livré dix-sept combats et deux appareils ennemis ont piqué brusquement dans leurs lignes.
Deux avions allemands ont été abattus dans la région de Verdun, l’un près d’Abaucourt, et l’autre près de Moranville.
L’armée britannique a opéré une attaque locale au nord de Pozières. Cette tentative a totalement réussi. La position principale de deuxième ligne allemande a été capturée sur un front de 2 km, et nos alliés ont fait plusieurs centaines de prisonniers. Toutes les contre-attaques dirigées par l’ennemi ont été repoussées avec de grosses pertes pour lui.
Les Russes ont fait 1300 prisonniers au sud de Brody.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


moranville

Share Button

Dimanche 6 août 1916

Cardinal Luçon

Dimanche 6 – Assisté aux Offices. Aéroplanes ; tir contre eux. A 5 h. bombardement sur batteries, bombes sifflantes comme hier. Visite aux Sœurs de l’Espérance.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 6 août

opetranger05def

Source : carnetdevol.org

Sur le front de la Somme, notre artillerie a bombardé les organisations ennemies. Un ballon captif ennemi, atteint par notre tir, a été détruit près d’Ennemain (sud de Péronne).

Dans la région de Verdun, nous avons remporté plusieurs succès signalés.
Nous avons repris et gardé l’ouvrage de Thiaumont, en dépit des furieuses contre-attaques que l’ennemi a dirigées contre nous. Les Allemands ayant d’abord réussi à progresser dans le village de Fleury, nous avons repris la plus grande partie de ce village par une brillante charge à la baïonnette, mais les Allemands y résistent encore dans un certain nombre de maisons. Nous avons fait en tout 400 prisonniers.
Les Anglais ont avancé dans

la région de Pozières. La canonnade persiste, très violente, sur l’ensemble de leur front.
M. Bassermann, l’un des c

hefs du parti national-libéral allemand, et en même temps l’un des leaders du pangermanisme, a prononcé un discours significatif, où il insiste sur l’héroïsme de nos troupes et la difficulté de nous vaincre.
Les Russes,

en luttant âprement, ont encore obtenu des succès partiels.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 5 août 1916

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Allocution à l’Adoration Réparatrice. Visite de M. Caillau, Curé de Sacy, du Curé de Cons-la-Granville. Retour à Reims dans l’automobile de M. Leroy ; à 6 h., bombardement violent sur batteries. Item de 9 h. à 10 h. Réponse du Cardinal Gasparri sur… Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

078_001


Samedi 5 août

Sur la rive droite de la Meuse, la bataille s’est poursuivie sur le front Thiaumont-Fleury que les Allemands ont attaqué avec un acharnement extrême. Plusieurs contre-attaques à gros effectifs, prononcées sur nos positions aux abords de l’ouvrage de Thiaumont ont été repoussées avec de grosses pertes pour l’adversaire. Nos troupes, au cours de la lutte, sont même parvenues à enlever l’ouvrage, que nous avons ensuite évacué sous la puissance du bombardement, en ramenant 80 prisonniers faits par nous.
Dans la région de Fleury, les combats n’ont pas été moins violents; les Allemands ont multiplié des contre-attaques sur le village Chauvre, précédées d’une intense préparation d’artillerie. Après plusieurs tentatives infructueuses, ils ont pris pied dans la partie sud de Fleury où le combat continue très vif. Tous les efforts pour nous déloger de la station de Fleury, située au sud-est, se sont brisés contre notre résistance.
L’ennemi a attaqué également nos nouvelles positions à l’est de Vacherauville et n’a réussi qu’à subir de lourdes pertes.
Une attaque allemande, enfin, a été dispersée dans les Vosges, à la Chapelotte.
Les Russes ont livré de violents combats sur le Stokhod. Ils ont progressé en Arménie.
Sur le front anglais, le combat d’artillerie est violent autour d’Armentières.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 4 août 1916

Cardinal Luçon

Vendredi 4 – Photographie. Visite de M. Letourneau, Buiron, Obert, Curé de Glaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 4 août

Au nord de la Somme, nous avons repoussé plusieurs tentatives allemandes dirigées sur la ferme Monacu, et nous avons organisé nos nouvelles positions entre cette ferme et le bois de Hem. Il se confirme que les unités allemandes engagées dans la région de Monacu, ont dû être relevées à la suite des fortes pertes qu’elles ont subies depuis le 30 juillet.
Au sud de la Somme, une contre-attaque sur nos positions au sud d’Estrées a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite de la Meuse, des contre-attaques allemandes violentes ont été prononcées sur les tranchées que nous avions conquises la veille. Nos tirs de barrage ont brisé les efforts de l’adversaire.
De notre côté, nous avons sérieusement progressé au sud de Fleury, puis enlevé toutes les tranchées comprises entre Thiaumont et Fleury jusqu’au sud-est de l’ouvrage de Thiaumont et aux abords de la cote 320, puis enfin, enlevé le village de Fleury lui-même. Depuis le 1er août, nous avons fait en cette région 1750 prisonniers valides.
Dans la région du Chenois, nous avons regagné presque tout le terrain perdu la veille.
Nos avions ont bombardé les gares de Ham et de Noyon. Des avions allemands ont jeté une bombe sur Nancy sans résultat, et plusieurs autres sur Pont-à-Mousson, sans résultat également. Quatre avions allemands ont été abattus dans la Somme.
Hindenburg prend le commandement suprême des forces ennemies contre la Russie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


noyon

Share Button

Jeudi 3 août 1916

Cardinal Luçon

Jeudi 3 – Visite du Cardinal Amette…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cardinal Amette, en 1913

Cardinal Amette, en 1913


Jeudi 3 août

Au nord de la Somme, nos troupes ont enlevé un ouvrage fortifié, puissamment tenu par l’ennemi, entre le bois de Hem et la ferme Monacu. Cet ouvrage renfermait une centaine de cadavres allemands. Nous avons déblayé 4 mitrailleuses.
Au sud de la rivière, une attaque faite par nous dans la région d’Estrées, nous a permis d’occuper une tranchée allemande au nord-ouest de Deniécourt et de faire des prisonniers. Toutes les contre-attaques ont été repoussées.
En Champagne, à l’est d’Auberive, une reconnaissance russe a chargé à la baïonnette un détachement ennemi qui s’est dispersé, laissant des morts sur le terrain.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement de nos deuxièmes lignes au sud du Mort-Homme.
Sur la rive droite, nous avons effectué plusieurs attaques depuis la Meuse jusqu’au sud de Fleury. Dans le bois à l’est de Vacherauville, à l’ouest et au sud de l’ouvrage de Thiaumont, ainsi que dans le ravin au sud de Fleury, nos troupes ont enlevé plusieurs tranchées allemandes. Nous avons fait 600 prisonniers et capturé 10 mitrailleuses.
L’ennemi, de son côté, a gagné un peu de terrain à Vaux-le-Chapitre et au Chenois. Il a subi des pertes importantes.
Les Anglais ont progressé à l’est de Pozières et repoussé des attaques à l’ouest du bois des Foureaux. Ils ont détruit 7 emplacements de batteries et 6 dépôts de munitions près de Grandecourt

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mercredi 2 août 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 2 – Visite de Mgr Landrieux et de M. Berrué.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 2 août

Au sud de la Somme, nous avons enlevé une tranchée allemande entre Estrées et Belloy-en-Santerre : 60 prisonniers sont restés entre nos mains.
Sur la rive droite de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions à l’ouest et au sud de l’ouvrage de Thiaumont. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé toutes les tentatives de l’adversaire. Quelques fractions ennemies, qui étaient parvenues jusqu’à nos tranchées, en ont été rejetées par de vives contre-attaques de nos troupes. Une attaque à la grenade nous a permis de progresser au sud de l’ouvrage de Thiaumont.
Les Allemands ont attaqué sur le front Vaux-Chapitre-le-Chenois. Sur ce dernier point, ayant pris pied dans nos éléments avancés, ils en ont été aussitôt rejetés. Ils ont subi, dans l’ensemble, de grosses pertes.
Le front britannique a été relativement calme.
Les Russes ont franchi le Koropecz, en Galicie, faisant un millier de prisonniers. Les Austro-Allemands, en se retirant, bombardent Brody.
Les Italiens ont infligé de lourdes pertes aux Autrichiens dans les Dolomites.
Les avant-postes serbes ont chassé les Bulgares d’un certain nombre de positions.
Sept zeppelins ont survolé l’Angleterre sans résultat

Source : La Grande Guerre au jour le jour


854_001

 

Share Button

Mardi 1 août 1916

Cardinal Luçon

Mardi 1er –

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 1er août

Au nord de la Somme, les Allemands ont multiplié leurs contre-attaques sur nos positions du bois de Hem et sur la ferme de Monacu la lutte a été particulièrement vive sur ce dernier point qui, perdu un instant, a été aussitôt reconquis. Toutes les tentatives ennemies ont finalement échoué avec des pertes sérieuses. Au bois de Hem, spécialement, nos batteries ont pu prendre en enfilade les effectifs adverses.
Sur la rive gauche de la Meuse, un assaut allemand sur les pentes nord-est de la cote 304 a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite, nous avons progressé au sud-ouest de Fleury et fait une vingtaine de prisonniers. Une tentative d’attaque ennemie à la grenade sur la partie ouest du bois de Vaux-Chapitre est restée sans résultat.
Une de nos escadrilles a bombardé les usines militaires de Thionville, les gares de Conflans et d’Audun-le-Roman et les bivouacs de la région d’Etain.
Pas d’action d’infanterie sur le front britannique.
Les aviateurs anglais ont jeté 7 tonnes de projectiles sur les voies de communication et les cantonnements ennemis. Ils ont fait sauter un train, incendié un dépôt de munitions et détruit un avion.
Les Russes, continuant à marcher sur Kovel et Stanislau, ont capturé plusieurs milliers d’ennemis, et, entre autres, un régiment de honveds, avec son état-major.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


monacu

Share Button