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Jeudi 31 mai 1917

Louis Guédet

Jeudi 31 mai 1917

992ème et 990ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  J’ai pu dormir cette nuit. Il fait un temps magnifique. J’ai enfin pu connaitre le nom de notre nouveau commandant de Place, le Lieutenant-colonel Frontil (précédemment son nom était rajouté a posteriori au crayon de papier), une culotte de peau parait-il (vieux soldat parfois un peu trop à cheval sur le règlement), Journée monotone et lourde à tirer. J’ai travaillé le plus que j’ai pu pour changer mes idées, mais c’était sans conviction, on agit et on vit à côté. Sorti après-midi faire des courses pour tuer le temps, mais on rentre le cœur alourdi, déchiré des ruines qu’on voit pas à pas. Alors on rentre chez soi pour ne plus en voir.

Voilà ma journée. Mon Dieu ! que cette vie est lugubre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

31 mai 1917 – Première journée calme. Quelques sifflements, le soir.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – + 15°. Nuit tranquille. Canonnade à l’est au loin. Visite du Général des Vallières(1) et du Colonel Frontil (jambes articulées). Nuit.tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le général des Vallières était un officier d’une sûreté de jugement et d’une culture peu communes. De décembre 1915 à juillet 1917 il a été à la tête de la mission française auprès du haut commandement britannique. En juillet 1917 il commande une division au Chemin des Dames. Le 28 mai 1918 il est tué au combat au milieu de ses hommes qui contre-attaqueront dans la nuit pour pouvoir rapporter dans nos lignes le corps de leur chef. Le nom du Général des Vallières a été donné au grand Amphithéâtre de l’École Supérieure de Guerre.
En savoir plus : cliquer ici


Jeudi 31 mai

Lutte d’artillerie assez violente et rencontres de patrouilles au sud de Saint-Quentin.
En Champagne, une attaque ennemie, menée par des unités spéciales d’assaut, a tenté d’aborder nos tranchées sur le mont Blond. L’ennemi a dû refluer sous la violence de nos feux en abandonnant des morts et des blessés. Nous avons fait des prisonniers, pris une mitrailleuse et un appareil lance-flammes.
Sur la rive gauche de la Meuse, nous avons exécuté un coup de main sur les lignes allemandes, à la cote 304. Des destructions importantes ont été opérées et nous avons ramené une dizaine de prisonniers.
Les Belges ont exécuté un tir de destruction très réussi sur des abris de mitrailleuses. La réaction de l’artillerie ennemie a été très vive. Un parti ennemi a été repoussé.
Les Anglais ont refoulé des coups de main ennemis vers Fontaines-Les-Croisilles et l’ouest de Lens. Leurs patrouilles ont pénétré dans les tranchées allemandes au sud de Neuve-Chapelle et fait subir des pertes aux occupants.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et dans la boucle de la Cerna.
En Egypte, l’artillerie britannique a détruit plusieurs canons ennemis.
Les Italiens ont brisé une violente réaction autrichienne sur le Carso.
Le Parlement de Vienne a ouvert sa session.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 30 mai 1917

Paul Hess

30 mai 1917 – Bombardement, comme tous les jours.

L’Éclaireur de l’Est annonce qu’il a été envoyé 2 000 obus sur la ville, pour la journée de bombardement d’avant-hier 28 (lundi de la Pentecôte).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 30 – + 13°. Nuit tranquille. A 5 h. 30, trois ou quatre bombes (sur batteries ?). Visite à Sainte-Geneviève, à M. le Curé, à l’église. Jour­née assez tranquille. Rue du Pont-Neuf, nous rencontrons un fourgon con­duisant les deux tués d’hier au cimetière, sans prêtre. Les cochers arrêtent d’eux-mêmes pour nous prier de bénir les cercueils. J’ai été touché de cet acte spontané de leur part.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 30 mai

Les Allemands, après avoir bombardé violemment la région d’Hurtebise, ont prononcé deux attaques qui ont été refoulées par nos feux. Toutes nos positions ont été intégralement maintenues.
En Champagne, rencontres de patrouilles dans les secteurs au sud de Nauroy et de Moronvilliers. Nos batteries ont exécuté des tirs efficaces sur les organisations et les voies de communication de l’ennemi.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons enlevé un petit poste allemand au nord de Vacherauville et fait des prisonniers.
Sur le front belge, un poste d’écoute allemand a été attaqué à Kloostesbeek.
Les Italiens ont acquis de nouveaux avantages sur le Carso. Ils ont pris en tout, jusqu’ici, 23681 hommes; 36 canons et 148 mitrailleuses.
Les Anglais ont repoussé des raids au sud-ouest de Lens et à l’ouest de Messines. Ils ont exécuté des coups de main heureux près de Plosgstaert. Canonnade sur les deux rives de la Scarpe.
Le comte Andrassy avait été chargé de reconstituer le cabinet hongrois, il y a momentanément renoncé.
L’adjoint au ministre de la Guerre russe, M. Yakobovitch, déclare que jamais l’armée n’a disposé de tant d’obus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 29 mai 1917

Louis Guédet

Mardi 29 mai 1917

990ème et 988ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Beau temps froid la nuit, à cause de ma nouvelle installation au rez-de-chaussée dans la salle à manger avec ses carreaux en journaux, crevés de-ci de-là…  En tout cas  il me semble être plus en sécurité ?!! Hélas ? si sécurité il y a !! Donc d’un côté j’ai dans un coin ma chambre à coucher…  dans un autre ma toilette…  dans un 3ème mon bureau, dans un 4ème mes archives, et au milieu ma salle à manger !!… Voilà mon nouveau…  domicile, en attendant…  un nouveau séjour en cave. Quelle vie !

Toute la nuit bataille. Ce matin cers 4h1/2 des bombes à proximité…  alors sommeil à l’état de veille ! Je me rendors fiévreux malgré cela. Levé à 8h, et à neuf heures (rayé) et sa femme pour un renouvellement de laissez-passer. Ces gens-là se trébucheraient dans un fil de la Vierge !! Aussitôt je file à la Ville (Caves Werlé) où l’on m’attendait avec impatience, pauvre juge de Paix. Je contente tout le monde, c’est déjà cela. Je demande mes 4 cartes de sucre pour confitures, ce sera pour St Martin où les fruits vont faire foison. Bref, après ce 1er recontact, je crois tout de même que je suis « quelqu’un » ici… Et dans les rues tous les passants m’accostent et me saluent avec joie.

Je repasse par la Poste et rue Libergier, 43, maison de La Morinerie, sur la grande porte j’aperçois cette inscription à la craie sur les 2 panneaux qui indique bien l’état d’esprit populaire des Rémois et même de nous-mêmes les dirigeants :

C’est net, précis, c’est le « Vox Populi, Vox Dei » des anciens.

Qu’on                                  1F95 de solde

nous                                           aux

foute                                     Galonnés

la                                        et la Guerre

Paix                                       finira vite

A l’École Professionnelle (Poste) où la sous-préfecture est installée, vu Beauvais que je félicite de son ruban feutré. Nous causons et j’apprends par lui que le Dr Langlet (le Maire) a donné un avis défavorable à la proposition faite pour lui au ruban avec de Bruignac, Charbonneaux, Dr Harman, Dramas, Beauvais et Geoffroy, plus le Cardinal Luçon, et Beauvais me disait que le Maire avait ce défaut de ne jamais encourager ses administrés et employés, il le critiquait assez. Le soir Houlon, à qui j’en causais, me disait la même chose, le Maire ne fera jamais rien pour son entourage comme il le dit.

Le bas de la page, une ligne, a été découpé.

…ministérielles nombreuses de demandes à ces « officiels » de dire un mot une fois gracieux et d’encouragement à tous ces subalternes qui gravitent autour de la sphère municipale. Le Docteur Langlet ne sait pas ce qu’il aurait fait plaisir et gagné pour son…  étoile qui pâlit en ce moment. Notre héroïque Docteur a une mauvaise presse en ce moment dans notre cité-squelette.

Je rentre pour mon courrier, et déjeuner. Je retourne à la Poste et à la sous-préfecture (même local) pour Allocations d’appel. Causé avec Beauvais, Rousseaux, Charlier et Guichard, des événements actuels et surtout de l’imprécision que l’on a du haut commandement, des État-majors, que tous (et combien d’opinions différents !!!) nous avons ! Bref nous n’avons pas les idées couleur de rose. Je leur conte les impressions du colonel Etienne du 3ème Zouaves (Colonel Etienne, commandant le 3ème RMZT (Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs)) du commandant Jouanneau du 41ème d’Infanterie. Bref, découragement, déconvenue de la Grrrrande !! atttttaque !! et criant, réclamant un chef, et au désordre des État-majors qui ne songent qu’à faire la noce…  et boire les vins pillés !…

Je file, de là, à la Ville. Là je me trouve avec de Bruignac, Houlon, Albert Benoist, Drancourt, etc…  Je visite les ruines de l’Hôtel de Ville avec Houlon, nous causons et rentrons aux caves avec Sainsaulieu qui photographie l’arceau principal avec tous les services et nous comme par hasard…

Le bas de la page, une ligne, a été découpé, le feuillet suivant a été supprimé.

…Revenu à la maison, Lutta (Paul Lutta) m’arrive, nous causons des affaires de la Maison Mareschal (Henry Goulet), il m’avoue de beaux bénéfices. Ils ont vendu une cuvée aux Olry-Roederer, payée par le plus gros chèque qu’il ait vu à la Maison, 700 000 F !… J’en suis heureux pour Mme Mareschal et les enfants de mon pauvre ami Maurice, René et Henry !

Puis je prends quelques renseignements sur les déménagements militaires, à voir. En le reconduisant, j’entends une discussion entre mes 3 Parques. Melle Marie m’interpelle en me disant qu’Adèle l’accuse de lui avoir volé une chemise. Je n’y fais nulle attention, puis ma grosse Adèle m’arrive toute bouleversée, et m’apprend que ce matin elle a mis à la lessive 2 chemises à elle, et que ce soir elle n’en retrouve plus qu’une. De là la discussion que j’avais entendue. Elle m’apprend qu’elle a déjà eu une chemise disparue depuis que cette Marie Riess habite avec nous depuis la mort de Jacques. Durant cette conversation, Marie Riess est retournée chez elle, 91, rue des Capucins, chez ses maitresses Mmes Leclerc, et elle n’est pas encore rentrée à cette heure-ci (9h1/2). Donc la sotte est « déclarée coupable ». Lise parait enchantée de son départ, il est vrai que pour mon propre compte je trouvais que cette fille ne se gênait guère. Enfin nous verrons la suite à donner à cette affaire et la suite de cette affaire. Il est tard, je vais me coucher après bien des émotions. Pas de nouvelles de…

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 mai 1917 – Sifflements et bombardement serré dès le matin 4 h, vers le boulevard Charles-Arnoult.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 29 – Tir des Allemands sur Saint-Brice : chevaux tués ; hommes blessés. Tir sur la rue Passe-Demoiselles. Nuit tranquille ; + 13°. A 5 h. matin, bombes sifflantes (sur batteries ?). Item à 7 h. 30 : deux tués. Lettre à Mgr L’Évêque d’Angers (Recueil, p. 117).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 29 mai

L’ennemi a renouvelé par deux fois ses attaques sur le Casque et le Téton. Il a été partout repoussé. Une troisième tentative a été arrêtée par nos feux. Un coup de main sur le Mont-Blond n’a pas eu plus de succès.
Sur la rive gauche de la Meuse, dans la région de la cote 304 et du Mort-Homme, l’artillerie ennemie a été très active.
Dans la région d’Uffholtz (Alsace), un de nos détachements, pénétrant jusqu’à la deuxième ligne ennemie, a constaté la présence de nombreux cadavres dans la tranchée allemande et ramené des prisonniers.
La lutte continue toujours avec violence sur le front austro-italien et spécialement sur le Carso. Nos alliés ont brisé plusieurs offensives ennemies et fait 156 prisonniers.
Les Anglais ont capturé des prisonniers et arrêté quelques tentatives allemandes.
Le président du Brésil a adressé un message au Congrès de Rio pour le solliciter de prendre une décision à la suite des derniers torpillages.
A Madrid a eu lieu un très important meeting où les représentants des différents groupements démocratiques se sont prononcés pour le rapprochement avec les puissances de l’Entente et pour la rupture avec l’Allemagne. A la sortie, un attentat a eu lieu contre le leader radical M. Lerroux, qui n’a pas été atteint.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 mai 1917

Louis Guédet

Lundi 28 mai 1917

989ème et 987ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps. Je pars à Rilly à 8h, par Cormontreuil, Varsovie (ferme de Varsovie), Mont Ferré, Moulin de Montbré et Rilly. Des canons, des tranchées, des tombes le long de la route. Arrivé là je trouve Maurice Lepitre, sa jeune femme et Edith Lepitre (Maurice Lepitre (né en 1877), son épouse, née Hélène Louise Juget (1882-1966) et leur fille Edith (1910-1985) qui épousera Henri Le Bourgeois), charmants, très sensibles à mon empressement à venir pour le affaire de Son (succession). Rilly est comblé de troupes. Nous déjeunons, causons, causons, causons, il y avait 3 ans presque que nous nous étions vus, la dernière fois le 23 juillet 1914, à l’enterrement de M. Lepitre Père !!! Tous comme moi en ont assez ! et même état d’esprit à l’égard des officiers, quels qu’ils soient, et même mauvaise impression que moi-même !! Maurice Lepitre me dit (ce que je savais déjà) que les troupes en ont assez et sont très montées contre tous ces officiers incapables et noceurs. Il est aussi convaincu qu’après la Guerre on le leur fera sentir cruellement.

Ils me contaient qu’ils avaient eu pendant plusieurs mois chez eux à Rilly le Général Mazel, commandant la Vème Armée (une vieille connaissance à moi !!) et certes leur impression à son endroit était plutôt désastreuse !! sans compter ses caprices sardanapalesques (vie luxueuse et débauchée) et digne des rois fainéants…  un exemple du Sire entre cent. Dans le jardin des Lepitre il y a un bassin avec jet d’eau où, (lorsque ce galonnard était là) une malintentionnée grenouille avait élu domicile et avait l’impudence de chanter à la lune et de troubler le sommeil du (rayé). Savez-vous ce qu’il a trouvé ? Eh bien ! à l’exemple d’un roi ou satrape célèbre dans l’antiquité, et dont tous avons appris les excentricités au collège, il faisait battre l’eau du bassin par un soldat pour empêcher de chanter la malheureuse grenouille. Mais comme la damoiselle continuait à croasser, il eut l’idée lumineuse de faire vider par le susdit soldat le bassin, qui mis à sec força la grenouille à choisir un domicile plus humide et convenable à son tempérament aquatique. Plus de chanson. Le général Mazel exulta et put dormir tranquille… !! au bout de quelques jours, le hanneton ou l’araignée qui habitait dans la sa cervelle, découvrit que puisque la grenouille avait fui, on pouvait remplir le bassin d’eau, ce qui était plus charmant à l’œil. Qui fut dit fut fait, mais la satanée grenouille sentant…  l’eau fraîche, revint rejoindre son ancien domicile, et se remit à…  chanter !! Colère du satrape !…  et regaulage de l’eau du bassin par le pauvre soldat, qui mélancoliquement disait aux maîtres de céans, tout en gaulant sa grenouille : « Je ne me doutais guère que mes parents m’avaient fait faire toutes mes études, et même ma licence en droit pour aboutir à ces nobles fonctions que j’exerce en ce moment : battre l’eau avec une perche pour empêcher de croasser aux grenouilles de venir de croasser pour permettre à mon Général d’Armée de dormir en paix. Vraiment, ils auraient pu employer mieux leur argent !!… » Et voilà comment au XXème siècle un Général d’Armée qui fait tuer chaque jour des centaines et des milliers d’hommes emploie ceux-ci à satisfaire ses…  imbécilités ses excentricités dignes d’un tyran de l’antiquité !!

Hier soir j’ai eu 54 ans !! Triste et douloureux anniversaire, qui en guise de cloche de joyeux anniversaire, avait  le glas du canon ennemi pour sonnerie de gai événement…  seul…  loin de tous mes aimés. Je suis entré dans ma 55ème année au son du canon et du sifflement des obus fusants, incendiaires, lacrymogènes ennemis !! Du jardin sur une terrasse j’ai contemplé à la jumelle le Mont Haut, Mont Cornillet, Nogent, etc…  tout blancs tout bouleversés, et dans tout ce désert de grandes fumées s’levant au loin. C’était la bataille que je voyais, bataille que j’entends depuis 33 mois !! Cela tombait surtout sur Puisieulx, Sillery, Mont Cornillet, Mont Haut.

Je quitte mes amis vers 5h1/2 et rentre à Reims vers 6h3/4. Rilly n’a pas souffert du bombardement. Quelques murs crevés, quelques toitures enfoncées, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mai 1917 — Bombardement, ainsi que chaque jour.

– A 16 h 1/2, après avoir profité de la liberté de ce lundi de Pentecôte, pour mettre en ordre différentes choses dans l’immeu­ble de mon beau-frère, rue du Cloître 10, je pense à sortir quel­ques minutes, si possible, pour faire une courte promenade.

A l’instant précis où je fermais la porte de la maison, un obus venant soudain au-dessus de moi, éclate sur sa corniche, me clouant sur place. C’était un 88 autrichien.

Avec d’autres obus, on n’a déjà généralement pas le temps de se garer, mais avec ces maudits projectiles, que l’ennemi nous envoie depuis quelque temps et que nous connaissons malheureu­sement trop bien, cela devient absolument impossible, car on en­tend en même temps le coup du départ, le sifflement et l’explosion d’arrivée ; on serait tué sans avoir eu le temps de s’apercevoir du danger.

Je venais d’allumer avec plaisir un cigare, rapporté dernière­ment d’Épernay, où j’étais allé en congé quelques jours ; je conti­nue à le fumer tout de même, non sans une certaine émotion, car il est bien évident que je viens, encore une fois de l’échapper belle, avant d’aller prendre un peu l’air, au dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 28 – + 15°. Toute la nuit combat à Test. A 5 h. quelques bombes ; Vers 1 h. 45, quelques bombes très fortes et très près de nous. J’ai tremblé pour la Cathédrale. Visite rue Chanzy où est tombé un obus. Visite à M. Biaise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 mai

Une tentative des Allemands sur nos tranchées, au nord du moulin de Laffaux, a échoué sous nos feux. Dans ce secteur, ainsi que sur le plateau de Californie et dans la région des crêtes au sud de Nauroy et de Moronvilliers, la lutte d’artillerie a été assez violente au cours de la nuit.
Une attaqne locale a permis aux Anglais d’effectuer une nouvelle progression vers Fontaines-les-Croisilles. Des engagements de patrouilles vers le Cojeul, leur ont valu un certain nombre de prisonniers.
Ils ont abattu trois avions allemands en combat aérien, huit autres avions ont été contraints d’atterrir, désemparés. Quatre avions anglais ne sont pas rentrés.
Les Italiens ont continué leur progression sur le Carso en s’emparant de nouveaux points fortifiés. Ils ont fait des prisonniers en plusieurs endroits: 1150 au total.
Le général américain Pershing a fait un discours éloquent pour affirmer que ses troupes viendraient prochainement collaborer à la libération du front occidental.
On dément officiellement à Vienne que l’archiduc Joseph doive succéder à M. Tisza à la tête du cabinet hongrois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 27 mai 1917

Louis Guédet

Au dimanche de Pentecôte 27 mai 1917 988ème et 986ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Rentré ce soir de St Martin, désemparé. La désolation de ma pauvre femme m’inquiète beaucoup, mes 2 grands exposés fort, très fort à Berry-au-Bac, mon Père malade, et à son âge pouvant disparaître d’un moment à l’autre. Voilà mon état d’esprit. Et dans tout cela je ne vois aucune issue, aucune lueur de voir cesser nos épreuves et ma misère !…  Je suis à bout de tout.

Quand je suis arrivé à St Martin j’étais exténué, et depuis 2 ou 3 jours seulement je commençais à reprendre vie un peu, et esprit, mais voilà que je suis obligé de renter inopinément ici, rappelé pour aller demain à Rilly-la-Montagne faire signer un petit partage aux Lepitre. Je pars demain à 8h.

Ici ce matin bombardement et gaz lacrymogènes par obus. Dont les effets se sont fait sentir à la maison sur nos bonnes. Rien de grave elles avaient des picotements aux yeux et des larmes. En ce moment le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pentecôte 27 mai 1917 – Bombardement, dès 5 h 1/2.

A 7 h, à peu près, alors que je me rasais la barbe, la fenêtre ouverte, dans la cuisine du 10 de la rue du Cloître, par un temps superbe, je me sens subitement très incommodé par des picote­ments aux yeux qui me donnent à penser que ma vue commence à se fatiguer, ce que je m’explique sur le moment, sans prendre garde à une autre cause, par le séjour continuel dans les caves.

Nous devons, à la mairie, travailler toute la journée à la lu­mière de lampes à pétrole et quand je sors du bureau, c’est uni­quement pour aller prendre mes repas à la popote avec le même éclairage, puis pour venir passer la nuit, cour du Chapitre, encore dans la cave.

Je songe sérieusement à aller voir un oculiste dès que cela me sera possible, au cours d’une permission, car j’ai bien du mal de continuer l’opération dans laquelle j’ai été arrêté. Très gêné, les yeux remplis de larmes, j’achève ma toilette à l’aveuglette, comme je le puis et je sors vers la place royale.

Une première personne que j’aperçois se garantit la figure avec son mouchoir. Deux ou trois autres que je vois ensuite, font de même ou se tamponnent les yeux et je comprends alors que, dans le centre, nous venons de ressentir les effets de gaz lacrymo­gènes.

Était-ce une nappe qui s’était répandue jusqu’en ville, ou des obus spéciaux avaient-ils éclaté à proximité ?

Les gens rencontrés avaient été certainement surpris comme moi, car aucun n’avait son masque.

— Les obus tombent serrés, toute la matinée. L’après-midi se passe tranquillement mais vers 19 h 1/2, c’est la reprise du bom­bardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 27 – A 8 h. + 20°. De 6 h. à 11 h. 30, bombes sifflantes conti­nuellement ; senti de nouveau odeur douceâtre à ma fenêtre que j’ai dû fermer ; souffrance légère aux yeux (gaz asphyxiants ou lacrymogènes). Presque à tous les obus, des éclats tombent chez nous ou chez nos voisins.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 27 mai

Actions d’artillerie intermittentes sur la plus grande partie du front, assez vives dans la région a l’est de Vauxaillon et en Champagne, dans le secteur du Mont-Haut et du Téton.
Un coup de main ennemi sur nos petits postes, au nord-est de Vauxaillon, a complètement échoué.
Au nord de Cerny, nos batteries ont pris sous leur feu et dispersé des rassemblements ennemis.
Nos pilotes ont abattu dix avions ennemis; dix-sept autres appareils allemands ont été contraints d’atterrir. Nos escadrilles ont bombardé les gares de Mars-la-Tour, Chambley, Conflans, Vouziers, Anizy; les bivouacs de la région de Laon, etc, 13000 kilos d’explosifs ont été lancés.
Les Anglais ont repoussé des coups de main au nord de Gouzeaucourt et à l’est d’Armentières. Ils ont progressé sur la rive droite de la Scarpe. Canonnade de Croisilles à la Scarpe.
Un raid d’avions allemands dans les comtés du sud-ouest de 1’Angleterre, a fait un grand nombre de victimes, surtout des femmes et des enfants.
Les Italiens, s’avançant toujours sur le Carso, ont porté à 22419 le total de leurs prisonniers en dix jours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 26 mai 1917

Cardinal Luçon

Samedi 26 – + 15°. Nuit assez tranquille en ville ; mais agitée et bruyante vers l’est et entre batteries adverses. Toute la nuit, combat à l’est de Reims. Gros coups de canons à Reims de temps en temps. Visite de M. le Marquis de Dion, député et Conseiller Général de la Loire-Inférieure.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 26 mai

A la suite d’un bombardement très violent de nos tranchées, au nord-ouest de Braye-en-Laonnois, les Allemands ont lancé trois fortes colonnes à l’assaut d’un saillant de notre ligne, dans le secteur du Panthéon, au nord du chemin des Dames. Malgré des pertes sanglantes, ils ont réussi, après plusieurs tentatives, à prendre pied en quelques points de nos tranchées avancées. Des contre-attaques immédiatement déclenchées, nous ont permis de reprendre la plupart des éléments conquis par l’ennemi. Nous avons fait, au cours de ces contre-attaques, 55 prisonniers et pris 2 mitrailleuses.
Au cours de l’attaque du 22 sur le plateau de Vauclerc, nos troupes ont capturé 3 canons de campagne.
Dans la région de Chevreux, l’ennemi a réagi seulement par son artillerie sur les positions conquises par nous.
Il se confirme que ses pertes ont été très lourdes au cours de cette attaque et 2 bataillons ont été presque entièrement anéantis. Nos pertes ont été inférieures au chiffre de prisonniers que nous avons faits en cette action, et qui s’élève a une trentaine.
En Argonne, nous avons réussi un coup de main près de la Fille-Morte.
Les Italiens ont élargi leurs succès du Carso, conquis de nouvelles cotes, repoussé des contre-attaques et porté à 10245, dont 316 officiers, le chiffre de leurs prisonniers.
La Chambre des Députés a discuté, en comité secret, la question de la guerre sous-marine au sujet de laquelle M. Lloyd George a fait, à Londres, une déclaration rassurante.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 25 mai 1917

Cardinal Luçon

Vendredi 25 – + 14°. Nuit tranquille. Via crucis in cathedrali : ob operariis ad hoc scopis mundata. Il y avait un monceau énorme de décom­bres tombés des voûtes du 16-24 avril 1917. Il était difficile de passer de la basse nef dans le déambulatoire où se trouvait le chemin de croix : il fallait escalader ce monceau de pierres mouvantes. Entre 9 h. 30 et 10 h., bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 25 mai

Sur le plateau de Vauclerc, une attaque allemande, consécutive à un violent bombardement, a été immédiatement arrêtée et rejetée dans ses tranchées de départ après avoir subi des pertes sérieuses. Les prisonniers que nous avons faits dans ces régions appartiennent à six régiments de quatre divisions différentes.
Depuis le 1er mai, 8600 prisonniers allemands valides ont été capturés par nos troupes entre Soissons et Auberive.
En Champagne, lutte d’artillerie assez active dans le massif de Moronvilliers.
Plusieurs de nos avions de bombardement ont lancé 2200 kilogrammes de projectiles sur les gares de la région de et des incendies se sont déclarés.
Les Anglais ont repoussé une tentative de raid ennemi vers Armentières et infligé de grosses pertes aux assaillants. Ils ont abattu cinq avions allemands.
Sur le Carso, après 10 heures de bombardement, les troupes italiennes de la 3e armée ont attaqué les lignes ennemies de Castagnevizza à la mer. Elles ont largement progressé. Les contre-attaques autrichiennes ont été partout repoussées. Nos alliés ont capturé 9000 prisonniers dont plus de 300 officiers. De fortes escadrilles d’avions et dix batteries anglaises du plus récent modèle ont participé à l’action.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 24 mai 1917

Plateau des Eparges

Cardinal Luçon

Jeudi 24 – + 14°. Nuit tranquille ; journée item. Visite du…. Durand. Visite chez M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 24 mai

Nous avons prononcé, en trois points, des attaques qui ont donné de bons résultats. Sur le plateau de Vauclerc et sur le plateau de Californie, nos troupes ont poursuivi la conquête des derniers observatoires qui dominent la vallée de l’Ailette et élargi sérieusement leurs positions sur les pentes nord. A 1’est de Chevreux, nous avons enlevé trois lignes de tranchées allemandes.
Une contre-attaque allemande sur nos positions nouvelles du plateau de Californie a été brisée par nos feux avec de lourdes pertes pour l’ennemi. 400 prisonniers sont restés entre nos mains.
Nous avons repoussé une offensive ennemie sur la pente sud-ouest des Eparges.
Les Allemands ont bombardé les positions britanniques de la ligne Hindenburg, dans le voisinage de Bullecourt. L’artillerie de nos alliés a supérieurement répondu.
Les troupes anglaises ont exécuté avec succès un coup de main au sud-est de Gavrelle. Elles ont fait des prisonniers au nord d’Armentières.
Les Italiens ont infligé aux Autrichiens un sanglant échec au Colbricon, dans les Alpes du Trentin.
Les Russes ont brisé une petite attaque allemande près de Kiewo.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Plateau des Eparges

Plateau des Eparges

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Mercredi 23 mai 1917

Cardinal Luçon

Mercredi 23 – + 15°. Nuit tranquille en ville. Combat à l’ouest et au nord pendant une partie de la nuit. Visite rue du Levant, Ponsardin, Barbâtre, Mont-Dieu, Curé de Saint-Maurice, Enfant-Jésus, Doyen du Chapitre. Usine du Mont-Dieu. Quelques obus en ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 23 mai

En Champagne, la réaction de l’artillerie ennemie sur les positions conquises par nous au nord du mont Cornillet, du Casque et du Téton, a été suivie d’une attaque d’infanterie sur ces trois secteurs. L’ennemi a été repoussé partout et a subi des pertes importantes. Le chiffre de nos prisonniers est monté à 1000, dont 28 officiers.
Lutte d’artillerie d’une grande violence dans la région des plateaux de Vauclerc et de Californie et à l’est de Chevreux.
Les Allemands ont soumis la ville de Reims à un intense bombardement. Nous avons abattu deux avions ennemis.
Les Anglais ont effectué des raids heureux au nord-est d’Epéhy, au nord d’Armentières et à l’est de Vermelles.
Canonnade sur leur front, à l’est de Bullecourt, au sud de la route Arras-Cambrai et à l’ouest de Lens. Ils ont fait exploser sur la route Arras-Cambrai, près de Quéant, un important dépôt allemand de munitions. La secousse produite par l’explosion a été ressentie à une grande distance en arrière de leurs lignes.
Les Italiens ont repoussé une série d’offensives autrichiennes, depuis le massif de l’Adamello jusqu’au Carso. Les Autrichiens ont partout subi des pertes élevées.
Le Congrès de Rio-de-Janeiro a décidé de révoquer la déclaration de neutralité faite le 28 avril par le président des États-Unis du Brésil.
M. Ribot a fait au Palais-Bourbon un discours très applaudi pour préciser les buts de guerre de la France.
L’Allemagne a envoyé une note à l’Espagne promettant de respecter désormais les eaux territoriales de la péninsule.
Le Mexique a protesté à Berlin contre la guerre sous-marine.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 22 mai 1917

Paul Hess

22 au 26 mai 1917 – Journées relativement calmes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 22 – Combat à l’est de Reims, vers Moronvillers ; plus vif de 4 h. à 5 h. du matin. Journée du 22 tranquille en ville. Visite du Père Ritter ; de M. le Vicomte d’Arpazon et du Comte de Montreuil. Combat à l’est de Reims à 9 h. soir. Quelques obus en ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 22 mai

Sur le chemin des Dames, la lutte d’artillerie s’est poursuivie dans la région nord-ouest de Braye-en-Laonnois et sur le front Cerny-Hurtebise. Une attaque allemande vers la ferme Froidmont a été brisée avant d’avoir abordé nos lignes. L’ennemi n’a fait aucune autre tentative.
Canonnade entre la Miette et l’Aisne et au nord-ouest de Reims. Nous avons progressé et fait des prisonniers dans la région de Chevreux.
En Champagne, nous avons effectué une opération importante dans deux secteurs du massif de Moronvilliers. Nos troupes ont enlevé plusieurs lignes de tranchées ennemies sur les pentes nord du mont Cornillet, d’une part, du Casque et du Téton, de l’autre. Les contre-attaques allemandes ont été rejetées avec de grosses pertes. Nous avons fait 800 prisonniers.
Cent avions ont jeté 2200 kilos d’explosifs sur les gares de la région Epoye-Bétheniville.
Les Anglais, après avoir pris la première ligne de la position Hindenburg, entre Bullecourt et Fontaine-les-Croisilles, ont enlevé la ligne de soutien. Ils ont rejeté des contre-offensives et fait 150 prisonniers. Ils ont réussi un raid près de Loos et repoussé une forte patrouille ennemie près de Messines. Activité d’artillerie sur le front belge.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 21 mai 1917

Paul Hess

21 mai 1917 – Bombardement. Shrapnells.

M. Marchand, agent de police, est tué dans le jardin de l’usine Paquot, rue de Cormicy. A 16 h, nous saluons sa dépouille mor­telle, la voiture des brancardiers-volontaires qui la transportait ayant dû s’arrêter un instant devant la mairie. Le corps de ce mal­heureux, vêtu comme il l’était quand il a été pris par l’explosion d’un 77, à courte distance, est littéralement criblé d’éclats ou de balles.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille sur Reims. + 16°. Toujours canonnade à l’est de Reims, de 7 h. à…… h. bombes (sur batteries ?). Visite de M. le curé de Merfy et de M. l’abbé Payon. Bombes de 9 h. à 10 h. 30 de la nuit sur Saint- Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 21 mai

Sur le chemin des Dames, l’activité de l’artillerie ennemie, très violente depuis le milieu de la nuit dernière, s’est encore accrue dans la matinée. Depuis l’est d’Hurtebise jusqu’à la région, au nord de Sancy, les Allemands ont dirigé sur nos positions un feu roulant d’obus de gros calibres et de projectiles asphyxiants, mais sous la puissance de notre contre-préparation, l’assaut général qui se préparait a avorté. Sur la plus grande partie du front menacé, les troupes allemandes massées pour l’attaque n’ont pu sortir de leurs tranchées. Sur les divers points où elles ont abordé nos lignes, une lutte très vive s’est engagée et s’est terminée à notre avantage. L’ennemi, qui a subi de lourdes pertes, tant du fait de nos barrages que de notre contre-attaque, a pris pied seulement dans nos éléments avancés, au nord-est de Cerny, sur un front de 200 mètres environ. Partout ailleurs nos positions ont été maintenues.
Les troupes anglaises, à la suite d’une nouvelle attaque, se sont établies sur une nouvelle position de la ligne Hindenburg, sur un front de plus de 1500 mètres, entre Fontaine-les-Croisilles et Bullecourt. L’ennemi a vainement tenté de reprendre la position conquise. Les Allemands ont subi de lourdes pertes et laissé des prisonniers.
Les Italiens ont fait 254 prisonniers.
L’Espagne a suspendu la tractation de toutes affaires avec l’Allemagne jusqu’à ce qu’elle ait reçu satisfaction sur les incidents de torpillage.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 20 mai 1917

Paul Hess

Dimanche 20 mai 1917 – Tir sur aéros

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – + 14°. Nuit tranquille. Couché dans mon cabinet de tra­vail. Toute la journée, canonnade de combat à l’est de Reims. Item toute la nuit, extrêmement violente entre minuit et 2 heures. Cette nuit, un obus est tombé dans la salle à manger de M. le curé de Merfy. Toute la journée du 20, bombes dans la région de Merfy, Chenay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 20 mai

Les Allemands ont attaqué, à la suite d’un violent bombardement, nos lignes dans la région au nord-ouest de Braye, depuis l’épine de Chevrigny jusqu’au canal de l’Oise. Nos barrages et nos feux de mitrailleuses ont brisé les vagues d’assaut qui n’ont pu aborder nos positions, sauf sur un point à l’ouest du front d’attaque où quelques fractions ennemies ont pris pied dans nos éléments avancés. Une vingtaine de prisonniers sont restés entre nos mains.
Escarmouches à la grenade sur le plateau de Californie.
Au nord-ouest de Reims, une tentative allemande avec emploi de liquides enflammés sur un petit poste au sud de Courcy, a échoué sous nos feux.
Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main au nord-est de Gouzeaucourt. Ils ont ramené des prisonniers et une mitrailleuse. Des raids ennemis ont échoué à Loos, près d’Armentières et à l’est d’Ypres.
Les Italiens, continuant à progresser sur les hauteurs de l’Isonzo, ont pris une nouvelle cime et fait 379 prisonniers.
M. Kerenski, ministre de la Guerre russe, a déclaré que la patrie était en danger et qu’il maintiendrait une discipline de fer.
La loi de la conscription a été promulguée aux Etats-Unis.

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Samedi 19 mai 1917

Paul Hess

19 mai 1917 – Bombardement très violent. 3 500 à 4 000 obus. La rue Ponsardin et le Mont-Dieu sont très éprouvés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 19 – + 12°. Visite à Saint-Benoît, église, presbytère. Vu M. Menaud, teinturier. Bombes par intervalles. Éclats tombent près de nous (rentrés à 9 h. 45) jusqu’à midi. De 12 h. à 4 h. sur le Marché, la rue du Levant, rue Ponsardin : grands dégâts. A 3 h., Confirmation de 2 jeunes soldats présentés par le Père Lar… aumônier du 8e d’artillerie. Un homme tué par le bombardement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 19 mai

Dans la région du chemin des Dames, l’activité de l’ennemi s’est concentrée sur le plateau de Californie, qui a été violemment bombardé. Plusieurs attaques sur l’extrémité nord-est du plateau ont été repoussées après une lutte très vive à la grenade. Toutes nos positions ont été maintenues.
En Champagne, la lutte d’artillerie a pris une certaine intensité au cours de la nuit dans les régions du mont Cornillet et du Mont-Haut. Un coup de main ennemi à l’est d’Auberive a échoué sous nos feux.
En Lorraine, une de nos reconnaissances a pénétré vers Pettoncourt dans les lignes adverses et a détruit de nombreux abris.
Sur le front anglais, l’artillerie ennemie s’est montrée un peu plus active que de coutume dans le voisinage de Gravelle et de Lens. Sur la route Arras-Cambrai et au nord-est de Fresnoy, l’artillerie de nos alliés a pris sous son feu des corps de troupes allemands.
Les Italiens ont repoussé de nouvelles contre-attaques allemandes sur le Carso. Le nombre de leurs prisonniers atteint maintenant à 6432.
L’Espagne, à la suite d’un nouveau torpillage a adressé une nouvelle protestation à l’Allemagne.
La Suisse a négocié un accord économique avec les puissances de l’Entente.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 18 mai 1917

Paul hess

18 mai 1917 –  Shrapnells dans la matinée.

Un ouvrier de la Maison Werlé & Cie, M. Legrand, est blessé mortellement rue Andrieux, vers midi. Il succombe tandis qu’on le transportait à l’hôpital Noël-Caqué.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Boulevard Lundy et rue Andrieux


Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Nuit tranquille ; couché dans mon cabinet. + 10°. Via Crucis in Cathedrali, tonante canone. Bombes sifflantes à intervalles, de 7 h. à 10 h. De 7 h. à 10 soir, bombes sifflantes par intervalles. Couché à la cave. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 18 mai

L’ennemi a continué ses contre-attaques dans la région au nord du moulin de Laffaux. Tous les efforts des Allemands pour reprendre le terrain gagné par nos contre-attaques ont échoué. La lutte, très vive en certains points, a tourné partout à notre avantage et a coûté de lourdes pertes à l’ennemi, qui a laissé de nouveaux prisonniers entre nos mains.
Au nord-ouest de Braye-en-Laonnois, trois détachements d’assaut ennemis, qui ont tenté à plusieurs reprises d’aborder nos lignes dans le secteur ferme de la Royère-épine de Chevrigny, ont subi, du fait de nos barrages, des pertes sérieuses sans obtenir aucun résultat.
En Champagne, rencontre de patrouilles dans la région du mont Cornillet.
Les Anglais possèdent la totalité du village de Bullecourt.
Les troupes britanniques ont progressé sur la Strouma et fait des prisonniers. Nos troupes ont enlevé, sur 800 mètres de front, des ouvrages bulgares.
Les Italiens ont rejeté une série de contre-attaques et porté à 4021 le nombre de leurs prisonniers.
Un torpilleur allemand a coulé en mer du Nord.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 17 mai 1917

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – + 10°. Nuit tranquille. 9 h. bombes sifflantes (sur batteries ?). Visite au Capitaine des Pompiers de Paris, à l’École professionnelle, rue Libergier. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 17 mai

Les Allemands ont poursuivi leurs attaques sur la région au nord et au nord-ouest du moulin de Laffaux jusqu’à la voie ferrée de Soissons à Laon. Ma1gré l’importance des effectifs engagés par l’ennemi et la violence des assauts, nos troupes ont infligé un sanglant échec à l’adversaire. Sur quelques points où notre ligne avait momentanément fléchi, nous avons exécuté de brillantes contre-attaques, qui nous ont rendu tout le terrain perdu. Les Allemands ont subi des pertes élevées en essayant d’arrêter notre progression par de nouvelles tentatives qui ont été brisées par nos barrages et nos feux de mitrailleuses. Une centaine de prisonniers valides sont restés entre nos mains, ainsi que de nombreux blessés allemands, qui ont été dirigés sur nos ambulances.
Violente lutte d’artillerie sur tout le front d’attaque. Canonnade dans le secteur de Craonne.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Sur le front de Macédoine, progrès des Anglais et des Serbes. Les Bulgares ont subi de lourdes pertes.
Le cabinet russe s’est reconstitué par l’introduction d’un certain nombre de délégués du comité de Tauride. M. Milioukof a abandonné le ministère des Affaires étrangères.
Les Italiens ont remporté des succès signalés sur l’Isonzo. Ils ont déjà fait 3375 prisonniers, dont 98 officiers.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Mercredi 16 mai 1917

Cote 108

Cardinal Luçon

Mercredi 16 – Nuit tranquille : + 13°. Réception des urnes contenant les cœurs du Cardinal Gousset (intacte) et des Cardinaux de Lorraine, brisée, les cœurs déchirés et leurs lambeaux mélangés sans qu’on puisse distinguer auquel des trois cardinaux ils appartenaient. Un éclat d’obus a pénétré dans l’urne de cuivre. Des ouvriers qui travaillaient dans la Cathédrale accouru­rent ; l’un d’eux, sans mauvaise intention, plongea la main dans l’une et brouilla les restes des trois cœurs, des Cardinaux Charles et Louis de Lor­raine, et de Guise. Je l’ai ai recueillis, et nous avons dressé une relation de cet incident.

Pluie. Réception de la lettre du Cardinal de Paris (Amette) relative à l’image du Sacré-Cœur sur le drapeau national, et sur ma pétition deman­dant que cette sainte image fut placée sur le drapeau tricolore. Je consultai Mgr Many, et je reçus du Cardinal Gasparri une réponse négative.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 16 mai

Après un violent bombardement dirigé sur le chemin des Dames, dans la région ouest de Braye-en-Laonnois, les Allemands ont attaqué nos positions sur un large front, vers les Bovettes et l’épine de Chevrigny. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé l’attaque, qui n’a pu aborder nos lignes, sauf sur un point où une fraction a pris pied dans un de nos éléments avancés du sud-ouest de Filain.
Des coups de main ennemis sur nos postes au nord-est de Craonne, à l’est de la cote 108 et au nord-est d’Auberive, ont échoué sous nos feux. Nous avons fait des prisonniers, dont un officier.
En Woëvre et en Lorraine, nos détachements ont pénétré en plusieurs points dans les lignes allemandes et ramené des prisonniers.
Engagements d’avant-postes, au front anglais, près d’Epéhy. L’ennemi a lancé deux vigoureuses contre-attaques vers Bullecourt. La tentative a totalement échoué après un dur combat. Une autre contre-attaque a été arrêtée près de Loos.
Les Italiens, sur tout le front du Carso, ont accompli avec succès des attaques d’infanterie et capturé des Autrichiens.
Le chancelier allemand a déclaré au Reichstag qu’il se refusait à formuler ses buts de guerre. M. Scheidemann a brandi la menace de la révolution et réclamé une paix blanche.
Un accord semble s’établir entre le gouvernement provisoire russe et le comité de Tauride, ce dernier acceptant de participer au pouvoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Cote 108

Cote 108 – Berry-au-Bac

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