Paul Hess

Le journal Le Courrier de la Champagne, annonce, en tête de son numéro d’aujourd’hui qu’il interrompt sa publication pour une période indéterminée. Il explique que la privation de toutes communications postales et téléphoniques met ses rédacteurs non mobilisés dans l’impossibilité de fournir aux lecteurs un journal qui fût vraiment un journal. Il termine ainsi ses adieux : « Donc, chers lecteurs au revoir et même, s’il plaît a Dieu, à bientôt !

Il est de fait que les informations publiées depuis la proclamation de l’état de siège en France, le 3 août, sur le rapport de Messimy, ministre de la Guerre, ont été sujettes à caution. Les journaux locaux ou parisiens nous ont donné à lire des histoires, parce qu’ils ne pouvaient que nous raconter des histoires.

– Hier, en quittant le personnel, je lui avais donné rendez-vous pour procéder aujourd’hui au déménagement des registres de comptabilité de l’administration, que je fais descendre en seconde cave, sous le bâtiment principal des magasins, rue Eugène-Desteuque.

Sur des planches de rayonnage larges et épaisses, les isolant de la terre, nous alignons les nombreux journaux à souche d’engagements des années 1913 et 1914 (240 environ), les journaux à souche des recettes (12 années), les registres de comptabilité caisses et magasins – des années 1912, 1913 et 1914, les registres de détail des engagements, dégagements, renouvellements et décomptes des ventes des mêmes années, les registres des magasins et contrôles, les sommiers des cautionnements et des emprunts, les registres due j’ai pu trouver des délibérations du conseil d’administration, etc. ; les nantissements reçus la veille sont casés ensuite dans les magasins et, vers midi, le personnel que je remercie, se disperse amicalement après s’être dit au revoir, mais sans savoir quand il lui sera donné de se regrouper.

Lorsque M. Hébert, administrateur de service, passe, pour se rendre compte, ainsi qu’il l’a fait les jours précédents, je puis lui déclarer avec satisfaction que le personnel a rempli sa mission jusqu’au bout.

Ses nombreuses visites, depuis le 31 août, en compagnie d’autres administrateurs, m’ont, par contre, laissé supposer que le directeur est parti sans leur autorisation.

– Vers 10 h, un aéroplane allemand a lancé quelques bombes ; l’une d’elles est tombée dans la propriété de M. Maréchal (coin de la rue des Capucins et de la rue Boulard).

– La ville, dans son ensemble, présente un aspect morne. Personne ne se presse plus devant les grilles de la gare déserte. Le C.B.R. (Il s’agissait d’un train à desserte régionale roulant sur des voies d’une largeur différente de celles des trains nationaux.) lui-même, a suspendu son service. Les deux tiers, au moins, de la population sont partis.

Le calme plat a succédé à l’animation un peu factice des journées qui avaient suivi la mobilisation, alors que les autos conduisant des officiers, des infirmières paraissant toujours très affairés, ne cessaient de sillonner Reims en tous sens. Le mouvement a cessé presque complètement, puisqu’il reste simplement le civil et que les autos ont été réquisitionnées.

– Dans l’après-midi, les deux affiches suivantes sont placardées en ville :

« RÉPUBLIQUE FRANÇAISE – Ville de Reims Aux habitants.

Au moment où l’armée allemande est à nos portes et va vraisemblablement pénétrer dans la ville, l’administration municipale vient vous prier de garder tout votre sang-froid, tout le calme nécessaire pour vous permettre de traverser cette épreuve.

Aucune manifestation, aucun attroupement, aucun cri ne doivent venir troubler la tranquillité de la rue. Les services publics d’assistance, d’hygiène, de voirie doivent continuer à être assurés. Vous voudrez y contribuer avec nous.

Vous resterez dans la ville pour aider les malheureux. Nous resterons parmi vous, à notre poste, pour défendre vos intérêts.

Il ne dépend pas de nous, population d’une ville ouverte, de changer les événements. Il dépend de vous de ne pas en aggraver les conséquences. Il faut pour cela du silence, de la dignité, de la prudence.

Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous.

Reims, le 3 septembre 1914 Le maire, Dr Langlet »

« Aux habitants de la Ville de Reims. Ordre.

Le capitaine commandant d’armes de la ville de Reims, ordonne que toutes les armes, de toutes provenances, soient immédiatement déposées à la caserne Colbert.

Toute arme trouvée après 6 heures, dans une maison de la ville, exposerait tous les habitants de la maison à des peines de la dernière rigueur.

Vu et approuvé Reims, le 3 septembre 1914

Le maire, Dr Langlet Le capitaine, Louis Kiener « 

La première de ces affiches attire surtout l’attention ; elle est lue et relue attentivement. C’est que cet avis officiel indique bien, par ses termes mesurés, que les espoirs ne sont plus permis.

La population, en cette fin de journée vit dans une attente oppressée.

L’occupation par l’ennemi

Ce soir, 3 septembre, vers 20 h, après avoir entendu le pas de quelques chevaux, je me suis précipité à la fenêtre et j’ai aperçu sept ou huit cavaliers descendant la rue Cérès pour se rendre vers la place royale ; j’ai eu le temps, même, de voir un civil marchant entre les deux chevaux de tête, tout en fumant une cigarette. Je vais pour m’informer et, arrivé rue Cérès, je demande aux voisins, persuadé que je viens de reconnaître un peloton de légère (car tous ces derniers jours, nous avons vu nombre de soldats séparés de leurs unités, fuyards ou autres, passer individuellement ou par petits groupes) :

« Ce sont des hussards ou des chasseurs qui viennent d’arriver ? »

On me répond :

« Ce sont des Boches ; ils allaient à l’hôtel de ville. »

Oh ! cette réponse me fait mal ; je ne m’y attendais pas encore. Toutes mes dernières illusions s’en vont du coup ; j’éprouve un véritable accablement et je rentre bien triste à la maison. Cette fois, nous sommes dans l’inconnu.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Cardinal Luçon

Récit à posteriori du 27 septembre du Cardinal Luçon :

Vendredi 4 – Etat Major allemand descendu au Lion d’Or (*). Des troupes, des cavaliers, Place Royale vers 2 h.

1er bombardement, avant d’entrer ; il y a eu des personnes tuées à Saint-Remi.

*situé sur le parvis de la cathédrale

Cardinal Luçon dans Journal de la guerre 1914-1918, éd. Travaux de l'Académie nationale de Reims

Marcel Moreno

Des réservistes récemment libérés sont convoqués à la caserne Colbert (où on les arme avec des fusils gras!). Je me présente. Le capitaine L. Kieffer me dit que les soldats de ma classe ne sont pas appelés. Il vise mon livret en me disant que je puis retourner à ma résidence habituelle.

M. Langlet, maire, se rend au devant de l’armée allemande à la Neuvilette (village de la banlieue de Reims). Il rentre en disant qu’il est convenu que la ville ne sera pas bombardée. Le soir, 14 uhlans se présentent à l’Hôtel de Ville et réquisitionnent pour le lendemain 3 000 rations de pain et d’avoine.

Marcel Morenco

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Paul Dupuy

Le courrier de la Champagne annonce qu’il publie ce matin son dernier numéro ayant décidé, avec ses confrères locaux de cesser toute édition pour une période indéterminée.

17 heures, Marie-Thérèse Perardel va demeurer chez ses beaux-parents 8 rue Jacquart.

Jusque 19h le canon tonne sans interruption dans les environs ; plus tard dans la soirée quelques patrouilles de uhlans sont vues en ville.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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