Gaston Dorigny

Qu’est-ce qu’aujourd’hui va nous réserver ? Une canonnade presque continue a tonné toute la nuit.

A la pointe du jour le formidable combat recommence. On essaye de rétablir le centre d’aviation mais les Allemands guettent.

Une grêle d’obus tombe sur l’aviation qui est obligée de se replier. On doit faire évacuer ‘’le Maroc’’.

La situation n’est plus tenable dans notre maison, des obus tombent dans la rue Havé (1) et dans le champs du dépôt.

Nous décidons vers neuf heures du matin d’évacuer et d’aller chez mon père rue DeMagneux (2), pour chercher un abri, au moins pour la journée. De là on entend le bombardement de la ville qui recommence et qui a fait encore une quantité de victimes et des dégâts terribles.

Toute la journée le canon fait rage pour ne se taire qu’après 7 heures du soir. A sept heures ½ nous songeons à regagner notre domicile (3) . . . Si toutefois il est encore debout.

Ordre est donné par le maire d’arrêter toutes les lumières de la ville à huit heures du soir.

Nous pouvons heureusement rentrer chez nous sans encombre, mais de là qu’elle vision d’horreur. Bétheny tout entier est en flammes, seule l’église ne brûle pas et apparaît toute blanche éclairée par les flammes de l’immense brasier que forme le village.

C’est avec cette vision d’horreur que nous nous endormons.

Que nous réserve encore demain ?

Gaston Dorigny

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Paul Dupuy

À 3 h ½, dans l’obscurité et par un froid vif, défile sous nos fenêtres un Régt d’artillerie, Hénin et Sohier vont avoir fort à faire pour déblayer ce triste chantier !

Pendant ces longues minutes de destruction, les familles Perardel, Lallement et Dupuis, abrités de leur mieux et égrenant leurs chapelets se confiaient en la Providence du soin de leur sauvegarde ; elles n’ont pas été éprouvées.

Lente et pénible, la journée s’écoule dans une énervante canonnade qui ne cesse qu’à 19H20.

Au moment du coucher la rue est d’un lugubre impressionnant : pas de bec de gaz allumé, pas de globe électrique, pas un passant, seules scintillent quelques faibles lumières derrière les persiennes closes des maisons voisines.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Mardi 14 septembre.

Canonnade sur l’Yser et en Artois (Neuville, Roclincourt, Wailly). Au nord de l’Oise, nous avons opéré des tirs de destruction sur les organisations ennemies et les ouvrages de Beuvraignes. Nous avons dispersé plusieurs partis d’infanterie devant Andechy.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, nous avons bombardé les ouvrages et cantonnements allemands aux environs de Sapigneul et de la Neuville (région de Berry-au-Bac).
Canonnade et lutte de bombes en Champagne, en Argonne, entre Meuse et Moselle.
Bombardement dans les Vosges ( Metzeral, Sudelkopf).
Dix-neuf avions, à titre de représailles contre les bombardements de Lunéville et de Compiègne, par les taubes, ont survolé la ville de Trèves et y ont lancé 100 obus, atteignant la gare et la Banque d’Empire. Après avoir atterri dans nos lignes, ils sont repartis et ont jeté 58 obus sur la gare de Dommary-Baroncourt. D’autres ont bombardé la gare de Donaueschingen, sur le Danube, et celle de Marbach.
L’offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où plusieurs milliers d’Autrichiens ont été capturés.
Un raid de zeppelins en Angleterre a encore une fois avorté.
Le submersible Papin a coulé plusieurs torpilleurs autrichiens dans l’Adriatique.
Le comte Bernstorff, dans une interview qu’il n’a que mollement démentie, a proféré des menaces pour l’Amérique.

Connaitre les positions des lignes au jour le jour : Cartographie 1914-1918
Carte des positions au 14 septembre 1914

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