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Jeudi 13 décembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 13 décembre 1917

1189ème et 1187ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Temps couvert relativement doux. Il pleut ce soir. Bataille toute la nuit, et la journée. A chaque instant de violents engagements. Que cela nous réserve-t-il ? Journée affolante. J’ai eu plus de 20 souscripteurs avec 50 000 F de souscriptions. J’arriverai à 120 000 F, mais quelle journée. Courrier formidable également, auquel je n’ai pu répondre. Quel retard, et je repars dimanche, le rattraperais-je ? Je crains d’être débordé. Enfin mon emprunt marche, c’est pour la France… Rien de plus à dire, car je n’ai plus d’idées ?! Souscrit pour mes Petits, ma femme et moi. Vu Houlon, causé un peu. Vu Beauvais, causé de mon affaire avec Lenoir qui vient samedi décorer Guernier. Je le verrai pour en causer… C’est tout, et rien, car je ne sais comment j’ai passé ma journée, après tout je n’ai pas entendu les bombes siffler, absorbé comme je l’étais. Fait mes dossiers d’appels avec Albert Benoist. Rien appris de lui, à peine lu un journal. On dit que Caillaux est arrêté. Qu’on le fusille… !!… Est-ce que ce ne devrait pas être déjà fait…

Je vais me coucher, car je n’y tiens plus, mais dormirais-je ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 décembre 1917 – On apprend que des renforts considérables de nos troupes — surtout d’artillerie — ont pris position, ces jours derniers, sur le front de Reims.

Bombardement une partie de la matinée et reprise très sé­rieuse, avec gaz, au cours de l’après-midi.

Les territoriaux, qui sont à ce travail depuis près d’un mois achèvent, par la gelée, la construction d’un mur circulaire de protection pour les motifs du piédestal de la statue de Louis XV, place royale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 13 – Nuit tranquille. 0°. Visite au Fourneau rue Cazin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Samedi 11 août 1917

Louis Guédet

Samedi 11 août 1917

1064ème et 1062ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Bombardement cette nuit passée de 10h du soir à 2h du matin par intervalles irréguliers. Peu ou mal dormi. Pluie la nuit. Ce matin beau temps nuageux et lourd. Rien de saillant. Tout le monde est las. Peu de lettres. Je suis à jour. Vu Beauvais qui craint (mais ne le désire-t-il pas ?) encore l’évacuation de Reims. Rien appris de lui. Il s’en moque maintenant qu’il a son ruban ! Écrit à mon ancien Procureur et ami Bossu mon dégout et mon découragement de tout cela.

Tous les gens que je rencontre sont tristes et soucieux, de plus en plus on se croirait non dans un tombeau, mais dans un cercueil, avec notre pauvre cité démolie, ruinée et ses rues désertiques. C’est à devenir fou ! Parfois je me prends à avoir peur de cette solitude dans cette solitude. Et quand je songe qu’il me va falloir encore vivre de cette vie marmoréenne des mois et des mois. Non vraiment, le Ciel est trop haut !! et la Délivrance trop loin ! C’est à ne plus croire à rien et à désespérer de tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 août 1917 – M. Boidin est tué au Jardin-école.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 11 – De 9 h. à minuit, très active canonnade du côté français ; faible riposte allemande. Nuit tranquille à partir de minuit. Indisposition. Visite de 5 officiers qui n’ont pu venir avec ceux d’hier. Fréquents obus allemands pendant l’après-midi en divers points. Obus au bout de la rue de Vesle à l’avenue de Paris, à la Haubette, rue Cazin autour du n° 14. Un civil tué, instituteur.

Avenue de Paris – CPA : collection Pierre Fréville

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 11 août

Au nord de Saint-Quentin, activité soutenue des deux artilleries dans la région du Fayet. Deux attaques ennemies, entre le moulin de Sennechet et la ferme Cepy, ont été arrêtées par nos feux.
Violente lutte d’artillerie sur le front Panthéon-épine de Chevregny. L’ennemi a subi sur ce front un sanglant échec après lequel il a renoncé à toute tentative. L’attaque avait été montée avec le plus grand soin. Outre trois bataillons, les Allemands avaient engagé neufs détachements de troupes spéciales d’assaut et deux détachements de lance-flammes. Nous avons fait plus de 100 prisonniers.
En Champagne, après une préparation d’artillerie, les Allemands ont attaqué nos tranchées à l’est de Maisons-de-Champagne. Aux deux ailes, nos feux ont brisé toutes les tentatives. Au centre, où les assaillants avaient pris pied, un combat très vif s’était engagé : il s’est terminé à notre avantage.
Canonnade sur les deux rives de la Meuse.
Les Anglais ont achevé la conquête du village de Westhoeck, à l’est d’Ypres et ils se sont emparés de crêtes importantes. Ils ont pénétré sur un large front dans les positions allemandes à l’est de Monchy-le-Preux. L’ennemi a subi de grosses pertes.
Nouvelle avance de Mackensen en Moldavie.
Un bataillon ennemi a été repoussé à Housa, sur le front franco-hellénique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 20 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 20 novembre 1916

800ème et 798ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je suis arrivé samedi soir à St Martin avec un retard de 2h par une pluie battante et une tempête terrible. Le baromètre était descendu à 71° (sur certains baromètres, il marquait 6h !!). Vu Jean, passé la journée du dimanche au milieu des miens. Jean va bien, un peu triste, il doit être fatigué. Reparti de St Martin ce matin à 7h. Voyagé de Vitry-la-Ville à Dormans avec M. de Riocourt (David du Bois de Riocourt (né en 1845 et décédé le 22 avril 1931 au château de Vitry-la-Ville)) (déposé André à Châlons), et causé avec lui de Reims, du Dr Langlet et du Docteur Lévêque (beau-frère du Dr Langlet, médecin à Tony-aux-Bœufs), il a les mêmes opinions que moi sur eux. Il a été fort aimable avec moi. A Dormans voyage avec Mme Armand Walfard que j’ai déposée chez elle rue de Courlancy. Elle venait de sa ferme du Mont de Somme Vesle, « l’Étang » (appartient en 2018 à un descendant Walfard), qui vient d’être totalement incendiée par suite de l’imprudence de nos troupes, la maison d’habitation est heureusement sauvée. Comme moi elle déplore la conduite de nos dirigeants militaires de Reims. Rentré et mis au travail pour rattraper mon courrier.

Mon vieil ami N. Thomas, avoué à Paris m’annonce la mort de Jean Laignier (Jean Laignier, né en 1896, aspirant au 409ème RI, tué à Ablaincourt dans la Somme le 12 octobre 1916), le fils de Gabriel Laignier (1849-1923), mon ancien avoué correspondant à Reims, tué dans la Somme. Il était de l’âge de mon grand Jean. Pourvu que je n’ai jamais à subir semblable épreuve avec mes 2 grands Jean et Robert. André que j’avais pris en passant à Châlons était enchanté de retrouver Maurice dont la joie de revoir son frère était touchante. André et Maurice sont inséparables comme l’étaient et le sont Jean et Robert. Les pauvres grands sont bien séparés maintenant… !! Demain je terminerai mon retard et je verrai à organiser mon voyage à Paris pour le 7 au 10 décembre. Je suis fatigué de ce voyage, c’est tellement long autant en chemin de fer qu’en voiture.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 20 – Nuit tranquille. A midi + 10°. Matinée silencieuse. Visite de M. Guiller*, de Laval. Aumônier du 403e. Visite à Pouvroir ; 14 rue Cazin et aux deux Tertiaires Carmélites. Journée silencieuse. Visite de M. Trilher*, aumônier militaire, et de M. l’abbé Guiller, de Laval.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
* Pas de trace de Trilher dans le LO du Clergé. Henri Louis Marie Paul Trilles, missionnaires du Saint-Esprit, aumonier au 410e RI – 151e DI comme le 293e RI
La 151 DI du 21 août 1916 – 18 février 1917 : occupe un secteur vers les Cavaliers de Courcy et les abords est de Reims. (Thierry Collet)
*Henri Guiller, diocèse de Paris, né le 12 sept 1897 à St Denis D’Anjou, Mayenne, vicaire à Juvigné, vicaire à Notre Dame de Lourdes à Paris. aumônier bénévole au 293e RI – 151e DI (20 sept 1916) blessé à Thiaumont (1er juin 1916), aumônier bénévole au 407e RI – 151e RI (1er dec 1917) Source : Livre d’Or du Clergé et des Congrégations, Paris, Bonne Presse, 1925. (Thierry Collet)

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Lundi 20 novembre

Bombardement violent du fort et de la région de Douaumont. Sur le front belge, vive lutte à coups de bombes dans la région de Steenstraete et de Boesinghe. L’activité d’artillerie se ralentit. Les troupes britanniques ont porté à 750 depuis deux jours le total de leurs prisonniers sur l’Ancre. Les Italiens ont repoussé une série d’attaques autrichiennes très violentes dans plusieurs secteurs du front du Trentin. Les Roumains ont brisé une attaque dans la vallée de la Prahova. Dans la région de Dragoslavele, ils ont continué à avancer en faisant 4 officiers et 80 soldats prisonniers et en capturant 3 canons. Les combats continuent avec violence dans les vallées de l’Olt, du Jiul et du Gilort. Feu ralenti d’artillerie et d’infanterie sur le Danube et en Dobroudja. Sur le front d’Orient, les troupes alliées sont entrées dans Monastir, qui avait été préalablement évacuée par les Germano-Bulgares. Le chemin de fer de la presqu’île mourmane a été inauguré. Il doit faciliter l’approvisionnement de la Russie en munitions. La Hollande a protesté à Berlin contre les déportations belges.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 3 mars 1916

Rue Cazin

Louis Guédet

Vendredi 3 mars 1916

538ème et 536ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 matin  Je me suis couché à 11h du soir au bruit de la bataille et me suis endormi vers minuit. A 5h réveillé par la batterie qui se trouve dans les marais derrière l’usine Haenklé (à vérifier). Sommeillé jusqu’à 6h1/2. Je suis fatigué. En me levant et ouvrant mes persiennes je vois à 15 mètres de là un gros trou au pied du mur qui sépare le jardin de mon ami Mareschal où je suis réfugié d’avec celui de M. Ducancel : un homme pourrait y passer. De gros quartiers de la maçonnerie des fondations sont parsemés sur la pelouse. C’est comme si l’obus avait fusé en arrière, le mur est fendu légèrement, mais pas démoli. Victime un fusain coupé. Je verrai tout à l’heure ce que cela a fait chez Ducancel. J’avais très bien entendu le coup sourd qu’il avait fait en tombant, j’en avais déjà entendu chez moi rue de Talleyrand. J’avais encore le bruit dans les oreilles.

Le Brigadier Camboulive vient d’entrer pour voir si nous avions des dégâts comme la police le fait dans chaque maison après leur bombardement. Il me dit en avoir compté 6 obus dans le quartier jusqu’à présent, un ici, 2 chez Houbart à 25 mètres d’ici, un Porte de Paris chez Moreau pharmacien, un vers la rue Clovis et le dernier connu dans le canal, qui a fait de nombreuses victimes et qui a fait la joie des passants qui n’ont eu que la peine de les réveiller pour faire une friture…  Il avait tué une 15aine (quinzaine) de livres de poissons. Bref nous étions en plein dans la rafale. Espérons que ce sera la dernière pour nous.

Ce matin calme absolu.

8h soir  Le bombardement a recommencé tout à l’heure à 7h pendant 1/2 (heure), mais plutôt vers le centre, l’Hôtel de Ville. Je suis descendu à la cave après avoir un peu mangé, mais je n’avais pas faim. Je suis très fatigué et je suis encore ébranlé des secousses d’hier soir. Je ne suis plus fort ! Je suis d’une nervosité aujourd’hui extraordinaire. J’ai beau vouloir me maîtriser, mais je ne le puis…  Je suis affaissé, ébranlé…  et en même temps comme fébrile…  C’est trop et c’est trop long, il me faudrait bien peu de chose pour que je tombe.

Ce matin j’ai eu mon audience civile, 6 affaires, peu de choses. J’arrive petit à petit à mâter et museler nos agents d’affaires véreux qui sentent maintenant que ce que je veux je le veux bien et qu’ensuite je ne les laisserai pas faire et arriverai à nos fins. Je vois que je les domine, eux qui pensaient se jouer de moi dans le maquis de la procédure ! En tout cas je suis la volonté et heureusement j’ai Landréat pour me seconder pour la procédure, il m’éclaire très bien et ce n’est plus pour moi qu’une question de jugement et de décision nette. J’y réussis. Cet après-midi fait des courses rue Lesage, chez Ravaud, qui est un garçon intelligent et cultivé. Je cause agréablement avec lui, et on y a plaisir. Ravaud est toujours à Châlons et est entré enfin (travailler dans) un hôpital avec Somsour, Bouchette et un de ses parents. Malgré tout je ne désespère pas de le faire revenir ici. Rentré à la maison, fait mon courrier mais sans cœur et sans volonté. J’ai encore bien souffert et été encore bien angoissé à la chute du jour. J’ai pleuré, comme tous les jours. Quand donc ce martyr finira-t-il pour moi et qu’enfin je serai réuni à tous mes chers aimés, père, femme, enfants, et qu’enfin je pourrais voir à tâcher à travailler pour gagner le pain de nos chers aimés, puisque je ne puis songer à leur acquérir une fortune. Ce qui m’est défendu, n’ayant pas la chance, ni l’insolence de pouvoir gagner de l’or à la pelle…

C’est plus fort que moi ! Riche en honneur, pauvre en richesses. Deus honorant pauper divitorum (Dieu honore le pauvre homme). Telle est malgré moi ma devise. Et cependant j’aurais aimé à sentir ma chère femme et mes chers petits à l’abri du besoin et de ce souci…  Je ne suis pas assez commerçant ni égoïste pour cela ! Tant pis. J’aime après tout mieux l’Honneur.

8h1/2  C’est le calme, l’aurons-nous pour toute la nuit, pourrais-je enfin me reposer et prendre un peu de forces. Je suis si las si faible. Oh ! Mon Dieu faites donc que mon Martyr, notre martyr cesse bientôt…  tout de suite… !!! Et que mes derniers jours de vie soient un peu des jours de bonheur, de tranquillité et d’espoir…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 mars 1916 – Des obus sont tombés hier, rue Clovis, rue du Jard 75, chez M. Humbeit, directeur de la voirie, etc. Il y aurait un tué rue de Vesle, à proximité de la porte de Paris.

— Ce soir, à 19 h 3/4, plusieurs projectiles éclatent autour de l’hôtel de ville, rue des Ecrevées, rue Thiers, rue du Marc, impasse du Carrouge et rue de Tambour. M. Lorquinet, commis des PTT, qui sortait de diner au restaurant Triquenot, à l’entrée de la rue Pluche, est tué par des éclats. Il y a des blesses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Nuit tranquille à partir de 9 h. du soir, et sauf quelques gros coups de canon de temps à autre. Température + 4. Via Crucis in cathedrali. Midi longue canonnade française, 4 ou 5 coups par minute. Dans l’après-midi, surtout de 6 à 9 h. bruyante conversation entre artilleries adverses. Bombes sifflantes allemandes vers 7 h. A partir de 9 h. silence. A 7 h. un obus tua le neveu de M. Compant qui était venu de la rue Cazin à la porte, pour rendre service.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Rue Cazin


 Juliette Breyer

Vendredi 3 Mars 1916. Des victimes, des bombes ! Deux frères, les contremaîtres Duchêne, aux Vieux Anglais ont été tués par la même. Je tremble pour ton papa. Si tu savais comme je l’aime lui aussi. Je lui ai dit que j’avais reçu la note officielle. Il a aussi de l’espoir. Il est heureux quand il voit ses deux petits enfants. Ta fillette le connaît bien. Elle l’appelle Pépère et elle lui tire sa moustache et tout cela nous attriste car tu n’es pas là pour le voir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 3 mars

Tirs de destruction par notre artillerie à l’est de Steenstraete. Nous détruisons un ouvrage ennemi près de Beuvraignes, entre Somme et Oise. Nous abattons un avion à Suippes. Nous concentrons nos feux en Argonne au nord de la Harazée et sur le bois de Cheppy. Au nord de Verdun et en Woëvre, l’activité de l’ennemi s’est de nouveau accrue, spécialement sur le Mort-Homme, la côte du Poivre et la région de Douaumont. Ici, les Allemands ont procédé à des attaques d’infanterie d’une extrême violence que nos feux ont brisées en infligeant à l’ennemi de grosses pertes. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous avons bombardé la gare de Vigneulles. Nos avions ont jeté 44 obus sur Chambley, sur la gare de Bensdorf et 9 autres sur les établissements ennemis d’Avricourt. Le président Wilson a demandé au congrès américain de se prononcer sur la politique à suivre vis-à-vis de l’Allemagne. Les colonels suisses Egli et de Wattenwyl ont été mis en disponibilité.

 

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Mercredi 1er décembre 1915

Saint-Thierry en 1907

Louis Guédet

Mercredi 1er décembre 1915

4454ème et 443ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie, tempête, froid et…  bombardement surtout vers le Champ de Grève et la gare de marchandises. Ce matin allocations militaires, cet après-midi révision des valeurs des enfants de Boullenois que je dois leur transporter le 8 décembre à Paris. Et voila ma journée avec les mêmes petits incidents parfois drôles mais trop longs à conter. Vu M. Bouvier vice-président de tribunal et Texier juge à l‘Hôtel de Ville, toujours fort cordiaux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Ier, 2 et 3 décembre 1915 – Bombardements sur les batteries, aux mêmes endroits que le 30 novembre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Nuit tranquille : beau soleil ; Mgr Neveux part pour Meaux. Visiter le Petit Séminaire, et pour Paris. Visite au Bain-de-pieds de Saint-Thierry ; à l’ouvroir, 14 rue Cazin, chez Mademoiselle Mahieu ; au Fourneau économique, Moulins-brûlés, où l’on sert 180 à 200 rations par jour. De 9 à 11 h., bombes sur la ville. A 11 h. 1/2, bombes sifflantes sur les batteries, je pense ; gros coups de canons français. Visite à M. Andrieu. Il a entendu dire qu’un sous-marin allemand a coulé un vaisseau français qui transportait des troupes 43 : 700 soldats auraient été noyés. Écrit à Mgr de Rennes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-Thierry en 1917

Saint-Thierry en 1917


Mercredi 1er décembre

Journée de brouillard et pluie:dégel en Champagne. Canonnade sur l’ensemble du front; combats à la grenade en Artois (région de Loos). En Alsace, notre artillerie bouleverse les tranchées ennemies de la vallée de la Fecht, au nord de Muhlbach.
Canonnade sur le front belge.
La flotte britannique bombarde les positions allemandes du littoral de Belgique, du côté d’Ostende.
Les Italiens ont repoussé plusieurs contre-attaques et fait plusieurs centaines de prisonniers sur l’Isonzo.
Les Russes ont remporté un sérieux succès à Illuxt, à l’ouest de Dwinsk. Le général von Below a fait évacuer Tukkum que l’armée allemande occupait depuis plusieurs mois. Il a ordre de tenir jusqu’au bout avec ses troupes de ce côté.
Un avion anglais a coupé un sous-marin allemand près de Middelkerke.
L’Allemagne a interdit la sortie de ses journaux par les frontières suisse et néerlandaise. Cette prohibition coïncide avec la rentrée du Reichstag où le chancelier doit être fortement attaqué.
Le sultan d’Egypte annonce qu’il lèvera s’il le faut 500.000 hommes, pour résister à l’attaque turque.
De nouvelles manifestations de femmes ont eu lieu à Berlin, contre la cherté de la vie.
La Chambre a voté l’incorporation de la classe 1917.
Guillaume II
a passé une journée à Vienne.

Source la Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 décembre 1914

Louis Guédet

Lundi 28 décembre 1914 (recopié sur feuillet 21x13cm)

107ème et 105ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée monotone. Vent et pluie de tempête qui ne permettent pas de distinguer le bruit de la bataille et du bombardement. Vu Procureur de la République pour les Études, rendu compte de mon entrevue avec M. Herteaux, Procureur Général à Paris. Qu’en sortira-t-il ? Rien et moi, le seul resté comme notaire à Reims je serai traité d’imbécile ! Voilà ce qui m’attend. J’aurai souffert, peiné pour les flancheurs et on se moquera de moi comme récompense et conclusion !

Je suis bien las – écœuré – en attendant peut-être d’être tué ; je n’aurai même pas la consolation de voir que j’ai souffert pour les miens utilement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Obus la nuit et dans la matinée. Aux docks, il y aurait eu des victimes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 28 décembre – Nuit tranquille. Donné 50 F à M. le Curé de S. Maurice ; 100 F à M. le Curé de St Remi, ; 50 F à M. le Curé de Ste Clotilde. Visite à St. Maurice, à St. Remi, à Ste Clotilde.

Visite à l’Ambulance Ste Geneviève, aux Gendarmes, logés auprès de la maison des Sœurs de St Vincent de Paul, rue Cazin.

Demandé à la Sainte-Famille de Troyes dont je suis Cardinal-Protecteur, si la Supérieure pourrait faire parvenir des lettres à Burnot en Belgique, ou par l’Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

28 Lundi – Temps affreux, grand vent et pluie. Canonnade légère et quelques obus en ville. A 5 h du soir, calme complet de part et d’autre. Très mauvais temps toute la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 28 décembre

Les faits militaires importants ont eu lieu :
1- à Perthes-les-Hurlus, où l’ennemi a contre-attaqué vainement pour reprendre les tranchées qu’il avait perdues.
2- A Saint-Hubert, en Argonne où les Allemands, sous le feu de notre artillerie, ont dû évacuer plusieurs tranchées.
3- A l’est de Saint-Mihiel entre Meuse et Moselle, où nous avons refoulé des attaques.
Nos avions ont bombardé, à Metz, les hangars d’aviation de Frascati, la gare et les casernes de Saint-Privat.
Nous continuons à avancer en Haute-Alsace, sur les hauteurs qui dominent Cernay.
Saint-Dié a été encore une fois bombardée, à longue portée.
Les Russes ont rejeté de nouvelles attaques allemandes, en Pologne, sur la Bzoura et la Rawka; ils ont battu les Autrichiens sur la Nida; ils les ont battus encore et forcés à une retraite précipitée au col de Doukla, dans les Carpates. Au total, i1s ont capturé dans les trois derniers jours 10.000 ennemis environ.
Le gouvernement italien a envoyé à Valona un régiment de bersagliers pour remplacer les fusiliers marins qui y avaient d’abord débarqué.
Des avions anglais ont survolé le port militaire allemand de Cuxhaven: des avions français ont paru au-dessus du port militaire de Pola, le grand arsenal de l’Autriche-Hongrie dans l’adriatique.
Conrad de Wied, ex-roi d’Albanie, qui s’était enfui devant la sédition de ses sujets et qui avait repris du service dans l’armée allemande, fait savoir qu’il n’a nullement abandonné ses prétentions au trône de Durazzo.

 

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Lundi 14 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

14 DECEMBRE – dimanche –

M. le Curé a parlé admirablement ce matin ; à la messe de 10 heures, A propos de l’Immaculée Conception, il a parlé de la profanation de sa demeure ; Notre-Dame ; il a raconté les bombardements et l’incendie de la cathédrale, là où la Ste Vierge est deux fois chez elle. Il a évoqué le souvenir des coups qui « flagellaient » la Basilique, des « gueules d’enfer » qui crachaient, des monstres qui polluaient la Raison de Dieu… Les détails ; les blessés allemands transportés sur civières, le quartier de cheval apporté à 1 heure et cuit le soir seulement, la poussée des malheureux dans l’escalier de la tour Nord où le moindre mouvement dans l’entassement des membres provoquaient des cris de douleur.

Le lendemain de l’incendie ; ces portes porches ouverts par où s’engouffraient dans le lieu saint « les vulgarités de la rue » ; ces fenêtres vidées par où s’étaient envolés les derniers parfums d’encens, ces odeurs de bois brûlés, des chairs calcinées… ces cadavres tordus, avec l’écume aux lèvres, ces débris de toute sorte qui humiliaient le sanctuaire ; autour de la chaire, couvertures, casseroles, vases de nuit…

En péroraison, une prière à la Ste Vierge pour qu’elle humilie l’orgueil des ennemis, accueille notre tristesse et notre révolte comme une louange… qu’elle nous obtienne bientôt la paix.

Ce soir, la pluie tombe. Je viens de reconduire Louis Midoc. Les rues sont horriblement noires. Dans l’Université, c’est à croire que, pour masquer l’éclairage, on a fermé les persiennes ; la lumière est provocante encore. Abomination ! C’est le ciel qui s’étale au travers des membres des squelettes. Les persiennes grincent ; des débris se précipitent et tombent en sonnant… Partout les solitudes, le silence et la nuit.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 14 décembre 1914

93ème et 91ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Calme, sauf nos grosses pièces qui nous ont assez assourdis. Journée quelconque. Prévenu tout le monde, mes préparatifs pour jeudi matin sont à peu près finis. Que mon voyage s’accomplisse bien et qu’il n’arrive rien à la maison ici durant mon absence. Je crois que Dieu ne peut me refuser cela. Et qu’à Paris je trouve mon Monde bien portant et que j’ai bon espoir que mon pauvre Jean ne sera pas pris à la révision (le conseil de révision vérifie les aptitudes physiques des conscrits en vue de leur éventuelle incorporation) parce que trop faible. C’est déjà assez que j’ai payé pour tout le monde. La Providence ne peut pas m’imposer cette nouvelle épreuve, car c’est bien au tour des autres.

Le bas de page du feuillet a été découpé.

dure et ferme. C’est leur…  les deux lignes suivantes ont été rayées.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 14 – Nuit tranquille ; un grosse bombe à 5 h du matin, un peu loin. Visite aux Conscrits (1), 14 rue Cazin.

Réflecteurs (2) promenés sur la ville à 10 1/2 du soir. Coups de canon, bombes, réflecteur item 6 h du matin du mardi

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il s’agit vraisemblablement des jeunes gens de la classe 1915 qui sont appelés sous les drapeaux.

(2) L’éclairage nocturne du champ de bataille avec des projecteurs ou même des projectiles éclairants à parachute fut pratiqué pendant les deux guerre mondiales, de façon épisodique et peu efficace ; par contre il fuit vite généralisé contre les raids aériens nocturnes.


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Eugène Chausson

14/12 Lundi – Mauvais temps, grand vent et comme hier, canonnade et bombes de temps en temps pour ne pas que les Allemands en perdent l’habitude. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 14 décembre

Journée relativement calme, sauf aux alentours d’Ypres, où trois attaques d’infanterie allemandes ont été repoussées; à Senones, où l’ennemi a été également refoulé, et à Aspach (Haute-Alsace) où il a vainement esquissé une tentative sur la gare.
Les Serbes ont poursuivi leur beau succès.
Après avoir forcé l’armée austro-hongroise à se diviser en deux tronçons, ils ont rejeté l’un, celui du Nord, dans la direction de Chabatz, en occupant Kamenitsa ; l’autre a repassé la Drina et a rentré en Bosnie. De ce côté, les forces serbes ont repris les localités frontières de Rogatitsa et de Baïna-Basta. Elles vont à nouveau pénétrer sur le sol austro-hongrois où les Monténégrins les ont précédés en se saisissant de la ville bosniaque de Visegrad.
L’ambassadeur de Turquie à Rome a déclaré au ministre des Affaires étrangères, M. Sonnino, que la Porte lui donnerait une réparation au sujet de l’incident d’Hodeïdah et qu’elle désirait entretenir de bons rapports avec la Péninsule. Mais le ton très décidé dont a usé M.Sonnino pour exposé l’affaire à la Chambre a frappé tout le monde et en Italie et au dehors.
Le ministre du Commerce de Prusse a fait afficher dans tous les lieux publics du royaume une proclamation pour engager les Prussiens à se montrer ménagers du pain, des pommes de terre et de tous les aliments. Ce document atteste que la disette se fait sentir durement outre-Rhin. Par ailleurs les journalistes italiens qui reviennent de Berlin déclarent que les milieux dirigeants ne dissimulent point leur inquiétude.
Le maréchal von der Goltz est arrivé à Constantinople après s’être arrêté quelques temps à Sofia. Ayant réorganisé jadis l’armée turque, il est de nouveau chargé d’une mission auprès d’elle, avec des pouvoirs très étendus, ceux d’un vice-roi, paraît-il.
Les relations s’améliorent entre la Grèce la Bulgarie. Elles ont décidé de nommer une commission mixte qui examinerait les conflits survenus où à survenir et leur chercherait des solutions amiables.
La Russie dote la Galicie d’une organisation complète. La province est d’ailleurs presque totalement occupée par ses troupes.
Le Goeben, le croiseur allemand au service de la Turquie a tiré quelques coups de canon devant le port russe de Batoum dans la mer Noire. Mais cette canonnade est demeurée inefficace, et le Goeben, bombardé par les forts a dû prendre la fuite.
Les dommages que l’armée allemande a causés à la Belgique sont estimés à 5312 millions. Dans ce chiffre colossal les dégâts de Liège s’inscrivent pour 173 millions; ceux de Louvain pour 185; ceux de Charleroi pour 515; ceux des districts ruraux pour 1418; ceux d’Anvers pour 505; ceux subis par l’État (chemins de fer, routes, etc.) pour 1200, et ceux provoqués par l’interruption du commerce pour un milliard.

 

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