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Jeudi 24 mai 1917

Plateau des Eparges

Cardinal Luçon

Jeudi 24 – + 14°. Nuit tranquille ; journée item. Visite du…. Durand. Visite chez M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 24 mai

Nous avons prononcé, en trois points, des attaques qui ont donné de bons résultats. Sur le plateau de Vauclerc et sur le plateau de Californie, nos troupes ont poursuivi la conquête des derniers observatoires qui dominent la vallée de l’Ailette et élargi sérieusement leurs positions sur les pentes nord. A 1’est de Chevreux, nous avons enlevé trois lignes de tranchées allemandes.
Une contre-attaque allemande sur nos positions nouvelles du plateau de Californie a été brisée par nos feux avec de lourdes pertes pour l’ennemi. 400 prisonniers sont restés entre nos mains.
Nous avons repoussé une offensive ennemie sur la pente sud-ouest des Eparges.
Les Allemands ont bombardé les positions britanniques de la ligne Hindenburg, dans le voisinage de Bullecourt. L’artillerie de nos alliés a supérieurement répondu.
Les troupes anglaises ont exécuté avec succès un coup de main au sud-est de Gavrelle. Elles ont fait des prisonniers au nord d’Armentières.
Les Italiens ont infligé aux Autrichiens un sanglant échec au Colbricon, dans les Alpes du Trentin.
Les Russes ont brisé une petite attaque allemande près de Kiewo.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Plateau des Eparges

Plateau des Eparges

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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Mercredi 17 mai 1916

Louise Dény Pierson

17 mai 1916

L’image contient peut-être : ciel et plein air

Des émotions j’en eus encore, mais jamais aussi fortes, les courses vers l’abri furent nombreuses. J’ai eu la peau des mollets griffée par des barbelés sans me rappeler où j’avais pu en trouver.
Plus tard, j’ai souffert de brûlures à la cuisse, je dus aller consulter un major qui opérait dans une ambulance installée dans un bâtiment du cours Saint-Michel, en haut de la rue Martin Peller. C’était une brûlure par les gaz, j’avais dû me réfugier dans un trou d’obus contaminé suite à un bombardement par les gaz ypérite.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mercredi 17 mai 1916

613ème et 611ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps, réveillé à 3h du matin par une violente canonnade, impossible de me rendormir. Été le matin à 9h1/2 au Crédit Lyonnais pour vider le coffre de Mme Thaon, de Rouen 38, rue de Crosne, remis tout ce qu’il contenait (argenterie) à l’employé de Walbaum pour emballer et envoyer. Rentré travailler. Cet après-midi vu le Procureur de la République pour m’entendre la réponse à faire dans l’affaire de l’engagement de mon greffier de Paix de mes 2ème et 4ème cantons de Reims, contrairement aux circulaires gouvernementales. Causé longuement avec lui de diverses choses, conversations fort agréable. Pendant que j’étais là arrivait la note des bombardements d’hier et d’aujourd’hui. 4 victimes hier et 9 ce matin, dont 2 ou 3 chez mon pauvre ami Charles Heidsieck qui est bien flagellé en canonnades…  serait-il donc en plein dans la zone actuellement dangereuse (rue de la Justice, 46, il n’y a que des hommes mûrs, vieillards, enfants…  jeunes filles). Quelle gloire pour les allemands !!

Lettre de Madeleine. Jean va assez bien, et Robert va pour la Révision à Écury-sur-Coole le 23. Pauvre enfant, il n’est guère robuste ! Les épreuves s’acharnent sur nous ! En verrai-je jamais la fin ? Je ne le crois pas.

Voilà toute ma pensée, je ne parle pas des avions, des bombes, etc…  c’est tous les jours la même chose, plus ou moins. Quelle vie !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mai 1916 – Bombardement assez violent, encore du côté de la rue du Champ-de-mars, comme hier et les jours précédents.

A la maison Heidsieck Monopole, MM. Casseleux, 57 ans et Foncier, 55 ans, faisant fonctions de chefs de caves, sont tués, ce dernier en même temps que sa fillette Denise, âgée de 6 ans.

M. Casseleux avait eu la douleur de voir sa femme, née Eloi, 55 ans, tuée hier dans des conditions identiques, au même endroit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 17 – Nuit tranquille pour la ville. Terrible canonnade lourde de 2 h. à 4h. + 11°. Beau soleil. A 10 h. violent bombardement sur batteries et même, je pense, sur la ville. Nous apprenons qu’il y a des victimes. Ca­ves Heidsieck. Bombes sifflent. Visite au Fourneau Économique rue des Moulins Brûlés à l’heure du repas. Bombes sifflent sur batteries à 1 h. et à 4 h. ; aéroplanes et tirs contre eux de 4 à 7 h. Vers 4 h. bombes dévastent Maison des Petites Sœurs des Pauvres.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 17 mai

En Champagne, un détachement ennemi qui tentait de surprendre un de nos petits postes dans la région de la butte du Mesnil a été repoussé à coups de grenades.
En Argonne, lutte d’artillerie assez active dans les secteurs du Four-de-Paris, des Courtes-Chausses et de Vauquois.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement assez vif de la région du bois d’Avocourt, cote 304, le Mort-Homme. Une tentative d’attaque sur nos positions à l’ouest de la cote 304 a été arrêtée par nos tirs de barrage.
A l’est de la Meuse et en Woëvre, quelques rafales d’artillerie.
Lutte d’artillerie très vive sur le front belge, où des tirs de concentration ont été exécutés par nos batteries de gros calibre contre les organisations défensives allemandes de la rive droite de l’Yser, dans la région de Dixmude.
Combats d’artillerie en Artois sur le front anglais.
Des avions britanniques ont bombardé Porto-Lagos, en Bulgarie.
Des avions autrichiens ont survolé Venise et Mestre en lançant quelques bombes.
Les Anglais ont conquis 250 mètres de tranchées près de Vimy en Artois.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 11 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 11 mai 1916

607ème et 605ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps couvert mais beau. Réglé la situation de la pauvre Lise qui ne veut toujours pas comprendre qu’elle est Lorraine annexée et non allemande, elle répond invariablement : « Je suis Prusse ! » On ne peut la sortir de là. En tout cas je l’ai sortie du guêpier où elle s’était mise par son ignorance, son entêtement et sa…  bêtise. La voilà en règle comme étrangère. Cet après-midi levée de scellés et descriptions de mobiliers de pensionnaires décédés à la Maison de Retraite. J’en ai saisi 6 avec inventaire du mobilier, moi, mes 2 greffiers et Jonval, tout ce monde-là a travaillé ferme. Il ne me reste plus que 3 descriptions et une levée de scellés. J’espère en avoir fini avant quinze jours. Voilà ma journée. Je suis très fatigué. Vu au Commissariat central ce matin notre député Camille Lenoir. Il était venu à cause de la visite de Malvy, ministre de l’Intérieur (Louis Malvy, 1875-1949) qui venait s’entendre avec notre…

Absence du feuillet 321, le feuillet 322 se résume en un morceau de feuillet d’une dizaine de lignes recopiées ci-après par Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mai 1916 – Le Courrier de la Champagne donne le compte-rendu d’une importante réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier mardi, sous la présidence du Dr Langlet, maire.

Jamais, dit-il, nos conseillers ne furent si nombreux depuis les hostilités. Assistaient à la séance : MM. Bataille, Em. Charbonneaux, Chezel, Chevrier, de Bruignac, Demaison, Drancourt, Gougelet, Guernier, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, Jallade, Lapchin, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Tixier.

Et pour la première fois, depuis 21 mois, le public a pu s’in­téresser aux débats.

Après avoir mentionné quelques dons à la ville annoncés par M. le maire et donné l’énumération des pensions de retraite liqui­dées par le Conseil, le journal dit :

Enfin, arrive le clou de la séance.

M. le maire ayant exposé la situation déficitaire des budgets de 1914, 1915 et 1916 de la ville, qui se traduisent par six millions pour les deux premiers et quatre millions pré­vus pour celui actuel, informe ses collègues que de ses démar­ches auprès du ministère, il résulte que le gouvernement ac­cepte de participer pour moitié dans le déficit de l’année pré­sente, mais que pour les pertes passées, il ne peut intervenir davantage qu’il ne l’a fait par ses diverses subventions, se montant à 2 196 000 F jusqu’ici.

Et une lettre qui arrive, comme par hasard, à ce mo­ment, annonce qu’une dernière subvention de 500 000 F sera accordée pour solde, si une délibération municipale accepte cette solution.

Comme la ville a besoin d’un fonds de roulement et comme certaines dettes deviennent impérieuses, M. le maire propose au Conseil d’émettre un emprunt de deux millions, au taux de 5,73 %, que la Société des prévoyants de l’avenir s’en­gage à souscrire sous certaines conditions.

M. Rohart s’élève, avec sa vigueur accoutumée, contre l’abandon par l’Etat de ses devoirs dans la circonstance : il n’accepte pour le moment aucun emprunt municipal et de­mande que ce refus soit notifié à l’Etat pour lui rappeler son rôle impartial. Il ne faut pas, dit-il, qu’il y ait deux France, l’une qui souffre, qui pleure et qui brûle, l’autre qui travaille au ravitaillement, aux munitions et qui s’enrichit.

MM. Mennesson-Dupont, G. Houlon et Jallade appuient énergiquement la thèse de M. Rohart.

Le vote de l’emprunt proposé serait une acceptation de la décharge de l’Etat et créerait un grave précédent de son irres­ponsabilité pour les dommages financiers et autres préjudices causés par la guerre. Si une pareille soumission était acceptée, Reims, qui a tenu tête depuis vingt et un mois au bombarde­ment quotidien en maintenant sa vie municipale ne serait plus la plus courageuse des villes martyres, ce serait la plus grande des villes sacrifiées.

MM. Drancourt et de Bruignac essaient d’adoucir la dis­cussion en arguant que le trésor municipal a besoin d’argent, que des réserves peuvent être faites, qui seront transmises au gouvernement pour lui exposer l’état d’esprit du conseil. Celui- ci estime qu’une fois l’opération faite, les discussions n’auront pas de point d’appui, et M. le maire propose une suspension de séance pendant laquelle les idées sont échangées.

Finalement, à la reprise de la séance, la motion suivante est votée, dans laquelle il n’est plus question d’emprunt :

Le Conseil municipal de Reims,

Considérant que les déficits constatés dans les budgets de communes victimes de leur situation sur la ligne de feu doi­vent être supportés par l’ensemble de la nation, au même titre que toutes les autres dépenses inhérentes à la guerre, ne peut accepter les sommes proposées par l’Etat que comme à-compte sur le paiement complet de ces déficits.

Passe à l’ordre du jour…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 11 mai – Obsèques du Cardinal Sevin. Discours à table. Visite de Ch. Givelet (de Courcy) et de M. Veith et de M. le Curé de Cernay lès Reims, réfugié à Lyon

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 mai

Entre Oise et Aisne, un coup de main sur une de nos tranchées de Moulin-sous-Touvent a complètement échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos positions aux abords de la cote 287. L’attaque a été complètement repoussée, nous avons fait des prisonniers. Une action offensive menée par nos troupes sur les pentes ouest du Mort-Homme nous a permis d’occuper quelques éléments d’une tranchée allemande. Nous avons fait 62 prisonniers et pris des mitrailleuses.
En Haute-Alsace, une reconnaissance ennemi qui tentait d’enlever un de nos petits postes près de Hirzbach, au sud d’Altlkirch, a été repoussée avec des pertes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Un sous-marin français a coulé dans l’Adriatique un transport autrichien chargé de matériel.
L’Allemagne a reconnu que le Sussex avait été torpillé par un sous-marin. Le capitaine du sous-marin a été puni.
On annonce qu’à la suite des troubles de ces derniers jours, causé par la cherté des vivres, le ministre de l’Intérieur, M. Delbruck a démissionné à Berlin. Certains journaux disent tout simplement que M. Delbruck se retire pour raison de santé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 17 février 1916

Louis Guédet

Jeudi 17 février 1916

523ème et 521ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme, vent, ondées. Audiences réquisitions militaires. Je me suis bien amusé. Bertaux huissier à Reims, actuellement officier d’intendance, sous les ordres du Sous-intendant Racine (le galonné) lui racontait son infortune et sa surprise en arrivant chez lui ce matin rue Cérès, de trouver son « home » occupé…  militairement. Prise de tête, engueulade, etc…  Racine menaçant de toutes ses foudres le malheureux officier qui avait violé le domicile de son sous-ordre, etc…  C’était plutôt hilarant, et je pensais à tous les pauvres malheureux propriétaires qui étaient molestés de la même manière et n’avaient pas le droit de sévir et de se plaindre. Pour cette fois c’était bien tombé. Aussi n’ai-je pu m’empêcher de dire à Racine : mon cher Sous-intendant, vous voyez comment vos camarades nous traitent. Je ne suis pas fâché que vous le constatiez personnellement !…

Il n’a pas protesté et il a…  encaissé.

Ma pauvre femme m’annonce la disparition de mon chien Bock qui était si bon, si bien de sa race. Encore une peine ajoutée à toutes les autres. Il est dit que tout ce que j’aimais disparaitrait…  me serait enlevé. J’en ai gros cœur. J’aurais tant aimé l’avoir encore après la guerre, il était une compagnie pour moi, un ami. Tout m’est enlevé ! Je ne puis m’attacher à rien sans qu’il me soit ravi. C’est dur…  triste, douloureux. Mon pauvre Bock qui lisait si bien dans mes yeux ! Pauvre cher chien !! C’est dur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – Nuit tranquille ; pluie ; + 4. Visite à M. Heidsieck, à M. Abelé.

Reçu lettre de Mgr Sevin ; formule

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 17 Février 1916. Charlotte va revenir. Paulette est malade et moi je n’ai toujours pas de réponse de chez Mignot. Tant pis, mais je voudrais pourtant travailler. Ton papa est venu nous voir. Si tu voyais quand il arrive, ta petite Blanchette regarde toujours s’il a un paquet dans ses mains. Pense donc mon Charles qu’elle va avoir l’âge qu’avait André quand tu es parti. D’y penser, vois-tu, cela me fait mal.

J’ai encore appris aujourd’hui que le petit Charles Arnould, celui qu’on appelait Mikado, avait été tué en Septembre 1914. Combien de morts ?

Je t’aime mon Charles, toujours autant.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 17 février

En Artois, nous avons fait jouer aux abords de la route de Lille, un camouflet qui a bouleversé les travaux de mines de l’ennemi.
Notre artillerie a canonné les convois de ravitaillement allemands an nord de Tracy-le-Val, à l’est de l’Oise, et dans la région de Berry-au-Bac.
Au sud-est de Saint-Mihiel, nous avons bombardé les organisations ennemies dans la forêt d’Apremont.
L’armée allemande, après un terrible bombardement du front d’Ypres, a fait plusieurs attaques d’infanterie. L’ennemi a pénétré sur environ 600 mètres de large dans une tranchée anglaise de première ligne. Partout ailleurs il a échoué. Le bombardement a continué.
Les Russes, qui avaient enlevé successivement un fort, puis un second, puis sept autres à Erzeroum, se sont rendus maîtres de la capitale de l’Arménie.
Les ministres de la Triple Entente au Havre ont déclaré au gouvernement belge :
I° que leurs pays ne cesseraient pas les hostilités tant que la Belgique ne serait pas restaurée dans son indépendance politique et économique et n’aurait pas été indemnisée des dommages subis;
2° qu’elle serait appelée à siéger à la conférence de la paix.
Un incendie allumé par des criminels a sévi dans le port de Brooklyn (New-York) où il a causé de graves dégâts.

 

Gare de Reims

 

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Vendredi 21 janvier 1916

Louis Guédet

Vendredi 21 janvier 1916

496ème et 494ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, du canon et de la bataille toute la nuit, qui a été venteuse et pluvieuse. Déjeuné au Cercle, rue Noël, avec Charles Heidsieck qui en outre avait invité, en l’honneur de Mgr Landrieux, curé de la Cathédrale qui va nous quitter pour être évêque de Dijon, M. et Mme Henri Heidsieck, leur fils Xavier, M. Henri Abelé, M. de Bruignac et M. Gilbrin, directeur de la Banque de France de Reims, réfugié à Épernay, qui se trouvait là au Cercle et qui s’est joint à nous. Causé d’une foule de choses, des événements. Là j’ai fait pour la première fois, et ce ne sera pas la dernière, la remarque suivante : Henri Heidsieck qui lui a été obligé de quitter Reims le 1er septembre 1914 parce que blessé non mobilisable, parlait des Rémois qui étaient restés et de ceux qui étaient…  partis, et émettait l’avis que beaucoup des…  rentrant s’imposeraient, critiqueraient, etc…  ceux qui étaient restés, nous tous, sauf M. Gilbrin, nous étions d’avis qu’on ferait l’impossible pour nous faire taire si on ne nous traitait pas encore d’imbéciles…

M. Gilbrin tâchait de soutenir que non, mais mollement. Bref on sentait déjà en lui cet état d’esprit qui ceux qui se cabreront devant ceux qui n’ont pas fui… aussi le jeune s’est mis dans la conversation et il a fallu faire glisser la conversation sur un autre sujet. Oui. Il y aura des luttes, des froissements, des clans, des partis pris, des ruptures, des éclats entre ceux qui ont fait leur devoir et qui sont restés, et ceux qui ont fuis ou qui se sont embusqués. Cela se sait déjà… c’est dans l’air…  on ne nous pardonnera jamais d’être restés.

Il est tombé exactement jusqu’à ce jour 94 bombes sur la Cathédrale.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Nuit tranquille ; + 6. Visite de M. Duvent, aquarelliste. Via Crucis in Cathedrali. Rencontre du Colonel Raucher à la sortie de la Cathédrale. Canonnade entre batteries. Reçu avis d’envoi de 500 couvertu­res par M. Whitnay-Warrey, type de celles qui servent à l’Armée améri­caine, et provenant du Secours National Américain pour le Secours Natio­nal Français. 9 h. gros coups de canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 21 janvier

Entre Oise et Aisne (région de Puisalaine), quelques contacts de patrouilles.
Entre Somme et Avre, nous bombardons, près de la gare de Chaulnes, des établissements occupés par l’ennemi. Ce tir a provoqué un incendie suivi d’explosions.
Au nord du l’Aisne (route de Corbeny), nous avons dispersé une colonne ennemie. Nous avons causé des dommages sérieux à l’ennemi aux environs de la ferme du Choléra.
En Champagne, nous avons dispersé un convoi de ravitaillement sur la route de Ville-sur-Tourbe à Vouziers.
Un taube a jeté, sans aucun effet trois bombes sur les faubourgs de Lunéville. Nous avons capturé deux officiers aviateurs allemands à Ogeviller (sud-est de Lunéville).
Seize avions britanniques ont bombardé le dépôt d’approvisionnement de Lesars (nord-est d’Albert). Le communiqué anglais signale dix-neuf combats aériens dans la même journée.
Les journaux autrichiens reconnaissent que l’offensive russe redouble d’acharnement en Galicie.
Le roi du Monténégro annonce qu’il reste à Scutari pour organiser la résistance. Il a envoyé sa famille en Italie d’où elle passera en France.
Un sous-marin anglais s’est échoué sur la côte de Hollande.
Une partie des troupes bulgares et allemandes qui devaient opérer contre Salonique, ont été rappelées vers le nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 19 janvier 1916

Louis Guédet

Mercredi 19 janvier 1916

494ème et 492ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps magnifique, froid assez vif. Calme. Avions, on n’y prête pas plus attention qu’au canon. C’est la vie normale ici, sauf la solitude et le désert des rues. La ville est morte. Révision ce matin des allocations militaires, des armées de mobilisés ! Que d’abus ! Beaucoup de sanctions. Nous n’avons pu finir de 9h à 12h que les 1er et 2ème cantons, il nous reste les 3ème et 4ème cantons : ce sera pour mercredi en huit. Passé à la Caisse d’Épargne pour mon service. J’y retourne samedi.

Vendredi au Cercle, invité par Charles Heidsieck avec Mgr Landrieux, M. et Mme Henri Heidsieck, Henri Abelé, Xavier Heidsieck.

Travaillé toute l’après-midi à mon retard.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 19 – + 8. Nuit tranquille. Visite à M. Debeauvais, aumônier militaire. 2 h. violente canonnade entre batteries adverses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 19 janvier

Entre Oise et Aisne, nos batteries ont bouleversé les tranchées allemandes de la région de Moulin-sous-Touvent.
En Champagne et en Woëvre, activité de notre artillerie sur divers points sensibles du front ennemi.
Nos avions ont fortement endommagé une batterie ennemie dans les Vosges, près de Metzeral.
Canonnade habituelle partout ailleurs.
Les Russes ont largement progressé autour de Pinsk; ils tiennent toutes les collines qui couronnent la ville à l’est.
Le mystère plane sur les conditions et les circonstances de la capitulation monténégrine. On se montre très sévère à Rome pour le roi Nicolas ler.
On annonce que le kaiser, après avoir visité un hôpital de blessés, serait parti pour l’Allemagne du sud, où il devrait subir une opération.
Le gouvernement serbe a quitté Brindisi pour se rendre à Corfou auprès de l’armée.
Les Autrichiens ont subi de lourdes pertes sous Goritz.
Des manifestations populaires importantes ont eu lieu dans la Suisse romande à propos des faits délictueux imputés aux colonels Egli et de Wattenwyl. Le public se montre de plus en plus irrité contre eux.
Des avions autrichiens ont jeté des bombes sur Ancône.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Gros canons français en batterie [soldats autour des canons] : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

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Jeudi 18 novembre 1915

La presse

Louis Guédet

Jeudi 18 novembre 1915

432ème et 430ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Calme général, temps gris et froid. Finis mon rapport à l’Académie comme Trésorier pour le 9 décembre 1915 à Paris. Couru toute l’après-midi. Vu le cardinal Luçon avec Mgr Neveux chez Charles Heidsieck. Causé longuement et communiqué les 2 derniers articles dans l’Éclaireur de l’Est contre son Éminence au sujet de sa lettre pastorale sur l’incendie de la Cathédrale et de la quête qu’il fera faire dimanche pour les polonais catholiques de la Pologne russe. Reçu lettre de Mme Changeux très triste de la mort de son mari, me priant de voir à ses affaires et au testament. Toujours très occupé ma vie n’en n’est pas moins fort monotone et triste, je devrais dire lugubre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

16, 17 et 18 novembre 1915. Chacun de ces jours, Le Courrier de la Champagne a ses arti­cles de chronique locale entièrement supprimés par la Censure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La presse

La presse

Liens : Une pétition aux Chambres contre la censure politique (1915)


Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille. Visite de M. Prudhommeaux, curé d’Alland’huy et de M. Berthaud, curé de Saint-Laurent. Visite de M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 18 Novembre 1915. Quatre ans depuis notre mariage. Quel jour heureux. Devant mes yeux défile toute la journée. Je te vois encore à la fin de la messe courir pour aller signer à l’autel car une coutume dit que celui qui signera le premier sera le maître. Tu étais joyeux et quelle gaieté toute la journée, quelle confiance en l’avenir nous avions ! Tu dois y penser toi même si tu es vivant. Pauvre chipette, comme tu aimais à m’appeler. Il me semble que ces quatre années ont passé si vite et je me reproche toujours de ne pas t’avoir gâté. Je comptais mon tit Lou sur une lettre venant de toi depuis les pays envahis. Mais ce qui a été dit dans les journaux, vois-tu, c’était encore pour rendre du courage.

Ton papa vieillit beaucoup. Je l’aime bien, et ton coco aussi. Si tu l’entendais quand il dit « Mon pépère Breyer ». Pauvre grand-père. Il t’aime bien aussi. Il essaye de me rendre du courage. Mais en vain …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 18 novembre

Violente canonnade en Artois, autour de Loos, Angres et Souchez.
Nos batteries ont effectué des tirs de concentration sur les bois de Fay, au sud-ouest de Péronne.
Lutte d’artillerie en Champagne (ferme Navarin, Tahure).
Nous faisons exploser deux fourneaux de mines en Argonne, en détruisant des tranchées allemandes sur une assez grande étendue.
Le calme règne sur le front belge.
Les Bulgares ont abandonné leurs attaques sur notre front de la rive gauche de la Cerna, près de Krivolak. Ils se sont repliés au nord de Cicevo, avec de fortes pertes. On calcule qu’ils ont eu en morts, blessés, prisonniers, 4000 manquants. Nos pertes sont légères. Nous avons canonné un convoi ennemi près de Rabrovo.
Les Serbes continuent à se défendre dans le massif de Babouna.
Les ministres anglais arrivés à Paris : MM. Asquith, Lloyd George, Balfour et sir Edward Grey ont tenu avec leurs collègues français deux conseils de guerre au ministère des
Affaires étrangères et à l’Élysée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 11 août 1915

Louis Guédet

Mercredi 11 août 1915

333ème et 331ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Toujours le calme. Température lourde la nuit et le jour plus d’air. Conseil des allocations militaires, que de questions diverses se soulèvent !! Révision des allocations des femmes de commerçants qui continuent à exploiter leur commerce et qui gagnent largement leur vie et qui touchent. C’est une injustice criante, je vais revoir et expurger les noms douteux avec M. Jallade et M. Beauvais. Le 19 et le 20 les commissions se réuniront pour trancher les radiations douteuses, et ce ne sera pas une vaine mission, c’était de la dilapidation des deniers de l’État. Dieu que les Présidents de ces commissions nos prédécesseurs étaient nuls ! aucune logique, aucun ordre, pas même de question de principe, une fois une catégorie jugée, discutions…  non ! on accordait à tout le monde, à qui venait demander, à qui voulait. J’ai vu des exemples (qui me sont revenus en réunion) de gens qui touchaient 2 – 3 allocations quand ils n’avaient droit qu’à une seule, et combien d’autres ! C’était la noce ! Marianne payait. Eh bien ! avec moi Marianne ne paie que quand c’est dû !…

Été faire signer une procuration 10, boulevard Carteret, que des ruines ! Repassé par la Comtesse Janvier (à vérifier), rue du Champ de Mars, vu les Heidsieck et Abelé. Charles Heidsieck est à Royat pour se soigner, Madame Abelé à St Cloud pour se soigner d’un érysipèle.

Vu M. Léon de Tassigny fort triste de la mort de son fils Jean, mais fort courageux. Et rentré chez moi où je trouve Jacques Wagener qui vient s’entendre avec moi pour déménager mes meubles chez mon ami Maurice Mareschal et m’y installer pour l’hivernage probable ! J’irai voir demain comment je pourrai m’organiser, mais je ne sais pas que décider à accepter la gracieuse offre (décision) de Madame Mareschal. J’ai écris à ma chère femme et au besoin j’irai passer 5/6 jours à St Martin pour mettre l’affaire avec elle.

Enfin j’habiterai de nouveau une maison de chrétien et non de sauvage comme celle que j’habite maintenant. Je quitterai avec un soulagement mes Ruines ! Ce qu’elles m’auront pesé !

Et enfin je pourrai réorganiser mon Étude et travailler avec un clerc ou 2. Je revivrai enfin une vie à peu près normale.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Sous la rubrique : « Le bombardement (332e jour du siège) », Le Courrier de la Champagne dit aujourd’hui ceci :

Nuit calme, troublée seulement par une violente canonnade sur le front nord-est de la ville, surtout entre 3 et heures.

Reims a été bombardée, dit le communiqué.

Nous permettra-t-on d’ajouter, pour rassurer nos nombreux lecteurs du dehors, que ce bombardement a été bien inférieur, comme quantité et résultat, à nombre d’autres arrosa­ges que le communiqué n’avait même pas signalés

La remarque du Courrier est exacte.

Il nous a été donné, déjà, de constater que le point de vue de l’autorité militaire, traduit par les communiqués, est très différent de celui de la population civile, lorsqu’il s’agit de relater ou d’apprécier les bombardements de notre ville.

Les deux manières de voir pourraient, peut-être, s’expliquer ainsi :

Certains jours assez fréquents où les arrivées se font entendre, pendant un laps de temps donné, quelquefois même du matin au soir, à la cadence d’un obus toutes les quatre, ou cinq, ou dix minutes, il arrive que nous circulions en ville, dans une sécurité relative, parce que nous nous rendons bien compte que « ça tombe sur les batteries », à tel ou tel autre endroit que nous connaissons Avec l’habitude, nous en sommes arrivés à ne nous inquiéter nul­lement, dans ce cas, des explosions répétées régulièrement, quand éclatent les projectiles. Nous ignorons généralement les résultats de ces tirs très localisés (pièces démontées ou victimes parmi les ca­nonniers) et si nous lisons, le lendemain, dans les nouvelles offi­cielles, que Reims a été bombardée, cela nous fait sourire, alors qu’il peut y avoir eu des dégâts d’ordre militaire en dehors des lignes, — tandis que nous admettons difficilement que des arrosages meurtriers, spécialement envoyés sur l’agglomération, sur les habitants, ne soient pas mentionnés.

Évidemment, en ce qui concerne les opérations, la chose n’a probablement pas grande importance ; néanmoins, lorsque le civil a encaissé parfois des centaines et des centaines d’obus dans ces conditions, il ne comprend pas les raisons qui empêchent d’en parler ; il pense que cela ne compte pas, et, s’il est plus ou moins déprimé, il est porté assez naturellement à s’imaginer qu’il est tenu pour quantité négligeable, et même « qu’on le laisse tomber ».

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Collection : F. Denoncin


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Nuit tranquille. Service à Sainte-Geneviève pour les sol­dats morts ; allocution, Mgr Neveux donne l’absoute. Rendu visite à M. le Sous-Préfet. Cure d’air au Parc de la Haubette. Il m’a parlé avec compli­ments de ma lettre à Mgr Lobbedey, Évêque d’Arras. Le soir, aéroplane de 6 à 7 h.

Visite de quatre soldats du diocèse de Nantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 11 Août 1915.

Ma pauvre chipette, je suis lasse de tout. Je me lève le matin avec le regret de ne pas pouvoir dormir encore pour ne plus penser à rien. Tout me fatigue. J’ai sans cesse des idées noires. Pour un rien je me creuse la tête. Crois-tu que je me suis mise dans l’idée que le nom que j’ai donné à notre fillette ne te plairait pas et je suis toujours avec cela. Pourtant j’ai beau me raisonner, qu’un nom c’est un nom, cela me tracasse. Je crois que je deviendrai folle.

Si seulement j’avais une lettre de toi. Cela me remettrait, mais rien. J’ai reçu la réponse du notaire qui prétendait avoir la liste des 70000 prisonniers. Il dit qu’il ne sait pas ce que cela veut dire, qu’il n’a jamais eu cette liste entre les mains. Encore une déception. Et combien d’autres ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 11 août

Deux attaques allemandes ont été repoussées au nord de Souchez. Canonnade et fusillade en Argonne, spécialement près de Vauquois.
Au bois Le Prêtre, une offensive ennemie est arrêtée dans la région de la Croix-aux-Carmes; une autre, accompagnée d’un bombardement par obus asphyxiants, a été également enrayée.
Une reconnaissance allemande a été repoussée à Moncel.
Quatre des avions qui ont été opérer à Sarrebrück ne sont pas rentrés. Mais l’un d’eux a atterri près de Payerne, en Suisse.
Cinq zeppelins ont fait un raid sur la côte anglaise, tuant quatorze civils. L’un des zeppelins a été détruit.
Dans la presqu’île de Gallipoli, les derniers combats ont abouti à des progrès importants. A l’est de la route de Krithia, nous avons avancé de 200 yards et nous nous sommes maintenus en dépit d’énergiques contres-attaques que nous avons repoussées.
Les Russes ont repoussé les Allemands en leur infligeant des pertes énormes près de Kovno. La flotte allemande, forte de neuf cuirassés et de douze croiseurs, a tenté vainement d’atteindre Riga. Par trois reprises, elle a renouvelé son attaque et a perdu plusieurs navires.
Les ministres de la Quadruple Entente ont fait des démarches à Sofia, à Nisch, à Athènes, pour essayer de provoquer un regroupement favorable des États balkaniques.
Le roi de Danemark fait démentir qu’il ait servi d’intermédiaire à des propositions de paix de l’Allemagne à la Russie.
La presse allemande attribue moins d’importance que les premiers jours à la prise de Varsovie.
Le Président de la République a rendu visite à nos troupes de l’Est.
Les intellectuels allemands publient un nouveau manifeste où ils réclament l’annexion des côtes françaises de la Manche, de la Belgique et des provinces baltiques.
Le cabinet japonais s’est reconstitué sous la présidence du comte Okuma. Il ne semble pas que la politique générale de l’empire du Mikado doive êtr
e modifiée.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 5 juin 1915

Paul Hess

5-6 juin – Sifflements et explosions le soir du 5, à 19 h 1/2 et le matin du 6, à 9 h.

– Dans le courrier du 6 juin, nous lisons le compte-rendu d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu le vendredi 4 à 15 heures.

M. le Dr Langlet, maire, présidait la séance à laquelle assistaient : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Ch. Heidsieck, Drancourt, Gougelent, Guernier, Gustave Houlon, Jallade, P. Lelarge et Rohart.

A propos de l’inscription au budget d’un 3e crédit de 500 000 F, pour l’achat de denrées de ravitaillement, M. Jallade demande au maire d’exposer le système de ravitaillement de la population civile et de rassurer le public contre toute éventualité de crise, soit en viande, soit en farine.

M. Em. Charbonneaux, adjoint chargé du ravitaillement, détaille la façon d’opérer de la ville, à l’aide des crédits ouverts, et la facilité de transport d’accord avec les commissions de réseau qui accordent toute latitude.

Le manque de farine qui a failli se produire et a été conjuré le soir même, ne vient pas de sa rareté mai du défaut de parole d’un ou deux fournisseurs auxquels il a fallu suppléer sans délai…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Mardi 30 mars 1915

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne du 26 mars, nous trouvons le compte-rendu d’une séance du conseil municipal, suivi de quelques détails complémentaires dans le journal du 27 :

Conseil municipal

Le conseil municipal s’est réuni avant-hier soir, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire.

Étaient présents : MM. Em. Charboneaux, de Bruignac, Perot, Bataille, Drancourt, Guernier, Gustave houlon, P. Lelarge, Jallade, Chezel, Rohart et Gougelet. MM. Lemaison, Ch. Heidsieck et Mennesson-Dupont s’étaient fait excuser.

Après avoir examiné et liquidé les pensions des veuves de quelques employés municipaux tués au feu ou à Reims, le conseil examine la situation des ouvriers et employés qui ont quitté leur poste au moment de l’invasion.

Sur le rapport de M. P. Lelarge et après une très longue discussion à laquelle prennent part MM. Langlet, Jallade, Rohard, Guernier, Chezel, le conseil décide que, d’une façon générale, ces ouvriers et employés, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient, seront mis en disponibilité. Ils pourront, le cas échéant, être réembauchés, mais dans les emplois qui se trouveront vacants à ce moment et sans qu’il soit tenu compte, pour fixer leurs appointements, qu’il auront passé auparavant au service de la mairie.

Communication avait été faire au conseil de la liste des employés municipaux tués à l’ennemi ou pendant leur service à Reims. Ce sont : MM. Villain Achille, géomètre au service de la voirie ; Brenon, agent de la sûreté ; Demitra-Beuvelet, cantonnier-terrassier ; Ferry, employé du Mont-de-piété ; Lasseron, conservateur du cimetière du Nord ; Caron E., cantonnier-terrassier ; Renaudin, chef de brigade paveur ; Lonoir, gardien du musée.

Le conseil décide en outre de « mettre en sommeil » (l’expression est du Dr Langlet), le théâtre, la musique municipale, l’école de musique, c’est-à-dire d’en supprimer les budgets.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille pour la ville, sauf coups de canons, fusillades.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mardi 30 Mars 1915.

Ce matin en me réveillant je suis allée rue de Beine, mais rien de nouveau. J’ai enlevé ma garniture de cheminée. Cet après-midi je suis revenue chez ton parrain et là une lettre m’attendait, du soldat Henri Lande. Il me disait comme les autres que tu avais été blessé et sans doute soigné par les Allemands. Il ajoutait que c’était un jeune homme de Crugny qui le lui avait dit et il ajoutait qu’il me remerciait beaucoup pour la petite pièce que j’avais ajoutée à sa lettre. Dix sous de timbres, ce n’est pas une affaire. Pauvre diable.

Mon coco, bonne nuit et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 30 mai

Dans la région au nord d’Arras, la nuit du 28 au 29 avait été marquée par une lutte d’artillerie très violente, l’ennemi ayant spécialement bombardé les pentes de Lorette. Au jour, nous repoussons d’abord une attaque sur Ablain-Saint-Nazaire, puis nous prenons l’offensive et enlevons les dernières maisons de ce village encore occupées par nos adversaires. C’était une affaire très chaude, au cours de laquelle nous anéantissions et mettions en fuite trois compagnies. A Neuville-Saint-Vaast, de même, nous conquérions un nouveau groupe de maisons. Près de Thiescourt, aux abords de Lassigny, nous avons abattu un aviatik, qui a pris feu en tombant en avant de nos lignes. Les Italiens, par leur feu d’artillerie, ont endommagé plusieurs forts autrichiens du côté du col de Torsala. Ils ont enlevé la ville d’Ala, à la frontière du Tyrol, entre Vérone et Trente, continué leur pénétration en Carniole et en Frioul. Ils ont capturé un hydravion autrichien. M. de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours d’une extrême violence au Reichstag, discours dirigé surtout contre l’Italie. L’Allemagne a remis sa réponse à la note américaine au sujet du Lusitania. Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Éthiopie. Les marins du Léon-Gambetta, internés en Italie et libérés par cette puissance, vont rentrer en France. L’armée russe, maîtresse de Van, a occupé aussi Ourmia, en Arménie. 

 

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Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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