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Vendredi 1 février 1918

Louis Guédet

Vendredi 1er février 1918

1239ème et 1237ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier soir de 7h à 10h bombardement avec des 105 vers Libergier, pont de Vesle, etc… Bref mauvais moment à passer, les éclats venaient jusqu’ici. Ce matin temps brumeux glacial pénétrant. Courrier assez chargé, j’y ai répondu. Lettre de Dagonet, à qui je réponds, Abbé Andrieux, ancien aumônier des fusiliers marins du régiment n°2, actuellement aumônier sur le « Jean Bart » de la 1ère Division navale, cinglant dans la Mer ionienne… Visite de Houlon qui me fera prendre par la Croix-Rouge quelques uns de mes cartons de dossiers que j’évacue, pour tranquilliser ma chère femme… Il est enchanté de son espoir pour le ruban et moi encore plus que lui, car vraiment j’étais presque honteux du mien auprès de lui, quoique nous ne l’ayons volé ni l’un ni l’autre ! Il m’a invité à déjeuner dimanche, j’ai accepté, car vraiment c’est un bon ami que je me suis fait.

Après-midi visite de mes voisins les anglais de la Croix-Rouge qui sont chez Houbart et cherchent un abri pour leurs bonnes. Je crois avoir trouvé avec eux, au coin de la rue Marlot et de la rue Boulard. Passé rue de Chativesle donner un coup d’œil à ma cave qui est bien gardée. De là passé jusqu’au cimetière du Nord. On couvre de fils barbelés les Promenades. Le cimetière du Nord fort abîmé depuis 3 semaines. Prié sur la tombe de Maurice et sur celle de ma belle-mère (rayé).

Il fait un soleil splendide. Les jours allongent. Je rentre à 5h, j’écris quelques lettres à Mme Schoen qui m’a envoyé un petit « Musset », charmant volume. Je la remercie et je joins à ma lettre un bout de mon ruban rouge en la priant d’en envoyer un fil à son mari exilé à Mulhouse. Ce sera la Goutte de sang du français de champagne au frère d’Alsace.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er février 1918 – Certaines marchandises deviennent difficiles à se procurer. En regagnant la mairie, à 14 h, je remarquais une dizaine de person­nes qui stationnaient avec leurs récipients, en attendant l’ouverture du magasin de quincaillerie tenu par A. Betsch, 4, rue Colbert (maison Camus), pour acheter un litre de pétrole chacune — car c’est tout ce qui leur sera délivré.

— Bombardement par rafales, sur le boulevard de Saint-Marceaux, de 17 h 3/4 à 18 h, puis le soir, sur le quartier Fléchambault — une trentaine d’obus — et reprise du bombardement la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 1er – 0°. Temps couvert. Via Crucis in Cathedrali. Vu une belle tête de roi décapité, du transept sud, placée sur un chariot. Canonnade allemande, vers 8 h. à 9 h. 1/2 soir. Reste de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 1er février

Lutte d’artillerie assez violente dans la région de Flirey.
Un avion allemand a été abattu par nos pilotes et trois autres sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats.
Sur le front de Macédoine, près du lac Doiran, les troupes britanniques ont exécuté avec succès un raid qui leur a permis de ramener des prisonniers.
Actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir.
Un avion ennemi a été abattu dans la région de Doiran.
Sur le front de France et de Flandre, les troupes anglaises ont fait un certain nombre de prisonniers.
Nos alliés ont bombardé un aérodrome au sud de Gand, un important dépôt de munitions à l’est de Roulers et les voies de garage de Courtrai. Des troupes ont été prises sous leur feu. Quatre avions allemands ont été abattus.
Les Italiens ont continué des poussées énergiques au sud d’Asiago et à l’ouest du val Frenzela. Leurs batteries ont tenu sous leur tir les arrières de l’ennemi, battant sans arrêt les passages forcés. Activité d’artillerie dans le val Lagarina et entre l’Adige et l’Astico. Sept avions ennemis ont été abattus.
Les gothas ont accompli sur Paris et sa banlieue un raid qui a duré près de deux heures. Il y a eu trente-sept morts et cent quatre-vingt-dix blessés. Un gotha a été abattu près de Chelles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 6 novembre 2017

Paul Hess

6 novembre 1917 – Bombardement vers le boulevard de Saint-Marceaux, une partie de l’après-midi, à partir de 13 h.

A 21 h canonnade sérieuse de nos pièces. Pendant une demi-heure, les éclairs produits par les nombreux départs, illumi­nent le ciel sans interruption. Des sifflements d’arrivées se font entendre ensuite et le calme revient jusqu’à minuit, heure à laquelle le tapage de nos pièces recommence ; il est encore suivi de quelques sifflements.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 6 – + 9°. Nuit tranquille: brouillard. Visite du Lieutenant Brillat- Savarin, d’un docteur américain. Lecture de la lettre du Dr Hugues. Un obus chez M. Simon, peintre verrier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 6 novembre

Activité intermittente des deux artilleries en Belgique et en Haute-Alsace.
Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes, à l’ouest de la haute forêt de Coucy, a échoué. Des prisonniers sont restés entre nos mains. D’autres coups de main ennemis ont échoué au nord-ouest de Bezonvaux et à l’est de Saint-Dié.
Les Anglais ont capturé vers Gavrelle 14 prisonniers, 4 mitrailleuses et 2 mortiers de tranchées. L’ennemi a subi de nombreuses pertes, et le chiffre de ses morts est évalué à une centaine.
Nos alliés ont réussi un coup de main sur les tranchées allemandes au nord-est de Loos. Ils ont ramené quelques prisonniers et infligé des pertes sérieuses à leurs adversaires. Ils ont dispersé sous leurs feux des reconnaissances ennemies vers Hollebeke et Reutel.
Les Allemands ont réussi à franchir le Tagliamento près de son débouché des montagnes. Les Italiens prennent de nouvelles positions entre le Tagliamento et la Piave.
Sur le front russe, fusillade près de Dvinsk.
Sur le front belge, lutte de bombes dans la région de Dixmude. Les batteries de nos alliés ont exécuté de nombreux tirs de destruction. Ils ont effectué des reconnaissances sur la rive est de l’Yser.
En Macédoine, canonnade assez violente entre le Vardar et le lac Doiran.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 4 juillet 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 juillet 1917

1026ème et 1024ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit lourde et orageuse. Assez calme, pas trop de bombardements, seulement des batailles un peu partout, surtout vers Pompelle, Mont-Haut. Quand les hommes se tiennent à peu près tranquilles les éléments s’en mêlent. Orage très violent vers 3h du matin. Ce matin temps lourd, humide, déprimant. Mes 2 bonnes ont été malades une partie de la nuit. Cerises cuites dans une casserole mal récurée. Çà les apprendra pour une autre fois, surtout Lise qui est plutôt sans soin. Tandis qu’Adèle est un peu molle et apathique. Assez mal dormi quand même. J’attends le courrier avec impatience pour savoir si Robert a oui ou non son congé, et surtout pour avoir des nouvelles des pauvres petits. Il parait que les combats vers Mort-Homme, Cote 304, Avocourt et Verdun sont très meurtriers. Que Dieu les protège !!

4h soir  Peu de lettres, rien de St Martin. Une lettre de mon confrère de Verzy, Labitte, qui a repris du service et est capitaine au 40ème d’Artillerie à Rennes. Il me blague au sujet de ma circulaire demandant, au nom du Procureur de la République à tous les notaires mobilisés de l’arrondissement de Reims leurs citations et décorations. Et pour terminer il me dit son étonnement de ne pas me voir encore décoré. C’est extraordinaire comme quantité de gens me décorent et me souhaitent ce fameux ruban. Et il n’y a que moi que cela laisse pour ainsi dire indifférent ! Il est vrai que cela musèlerait quelques mauvaises langues et quelques envieux ou poltrons. Ce serait la seule utilité pour moi, et j’en serais plutôt heureux pour ma chère femme et mes chers petits. En dehors de cette lettre, rien de saillant. Je tue ma journée comme je puis, et j’ai hâte de pouvoir aller me reposer un peu à St Martin, mais sans voir mes 2 grands hélas.

Il fait lourd, orageux, on est très fatigué de cette température chaude et humide qui s’éternise, et ajoutez à cela les nuits presque sans sommeil. C’est tuant.

6h1/2 soir  Bombardement lent depuis 4h soir vers Barbâtre.

8h1/4 soir  Après dîner, vers 7h3/4 je sors et, ne sachant ou diriger mes pas, je suis la rue des Capucins, sonne au 40 chez Melle Payard qui allait dîner. Je lui dis 2 mots, et la réflexion me vient de m’assurer si le cardinal (est au courant) a eu connaissance de l’article de Rodin, le sculpteur bien connu, reproduit par l’Éclaireur de l’Est de lundi dernier (avant-hier) 2 juillet 1917, au sujet de la désaffectation de la Cathédrale de Reims pour en faire une sorte de Panthéon, de nécropole des Morts de cette Guerre !!…

Je descends la rue Libergier et je sonne au 40, c’est l’abbé Lecomte, le secrétaire Général (que je voulais voir) qui m’ouvre, il cueillait des haricots avec une vieille sœur. Il quitte sa cueillette et me conduit près de l’escalier de l’entrée du bâtiment qu’il occupe, à droite en entrant au bout du jardin qui est sur la rue. La chapelle en ruines est à droite, à 6/8 mètres de l’endroit où nous étions assis. Nous nous asseyons, nous causons, il me tranquillise, il avait eu connaissance de l’article ainsi que Son Éminence qui avait eu presque aussitôt occasion de protester contre cette pensée auprès d’officiers (si on croit que cela m’étonne de la part de ces pierrots-là) qui avaient l’air de l’applaudir. J’te crois !! Nous conversons ensuite de la visite de Lenoir et Forgeot (Pierre Forgeot, député de la Marne, il fera partie de la commission chargée du projet de loi sur les réparations et dommages de guerre (1888-1956)) députés au Cardinal lundi dernier. Il parait que nos Édiles Bourbonnaises étaient assez émus…  « de la chaleur communicative des banquets »…  en fait cela s’est bien passé et je crois par Beauvais que nos députés sont revenus enchantés de l’accueil fait par le Cardinal. Au moment où nous entamions ce sujet un obus contre avions siffle très près. Je regarde où il peut tomber (nous nous étions levés tous deux de nos chaises), il était 8h05, et je le vois arriver sur le toit démoli de la chapelle, à un mètre à droite d’une chambrette

Le bas de la page a été découpé.

…voir dans la chapelle s’il y a des éclats. Rien, un peu de plâtras, des éclats de pierre brisés, quelques lattes et c’est tout, l’obus s’est brisé en éclats infinitésimaux. Nous nous quittons sur cette émotion. En sortant, causons de l’incident avec le Directeur des postes M. Colson et quelques pompiers de Paris.

Le schéma de la scène de la chute de l’obus est en pièce jointe.

Je rentre chez moi un peu émotionné. De peu de choses en somme, mais je suis heureux d’avoir pu constater (comme je l’ai déjà fait hélas nombre de fois) qu’on peut voir arriver un obus près de soi et éclater. C’est un éclair entre la vision et l’éclatement !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 au 7 juillet 1917 – Violents bombardements, principalement vers Ponsardin, Gerbert, Saint-Marceaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 4 – + 17 °. Nuit assez tranquille. De 5 à 6 h. orage. Baptême d’un soldat juif M. G. Schwab. Bombardement continu depuis 3 h. jusqu’à 7 h. Des éclats sont tombés nombreux chez nous. Nuit (du 4-5) tranquille en ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 4 juillet

Après une recrudescence du bombardement, les Allemands ont lancé une série d’attaques violentes sur les tranchées que nous avons reprises de part et d’autre de la route Ailles-Paissy. Une lutte très vive, qui a duré toute la nuit, s’est terminée par l’échec complet de l’ennemi. Nous avons maintenu toutes nos positions.
Plus à l’ouest, deux coups de main sur nos petits postes ont également échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, la lutte d’artillerie a augmenté d’intensité vers le milieu de la nuit dans le secteur cote 304-bois d’Avocourt. Les Allemands ont attaqué sur un front de 500 mètres à la corne sud-est de ce bois. Les vagues d’assaut, brisées par nos feux, n’ont pu aborder nos lignes. L’ennemi n’a pas renouvelé sa tentative.
A l’est de Coucy-le-Château, rencontres de patrouilles. Nous avons fait des prisonniers dont un officier.
Les Anglais, grâce à une série de coups de main à l’ouest d’Avrancourt et au nord de Nieuport, ont fait un certain nombre de prisonniers. Ils ont repoussé une attaque contre leurs postes avancés au sud de la Cojeul.
Les Russes ont poursuivi leur offensive avec succès en Galicie. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 13200.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 23 avril 1917

Avenue de Laon

Louise Dény Pierson

Aucune description de photo disponible.

23 avril 1917

A la tombée de la nuit elle se retira comme la veille vers Rilly et la riposte allemande ne se fit pas attendre.
Couchés dans les caves Walfart, nous entendions le bombardement qui encadrait tout le quartier. Au lever du jour, nous pûmes constater les dégâts, des entonnoirs partout, les vignes dévastées, les murs de clôture de la clinique Mencière éboulés sur une grande longueur, certains de ses arbres réduits à l’état de pinceaux. Par bonheur le train blindé ne revint pas. Je ne le revis jamais par la suite et le calme qui suivit dans notre quartier nous apparut comme un bienfait du ciel.
Calme assez relatif, il faut le reconnaître, car, si les bombardements étaient devenus plus rares sur Sainte-Anne, le reste de la ville n’était pas épargné, surtout les quartiers de Bétheny et de Cernay.
La saucisse de Montbré a brulé deux fois dans la même journée. L’observateur, sauté en parachute, était mitraillé en l’air par l’Allemand qui avait attaqué la saucisse, je trouvais cela une véritable lâcheté de sa part puisque l’aéronaute était sans défense et bien assez en danger sous son parapluie jaune, mais il paraît que c’était ça la guerre !!
En savoir plus sur le docteur et la clinique Mencière

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 23 avril 1917

954ème et 952ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Temps magnifique, froid, il a dû geler. A peine monté vers 8h pour m’habiller, il a fallu descendre en cave. Les journaux deviennent muets. Je crains bien que la grande offensive dont on nous a encore leurrés pour la ? Xième fois est encore…  retardée. C’est désespérant, décourageant. Voilà donc 32 mois de stoïcisme, de courage, de dévouement sacrifiés pour rien !! J’en suis anéanti. Tout, tout aura donc été contre moi. Sacrifiez-vous ! Dévouez-vous ! c’est en pure perte. Dieu ne protège que les lâches ! C’est la négation de tout. J’aurai tout perdu, tout sacrifié pour rien, pour rien. C’est honteux, injuste, révoltant.

A l’intérieur de ce double feuillet se trouve une petite feuille de calepin de notes relatant les évènements « pris sur le vif » concernant les journées des 21, 22 et 23 avril. Ils sont intégralement repris et développés dans le journal quotidien.

Toute la nuit on s’est battu et nous avons été aussi fort bombardés. Je ne sais encore où, étant bloqué ici et ne pouvant sortir. Pourrais-je même aller chercher mon courrier et poster mes lettres à la Poste. On n’ose plus sortir, car à chaque instant on risque d’être pris dans une rafale. Cette vie devient réellement désespérante, et sans issue !

6h soir  En cave. Il y avait longtemps qu’on y était descendu, mais je crois que ce n’est qu’une alerte.

A 9h1/4 été chercher mon courrier au Palais où j’ai répondu à quelques lettres dans la crypte tandis que çà tombait ferme aux alentours du Palais et de la Cathédrale. Un incendie s’allume rue de la Clef (située Cours Langlet et supprimée à la reconstruction de Reims. Étroite, ne faisant que 3 mètres, elle avait une longueur de 80 mètres) près de chez Thiénot, notaire (rayé).

Je rentre vers 10h1/2, mais cela bombarde toujours, on déjeune tranquillement cependant. Vers 2h1/2 je me décide à pousser jusqu’à la Poste pour retirer le courrier d’aujourd’hui. Quantité de lettres auxquelles je réponds en partie dans la crypte même, et les autres sont écrites chez moi, en tout une 15aine (quinzaine). En sortant du Palais vers 3h, rencontré un capitaine du 47ème d’Artillerie qui me connait, M. Arthault (?), il était à l’aviation ici avant la Guerre. Nous causons avec le Rémois qui l’accompagnait, M. (en blanc, non cité), devant chez Touret, rue des 2 Anges. Il nous dit qu’il était à la prise de Courcy, du château de Rocquincourt dont il ne reste rien, tout est rasé. Nous sommes au canal, rien de plus. Mon soldat de l’autre jour du 61ème d’Artillerie s’était trompé. Nous étions allés plus loin, mais il avait fallu rétrograder de peur d’être trop « en l’air ». De la verrerie de Courcy, le pavillon habité par Givelet est rasé par notre artillerie, à cause des mitrailleurs qui y étaient installés. Comme nous lui disions que le sentiment de tous les Rémois était que l’attaque était ratée, il protesta très nettement et très simplement, disant qu’on ne faisait que commencer et que du reste on massait de nouvelles troupes vers Merfy et St Thierry pour enlever Brimont. Il me disait une chose qui m’a surpris, c’est qu’il est plus facile de prendre une position en montant qu’en descendant. Aussi la prise prochaine de Brimont ne paraissait faire aucun doute pour lui. Il parait aussi que nous les avons inondés de gaz asphyxiants, et que les allemands avaient perdu là énormément de monde. Il narrait que la prise de l’ouvrage quadrangulaire à l’emplacement du moulin à vent de Courcy avait coûté 50% des effectifs russes chargés de s’en emparer. Bref il nous a réconfortés, et très aimablement il me prie de rectifier cette idée que notre grande offensive était avortée. Il estime que nous devons les déloger d’ici sous peu. Je le quittais en lui disant : « Que Dieu vous entende ! »

Je poussais jusqu’à l’Hôtel de Ville où la municipalité n’est plus. Elle est installée dans une cave de la Maison Werlé, en face du commissariat central (ancienne maison Jules Mumm), j’y trouve le Maire, qui me dit qu’on me cherche pour me donner connaissance du testament du pauvre Colnart à sa femme et à sa belle-mère, et Legendre me cherche. Je saute dans l’auto d’Honoré et je rentre à la maison où je trouve la malheureuse veuve. Je lui donne connaissance du testament et lui dit d’aller chercher l’autre testament qui est enterré dans leur jardin, 41, rue Montoison. Legendre les y conduit et quelque temps après me remet ledit testament qui est la réplique de celui que j’avais déjà, sauf des recommandations et des développements sur le spiritisme. Il demandait d’être enterré selon le rite de sa secte, à moins que sa Mère (qui est morte) ait voulu qu’il fût enterré religieusement. Dans ce cas il demandait des obsèques catholiques, disant que cette religion était celle qu’il croyait la plus sincère et la plus rapprochante de ses idées spirites !! Singulière mentalité. C’était un illuminé dans son genre, et un rêveur.

Je mets ensuite mon courrier au courant. C’est fait. Il est 6h1/2, le calme. Je remonte dîner.

8h1/2 soir  Dîné en vitesse, çà tombait tout proche. A peine fini, le silence. Je sors dans le jardin, et à 7h3/4 exactement j’aperçois les 2 premières hirondelles de l’année 1917 voletant sur Reims ruiné. Sont-elles au moins les messagères de notre délivrance prochaine et définitive ??…  Toujours le calme, nous descendons nous coucher.

Aujourd’hui St Georges, il n’a pas plu, nous aurons des cerises !! dit le dicton (« Quand il pleut le jour de Saint Georges, sur cent cerises, on a quatorze »). Souhaitons que nous les mangions en Paix ou tout au moins délivrés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 avril 1917 – Bombardement serré, commencé plus tôt que d’habitude, vers 8 h du côté du boulevard de Saint-Marceaux et qui s’étend sur le centre. En même temps, un dépôt de grenades saute dans le haut de l’avenue de Laon. Des gros calibres font entendre ensuite leurs explosions autour de l’hôtel de ville. Un soldat est tué rue du Clou- dans-le-fer ; un autre blessé.

Dans la matinée, un cheval blessé dans les environs, est venu mourir rue de Mars. Cet après-midi, un poilu de passage en a dé­bité, sur place, les meilleurs morceaux. C’était une aubaine pour les amateurs des popotes de l’hôtel de ville. Guérin, notre cuistot, n’a pas laissé passer non plus cette occasion ; il s’est fait adjuger la moitié du filet.

— Nous nous demandons à quel propos le communiqué fait mention, aujourd’hui, d’un violent bombardement de Reims, puis­que depuis le 6 courant ce n’a été, pour nous, qu’une suite de bombardements terribles, dont il n’a rien dit.

Nous préférerions qu’il soit plus explicite sur les résultats donnés par la fameuse offensive déclenchée de notre part, le 16 avril, et dont nous espérions tant un changement complet de situation pour Reims, car tout ce que nous sommes à même de constater jusqu’à présent, c’est une sérieuse aggravation des condi­tions déjà fort pénibles d’existence, dans notre malheureuse ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Lundi 23 – + 2°. De 2 h. à 9 h. au nord (?) violent combat d’artillerie mitrailleuses (allemandes). A 5 h. aéroplanes. Matinée : bombardement pres­que continu en toutes directions. 2 heures : série ininterrompues de bombes allemandes : la matinée et l’après-midi, roulements de bordées de canons à l’est de Reims. Souscription ouverte par Mgr Gibier. Lettre à Mgr Gibier, publiée dans les journaux. (Recueil, p. 129).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 avril

Entre Somme et Oise, lutte d’artillerie très active dans la région au sud de Saint-Quentin et au nord d’Urvi1lers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie intermittente daus certains secteurs.

En Champagne, la journée a été marquée par une série de réactions de l’ennemi sur les hauteurs que nous tenons daus le massif de Moronvilliers.

Une violente attaque, dirigée sur le Mont-Haut, a été réduite à néant après un vif combat: nos feux de mitrailleuses et nos contre-attaques ont infligé de sanglantes pertes à l’ennemi. Un bataillon ennemi a été pris sous nos feux et s’est dispersé.

Trois avions ennemis ont été abattus par nos pilotes.

Les troupes britanniques ont effectué une nouvelle progression à l’est du bois d’Avrincourt et la partie sud du village de Trescault est tombée entre leurs mains. Vif combat au sud-est de Loos. Nos alliés ont réa1isé une nouvelle avance en ce secteur et ont fait des prisonniers. Ils ont abattu quatre avions allemands, mais quatre des leurs ne sont pas rentrés.

Une escadrille de cinq destroyers allemands a lancé des obus sur Calais, puis sur Douvres. Attaquée devant cette ville par des navires patrouilleurs anglais, elle a perdu deux de ses unités: les autres ont pris la fuite.

Canonnade sur l’ensemble du front italien.

On annonce une sortie de la flotte allemande de la Baltique dans la direction des côtes russes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 15 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 15 avril 1917

946ème et 944ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, nuageux, vent froid, un temps de 1er novembre. Toute la nuit combats, batailles, tirs de barrages dont les obus nous empêchent de dormir. Je suis assommé de sommeil. Toujours des avions tourbillonnant au-dessus de nous. On en est obsédé. Messe à 7h dite par l’abbé Camu, pour le repos de l’âme de mon pauvre Jacques. Il n’y a plus de messe chantée à 8h1/2 faute de chantres et d’organiste. La messe paroissiale est remplacée par une messe basse, où on chante juste le Credo. Jusqu’à présent nous sommes au calme, mais je désespère presque de voir cette grande offensive dont on nous a tant…  gargarisé depuis 15 jours. L’assaut devrait même être donné aujourd’hui au plus tard… !!! Ah ! là ! là ! nos officiers d’état-major aiment mieux se tenir à l’abri et boire notre Champagne pillé par leurs embusqués de secrétaires et autres.

6h soir  J’apprends la mort par gaz asphyxiants de Valicourt (Léon Valicourt, décédé par asphyxie au commissariat de la place Suzanne), sa femme et sa fille. Je l’avais connu dès les débuts de mon arrivée à Reims en 1887 – 88 par la Mère St Jean et Charles Decès. Il avait commis des détournements aux Hospices, fait de la prison. Il avait remboursé et vivait de quelques leçons, et de sa place de chantre à St Remy. Il s’était bien racheté. Une vieille physionomie rémoise encore disparue, le type du vieux professeur de français et de latin d’il y a 60 ans !! On me remet des fonds d’une autre victime des gaz, Delaitre, dit Noëllet, 6 rue du Réservoir. Bref tout le quartier St Remy a été fortement atteint par ces gaz. Une bombe de ce genre est tombée place Subé (place d’Erlon), on dirait la place peinte au minium (pigment de couleur rouge orangé indiquant la présence de gaz suffocants).

Le bombardement n’a pas cessé depuis 10h du matin, et la rue Courmeaux est entièrement détruite cette nuit. Nous sommes toujours séparés du monde, peu de lettres, pas ou point de journaux. Vu Féron, marchand de vins, rue Boulard, qui me disait qu’un soldat du 7ème Génie, cantonné à Dieu-Lumière lui avait avoué, à l’instant vers 9h, que ses camarades pilaient les caves de ce quartier, vins en bouteilles et même en cercle qu’ils revendaient à leurs camarades de cantonnement à 1 F le litre ou la bouteille !!

Été porter lettre à Landréat. Vu à maisons Jacques et Gambart. Tout va bien, mes gardiens font bonne garde. Repassé rue de Talleyrand quand j’aperçois des soldats russes du régiment n°2 sortant de mon ancienne maison au n°37. Ils se sauvent, j’entre et me heurte à un qui n’avait pas eu le temps de filer. Je fais le geste de tirer mon revolver, il me met la main sur la mienne en disant : « Niet ! Niet ! » et faisant signe qu’il n’a rien pris, et pour assurer sa déclaration fait force de signes de croix !! Je le laisse partir et il prend ses jambes à son cou. Je crois que celui-là regardera à deux fois avant d’entrer dans une maison abandonnée. Je revisite ma pauvre demeure, c’est lamentable. C’est une ruine. Je tombe à genoux dans le jardin et je prie, demandant à Dieu de faire cesser mon martyr et d’être bientôt sain et sauf délivré des allemands, qui nous bombardent avec rage. J’y cueille une violette et quelques primevères que j’enverrai à ma pauvre femme.

Remis mon pli Delaitre au Commissaire de Police du 1er canton pour être remis à un automobiliste qui le déposera au Receveur des Finances de Reims à Épernay.

Je suis fatigué, fourbu, et très exténué…  abattu. Il parait que mon commissaire de police du 3ème canton Speneux a été incommodé par les gaz ce matin en procédant au sauvetage des victimes, et qu’il vient de partir à Épernay.

Mon Dieu faites que je sorte indemne de cet enfer bientôt, avec mes 3 malheureuses qui ne veulent pas me quitter ni m’abandonner. Mon Dieu, faites que Reims soit bientôt délivré !! Il a déjà suffisamment payé sa part aux malheurs et aux sévices.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Quasimodo -15 avril 1917 – Après une nuit épouvantable de bombardement avec obus asphyxiants sur le faubourg de Laon, le quartier de Saint-Marceaux, Gerbert et du Barbâtre, obus à gaz encore dans la matinée, même dans le centre. On signale une trentaine de victimes, intoxiquées, de tous côtés.

Dans la journée, bombardement ininterrompu en pleine ville ; les rues Courmeaux et Notre-Dame de l’Épine, notamment, sont fort éprouvées, comme dégâts.

Nous avons dû passer la journée entière dans les caves de l’hôtel de ville. Le soir, à 20 h en regagnant la cour du Chapitre, je m’arrête un court instant auprès de quelques personnes qui, de la place des Marchés, regardent le clocher de l’église Saint-André. Au quart de sa hauteur, à peu près, le trou d’entrée d’un obus laisse voir, au milieu des ardoises, un disque rouge décelant seul un incendie intérieur en train de dévorer la charpente.

Lorsque je repasse au même endroit, le lendemain matin, le clocher a totalement disparu.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Dimanche 15 Quasimodo – Nuit terrible, surpassant toutes les précé­dentes. Toute la nuit, canonnades et bombes, surtout de 6 h. à 11 h. et de 3 heures à 6 heures, par rafales. Dès le matin, avions en l’air. A 10 h., une quinzaine d’avions français paraissent à la fois en même temps dans l’air. Toute la journée, mais non par rafales, des obus tombent ici ou là, pendant que les avions français et allemands évoluent dans les airs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 15 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, nos batteries ont poursuivi leurs tirs de destruction. Nos troupes se sont organisées sur le terrain conquis.

L’ennemi a réagi, par son artillerie, sur nos premières lignes, notamment aux abords de la vallée de la Somme.

Au sud de l’Oise, nons avons réalisé des progrès sur le plateau au nord-est de Quincy-Basse. Notre artillerie s’est montrée particulièrement active sur les organisations allemandes de la forêt de Saint-Gobain et de la haute forêt de Coucy.

Au nord de 1’Aisne et dans la région de Reims, activité réciproque des deux artilleries.

En Champagne et dans les Vosges, canonnade assez violente dans divers secteurs. Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes au nord-est de Ville-sur-Tourbe a échoué.

Les Anglais ont enlevé le village de Fayet, au nord de Saint-Quentin, ainsi que les positions de la ferme de l’Ascension et de la ferme du Grand-Parel. Au nord de la Scarpe, après avoir occupé Angres, Givenchy-en-Gohelle, Vimy, ils se sont emparés de la fosse n° 6 et de la gare de Vimy. Le chiffre des pièces de canon prises par eux monte à 170. Le terrain conquis rejoint les positions saisies lors de la bataille de Loos.

Un navire hôpital anglais a coulé sur une mine; il y a 52 manquants. Un autre a été torpillé.

Le Brésil a saisi les navires allemands internés. La Bolivie a rompu avec le cabinet de Berlin.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 7 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 7 avril 1917  Samedi Saint

938ème et 936ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Quelle fin de soirée tragique hier. J’en suis encore atterré. Je me demande si je ne vis pas dans un cauchemar. Hier soir avais-je fini ces lignes précédentes, et mangé ma soupe à la cuisine, que nous fûmes obligés de descendre dans la cave. Bombardement terrible sur notre quartier. Une bombe tombe à 7h35 chez M. Floquet au 56. On n’entend rien. Jacques, le pauvre malheureux, s’inquiète. Il veut aller voir, je tâche de le retenir, il ne m’écoute pas et le voilà parti…

Plusieurs, puis 2 bombes coup sur coup. 5 minutes, 10 minutes se passent, pas de Jacques, on s’inquiète, on monte, on cherche et ma brave Adèle apprend que Jacques est tué, et son corps est au 35 de la rue Hincmar, chez Edouard Benoist. J’y vais et je trouve là la dépouille de ce brave et dévoué serviteur de Maurice. Tué d’un éclat d’obus au foie. C’est l’avant-dernière bombe qui l’a tué, au moment où il se trouvait au coin de la maison avec le gardien de la maison Hébert, 54, rue des Capucins. Je suis atterré, brisé, broyé, anéanti. Je rentre après avoir fait mettre ce cher cadavre à l’abri par le poste de la Croix-Rouge militaire qui est cantonné là. Nuit horrible, monter et descendre de et à la cave. Je suis comme un fou. Melle Payard, Melle Colin et Adèle tâchent de me réconforter, peine inutile. Je ne sais ce que je fais. Ce matin je revois en pensée Jacques pas encore enlevé. Je me traîne à la Ville à travers les décombres de toutes sortes.

L’Hôtel de Ville n’a plus de vitres ni de tuiles, très abîmé. C’est un spectacle lamentable. La statue de la Vigne de Saint-Marceaux qui, au milieu du rondpoint de la cour d’honneur est penchée et tient par miracle d’équilibre. Je vois Raïssac très ému, je m’entends avec lui ainsi qu’avec la police pour qu’on mette en bière ce pauvre garçon, on doit l’inhumer aussitôt avec les autres victimes. On me préviendra si l’on peut, grand ordre est donné d’enterrer les victimes de suite. Je reste délabré. Je mange un peu, et puis la sarabande recommence. A la cave depuis 2h nous y sommes encore. C’est terrible, je crois que je tomberai malade si cela continue. Je m’occupe, j’écris mais je n’ai la tête à rien !! Quel martyr, quelle agonie. Mes 2 bonnes sont courageuses, Adèle et Lise, et une voisine, Melle Marie sont là et m’encouragent. Je ne sais plus, je n’ai plus de courage. Ma femme, mes enfants, les reverrai-je ?? Mon Dieu ! ayez pitié de moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 avril 1917 – L’Éclaireur de ce jour, publie une nouvelle information dont voici les termes :

Avis à la population.

En raison de la situation, le gouvernement se voit dans la pénible nécessité d’évacuer ceux des habitants de Reims dont la présence n’est pas absolument indispensable.

Les enfants et les femmes seront envoyés à l’arrière, où ils seront reçus par les comités et où ils recevront tous les soins dé­sirables. La population est donc invitée à faire sans retard ses préparatifs de départ.

Ceux qui n ‘ont pas de lieu de refuge chez des parents ou amis seront placés par les soins de l’administration dans des communes situées en dehors de la zone réservée, où le gouver­nement assurera à tous le nécessaire. Les personnes qui se trouvent dans ce cas sont priées de se faire inscrire au com­missariat de police de leur canton.

Le maire de Reims, J.B. Langlet, Le sous-préfet, Jacques Regner.

— Le bombardement, avec gros calibres est encore très vio­lent ce jour, vers le boulevard de Saint-Marceaux et particulière­ment l’usine des Anglais, dont ce qui subsistait de la grande che­minée est abattu.

Les rues du Barbâtre et de l’Université sont aussi très forte­ment éprouvées. Parmi les victimes, se trouve M. Fourrier, habitant cette dernière rue, qui a été mortellement blessé.

Le Grand Séminaire, installé dans les bâtiments occupés antérieurement par la congrégation de Notre-Dame, prend feu et, en passant, à 18 h 1/2, je vois brûler sa chapelle, rue de l’Université, en face du lycée de garçons.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de pa­raître aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi-Saint – Samedi 7 – + 5°. Visite : Place de l’Hôtel-de-Ville. La statue du Roi aux bas-reliefs de la façade, et le cheval ont la tête brisée ; façade meurtrie ; vitres brisées ; rideaux et lambeaux de papier des tapisse­ries flottent au vent par les fenêtres béantes ; rue des Consuls, incendie de la maison de Tassigny ; boulevard de la République, Clinique de la rue Noël, rue Thiers et autres, caves Werlé. Nous étions partis pour aller porter nos condoléances à Monsieur le Curé de Saint-Benoît ; nous le rencontrons avec M. Baudet vers la Patte d’Oie. Vu l’automobile où Madame Baudet a été tuée, au moment où elle venait de faire monter avec elle un soldat qui portait un blessé (vendredi soir, hier). Tous tués, excepté un civil blessé. Rencontré M. Dupuis et M. Baudet qui viennent voir la voiture tachée de sang. Cette semaine est vraiment la Passion de Reims. A Sainte-Geneviève : 5 personnes tuées au sortir d’une cave. A 10 h. 1/2, bombes sifflent (la matinée avait été très silencieuse jusqu’à 10 h. 1/2).

A 4 h. incendie du Grand Séminaire. M. Compant apporte le saint ci­boire avec les saintes Hosties, en longeant les murailles, sous la rafale, dans notre oratoire. (1 200 obus, dit l’Echo de Paris du 10 avril). Les Alle­mands ont lancé des ballonnets sur la ville, disant : Nous partirons ; mais votre ville sera détruite (1). Le Séminaire brûle toute la nuit ; on m’empêche de sortir pour aller voir à cause du danger ; nuage rouge de feu au-dessus de l’incendie, nuage que je vois de mon lit installé dans mon cabinet de travail. Toute la nuit, tir régulier allemand intermittent sur le séminaire et ailleurs. Les pompiers sont réduits à l’impuissance : pas d’eau, on ne peut éteindre le feu ; les obus tombent 2 ou 3 par minute dans le brasier, impos­sible d’aller faire la part du feu. Les pompiers ont eu dans la nuit du 6 au 7, 2 tués et deux hommes ont eu les jambes cassées, nous dit leur chef pour expliquer son défaut d’activité devant l’incendie.

Cinquante et un (51) incendies dans la nuit du 7 au 8 avril (Éclaireur du 9 et 10 avril).

Obus de 190, 210, 305 millimètres, incendiaires ou asphyxiants (Éclaireur).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) La propagande directe par tracs aériens, panneaux d’affichage, faux journaux, faux communiqués, fausses déclarations de prisonniers ou de déserteurs furent monnaie courante dans les deux camps. A Reims, les Allemands s’attaquaient en même temps au moral de la troupe et de la population, qui constituaient un mélange fragile et détonnant.

Samedi 7 avril

Entre Somme et 0ise et dans la région au nord de Soissons, lutte d’artillerie en divers points du front sans action d’infanterie.

Au nord-ouest de Reims, nous avons continué à progresser à la grenade à l’est de Sapigneul. Les Allemands ont violemment bombardé la ville de Reims.

En Argonne, un coup de main sur les tranchées ennemies de la Fille-Morte nous a permis de faire un certain nombre de prisonniers, dont 3 officiers.

Nos avions ont détruit deux ballons captifs allemands.

Les Anglais, continuant leur attaque vers Roussoy, au nord de Saint-Quentin, ont enlevé le village de Lempire. Un certain nombre de prisonniers et 3 mitrailleuses sont tombés entre leurs mains. Ils ont effectué une avance au nord-est de Noreuil, puis repoussé une contre-attaque. Ils ont réussi un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Arras et un autre en face de Wynschaete.

Leurs pilotes ont bombardé d’importants dépôts de munitions, aérodromes et noeuds de chemins de fer.

La Chambre des Représentants des Etats-Unis a voté la déclaration de belligérance par 373 voix contre 50. Le gouvernement américain demande 17 milliards et le service militaire obligatoire.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 2 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 2 avril 1917  Rameaux

933ème et 931ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps nuageux, froid glacial avec vent en tempête. On ne cesse de bombarder, on en a les nerfs cassés, brisés. Départs et fuites sans nombre. Ce matin je devais partir voir mon cher enfant Robert à Nanteuil-la-Fosse où il est cantonné (?) A 5h1/2 la voiture devait venir me prendre, mais point de voiture. Impossible d’en trouver une autre. Il m’a fallu abandonner mon projet, cela m’a fait gros cœur. Annihilé toute la matinée, écrit à Robert pour lui dire ma déconvenue au pauvre petit, à Madeleine pour lui dire la même chose. Je demande à tout hasard à ce pauvre enfant qu’il m’écrive s’il espère être encore là à la fin de la semaine, mais j’ai peu d’espoir.

Été à la ville à 2h1/2 prendre les dossiers des allocations en appel. 14 affaires seulement que je viens de voir et mettre au point. Je convoque pour le mercredi 25 avril 1917 à 2h au Palais de Justice. Rencontré là Chézel, Houlon, Charles Heidsieck, Beauvais. Il y avait conseil municipal. Entré voir le Maire pour lui faire mes condoléances et lui dire toutes mes sympathies à l’occasion de la mort de son gendre le Capitaine Morlière. Il parait fort affecté. Il commençait à me demander quelques renseignements pratiques sur la réunion du conseil de famille de l’enfant, un petit-fils (Jacques Morlière (1915-1946)), quand est survenu M. Godart, sous-secrétaire d’État (Justin Godart, Sous-secrétaire d’État chargé du Service de santé militaire, fondateur de la Ligue contre le cancer en 1918 (1871-1956)), qui venait pour s’occuper de l’évacuation des femmes et des enfants dont la présence est inutile ici, et dont les vies peuvent être en danger, surtout celles dont les habitations sont proches de nos batteries. Je me suis retiré et je me propose d’aller voir le Dr Langlet demain matin pour reprendre notre entretien. Vu Lelarge très affecté, aux larmes presque, à cause des dégâts faits ce matin par le bombardement acharné et systématique fait sur son usine du boulevard Saint-Marceaux, 300 obus ce matin. Il parait que c’est épouvantable ! Il y a encore eu des victimes ce matin vers la place St Thimothée, entre autres M. Lartilleux, pharmacien, légèrement blessé heureusement.

Le bombardement n’a pas cessé depuis ce matin, on est anéanti. Cela tape un peu partout sur les faubourgs, par séries…  Quand cela finira-t-il ? Tout le monde en a assez. Le Pasteur Protestant M…… (non cité) que j’ai vu tout à l’heure va également partir après avoir fait partir tous ses fidèles, et combien encore !! comme cela. Il est temps que cela cesse.

J’ai froid, je souffre. C’est une vraie agonie.

6h25 soir  En ce moment c’est une vraie tempête de vent et de pluie glaciale, on ne s’entend pas.

8h soir  Vers 7h le lieutenant de vaisseau Robert de Voguë est venu avec ses 2 témoins pour me signer sa procuration pour recueillir la succession de son Père, Melchior, marquis de Voguë. Tout en causant, je prends les noms des témoins : Charles d’Hespel (terminera comme Capitaine de Frégate (1894-1955)), enseigne de vaisseau, qui a été camarade de collège à l’École des Postes de Versailles de Jean, dont il se souvenait très bien. M. de Voguë me quitta en me disant : « Voilà ma première signature donnée sous les bombes devant notaire !… » Je lui ai répondu que cela lui porterait bonheur ! Charmant homme, très distingué. En ce moment, le silence. Quel calme après cette tempête de mitraille depuis 48 heures ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquille cette nuit. Je ne suis pas gourmand, je leur demande une nuit tranquille sur 3. Je vais me coucher. Je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 avril 1917 – Journée terrible encore, dans la matinée principalement pour le boulevard de Saint-Marceaux et son voisinage, et dans l’après- midi pour toute la ville.

2 300 obus environ aujourd’hui. Riposte faible de notre ar­tillerie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 1°. Nuit plus tranquille, couché à la cave. A 9 h. matin, visite rue du Jard, de Venise, Gambetta, Bon Pasteur. Bombardement. Bom­bardement violent : 6 tués, et 17 blessés ; (six tués au moins, dont 4 vus par le Docteur Simon ; et 2 avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 2 avril

Sur la Somme et sur l’Oise, actions d’artillerie intermittentes; fusillades assez vives aux avant-postes. Nous avons dispersé des patrouilles ennemies et fait quelques prisonniers.

Au sud de l’Ailette, au cours d’une action offensive vivement menée, nos troupes ont enlevé depuis l’Ailette jusqu’à la route de Laon p1usieurs systèmes de tranchées et des points d’appui organisés à l’est de Neuville-sur-Margival. L’ennemi, qui a fait une défense énergique, a été rejeté avec des pertes sérieuses jusqu’aux abords de Vauxaillon et de Laffaux. 108 prisonniers dont 2 officiers et 4 mitrailleuses sont restés entre nos mains.

En Champagne, grande activité des deux artilleries à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont pris sous leurs feux des contingents ennemis aperçus en marche dans cette région.

Sur tout le front belge, violente lutte d’artillerie, spécialement dans la région de Dixmude. Lutte de bombes et de grenades vers Steenstraete.

Les Anglais ont pris Epéhy et deux autres localités et effectué plusieurs raids heureux sur les tranchées allemandes.

En Macédoine, l’ennemi a bombardé nos positions du Vardar et tiré une quarantaine d’obus sur Monastir.

La riposte vigoureuse de notre artillerie lourde contre les batteries adverses a provoqué une explosion dans le secteur de la Cerna. Une attaque autrichienne a été repoussée par les Ita1iens près de Gorizia.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 25 mars 1917

Cimetière de l'avenue de Laon

Paul Hess

Dimanche 25 mars 1917 – Beau temps. Journée très mouvementée.

Dès 8 h 1/2, bombardement sur le boulevard de Saint- Marceaux, le champ de Grève, le faubourg de Laon ; il dure jusqu’à 10 h 1/2 environ et reprend le soir, dans la direction de la Haubette, où quatre soldats et trois chevaux sont tués à proximité du pont de Muire. Une femme est tuée également rue Dallier.

Tir sur avions, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cimetière de l'avenue de Laon

Cimetière de l’avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Annonciation. Nuit tranquille. – 1° de froid. Beau temps. Bombes à l’heure de la messe et au sortir jusqu’à midi sur les batteries et contre les avions. Une femme tuée rue Souyn, à Sainte-Geneviève. Bom­bes sur la Haubette, la Route de Pargny, nombreuses. Avions français 4 à la fois ; tir contre eux. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 25 mars

Au nord de la Somme, nous avons refoulé l’ennemi jusqu’aux lisières de Sovy où il s’est installé dans une ligne de tranchées préparées d’avance.

De la Somme à l’Oise, nos troupes, poursuivant leur marche, ont livré bataille à l’ennemi qui s’est défendu pied à pied. Elles l’ont rejeté à un kilomètre environ au nord de Grand-Séraucourt et de Gibercourt. Elles se sont emparées de la rive ouest de l’Oise, depuis les faubourgs de la Fère jusqu’au nord de Vandeuil. Deux forts de la Fère sont tombés entre nos mains.

Au sud de l’Oise, et bien que l’ennemi ait tendu des inondations, nous avons progressé sur la rive est de l’Ailette, conquis plusieurs villages et rejeté les arrière-gardes allemandes dans la basse forêt de Coucy.

Au nord de Soissons, peu de changement. Une pièce allemande à longue portée a lancé un certain nombre d’obus de gros calibre sur la ville de Soissons.

Lutte d’artillerie dans les régions de Berry-au-Bac et de Reims, en Alsace, près de Violu (sud du col de Sainte-Marie).

Nous avons descendu plusieurs avions ennemis et capturé un hydravion en mer, près d’Etretat.

Nos escadrilles ont lancé 1100 kilos de projectiles sur les usines de Thionville et du bassin de Briey, ainsi que sur la gare de Conflans.

On signale des émeutes sanglantes à Hambourg et à Kiel.

Les constitutionnels démocrates russes se sont prononcés en faveur de la République.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 28 février 1916

Louis Guédet

Lundi 28 février 1916

534ème et 532ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit calme. Beau temps, avion, canon, voilà toute la journée. On n’entend aucun bruit du côté de Verdun où l’on se bat toujours disent les journaux. C’est une grande bataille, mais le vent n’est pas favorable pour que nous puissions entendre quelque chose. Rendu visite au Cardinal Luçon avec lequel j’étais fort en retard. Il a été très bon comme toujours, très affectueux pour moi. Je suis resté presque une heure à causer avec lui. Et en me quittant : « Je vous ai gardé longtemps pour que vous veniez me voir plus souvent, et que vous voyez bien que je ne vous en veux pas. » Conversation sur les événements actuels et toujours en reposant le même point d’interrogation : quand serons-nous délivrés … ?

Rentré chez moi pour travailler, mais je n’y avais pas le cœur, et puis je suis un peu inquiet, car je n’ai reçu aucune lettre de ma pauvre femme depuis samedi. Sa dernière lettre est datée du 25. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, ni à ses petits. Je suis si impressionnable en ce moment, qu’un rien, un doute me fait souffrir beaucoup. Pourvu que je reçoive une lettre demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1916 – Bombardement, de 16 à 17 heures, du côté des boulevards de Saint-Marceaux et Carteret.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 28 – Nuit tranquille sauf quelques grosses bordées de canon de temps à autre, spécialement vers 3 h. m. Température : + 3. Aéroplanes 7 h.1/2 ; tir acharné contre eux. 4 h. 1/2 terrible bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, dit-on, après passage d’un taube. Aéroplane. Visite de M. Guedet. Écrit au Cardinal Amette pour projet d’acte collectif.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 lévrier

Dans la région au nord de Verdun, nous avons continué à renforcer nos positions. Plusieurs attaques allemandes contre la ferme Haudromont (est de Poivre) et contre le bois d’Haudromont (est de Douaumont) ont échoué. Une autre attaque entre la hauteur de Douaumont et le plateau au nord de Vaux a également été repoussée. Les alentours de la position de Douaumont sont couverts de cadavres ennemis. Nos troupes enserrent des fractions allemandes qui ont pu y prendre pied et s’y maintiennent difficilement.
La cote du Talon rendue intenable par le bombardement des deux artilleries, n’appartient à personne. En Woëvre, prise de contact de l’ennemi avec nos avant-postes, vers Blanzée et Moranville.
Entre Soissons et Reims, nous opérons des tirs de destruction.
Dans les Vosges, nous brisons un assaut au sud-est de Celles (vallée de la Plaine); nous dispersons un rassemblement allemand près de Senones. Duel d’artillerie à l’Hartmannswillerkopf; nous bombardons les dépôts de ravitaillement de Stosswhir (vallée de la Fecht).
Canonnade sur le front italien. Essad pacha est arrivé à Rome.
De nouvelles séances tumultueuses ont eu lieu à la Chambre de Prusse.


En Champagne - Collection Patrick Nerisson

En Champagne – Collection Patrick Nerisson

 

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Lundi 27 décembre 1915

Vue aérienne de la ville

Paul Hess

27 décembre 1915 – Bombardement vers le boulevard de Saint-Marceaux. Des sol­dats ont été victimes, paraît-il.

II y a deux tués, un homme et un enfant et une douzaine de blessés grièvement dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

 Lundi 27 – Visite du Général Bizot qui bougre et qui sacre pour la gloire de Dieu. 9 h. 1/4, deux bombes sifflent longuement (mais je n’ai pas en­tendu l’explosion. Une 3e éclate plus fort et assez près de nous, puis 3, 4, 5, 6) et toute une série… Toute une série de bombes, mais tirées contre les batteries. Visite de M. l’abbé Goubernard, curé de Saint-Thierry. Il m’apprend que le bombardement de ce matin a fait 7 victimes, dont 1 artilleur qu’il a pu absoudre, rue de Cernay et faubourg Cérès, je crois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vue aérienne de la ville

Vue aérienne de la ville


 Juliette Breyer

Lundi 27 Décembre 1915. Ce matin je m’en allais à neuf heures pour aller au lait et mener les deux cocos à la crèche, quand, arrivée à la porte, j’entendis un sifflement. Bon, c’était les boches qui recommençaient leur folie. Je fais demi-tour, je reconduis les enfants et je repartis chercher mon lait. Ils continuaient de bombarder mais ça avait l’air de tomber à mon idée entre Walbaum et Saint André. Je pouvais m’en aller sans crainte puisque la crèche se trouve boulevard Victor Hugo. Ils n’arrêtèrent que vers midi et là on me dit que tout était tombé du côté de la rue de Beine.

L’après-midi j’étais occupée à coudre quand j’entendis dans le couloir longeant notre campement M. Douline fils qui disait à Mme Passins : « Pensez, on compte du bombardement de ce matin plusieurs tués et une trentaine de blessés. M. Couronne a un parent qui habite par là ; sa maison s’est effondrée, il n’a plus rien et il a été obligé de se réfugier chez M. Couronne ». Un parent, dis-je à maman, ça ne peut être que le papa Breyer. Je veux en avoir le cœur net.

Justement Marguerite arrive goûter et elle me dit : « Il paraît qu’il y a un contremaître des Anglais qui serait tué ». Je ne fis qu’un bond. Tout cela était pour me faire peur et je courus au bureau questionner ton parrain. Il me dit que chez ton papa rue de Metz il y avait eu une bombe mais que ta maman et Juliette venaient de descendre à la cave. Elles n’ont rien eu ; sans cela elles auraient été tuées. C’est le 1er étage et le grenier qui ont été abîmés. Du moment qu’il n’y a pas de victimes, c’est une bonne chose. Demain matin j’irai voir.

Mon bon tit Lou, tu vois que nous n’avons pas été épargnés mais le jour où tu reviendras on oubliera tout. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 27 décembre

Grande activité de notre artillerie au sud de Bailleul et dans la région de Blaireville, au sud d’Arras.
Dans la région de la ferme Navarin, en Champagne, nous avons effectué des tirs heureux sur des travailleurs ennemis.
En Woëwre, nous avons fait sauter un dépôt de munitions de l’ennemi au nord-est de Regniéville.
Dans les Vosges, nous avons pris sous notre feu un train de munitions arrêté en gare de Hachimette (sud-est du Bonhomme). Nos observateurs ont constaté une forte explosion.
Sur le front belge, l’activité a été faible. L’artillerie de nos alliés a contrebattu quelques batteries allemandes.
Le général de Castelnau a été reçu à Athènes par le roi Constantin.
Le gouvernement grec a démobilisé partiellement son armée qui montrait des dispositions hostiles aux Bulgares.
Le marquis de Muni a été nommé ambassadeur à Paris, en remplacement du marquis de Valtierra.
L’ancien ministre de Bulgarie à Paris, M.Stanciof, a été mis à la retraite : ses sentiments francophiles étaient connus.
On signale des émeutes à Cologne et à Munster, en Wesphalie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 4 décembre 1915

Moulin de la Housse

Louis Guédet

Samedi 4 décembre 1915

448ème et 446ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Jour de pluie battante, toujours la tempête, temps lourd, l’eau ruisselle de partout. Bombardement de 8h à midi.

Le soir est toujours triste pour moi seul et isolé et rendu encore plus triste par ce vent en tempête et mugissant continuellement. Toujours mêmes nouvelles de St Martin, mon père toujours très faible !! Pauvre Père. Je voudrais tant qu’il voie notre victoire finale et qu’enfin je puisse le voir en paix.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le bombardement sur les batteries du champ de Grève et ses alentours, commencé à 8 h 1/2, à la cadence d’un obus toutes les cinq minutes, ne se termine qu’à 14 h

Nous apprenons que cinq artilleurs ont été tués et d’autres blessés, à leurs pièces, non loin du boulevard de Saint-Marceaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit absolument tranquille. Vent, tempête, pluie. Expédié Lettre collective à Lyon et Bordeaux. A 9 h. matin jusqu’à 10 h. série de bombes sifflantes. Item de 10 h. 1/2 presqu’à 11 h. 1/2. Violent bombarde­ment avec gros projectiles de 10 h. à 2 h. 1/4. Cinq artilleurs tués sur leurs pièces par le 1er obus. Le bombardement a porté rue du Barbâtre et rue Piper.

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Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 4 Décembre 1915. Aujourd’hui bombardement toute la journée, une marmite toutes les deux minutes régulièrement au-dessus de nous au moulin de la Housse ; de huit heures du matin jusqu’à quatre heures du soir ; il y a eu une demi-heure d’accalmie. Et toujours sur le moulin. Ils l’ont complètement démonté. Encore bon qu’ils n’ont pas démoli le réservoir d’eau. Ce qu’on avait peur, c’est qu’il y eut encore des victimes car il y avait des soldats. Mais on a su ce soir qu’ils s’étaient cachés sous les pressoirs. Ils avaient réussi à mettre les appareils téléphoniques et télégraphiques en sûreté. Les tirs des boches deviennent plus réguliers. Avant ils nous arrosaient un peu partout mais hier et aujourd’hui ils cherchent les points militaires. Sont-ils renseignés ? On l’ignore.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 4 décembre

Actions partielles d’artillerie.
Près de Lombaertzyde, en Belgique, nous avons repris un petit poste, qui avait été perdu par surprise.
Lutte de mines à Fay, entre Somme et Oise. Nous démolissons des abris, des constructions et un dépôt d’approvisionnement au nord de Laucourt.
Dans la forêt d’Apremont, combat de grenades.
Nos batteries arrêtent à Thann, en Alsace, un court bombardement.
Canonnade sur le front belge.
Le général Joffre est nommé commandant en chef des armées françaises.
La ville de Monastir, la plus importante de la Macédoine serbe, a été occupée par les troupes austro-allemandes. Les Bulgares y sont attendus.
La France, l’Angleterre et l’Italie ont décidé d’arrêter de nouveau les navires chargés de provisions à l’adresse de la Grèce, ce pays persistant dans une attitude peu amicale.
Les socialistes allemands accentuent leur opposition au chancelier, et cette attitude est vivement commentée par toute la presse d’outre-Rhin.
La Roumanie aurait vendu de très grosses quantités de blé aux empires du Centre.

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Dimanche 25 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 OCTOBRE – dimanche –

Je prêche ce matin à Abondance… Je fais mes adieux à mes Rémois… et je prends l’auto pour Evian avec une joyeuse bande de conscrits 1914-15.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 25 octobre 1914

43ème et 41ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Nuit tranquille, matinée idem, déjeuné chez M. Charles Heidsieck, 8, rue St Hilaire, où il occupe la maison de son fils Robert depuis que la sienne rue Andrieux…

Les feuillets 144 à 146 ont disparu, le feuillet 147 se résume à une petite feuille de 13cm sur 17cm. Ils concernaient les journées des 26 et 27 octobre 1914.

… Le siège de Paris m’a été utile dans un sens, parce que je connaissais déjà le bruit du canon, le sifflement des obus qui n’a guère changé depuis 44 ans et le fracas de l’éclatement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit et la matinée se sont bien passées dans le calme. Aussi, voulant profiter du temps superbe de cette journée de dimanche, je décide, l’après-midi, d’aller faire visite à Mme Marteaux, veuve de mon cordonnier tué le 4 courant devant son domicile, rue de Berru et, mon fils Jean m’accompagnant, nous partons pour cette assez longue promenade. Après avoir suivi les rues du Jard, Gambetta, des Orphelins et Gerbert, nous cheminons sur le boulevard Saint-Marceaux, lorsqu’à hauteur de l’avenue de la Suippe, un obus vient soudain siffler au-dessus de nous ; il éclate vers la caserne Colbert. Jean, qi s’était jeté à terre, se relève et nous continuons notre marche en causant de cette brusque surprise, mais alors que nous passons devant la rue de Bétheniville, où nous remarquons une batterie de 75 en contre-bas, là, tout près à notre droite, d’autres sifflements au-dessus encore, suivis d’explosions dans le quartier, nous obligent à accélérer le pas afin d’essayer de nous éloigner de la ligne de tir, et, dans ce but, après être passés au 5 de la rue de Berru où nous ne trouvons personne, (Mme Marteaux étant partie affolée le lendemain de la mort de son mari – me dit un voisin) nous longeons le boulevard Carteret mais, par une véritable fatalité, les obus arrivent toujours et leurs sifflements paraissent nous suivre.

Traversant le faubourg Cérès, nous gagnons vivement la rue Saint-André – toujours des obus – puis un éclatement subit et assez rapproché sur la droite et, lorsque nous passons derrière l’église, nous apercevons un soldat conduisant un de ses camarades, blessé. Au moment où nous nous engageons dans la rue Clicquot-Blervache, une autre explosion plus forte se fait entendre derrière nous ; en même temps, des éclats qui nous ont dépassés tombent sur le pavé. Un projectile arrivé dans la cour de l’immeuble où sont les caves de la maison Olry-Roederer, rue Savoye, vient d’y tuer cinq personnes et d’en blesser neuf.

Nous allongeons encore le pas et n’entendons plus rien tandis qu nous descendons la rue Cérès et traversons la place Royale pour aller nous reposer un instant chez mon beau-frère Simon-Concé, 10, rue du Cloître. A peine sommes-nous là depuis cinq minutes, qu’une nouvelle explosion s’entend tout près, suivie d’une autre, probablement sur la cathédrale. Tout le monde descend à la cave ; nous suivons et un quart d’heure après, nous pouvons remonter, puis sortir par la cour du Chapitre, pour regagner la rue du Jard, où nous rentrons à 15 h, après cette promenade mouvementée et dangereuse, qu’au départ, nous avions quelques raisons de penser faire tranquille et agréable.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Bombes. 12 victimes, dont 4 au moins tuées. Place Godinot une bombe a lancé des éclats jusque dans la Cathédrale, dans notre jardin, et sur le perron de la salle à manger. Nuit du 25 au 26 tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

De Marie-Thérèse, lettre du 21 admirable de résignation chrétienne et de courage presque surhumain ; dans le culte de son cher André, qui de Là-haut veillera sur elle et n’aura jamais rien à lui reprocher, elle vivra pour ses enfants, pour ses beaux-parents, n’ayant comme seul guide que le sentiment du devoir.

La matinée de ce dimanche avait été peu bruyante, et laissait entrevoir la possibilité d’une promenade tranquille pour l’après-midi.

Erreur, dès 14 heures des obus nous sont envoyés qui tombent un peu partout et conseillent aux gens prudents de rester chez eux.

Félicien, qui depuis son retour à Reims vient de temps à autre partager notre diner ; nous arrive ce soir-là tout émotionné par la vue de plusieurs des victimes de ce bombardement, qui ont été amenées à l’Hôpital Mencière avec d’affreuses blessures et dans un état lamentable.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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 Victime civile de la journée :
  • THIBOUT Georges Fernand – 6 ans, 74 rue Savoye, Tué sous un bombardement avec sa mère – domicilié 1 rue Saint Bruno à Reims
Dimanche 25 octobre


Notre ligne du côté du Nord forme un zigzag, car si nous avons reculé vers Dixmude et la Bassée, nous avons progressé vers Nieuport, Armentières, etc. Au total, nous tenons bon et les Allemands ont subi de grosses pertes. Dans la Woëvre, notre cheminement a été marqué comme dans l’Argonne, entre Sainte-Menehould et l’Aisne.
Les Russes ont maintenant repoussé les Allemands à 160 kilomètres à l’ouest de Varsovie, et à 50 kilomètres d’Ivangorod. Les Autrichiens, battus sur le San, plus au sud, ont laissé entre les mains des soldats du tsar, des milliers de prisonniers.
La situation économique est devenue très grave en Autriche. La classe ouvrière gronde contre le chômage croissant et réclame des secours en argent qui ne sont pas dispensés. Les vivres atteignent, à Vienne, des prix exorbitants. L’état-major, d’autre part, pour combler les vides qui se sont creusés dans une armée décimée, recrute jusqu’aux infirmes. Il est vrai que L’état-major allemand à fait de même : on trouve dans l’armée teutonne jusqu’à des bossus.
L’amirauté anglaise annonce que 70 croiseurs français, anglais, japonais sont dans les mers à la recherche des sept ou huit croiseurs allemands qui s’y trouvent encore. Mais elle reconnaît que le sous-marin E3 doit être perdu.
33.000 soldats canadiens sont prêts à rejoindre le front, et 70.000 autres s’apprêtent à traverser l’Atlantique.
Le tsar a offert à l’Italie, par l’intermédiaire de l’ambassadeur à Rome, M.Kroupenski de lui rendre les soldats autrichiens de langue italienne capturés par ses armées. M.Salandra a fait mettre la question à l’étude, en remerciant l’ambassadeur.
Le Landtag prussien s’est réuni et a voté un nouvel emprunt de guerre de 1625 millions.

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Jeudi 8 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

8 OCTOBRE – jeudi

Journée plate ; quelques bombes cet après-midi pendant que je photographiais le cloître de l’usine Lainé – près le Tiers Ordre.

Départ de Mme Midoc demain, et Watrigant pour après-demain. Bien sûr, la situation est si énervante et la solution tellement reculée… je favorise tous les départs.

Mais quelle foule faubourg de Paris et d’Epernay ! Et quel gâchis et quelle horreur si jamais un projectile va jusque-là.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 8 octobre 1914

27ème et 25ème jours de bataille et de bombardement

3h soir  Nuit tranquille. Je reçois à 8h une longue lettre de ma chère femme, datée du 4 octobre 1914. Je lui réponds au sujet de Jean et de Robert, et de son projet de revenir à Paris. Je vais mettre à la Poste ma lettre avec une pour le R.P. de Genouillac pour la rentrée de Jean au Collège Ste Geneviève à Versailles. Je suis de plus en plus d’avis qu’il continue, car après la guerre il y aura certainement pénurie d’ingénieurs et Jean pourra trouver sa place au soleil. Je pousse jusqu’au Collège St Joseph pour donner à M. Gindre, supérieur, des nouvelles de sa femme dont ma chère femme m’a chargé. Il est tout ému, car il était fort inquiet du sort de sa femme, étant sans nouvelles.

Je repasse rue Brûlée, voir l’abbé Dage pour faire le point au sujet des bidons de pétrole abandonnés sur la plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, et trouvés par nous le 13 septembre au matin. Il y avait trois bidons d’essence, un gros et 2 plus petits. Il insiste sur ce point. C’est que si un obus était tombé sur ces bidons, comme ils étaient placés, en s’enflammant l’essence devait s’écouler par le trou qui se trouve au centre de la clef de voute, se répandre sur la première plateforme au-dessous qui est en partie planchéiée et de là venir enflammer l’échafaudage et la toiture. C’est ce qui est arrivé d’une autre manière. N’empêche que la préméditation des Allemands parait de plus en plus évidente. Ils voulaient détruire la Cathédrale, c’est clair !!…  Net !

En allant voir mon Beau-père pour lui donner des nouvelles de sa fille, je rencontre Mme Léon de Tassigny avec M. Robert Lewthwaite qui m’apprend qu’elle a reçu des nouvelles de son mari qui est interné en Allemagne.

Reçu à l’instant 2 lettres de Madeleine. J’y répondrai en son temps, du reste ma réponse est partie ce matin, et une lettre de la pauvre Madame Jolivet qui me demande des détails sur l’incendie de sa maison. Je tâcherai de lui répondre pour demain.

6h soir  Que les journées sont longues et tristes à passer. On est désemparé. On ne vit pas sous la menace incessante des obus envoyés de temps à autre. On est comme un moment entre la vie et la mort. Quelle existence ! Pourvu que quand on se battra ils ne rentrent pas en Ville et qu’ils n’achèvent pas de ruiner, brûler, détruire la Ville ! Mon Dieu ! protégez moi, sauvez moi, sauvez ma pauvre maison !! Faites que je résiste à ces souffrances et qu’elles cessent bientôt !!

Je me dis parfois : à quoi bon prendre ces notes si elles doivent être détruites et si je ne survis pas à notre malheureuse situation ??

8h soir  Pas un bruit. Un silence extraordinaire quand on songe qu’à quelques mille mètres d’ici des masses de troupes sont en présence, se surveillent et que des canons sont là, mèches allumées !! C’est à rendre fou ! Vraiment ! nos nerfs, ma tête, sont mis à une rude épreuve !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Depuis trois jours, le CBR, ayant repris son service sur Dormans (ce qui permet de prendre les directions d’Épernay ou de Paris) et sur Fismes, la population de Reims, déjà fortement réduite depuis le commencement du bombardement, diminue encore à vue d’œil. La ville présente un aspect de plus en plus triste, chaque commerce des laines et tissus, que les obus et les incendies allumés les 18 et 19 septembre ont ravagé, le feu, par endroits, n’est pas complètement éteint. La fumée des foyers latents existant dans ce vaste espace dégage toujours une odeur nauséabonde, que le vent disperse au loin aujourd’hui. Ce matin, à peine dehors, ce goût infect de matières animales brûlées m’a pris à la gorge, me faisant revivre les tristes moments pendant lesquels nous en avons été tant incommodés, les enfants et moi, dans la nuit tragique du 19 au 20 septembre.

– Les journaux de ce matin Courrier de la Champagne et Éclaireur, nous apprennent qu’hier soir, vers 17 h, trois espions se disant domestiques de culture, qui avaient été déférés au Conseil de guerre, ont été fusillés, entre Verzy et Verzenay.

A ce sujet, Le Courrier dit ceci :

Espions exécutés. C’est un soulagement pour la conscience publique de savoir que les individus traîtres à la Patrie sont l’objet d’une continuelle recherche de la part de notre service de police.

Nombre d’entre eux on été déjà passé par les armes.

Hier soir, vers cinq heures, trois autres ont été fusillés entre Verzy-Verzenay ; sur chacun des poteaux d’exécution est un écriteau portant ces mots : « Traîtres à la patrie ; fusillé comme espion ».

Ce sont les nommés Cornet Eugène 31 ans ; Chenu Henri, 31 ans ; Waltier Joseph, 42 ans journaliers. Ils renseignaient l’ennemi au moyen de signaux lumineux.

Et l’Éclaireur ajoute :

…Espérons que l’autorité militaire voudra bien, par la suite, nous signaler tous les traîtres dont les noms ne doivent point être ignorés des bons et courageux enfants de France.

– Dans Le Courrier, nous pouvons lire également une très longue lettre adressée au directeur du journal, à propos de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis – reproduite in extenso et présentée comme fort intéressante.

Le « lecteur assidu » qui a signé cette lettre propose un certain nombre de modifications possibles qui lui paraissent à la fois simples et pratiques. En voici le résumé :

1. Élargissement de la rue de l’Université jusqu’à la place Godinot.

2. Création d’une rue oblique partant de l’extrémité de la rue de l’Université où se trouvait la maison Schnock (treillageur) et venant se raccorder à la place Belle-Tour.

3. Raccordement par un voie large (et oblique) de la place Godinot à la croisée des boulevards de Saint-Marceaux et Gerbert, près des baraquements Seignelay.

4. Établissement d’une voie large raccordant la rue Thiers à la rue de Cernay.

5. Création d’une voie large derrière la cathédrale, pour permettre de dégager la rue Carnot.

6. Faire un square contre la cathédrale (côté droit).

7. Place dans le massif Saint-Symphorien tous les édifices publics, notamment la poste qui se trouverait ainsi à proximité de le place Royale, sa sous-préfecture ainsi que les créations nouvelles qui pourraient êtres faites à Reims, devenu chef-lieu d’une province ou d’un département.

8. Élargissement de la rue Cérès.

La lecture de ce document à pour effet de provoquer le sourire chez beaucoup de ceux des Rémois qui sont restés dans notre ville et ne voient aucun changement dans sa situation, depuis le 14 septembre.

Ils estiment que l’on peut évidemment prévoir l’établissement de voies nouvelles, en remplacement des rues étroites et tortueuses qui existaient à travers le quartier complètement détruit, mais parler actuellement de reconstruction leur paraît tout à fait prématuré. Le « vieux Rémois » donne à penser qu’il a craint d’arriver en retard avec ses suggestions. Sait-il que notre belle cité, si affreusement martyrisée le mois dernier, continue à subir la démolition chaque jour et qu’il y aurait peut-être lieu d’attendre quelque peu, avant de parler du redressement du plan général de Reims.

Néanmoins, il est bon de constater que l’avenir préoccupe déjà certains de nos concitoyens.

L’existence qui nous est imposée par les événements, nous contraint à une passivité affligeante ; elle pourrait devenir funeste, si nous n’y prenions garde. Nous ne nous soucions guère, pour l’instant de ces questions de reconstruction, mais nous devons reconnaître et espérer surtout qu’elles se poseront, avec la nécessité la plus urgente, en un moment favorable qu’il nous fait désirer proche.

Malgré la proximité des allemands et le danger qui nous menace toujours, avec les arrivées journalières d’obus, nous suivrons donc attentivement les objections qui seront faites au « vieux Rémois » par la voie du journal, ainsi qu’il le désire.

– Nous voyons encore autre chose, dans le journal du 8. D’abord cette note, de la mairie :

Avis aux Sinistrés. Il a été présenté à la mairie un certain nombre de demandes de secours ou d’indemnités à l’occasion des dégâts causés par le bombardement. Il est absolument impossible de prévoir, dès maintenant, comment et à quelle époque on pourra résoudre la question des indemnités. Mais, il existe des personnes qui se trouvent par le fait, réduites au dénuement le plus complet. Elles sont priées de donner des renseignements sur leur situation à la mairie, 1er bureau du secrétariat.

Puis, dans la colonne précédente, on peut lire ceci :

Le principe et le quantum des indemnités. Dans la note collective publiée dernièrement, sous la signature de nos sénateurs, de M. Lenoir, député, et du Dr Langlet, il se trouve un passage que nous nous permettons de juger regrettable.

C’est celui où il est dit que « Nul ne pose dès aujourd’hui la question de savoir si l’État prendra à sa charge, en tout ou en partie, les indemnités nécessaires à la réparation des dommages. »

L’affirmation contraire serait seul exacte. Cette question, en effet, tous les Rémoise et particulièrement tous les sinistrés se la posent anxieusement.

L’expression a certainement trahi la pensée de nos représentants.

Dès aujourd’hui, il doit être bien entendu que Reims et toutes les communes sinistrées – surtout celles qui ont souffert par ailleurs pour le salut commun – seront indemnisées et indemnisées intégralement du montant des pertes subies.

La solidarité nationale ne doit pas être un vain mot et il serait d’une criante injustice que, par suite de notre situation géographique, nous portions seuls tout le poids de la guerre.

Oui, bien des Rémois se posent plus anxieusement cette question inquiétante que celle de savoir, dès maintenant, comment leur ville sera reconstruite par les urbanistes.

Le Courrier, en publiant cet article, revient sur l’insertion qu’il a faite, le samedi 3 octobre, sous le titre « Réparation des dommages », de ce qui semblait être une lettre adressée à un ministre (lequel ?), signée par MM. Léon Bourgeois, Vallé, Monfeuillard, sénateurs, Lenoir, député et Langlet, maire de Reims.

Avec le journal, nous pouvons trouver, en effet, que nos représentants n’ont pas été heureux dans l’expression de leur pensée.

Peut-être ont-ils voulu exposer à « l’Excellence », et faire comprendre en même temps au public, qu’ils ne prétendaient pas anticiper sur les événements ni sur les décisions qu’il faudra bien prendre ultérieurement, en haut lieu.

Il n’empêche que l’on trouve généralement que Le Courrier n’a pas été assez énergique pour leur souligner l’impair commis dans leur intervention qui, cependant, peut avoir son utilité.

Laisser supposer, par une phrase ambigüe, que les sinistrées pourraient se trouve dans l’obligation de supporter, même partiellement des dégâts qu’ils ont dû subir du fait des bombardements et des incendies, apparaît inadmissible à ces derniers et provoquerait déjà, chez certains, des éclats de colère ; mais l’application du principe serait, par tous, considéré comme une véritable iniquité.

L’indignation les soulèverait facilement, contre les privilégiés ne connaissant pas les horreurs et la dévastation amenées seulement dans les contrées sur lesquelles s’abat cet épouvantable fléau qu’est la guerre.

Pourquoi donc se passerait-elle toujours chez nous, la guerre ? Est-ce que nous l’avons demandée plutôt que les habitants d’autres régions ? entend-on dire par des gens qui ne sont nullement des grincheux. Ceux qui raisonnent ainsi n’ont malheureusement pas tort.

Mais, il en est qui plaisanteraient au milieu des situations les plus critiques ou les plus graves ; ils se contentent d’ajouter avec un haussement d’épaules :

« Nos honorables devraient bien plutôt s’employer à faire transporter à Paris, à Bordeaux ou ailleurs, le théâtre des opérations ; si les Boche allaient jouer leur pièce par-là, ça ne nous priverait pas, nous l’avons assez vue ici, après avoir été obligé, malgré nous, d’occuper les premières loges. »

Espérons que l’union sacrée, si solennellement et si magnifiquement proclamée par le chef de l’État continuera ses heureux effets lorsqu’il s’agira de trancher cette question délicate et si importante, des réparations dues.

– Enfin, dans le journal du 8, on voit encore un avis de la mairie, concernant le ravitaillement. En voici le texte :

Le Ravitaillement de Reims. La ville de Reims a pu traiter, ces derniers temps, des achats réguliers de viande de bœuf et de porc à des conditions normales. L’alimentation se trouve donc assurée et nos concitoyens pourront se procurer la viande presque aux conditions habituelles. Un marché va ailleurs être établi aux abattoirs et les prix traités seront régulièrement publiés.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

La gare du CBR

La gare du CBR

Cardinal Luçon

Canon le matin. 11 h bombes ; visite du Capitaine Compant et de son lieutenant Bourbes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Lettres à Marcel et à Hélène leur faisant part de notre deuil.

À 7H j’accompagne Marie rue Warnier pour l’aider à descendre au sous-sol ce qu’elle a de plus précieux ou de plus utile, et nous nous hâtons, car des obus sifflent dans les environs.

Peu après notre rentrée rue de Talleyrand arrive de Limoges un télégramme donnant l’Hôtel de Bordeaux comme adresse provisoire des familles Perardel, et c’est là qu’aussitôt je lance à Marie-Thérèse une première lettre préparant l’annonce de la triste et fatale nouvelle.

Je m’y fais l’écho de bruits de ville présentant le 132’ Régt d’Infie comme ayant été particulièrement éprouvé dans divers combats ; j’y manifeste mon inquiétude au sujet d’André et y relate la demande de renseignements à son sujet que j’ai déposée à la Mairie il y quelques jours déjà.

Elles ont bien du mal à jaillir de ma plume, ces quelques lignes, et je me souviendrai toujours des larmes qu’elles m’ont fait verser !

À 9 heures Marie reprend le chemin de Sacy à pieds, Hénin l’accompagnant jusque Bezannes, alors qu’Agnès et Suzanne l’attendront là pour l’aider dans le transport de ses colis ; c’est donc à elle qu’échoit la pénible mission d’apprendre là-bas notre grand malheur.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Jeudi 8 octobre

Toutes les attaques allemandes ont été repoussées à l’aile gauche et en Woëvre ; la cavalerie allemande a été maintenue au nord de Lille où elle avait été refoulée. Nous avons repris du terrain entre Chaulnes et Roye; nous avons également progressé au centre.
Le Président de la République a adressé un hommage éloquent à nos armées et échangé des télégrammes cordiaux avec Georges V.
Les Allemands essaient vainement de résister à la poussée russe, dans la Prusse orientale.
Guillaume II a exigé que son état-major général se substituât à l’état-major austro-hongrois en Autriche. Le général Conrad de Hotzendorf, chef d’état-major général austro-hongrois, se retirerait, et François-Joseph serait très mortifié d’avoir à céder aux instances très pressantes de Guillaume II.
Un contre-torpilleur allemand a été coulé par un sous-marin anglais près de l’embouchure de l’Ems.
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Vendredi 18 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 SEPTEMBRE – minuit – Je me réveille en sursaut… une canonnade lointaine, mais assez serrée me saisit et me décide à me lever et à me tenir prêt à toute éventualité. Il est trop évident que, de part et d’autre, l’action se serre, se serre… Je descends et vais m’installer sur mon fauteuil en bas ; j’achèverai là ma nuit.

Le carillon de Notre-Dame ne marche plus l’horloge non plus ; le chef sonneur Stengel a été blessé aux VI Cadrans. C’est le Grand Séminaire qui vient d’égrener minuit.

La nuit est si belle, si profonde ! Elle est majestueuse. Une jetée sobre d’étoiles sur l’infini en bleu sombre. Pourquoi couvre-t-elle des heures aussi tragiques? Il y a longtemps qu’à l’instar des jours de cet été, les nuits n’avaient été si belles… Étaient-elles jolies les journées d’Abondance, lors de la mobilisation générale ? Depuis mon arrivée, la montagne n’avait pas revêtu encore des lignes aussi élégantes, des couleurs aussi transparentes Mon Abondance ! coin béni des Alpes bienaimées, qui abrite ce que j’ai de plus cher au monde… Rapprochez-vous, montagnes bénies ; comme les bras d’une « aima mater », ne laissez pas arriver le bruit horrible des machines qui tuent, l’épouvante des journées de dévastation, la désolation effroyable des ruines fumantes qui s’entassent sur des ruines déjà entassées…

Mon Dieu, donnez le courage à ceux qui sont au combat, le courage à ceux qui souffrent, le courage à ceux qui meurent, le courage à ceux qui sont dans l’angoisse dans les attentes anxieuses, dans la cruelle incertitude.

Cette journée qui va venir sera-t-elle aussi cruelle que le jour qui vient de tomber? A tous, que votre bonté de Père donne la grâce du moment, la grâce proportionnée à l’épreuve, que sur tous s’étende votre miséricorde, votre bénignité, la consolation et l’apaisement.

Je suis entre Vos mains, mon Dieu ! Pardonnez-moi. Bénissez votre prêtre, votre ami… Bénissez-nous.

2 heures 25 matin ;

Je suis réveillé par la canonnade très rapprochée, le crépitement caractéristique des mitrailleuses. On se bat à proximité, dans la nuit… Je suis tout tremblant de mon réveil brutal d’une part et de l’horreur de la chose d’autre part… Nous sommes donc véritablement champ de bataille ? Confions-nous à Dieu.

Je me rends à la cathédrale.

4  heures ;

Arrivé sur le transept avant 3 heures, je suis dans l’attente de ce qui va se passer. Vont-ils continuer le bombardement d’hier ? Se sont-ils repliés ?

La canonnade était rude quand je suis arrivé ici. Tout s’est apaisé.

Et voici que les grondements viennent de reprendre, plus intenses avec, par instants, au moment où ma plume court, le crépitement des mitrailleuses. Il y a des corps à corps, un engagement sérieux dans la région. Et ce sont des grosses pièces qui tirent ; le grondement est terrible… on voit de rapides éclairs et la flamme des explosions.

Les incendies font rage tout autour – un rue de Nanteuil et un rue Cérès… la ferme des anglais donne encore des lueurs et chez Lelarge, c’est encore bien embrasé. Au loin, des incendies. Fallait-il donc voir ces horreurs de la guerre ailleurs que dans les images, dans l’œuvre des artistes?

La nuit est en ce moment si calme, sur la ville toute apaisée ou plutôt terrorisée, sans lumières !

Une chouette s’envole derrière moi ; une autre fait entendre un chuintement qui évoque le sinistre sifflement. J’ai une envie de dormir que je n’arrive pas à combattre ; je vais chercher un coin favorable – au fond de la grande nef, vers la façade, sur l’escalier près des réservoirs –

4 heures 1/2 soir ;

Dans la réserve, sur l’autel, après avoir refermé le tabernacle devant lequel avec M. le Curé, je viens de dire Matines et Landes pour demain…

La matinée a été effroyable ; où s’arrêtera cette progression?

Vers 9 heures, nous causions à plusieurs dans la sacristie ; un coup épouvantable sème la terreur… en même temps que les morceaux de vitres de tous les côtés ! Un deuxième coup ; nous fuyons dans la cathédrale. Un autre coup terrible ; les vitraux s’effondrent dans la nef sud… M. le Curé qui – héroïque comme il l’a été tous ces jours – s’inquiète des blessés, court après la clef de la tour Nord pour les y faire entrer. Pan ! un autre coup terrifiant qui tue un gendarme net dans la basse nef près du troisième pilier (à partir du portail) (la paille est restée rouge de sang) et un blessé sous les blocs énormes de la rosace du troisième vitrail et les gros fers qui le bâtissent – vitrail complètement vidé par ce coup.

Je me précipite avec M. le Curé. J’avais la clef de la tour. On fait monter les blessés… ceux qui peuvent se traîner du moins… et la plupart gémissent lamentablement, traînant qui, une jambe brisée, qui, un pied broyé. Alors, c’est l’heure horrible dans cette tour ; les bombes se succèdent sur la cathédrale et dans le voisinage immédiat. Les résonances sont fantastiques, lugubres. La colonne d’air qui est rendue toute vibrante dans la tour par le fait des explosions, ms donne l’impression que toute cette masse si homogène de pierres taillées frémit, tremble…

L’effroi est parmi les blessés ; l’infirmière protestante est terrorisée. L’aumônier catholique -(un vicaire du diocèse de Munster) dit le chapelet à ma demande. Les deux religieuses lui répondent avec les quelques catholiques qui sont dans le groupe. Ce sont des « Mein Gott, mein Gott !” » à n’en pas finir.

Et les coups se succédaient ! Oh ! que le temps est affreusement long en de semblables occurrences !

On se hasarde à descendre les quelques marche ! Nous étions à peine entrés dans la confiance qu’un peu de répit nous était accordé, qu’une bombe arrive devant la porte du chantier. M. le Curé, qui tournait le coin de 1’archevêché, a pu se garer,… mais on dit qu’il y a un blessé.

J’y vais ; nous ramenons un civil, un homme d’âge mur, frappé au côté et à la cuisse… On le rentre ; je coupe les vêtements ; on le panse… Un peu plus loin, dans la basse nef nord, un allemand se meurt auprès d’un autre atrocement atteint par les éclats entrés dans la cathédrale ; j’appelle l’Abbé Schimberg qui vient le soigner moralement. Sur les entrefaites, le Docteur Major a eu l’idée d’envoyer un parlementaire dire aux ennemis, à ses frères, que la cathédrale est atteinte et que les blessés allemands y sont en souffrance.

« Ich bitte als Parlementar abgeschickt zu werden, um dem deutschen Heere mitteilen zu können dass D00 deutsche verwundete in der Kathedrale liegen und diese im aller heftigssen artillerie feuer liegt. Ich hoffe damit eine weitere Zerstörnung der herrlichen Kathedrale und eine weitere Zerstörung der Stadt, zu werhindern ? Dr.Pfluszmeiste »[1]

Cette note ne put être portée ; la chose était impossible. J’ai appris d’un soldat français un peu plus tard que le major avait voulu envoyer vers ses frères un prisonnier prussien pour dire ce qu’il advenait de la cathédrale. Aucun n’a voulu partir. Moi-même, dans la tour, n’ai-je pas dû me fâcher pour obtenir que les premiers entrés montent plus haut pour faire de la place à leurs camarades et pour laisser un chemin au cas où une alerte nous obligerait, moi et M. le Curé, à descendre dans la cathédrale ? Ils n’osaient pas tellement était terrible le vent de mort qui soufflait… !

Un des lustres est tombé, coupé par la mitraille (le deuxième à partir du petit orgue) La cathédrale est semée de vitraux en mille pièces… des morceaux entiers d’architecture ont été projetés dans la cathédrale. La lampe qui brûle devant la Réserve a été broyée ; l’huile est épandue à terre. Oh ! le douloureux pèlerinage que j’ai fait ensuite par le chemin de ronde ! Mes yeux s’ouvraient les premiers sur ce désastre… ils auraient dû se fermer…

Hier matin, deux bombes avaient atteint le vaisseau, l’une… l’autre sur la galerie de l’abside, côté Nord, faisant des dégâts incommensurables ; la galerie est broyée ; deux chimères sont décapitées, une gargouille abattue. Et tous ces débris sont venus s’abattre sur les combles des basses nefs, crevant les plombs… Sous ces deux projectiles, les poutres énormes ont volé en éclats, déchiquetées et projetées à distance. Comment le feu n’a-t-il pas pris dans ce vieux bois?

Je mets de côté parmi de petits crochets dont je ramasse toute une famille, la tête d’un aigle décapité, le premier en partant du côté Nord de l’abside.

Je vais déjeuner rapidement et craintivement (au troisième étage) chez les demoiselles Mathieu et j’apprends en retrouvant M. le Curé (qui vient de voir un général) que le gros des forces allemandes est là devant Reims – 500.000 hommes – Nous en avons autant à leur opposer. La bataille décisive de la guerre est engagée sur nous. Reims est sacrifiée !

Et les allemands se sont très solidement fortifiés sur leur ligne de retraite. La lutte est dure, dure ; on ne recule pas, mais l’avance est très rude. C’est ce que venait de me dire par ailleurs un officier… lequel me laissait entendre des jours entiers à vivre dans cet horrible cauchemar. Car personne ne peut prévoir la tournure de ce duel… 0n a beau vouloir faire son devoir, la perspective est austère… !

Rencontré l’Abbé Heintz[2], en rentrant à la cathédrale vers 1 heure ¾ ; je le conduis vers M. le Curé  qui va annoncer à Mgr Neveux[3] la mort de 4 religieuses de l’Enfant Jésus…

Je quittais l’Abbé Heintz, que j’avais conduit chez moi boire une flute, et j’enfilais la rue de l’Ecole-de-Médecine quand un sifflement amène une bombe à proximité. Pan ! Je me couche… les éclats pleuvent… C’est Prieur qui a enregistré le projectile. Je me hâte vers la cathédrale… j’y rejoins à peine M. le Curé… nouvel éclat ; nous rentrons dans la tour nord avec les blessés. Deux, trois coups nouveaux ; encore notre pauvre cathédrale ! C’est affreux !

Nous sortons vers 3 heures 3/4 pour aller à la Réserve et où, après un long recueillement, j’ai demandé une absolution à M. le Curé. Je vais chercher mon bréviaire à la sacristie… une nouvelle bombe s’écrase tout près de la cathédrale. Oh ! l’Office récité ainsi dans de telles circonstances ! C’était l’Office de St. Janvier – Matines et Landes de demain – que d’allusions directes à nos misères !

8  heures 3/4 ;

Elle avait à demi-raison cette fille qui, à midi, gourmandait sa compagne ; « Je te dis que non ; Je te dis que l’après-midi, çà ne porte pas malheur, au contraire ! » Il s’agissait d’une vieille ineptie « le curé, çà porte malheur ».

Nous sommes allés avec M. le Curé au bureau du commandant de la Place, pour demander qu’enfin on pense aux blessés allemands ; des pauvres diables qui, depuis hier soir, n’ont à peu près rien pris !… Quand Je repasse par la cathédrale, on a enfin rapporté les quartiers de cheval que les Petites Sœurs de l’Assomption avaient bien voulu faire cuire, mais on attendait encore le pain.

10 heures 1/4 ;

Je vais me coucher, m’étendre sur le matelas que J’ai déposé dans ma salle-à-manger. J’ai très sommeil.

Le canon tonne toujours ; des troupiers sont passés, qui se sont battus route de Cernay. Le feu diminue et est circonscrit rue de l’Université (Fourmont, la Préfecture, M. Nouvion) Mais quel brasier !

[1] Je vous demande d’être envoyé en parlementaire pour informer l’armée allemande que vous avez blessé des blessés allemands dans la cathédrale, et que c’est dans le feu d’artillerie le plus violent. J’espère que cela détruira plus loin la magnifique cathédrale et détruira plus loin la ville? Dr.Pfluszmeiste
[2] Joseph-Jean Heintz, Prêtre du diocèse de Reims (1910-1933) https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Jean_Heintz
[3]
Ernest Neveux
(notes de Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

18 septembre 1914 ·

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Le lendemain nous décidons de rentrer chez nous dans notre quartier Sainte-Anne, maintenant plus éloigné de la ligne de feu, dont l’existence se manifeste par une fusillade peu nourrie et quelques obus sur la ville.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Vendredi 18 septembre 1914

7ème jour de bataille et de bombardement

6h20 matin  A 2h10 du matin attaque de nuit vers le faubourg Cérès qui a durée jusque vers 4 heures. Impossible de dormir ou mal, on a la fièvre. A 5h1/2 on entend des sifflements d’obus, je m’habille et descend à la cave jusqu’à 6h. En ce moment le canon fait rage vers Brimont, peu de choses sur Cérès. Quand donc ce sera fini ! Je commence à n’avoir plus de courage ! Je vais tâcher de me coucher et de dormir un peu, car depuis 2h du matin je n’ai pour ainsi dire pas dormi. Mais les allemands me laisseront-ils tranquille ? Temps nuageux d’automne, le vent chaud du sud qui soufflait hier en tempête est tombé.

8h1/2  Je vais voir à déposer à la sûreté de ce qui reste de l’étude de mon pauvre ami Jolivet, et parer au plus pressé.

8h40  Une bombe éclate (derrière moi), place du Parvis comme j’entrais rue des 2 Anges.

Je suis allé m……..

10h20  Je réparerai ma plume coupée par un obus tout proche tout à l’heure.

Je suis donc descendu à 8h50 dans la cave avec mon équipement. 8h58 un obus tombe tout proche de la maison, c’est chez Coyart (à vérifier), contre Bellevoye, avec de gros dégâts. Le Roy bijoutier ainsi qu’au Petit-Paris et chez le coiffeur en face, un autre presque aussi près dans la rue du Cadran St Pierre en face des sœurs de la Charité et de Lapochée. Devantures en miettes. Dieu et la Vierge nous a encore protégé, 2 éraflures sur l’angle de pierre du bas de la fenêtre du cabinet de toilette. Soyez béni et remercié mon Dieu, et continuez à nous protéger ainsi que mes chers adorés, ma femme et mon pauvre Père !! Quand je suis dans cette cave je ne puis exprimer ce que je souffre en songeant à eux. C’est une obsession…  C’est terrible comme torture morale.

Nous remontons à 10h et quelques minutes, soit 1h de bombardement environ.

Je reprends ma plume interrompue par cet obus destructeur :

Je suis allé, disais-je, voir Bompas notre appariteur pour le prier de m’envoyer un clerc de chez Jolivet afin de prendre les mesures nécessaires pour garder les ruines de la maison du pauvre ami, de savoir s’il y a des minutes dans la cave, ou si tout est brûlé, où sont les testaments, etc… Je repasse devant cette pauvre maison qui fume encore. Le salon seul est à peu près intact, comme le mobilier de la salle à manger également sur la rue de la Belle Image, mais il ne reste plus rien de l’Étude, du premier étage et du vestibule et du petit salon. Il y a un agent de police qui garde.

Je vais au Palais de Justice voir le Procureur de la République lui dire ce que j’ai pris sur moi de faire. Il me reçoit très aimablement et approuve ce que j’ai fait. Comme Peltereau-Villeneuve est souffrant et incapable de s’occuper de quoi que ce soit, il me donne un mot pour lui, ci-dessous :

R.F. Parquet en la Cour d’assise de la Marne

et du Tribunal de 1ère Instance de Reims

                                                                              Reims, le 18 septembre 1914

                                                                              Le Procureur de la République près la cour d’assises etc…

                                                                              à M. le Président de la Chambre des notaires

j’ai l’honneur de vous prier de prendre toutes les mesures nécessaires pour la conservation des minutes de Maître Jolivet s’il en reste encore dans les caves de sa maison incendiée hier. Il y aurait intérêt à les transporter à la Chambre des Notaires.

Je vous serai obligé de me rendre compte de vos diligences et de l’état des minutes le plus tôt possible.

                                                                                              Le Procureur de la République

                                                                                              Louis Bossu

et de me prier de faire le nécessaire après entente avec lui. Je cours chez Peltereau-Villeneuve qui est dans sa cave, il a reçu hier deux obus, dégâts relativement insignifiants. Il accepte que je m’occupe de Jolivet et avouant lui-même qu’il est sans force et encore sous le coup de la terreur d’hier. Sa petite femme est encore toute tremblante et fort nerveuse, elle me supplie de venir les voir de temps en temps. Je lui promets car elle me fait pitié. Je traverse la place du Parvis et la rue du Trésor avec l’idée d’aller dire à Bompas ce qui a été entendu et à faire, quand au coin de la rue des 2 Anges, au moment où je me demandais à un clerc de chez M (non mentionné) nommé Fossier s’il connaissait les noms et adresses des clercs de Jolivet…  au moment où il me disait qu’il les ignorait…

Bing ! un obus près de la Cathédrale, débandade. Un habitant de la rue des Deux Anges, au 11 ou au 13, ancienne étude Minet, m’offre très obligeamment l’hospitalité dans sa cave. Je l’en remercie en lui disant que je préfère rentrer chez moi. J’enfile la rue des Élus, la rue des Chapelains et cela pétarade un peu partout, rue du Cadran St Pierre je passe devant les sœurs de la Charité et de Lapochée bien tranquilles, alors je rentre. A peine descendu dans ma cave les 2 obus saccageaient le coin de la rue de Talleyrand, Cadran St Pierre et Étape. A 5 minutes près « j’étais frit », comme dirait l’abbé Andrieux !

9h40  A 1h1/4 je vais m’entendre avec Bompas pour mettre à l’abri le mobilier (ce qui en reste) de Jolivet, et je donne l’ordre de boucher toutes les issues car il y a trois coffres-forts sous les décombres. Son clerc le contacte, mais il n’a indiqué que l’endroit à vider et m’a déclaré qu’il n’y avait aucune minute dans la cave et que par suite tout a brûlé, c’est le désastre ! Je fais monter une partie du mobilier à la Chambre des Notaires et le reste sous clef dans la salle à manger qui est encore assez préservée. Nous verrons plus tard, ainsi qu’à l’enlèvement des coffres-forts.

Je vais voir le Procureur, à qui je signale ce que j’ai appris et fait pour cette étude ; il me laisse carte blanche et m’a dit qu’il me couvrait ! En allant au Parquet j’ai relevé 1 obus qui a brisé un arc-boutant de la nef de la Cathédrale, 2 rue Robert de Coucy, 3 devant l’Avenir (le journal) au coin de la rue Libergier, 1 devant le Grand Hôtel qui a broyé la pharmacie Boncourt, 1 chez Daubresse, huissier, et chez le marchand d’antiquités il ne reste rien, rue Tronsson-Ducoudray.

Je vois le Procureur de la République, qui ne veut rien faire, il me parait (rayé) fort ennuyé d’être revenu ici, il a peur, malgré qu’il nie le contraire. Faux brave.

Un soldat du 17ème d’artillerie me dit que chaque fois qu’ils découvrent ou repèrent une batterie allemande elle est aussitôt muselée en 5 minutes.

  1. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin, m’apprends que notre secrétaire de la Chambre M. Varenne et sa femme ont été tués par un obus ce matin. La femme a été coupée en 2 et on n’a pas pu encore retrouver les jambes. Je donne les indications nécessaires pour que M. Millet pourvoie à ses obsèques.

Je veux aller voir mon beau-père quand à 3h1/2 j’entends éclater un obus près de l’Hôtel de Ville. Je suis place de la Caisse d’Épargne. Je rebrousse chemin vers la rue de la Renfermerie et reste à la maison et de là me prépare à descendre à la cave.

Quand un coup de sonnette. C’est M. Charles de Granrut de Loivre qui arrive harassé en me demandant à boire. Je le fais descendre avec nous à la cave et là je lui donne une bouteille de Mesnil 1906 Ch. Heidsieck avec de l’eau. Il mourrait de soif. Il me raconte qu’il arrive de Loivre dont il ne reste presque plus rien. Son château est occupé par les troupes françaises et est le pivot de tout notre front pour réduire le fort de Brimont, en sorte que sa pauvre propriété a été un vrai nid à bombes, il estime qu’il en a reçu au moins 200, ou 2000 (?) dans son parc depuis 3-4 jours. Ce parc est jonché de cadavres français, et le fossé qui borde le mur de son château sur la route qui conduit à la gare est rempli de cadavres. C’est effrayant à voir parait-il. Il estime qu’il a au moins pour 300 000 francs de dégâts, il affirme que depuis 6 jours le fort de Brimont a bien reçu 20 000 obus. Nous remontons de la cave et il me quitte quelques instants après demander l’hospitalité à Charles Heidsieck. Il est très énervé, il y a de quoi devant cette ruine, et il a passé quatre jours et nuits dans sa cave en entendant tous les obus qui lui passer par-dessus la tête. « C’est à rendre fou ! » me disait-il.

8h3/4 soir  Vers 6h je vais m’assurer si tout est bien fermé chez mon malheureux confrère Jolivet, et si tous mes ordres ont bien été exécutés. Bompas vient de tout terminer : le plus pressé est paré. Autant j’ai trouvé notre Procureur (rayé) en dessous de tout, autant chez ce brave Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline des notaires de Reims j’ai trouvé de dévouement, de courage et de netteté dans l’exécution de mes ordres. Demain, il s’occupera de recruter des ouvriers chez Bouche, ou Dubois-Oudin pour enlever les coffres-forts et les déposer à la Chambre des Notaires. Je suis  sûr qu’il trouvera et que tout sera bien fait. Je m’assure aussi à la Police Centrale que l’on veillera à faire des rondes de nuit autour des ruines.

En rentrant chez moi je vois une immense lueur d’incendie. Les flammes s’élevaient à 20 mètres au dessus des maisons de la place des Marchés. Dans la direction de la rue de l’Université, en effet la sous-préfecture, les maisons Fourmon, Benoist et Cie rue des Cordeliers, l’ancien Lycée de filles transformé en ambulance ajoute-t-on brûlent. Une bombe incendiaire. Que nous donnera la nuit, Demain.

Oh que je suis las et que je souffre d’inquiétudes pour les miens. Je crois que je ne résisterai pas longtemps. Quel Enfer !! Et quel Martyr !! Mon Dieu, auriez-vous pitié de moi et de mes chers aimés, femme, enfants, Père !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Aujourd’hui, c’est à 2 h 1/2 du matin, que nous sommes arrachés brutalement à notre sommeil par les détonations épouvantables des grosses pièces et qu’il nous faut encore faire, avec les enfants, une descente immédiate à la cave ; elle est particulièrement pénible.

La famille des concierges, augmentée depuis hier de deux personnes, et les Robiolle, restés avec eux pour la nuit, viennent nous rejoindre tout de suite ; nous sommes réunis au nombre de quatorze et tous, nous éprouvons le besoin de dormir encore. Nous cherchons à prendre, les uns sur des chaises, d’autres allongés sur un tapis, des positions dans lesquelles nous pourrions nous assoupir et reposer quelques instants ; c’est impossible.

Nous causions des tristes événements de cette période terrible que nous vivons ; des ravages causés par le bombardement, pour ainsi dire ininterrompu depuis lundi 14 ; des véritables massacres qui en sont résultés ; des victimes que nous connaissions ; de la situation tragique de la ville de Reims, qu’on ne peut, nous semble-t-il laisser abîmer plus longtemps, ce qui nous donne l’espoir que la poursuite de l’ennemi, si malheureusement arrêtée, sera vraisemblablement reprise dès que possible.

Mme Guilloteaux, assise dans un fauteuil qu’on est allé lui chercher, afin de lui donner le moyen d’installer mieux la petite Gisèle, âgée d’une semaine à peine, qu’elle tient enveloppée dans un duvet, exhale ses plaintes, la pauvre femme, après chacune des explosions formidables que nous entendons. Elle répète ce qu’elle disait souvent hier et tous ces jours derniers :

« Eh, mon Dieu ! on n’arrivera donc point à les déloger de là ».

Le ton larmoyant de cette demande bien vague, faite à la cantonade, avec une prononciation ardennaise fortement accentuée, porterait à rire en toute autre circonstance ; on n’y pense pas. Nous comprenons trop bien les angoisses terribles de la bonne aïeule voulant protéger de tout danger, même du froid, le frêle petit être qu’elle garde précieusement sur ses genoux et personne ne lui répond aujourd’hui, parce que, sincèrement, on ne peut plus rien lui dire, car à la longue, nous finirions aussi par nous demander si on y parviendra, à « les » déloger.

Nous ne sommes pas initiés – loin de là – mais il est devenu évident que nos troupes ont trouvé le 13, au sortir de Reims venant de les fêter, une résistance opiniâtre qui semble devenir, de jour en jour, plus difficile à briser.

Le communiqué de 14 h 30, en date du 14, publié par nos journaux locaux le 16, nous a bien appris que les Allemands avaient organisé, en arrière de Reims, une position défensive sur laquelle ils n’ont pu tenir, mais celui du même jour – 23 h 15, disait : …Au centre, l’ennemi semble également vouloir résister sur les hauteurs du nord-ouest et au nord de Reims, etc. La deuxième dépêche de ce lundi dernier 14, n’était donc pas longtemps sans venir contredire la première. D’ailleurs, nous sommes bien placés – quelle dérision d’employer pareil terme ! – pour savoir que l’ennemi ne semble pas seulement vouloir résister, et pour avoir la certitude qu’il résiste vigoureusement. Nous ne nous sommes même aucunement aperçus d’un ralentissement du bombardement commencé le 14, dans la matinée ; il n’a fait, au contraire, qu’augmenter d’intensité.

Comment les Allemands sont-ils parvenus à s’accrocher aussi solidement aux hauteurs qui dominent notre ville, à si peu de distance ? Seraient-ils donc parvenus à opérer, à leur tour, une volte-face, un redressement qui serait, toutes proportions gardées peut-être, une réplique de celui qui fut si bien réussi par nos armées, il y a une quinzaine de jours, lorsqu’elles ont arrêté net la marche sur Paris ? Après les avoir vus traverser Reims dans une complète retraite, bien près de se transformer en déroute, nous aurions du mal de comprendre cela.

Il serait fort intéressant de connaître ce que pense de pareille situation l’autorité militaire, mais, bien entendu, nous ne savons absolument rien et ce n’en est pas plus rassurant.

Après avoir vu le flux de l’armée allemande et son reflux en des déploiements formidables, allons-nous être de nouveau envahis ? Malgré tout, je veux espérer que non !

Toutes ces pensées me traversent l’esprit, après chacune des lamentations de Mme Guilloteaux.

A 3 h 1/4, la canonnade paraissant cesser, je retourne au premier étage, m’étendre sur un lit, tout habillé et deux heures après, toute la famille est remontée. Quelques minutes seulement se passent ensuite. A 5 h 20, le sifflement de plus en plus fort d’un obus qui arrive, nous fait craindre, l’espace de quelques secondes, avant son explosion, qu’il soit pour nous. Il éclate tout près et nous oblige à réintégrer la cave que nous ne pouvons plus quitter, après un semblant d’accalmie, le bombardement vient de reprendre avec violence et il nous faut, cette fois encore, y passer toute la journée.

M. Robiolle avait quitté hier l’établissement des Bains et lavoir publics qu’il dirige, rue Ponsardin ; il désire savoir ce qui a pu se passer de ce côté, et s’en va, suivi de sa femme, se proposant de revenir aussitôt mais nous ne les revoyons pas. Les explosions continuelles des obus qui se sont mis littéralement à pleuvoir dans ces parages, peu de temps après leur départ, rend leur retour impossible.

Le boulevard de la Paix, dans toute sa longueur, de même que les boulevards Gerbert et Victor-Hugo sont complètement hachés. Les batteries d’artillerie du malheureux groupe que j’avais remarqué, bivouaquant là, depuis le 15, ont bien été repérées, malgré l’abri que pouvaient leur donner les gros arbres, qui, pour la plupart, sont ébranchés ou mis en pièces. Des hommes et nombre de chevaux sont tués en ces endroits. La caserne Colbert a été touchée plusieurs fois.

La cathédrale l’a été également.

Le soir, des obus incendiaires qui hier, avaient fait leur première apparition, sont encore envoyés sur la ville. Un incendie allumé par ces projectiles à la sous-préfecture, rue de l’Université, se propage aux maisons voisines jusqu’à la rue des Cordeliers, après avoir gagné la maison Fourmon, en angle, puis progresse ensuite jusqu’à la moitié de cette dernière rue.

L’usine Lelarge, boulevard Saint-Marceaux, est en feu depuis hier.

A la nuit de cette nouvelle et longue journée d’épouvante, nous sommes exténués.

Paul Hess, dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Gaston Dorigny

Le canon tonne au loin, on dirait que nos troupes ont pris l’avantage à partir de dix heures du matin, on ne tire plus dans nos parages. Un calme relatif règne jusque vers quatre heures du soir, d’autre part les renseignements recueillis à diverses sources sont rassurants, on dit que les Allemands sont cernés et vont être contraints de quitter la région.

On reprend espoir pendant un instant, hélas, il faut en revenir.

Aussitôt quatre heures du soir un combat d’artillerie recommence, combat qui doit durer toute la nuit, que cela peut-il bien cacher ?

Gaston Dorigny

Victimes des bombardements à Reims ce jour là :


Samedi 18 septembre

Lutte de bombes et de grenades entre Angres et Souchez et dans le secteur de Neuville; tirs efficaces de nos batteries sur les ouvrages allemands.
Bombardement réciproque au sud d’Arras. Combat de mousqueterie, de tranchée à tranchée, dans la région de Roye.
Du confluent de la Vesle et de l’Aisne jusqu’au canal de l’Aisne à la Marne, canonnade très vigoureuse. Entre Aisne et Argonne, à la Fontaine-aux-Charmes et aux Courtes-Chausses, nos batteries ont endommagé sur plusieurs points les positions ennemies.
En Woëvre et sur le front de Lorraine, notre artillerie a également exécuté des tirs efficaces.
Les Allemands ont bombardé dans les Vosges, l’Hilsenfirst et la cote 425, au sud de Steinbach.
Nous avons opéré un tir de destruction sur l’usine électrique de Turckheim.
Les troupes de Hindenburg, au front oriental, ont réussi, au nord-est de Wilna, à franchir la Wilia. Elles ont abouti aussi à repousser nos alliés dans la région de Pinsk, mais les Russes ont brisé toutes les contre-attaques près de Derajno et dans le secteur de Galicie, où ils ont encore fait quelques centaines de prisonniers. Sur la Strypa, les combats se poursuivent, très violents. Les journaux de Berlin reconnaissent d’ailleurs la retraite des Austro-Allemands dans cette région.
Les alpins italiens ont recueilli quelques succès dans les montagnes de Carnie, à de hautes altitudes.

 

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