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L’abbé Rémi Thinot au front (6 et fin) : du 7 au 14 mars 1915, secteur de Suippes

Les derniers jours avant sa mort « en première ligne » le 16 mars 1915

On peut constater que R. Thinot, après des débuts difficiles (cf.début février)  avait trouvé sa place au front, telle qu’il l’avait voulue : un sacerdoce en terre de mission et au feu, bien différent des ses activités à Reims de 1899 à septembre1914. Il est mort à la fin d’ une première grande offensive française des Monts de Champagne (cf.11-12 février), dans l’hiver et le boue (cf.6 février) et  qui sera arrêtée par le Haut Commandement, faute des résultats attendus, le 17 mars…

Voir aussi, après la fin du tapuscrit : une nécrologie détaillée parue dans le journal de la Schola Cantorum, une vue de sa tombe provisoire à Suippes et le caveau familial au cimetière de l’Est à Reims.

7 MARS – dimanche –

L’Abbé M. n’a pas voulu organiser une messe. On nous a fait sentir à bon droit que le dimanche s’était passé sans « service divin » Je me passerai de lui désormais.

Jamais le canon n’a rempli la nuit et la journée comme aujourd’hui. Le 16ème Corps attaquait pour prendre Bois Sabot. Çà été un grondement, une furieuse canonnade tout le temps.

13 MARS – samedi –

Je me lève de bonne heure pour préparer l’instruction pour la messe des soldats défunts, que je vais dire à 9 heures pour le 14ème, à La Cheppe.

Église archi-comble ! Combien il en reste dehors? Le général Delmotte est là, ainsi que le colonel et tous les commandants.

Le général est venu me remercier à la sacristie, aussitôt la messe. Je sentais que je tenais mes hommes. Du reste, le texte de mon instruction, avait jailli très spontanément ce matin. Le colonel de Riencourt m’a invité à déjeuner ; J’y vais de ce pas.

9 heures soir ; Réunion merveilleuse ce soir. J’ai, par ailleurs, passé toute mon après-midi à confesser et le soir, jusqu’à 8 heures ; j’ai promis d’être à l’Église demain, dès 5 heures 1/2.

Braves gens, qu’il est facile de réveiller, de remuer, de jeter dans le bien.

Je vais décidément adopter ces deux régiments. Les colonels et les officiers sont charmants.

14 MARS 1915 – dimanche –

Tournée merveilleuse, Infiniment consolante.

A 5 heures 1/4, je suis à l’Église pour les confessions. Je n’arrête pas.

Messe de communion à 7 heures ; Église pleine, pas assez d’hosties. Je parle trois fois, à l’Évangile avant la communion et après !

A 9 heures, messe du 83ème ; Église archi-comble
A 10 heures, messe du 14ème   d°
A 11 heures 1/4, messe paroissiale ; c’est la messe des dragons.

Déjeuner avec le colonel d’Hauterive.

J’ai été profondément impressionné par la confession de tous ces hommes, depuis 1 commandant jusqu’à des centaines de simples soldats. Et tant de retours ! AU moins 30 de 5 à 20 ans ! C’est admirable ! Et ils ont communié avec une foi.. !

Et voici que l’après-midi le 14ème reçoit l’ordre de partir. Il faut aller réparer les sottises faites par le 4ème Corps, qui s’est laissé reprendre plusieurs entonnoirs.

Décidément, je crois qu’on a bien tort de médire du 17ème Corps !


Texte ajouté à la fin  des Extraits des notes de guerre de l’abbé Remi Thinot vraisemblablement par Robert Carré et/ou Marius Poirier :

Le 16 Mars, l’Abbé THINOT tombait en première ligne, frappé d’une balle à la tête, méritant cette citation à l’Ordre du Jour de l’Armée :

Abbé Remy THINOT, aumônier :

« ÉTANT ALLÉ DANS LA TRANCHÉE AU MOMENT D’UNE ATTAQUE,
« POUR L’ACCOMPLISSEMENT DE SON MINISTÈRE, Y A ÉTÉ FRAPPÉ
« MORTELLEMENT PENDANT QU’IL SE PORTAIT AU SECOURS DES
« SOLDATS ENSEVELIS SOUS LES DÉBRIS D’UNE EXPLOSION DE
« MINE ET QU’IL EXHORTAIT LES HOMMES A FAIRE LEUR DEVOIR »



Documents complémentaires :

1 – Texte paru dans La Tribune de Saint-Gervais, organe  de la Schola Cantorum, XXIème année, éditée en 1919, p.17-18, Chronique nécrologique 14-18 par A.Gastué. Avant la guerre, ce mensuel contient de nombreux renseignements sur la musique religieuse à Reims et l’activité militante de Thinot dont le projet diocésain est résumé ici. La Tribune est en ligne sur Gallica :


A comparer : la citation militaire officielle, se terminant par  « …faire leur devoir », avec ce récit de sa mort plus religieux et précis… « absolution suprême », « tireurs d’officiers »… Quel en est la source ainsi que celle de « tué en première ligne » ? Témoignages de compagnons d’arme, journal de marche, rapport de commandement…? Autre question : que sont devenus les effets personnels de Thinot dont, probablement, un appareil photo et bien sûr son journal manuscrit ? La qualification de « Mort pour la France » est instaurée fin 1915 mais Remi (son prénom d’État civil) Thinot apparait, avec cette mention et « tué à l’ennemi » sur sa fiche, dans la base nominative de Mémoire des hommes. Dans La Preuve du sang .- Livre d’or du clergé et des congrégations 1914-1922, paru en 1925 à Paris (en ligne : travail remarquable pour la liste nationale, martyrologique, des morts/tes de la guerre, avec une introduction partisane  de Mgr. Luçon  avant celle, plus consensuelle, de Mgr.Tissier…), Thinot est cité p. 850 avec mention d’une Légion d’Honneur à titre posthume… Dans la base nominative de la Légion d’Honneur (LEONORE de la BN) Thinot n’apparait pas mais un dossier versé aux AN devrait être quelque part entre Paris, Vincennes, Pierrefitte, Fontainebleau, Caen…

2 – Aquarelle et dessin en recto-verso (18.5×13.8 cm) par Gaspard Maillol de la tombe provisoire de l’abbé Thinot dans le parc, près de la chapelle, du château de Nantivet à Suippes.

Document important car montrant une forme de lieu de mémoire. Il est conservé aux Invalides, à la BDIC devenue La Contemporaine (cote OR F3 101 avec une datation de 1917.- Copyright en cours) .- Texte : tombeau de l’abbé Thinot maître de chapelle de la cathédrale de Reims- (à Suipe) tué en 1ère ligne
Il s’avère que Gaspard Maillol (1880-1945), artiste  (cf. Bénézit) et neveu du sculpteur, originaire des Pyrénées Orientales, a été incorporé en 1914 dans le 23e Régiment d’Artillerie de Campagne (régiment de la 34e division) qui était dans le secteur de Suippes en février-mars 15. Un de ses dessins gravés sur bois « Les arches de l’église de Mesnil-les-Hurlus (Marne). Effet de Nuit en 1915 » publié en 1926 dans Petites églises de la guerre, rare livre mais sur Gallica, montre aussi qu’il était présent dans le secteur même où Thinot est mort…Cependant, en 1917, G. Maillol n’est pas loin non plus (vers Moronvilliers, 52e et 44e RAC)… Pour l’historique des régiments et le contexte de l’offensive de février-mars 15, voir le site Chtimiste et merci à Thierry Collet. Il reste au sujet de Thinot à dépouiller les journaux de marche et d’opérations.

3 – Tombe familiale actuelle de l’abbé Thinot au cimetière de l’Est à Reims : « ABBÉ REMI / THINOT MAITRE / DE CHAPELLE A / LA CATHÉDRALE / DE REIMS / AUMÔNIER VOLONTAIRE / 34E DIVISION / TUE EN 1ER LIGNE / LE 16 MARS 1915 / A L’AGE DE 41 ANS

On sait maintenant que c’est fin 1920 que de la tombe de Nantivet les restes de l’abbé Thinot ont été transférés à Reims. Voir p. 261 de Cardinal Luçon, journal de la guerre 1914-1918 publié en 1998, TAR, 173e volume, 315 pages. Ce journal va jusqu’en 1930 ; il a été édité par Jean Goy avec Marc Neuville et des annexes bien utiles en fin de volume. C’est la seule mention de l’abbé Thinot dans le journal du cardinal :  rien en décembre 1914 ni en mars 15.
Dans son journal (en ligne), Louis Guédet, notaire et juge de paix pendant la guerre, mentionne la mort de Thinot le 18 mars 1915 « Hubert m’apprend à l’instant la mort de l’abbé Thinot, ancien vicaire de la Cathédrale, qui s’occupait de la Maîtrise, parti il y a 2 mois comme [aumônier…] sur sa demande quoiqu’il était ajourné. Il vient d’être tué à Perthes-les-Hurlus et il est enterré à Suippes. Quelques jours avant son départ il était venu me demander conseil pour son testament ! Pauvre abbé ! Il était fort intelligent et avait du cœur ! » ; le 18 mai, le curé de Saint-Benoit lui remet le testament de l’abbé Thinot, « tué à l’ennemi ».

Merci à tous ceux/celles, à Reims et ailleurs, qui nous ont aidé d’une manière ou d’une autre dans cette étude en cours et qui devrait déboucher sur une édition collective complète. N’hésitez pas à nous envoyer vos remarques et vos informations.

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L’abbé Rémi Thinot au front (5) : semaine du 26 au 28 février 1915, secteur de Suippes

26 FEVRIER – vendredi –

Je suis monté à « 204 », puis à Maison Forestière. Il y avait attaque sur le Pan Coupé. Terrible !

Le 101ème [1], du 4ème Corps, a horriblement « trinqué » J’ai vu bien des blessés.

Rencontré M. D… qui, farceur à froid, me rappelle quelques-uns des commandements de la vie militaire ;

1°) ne jamais faire le jour-même, ce qu’on peut faire faire le lendemain par un autre.
2°) avant d’exécuter un ordre, attendre le contre-ordre
3°) s’en foutre et rendre compte
4°) ne jamais chercher à comprendre etc.. etc..

Le pis est que… c’est souvent d’application pratique, ce décalogue.

Et le service de santé ; Mon Dieu, que c’est lamentable.. !

[1] 101e RI 13e brigade, 7e division d’infanterie4e corps d’armée.

27 FEVRlER – samedi –

Suis allé déjeuner avec le colonel Perié d’Hauterive[1], du 83ème, dans la tranchée, au poste de commandement. Le lieutenant Deltheil, commandant une section de mitrailleuses, m’a conduit après déjeuner faire un grand tour dans les tranchées, au-delà de la Corne du Bois, près de Perthes.

J’ai assisté, de là, à une attaque de la 33ème division, ou plutôt aux rafales d’artillerie qui la préparait. C’était atroce ; la suie des percutants se mêlait à la neige et au chrome des fusants. Un tourbillon de fumées bouillonnantes, puis enchevêtrées, puis échevelées… dans lequel des flammes éclataient…

Des cadavres partout. Et vraiment beaucoup de négligence dans leur ensevelissement…

Les tranchées, dans ces régions, ont été recreusées jusqu’à 2 et 3 fois, l’artillerie ayant soulevé des chaos véritables. On croirait à un tremblement de terre ! Perthes est une ruine.

[1] Colonel Perier d’Hauterive qui a remplacé le Colonel BRETON, est chargé de diriger les attaques de son Régiment sur les tranchées du bois 211.

28 FEVRlER – dimanche –

Je dis la messe ce matin et je parle sur la Prière, dans le Pavillon, à Nantivet.

Pendant le déjeuner, 3, puis 2, puis 2 obus arrivent… tout près de nos cagnas. Effarement ; effroi ! C’est la saucisse qui avait repéré le 83ème et le 14ème se rendant au repos à La Cheppe, et passant par Nantivet… pour éviter la route bombardée.

Un obus est tombé dans le parc vers les tracteurs ; d’autres dans la pièce d’eau et au bord, tuant pas mal de poissons.

J’y cours, demandant s’il y a des blessés… Non, aucun. Je veux rapporter à la formation des poissons tués… Ziii Pan ! à un mètre de moi, accroupi contre l’arbre, un « 210 » arrive. Je suis couvert de terre, enveloppé de fumée ; je me retire en bon ordre…

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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L’abbé Rémi Thinot au front (4) : semaine du 17 au 22 février 1915, secteur de Suippes

17 FEVRIER – mercredi –

Je suis monté vers 9 heures au poste de secours. Là, j’ai pu assister quelques blessés, dire un mot à tous.

Je vois des blessures plus horribles qu’hier ; ce malheureux fracassé ; jambes, bras, tète, poitrine, qui vit encore, appelle ses camarades en agitant des moignons sanglants qu’on n’a pas réussi à fixer avec des lanières sur le brancard. Et ce boche qui ne voulait pas se rendre, un type énergique, solide, qui, après avoir tué encore trois français, est percé à son tour d’un coup de baïonnette, percé de part en part. Et on le fait revenir à pied depuis Maison forestière ; c’est un cadavre qui déambule, sans se plaindre… derrière quatre autres prisonniers à qui on fait porter une civière avec un blessé.

Un autre blessé allemand allait sortir des tranchées, emporté par les brancardiers français, quand un obus allemand arrive, le fracasse et tue un des nôtres.

Aujourd’hui, je puis assister d’une façon vraiment efficace quelques malheureux couchés dans le sang.

Tournée assez longue en somme. 200 prisonniers hier ; 200 aujourd’hui. La 34ème division a bien marché. On est bien moins content de la 33ème . Qu’est-ce alors que demain nous réserve ?

C’est d’ailleurs tout le front entre Soissons et Verdun, paraît-il, qui donne l’effort en avant. Quant à l’artillerie, elle a fait un travail incomparable, balayant avec une méthode et une précision merveilleuse.

Des régiments encombrent les routes ; un gros effort est donné là ; de la cavalerie est prête, en nombre, ce qui donne à penser qu’on veut faire un saut sérieux en avant…

18 FEVRIER – jeudi –

6 heures matin ; Je vais repartir. Il pleut ; le canon tonne, tonne.

11 heures 1/2 soir ; J’arrive ce matin au 83. Une voiture a versé ; plus loin, du sang dans la boue ; un attirail de troupiers ; un obus vient de tomber là, en pleine colonne du 209 et a tué deux hommes… Je passe par la batterie du capitaine Lasses ; au poste d’observation, je vois descendre des renforts allemands ; des cadavres, caissons démolis, ragions bouleversées ; c’est terrible.

A Maison forestière, je vois quelques blessés, puis pars pour les tranchées. Les hommes sont étonnés de me voir. De la boue, les sacs de terre, des armes, des cadavres ; des corps dans les champs, les mitrailleuses, le grand entonnoir (70 à 80 mètres de diamètre) rempli d’hommes maintenant, creusé il y a 3 jours par l’explosion de 3000 kilos de poudre noire.

Je dis une prière près de 15 cadavres qui sont là. Emotion. Un autre entonnoir à moitié rempli par la terre sortie d’une mine creusée par une perforatrice…

Un commandant a été tué ce matin dans la tranchée…

Ah ! je pense encore à ce bouleversement des tranchées, dans les tronçons de boyaux sens dessus-dessous, des corps entassés, péniblement, dans les plus atroces positions, sur le parapet les fils de fer en forêt chaotique, plus loin le bols fameux qu’on veut enlever, c’est-à-dire une maigre plantation de manches à balai… c’est la désolation. Que restera-t-il de toutes les constructions dans ces villages qui sont sur le front, sur la ligne même du feu ?

Que d’horreurs ! Ce malheureux, qui avait le bas de la figure emportée, plus de mâchoire, de langue, de menton ! Il ne peut rester couché ; son sang l’étouffe et il ne peut l’avaler, n’ayant plus de langue !…

Très gracieux, le médecin-chef m’a offert hier de me racheter une croix d’aumônier, puisque j’avais perdu la mienne.

20 FEVRIER – samedi –

J’ai été souffrant la nuit. Je crois qu’il ne faut jamais boire l’eau de ces pays ; elle renferme toutes les maladies.. !

Je suis resté à Nantivet, désolé…

21 FEVRIER – dimanche –

Je monte à « 204 »[1], puis à Maison forestière, aujourd’hui, J’irai faire dimanche avec les troupiers.

Je vois les nouveaux cimetières que le 4ème Corps vient d’ouvrir, sur la gauche, dans le ravin. Il y a plusieurs corps qui attendent. Un troupier vient me demander, les larmes aux yeux, si je veux dire la prière des morts pour leur camarade. Je dis un De profondis.

Je cherche les dégâts de la veille. Heureusement, l’obus est tombé entre la maison et le puits.

La paroi de bois de la chambre est criblée ; la cervelle entière de l’infirmier a grêlé le plafond…

Dans les tranchées, c’est 30, 40, 50 centimètres d’eau, de boue visqueuse blanchâtre ; c’est inqualifiable… Je repasse par le grand entonnoir ; Je vais au-delà… Je distribue des médailles de la Ste Vierge ; Je cause avec les hommes… ils ne sont pas trop démolis…

Les obus tombent surtout vers la Corne du Bois… mêmes horreurs, cadavres accumulés etc…

Et nos obus passent, rageurs, et les marmites boches éclatent en face, en gerbes énormes.

[1] La cote 204

22 FEVRIER – lundi –

J’apprends aujourd’hui un nouveau et formidable bombardement de Reims. La voûte de la cathédrale est crevée… Mon Dieu, il m’en coûte d’être loin.. !

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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L’abbé Rémi Thinot au front (3) : semaine du 9 au 15 février 1915, secteur de Suippes

9 FEVRIER – mardi

Je rentre de Châlons…

Je vais voir Mgr Tissier[1], très paternel, très bon. Monseigneur est bien d’avis que c’est lamentable la façon dont les officiers se conduisent, s’amusent, dépensent, scandalisent.., Ah ! ce n’est pas un élément de victoire, cela !

J’ai fait la route avec un médecin qui raisonnait de bonne façon. Nous étions d’accord pour dire que si la guerre fait bien des conversions individuelles, le gros demeure dans ses vieux sentiments. Tant et tant qui n’auront pas souffert de la guerre ! Tant qui seront « sur le front », solidement embusqués à l’arrière, bien en sûreté !, qui se gardent pour leurs ambitions, leurs divers égoïsmes !

Ah ! l’humanité n’est pas belle !

Déjà, j’avais causé hier avec le lieutenant Delpret (prêtre) de tous les motifs et mobiles qui sont à la base d’actions pourtant si graves, si solennelles ! Ce colonel Vély, du 59ème [2], qui commande la brigade, qui veut ses deux étoiles et qui ordonne des attaques dans des conditions si lamentables ! Les hommes ne veulent plus marcher. Ils sont las. Ils ne sortent pas des boyaux… ou bien il faut que l’officier les pousse avec son révolver.. !

Mon Dieu, comme c’est grand de confesser quelqu’un qui part à l’attaque ! qui ne sait pas s’il en reviendrai Mon Dieu, élevez mon âme, que je sois moins indigne dans ce ministère très saint, que je sois l’autre Christ qu’il faut auprès de ces âmes.

[1] Joseph-Marie Tissier, évêque de Chalons https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Marie_Tissier
[2] Colonel Vely ou Velly (selon les sources) du 59e RI (68e brigade d’infanterie ; 34e division d’infanterie ; 17e corps d’armée.

11 FEVRIER – jeudi –

Aujourd’hui, je dis ma première messe avec mon calice, ma chapelle de campagne ramenée de Chalons

A ce propos, il est curieux ; que les oraisons de la messe « pro tempore belli », avec elle « pro pace » remontent pour l’ensemble au temps de l’invasion des Vandales. Plus vieux que les Turcs, par conséquent ! Les textes des pièces de chant, des épitres et évangiles, ont été choisis au Moyen-âge, dans l’antiphonaire grégorien, tels qu’ils étaient dans les sacramentaires.

10 heures 1/2 soir ; Grand mouvement cet après-midi ; visiblement, c’est une attaque pour demain… attaque de toute l’armée (IVe) par petits paquets. Les trains marchent ; la troupe arrive ; l’artillerie tient ses positions… A la grâce de Dieu ! [1]

[1] La IVe armée est engagée dans la première bataille de Champagne https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Champagne_(1914-1915)#F%C3%A9vrier_1915

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

15 FEVRIER – samedi –

Sont arrivés aujourd’hui à la formation deux médecins qui avaient été faits prisonniers à Raucourt. Ils nous disent combien innombrables sont encore à Toulouse et ailleurs le nombre des embusqués.

Avec la plus parfaite impudeur, les gros manitous cumulent des traitements mensuels de 500, 800, 1200 francs avec ce qu’ils continuent à gagner dans le civil.

On dira ; « après la guerre, tout cela se paiera… » Moi, je dis ; « Tout cela s’oubliera bien vite ».

De plus, toute cette bande n’aura profité en rien des leçons de la guerre, ne l’ayant point vue… C’est elle qui g… . le plus fort. Ah ! comme tout cela est triste et décevant ! Et comme l’antipatriotisme doit fleurir dans tout ce monde, les pauvres hommes qui, hier encore, là tout près, disaient ;

« Qu’est-ce que nous faisons ici ? nous venons nous faire casser la g… pour défendre ce pays ! Mais, notre Patrie à nous, c’est là où sont notre femme et nos enfants !»

Ces hommes disent sans détour un peu de tout ce que disent les autres dans un langage plus en forme et sophistiqué davantage ! quel honteux fruit de l’abominable travail accompli par l’esprit matérialiste dans notre pauvre pays depuis tant d’années. Plus de ressort ! Plus d’idéal ; tout limité à la vie présente et à la jouissance immédiate. Dieu, la Patrie, la Famille, la Morale ! Hélas ! trois fois hélas.. !

9 heures ; Une canonnade terrible, terrible, terrible, comme jamais on n’en a entendu depuis les débuts de la campagne, déclarent les vieux.

Effectivement, les premiers blessés, que je vois à Maison forestière où je suis monté, déclarent que le terrain était déblayé comme il n’est pas possible de désirer mieux…

Les prisonniers défilent – on en comptera 200 en fin de journée – J’ai des coups d’œil, à Maison forestière, du plus grand intérêt.

L’arrivée des prisonniers par le boyau, 1’em¬pressement autour d’eux, les réflexions des troupiers… depuis celle du loustic qui dit une blague, jusqu’à celle pleine de lâcheté, de découragement, toute baignée au moins de lassitude et d’ennuis ; « Au moins, pour ceux-là, la guerre est finie ».

Il y a aussi les bons cœurs ; « Ce sont des hommes comme nous » On leur donne à manger, à boire. Il y a des blessés. Tableau touchant ; un fantassin français qui porte sur son dos un boche très blessé. Tout d’un coup, les balles sifflent, les marmites tombent ; c’est un sauve-qui-peut général autour de Maison forestière. Rien de grave ; ça passe juste au-dessus.

Si vous voulez  lire l’ensemble du journal de Thinot en version pdf avec notes de Thierry Collet et index : tapuscrit de G. Carré

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L’abbé Rémi Thinot au front (2) : semaine du 1er au 6 février 1915, secteur de Suippes

1er FEVRIER – lundi –

Demain, il paraît qu’il y aura attaque ; J’irai au poste de secours. J’apprends la nomination du P. Bhalluin, chevalier de la Légion d’Honneur. Je lui envoie un mot d’amitié.

3 FEVRIER – mercredi –

Hier, donc, je me suis rendu au poste de secours du 83ème[1] ; vers 2 heures, une gerbe immense de terre jaillit de l’autre côté de la crête, à gauche de Perthes.

Notre artillerie donne ; l’artillerie allemande passe en rafales sur les tranchées pendant l’action. Je me promenais à droit te sur la route, aux alentours, labourés par les marmites, de la chaussée romaine. Des balles perdues sifflaient par intervalles…

Mais voici qu’on amène quelques blessés. L’un, le dos ravagé de la façon la plus horrible, râle et meurt près du poste de secours ; l’autre à la cuisse emportée presque en haut du membre… le reste est demeuré dans la tranchée… c’est épouvantable.

Beaucoup arrivent par leurs propres moyens, blessés, qui, à la tête, qui, au bras, à l’épaule…

On ne sait pas les résultats de l’action.

Le poste de secours est un misérable réduit où le médecin Albouze, une brute, rudoie, insulte ou à peu près les malheureux qui arrivent… On prend le nom des blessés ; on les embarque, et puis c’est tout. Pas un cordial, rien ! Il faut être solide pour y résister. Le refuge est à Maison forestière.

[1] 83e RI appartient à la 34e DI

6 FEVRIER – samedi –

Je monte aux cantonnements derrière les tranchées. Le colonel de Riancourt, du 14ème[1], me retient à déjeuner… De là, je continue mon pèlerinage par monts et par vaux, dans une boue incroyable. Le capitaine Thiébaut, du 57ème d’artillerie, m’arrête comme espion… s’excuse. Je suis vexé, il aurait pu y mettre des formes.

Un autre capitaine me donne un maréchal des logis pour m’accompagner là où je voulais aller – un très brave garçon avec qui je remonte vers la route de Souain à Perthes, parmi les fils de fer, les obus non éclatés – puis nous redescendons vers cabane forestière, sous les obus, les balles… Je prends contact avec les brancardiers régimentaires à Maison forestière, un contact qui m’édifie sur leur compte.

Ces hommes ne voient jamais l’aumônier dans leurs bivouacs.

Ils regardent passer la soutane comme on regarde passer un phénomène. Si on entre en relations avec eux, ils sont gentils Pourtant, il s’en rencontre qui restent méfiants, le regard fermé… C’est bien pénible ; on repère de l’hostilité mal contenue… qui s’irrite encore rien que du fait de la proximité du danger, lequel danger sert « les affaires du curé », prépare le terrain à son influence ; ils le savent.

A Maison forestière, les brancardiers régimentaires ont eu cette attitude en grande partie. J’ai été gêné. Les soldats, d’ailleurs, les trouvent de bien pauvres gens, qu’il faut tarabuster pour obtenir qu’ils aillent chercher un blessé… Ah ! l’humanité !

Et comme l’œuvre néfaste est vraiment accomplie dans tout ce monde attaché à la vie matérielle, parce qu’on ne croit plus qu’à celle-là ; anéantissement de tout idéal, ce qui est la nécessaire contrepartie…

D’ailleurs, il se produit beaucoup d’actes d’indiscipline dont on ne parle pas, refus des hommes de sortir des tranchées etc.

Et la course à la décoration et au galon parmi tout ce monde ! A côté de beaucoup d’héroïsme merveilleux, vaillants, ceux qui feraient tuer deux compagnies pour se pousser un peu, si çà réussit… Ils ne s’exposent pas d’ailleurs !

Enfin, c’est l’ordre ici-bas.

Et les Allemands continuent à être très forts… Que Dieu aide la France ; la fin ne sera pas brillante.

[1] 14e RI appartient à la 34e DI le lieutenant-colonel de RIENCOURT a pris le commandement le 15 novembre 1914 https://www.horizon14-18.eu/wa_files/14e_20RI.pdf
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Les dernières semaines de la vie de l’abbé Remi Thinot mort au front en mars 1915 près de Suippes (51)

R. Thinot, né à Gueux en 1874, ordonné prêtre en 1899, devenu professeur de chant et « maitre de chapelle » de la cathédrale, a rédigé un journal du 2 septembre 1914 au 14 mars 1915. Il a vécu très activement les débuts de la guerre à Reims, en particulier le bombardement et l’incendie de la cathédrale des 19-20 septembre, en compagnie de son ami Marius Poirier qui était le chef de cave de la maison Pommery et Greno.

En 2017, Gilles Carré, petit-fils d’un autre dirigeant de Pommery, Robert Carré, a confié à l’association ReimsAvant un tapuscrit « Extraits des notes de guerre de l’abbé Remi Thinot », dactylographié vraisemblablement en trois exemplaires chez Pommery après sa mort  ; au vu de son exceptionnelle qualité, le tapuscrit, en l’absence de manuscrit retrouvé, a été alors numérisé par la Bibliothèque Carnegie et converti en Word, avec un index de travail et des renseignements supplémentaires, par Véronique Valette et Thierry Collet.

Voici à lire ci-dessous, chaque semaine jusqu’au 14 mars, la fin du journal d’un prêtre très impliqué dans la paroisse Notre-Dame, dans l’enseignement de la musique (Schola Cantorum) et dans la vie rémoise, qui a choisi, en décembre 14, après trois mois à Reims de dévouement dans le désastre, d’être brancardier volontaire et aumônier au front où il est tué le 16 mars 1915 à 40 ans.
Thinot et Poirier étaient des photographes passionnés. Des prises de vues sont mentionnées dans le journal de Thinot. En 2018, la famille Poirier a fait don à la BM Reims des appareils de Marius Poirier et de ses nombreuses plaques photographiques dont certaines de Thinot. Ce nouveau fonds Poirier est conservé et valorisé à la Bibliothèque Carnegie ; voir en ligne : https://www.bm-reims.fr/patrimoine/acquisitions-precieuses.aspx?_lg=fr-FR et l’album de photos. Une étude de ce tapuscrit de Remi Thinot, très riche en informations de toutes sortes, est en préparation ; il est à relier aux autres sources connues et aux nouvelles approches depuis les années 1980 sur les débuts de la guerre à Reims.

DÉCEMBRE 14 – JANVIER 15 : R. Thinot a déjà pris, début décembre, la décision de devenir aumônier au front ; le 10, il a rencontré à Paris Léon Bourgeois, Président de la Chambre des députés, qui l’aide à obtenir une affectation ; le 13, il rentre à Reims par Dormans et Bouleuse, il décide de garder la barbe « pour faire comme les autres ». Le 29, il reçoit sa nomination et part  » revoir Maman en ma Savoie » à Abondance. De retour, le 15 janvier 1915 il déjeune « avec M. Hubert, qui doit m’emmener, M. le Curé [Maurice Landrieux] et Poirier » ; le soir-même il est à Somme-Suippe…

18 JANVIER – lundi –

Je fais un tour dans les ambulances. Pauvres martyrs ! Que d’horribles plaies !

A l’heure où j’écris, la fusillade est vive ; combien de victimes encore ! C’est horrible, la guerre.. !

Je découvre – il vient vers moi dans la rue – un brave soldat qui veut mettre en ordre sa conscience, reconnaître son enfant, afin d’être prêt à mourir.

Il n’a pas fait encore sa première communion. Je vais le préparer. Brave garçon ! Premiers prémices de mon ministère. D’autres m’arrêtent pour les confesser. Oh ! adorable mission du prêtre !

Les médecins deviennent aimables, très ; je crois que les sympathies s’éveillent…

19 JANVIER -mardi –

Je vois ce matin M. Martin, le médecin principal, homme très bon, très distingué… qui m’expose la difficulté qu’il y a à me laisser suivre mon désir d’aller aux tranchées. A cause des dangers, de l’incommodité… dans les toutes premières, on piétine dans la boue, le sang, les cadavres rejetés sur le parapet lors de l’occupation ou jetés au fond de la tranchée… Pas moyen de dépasser le doigt sans attirer les balles. Les ennemis sont à 25 mètres ; on observe au périscope… J’irai en tous cas jusqu’aux cantonnements, puis au poste de secours.

23 JANVIER – samedi –

Déménagement de toute la formation ; nous allons à Nantivet, le château près de Suippes. Alors, c’est un branle-bas général.

Razzia par tous les soldats de tout ce qu’ils ont pu réunir pour leur installation ; en gens pratiques ils se demandent s’ils retrouveront l’équivalent ailleurs ; alors, autant emporter… 0n n’a rien pillé ! rien démoli, rien volé ! on a … réquisitionné. C’est le mot ; on en use et abuse au-delà de l’expression.

Les aumôniers vont loger à Suippes.

Le sang gêne des officiers est colossal. C’est triste à souligner, mais combien de gens qui auront souffert davantage, bien davantage des Français que des Allemands… ! quand on voit que nos soldats démolissent les toitures, les cloisons, sciant tout ce qui est bois après les instruments agricoles pour faire du feu. Que d’exactions, que d’abus de pouvoir. C’est partout une désolation indescriptible.

24 JANVIER – dimanche –

J’ai fait hier la connaissance de M. Couennon, de Rennes, aumônier du 10ème Corps ; il en veut à mort au 17ème Corps qui, en Septembre, à Suippes, a arraché les croix du cimetière, y compris celles des soldats morts, pour faire du feu…

25 JANVIER – mardi –

De 9 heures du soir, jusque 11 heures, une attaque furieuse. La fureur sauvage des mitrailleuses m’impressionnait profondément. Les canons allemands tonnaient éperdument…

Comme j’ai hâte d’aller aux tranchées ! Eux ne comprennent pas bien, mais moi, je suis sûr que les hommes verront une soutane avec quelque édification.

31 JANVIER – dimanche –

Je prêche messe et vêpres… profonde impression produite sur cet auditoire d’hommes debout, pressés ? attentifs. Oh les âmes sont ouvertes ; il faut faire tomber la grâce à flots ; à nous, jardiniers de ne pas chômer…

En quittant des vêpres, Je croise le convoi d’un caporal ; la brouette est recouverte du drapeau tricolore ; en avant, la croix qui sera plantée sur la tombe, de chaque côté un peloton fusils couchés… L’aumônier annonce « Un tel… mort au Champ d’Honneur » et fait prier… Il neige.

Lire la suite : du 1er au 6 février 1915.

Pour voir une page du tapuscrit original cliquer sur l’image :

Lire l’ensemble du journal de Thinot : version pdf avec notes et index d’après le tapuscrit de Gilles Carré

Si vous voulez, au jour le jour, découvrir sur ce site Reims 14-18, les écrits en parallèle du Cardinal Luçon, de Paul Hess, de Louis Guédet, de Remi Thinot et quelques autres, vous pouvez commencer par cette page. Ensuite passez d’une journée à l’autre en bas de chaque page.

Si vous avez des renseignements complémentaires, des questions ou des suggestions au sujet de ce tapuscrit et de la vie de l’abbé Remi Thinot dans tout son contexte, n’hésitez pas à nous contacter sur ce site (page contact).
JJValette, (31/1/2019)

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Le général Patton par lui-même :

ob_b0939f_pattonDe Saint-Mihiel en 1918 au 8 mai 45 en Autriche en passant par la Libération de Reims en août 44.

(JJ Valette – Rha)

À lire : les Carnets secrets du général Patton, édition présentée et annotée par Boris Laurent, 2015, aux Éditions Nouveau Monde, en format de poche (première édition en 2011)(voir la couverture du poche avec un portrait en fin de l’article).

Pour le plaisir et pour l’intérêt de lire des sources directes de l’Histoire contemporaine, un peu éloignées des fêtes de Mémoire à Reims ou ailleurs.

  1. A la fin de la guerre de 1914-1918, le jeune lieutenant-colonel George Patton commandait déjà des chars américains en septembre 1918, pour réduire le « saillant de Saint-Mihiel » en Lorraine. Lire non pas encore ses mémoires mais un récit détaillé de ces opérations sous le commandement de Pershing, voir p. 29 à 41, jusqu’à l’offensive décisive des alliés « Meuse –Argonne » où Patton est blessé.
  2. Début mai 1945, au moment de la reddition de l’Allemagne à Reims, Patton est en Autriche, il aimerait faire une guerre-éclair contre Staline jusqu’à Moscou… ou partir commander en Chine… Ses lettres, en particulier à sa femme et son journal personnel sont remarquables de concision, de sincérité mais aussi de précision et d’esprit critique : voir p. 411 à 418.
  3. Pour le contexte de la Libération de Reims le 30 août 1944 et l’avancée rapide de la 3ème Armée américaine par le sud de Paris, lire p. 308-313.
    Patton se bat plus pour obtenir l’essence indispensable pour faire progresser ses chars jusqu’à la Meuse et pourquoi pas jusqu’au Rhin… que contre les troupes allemandes en repli autour de Metz. Il en veut à Eisenhower qui donne la priorité à Montgomery dont les Anglais n’avancent que bien trop lentement à son goût et selon sa propre conception d’une guerre rapide et sans pause, déstabilisant l’ennemi en retraite et finalement économisant des moyens et des hommes.

Une belle phrase de Patton sur la cathédrale de Reims : « …28 août : nous [ses troupes avancées] seront à la nuit à la ville où se trouve la grande cathédrale ». Au sujet de l’essence, il fait une allusion à sa guerre de 1918 « Dans la dernière guerre, j’ai siphonné les trois quarts de mes chars pour faire marcher le dernier quart, Eddy n’a qu’à faire de même » [!]

Voir, ci-dessous, la copie de ces pages 310-311, bon exemple de ses lettres et de son journal.

Merci aux éditions Nouveau Monde pour nous autoriser à les mettre en ligne.

Lire les mémoires de Patton (1885-1945), c’est entrer dans des sources écrites concrètes et d’un abord facile, c’est rencontrer un « maitre de guerre » comme le dénomme B. Laurent [expression d’origine latine « magister armorum » et qui a désigné le général Jovin, célèbre à Reims en 360-380…] c’est côtoyer un mythe militaire plus complexe que sa réputation, avec ses qualités, sa culture, son humour, son égo, ses préjugés…

Voir aussi un long article sur wikipedia dont la photo de titre est tirée. Ci-dessous, après le texte vous trouverez deux autres photographies de Patton qui sont exposées au Musée de la Reddition de Reims, Lycée Roosevelt.

Cliquer sur l’image du texte pour l’agrandir :

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Portrait avec autographe mais sans date ni lieu

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« 24 mai 1945, les généraux Bradley et Patton en visite à Reims au QG d’Eisenhower »

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Voir un montage : La LIbération sur ReimsAvant

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Pierre Loti et Reims – 3 – avril et mai 1918

Son article dans L’Illustration du samedi 4 mai 1918 :
« Ça, c’est Reims qui brûle ! »

Loti s’est installé à Avize auprès du quartier général de Franchet d’Esperey (GAN : Groupe d’Armées du Nord) d’où il voit les fumées de la ville de Reims bombardée (grande offensive de la dernière chance allemande depuis mars 18, avant celle du Freidensturm de juillet et la 2e bataille de la Marne…) voir, entre autres, le site Batmarn 2

D’Avize il va, le 25 avril en auto, « interviewer l’archevêque de Reims ». On sait, par le journal du cardinal Luçon, que c’est à Hautvillers ; Loti a rédigé ses notes d’audience dans son propre journal, pp. 325-330 de la nouvelle édition de poche de « La Table Ronde » cf. nos articles précédents du 15 janvier 2014 (octobre 1914) et aussi du 1 février 2014 (août 1915)

1 – Loti à Avize en 1918 mais aussi en 1915-16

Il y arrive le dimanche 14 avril 1918, via la gare d’Épernay et Paris ; il vient de chez lui à Rochefort où il a passé Pâques (jeudi 11). Loti ne va pas bien. Grâce à Louis Barthou, à Clemenceau, etc.!… il a réussi à revenir aux Armées et au GAN, grâce à Franchet, cf. pp. 322-3. Il s’inquiète pour son fils Samuel et pour la « grande bataille de France ». Mauvaise santé, angoisses et souvenirs : « l’affreux petit Avize par temps d’hiver », qui n’est ni Rochefort ni la côte basque. Mais il retrouve sa logeuse, son officier d’ordonnance, que son grade de colonel de la Marine lui autorise, et ses habitudes. Il connait bien Avize où il a séjourné longtemps en 1915-16, auprès du général de Castelnau, à partir du 21 octobre, dans « cette maison précédée d’un jardinet » cf. p.120 ; où il avait passé la fête de la Toussaint et des morts avant de chercher Samuel sur le front de Champagne, pp. 126-7 et notes 75 et 76 ; où en février 1916, le village subit une attaque d’un zeppelin « admirablement renseigné » qui démolit, entre autres, la « maison du général »… réalité de l’espionnage et/ou hantise d’Allemands cachés en pays du Champagne… Avec le « soleil de mars » 1916, Loti s’était habitué à Avize. Après son départ du Q.G., il y repasse même de retour de Rochefort, en mai, pour voir Madame Rollain et « mon cher petit chat ». Il était en route vers son nouveau Q.G. à Bar-le-Duc où l’attend Pétain, qui n’a pas besoin de marins pour défendre Verdun et ça se passe mal entre eux. pp. 160-161 et note 88…

En 1918, il retrouve aussi ses promenades d' »autrefois sur la montagne » vers le plateau de la propriété Vix-Bara.

Pour Loti, Avize, c'est un paysage du nord et du froid. Les mélèzes qu'il y a bien vus en 1915-16 et en 1918 sont toujours là, 100 ans après ! sur le plateau, au bord de la route d'Avize à Gionges et, juste en dessous, dans le parc de la famille Vix-Bara, récemment réaménagé par la commune et l'ONF. Les deux mélèzes du parc, et par extension ceux de la route du plateau, sont datés par l'ONF en dendrochronologie (nombre de cercles de croissance annuelle) des années 1870. Une hypothèse serait que Henri Vix (1832-1897), venu d'Alsace à Châlons-sur-Marne pour devenir négociant en champagne puis installé en 1863 après son mariage avec Pauline Bara à Avize, ait fait réaliser un grand chalet, au milieu d'un parc avec une belle vue sur le village et la plaine comme dans les Vosges, et peut-être embellir la R.D. 19 construite dans les années 1850-60...
Avize en 1887 (planches 6-7 des Vues Panoramiques des vignobles du Champagne - 2 : Montagne d'Avize ; édition originale par Bonnedame à Épernay ; album de Ch. Sarrazin, à la BMReims, cote RM 295-2). On devine le chalet Vix au dessus du village. Sur la photo (JJV, mai 2014) : la route oblique, D. 19, monte au-dessus des vignes et du cimetière en longeant le parc, c'est la "Rue de la Montagne" qui sort d'Avize ; dans l'épingle à cheveux avant d'arriver au plateau, se trouve le point de vue vers la plaine et l'entrée du parc Vix rénové.
la R.D. 19 sur le plateau, coté Avize et coté Grauves : l'allée des mélèzes très hauts mais de faible diamètre et croissance ; détail du panneau d'Avize et de l'ONF sur le parking. Trois vues du village depuis le nouveau parc Vix. Sur la photo de droite en bordure sud des vignes : un des deux mélèzes qui a été daté de 1873. Merci à l'ONF Marne pour ces précisions. Le point de vue depuis le parking supérieur du parc dans l'épingle : à gauche, la butte de Saran ; au centre en bas, la route de Cramant et Épernay, et derrière, la zone industrielle et les tours de la verrerie et des silos de Oiry, avant la vallée de la Marne peu visible (mais falaise crayeuse de Bisseuil) ; à l'horizon la Montagne de Reims jusqu'au rebord Est à droite, vers Trépail.

Deux cartes postales anciennes d’Avize : Le chalet Vix dont Loti ne dit rien et la « Grande Rue » avec à gauche derrière les arbres, la maison où Pierre Loti passa 8 mois en 1914-15 et en 1918 chez madame Rollain. Au centre, cette maison aujourd’hui, à l’angle de la rue Gambetta à gauche et de la Grande Rue devenue Pasteur. Merci à la Mairie d’Avize et aux passants rencontrés début mai 2014.

En avril 1918, dans la page de son journal ci-dessus, Loti ne note pas avoir vu Reims brûler quand il va « errer comme autrefois sur la montagne » ; ce qui est sûr, c’est que, de la R.D. 19 montant au Parc Vix, la direction de Reims est bien dans l’axe de la butte de Saran (petits nuages sombres sur la photo, JJV. début mai 2014). Dans son journal, le 1er décembre 1915 (p. 137) Loti notait : « Tous les soirs… même promenade… nos peaux de bêtes sur le dos, toujours sur cette même route de Reims [par Cramant] où le canon n’a pas de cesse, et où la bataille met l’horizon en feu et tout va plus mal pour la France !… »

2 – L’article dans L’Illustration du 4 mai comparé aux notes dans le journal de Loti du 25 avril

Parmi les similitudes et différences à découvrir en lisant les deux textes : – Dans le journal de 1918, pas horizon en feu mais une courte et bien venue description du passage par Épernay, avant les détails de l’arrivée à Hautvillers « …un petit coin du passé… » mais en guerre. Par contre, l’introduction de l’article (sur fond rouge ci-dessous) est soigneusement recomposée : gravir un colline survolée d’avions [français] bourdonnant (on est en 18… l’aviation est « l’armée d’en haut »), horizon du nord enténébré, bûcheron aux branches de mélèze… et Reims au « nom… évocateur » d’un merveilleux passé anéanti, à cause de Guillaume II, devenu la cible de la propagande, « vieux démoniaque… en rage sénile…« . La conclusion de l’article de Loti après sa visite à l’archevêque sera : « misérable Kaiser« , objet de « l’anathème de tous les chrétiens« .

Le reste de l’article est assez conforme aux notes du journal (et d’abord la description d’Hautvillers, sur la route de Reims… voir les passages soulignés en bleu). Loti commence, procédé littéraire évoquant ses anciens articles sur Reims, par rappeler sa visite de la cathédrale en novembre 1914 grâce à un vieux serviteur de l’archevêque. Voir article : Loti, première visite à Reims, sur ce blog. Ensuite domine, dans les notes comme dans l’article, la figure du Cardinal Luçon : « …le blanc et le rouge… d’un saint de vitrail…« , sa cathédrale, la statue de Jeanne d’Arc…

Une différence à noter, ci-dessous : dans le journal, rien sur l’éventuelle candidature symbolique de Luçon à l’Académie Française mais Loti note sa discussion postérieure avec le général Gouraud, partisan d’une candidature de Luçon, puis l’élection de son ami et candidat Louis Barthou à Paris (27 avril – 2 mai). Ensuite Loti revient à Avize chez  » La bonne vielle madame Rollain », voir pages 330-331 et note 179. Pour L’Illustration, Loti donne une version exemplaire (voir sur fond rouge) de ces tractations car Luçon, qui ne veut pas candidater, insiste sur le rôle diplomatique de l’Église contre l’Allemagne et les mérites d’un collègue, monseigneur Baudrillart. Le cardinal Luçon, dans son propre Journal de la guerre (Travaux de l’Académie de Reims vol. 173, 1998, p. 190, éd. Jean Goy), note seulement, parmi ses nombreux rendez-vous et réceptions : « visite de M. Pierre Loti » au 25 avril… mais, pour les jours précédents, il fait de nombreuses allusions aux personnalité qui souhaitent son entrée à l’Académie, dont Gouraud…

Au sujet de la cathédrale que Loti voyait, en 1914 et 15, s’écrouler bientôt dans sa logique romantique des ruines et son souci de propagande anti-allemande, il note encore dans son journal qu’elle va peut-être « crouler ce printemps » (voir sur fond rouge) mais pour le cardinal Luçon, c’est une dentelle très solide et Loti le transcrit et dans le journal et dans l’article. Elle devient un symbole de la résistance à la barbarie et Loti détaille bien l’effort patrimonial « la pieuse sollicitude » pour protéger les vitraux, leurs plombs : on dirait parfois des « buisson d’épine« … Au sujet de la statue de Jeanne d’Arc, qui n’est pas évoquée au même moment de l’interview dans les notes et dans l’article, c’est un miracle qu’elle soit toujours intacte… mais jusqu’à quand ? car Loti et le cardinal savent bien qu’ils sont en pleine offensive allemande : »et Reims brûle toujours » (voir la fin de l’article avant l’anathème final contre Guillaume II) et ne savent pas si « la ruée des barbares » va être endiguée. Le titre de l’article et l’introduction mettant en scène son séjour à Avize viennent vraisemblablement de ce « Reims brûle toujours » que Loti fait dire à l’archevêque.

Cet article de Loti est suivi d'un autre article : "Par en haut" d'un journaliste régulier de L'Illustration, Henri Lavedan (cliquer sur la vignette) qui explique bien le rôle déterminant que joue maintenant l'aviation en 1918 et prédit des bombardements massifs sur l'Allemagne (pas ceux de la deuxième guerre mondiale). On sait que Loti s'intéressait à l'aviation et qu'il a volé pendant la guerre ; il a été aussi chargé, en tant qu'ancien officier de marine, de s'intéresser à la Défense Contre Avion naissante. Mais le rôle de Pierre Loti, cet épisode et ces écrits d'avril-mai 1918 le montrent bien, était d'être, à des fins patriotiques, un remarquable promeneur et cueilleur d'images, qu'il sait composer et transmettre. C'est ce que confiait le général de Castelnau à Poincaré qui le note dans ses Mémoires, le 7/11/1915, quand Loti logeait à Avize (voir p. 362, note 76 de la nouvelle édition du Journal).

Pour cette 3ème présentation au sujet de Loti et de Reims et en particulier pour ses séjours à Avize d’où il voit Reims qui brûle, voir la documentation suivante :

  • Le livre « Avize dans la tourmente de la Grande Guerre » par D. Hannequin, H. Jacq et un collectif associatif, en 2003, chez Guéniot, avec des annexes de Georges Devouge, adjoint de Jules Lucotte en 1912-19 puis maire d’Avize jusqu’en 1925. Ce livre ne cite pas beaucoup le journal de Loti mais est un tableau prenant de la vie du village (voir aussi un étrange plan en relief du front, p. 48).
  • Dans le catalogue en ligne de la BMReims l’interrogation floue « chercher partout : Avize » permet d’identifier une soixantaine d’ouvrages et documents. Les collections de L’Illustration sont consultables à la BMReims Carnegie. L’image de nombreuses cartes postales anciennes d’Avize est accessible en ligne, en particulier sur le site : Delcampe.net.. Voir aussi, bien sûr, le Géoportail de l’IGN pour la localisation et la topographie. Merci encore à l’Office National des Forêts – Marne et à la Mairie d’Avize. Merci aussi aux Éditions La Table Ronde.

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Pierre Loti à Reims – 2 – 25 et 26 août 1915

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Un bombardement à Reims dans son Journal
et dans son ar
ticle de L’Illustration du 18 septembre.
En 1915, Loti participe beaucoup à la vie politique et diplomatique : débats contre l’expédition britannico-française dans les Dardanelles, mission auprès du roi et de la reine de Belgique, contacts secrets avec la Turquie qu’il soutient, « tournée en vitesse folle » avec le président Poincaré, son collègue à l’Académie Française, dans les Vosges et « villages d’Alsace reconquise » et « aux avant-postes » d’où il aperçoit les glaciers des Alpes…

Son activité d’écrivain célèbre redevenu militaire-journaliste-propagandiste est aussi très importante en 1915 : voir la liste de ses nombreux écrits dans le chapitre « Les écrits de guerre de Pierre Loti », pp. 410 – 416, de la réédition de son Journal intime. Cette réédition en format de poche, collection la petite vermillon, vient de sortir en librairie (10,20 €, nouvelle édition revue et corrigée : agrandir la couverture à gauche). Merci encore aux Éditions de la Table Ronde pour leur autorisation de mettre en ligne les extraits de ce journal pour Reims 14-18.

Dans son journal : Verzy, Suippes où il retrouve son fils, Reims…

On lit comment Loti arrive à mêler sa préoccupation de chercher son fils Samuel vers Suippes, son rôle de propagandiste en passant par Reims pour revoir la cathédrale, préparer un article et dormir, non pas à l’Hôtel du Lion d’Or mais à l’Hôtel du Nord… aller enfin au quartier général de Jonchery pour sa mission de liaison.

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ob_74cab9_p1160848Son fils légitime Samuel est depuis le 28 juillet sur la ligne de feu entre Suippes et Perthes. Ils s’étaient faits photographier tous les deux le 25 octobre 1914, d’après le journal de Loti, et cette photo était parue dans L’Illustration du 28-11-14, n° 3743. Osman Daney est le domestique familial de Loti depuis longtemps et il est devenu son ordonnance ; c’est lui qui retrouve Samuel avec des Saintongeais dans une cabane baptisée « la cagouille », l’escargot en charentais. Plusieurs mois après sa première visite de la cathédrale et son premier article La basilique fantôme du 21 novembre 14 dans L’Illustration, sa description de la cathédrale en ruine est plutôt sobre dans son journal, ce sont les étapes du déclenchement d’un bombardement en ville qu’il note alors en détail. Comme L’Hôtel du Lion d’Or, face à la cathédrale, est détruit  il va dormir à l’Hôtel du Nord, place d’Erlon où le bombardement allemand l’a rattrapé… Il existe très peu de cartes postales anciennes de cet Hôtel du Nord toujours existant entourant l’angle de la place et de la rue de Châtivesle. Configuration parcellaire déjà visible sur le cadastre napoléonien des années 1820 ! En 1914, dans l’annuaire Matot-Braine, le garage de l’hôtel est indiqué rue de Châtivesle où une enseigne est toujours visible. Merci à Michel Thibault d’Amicarte 51 pour ces deux cartes postales avant 14 et après la reconstruction de 1922

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L’article de Loti paru dans L’Illustration du 18 septembre 1915 n° 3785

Loti ne relate pas ici l’épisode de Suippes à la recherche de Samuel mais il développe une description patriotique mais réaliste des nombreux cimetières provisoires qu’il a croisés sur sa route, en particulier un cimetière musulman. Au sujet de la cathédrale, il continue dans le style de son article de novembre 14 : « par quel miracle tient-elle encore ? »… « Ah ! les sauvages ! … …capables de lui donner, d’une heure à l’autre, le coup de grâce »… mais un bombardement commence que Loti va subir et rapporter aux lecteurs de L’Illustration

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Suite : 3 – Pierre Loti à Reims en 1918

Revoir le premier article sur Loti à Reims en janvier 1914

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Pierre Loti à Reims pendant la Grande Guerre en 1914 – 1915 – 1918

Pierre Loti (1850 – 1923) est venu à Reims quatre fois pendant la guerre, en mission et pour retrouver son fils Samuel mobilisé sur le front près de Suippes. On le sait par ses articles dans L’Illustration mais surtout par un journal de guerre publié en 1998 à La Table Ronde : Pierre Loti, Soldats bleus, journal intime (1914-1919), édition établie, présentée et annoté par Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier.

ob_7a8d50_soldat-bleuCet ouvrage a été publié avec le concours de l’Historial de la Grande Guerre à Peronne. Le titre Soldats bleus, a été choisi par les éditeurs voir, parce que Loti mentionne souvent la couleur bleu horizon du nouvel uniforme de 1915, dont cette mention minimaliste, le 9 mai 1917, arrivant à Vic-sur-Aisne où il résidera : « le village, déserté et saccagé, n’est plus habité que par nos soldats bleus« . Pour l’adaptation de l’uniforme aux impératifs du camouflage en supprimant le rouge garance, dès fin 14 : voir des croquis de cette évolution sur le site « Les Français à Verdun« . Voir aussi la couleur du célèbre autochrome du soldat assis place Royale à Reims (par Castelnau, le 1/4/1917) article de B. Keller ; et la conférence de François Cochet le 6/12/2013 : L’état-major et la guerre : pour en finir avec le mythe du pantalon rouge.
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En janvier de cette année 2014, le 23, les éditions de La Table Ronde rééditent ce journal de guerre de Loti en édition de poche, collection La petite vermillon. Merci à La Table Ronde pour l’autorisation de mettre en ligne les extraits de cette édition concernant Reims. Sur la nouvelle couverture, on voit le portrait de Loti en uniforme d’officier de l’armée de terre avec un manteau de fourrure d’aviateur… Pour la chronologie des carrières navale et littéraire de Julien Viaud (Pierre Loti à partir de 1881), pour celle de ses voyages et de sa vie familiale, voir l’article de Wikipédia et la très complète préface de l’édition de son Journal de guerre : de 1867-1871 (reçu à l’École Navale, aspirant pendant la guerre contre la Prusse) à 1910 (mis définitivement à la retraite après 42 ans de service dont 12 en mer), en passant par 1891, nommé commandant de vaisseau et élu à l’Académie Française…
A partir du 25 septembre 14, Loti a réussi à se faire admettre dans l’Armée de Terre, comme officier de liaison sans solde et rattaché à l’État-major du général Gallieni. Il va participer à l’effort de guerre culturel et au bourrage de crâne mais avec une réelle expérience du métier de militaire ; situation exceptionnelle, à la fois à l’arrière et sur le front ; voir l’analyse, nuançable, du CRID 14-18, dans son dictionnaire biographique.

1 – Pierre Loti à Reims le 18 octobre 1914 : premier extrait de son journal et son article dans L’Illustration

Ce premier passage à Reims est un bon exemple des innombrables voyages automobiles de Loti qui mériteraient d’être cartographiés en détail ; Romigny est le village près de Ville-en-Tardenois mais « la Ferté-Hurder » reste un lieu non localisable en l’état [Perthes et Hurlus, villages du front au-delà de Suippes…?] La cathédrale et le Palais du Tau ont été incendiés depuis un mois quand Loti y vient…

copyright Éditions de La Table Ronde, 2014

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Article dans L’Illustration du samedi 21 novembre 14, n° 3742

(BMReims-Carnegie cote : PER X G 27)

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Pour l’état de solidité de la cathédrale « …lui dire adieu avant sa chute… » « …qui tient encore sa place comme par miracle…« , pour le démenti de Joffre au sujet des explications allemandes du bombardement de la cathédrale « …prétextes niaisement absurdes… », pour le début de l’organisation de la vie quotidienne sous les bombes : voir le journal de Paul Hess du 13 octobre (p. 175) au 21 octobre (p. 186). Le dimanche 18 octobre, Paul Hess détaille le prix des viandes dans un arrêté du maire J-B Langlet. « Le prêtre » qui reçoit Loti à l’archevêché pourrait être le curé L. Camus ou l’archiprêtre d’alors M. Landrieux ; prêtre qui aurait rapporté une rumeur, que Loti cite, d’un sacrilège « …préparé de longue main… », de toits arrosés d’avance d’une « …substance diabolique… » ! Loti semble bien avoir, ensuite, briévement rencontré le cardinal Luçon qui lui donne un guide pour aller à l’intérieur de la cathédrale. Il n’y a rien à cette date dans le journal du cardinal (publié dans Travaux de l’Académie de Reims TAR 1998, 173e volume, en accès libre dans la salle de lecture de Carnegie cote : PER CH IV 4) si ce n’est le quotidien des bombardements. Ce premier article de Pierre Loti publié le 21 novembre serait connu de Viviani et Léon Bourgeois en visite à la cathédrale le 8 novembre 1914… (cf. Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale dans Reims 14-18, pp.79-81). En réalité, le premier article dans L’Illustration sur l’incendie de la cathédrale est d’un journaliste anglais alors présent à Reims, il est publié le 26 septembre, n° 3734 avec des photos. Suivent dans le n° 3735 un postscriptum d’Henri Lavedan et dans le n° 3736 un courrier du lecteur illustré de l’abbé Thinot, témoin direct de l’incendie.

Officier de Marine, Pierre Loti est sensible à l’équipement des Allemands en jumelles et il le mentionne souvent, d’une façon détournée, dans cet article : « … sous les jumelles féroces… des sauvages embusqués… » « … au bout de leurs lorgnettes, c’est la cathédrale, toujours la cathédrale… ». Le 23 octobre 1914, Pierre Loti note qu’il s’achète à Paris « …un de ces uniformes gris-bleu qui se voit de moins loin dans les jumelles allemandes… »

Voir l’article n° 2 sur Loti à Reims les 25 et 26 août 1915

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Plans de Reims bombardé de 1914 à 1918

Suite des plans déjà publiés sur ce site : après le Plan de la ville de Reims 1917 issu vraisemblablement des services municipaux de l’époque et conservé dans la collection du Reims Histoire Archéologie, après le « Plan jaune » détaillant l’état du centre ville après octobre 1918 et qui a été réalisé par Max Sainsaulieu dont il faudrait retrouver les dessins originaux, peut-être dans ses archives à la BM Carnegie ; après, toujours par Max Sainsaulieu, les deux versions du Graphique… des obus allemands… tombés sur la Cathédrale de Reims jusqu’en mars 1918.

Voici les plans de Reims bombardé, réalisés par François Cochet entre 1982 et 1986 à partir du journal de Paul Hess ; cf. maintenant l’édition : Paul Hess, La vie à Reims pendant la Grande guerre, notes et impressions d’un bombardé, édité par Remi Hess, éditions Anthropos, 1998 ; il n’y a pas de plan de Reims bombardé dans l’édition mais une très complète table alphabétique…

1 – en 1983 dans Rémois en guerre 1914-1918 paroles de témoins. Cinq plans de Reims, un par années : 1914, 1915, 1916, 1917, 1918, pour une « géographie du bombardement » (p. 206-215 de sa thèse de doctorat 3e cycle Paris VII s. d. Michelle Perrot, 440 pages, voir catalogue en ligne et empruntable à la BU R. de Sorbon)…

Voir ci-dessous deux des 5 cartes : 1915 et 1916 avec les lieux bombardées colorisés :

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Document 11 les lieux bombardés en 1915 et document 12 les lieux bombardés en 1916 (selon Hess)

2 – Les plans réalisés pour deux dossiers du CRDP de Reims :
La guerre de 1914-18 dans la vill
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  • Reims ville-martyre : vie et mort d’un mythe républicain ? (1985)
  • Reims ville-martyre : recueil de 12 diapositives commentées (1986)

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Bombardements de l’année 1917, impacts approximatifs d’après le manuscrit Hess. Fond de l’Annuaire rémois, éditions Marguin, vers 1900

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Deux diapositives commentées pour l’année 1914 et l’année 1917 :

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Pour l’évaluation actualisée des destructions des habitations dans Reims voir :
le livre de François Cochet, 1914-1918 – Rémois en Guerre, L’héroïsation au quotidien, Presses universitaires de Nancy, 1993, pp. 160-161, [empruntable à la BM Reims Carnegie] et un extrait à la fin de l’article sur le « plan jaune »

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La cathédrale de Reims et ses abords : bombardements de 1914 à 1918

« Graphique » de Max Sainsaulieu d’après Monseigneur M. Landrieux paru dans L’ILLUSTRATION du 22 mars 1919

Yann HARLAUT a mis sur ce site : le détail jour par jour du nombre d’impacts

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Document noir/blanc paru dans L’Illustration mars 1919, Collection Eric Brunessaux.

Le document original en couleurs se trouve dans LANDRIEUX (Maurice), La cathédrale de Reims ; un crime allemand, Paris, Librairie Renouard, 1919, 236 p. et 96 planches d’illustrations, plus ce plan hors texte + l’annexe C détaillant chaque jour de bombardement.

Photo JJV prise dans l’exemplaire du Musée Historique Saint-Remi qui conserve aussi une version de cet ouvrage en anglais. Un tirage géant plastifié de ce plan avait été exposé au sol avec le « plan jaune » « plan jaune »en 2008-2009 au Musée Historique Saint-Remi pour l’exposition Tenir… Reims sur le Front 1914-1918.

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Etat du centre de Reims… octobre 1918

Plan de Reims dit « plan jaune » publié dans L’Illustration en juin 1920 n° 4031

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« Etat du centre de Reims après la retraite allemande octobre 1918 » (avec 8 légendages).

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Plan récemment montré dans le nouveau livre « Reims 14-18 – De la guerre à la paix« , article de Yann Harlaut « La ville la plus meurtrie de France » pp. 153-164. Un tirage géant plastifié de ce plan avait été exposé au sol en 2008-2009 au Musée Historique Saint-Remi pour l’exposition Tenir… Reims sur le Front 1914-1918.

Ce plan dit « plan jaune » a été publié dans un article de 1920 intitulé : Le nouveau plan de Reims par André Halleys, journaliste conférencier [alsacien ?] ; voir un extrait du début du texte et la double page de plans (à gauche : Reims détruit, à droite : Reims à reconstruire selon le plan Ford) ; dans « Reims 14-18… » voir l’article d’Olivier Rigaud pp. 165-169 :

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à la BMR Carnegie : cote de la revue L’Illustration PER X G27

Ce plan a été réalisé par l’architecte Max Sainsaulieu « représentant officiel des Monuments Historiques à Reims » cf. l’Avant-Propos de Pierre Antony-Thouret dans son album d’octobre 1920 sur le « Travail Allemand » et cf. la note de Hallays ci-dessus.

Le plan jaune de 1918-20 ne concerne que le noyau urbain et le détail de sa réalisation semble mal connu (parcellaire, données cartographiées, commandes ou destinataire…) même si le légendage est bien fait. Max Sainsaulieu était au service des M.H. l’architecte ordinaire, résident rémois, de la cathédrale, Deneux étant l’architecte en chef (voir l’article Max Sainsaulieu et la guerre sur le site Cathédrale de Reims de Yann Harlaut.

Ce plan en couleurs a souvent été utilisé pour illustrer et justifier qu’il n’aurait resté à Reims, en octobre 18, qu’une dizaine de maisons debout ou habitables…

Un peu paradoxalement car l’article de A. Hallays était plutôt destiné à montrer que le plan de reconstruction américain ne tenait pas assez compte des vestiges et du tissus urbain rémois, comme l’avait déjà fait Paul Léon en 1918, le patron des Monuments Historiques et le protecteur d’E. Kalas, dans son article de la revue Les Arts n° 172.

La question historique (Y. Harlaut p. 158) sur la quantité et la lourdeur des destructions dans la ville de Reims n’est pas close mais a progressé depuis les années 1980. Plutôt que dans sa thèse à Paris VII de 1983 sur le même sujet, [à la B.U Robert de Sorbon] ou bien dans les dossiers du CRDP de Reims (1985-1986), c’est dans l’édition abrégée de sa thèse que François Cochet a fait une mise au point précise en 1993 : 1914-1918 – Rémois en Guerre, L’héroïsation au quotidien, Presses universitaires de Nancy, 1993, pp. 160-161, [à la BM Reims Carnegie].

Cette réévaluation par F. Cochet fait passer le nombre de maisons « habitables tout de suite », en juin 1919, à 950 c’est à dire 7% des 13800 habitations de 1913, on est loin de la dizaine de maisons… voir l’évaluation détaillée ci-dessous :

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Cependant, les témoignages de destructions et d’incendies n’en restent pas moins effroyables, par exemple, pour avril 1918, le rapport publié dans « Reims Ville des sacres » par Albert Chatelle en 1939-51, p. 242.

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Pour d’autres cartographies des bombardements : voir celle du quartier de la cathédrale par M. Sainsaulieu, voir également celles d’après le journal de Paul Hess par F. Cochet

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Plan de Reims en 1917

L’état des destructions sur un plan de la ville peu connu…

Ce très grand plan, 1m20 x 1m20 environ, se trouve dans les archives du Rha ; bien moins connu que le plan paru dans L’Illustration en 1920, il semble être un plan de gestion de la Ville, fait en « 1917 », pour les problèmes de canalisation des eaux usées et pour l’état des démolitions qui sont bien représentées.

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Ce plan semble montrer l’état la ville après l’incendie de l’Hôtel de Ville le 3 mai 1917 (voir les deux détails ci-dessous) et avant les dernières offensives allemandes, les terribles bombardements de 1918 et l’évacuation totale des civils en mars-avril (voir d’autres plans des destructions).

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Le fond de plan très détaillé qui est utilisé ici permet aussi de connaitre et localiser des éléments urbains d’avant la guerre, ex. : gares du CBR, tramway…
Ce fond de plan est donc utile pour situer au mieux des cartes postales d’avant 1914 ou des destructions de la ville.

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Trois photographies de destruction de Reims

parues dans le double dossier du CRDP de Reims en 1985-86 : « La guerre de 1914-18 dans la ville des sacres – Reims ville-martytre : vie et mort d’un mythe républicain ? » par François Cochet, pp. 6-7 ; photographies du Musée des Deux Guerres Mondiales, BDIC, Université de Paris.

Trois photographies de destruction de Reims

L’après-midi du 11 novembre 2013 : l’Hôtel de Ville qui a été complétement reconstruit et inauguré en 1928 par Gaston Doumergue.

Trois photographies de destruction de Reims
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Une peinture, 1917, de J.F. Bouchor sur le site de « Histoire par l’Image »

Petite peinture sur bois mise en ligne avec un commentaire très complet à lire sur « Histoire par l’Image« . Peinture montrée aussi dans le livre Reims 14-18… p. 85.

Titre : La cathédrale de Reims, septembre 1917.

Auteur : Joseph Félix BOUCHOR (1853-1937)
Date de création : 1917
Date représentée : septembre 1917
Dimensions : Hauteur 26.8 cm – Largeur 35 cm
Technique et autres indications : Huile sur bois.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l’image : 98-019633 / Dsb48

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