• Monthly Archives: novembre 2016

Jeudi 30 novembre 1916

Louis Guédet

Jeudi 30 novembre 1916

810ème et 808ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux, glacial, ce soir le ciel est clair. La gelée. Pas un bruit, c’est lugubre. Audience de réquisitions cet après-midi, presque toutes des conciliations, cela va très bien. Rentré à nuit serrée, et je mets mon retard de lettres au couvert, peu de choses du reste. Je commence à respirer, mais je puis de moins en moins m’absenter longuement. Demain 1er décembre mon Procureur sera parti. C’est fini, me voilà seul comme juge à Reims. Il n’y a plus qu’un juge de Paix. Reims n’est plus Tribunal Civil, il  n’est plus que simple Justice de Paix, plus chef-lieu d’arrondissement judiciaire, il n’est plus que canton ! J’en aurais vu de singulières. Pareil fait dans les annales judiciaires de Reims ne s’est jamais présenté. Et il a fallu que ce fût moi qui ouvris cette ère singulière. Je ne cherche cependant pas la Renommée, la popularité et encore bien moins la Gloire. Jamais Reims n’a eu qu’un juge et jamais les 4 justices de Paix de Reims n’ont été réunies dans les mêmes séances.

Reçu lettre de ma chère femme qui m’apprend que Jean ne partira à Fontainebleau que le 10 décembre. Reçu les notes d’André, on lui reproche sa nonchalance. Pauvre enfant, il devrait mieux travailler quoique plein de bonne volonté mais distrait !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 30 – Nuit tranquille. + 1 ° 1/2. Journée silencieuse. Visite à Rœderer. Reçu visite du Curé de Taissy, au sujet des Russes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

taissyeglise


Jeudi 30 novembre

Une attaque allemande sur un de nos petits postes à la Fille-Morte a été repoussée à la grenade. Canonnade sur tout le reste du front, surtout dans le secteur Douaumont-Vaux. Un coup de main tenté par les Allemands, sur le front britannique, au sud de Neufchâtel et une attaque à la grenade, prononcée par eux à l’est de Carency, ont été repoussés. Nos alliés ont exécuté deux raids à l’est d’Ypres. Ils ont fait 21 prisonniers. Activité de l’artillerie ennemie vers Gueudécourt et de part et de l’autre de l’Ancre. Les Anglais ont bombardé les lignes allemandes du bois de Biez et du nord-est d’Armentières. Les Russes ont entrepris une offensive dans les Carpates boisées. Ils ont fait 800 prisonniers près de Kirlibaba. Simple canonnade sur le front italien. Les Roumains signalent une moindre activité des Austro-Allemands sur leur front. D’importants changements sont opérés dans l’Amirauté anglaise: lord Jellicoe et l’amiral Beatty prennent le haut commandement. Le ministre de l’Agriculture russe, le comte Bobrinsky, a donné sa démission.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Mercredi 29 novembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 29 novembre 1916

809ème et 807ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps gris couvert, glacial, que de la neige. Le calme absolu, le silence qui fait mal. Pas un bruit, pas un coup de canon. C’est lugubre et angoissant. Travaillé comme un nègre. Vu Honoré qui me demandait des renseignements sur M. Lartilleux (marchand de laines (1877-1941)) et ses sœurs (en fait une seule sœur, Alice (1881-1962), épouse de Claude Helluy, rédacteur du « Courrier de la Champagne »). L’une d’elles a eu la…  bêtise d’écrire des lettres…  des épîtres devrais-je dire, qui pour se rendre intéressante disent des choses qu’il ne faut pas dire et encore bien moins écrire à un pays étranger, surtout en Suisse et à Bâle !! encore ! Bref, pour se rendre intéressante, palpitante, elle désigne les points, les places, les situations des pièces d’artillerie, batteries, cantonnements, etc…  Un général d’armée ne ferait pas mieux ! Mais la Police mobile veille et l’armée aussi. A donc subséquemment, etc…  Voilà une pauvre fille qui réunit toutes les conditions et qualités voulues pour comparaître devant un conseil de Guerre. Je crois avoir détourné l’orage, mais qu’elle n’y revienne plus. Prévenu les intéressés indirectement. Sorti pour cela, fait 2 ou 3 courses et rentré chez moi gelé ! René Mareschal (un des deux fils de Maurice Mareschal) est engagé au 82ème d’artillerie lourde à Noisy-le-Grand (Seine). Le Commandant Barot m’en prévient par un officier de son État-major. Causé de mon affaire !!  Ils en rient là-bas !! Je crois que Colas et Girardot n’en font pas autant…  Je suis ravi…  je vais me coucher…  Mais quel silence !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 29 – Nuit tranquille. + 2°. Voyage de Mgr Neveux à Meaux. Visite de deux membres de l’Ambulance russe, apportant envoi de Caen.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cardinal Luçon, Mgr Neveux

Cardinal Luçon, Mgr Neveux


Mercredi 29 novembre

Combat d’artillerie sur le front de Verdun. Une attaque de nuit sur un de nos petits postes à l’est de Maisons-de-Champagne, a été facilement repoussée. Sur le front britannique, violent bombardement ennemi au nord d’Ypres. Combat à Souchez autour d’un entonnoir. Canonnade sur les deux rives de l’Ancre. Les Anglais ont bombardé le secteur de la Bassée. Leur aviation a fait des reconnaissances avec succès, en liaison avec l’artillerie. Elle a jeté des bombes sur un certain nombre de points d’importance militaire et provoqué une forte explosion. Un appareil allemand a été détruit, un autre avarié. Deux avions anglais ne sont pas rentrés. Deux zeppelins ont été abattus au cours d’un raid sur l’Angleterre. Un avion a survolé Londres où il a fait quelques victimes. Succès britannique sur le front de Doiran. Avance italienne nouvelle à l’ouest de Monastir. Combat près de Riga sur le front russe. Les Austro-Allemands ont occupé Curtea de Arges entre Rymnick et Pitesti, et Giurgevo, sur le Danube, en face de Routschouk. Canonnade sur le Carso. L’amiral Dartige du Fournet a sommé la Grèce de remettre une partie de son matériel de guerre. Le comte Bobrinski, ministre de l’Agriculture russe a démissionné. Guillaume II qui était venu à Vienne pour les obsèques de François-Joseph a dû repartir étant souffrant. Il n’assistera pas aux funérailles. Le Reichstag soulève des difficultés pour la mise en œuvre de la mobilisation civile. Le vice-chancelier Hellferich poursuit ses pourparler à ce sujet. On réclame en Angleterre une politique navale plus énergique. Un vapeur américain, le Chemung, qui naviguait sous le pavillon national, a été torpillé dans les parages de l’Espagne par un sous-marin allemand.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Mardi 28 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 28 novembre 1916

808ème et 806ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux, surtout la neige, froid glacial. Déjeuné chez les Abelé dans leurs caves, avec Charles Heidsieck. Marcel Heidsieck et M. (en blanc, non cité), parlé de choses et d’autres, des événements, de la Roumanie, de la crise ministérielle. Marcel Heidsieck disait que Poincaré avait été très mal reçu par les soldats aux tranchées qui lui envoyaient des pierres, résidus, etc…  et réclamant Briand, alors que l’on voudrait déboulonner Briand. On dit…  qu’est-ce qu’on ne dit pas. Tout cela est fort triste, de plus les anglais prépareraient une grande attaque dans le nord pour soulager la Roumanie. Attendons, mais quand verrons-nous la fin de tout cela.

A deux heures simple police, rien de saillant, sauf que mon brave Commissaire Speneux dit qu’il a été malmené par le Procureur, chose que j’ai difficile à croire, et que maintenant il ne dira plus rien à l’audience, et qu’il ne demandera plus que l’application de la loi. Il fera bien et s’il croit m’embarrasser il se trompe, sa mauvaise humeur et celle de Palliet (né en 1859 et décédé à Nice en 1939) se passeront. En tout cas je suis débarrassé des procès honteux que l’on m’envoyait. On me dit que Colas et Girardot partiraient, suite de l’affaire Goulden et de la mienne. Bon voyage si cela est vrai.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit silencieuse. + 2°. Journée silencieuse sauf quelques coups de canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

AMardi 28 novembre

Canonnade habituelle sur divers points du front de la Somme et du secteur Douaumont-Vaux. Un groupe de nos avions a bombardé dans la nuit du 26 au 27 novembre les terrains d’aviation de Guizancourt et de Marigny. Les projectiles ont porté au but. Le front britannique est relativement calme, hormis une certaine activité d’artillerie de la part de nos alliés, vers la Bassée. Sur le front de la Cerna, une contre-attaque bulgare, lancée sur les positions serbes, dans la nuit du 26 au 27, a été repoussée avec des pertes sanglantes pour l’ennemi. Au nord de Monastir, la lutte d’artillerie se poursuit, violente, de part et d’autre. Les zouaves ont pris la cote 1050, à l’est de la route de Prilep. A notre aile gauche, les troupes italiennes continuent à progresser dans la région montagneuse de Dchovo. Les Roumains ont perdu une partie de la vallée de Wede, affluent du Danube. Mackensen a occupé Alexandria, à 80 kilomètres au sud-ouest de Bucarest, tandis que Falkenhayn s’avance de Rymnik sur Curtea de Arges, en franchissant la vallée du Polog. La lutte a repris, assez violente, en Dobroudja. Canonnade sur le front italien, dans les secteurs du Trentin et du Carso.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 27 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 27 novembre 1916

807ème et 805ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps de brouillard réellement froid, pas un coup de canon. Dérangé toute la matinée, sorti après-midi pour courses. Fait mes adieux au Procureur de la République qui quitte Reims le 30 novembre pour être à Épernay le 1er reprendre son Parquet qui y est, à son grand désespoir, installé. Causé longuement. Il veut me donner la Présidence de la Commission d’appel des allocations militaires pour le remplacer. Il m’a dit qu’il voulait qu’on mettre sur l’acte de décès de la femme de Bompas (Morte pour la France). J’en ai profité pour lui demander de songer à Bompas plus tard pour une citation à l’ordre civil, il l’aura bien gagnée. Si nos archives et notre immeuble de la Chambre sont sauvés, c’est grâce à lui et à sa femme. Rentré où je retrouve mon courrier en retard de 4 heures.

L’auto avait eu une panne. J’ai donc été bousculé jusqu’à présent. On parle de troupes russes qui sont dans les environs, il doit en venir à Reims…  Si c’était seulement la délivrance, mais je crains bien qu’elle soit encore loin…  très loin…

Le Procureur paraissait ému de me quitter et de me laisser seul. Il veut que je légalise les signatures. Il doit en parler au Procureur Général.

Je suis fatigué comme tous les soirs. Demain simple police, j’espère être libéré tôt. Été aussi à la Ville m’assurer de la nationalité des parents de Ferdinand Kunkelmann (fondateur de la marque Piper-Heidsieck (1851-1930)). Son père est né en 1811 à Mannheim (Grand-duché de la Bade) (Jacques Kunkelmann, né à Mannheim (Bade-Wurtemberg (1811-1881)) et sa mère à Phillipsburg (Bade) en 1824 (Catherine Ferdinande Dietz, née à Phillipsburg, Karlsruhe, Bade-Wurtemberg (1827-1915)). Ce sont donc des prussiens. Charles Heidsieck va être enchanté d’avoir ce renseignement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille. Journée silencieuse de part et d’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 27 novembre

Sur le front de la Somme, grande activité des deux artilleries dans la région Ablaincourt-Pressoir. En Champagne, une attaque ennemie, lancée sur un saillant de notre ligne à l’est d’Auberive, a été repoussée par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses. Sur le front belge, faible activité de l’artillerie en raison du mauvais temps. L’artillerie ennemie s’est manifestée sur le front britannique, à Courcelette, Beaucourt, Hébuterne et vers la Bassée. Les Anglais ont bombardé Plusieux et les tranchées allemandes au sud-est d’Arras. Leur artillerie a provoqué une explosion à l’est de Seco. Les Italiens ont augmenté l’intensité de leur canonnade dans la région du Tonale. Sur le front russe, c’est surtout l’activité d’aviation qui s’est marquée. Les Roumains ont résisté dans la région de Prédeal et dans celle de Buzeu. Ils ont refoulé l’ennemi dans la région d’Argès. Mais celui-ci annonce avoir pris Rymnik, sur le Haut-Oltu, et il continue sa marche à l’est de l’Oltu inférieur: il a atteint la gare de Soimu. L’Allemagne persiste à exiger de la Norvège l’abandon des règles qu’elle a édictées au sujet des sous-marins dans ses eaux territoriales. La Suède manifeste une vive irritation à raison des nouvelles pertes maritimes que les submersibles lui ont causées.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 26 novembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 26 novembre 1916

806ème et 804ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps nuageux, brume, mais assez élevé. Messe à 7h et mis à mon travail sur l’Incendie de l’Hôtel-Dieu. J’ai fini mon brouillon. Je n’ai plus qu’à le recopier. J’ai travaillé sans désemparer jusqu’à 3h. Je suis fatigué. Sorti pour acheter un journal et rentré. Triste journée. Que ces dimanches sont pénibles pour moi, et puis cette tombée du jour est si triste…  chaque jour. Quand donc ce martyr cessera. Reçu pas mal de lettres. Encore des valeurs à emporter à Paris. Quelle vie ! Quelle corvée. Je suis bien las, las, las…  Heidsieck me quitte, causé surtout de l’affaire Goulden, il a été obligé de faire paraître une note dans les grands journaux à cause de la confusion de la marque « Heidsieck-Monopole » et du nom « Charles Heidsieck ».

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Nuit tranquille. +5°. Journée silencieuse. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 26 novembre

Grande activité des deux artilleries dans la région du fort de Vaux. Sur le front britannique, l’artillerie et les mortiers de tranchée ennemis ont tonné au sud de l’Ancre et vers la redoute Hohenzollern. L’artillerie lourde anglaise a canonné plusieurs positions importantes en arrière des lignes allemandes. Le mauvais temps continue. Les aviateurs anglais ont exécuté des reconnaissances et travaillé en liaison avec l’artillerie. Un des appareils n’est pas rentré. Le brouillard et la pluie ont ralenti les opérations sur le front de Macédoine. Les Serbes ont repoussé une contre-attaque bulgare dans la région de Grunista. A l’ouest de Monastir, les troupes italiennes continuent à progresser. Les Anglais ont chassé des détachements ennemis sur le front de la Strouma. Les Russes ont livré quelques escarmouches vers Riga et Smorgone. Les Roumains ont dû se replier sur la rive gauche de l’Oltu, du côté de Slatina, à 130 kilomètres de Bucarest. Les Austro-Allemands ont franchi le Danube sur deux points, en amont et en aval de l’embouchure de l’Oltu. Les opérations se sont ralenties en Dobroudja. Sur le front italien, activité d’artillerie au plateau d’Asiago.

Source : La guerre au jour le jour

 

Share Button

Samedi 25 novembre 1916

Louis Guédet

Samedi 25 novembre 1916

805ème et 803ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Temps brumeux tournant à la pluie et au grand vent sur le soir. Le calme, je n’ai pas entendu un coup de canon il me semble. Je suis à jour, demain j’entamerai ma communication à l’Académie de Reims sur l’Incendie de l’Hôtel-Dieu. Je souhaite d’intéresser mes collègues. Ce matin levée de scellés 142, rue du Barbâtre, mais il manquait le clerc de Douce, notaire, on n’a pu rien faire. Je suis allé prendre mon service à la Caisse d’Épargne aussitôt. Après-midi fait quelques courses et rentré ici par la pluie. Je suis assez fatigué, ayant mal dormi la nuit, ces insomnies sont bien pénibles. Journée monotone, fastidieuse.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 – novembre 1916 – Le 301e territorial d’infanterie, cantonné depuis longtemps dans le faubourg de Laon, quitte Reims.

Il est remplacé par le 118e territorial.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit et journée tranquilles. Pluie ; + 9°. Visite à l’ambulance de Sacy. Commencé à me servir de la bougie à la messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

698_001


Samedi 25 novembre

Journée calme sur l’ensemble du front. Une pièce ennemie à longue portée a tiré trois obus de gros calibre dans la direction de Nancy. Un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux. L’appareil est tombé au nord de Berry-au-Bac. Dans la même journée, la maréchal des logis Viallet a abattu son sixième avion allemand vers Moislains (région de la Somme). Violent duel d’artillerie sur le front belge, dans la région de Dixmude: Les batteries belges ont pris le dessus; l’action a été terminée assez rapidement. Sur la rive droite de la Cerna, les Serbes ont enlevé le village de Budimerka. Les violentes contre-attaques lancées sur ce point par l’ennemi ont complètement échoué. Au nord et à l’est de Monastir, la lutte continue, acharnée. Les troupes alliées ont réalisé des progrès et infligé de lourdes pertes aux Germano-Bulgares qui tentent de s’opposer a leur avance. A l’ouest de Monastir, les Italiens, poursuivant leur marche en avant, ont poussé jusqu’à Nizopole et ont fait des prisonniers. La Serbie libérée mesure actuellement l2OO kilomètres carrés. Les Roumains ont progressé en Dobroudja vers le lac Tachaul, mais ils ont abandonné Orsova et Turnu-Severin.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 24 novembre 1916

Paul Hess

24 novembre 1916 – Des soldats sont occupés à poser à une certaine hauteur et de distance en distance, de larges bandes de toile en travers de la rue Lesage, dans le but évident de gêner ou de masquer la vue de l’ennemi sur la ville. Cela a déjà été fait précédemment à la Haubette ou ailleurs.

Après vingt-six mois passés de bombardement, la mesure paraît généralement bien tardive et d’une garantie illusoire ; certains vont jusqu’à la trouver ridicule.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

294_001


Cardinal Luçon

Vendredi 24 – Nuit tranquille. Canonnade lourde et assez violente un peu au loin. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Vendredi 24 novembre

Lutte d’artillerie intermittente sur la plus grande partie du front, plus vive dans la région de Vaux-Douaumont. L’artillerie ennemie a montré une vive activité sur toute l’étendue du nouveau front britannique de part et d’autre de l’Ancre, ainsi que vers Hébuterne. Les Roumains annoncent qu’ils ont reculé à l’est de Craiova. La lutte continue toujours dans la région d’Orsova. Bucarest a été de nouveau bombardé par avions. Canonnade sur le Carso. Les Allemands ont torpillé un navire-hôpital anglais de 48.000 tonnes, le Britannic, dans un détroit de la mer Egée. Il y a 50 victimes. Plusieurs appareils de l’aviation britannique sont allés lancer 34 bombes sur les torpilleurs avancés près du môle de Zeebrugge et sur les hangars des hydravions. Un hangar et un torpilleur paraissent avoir été atteints. Tous les appareils sont rentrés. L’amiral Dartige du Fournet ayant enjoint, aux ministres d’Allemagne, d’Autriche, de Turquie et de Bulgarie, de quitter Athènes, ces diplomates se sont embarqués à bord d’un vapeur hellène pour Cavala. Ainsi cessera un espionnage qui nous était préjudiciable. Les troupes franco-serbes ont progressé au nord de Monastir, enlevant deux villages et faisant 300 prisonniers.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 23 novembre 1916

Louis Guédet

Jeudi 23 novembre 1916

803ème et 801ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps brumeux, brouillard le soir, froid, c’est l’hiver. Journée accablante de travail, je suis débordé. Vais-je pouvoir faire…  un « rétablissement » et rattraper mon retard. Après-midi réquisitions militaires jusqu’à 5h, puis été à la Ville pour assurer la subsistance de mon greffier militaire Croquet. C’est acté.

La demi-page suivante a été découpée.

…les Gendarmes ! Pends-toi Girardot ! Pends-toi Colas !…  Les procès sont dans le marasme. Imbéciles va !!…

Demain levée de scellés à 9h, 144, rue du Barbâtre, et ensuite Caisse d’Épargne. Après-midi si je suis à jour je commencerai ma communication à l’Académie sur l’Incendie de l’Hôtel-Dieu !…

Lesage me disait que son frère, lieutenant de 22 ans, décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre, lui avait confié que les soldats du front des tranchées étaient exaspérés contre les embusqués, tous de la riche bourgeoisie, et que certainement après la Guerre il y aurait une réaction terrible contre ces fils à Papa qui plastronnent à l’arrière, tandis que les pauvres malheureux et nos enfants se font tuer…

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille. Visite de M. Abelé pour Statuts des Amis de la Cathédrale. Journée tranquille. Visite du P. d’Herbigny. Écrit au Vatican pour rapatriement de M. Boulanger et Petitfîls.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 23 novembre

Lutte d’artillerie intermittente sur la plus grande partie du front, plus vive dans la région Vaux-Douaumont. Sur le front britannique, l’artillerie ennemie a montré de l’activité au cours de la journée, dans les secteurs de Beaumont-Hamel et d’Ypres. Nos alliés ont bombardé les lignes allemandes vers Ransart, à l’est d’Angres et au nord du canal de la Bassée. A la suite d’un violent bombardement, l’ennemi a tenté un coup de main sur la cote Saint-Eloi. Il a enlevé 26 prisonniers. Les aviateurs anglais ont attaqué à la bombe et à la mitrailleuse les gares, cantonnements et convois ennemis. Lutte d’artillerie sur le Carso. Au nord de Monastir, la lutte continue, très vive, entre nos troupes et les Bulgaro-Allemands. Nous avons fait 500 prisonniers. Le nouvel empereur d’Autriche s’appellera Charles 1er; il s’appellera Charles IV en Hongrie. Guillaume II est parti pour Vienne, afin d’assister aux funérailles de François-Joseph. Une zone neutre a été créée entre la Grèce royale et la Grèce venizeliste. De nouveaux contingents de volontaires hellènes sont arrivés à Salonique.

Source : La guerre au jour le jour

820_001

Share Button

Mercredi 22 novembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 22 novembre 1916

802ème et 800ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Temps de brume mais beau. Pas de bruit. Des avions (7/8) français au-dessus de la Ville cet après-midi. Allocations militaires et Caisse d’Épargne ce matin. Vu le Maire, causé des légalisations, il ne veut pas entendre parler d’envoyer à Épernay les légalisations des actes de l’État-civil, aussi il m’a promis d’appuyer la demande du Procureur de la République auprès du Procureur Général pour qu’on me délègue le service des légalisations à Reims.

Ce matin messe anniversaire pour Maurice Mareschal, que de tristes souvenirs pour moi. Cet après-midi été au cimetière du Nord, bien ravagé par les derniers bombardements…  que de fosses, de caveaux ouverts !! C’est lugubre, macabre.

Fini de signer et de parapher tous nos registres pour 1917 des contributions indirectes. 7542 paragraphes et signatures données depuis hier. J’en ai le poignet ankylosé. Heureusement que ce n’est que tous les ans que cette cérémonie a lieu. Voilà une journée encore bien remplie, mais je ne sais ce que j’ai. Je deviens vraiment craintif au moindre bruit dès que je circule en ville dans des quartiers où je vais rarement. Sans doute la non-accoutumance. Je ne puis croire que je vais avoir peur !! Ce serait ridicule.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 22 – Nuit tranquille. + 4° ; beau temps. Matinée silencieuse ; Visite à l’ambulance 17. 5 aéros français. Visite à M. le Curé de Ste-Geneviève, malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 novembre

Activité d’artillerie dans les régions de Saillisel et de Douaumont. Nos avions de bombardement ont lancé une centaine d’obus sur les bivouacs ennemis, en arrière du front de la Somme. Au cours de la semaine écoulée, l’aviation belge a été très active. Le champ d’aviation de Ghistelles et les cantonnements ennemis ont été efficacement bombardés. Les avions de chasse de nos alliés ont livré vingt-cinq combats au cours desquels plusieurs appareils ennemis ont été vus piquant verticalement. Un des pilotes belges, attaqué par quatre fokkers, les a mis en fuite et a pu regagner ses lignes. Au nord de Monastir, les arrière-gardes ennemies, appuyées par une forte artillerie, sont vivement pressées par les troupes alliées. A l’ouest, les troupes italiennes ont repoussé de violentes contre-attaques ennemies partant de la région montagneuse du Muza. Sur la rive orientale du lac Prespa, nous avons occupé le village de Krano. Les Italiens, sur le Carso, ont repoussé une nouvelle attaque. Les Austro-Allemands s’approchent de Craïova, en Valachie. Les Russes ont livré de rudes combats sur le Stokhod et dans les Carpates boisées. L’Espagne a protesté formellement à Berlin contre les déportations belges. L’empereur d’Autriche François-Joseph est mort. C’est l’archiduc Charles-François-Joseph qui lui succède. Le nouvel empereur est âgé de 30 ans et n’a aucun passé politique. Le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, von Jagow, a démissionné. Il est remplacé par M.Zimmermann, sous-secrétaire d’Etat au même office.

Source : La guerre au jour le jour

306_001

Share Button

Mardi 21 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 21 novembre 1916

801ème et 799ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Temps brumeux, froid. Le calme. Journée fort occupée à rattraper le courant de ma correspondance qui, hélas ! ne tarit pas à chaque courrier, et il n’y en a qu’un par jour ! Je vois les lettres en retard s’accumuler. J’en abats, j’en abats et cela ne diminue pas. Pas sorti ce matin. Après-midi fait des courses, Ravaud, Lesage à qui j’ai appuyé son admission comme chimiste expert du Tribunal sur ma recommandation à M. Delaunay, juge d’instruction. Le brave Lesage en était tout réjoui. C’est un bon enfant ! Son frère était là, décoré de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre à 22 ou 23 ans, sous-lieutenant. Vu et passé à la Ville, rien de particulier. J’ai causé à Raïssac de mon greffier militaire Croquet, on lui accordera le supplément qu’il désire pour vivre, en sus de sa solde de subsistance qui est de 1,41 ½ + 0,25 solde = 1,66 ½ par jour, ce qui est insuffisant ici. Vu ensuite M. Bossu, Procureur de la République, pour l’aviser de mon retour. Toujours fort aimable, il m’aime bien. Causé de choses et d’autres, il me dit avoir vu le fameux Capitaine de Gendarmerie Girardot. Son exclamation : « C’est une brute, doublée d’un gendarme ! » Je suis de son avis. Il parait que le citoyen a voulu lui parler de mon Affaire avec un grand A, mais çà n’a pas pris !!…

Il paraitrait que le G.Q.G. (Grand Quartier Général), ferait une enquête sévère sur Colas de (rayé) ma foi ! ce ne serait que « pain bénit ». Je ne m’en plaindrais pas. (Rayé) serait ainsi (rayé) de cette société peu enviable ni recommandable. Il me disait que lui-même n’en (rayé) pas fâché. Il est absolument de mon avis sur la moralité et l’amoralité du (rayé) qu’il juge à sa juste valeur. Il m’a appris que (rayé) avait été aussi (rayé) comme (rayé) dans cette affaire. Cela me confirme et me fait comprendre la lacune que je trouvais dans cette affaire Goulden. En effet les associés ayant tous la signature sociale, j’étais très surpris que seul Goulden fut inculpé. Or voilà les faits rétablis exactement, ce que m’a dit le Procureur. Lewthwaite a été inculpé avec Goulden, qui était le principal coupable et Eugène Walbaum nécessairement mis hors de cause parce que sur le front, ou tout au moins mobilisé. L’affaire est nette maintenant, en clair, en résumé c’est la Maison Heidsieck-Monopole qui a bel et bien été impliquée de commerce avec des ennemis en la personne de ses associés non mobilisés et gérant réellement l’affaire commerciale en l’absence d’Eugène Walbaum (1872-1929). Goulden comme principal inculpé et Lewthwaite comme associé responsable. C’est du droit pur. Donc le jugement du conseil de Guerre condamne non seulement Goulden, mais aussi la Maison Heidsieck-Monopole. Robert Lewthwaite a été acquitté personnellement. Causé aussi des légalisations pour Reims et des difficultés pour Reims d’envoyer des pièces à légaliser à Épernay. M. Bossu est comme moi d’avis qu’on devrait me déléguer pour ces législations et me considérer comme Juge de Paix de Canton hors tribunal civil. Nous devons y recourir du reste.

Journée bien remplie. Demain messe anniversaire à 7h du matin pour mon pauvre Maurice ! 2 ans déjà !! J’en soufre comme au premier jour. C’était mon seul et vrai ami. Je suis bien seul maintenant. Et il me faut songer à ses petits comme ceux des miens, c’était promis, du reste !! Mon cher Maurice prie pour moi et protège-moi, dirige-moi pour l’Honneur, pour ta chère femme et tes enfants, et pour Louis mes aimés, ma chère femme et nos chers petits. J’en ai 2 soldats, mon cher Maurice, et ton René va aussi entrer dans la fournaise. Protège-le, protège-les, protège-nous, protège-moi, Dirige-moi, conseille-moi, que tous soient dignes dans le Droit et le Devoir. Et que j’ai la joie de voir les tiens et les miens heureux et prospères… !!…  Alors je pourrais te dire que j’ai rempli ma promesse, mon devoir envers toi et ta bonne amitié.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille. + 2° ; brouillard. Rénovation des Promesses Cléricales, à 4 h, chapelle du Couchant. Allocution par moi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 21 novembre

Assez grande activité de l’artillerie ennemie au nord de la Somme et dans le secteur de Douaumont. Sur le front belge, lutte d’artillerie dans la région de Dixmude et de Boesinghe et combats à coups de bombes. Sur le front britannique, l’ennemi a bombardé Beaumont-Hamel et les environs de Gueudecourt, 80 nouveaux prisonniers sont tombés entre les mains de nos alliés. Les Roumains ont arrêté l’ennemi dans la vallée de l’Olt, mais continué leur repli dans celle du Jiul. Les Italiens signalent des actions d’artillerie sur le front du Trentin ; les travaux de l’ennemi sont entravés par leur tir. Dans le Haut-Bul, les Autrichiens ont bombardé les positions du Pal Piccolo et de Freikofel. Sur le Carso, ils ont attaqué avec de gros contingents la cote 126, et réussi à occuper un des retranchements italiens. Partout ailleurs, ils ont été repoussés avec de grosses pertes. C’est une victoire complète que les troupes alliées ont remportée en Macédoine. La cavalerie française est entrée la première dans Monastir, suivie d’une colonne d’infanterie franco-russe. Nos troupes ont passé immédiatement au nord, prenant la cote 821, le village de Karkhura et arrivant aux abords de Karannes et d’Orizani. Nous avons fait 622 prisonniers et capturé un nombreux matériel.

Source : La guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

Share Button

Lundi 20 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 20 novembre 1916

800ème et 798ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je suis arrivé samedi soir à St Martin avec un retard de 2h par une pluie battante et une tempête terrible. Le baromètre était descendu à 71° (sur certains baromètres, il marquait 6h !!). Vu Jean, passé la journée du dimanche au milieu des miens. Jean va bien, un peu triste, il doit être fatigué. Reparti de St Martin ce matin à 7h. Voyagé de Vitry-la-Ville à Dormans avec M. de Riocourt (David du Bois de Riocourt (né en 1845 et décédé le 22 avril 1931 au château de Vitry-la-Ville)) (déposé André à Châlons), et causé avec lui de Reims, du Dr Langlet et du Docteur Lévêque (beau-frère du Dr Langlet, médecin à Tony-aux-Bœufs), il a les mêmes opinions que moi sur eux. Il a été fort aimable avec moi. A Dormans voyage avec Mme Armand Walfard que j’ai déposée chez elle rue de Courlancy. Elle venait de sa ferme du Mont de Somme Vesle, « l’Étang » (appartient en 2018 à un descendant Walfard), qui vient d’être totalement incendiée par suite de l’imprudence de nos troupes, la maison d’habitation est heureusement sauvée. Comme moi elle déplore la conduite de nos dirigeants militaires de Reims. Rentré et mis au travail pour rattraper mon courrier.

Mon vieil ami N. Thomas, avoué à Paris m’annonce la mort de Jean Laignier (Jean Laignier, né en 1896, aspirant au 409ème RI, tué à Ablaincourt dans la Somme le 12 octobre 1916), le fils de Gabriel Laignier (1849-1923), mon ancien avoué correspondant à Reims, tué dans la Somme. Il était de l’âge de mon grand Jean. Pourvu que je n’ai jamais à subir semblable épreuve avec mes 2 grands Jean et Robert. André que j’avais pris en passant à Châlons était enchanté de retrouver Maurice dont la joie de revoir son frère était touchante. André et Maurice sont inséparables comme l’étaient et le sont Jean et Robert. Les pauvres grands sont bien séparés maintenant… !! Demain je terminerai mon retard et je verrai à organiser mon voyage à Paris pour le 7 au 10 décembre. Je suis fatigué de ce voyage, c’est tellement long autant en chemin de fer qu’en voiture.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 20 – Nuit tranquille. A midi + 10°. Matinée silencieuse. Visite de M. Guiller*, de Laval. Aumônier du 403e. Visite à Pouvroir ; 14 rue Cazin et aux deux Tertiaires Carmélites. Journée silencieuse. Visite de M. Trilher*, aumônier militaire, et de M. l’abbé Guiller, de Laval.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
* Pas de trace de Trilher dans le LO du Clergé. Henri Louis Marie Paul Trilles, missionnaires du Saint-Esprit, aumonier au 410e RI – 151e DI comme le 293e RI
La 151 DI du 21 août 1916 – 18 février 1917 : occupe un secteur vers les Cavaliers de Courcy et les abords est de Reims. (Thierry Collet)
*Henri Guiller, diocèse de Paris, né le 12 sept 1897 à St Denis D’Anjou, Mayenne, vicaire à Juvigné, vicaire à Notre Dame de Lourdes à Paris. aumônier bénévole au 293e RI – 151e DI (20 sept 1916) blessé à Thiaumont (1er juin 1916), aumônier bénévole au 407e RI – 151e RI (1er dec 1917) Source : Livre d’Or du Clergé et des Congrégations, Paris, Bonne Presse, 1925. (Thierry Collet)

903_001


Lundi 20 novembre

Bombardement violent du fort et de la région de Douaumont. Sur le front belge, vive lutte à coups de bombes dans la région de Steenstraete et de Boesinghe. L’activité d’artillerie se ralentit. Les troupes britanniques ont porté à 750 depuis deux jours le total de leurs prisonniers sur l’Ancre. Les Italiens ont repoussé une série d’attaques autrichiennes très violentes dans plusieurs secteurs du front du Trentin. Les Roumains ont brisé une attaque dans la vallée de la Prahova. Dans la région de Dragoslavele, ils ont continué à avancer en faisant 4 officiers et 80 soldats prisonniers et en capturant 3 canons. Les combats continuent avec violence dans les vallées de l’Olt, du Jiul et du Gilort. Feu ralenti d’artillerie et d’infanterie sur le Danube et en Dobroudja. Sur le front d’Orient, les troupes alliées sont entrées dans Monastir, qui avait été préalablement évacuée par les Germano-Bulgares. Le chemin de fer de la presqu’île mourmane a été inauguré. Il doit faciliter l’approvisionnement de la Russie en munitions. La Hollande a protesté à Berlin contre les déportations belges.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 19 novembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 19 novembre 1916

799ème et 797ème jours de bataille et de bombardement

Saint-Martin-aux-Champs C’est peut-être ce dimanche, alors que toute la famille était réunie pour le déjeuner, que Maurice demanda à sa mère de l’eau. Madeleine prend son verre, le remplit, le boit elle-même, puis le remet à sa place devant l’assiette de Maurice. Tête dépitée de Maurice devant son verre toujours vide, puis éclat de rire général, y compris par Madeleine lorsqu’elle réalisa l’incongruité de son geste. Soixante-dix ans après Marie-Louise en riait encore !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – Nuit tranquille. + 5°. Indisposition ; pas dit messe. Matinée silencieuse. Mgr Neveux va célébrer la Messe de S. Brice. Fête patronale à Ay. M. Cource va en famille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

744_001


Dimanche 19 novembre

Au sud de la Somme, un fort détachement ennemi qui tentait d’aborder une de nos tranchées du secteur de Biaches, a été aisément repoussé à la grenade. Une autre tentative à l’est de Berny a été refoulée par nos tirs de barrage et par nos grenadiers. Une de nos escadrilles a lancé 157 obus sur les champs d’aviation ennemis de Golancourt (Oise) et de Grisolles (Aisne). 22 avions de l’aviation maritime britannique ont bombardé les usines d’électricité et les ateliers de la marine à Ostende. Ils ont lancé 180 bombes, dont beaucoup ont atteint les objectifs. Un autre bombardement a été effectué par des hydravions sur le môle de Zeebrugge: tous les appareils sont rentrés. sur la rive gauche de la Strouma, les troupes britanniques ont repoussé une violente contre-attaque bulgare, dirigée sur Kavakli. A l’est de la Cerna, les Serbes ont enlevé les tranchées ennemies sur une longueur de 800 mètres. Ils ont pris d’assaut la hauteur 1212 en infligeant a l’ennemi des pertes sanglantes. Nous avons progressé vers Monastir et sommes parvenus aux abords de Kanina. La France, l’Angleterre et l’Italie ont adressé une protestation aux neutres contre les violations de droit commises en Pologne par les empires centraux.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

14-18… un aperçu des horreurs…

ob_dd8317_amicarte51-10018 novembre 1916
Ma bien chère Marraine
Un mot pour vous donner un aperçu des horreurs des bandits boches, je vous dirais qu’il fait bien froid, et maintenant, c’est la pluie continuelle et je vous assure que l’on a pas chaud au pied par ce vilain temps.
Je vous dirais que j’ai trouvé vos bocaux délicieux ainsi que votre fromage, excusez-moi chère Marraine si je ne vous avais pas remercié.
Enfin, chère Marraine, je termine ma bien courte lettre, mes meilleures amitiés.
Virgile qui pense à vous.
Bonjour à vos chers parents sans oublier avec l’espoir de Dieu,
j’espère qu’il nous sauvera
,
Adieu chère Marraine.

ob_6ffa38_jp-155-rue-de-cernay

Coll. Jacki Pinon – Amicarte51

La guerre, ce n’est jamais drôle en général,, mais là, le texte est aussi triste et décousu que le visuel de la carte, et à sa lecture, on voit bien que Virgile n’a plus beaucoup d’espoir. On l’imagine sous le feu de la mitraille, des jours, des semaines dans des tranchées boueuses, sous la pluie, transi jusqu’aux os…
Alors que beaucoup de courriers se veulent chargés d’espérance, ou rassurant, même si la situation est grave, celui-ci n’est pas équivoque, et terriblement poignant.

La carte, encore une rue rémoise en ruine, le 155 de la Rue de Cernay, où il reste à peine 2 pans de murs, dont on peine à comprendre pourquoi ils sont restés debouts !
Pas facile de localiser le lieu actuel… tout a été détruit, puis reconstruit.
Ci-dessous, une tentative… pour ceux qui connaissent !

ob_9a43a1_jp-155-rue-de-cernay-montage

Share Button

Samedi 18 novembre 1916

Louis Guédet

Samedi 18 novembre 1916

798ème et 796ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Il est tombé de la neige la nuit. Pas un coup de canon. Ce matin, pluie froide qui adoucit un peu le temps, cependant le baromètre est très bas, marque 72,07, avec tendance à descendre encore. Je pars à 11h et j’espère n’avoir pas trop froid pendant ce long voyage de Reims à Pargny, puis Dormans et Vitry-la-Ville, St Martin. Je ne serai là-bas qu’à 7h1/2/8h du soir. Le calme en ce moment, le temps est fort sombre et nuageux, je crois que cela va tourner plutôt à la pluie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 18 – Nuit tranquille. Neige. 0 température. Matinée tranquille. Pluie fait fondre neige. Journée paisible.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 18 novembre

Lutte d’artillerie assez vive au nord de la Somme, dans la région de Saillisel. Le capitaine de Beauchamp a pris l’air à 8 heures du matin, se dirigeant sur Münich. Arrivé vers midi au-dessus de cette ville, il a lancé plusieurs bombes sur la gare, en représailles des bombardements de la ville ouverte d’Amiens. Il a atterri ensuite en Italie, à 20 kilomètres au nord de Venise, après avoir franchi les Alpes. Sur le front britannique, bombardement intermittent, surtout dans la région de Beaucourt. Des avions anglais ont jeté des bombes sur deux importantes bifurcations de chemins de fer ennemis. Trois avions allemands sont tombés dans les lignes britanniques. En Orient, les troupes anglaises ont enlevé Kavakli (rive gauche de la Strouma). L’offensive franco-serbe continue sur la Cerna. Les Serbes ont progressé sur la rive droite de la rivière, tandis qu’une de leurs divisions enlevait la crête au nord d’Iven. Plus à l’ouest, les forces franco-serbes ont pris la hauteur du Monastère. Notre cavalerie, au nord-est de Kenali, s’est emparée de Negotin. Nous avons fait 400 prisonniers. Nouveau repli roumain sur le Jiul et l’Oltu. MM. Briand et Asquith ont félicité M. Sturmer de la résolution affirmée par la Russie au sujet de la Pologne.

Source : La guerre au jour le jour

016_001

Négotin un jour de marché

Share Button

Vendredi 17 novembre 1916

Louis Guédet

Vendredi 17 novembre 1916

797ème et 796ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps, très froid. Calme le matin, canons, obus et avions le soir et l’après-midi. Ce matin audience civile, injures, diffamations, joli spécimens de femmes se traitant de tous les noms possibles qui font l’ornement de la langue dite « verte ». Femmes de soldats du front, qui hélas se consolent trop facilement de la séparation conjugale.

Après-midi vu le Procureur de la République, causé longuement avec lui justement de cette dépravation de mœurs dont souffre notre pauvre ville, et cela grâce à tous ces officiers de l’arrière ! Colas, Girardot, Lallier, etc…  en tête. Vu le Dr Simon qui m’a parlé justement d commandant de place Colas. Triste Monsieur, marié à Sedan comme capitaine de Dragons à une femme de bas étage et de basses mœurs. Obligé de donner sa démission, entre comme Directeur d’un haras d’omnibus. Et la Guerre le couvre de gloire à l’arrière. Voilà le sire.

Sur le journal vu la condamnation en conseil de Guerre d’Auguste Goulden, de la Maison Heidsieck-Monopole pour commerce avec des austro-allemands. Maison Heidsieck 5 ans de prison, 20 000 F d’amendes et 10 ans d’interdiction de droits civiques. C’est dur. Mais c’est mérité et cela fera du bien à certains négociants en vins de Champagne qui se croient au-dessus de toutes lois. Ce sera un exemple qui certainement profitera à tous ces milords du haut commerce rémois, fils à Papa, qui sont aussi bêtes qu’ils sont riches. Dans cette affaire Auguste Goulden, sa bêtise entre pour 90%, garçon très gentil, mais inintelligent parce que millionnaire, il s’est vu adulé et a cru que tout lui était permis.

Je suis décidé à aller voir Jean qui est à St Martin jusqu’au 22 demain pour la journée du dimanche, et repartir lundi matin pour rentrer ici à 3h. J’ai écrit à André pour qu’il me prenne à Châlons s’il veut venir pour voir son frère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 17 – Nuit tranquille. – 3° froid ; temps superbe. Via Crucis in cathedrali. Aéroplanes français ; tir contre eux. Vers 3 h, quelques bombes sifflent sur ?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 17 novembre

Sur le front de la Somme, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied dans un pâté de maisons au nord-est de Saillisel, en ont été chassées par une vive contre-attaque de nos troupes. La lutte d’artillerie continue, violente, dans la région d’Ablaincourt. Un de nos pilotes a descendu un avion ennemi dans la région de Chaulnes. Les Anglais ont subi un bombardement sur leur nouveau front au nord de l’Ancre, surtout dans la zone de Beaucourt. Leur artillerie, en y répondant, a provoqué plusieurs explosions. Ils ont fait 303 prisonniers dont 6 officiers. Au sud de l’Ancre, activité de l’artillerie allemande contre les tranchées britanniques entre le Sars et Gueudecourt. Nos alliés ont bombardé les lignes ennemies de Souchez et d’Armentières. Succès franco-serbe important en avant de Monastir; nous ne sommes plus qu’à 5 kilomètres de la ville, les Bulgares ayant évacué la position fortement retranchée de Kenali. Recul roumain en Valachie, avance en Dobroudja. Les Italiens s’attendent à une diversion autrichienne dans le Trentin.

Source : La guerre au jour le jour

110_001

Share Button

Jeudi 16 novembre 1916

Louis Guédet

Jeudi 16 novembre 1916

796ème et 794ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Temps de gelée splendide. Il fait vraiment froid. Voilà l’Hiver. Nos pauvres soldats dans les tranchées !!!!… Rien de saillant. Pas sorti le matin, fort occupé. Reçu lettre de Madeleine m’annonçant que Jean est arrivé à St Martin en permission jusqu’au 22 novembre, il doit être à Fontainebleau le 27.

Après-midi audience de conciliation pour les réquisitions militaires. Tout cela suit son cours, mon service étant parfaitement organisé et y veillant. Rentré à 5h, travaillé. Le calme, pas de bombardement sérieux. Le sous-intendant Payen me disait qu’un officier du 403ème (403ème RI, affecté à la défense de Reims depuis le 25 août 1916) lui aurait rapporté qu’un prisonnier allemand se serait vanté qu’ils allaient bombarder Reims pendant 48h sans désemparer ! Attendons, c’est tout ce qu’on peut dire dans notre malheureuse situation.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 novembre 1916 – De divers côtés, nous apprenons que les Allemands ont en effet mené, hier, une attaque avec gaz asphyxiants aux Cavaliers de Courcy. Notre artillerie l’aurait brisée.

— Canonnade et sifflements vers 17 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

538_001


 Cardinal Luçon

Jeudi 16 – Nuit tranquille à Reims ; mais tir de nos gros canons toute la nuit de temps en temps à longs intervalles. Pas de riposte allemande. – 1° ; beau temps. Matinée bruyante de 9 h. à 11 h. A 5 h. bombes sifflent sur batteries. Plusieurs tombent pas loin d’ici. Puis lecture Wisennmann (Fabiola). Commencé Lagrange (Epître aux Romains).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 16 novembre

Violents combats sur le front de la Somme. L’ennemi a tenté un puissant effort au nord et au sud de la rivière. Il n’a obtenu que des avantages très restreints au prix de pertes très élevées. Au nord, il a attaqué, après un bombardement intense de nos positions, depuis Lesboeufs jusqu’à Bouchavesnes et au-delà. Il a pris pied seulement dans nos éléments avancés, à la corne nord et à la lisière ouest du bois de Saint-Pierre-Vaast. Au sud, il a porté ses assauts sur le front Ablaincourt-bois de Chaulnes. La lutte s’est terminée par l’échec des Allemands, qui ont dû rentrer dans leurs tranchées de départ, sauf dans la partie est du village de Pressoir où ils ont pu progresser. Les Anglais ont gagné du terrain au nord de l’Ancre. Leur chiffre de prisonniers monte exactement à 5.678. Leurs pertes sont peu importantes. Au sud de l’Ancre, ils ont fortifié leurs positions à l’est de la butte de Warlencourt. Nouveau succès serbe dans la région de la Cerna. Nos alliés prennent le village de Cegel. De concert avec nous, ils progressent au nord de Veleselo vers Tepavoi. Le chiffre de leurs prisonniers est, au total, de 3,200. Les Roumains reculent en Valachie et réalisent des avantages en Dobroudja. Succès russe sur la Narajovka. L’Amérique fait une démarche à Berlin en condamnant les déportations belges. La Russie proteste contre l’appel austro-allemand aux Polonais.

Source : La guerre au jour le jour

Share Button