Paul Hess

Dimanche 2 juillet 1916

Après une journée passée dans le calme, des sifflements commencent à se faire entendre à 18 h 1/2, alors que je rentre de ma promenade quasi-hebdomadaire rue du Jard.

Assez espacés pendant une heure, ils finissent par se succéder rapidement. De 19 h 1/2 à 20 h, le bombardement est devenu violent ; par instants, je compte de six à huit très fortes explosions d’arrivées à la minute. Les obus tombent dru au Port-Sec, vers la rue Hurtaut, aux casernes Neufchâtel, autour de la ferme Prévôt, avenue de Laon et dans le haut de la rue Lesage.

Le voisinage de la place Amélie-Doublié est visiblement sur le qui-vive. Du rez-de-chaussée du n° 2, où ses quelques habitants sont réunis, attendant les événements, nous apercevons des voisins de la rue Docteur-Thomas sur les portes, attentifs, prêts à rentrer pour s’abriter ; nous distinguons quelques gens aux écoutes, derrière leurs fenêtres comme nous, assez inquiets sur ce qui pourrait venir et s’appliquant surtout à se rendre compte si les sifflements rapprochent.

La tranquillité revient à 20 heures et nous passons ensuite une très bonne nuit.

A l’encontre de beaucoup d’autres, cette séance de bombardement était en quelque sorte attendue et n’a surpris personne, nos pièces ayant tiré environ 4 500 coups de canon avant-hier, vendredi 30 juin.

On apprend, aujourd’hui, les premiers résultats de l’offensive dans la Somme.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 2 – + 15°. Nuit comme à l’ordinaire : de temps à autre, gros coups de canon. De 6 à 7 h. soir bombes sifflantes sur les faubourgs de Laon. Vers 3 h. 1/2, heure légale, conversation entre batteries sur un ton très élevé. Vers 2 h. nuit, violent combat d’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 2 juillet

L’offensive, après le violent bombardement des jours précédents, a été prise sur un front de 40 kilomètres par les troupes françaises et anglaises en jonction. Les alliés se sont emparés de la première ligne ennemie en faisant un grand nombre de prisonniers.
Au nord de la Somme, nous nous sommes établis aux abords du village de Hardecourt et aux lisières du village de Curlu où le combat continue.
Au sud de la Somme, les villages de Dompierre, Pecquincourt, Boussu, Fay, sont tombés entre nos mains. Nous avons capturé – indépendamment des captures anglaises – 3500 Allemands non blessés.
Quatre attaques allemandes ont échoué sur la rive gauche de la Meuse.
Sur la rive droite, après avoir reperdu l’ouvrage de Thiaumont, nous l’avons repris.
Nos avions ont bombardé les gares de Nesle et Roye, une fabrique de munitions près de Noyon. Un fokker a été abattu dans la forêt de Bezanges.
Les Allemands, exécutant leurs menaces, ont commencé à restreindre leurs importations en Suisse.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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