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Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

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Samedi 9 mars 1918

Rue Buirette

Louis Guédet

Samedi 9 mars 1918                                                     

1275ème et 1273ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Gelée, temps magnifique. Beaucoup de courrier, que je n’aurai pas fini aujourd’hui. Pas de nouvelles des Grands, cela nous inquiète un peu. Lettre de mon vieil expéditionnaire le Papa Millet qui est arrivé à bon port à Dinan (C. du N.) (Côtes du Nord, actuellement Côtes d’Armor) chez sa fille. Son voyage d’évacuation s’est bien passé. Encore un fil de mon existence qui se brise. Pas de nouvelles de Reims. Cela me laisse presque indifférent maintenant. Je n’ai, je crois, plus la force de souffrir, de m’inquiéter !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 8 au 9 mars 1918 – Nuit encore très mouvementée. A partir de 18 h, tir par obus à gaz, sur le quartier allant de la rue de Vesle à la rue Buirette.

Incendie au coin de la rue de l’Arquebuse.

Deux soldats sont tués et trois autres blessés, à l’école de la rue des Poissonniers.

Reprises du même bombardement sur d’autres quartiers, pen­dant toute la nuit.

Marmites rue de Venise, rue du Barbâtre et tir sur avions, vers minuit et demie.

9 mars 1918 – Bombardement, jour et nuit.

Avant d’entrer, au bureau, nous remarquons un incendie qui semble important : il s’agit, paraît-il de l’entrepôt Mauroy, rue du Temple.

— Dans L’Éclaireur de ce jour, se trouvent ces différentes informations :

Pain.

En raison des frais de transport et de manutention que la ville doit subir, le prix du pain sera désormais de 0,70 la boule de 1 200grammes.

La classe 19

Elle serait incorporée vers le 15 avril.

Le Conseil des ministres a approuvé le projet de loi relatif à l’incorporation de la classe 1919-

L’an dernier, la classe 1918 avait été incorporée après les fêtes de Pâques. Il en sera de même cette année. On peut donc prévoir que la classe 1919 sera appelée aux environs de la deuxième semaine d’avril.

Secours en cas de bombardement par obus à gaz

A la liste des postes de secours indiquée récemment dans notre journal et sur l’affiche apposée en ville, il y a lieu d’ajouter, bien entendu, le poste permanent de la Croix-Rouge, où, depuis le début de la guerre, nos braves brancardiers sont toujours prêts à donner à nos concitoyens le concours de leur compétence et de leur dévouement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Samedi 9 – + 1°. Gelée blanche ; beau temps. Vers 2 à 4 h. nouveaux bombardements d’environ 1/4 d’heure chaque fois, violents, sur batteries ? Visite de M. René Bazin et de M. le Général Descoings, Chef du service des étapes. Visite à la Cathédrale avec eux. Toute la journée, les avions ronflent, et les obus sifflent : où vont-ils ? Vers 9 h. 1/2 comme hier soir, bombes ; sur batteries ? Sur les passages, sur les rues. Mgr Neveux prononce à Paris un discours, ou conférence, sur l’Héroïsme et le Martyre de Reims (voir Revue Reims-Ardennaise, p. 437, 25 avril-mai 1918).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 9 mars

Assez grande activité de l’artillerie ennemie devant la Pompelle et dans la région d’Avocourt.
En Lorraine, nous avons repoussé un fort coup de main ennemi sur Moncel. Les assaillants, qui ont subi des pertes sérieuses, ont laissé une dizaine de prisonniers, dont un officier entre nos mains.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie allemande vers Ribécourt et dans la vallée de la Scarpe.
Grande activité des deux artilleries dans le secteur d’Ypres, entre la route de Menin et la forêt d’Houthulst.
Dans le secteur de Neuve-Chapelle, des détachements ennemis, à la faveur de l’épais brouillard, ont attaqué quelques postes britanniques avancés au nord-ouest de la Bassée. Les assaillants ont réussi à pénétrer dans un des postes d’où quelques hommes ont disparu. Sur les autres points, ils ont été rejetés, laissant des prisonniers.
Un raid aérien a eu lieu sur Londres. On compte 11 morts et 56 blessés. L’attaque, pour la première fois, a eu lieu par une nuit sans lune.
L’Allemagne a signé un traité avec la Finlande.
Le cabinet espagnol, présidé par M. Garcia Prieto, a démissionné.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 22 janvier 1918

Paul Hess

22 janvier 1918 – Bombardement. Arrivées en ville. Obus rue de Vesle et au-delà du canal.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 22 – + 9°. Nuit tranquille. Visite du Capitaine Davoust duc d’Auerstadt (sic). Carte de visite avec écrit et un billet de 100 f. du Ministre de la Guerre d’Italie, Général Vittorio Alfieri. Visite du Général de Mondésir ; du lieutenant Colonel Henry et adjoint. Bénédiction de la Croix d’Officier de la Légion d’Honneur. Visite du Capitaine des transports militaires automobiles, avec M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(sic) : Capitaine Davout,duc d’Auerstaedt descendant du Maréchal d’Empire Louis-Nicolas Davout

Mardi 22 janvier

En Argonne, un coup de main effectué dans les lignes ennemies, au Four-de-Paris, nous a permis de ramener une quinzaine de prisonniers et trois mitrailleuses.
Activité des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse et, en Alsace, dans la région du Sudel et de l’Hartmannswillerkopf.
Dans la journée du 20, trois avions allemands ont été abattus, dont deux par le tir de nos canons spéciaux. En outre, quatre appareils ennemis sont tombés dans leurs lignes à la suite de combats avec nos pilotes.
Les Belges ont repoussé une patrouille ennemie qui s’avançait en radeau vers un de leurs postes avancés de la région de Ramscapelle. Rencontres de patrouilles allemandes et belges dans la région à l’ouest de la forêt d’Houthulst.
Un avion allemand de bombardement revenant de Dunkerque a dû atterrir près de Bulstamp. Les quatre passagers, dont un officier, ont été fait prisonniers.
En Macédoine, l’ennemi, après une violente préparation d’artillerie, a prononcé sur nos positions, à l’ouest du Vardar, une série d’attaques qui ont échoué complètement.
Sur un seul point, l’ennemi avait pu pénétré dans nos tranchées bouleversées. Il en a été chassé aussitôt par une vigoureuse contre-attaque des troupes helléniques.
Combat de patrouilles sur le front italien.

 

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Mardi 28 août 1917

Paul Hess

28 août 1917 – Même bombardement, la nuit, que tous ces jours derniers. Obus vers la Haubette, la rue de Vesle et la rue Bacquenois, où un homme est tué chez lui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Bombes rue Hincmar, rue du Préau, devant chez M. Compant, sur l’imprimerie. 1 homme tué dans son lit rue Bacquenois. Réunion Pro­vinciale des Evêques à Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 28 août

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont tenté, par une violente contre-attaque, de nous rejeter des lisières sud de Beaumont. Nos feux ont anéanti leurs efforts. Nous avons maintenu toutes les positions conquises, sur lesquelles nous nous organisons. Le chiffre des prisonniers fait la veille dépasse 1100, dont 32 officiers.
Deux coups de main ennemis, au nord et au nord-est de Vaux-les-Palameix ont échoué.
En Lorraine, vers Seicheprey et à l’Hartmannswillerkopf, nous avons repoussé des attaques et fait des prisonniers.
Sur le front belge, les Allemands ont canonné à longue portée Avecapelle et Adinckerke.
Les Anglais ont réussi un coup de main à Oosttaverne. Leurs aviateurs navals ont bombardé l’aérodrome de Saint-Denis-Westrem, sur lequel une quantité considérable de bombes ont été jetées.
Les Italiens ont poursuivi victorieusement leur dure marche en avant sur le plateau de Bainsizza, au nord-est de Gorizia.
Sur le front de Macédoine, canonnade et rencontre de patrouilles au nord de Monastir. Notre aviation a bombardé Lesnica, entre les lacs Malick et d’Okrida.
Échec des Austro-Allemands en Molavie, près d’Ocna.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 11 août 1917

Louis Guédet

Samedi 11 août 1917

1064ème et 1062ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Bombardement cette nuit passée de 10h du soir à 2h du matin par intervalles irréguliers. Peu ou mal dormi. Pluie la nuit. Ce matin beau temps nuageux et lourd. Rien de saillant. Tout le monde est las. Peu de lettres. Je suis à jour. Vu Beauvais qui craint (mais ne le désire-t-il pas ?) encore l’évacuation de Reims. Rien appris de lui. Il s’en moque maintenant qu’il a son ruban ! Écrit à mon ancien Procureur et ami Bossu mon dégout et mon découragement de tout cela.

Tous les gens que je rencontre sont tristes et soucieux, de plus en plus on se croirait non dans un tombeau, mais dans un cercueil, avec notre pauvre cité démolie, ruinée et ses rues désertiques. C’est à devenir fou ! Parfois je me prends à avoir peur de cette solitude dans cette solitude. Et quand je songe qu’il me va falloir encore vivre de cette vie marmoréenne des mois et des mois. Non vraiment, le Ciel est trop haut !! et la Délivrance trop loin ! C’est à ne plus croire à rien et à désespérer de tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 août 1917 – M. Boidin est tué au Jardin-école.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 11 – De 9 h. à minuit, très active canonnade du côté français ; faible riposte allemande. Nuit tranquille à partir de minuit. Indisposition. Visite de 5 officiers qui n’ont pu venir avec ceux d’hier. Fréquents obus allemands pendant l’après-midi en divers points. Obus au bout de la rue de Vesle à l’avenue de Paris, à la Haubette, rue Cazin autour du n° 14. Un civil tué, instituteur.

Avenue de Paris – CPA : collection Pierre Fréville

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 11 août

Au nord de Saint-Quentin, activité soutenue des deux artilleries dans la région du Fayet. Deux attaques ennemies, entre le moulin de Sennechet et la ferme Cepy, ont été arrêtées par nos feux.
Violente lutte d’artillerie sur le front Panthéon-épine de Chevregny. L’ennemi a subi sur ce front un sanglant échec après lequel il a renoncé à toute tentative. L’attaque avait été montée avec le plus grand soin. Outre trois bataillons, les Allemands avaient engagé neufs détachements de troupes spéciales d’assaut et deux détachements de lance-flammes. Nous avons fait plus de 100 prisonniers.
En Champagne, après une préparation d’artillerie, les Allemands ont attaqué nos tranchées à l’est de Maisons-de-Champagne. Aux deux ailes, nos feux ont brisé toutes les tentatives. Au centre, où les assaillants avaient pris pied, un combat très vif s’était engagé : il s’est terminé à notre avantage.
Canonnade sur les deux rives de la Meuse.
Les Anglais ont achevé la conquête du village de Westhoeck, à l’est d’Ypres et ils se sont emparés de crêtes importantes. Ils ont pénétré sur un large front dans les positions allemandes à l’est de Monchy-le-Preux. L’ennemi a subi de grosses pertes.
Nouvelle avance de Mackensen en Moldavie.
Un bataillon ennemi a été repoussé à Housa, sur le front franco-hellénique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 9 août 1917

Louis Guédet

Jeudi 9 août 1917

1062ème et 1060ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps après la pluie torrentielle de la nuit. A 3h du matin réveillé en sursaut par les canons antiaériens tirant sur des aéroplanes allemands. Journée fort occupée. On a déménagé ce que ma femme désirait, le dernier wagon est plein, il partira demain matin, me voila sans plus rien…  les meubles que j’ai ici et qui garnissent ma chambre sont à Madame Gambart ! Je suis de plus en plus sans-logis. Pas de lettre de ma femme. J’ai travaillé d’arrache-pied. Cette grande maison me parait bien vide maintenant. Tout s’en va autour de moi. Vu personne, n’étant pas sorti. Quelques coups de canon, mais au loin, cela tonne toujours très fort vers Mont-Haut. Quelle lassitude !!

Lutta, fondé de Pouvoir de Mareschal qui est maintenant comme interprète de hongrois au Ministère de la Guerre nous disait l’autre jour que la Reine des Belges était surveillée, et qu’on interceptait même sa correspondance. Les allemands restent toujours des allemands. C’est la race qui veut cela !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 9 au 10 août 1917 – Bombardement de la ville.

Obus rues de la Prison, des Capucins, de Vesle.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 9 – + 16°. Nuit tranquille jusqu’à 3 h. 30 ou 4 h. Alors gros canon français sur tracteurs gueule (tonne) pendant 1/2 heure ou 3/4 d’heure. De 9 à 11 h. canonnade française, riposte allemande.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 9 août

Activité très marquée des deux artilleries sur la plus grande partie du front de l’Aisne. Des détachements ennemis, qui tentaient d’aborder nos lignes à l’est de Vauxaillon et à l’ouest du plateau de Californie, ont été repoussées par nos feux.
Au nord de Saint-Mihiel et en Haute-Alsace, des coups de main ennemis ont complètement échoué.
Canonnade sur la rive droite de la Meuse, dans le bois de Caurières et le secteur de Douaumont.
Des coups de main effectués par les Anglais sur les tranchées ennemies vers Lombaertzyde leur ont permis de ramener un certain nombre de prisonniers et de mitrailleuses.
Canonnade à l’est et au nord d’Ypres, vers Westhoeck et vers la voie ferrée d’Ypres à Staden. Le bombardement continue, mais avec moins de violence dans la région de Dixmude.
Canonnade sur l’ensemble du front de Macédoine. Deux coups de main ennemis ont échoué dans les secteurs serbes et dans la boucle de la Cerna.
L’aviation britannique a bombardé les campements bulgares, au sud de Velès.
L’armée russe a repris des offensives partielles à la frontière galicienne. Elle recule à nouveau en Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 29 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 29 avril 1917

960ème et 958ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, belle matinée, tout pousse, tout verdoie, et nous nous souffrons toujours, toujours. Bombardement hier soir vers 9h, centre, boulevard Lundy, Boulingrin. Bataille enragée toute la nuit, mal dormi. Toujours vers Brimont. Nos incapables continuent à faire tuer nos enfants pour rien, si pour leur peau qu’ils n’exposent jamais, ceux-là !!

Messe de 7h de paroisse, messe basse dite par l’abbé Camu qui a prononcé un petit sermon commentant très gentiment le Pater, adapté aux circonstances actuelles. Orgue tenu par un vicaire. Boudin et un autre ont chanté le Kyrie, le Credo et le Salve Regina. Une 30aine (trentaine) de personnes au plus. S.E. le Cardinal Luçon n’était pas venu.

Rentré déjeuner, fait ma toilette. Commencé une lettre pour ma chère femme, mais que lui dire ? L’esprit s’alourdit avec cette vie de bête, toute matérielle et désœuvrée, et puis rien à conter. Toujours le même refrain…  je pense aller déjeuner aux Galeries si l’on ne bombarde pas au moment d’y aller.

6h soir  En allant aux Galeries Rémoises déjeuner, à 11h50, j’aperçois un incendie vers le Pont de Vesle, il parait que c’est une bombe incendiaire d’aéroplane qui est tombée place Colin. A la Poste je trouve une lettre de Madeleine et une de Robert, qui m’explique la formation des groupes d’artillerie légère qui permet de compléter son adresse :

  • 1er Groupe         1 – 2 – 3ème batteries
  • 2ème Groupe      4 – 5 – 6ème batteries
  • 3ème Groupe      7 – 8 – 9ème batteries

Robert étant à la 3ème batterie, 3ème pièce, fait donc partie du 1er Groupe du 61ème d’artillerie. Aux Galeries, moins de convives, Melle Claire Donneux, Melle Lemoine, MM. Curt et Bourelle, plus Melle Chauffert. Causé d’un tas de choses, mais rien d’intéressant, sauf que Lorin et Tricot s’intéressent toujours beaucoup à moi, et M. Lorin croirait savoir que le Président de la République doit venir bientôt à Reims, sans doute pour décorer : Charbonneaux, de Bruignac, Houlon, Beauvais, etc…  Rentré chez moi en passant au 76 place d’Erlon jeter ma lettre à Madeleine, à laquelle j’ai joins celle de Roby qui doit être vers, ou à Châlons-le-Vergeur, tout proche de Trigny (Il y avait là en 1917 un cantonnement important, avec baraquements en bois, abris en tôle, écuries et entrepôts de stockage de matériaux et de munitions). J’écris à mon pauvre petit et le recommande de s’adresser à Alix Sohier, la gardienne de la maison des Mareschal, s’il avait besoin ou désirait quelque chose, qu’il ne se gêne pas.

Rentré ensuite chez moi pour écrire, et classé toutes mes lettres en retard du 6 avril 1917. C’est fait. Je ne songe pas à sortir, il fait trop chaud. Il fait un temps magnifique, splendide…  que c’est triste de ne pouvoir en jouir au calme.

8h3/4 soir  A 7h1/2, je sors et je pousse jusqu’à l’incendie que j’ai vu ce matin, exactement rue de l’Abreuvoir, 6, chez M. Braidy, fabricant de paillons à bouteilles, par un coucher de soleil radieux sur lequel s’estompe les dernières fumées de cet incendie. Place Colin, je rencontre un employé de l’État-civil, M. Déloges (ce serait plutôt M. Deseau), qui me dit que l’incendie pour lui a été mis par des soldats, et non par une bombe d’aéroplane. Je pousse jusqu’à l’emplacement du sinistre. Les Pompiers de Paris se sauvent ou ne veulent rien dire. Je questionne des enfants, Robert Colinet (1905-1981), 4, rue de l’Abreuvoir, Marcel Hourlier (né en 1909 à Tinqueux), de La Haubette Tinqueux, Marcel Picquart, rue Béranger, 4, le Père Kranz (à vérifier), du lavoir St Louis. Ils ne savent rien. Colinet appelle sa mère, qui se démène et jure ses grands dieux qu’elle n’a rien entendu !! Cette femme ne me dit pas la vérité. Elle défend trop les soldats…  qui ne sont pas cantonnés là. C’est plutôt louche. A moins qu’elle n’ait couché avec les coupables. Dans les tas de paillons sauvés, je trouve 2 vestes du 220ème et une du 348ème, ancien modèle…  Mon enquête faite, je rentre chez moi nuit tombante et les bombes aussi, à telle enseigne que des éclats tombent sur la maison Hébert, au 54. Je suis au 52. Une attaque se déclenche également vers la rue de Neufchâtel, on ne s’entend plus, mais les nôtres répondent diablement.

Au moment où je termine ces lignes, çà a l’air de s’apaiser. Combien de fois aurons-nous entendu de ces canonnades endiablées, croyant que c’est enfin celle de la délivrance, et puis rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 29 avril 1917 – Ce dimanche, je vais faire une promenade dans la matinée et je passe rue du Barbâtre 41, pour causer un instant des événements avec d’excellents amis — la famille Cochain — dont la boulangerie, à cette adresse, est toujours ouverte.

Ils me font voir le fond du culot d’un 305, que leur ont apporté, ces jours derniers, des soldats qui venaient de le ramasser sur l’avenue de la Suippe, où il était allé retomber, vraisemblablement après l’éclatement du projectile sur la cathédrale ou dans son voisinage. Ce disque à vis de l’énorme obus, une curiosité, pèse, à lui seul, plus de 20 kilos.

— Sifflements à partir de 11 h. Incendies rues de Vesle et de Bétheny.

A 13 h 1/2, arrivée vers les Halles, au moment où les collègues de la « comptabilité » et moi, nous y trouvons en tournée. Après-midi très mouvementé. Tir de nos pièces et bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – + 10°. Visite de Maurice Lamort, qui dévisse les obus, et a dévissé le 305 tombé sans exploser dans la Cathédrale, le 25 avril. Pose dans les ruines avec M. Lecomte devant l’appareil d’un photographe. Journée très agitée ; nombreuses bombes. Nuit affreuse de 8 h. soir à 4 h. matin. Bombardement mais pas sur nous. Quoique autour de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 29 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, actions d’artillerie assez violentes au cours de la nuit. Escarmouches à la grenade aux premières lignes, dans la région au sud de Saint-Quentin.

Vers Laffaux, l’ennemi a tenté, sans succès, un coup de main sur nos postes avancés.

En Champagne, activité assez grande des deux artilleries. Une attaque allemande, précédée d’un violent bombardement et dirigée sur une de nos tranchées à l’est d’Auberive, a été brisée par nos feux de mitrailleuses et nos barrages.

Sur la rive gauche de la Meuse, un de nos détachements a pénétré dans les lignes allemandes de la cote 304 et a ramené des prisonniers.

Le matériel capturé par nos troupes dans la bataille engagée le 16 avril comprend 173 canons lourds et de campagne, 412 mitrailleuses, 119 canons de tranchée. Le chiffre des prisonniers atteint 20780.

Les Anglais ont attaqué, au nord de la Scarpe, sur un front de plusieurs kilomètres. Ils progressent dans d’excellentes conditions, malgré la vigoureuse résistance de l’ennemi.

Les Bulgares avaient réussi à reprendre pied dans les tranchées récemment conquises par les Anglais, à l’ouest du lac Doiran. Une contre-attaque immédiate les a rejetés.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 20 avril 1917

L'intérieur de la cathédrale

Louis Guédet

Vendredi 20 avril 1917

951ème et 949ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Pluie hier soir, beau temps ce matin, moins froid qu’hier, matinée couverte mais claire. Le beau temps semble vouloir se stabiliser. Bombardement la nuit, de petits obus, des 77. Mal dormi, on est toujours sur le qui-vive dans la crainte des gaz asphyxiants. Ce matin été au Palais (qu’on me disait à moitié détruit, il n’en n’est rien) porter mes lettres à la Poste. Place du Parvis je rencontre Émile Charbonneaux et nous regardons ensemble le trou énorme fait par un 240 ou un 305 hier soir vers 5h au 2ème bombardement de la Cathédrale qu’ils visent avec acharnement et rage, devant la maison du marchand de tableaux et de cartes postales, près de chez Boncourt le pharmacien, juste devant l’angle de la place et de la rue Tronsson-Ducoudray, saillant sud du mur de l’ancienne prison. Ce trou a 6 mètres de diamètre et autant de profondeur !! Toute la rue est coupée à cet endroit, il faut longer le trottoir du Palais de Justice pour pouvoir passer.

Devant le Palais de Justice, dans le petit parterre de face à gauche en entrant, en face de la chambre du concierge (et non de sa loge cuisine) un autre trou de 7/8 mètres de diamètre et autant de profondeur. Il est tombé en pleine terre végétale, et cela explique sa plus grande profondeur que le 1er place du Parvis. On marche dans toutes sortes de débris, gravats, terre éclaboussée, et…

Je pousse à l’Hôtel de Ville où Raïssac me dit n’avoir pu donner mes valeurs à consigner à Charles. Je les lui laisse pour qu’il profite de la 1ère occasion pour Épernay. Là j’écris un mot à Madeleine et Robert que Raïssac m’a proposé obligeamment de donner à M. Jallade qui va à Paris.

10h matin  2 bombes, allons-nous être obligés de descendre à la cave ? Je lis dans le Petit Parisien d’aujourd’hui que M. Jacques Régnier, notre sous-préfet, vient d’être nommé secrétaire Général des Bouches-du-Rhône à Marseille. C’est la suite de son aventure avec Lenoir, à l’Hospice Noël-Caqué, où il ne pouvait se tenir debout tant il était ivre. Il est remplacé par M. Bailliez, sous-préfet d’Abbeville (Charles-François Louis Bailliez, décédé en 1922 dans l’exercice de ses fonctions).

10h20  Il faut descendre, les obus se rapprochent. Quand donc aurons-nous fini de mener cette vie épouvantable d’angoisses renouvelées à chaque instant, et sans cesse.

10h3/4  Nous remontons au soleil.

3h1/2  Déjeuner mouvementé, on mange 3 bouchées et on se lève pour descendre à la cave, assiette en main. Après 5/6 exercices variés de ce genre : Zut ! on s’assied ! et arrive qui pourra, on mange…  plutôt mal ! l’oreille au guet !! pour entendre où çà tombe et si çà rapproche.

A peine fini de déjeuner à 12h1/2 Dondaine m’arrive pour faire un inventaire chez Vassart, avenue de Paris. Je suis émotionné au point de lui faire presque un reproche de venir ici dans des moments pareils. Il avoue lui-même : « Qu’il n’a plus le pied marin pour cela ! » Nous causons et j’ai hâte qu’il parte avenue de Paris. Je lui signe l’inventaire Vassart d’avance à tout hasard si je ne puis aller avenue de Paris. Je prends l’inventaire Mareschal pour le faire signer à Bompas à la Chambre des notaires, je lui signe en blanc les requêtes d’ordonnances pour les 6 dépôts de valeurs à la Caisse des dépôts et Consignations à Fréville, lui donne une lettre pour le Vice-président, et lui dit que si je ne puis les lui remettre je lui ferai remettre par un agent cycliste les valeurs Giot et Valicourt. Nous nous quittons, lui pour l’avenue de Paris, moi pour l’Hôtel de Ville, rue du Cadran St Pierre, place d’Erlon, du Carrouge, Thiers devant la Chambre des notaires des bombes, pas de grosses.

A l’Hôtel de Ville je trouve heureusement Raïssac qui me remet mes plis. Je fais appeler Bompas qui me signe sur un coin de table l’inventaire Mareschal. Émile Charbonneaux  apprenant que j’ai un lien pour Épernay, me dit que l’abbé Camu cherche quelqu’un pour remettre un rapport et une protestation du Cardinal Luçon au Pape contre les derniers bombardements de la Cathédrale. Je saute chez l’abbé Camu qui me dit que le sous-préfet a bien voulu s’en charger pour faire porter ce pli à Paris ; on gagnera ainsi 3/4 jours. Il n’y a pas de temps à perdre, sans cela la pauvre Cathédrale sera démolie…  de là je prends mon courrier, insignifiant. 2 lettres. Une de ma femme, toujours aussi affolée. Je file enfin avenue de Paris chez Vassart au delà de la Porte en fer Louis XVI (depuis 1960 elle se trouve rue de Bir-Hakeim, en face du Cirque), en face de l’auberge du Soleil d’Or. J’y trouve Dondaine faisant son inventaire. Je trouve là Alfred, ancien cocher de M. de Vroïl, de Courcy, château de Rocquincourt, la veuve Vassart et un autre cocher…  avec M. Lavergne, chef de bureau, secrétaire du conseil Municipal qui lâche et s’en va (Chef du 1er bureau du secrétariat à la Mairie). Que de départs, surtout  de défections au…

Le tiers central de la page a été découpé.

Je rentre à la maison. Rue de Vesle, vers la rue de Soissons (rue de la Magdeleine depuis 1947), je rencontre 4 prisonniers allemands, Croix Rouge. Je ne puis m’empêcher de leur jeter : « Assassins ! assassins !! » Ils baissent la tête. Plus loin chez le marchand de bicyclettes, un peu avant Jean-Bart café rue des Capucins, j’aperçois un petit soldat avec la fourragère du 61ème d’artillerie, je lui demande où il est en ce moment, et s’il est de la batterie de mon pauvre Robert. Il me répond qu’il fait partie des batteries de crapouillots devant Brimont, et par conséquent n’est pas avec mon petit. Alors je lui demande où nous en sommes devant Brimont, et si çà va bien là-haut !!…  Il m’affirme que cela va très bien, et comme il m’ajoute que nous sommes à Brimont, je lui dis : « au château de Brimont, pas à Brimont ! » Lui de répondre : « Nous sommes à Brimont et sur la route à la redoute du cran de Brimont, près de cette route. Nous les encerclons !! J’insiste et en effet, nous avons bien le village de Brimont, il n’y a que le massif boisé qui reste à réduire. Il parait que les allemands ont creusé dans ce pic des souterrains formidables. Ils sont encerclés ou à peu près, et il faudrait qu’ils s’en aillent comme à Douaumont, ou qu’ils meurent de faim là-dedans ». Je le remercie, lui donne le nom de Robert à tout hasard, et suis un peu réconforté en sachant Brimont à merci.

5h20 soir  Le bombardement…

Le tiers central de la page a été découpé.

…cave. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. On ne peut entreprendre aucun travail suivi, on a toujours l’esprit en éveil, aux aguets. On mène une vie purement animale. Vie de bête sans défense traquée à chaque minute de la journée et de la nuit. Les bombes sont tombées jusqu’à 8h1/2, les coups se succédaient régulièrement par volées de 4, quand un obus éclatait on entendait le suivant siffler. Le tout vers la Gare et l’Hôtel de Ville, rue de Tambour fort abîmée et rue Colbert face Banque de France. Malheureusement là des blessés. Le capitaine des pompiers de Reims Geoffroy et Cogniaux, employé à la Ville, très légèrement blessés. Enfin Colnart (Eugène) qui s’occupait des laissez-passer, fort blessé. C’était un charmant garçon, espérons qu’il s’en tirera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 avril 1917 – Bombardement toute la nuit, dans le centre.

— A 11 h, du bureau, nous entendons le sifflement et l’explosion d’un 150 sur la place de l’hôtel de ville, devant la rue de la Prison ; c’est le premier obus de la matinée, mais il est encore suivi aussitôt de beaucoup d’autres.

Toujours même vie pénible. Descente à la cave ; impossible d’en sortir.

Il nous a fallu, ces jours-ci, nous organiser au point de vue du ravitaillement. Guérin, notre cuistot de la « comptabilité », passe régulièrement chaque matin, à la boucherie ou aux halles, puis à la boulangerie d’Hesse, rue de Tambour, où il peut devenir très diffi­cile, sinon impossible, de courir plus tard. Nous avons dû faire, tous, une nouvelle provision de conserves diverses et l’administra­tion municipale a fait réserver à l’hôtel de ville, pour le personnel,  des boules de pain et des pommes de terre, au cas où il ne pour­rait pas faire d’achats au dehors.

Les fontaines ne coulent plus. Une arroseuse de la voirie mu­nicipale, conduite par Jacquet, cantonnier, dont nous guettons le retour dans la cour de la mairie, nous approvisionne d’un seau d’eau chaque matin, après la tournée régulière chez les boulangers qui n’ayant pas de puits, ont demandé à être servis de cette ma­nière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 6°. Via Crucis in Cathedrali pervastata. Voûtes tom­bées au transept et devant la chaire. Amas de décombres obstruant l’édi­fice ; Fonts Baptismaux écrasés, écrasés. « La France est punie par où elle a péché : elle a renié son baptême, en déclarant ne reconnaître aucun culte ; elle a rompu l’alliance avec le Christ dont la Cathédrale est le monu­ment ; elle est frappée dans sa Cathédrale et ses fontaines baptismales » ai- je dit au Cicerone (M. Huart) en contemplant cette dévastation. Fréquentes bombes sur les batteries, sur la ville. Expédié lettres au Pape, relatant les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


Vendredi 20 avril

Au sud et au sud-ouest de Saint-Quentin, grande activité des deux artilleries. Rencontres de patrouilles aux lisières de la haute forêt de Coucy.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons continué à progresser au nord de Vailly et d’Ostel. Une attaque ennemie sur la légion de Courtecon a été arrêtée par nos mitrailleurs. Une autre attaque a été fauchée pas nos feux sur le plateau de Vauclerc. Nous avons occupé les villages d’Aizy, de Jouy, de Laffaux et le fort de Condé, ainsi qu’un point d’appui au nord de la ferme de Hurtebise. Nous avons fait 500 prisonniers et capturé 2 canons de 105. A l’ouest de Berméricourt, nous avons fait 50 prisonniers.

En Champagne, lutte violente dans le massif de Moronvilliers. Nous avons élargi nos positions au nord du Mont-Haut. Au nord-ouest d’Auberive, nous avons enlevé un système de tranchées et capturé 150 Allemands.

Echec d’une tentative ennemie à Bolante, dans l’Argonne.

Progrès anglais près de Loos. Le butin de nos alliés est maintenant de 228 canons.

Le cabinet Romanonès a donné sa démission à Madrid. Il a été remplacé par un cabinet Garcia Prieto.

Le général von Bissing, gouverneur général de Belgique, est mort.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 8 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 11 février 1917

883ème et 881ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Toujours le même temps, peut-être plus froid qu’hier. Pas encore sorti, traîné pour me lever et m’habiller, cela pour le temps, que faire ? J’attends la messe de 11h1/4 à St Jacques. Il n’y fera pas chaud, elle est à tous vents. Dehors 4° au-dessous et dans ma chambre 4° au-dessus…  par ce soleil et avec du feu. J’ai froid. J’ai froid. J’ai froid au cœur et à l’âme. Misérable vie, triste vie, souffrir toujours…  toujours, c’est trop !

5h soir  Vers deux heures le temps magnifique m’incite à sortir porter mes lettres rue de Vesle, puis désœuvré je vaque, j’erre par la Ville, avenue de Paris, chemin Passe-Demoiselles, rue de Courlancy, rue du Pont-Neuf (rue Léo Lagrange depuis 1946), les allées des Tilleuls en revenant sur le Pont de Vesle. Je pousse jusqu’au pont de bois militaire de l’avenue Brébant pour retomber à la Brasserie du XXème siècle (lieu de détente détruit quelques temps après et reconstruit à l’identique en 1920, actuellement locaux d’une entreprise de transports), où dans un terrain vague jouent au football des enfants de 12 à 15 ans. Des obus se mettent à siffler, ces gamins continuent à jouer et l’un d’eux de dire au 1er obus : « T’en fait pas, on les aura !!! » puis de courir après leur ballon sans plus. Je reprends le canal, passe boulevard Louis Roederer, Drouet d’Erlon et chez Michaud pour un journal. Au débouché de la rue du Clou dans le Fer, face au théâtre, je me heurte à Pierre Lelarge et mon Auguste Goulden !! Ils s’arrêtent et nous causons un instant comme si de rien n’était. Nulle allusion à son affaire ! Je demande des nouvelles des siens, etc…  Nous nous quittons et je rentre chez moi. Auguste Goulden reste ici maintenant. Singulière aventure. L’avenir dira peut-être la vérité sur tout cela, et sur les pressions qu’on aura faites pour obtenir presque son acquittement. Néanmoins, pour moi, il restera coupable. Ceci ne me regarde pas. Je n’ai qu’à être correct tout en restant fort réservé avec lui. J’en sais trop sur cette affaire.

Vu quelques patineurs sur la patinoire St Charles…  Cela m’a rappelé les temps heureux où je patinais avec passion à Châlons. Tout cela est passé, fini pour moi. Aurais-je jamais d’heureux jours ?! Je ne le crois pas. Tout est fini pour moi. J’ai trop souffert, je souffre trop. Je n’ai plus qu’à mourir…

Absence du feuillet 429.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 8 – 29ème anniversaire de ma Consécration. – 9°. Nuit tranquille ; visite d’un Capitaine attaché au Service du Prince de Monaco(1). Duel entre artilleries. Bombes sur batteries et tranchées. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le futur prince Louis II de Monaco qui montera sur le trône en 1922, fit ses études à St Cyr et servit comme général de brigade dans l’Armée française.

Jeudi 8 février

Rencontre de patrouilles au sud de la Somme, dans la région de Deniécourt, et à l’est de Soissons, près de Vailly.

En Argonne, un coup de main allemand sur une de nos tranchées vers Bourémelles n’a rapporté que des pertes à l’ennemi.

En Lorraine, après un vif bombardement de la région d’Emberménil-Voho, les Allemands ont attaqué en fin de journée, un saillant de nos lignes vers Emberménil. Contre-attaqué aussitôt, l’ennemi a été chassé des éléments avancés où il avait pris pied. Notre ligne est intégralement rétablie; nous avons fait des prisonniers.

En Haute-Alsace, une tentative de l’ennemi dans la région de Seppois a été arrêtée net par nos feux.

Sur le front belge, canonnade autour de Dixmude et de Steenstraete.

Combats sur le front russe, le long de la Bérézina et sur le front roumain, le long du Sereth.

L’armée anglaise a occupé le village de Grandcourt qu’elle a forcé les Allemands à évacuer.

La Suisse a accepté de représenter les intérêts allemands à Paris, en remplacement de l’Amérique.

L’Espagne publie le texte de la protestation très digne qu’elle a remise au gouvernement de Berlin et qui mentionne en même temps son désir de coopérer à la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Deniécourt

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Dimanche 3 décembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 3 décembre 1916

813ème et 811ème jours de bataille et de bombardement

6h du soir  Brouillard le matin, gelée, il fait fort froid. Beau soleil dans la journée. Le brouillard s’élève à la chute du jour. Été messe de 8h1/2 (grand-messe) à la Chapelle Cathédrale de la rue du Couchant. Le Cardinal Luçon y assistait. Rentré ensuite à la maison pour travailler, ranger, etc…  Après-midi porté mes lettres à la Poste rue de Vesle avant 3h. Passé au Petit rémois (le journal) et causé des événements, donné une consultation sur un cas d’allocation de réfugié. Bienvenu me dit que Goulden est allé en révision, et qu’il lui a dit et fait dire que ce sera l’acquittement sur toute la ligne ! Attendons. Écoutons. Passé à l’Hôtel de Ville, causé avec le secrétaire de la sous-préfecture M. Martin, qui me donne des affiches de l’Emprunt, causé et rentré chez moi après avoir acheté des journaux qui, hélas, n’annoncent rien de bon du côté de Buchavo (Bukovo, actuellement Bitola en Macédoine), non plus que du côté de la Grèce où on a tiré sur nos troupes à Athènes ! Qu’on l’arrête, qu’on destitue donc cet allemand de roi Constantin (qui avait épousé Sophie de Prusse, fille de l’Empereur Frédéric III d’Allemagne), et qu’on ait la paix avec toute la clique.

Le bas de page a été découpé, les trois derniers mots ont été recopiés par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 3 – – 2°. Nuit tranquille. A 10 h. un aéroplane malgré le froid. Journée paisible.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 3 décembre

L’activité de l’artillerie a été faible sur tout le front sauf sur la rive droite de la Meuse, où l’ennemi a bombardé violemment la région de Vaux.

Une pièce allemande à longue portée a tiré plusieurs coups dans la direction de Nancy.

Lutte d’artillerie dans la région de Dixmude. Un violent combat à l’aide de lance-bombes s’est déroulé au nord de cette ville.

Sur le front britannique, bombardement intermittent de part et d’autre de l’Ancre. Un petit détachement ennemi qui avait réussi à pénétrer dans les tranchées anglaises au nord de le Sars, en a été rejeté aussitôt.

Activité réciproque de mortiers de tranchées vers Ypres, Armentières et la redoute Hohenzollern.

Canonnade sur le front italien.

Les Russes poursuivent une âpre offensive dans les Carpates boisées.

Les Roumains ont reculé au sud de Potesti, sur l’Argès et sur la Dambovitza, qui est la rivière de Bucarest. Au sud de cette ville, ils ont repris Comana et Gostinari. Les Russes se sont emparés de la partie est du pont de Cernavoda.

Les troupes régulières grecques, aidées de démobilisés, ont attaqué nos marins dans Athènes. Nous demandons réparation.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 4 novembre 1916

Paul Hess

4 novembre 1916 – Dès le matin, on parle d’un bombardement effectué par nos avions, au cours de la nuit, vers Pontfaverger – Bétheniville.

— Dans la matinée, nos pièces tirent et des arrivées se font également entendre.

A 15 h 1/4, une séance serrée de bombardement commence brusquement sur le centre.

A la mairie, le personnel doit quitter les bureaux, les projectiles tombant d’abord, par rafales de trois et quatre, dans le voisinage de l’hôtel de ville.

Groupés à quelques employés, dans la salle des appariteurs, nous voyons, entre autres arrivées, la fumée d’une explosion qui vient de se produire à l’arrière d’une des premières maisons de droite de la rue Colbert, derrière la Banque de France. Un sifflement s’accentue encore parmi les autres et un obus tombe au milieu de la place ; presque aussitôt, un 120 éclate de nouveau, cette fois sur le trottoir de la gauche du perron, devant la première fenêtre de la salle où nous nous tenons ; ses éclats, entrant par cette fenêtre, ont été projetés dans l’angle opposé à celui où nous sommes réunis — puis, cela devient un arrosage en ville.

Avant même de réintégrer nos bureaux, nous apprenons qu’un agent auxiliaire, M. Mathieu, vient d’être tué auprès du commissariat du 2e ; peu après, on signale deux autres morts : un homme, rue Gambetta et un enfant, rue du Barbâtre.

Les quartiers fortement éprouvés ce jour, ont été principalement le centre, les rues de Vesle, de Talleyrand, de l’Etape, du Cadran-Saint-Pierre, celles des alentours de l’hôtel de ville et les environs de Saint-Remi.

A 16 h les sifflements cessent, mais alors, nos pièces ripostent ferme.

— Les journaux ont annoncé aujourd’hui, la reprise du fort de Vaux.

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916

Vaux, le front allemand, le 4 novembre 1916


Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit tranquille. Pluie. Projections. + 10°. A 9 h. canons fran­çais. A 9 h. 1/2 bombes allemandes sifflent. Visite au Fourneau rue Féry. Bombes rue du Jard. A 3 h. gros canons français. A 9 h. 1/2 riposte allemande par bombes sifflantes nombreuses, dont quelques-unes tombent pas loin d’ici. Bombardement violent pendant trois quarts d’heure : 250 obus sur la ville : rue du Clou-dans-le-Fer, rue des Carmes, rue de l’Etape, église Saint-Jacques, rue Thiers. Victimes.


 

Samedi 4 novembre

L’ennemi, sous la violence de notre bombardement, prolongé depuis plusieurs jours et sans attendre l’attaque de notre infanterie, a évacué le fort de Vaux. Notre infanterie a occupé cet important ouvrage sans aucune perte. La ceinture des forts extérieurs de Verdun est maintenant rétablie dans son intégrité et solidement tenue par nous. Notre infanterie, maîtresse du fort de Vaux, a progressé jusqu’aux lisières du village de Vaux. Au nord de l’étang, elle a pris pied sur la croupe qui domine ce village sans qu’aucune réaction ne se produise de la part de l’ennemi. Sur le front anglais, les Allemands ont dirigé une attaque sur une tranchée qui leur avait été enlevée à l’est de Gueudecourt. Ils ont été repoussés. L’artillerie et les mortiers de tranchées ont bombardé les lignes allemandes à l’est de Sauquissart et vers Blairville. Les Anglais ont enlevé un nouveau village dans la vallée de la Strouma. Les Russes ont repris sur le Stokhod des tranchées que les Allemands leur avaient prises. Continuant leur avance dans le Carso, les Italiens ont encore capturé 3.500 Autrichiens. Les Roumains poursuivent leur progression dans la vallée du Jiul. Ils ont pris 4 canons.

Source : La guerre au jour le jour

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Mercredi 25 octobre 1916

Louis Guédet

Mercredi 25 octobre 1916

774ème et 772ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de pluie et brume, maussade. Ce matin allocations militaires, où dans une enquête pour supprimer une majoration à une malheureuse femme qui a une conduite déplorable et la reverser à la belle-mère qui a en garde un des enfants de cette malheureuse. Pendant la…

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…à 2h je sors pour faire des courses et prendre mon passeport, quand voilà les bombes qui commencent à tomber. J’entre au Palais de Justice, où je suis bloqué pendant une heure 1/2. Durant ce temps je cause avec le substitut du Procureur M. Mathieu de mon affaire de simple police du 3 octobre 1916. Tous ces militaires sont en train de bafouiller et de pagayer !! Maintenant ce n’est plus à moi qu’ils en veulent, c’est au Courrier de la Champagne !!!! Il ne manquait plus que cela. Bref, comme à la caserne, il faut que quelqu’un écope quand un galonné se croit atteint dans son autorité !! Qu’ils prennent garde de ramasser une nouvelle gifle !!…  Ils ne l’auraient pas volée !! Quels tristes sires !! A 2h12 je passe chez Ravaud, des bombes repleuvent. Je file à l’Hôtel de Ville où je reste jusqu’à 5h moins un quart, enfin je puis rentrer chez moi à 5h !! 3 heures de bombardement intense !! Le Barbâtre est atteint, mais surtout toute la partie de la rue de Vesle à partir du pont du canal jusqu’au pont du chemin de fer d’Épernay. Et aussi vers le pont de Muire, Place Colin, Hôtel de la Couronne, jardin Redont (appartenant à Jules Redont, célèbre paysagiste rémois (1862-1942)) ont surtout souffert, des victimes dont M. Hilaire Hayon, administrateur de l’Éclaireur de l’Est. Je prendrai de ses nouvelles demain. On m’a dit que ses blessures multiples n’étaient pas graves. Il faut attendre et voir. Quelle journée ! Ces bombardements intenses vous émotionnent toujours ! Ils ont du reste lancé des obus un peu partout. Mais le quartier Pont de Vesle – Porte Paris a surtout le plus souffert. Il faut que nous payions la reprise du fort de Douaumont. C’est ce qu’ils nomment de représailles militaires en…  tuant des civils !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 octobre 1916 – A midi 1/2, les 95 du Port-sec commencent à taper.
Vers 14 h, les Boches se mettent à riposter ferme et bombardent en ville, tandis que nos pièces continuent.
Un tir simultané de ce genre est plutôt rare.
On ne cesse ni d’un côté ni de l’autre ; le duel d’artillerie devient au contraire de plus en plus sérieux et dure jusqu’à 17 heures.
Il y a des dégâts considérables, occasionnés par les obus arrivés pendant ce singulier bombardement, dans les rues du Barbâtre, Gambetta, etc. Les projectiles tombaient également le long du canal, de Fléchambault à la Brasserie du XXe siècle.
On évalue de 450 à 500, le nombre des obus envoyés en ville. Il y a des tués et des blessés.
— Le communiqué annonçait ce matin la reprise de Douaumont et une avance de 3 km. en profondeur, sur 7 km. de front.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille. + 10°. Nouvelle de la reprise de Douaumont (1). De 2 h. à 3 h. coups de canons de marine du côté français formidables, 3 ou 4 à la fois. Riposte des Allemands par bombes sur batteries et sans doute aussi ailleurs. De 1 h. à 5 h. 1/2 bombardement terrible. Quelques gros coups de canons français. Avalanches ou rafales d’obus allemands ; un d’eux achève de démolir l’Espérance 1. A la visitation 8 obus : 5 dans le jardin, 3 dans la maison (destinés sans doute au collège Saint-Joseph où étaient cantonnés des soldats). Beaucoup de dégâts ; un certain nombre de blessés Place Collin. Les pièces de marine ont tiré dans l’après-midi (on évalue à 450 obus (2).

(1) Le fort de Douaumont est repris par le régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie de Montluçon. La nouvelle de cette victoire a tout de suite été diffusée puisque le Cardinal la consigne le jour même de l’évènement
(2) Pour l’emploi de l’artillerie lourde sur voie ferrée il avait été construit, comme d’ailleurs pour le ravitaillement et les relèves des troupes, des réseaux ferrés triplant ou quadruplant les lignes existantes et des gares de triage et des dépôts en dehors des agglomérations et des vues de l’ennemi.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 octobre

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie assez violente dans la région de Biaches et d’Ablaincourt. Aucune action d’infanterie.
Au nord de Verdun, après une intense préparation d’artillerie, nous avons prononcé une attaque sur un front de 7 kilomètres. Notre avance, qui a été très rapide et qui s’est effectuée avec des pertes légères, a été, sur certains points, de 3 kilomètres. Nous avons repris le village et le fort de Douaumont et nous sommes installés sur la route de Douaumont à Bras. Le chiffre de nos prisonniers est de 3500, dont 100 officiers.
Les troupes britanniques se sont consolidées sur le terrain conquis entre Gueudecourt et Lesboeufs.
Notre aviation a été très active. Un de nos avions a attaqué à la mitrailleuse les tranchées ennemies dans le bois de Saint-Pierre-Vaast. Sur le front de Verdun 20 combats ont été livrés: 3 avions ennemis ont été abattus; 2 autres ont dû atterrir en Lorraine; un aviatik a été abattu en Alsace.
Les Russo-Roumains se sont retirés à 12 kilomètres au nord de Constantza. Ils ont infligé des pertes aux Austro-Allemands dans les Carpathes, et gagné du terrain dans certains passages. Ils ont reculé, toutefois, au col de Predeal.
Une accalmie se prolonge sur le front russe de Galicie.
La presse autrichienne continue, par ordre, à présenter Fritz Adler comme un fou, de façon à enlever à son acte tout caractère politique. On annonce qu’il sera probablement pendu. Les partis, au Reichsrath de Vienne, continuent à délibérer sur l’opportunité d’une convocation de cette assemblée.
Le gouvernement grec a interdit à la presse toute attaque, toute injure contre les Alliés.
L’amirauté allemande a installé des sous-marins le long de la côte norvégienne, comme pour assurer un blocus effectif. Plusieurs bâtiments norvégiens et suédois ont été de nouveau coulés.
L’Angleterre augmente ses effectifs en appelant les hommes de 41 ans, en poursuivant les insoumis, en remplaçant les jeunes gens qui travaillent dans les usines.
Le gouvernement autrichien a prescrit l’évacuation de la population civile de Trieste.
Les troupes italiennes d’Albanie ont opéré leur jonction avec l’extrême gauche de l’armée de Macédoine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 10 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 10 octobre 1916

759ème et 757ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Beau temps chaud, du soleil, quelques obus. Ce matin répondu aux nombreuses lettres reçues depuis 6h jusqu’à midi. Écrit à Marie-Louise et à André. Envoyé à celle-ci des timbres de la Côte d’Ivoire reçus de M. Gentil, secrétaire du Gouverneur de Bingerville (Capitale de la Côte d’Ivoire de 1900 à 1934).

Cette après-midi l’affaire de mes procès de simple police du 3 me tracassant et voulant tenir le Président au courant de ce qui se disait et aussi de ce que j’avais écrit pour le transfert de mes justices de Paix à Épernay. J’ai poussé jusqu’au Parc de la Haubette où j’ai rencontré le Président Hù et M. Texier à qui j’ai conté mes on-dit. Quand je leur ai dit que Colas, le Proconsul Gouverneur de la Place, avait intimé l’ordre à Palliet, commissaire central, le mercredi 4 de me faire des observations sur ma manière de juger, le Brave Président en a tellement sursauté qu’il faillit en laisser tomber sa calotte et Texier de même bondit. Comment Palliet a osé vous dire cela à vous magistrat ? Je lui répondis que le Commissaire Central me l’avait dit vendredi dernier 6 octobre vers 9h rue de Vesle, en face de la rue St Jacques, et que Colas lui avait donné un coup de téléphone le mercredi soir même 4 octobre. Ils ne pouvaient en revenir. Alors le Président m’a donné l’ordre d’écrire à Palliet pour qu’il me donne les termes exacts des observations que Colas voulait qu’il me fasse. C’est fait, j’attends la réponse du Commissaire Central. On va s’amuser.

Le Président et M. Texier jubilaient d’avance de la lettre que j’aurais à écrire à ce sujet au Général de la Ve Armée. Ils m’ont remonté très gentiment, très affectueusement. J’en avais les larmes aux yeux.

Il parait que cet âne et cet imbécile de Colas aurait dit qu’il ne comprenait pas que j’ai osé indiquer les motifs pour lesquels j’avais acquitté ou condamné les inculpés de l’autre jour !! C’est phénoménal !!

Un galonné qui veut nous donner des leçons de droit. Ces gens-là ne doutent de rien. Cela les dépeint bien, ils n’admettent aucune critique. Bref me voilà d’aplomb et je suis soutenu et approuvé par mes Pairs. Jusqu’ici la gauche comme on dit (jusqu’à la garde, complètement). J’ai bien fait d’aller là-haut. Le Président Hù me disait que le Procureur Général ne pouvait même pas me faire d’observations sur la manière dont je jugeais et rendais mes jugements. Et il me l’a prouvé, codes et textes de lois en mains. Me voilà donc fixé sur la suite de cette affaire qui aura révolutionné bien du monde ici, et je n’ai qu’à attendre sous l’orme (attendre très longtemps, en vain). J’aime mieux ma place que celle de Colas, Girardot, Lallier et consorts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 octobre 1916 – Trois obus sifflent et vont éclater sur le Port-sec à 14 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 10 – + 14°. Nuit tranquille. Temps couvert. Quelques bombes sifflantes, probablement sur les batteries. Visite de M…, Directeur de la Banque de France à Reims, remerciant pour lettre sur l’emprunt. Bombes longuement sifflantes. Salut au 403e à la chapelle de l’École Professionnelle S.J.B. de la Salle. Allocution.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 octobre

Sur la Somme, activité soutenue de notre artillerie et riposte de l’ennemi, particulièrement vive dans la région sud-ouest de Barleux et dans celle de Belloy et de Deniécourt.

A la suite d’une opération secondaire, les Anglais ont progressé au nord de la redoute Stuff, en infligeant des pertes sérieuses à l’adversaire et en lui faisant plus de 200 prisonniers dont 6 officiers.

Les Serbes ont progressé entre Vardar et Cerna, faisant 100 prisonniers. Ils ont pris Skocino sur la rive gauche de la Cerna, capturant encore 200 ennemis.

Trois sous-marins allemands sont venus opérer sur les côtes américaines : ils ont torpillé neuf navires.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 24 septembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 24 septembre 1916

740ème et 738ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps splendide même fort chaud. Dimanche comme tous les autres forts tristes pour moi, si seul. Messe de 8h où l’on annonce que le Cardinal Luçon, comme tous les évêques et archevêques de France, prononcera un vœu national au pèlerinage de Lourdes. Travaillé ensuite et mis ma correspondance à jour. A 3h posté mon courrier rue de Vesle et poussé jusqu’au Pont-de-Muire pour tuer le temps. Vers 1h une demi-douzaine de bombes sont allées tomber au vélodrome. Les allemands tiraient sans doute sur la saucisse qui était vers ces parages. Rentré vers 5h, et là…  souffert, pleuré…  en songeant à tous mes aimés. Je souffre le martyr, si seul, si abandonné, et puis quand je songe à l’avenir de tout ces malheureux, femme et enfants, Jean qui va peut-être partir sur le front !!…  Je suis sans courage, sans force. Certainement je mourrai de chagrin, de douleur et de souffrances morales. Non, c’est trop long et trop pour les mêmes épaules, pour le même, toujours le même et les mêmes. Pauvres aimés.

7h1/4 soir  A six heures nos canons tonnaient vers Pommery, ne sachant que faire je sortis et je vis 3 pompiers se diriger vers les caves Pommery. Rencontré Elloire, adjudant pompier qui me dit que c’est au château de Polignac. Peu de chose. Oui, ils ont la chance que les pompiers de Paris soient là, tandis que moi, le 1er mars 1915, il n’y avait personne pour me secourir !! J’étais seul à lutter contre le fléau qui a détruit ma maison, mes meubles, mes archives !! Je suis sans logis !!!

Il manque les feuillets 366 à368, le suivant se résume à une demie-page, recopiée par son épouse Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – Nuit tranquille. Beau temps ; + 7°. Lecture de la Lettre Collective du Vœu. Retraite du mois. Visite du Vicomte de Montois (voir Cahier du Conseil mardi 26 septembre). Visite de M. Abelé pour son projet de Comité. 4 h. à 6 h. aéroplanes français, tir continuel contre eux. Bombes sifflantes (32 + 10 dit le Courrier du 26) tombent à Saint-Benoît, à la biscuiterie, près la chapelle provisoire actuelle du culte, et rue de Pontgivart en face du presbytère et de la maison vicariale. Une d’elles près des Caves Pommery a blessé gravement un soldat et fait exploser un dépôt de munitions. Il y a eu 450 obus qui ont éclaté, et autant d’avariés qui n’ont pas éclaté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 24 septembre

Nos patrouilles, poussant jusqu’aux lisières sud du village de Combles, ont trouvé de nombreux cadavres d’Allemands. Elles ont fait 15 prisonniers.
Lutte d’artillerie assez vive dans la région de Bouchavesnes et dans le secteur Belloy-Berny. Pas d’action d’infanterie.
Dans les Vosges, l’ennemi a fait une tentative contre nos positions au sud du col de Sainte-Marie. Après un assez vif combat à la grenade, il a été rejeté dans ses tranchées.
Sur le front belge, combat à coup de bombes près de Boesinghe.
Au sud de l’Ancre, les Anglais ont réalisé une nouvelle avance à l’est de Courcelette. Ils se sont emparés d’un important système de tranchées ainsi que d’un certain nombre de prisonniers et ont avancé leurs lignes sur un front de 800 mètres.
Une attaque ennemie a été brisée avec fortes pertes à l’ouest de la ferme du Mouquet.
A l’est de Béthune, l’artillerie britannique a fait exploser un dépôt de munitions ennemi.
Les Russes ont refoulé une offensive allemande sur le Naroch.
Les Roumains ont progressé dans les Carpates septentrionales et infligé un nouvel échec en Dobroudja, sur le littoral, aux Germano-Bulgares.
Les Autrichiens ont fait trois vaines attaques sur le Carso.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 28 mars 1916

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Mardi 28 mars 1916

563ème et 561ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit assez calme. Journée de même mais froide et pluie glaciale. J’ai tenu mon audience de simple police à 1h1/2 salle habituelle. 46 affaires inscrites, 44 jugées. J’ai secoué un ou 2 gendarmes. Ils le méritaient. Le bombardement d’hier a été réellement terrible, rien que sur les Déchets il est tombé plus de 20 obus (cette usine de traitement des déchets textiles, dite S.A. des déchets de la fabrique de Reims, était située 14, rue de Venise et 25, rue du Jard). Tout le secteur entre la rue du Jard et le cimetière du sud a été très flagellé. Les obus devaient être énormes car pas une maison qui n’ait été touchée qui ne soit complètement rasée. Tout cela n’est pas pour nous faire voir l’avenir en rose, d’autant qu’on jase beaucoup et qu’on fait courir force bruits plutôt décourageants. On a visité parait-il toutes les caves de la rue de Vesle pour savoir combien elles peuvent contenir de soldats chacune. On parle d’évacuer la Ville, un tas d’on-dit qui sèment plutôt la panique. Pour nous qui résistons à cela et réagissons contre cela. Ce n’empêche que ce n’est pas sans influer un peu sur le moral et les nerfs. Et on n’est plus aussi résistants qu’il y a 19 mois… !…

Que Dieu nous protège et que bientôt je voie la délivrance. J’en ai assez.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 mars 1916 – Du Courrier d’aujourd’hui :

Son Éminence le cardinal Luçon.

 Le cardinal-archevêque de Reims s’est rendu hier après-midi, accompagné de Mgr Neveux, dans le quartier le plus atteint par le bombardement. Mgr Luçon a prodigué ses paternelles consolations à ses diocésains éprouvés. II a félicité chaleureusement les pompiers qui se sont signalés hier, comme en tant d’autres circonstances, par leur courage et leur adresse.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit tranquille ; journée paisible ; + 4. Visite au Général Boyer, à Roederer, à M. le Curé de Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


 Juliette Breyer

Mardi 28 Mars 1916 –  Ce matin en partant en course de bonne heure je regardai les dégâts faits la veille par les bombes quand tout à coup, levant les yeux, j’aperçus Gaston qui se dirigeait de mon côté. Je vis tout de suite à sa physionomie qu’il venait m’apprendre quelque chose. En effet le malheur s’acharne sur nous. Ta mémère, ta pauvre mémère que tu aimais tant est morte hier subitement sans beaucoup souffrir. On a aussitôt envoyé une dépêche à ton parrain. Quel choc quand il va la recevoir. Nous aurons eu tout !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Pluie, calme, pas d’obus ce matin, les troupes emplissent la ville.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Mardi 28 mars

Entre Somme et Avre, aux environs de Maucourt, après un intense bombardement, les Allemands ont tenté sur une de nos tranchées de première ligne un coup de main qui a échoué. En Argonne, lutte de mines à notre avantage à la Fille-Morte. Combat à coups de bombes dans le secteur de Courtes-Chausses. Activité continue de notre artillerie dans le secteur du bois de Cheppy. Nos pièces à longue portée ont canonné les troupes en mouvement dans la direction Exermont-Châtel et fait sauter un dépôt de munitions. A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur notre front Béthincourt-le-Mort-Homme-Cumières, ainsi qu’à l’est du fleuve, dans la région Vaux-Douaumont. Rafales d’artillerie en Woëvre (Moulainville et Châtillon). Ici, aucune action d’infanterie n’a été déclenchée. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons la gare et les établissements ennemis d’Heudicourt, au sud de Vigneulles. Nous y provoquons un incendie. Un raid d’hydravions anglais s’est produit sur la côte du Slesvig-Holstein. Un hangar de dirigeables a été bombardé et deux patrouilleurs allemands coulés. Un paquebot, le Minneapolis, a été torpillé. Il jaugeait 13000 tonnes. Il y a onze victimes. La conférence des alliés a clôturé ses séances en proclamant l’unité d’action dans le domaine militaire, politique et économique.

 Source : La Grande Guerre au jour le jour

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