Louis Guédet

Dimanche 29 avril 1917

960ème et 958ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, belle matinée, tout pousse, tout verdoie, et nous nous souffrons toujours, toujours. Bombardement hier soir vers 9h, centre, boulevard Lundy, Boulingrin. Bataille enragée toute la nuit, mal dormi. Toujours vers Brimont. Nos incapables continuent à faire tuer nos enfants pour rien, si pour leur peau qu’ils n’exposent jamais, ceux-là !!

Messe de 7h de paroisse, messe basse dite par l’abbé Camu qui a prononcé un petit sermon commentant très gentiment le Pater, adapté aux circonstances actuelles. Orgue tenu par un vicaire. Boudin et un autre ont chanté le Kyrie, le Credo et le Salve Regina. Une 30aine (trentaine) de personnes au plus. S.E. le Cardinal Luçon n’était pas venu.

Rentré déjeuner, fait ma toilette. Commencé une lettre pour ma chère femme, mais que lui dire ? L’esprit s’alourdit avec cette vie de bête, toute matérielle et désœuvrée, et puis rien à conter. Toujours le même refrain…  je pense aller déjeuner aux Galeries si l’on ne bombarde pas au moment d’y aller.

6h soir  En allant aux Galeries Rémoises déjeuner, à 11h50, j’aperçois un incendie vers le Pont de Vesle, il parait que c’est une bombe incendiaire d’aéroplane qui est tombée place Colin. A la Poste je trouve une lettre de Madeleine et une de Robert, qui m’explique la formation des groupes d’artillerie légère qui permet de compléter son adresse :

  • 1er Groupe         1 – 2 – 3ème batteries
  • 2ème Groupe      4 – 5 – 6ème batteries
  • 3ème Groupe      7 – 8 – 9ème batteries

Robert étant à la 3ème batterie, 3ème pièce, fait donc partie du 1er Groupe du 61ème d’artillerie. Aux Galeries, moins de convives, Melle Claire Donneux, Melle Lemoine, MM. Curt et Bourelle, plus Melle Chauffert. Causé d’un tas de choses, mais rien d’intéressant, sauf que Lorin et Tricot s’intéressent toujours beaucoup à moi, et M. Lorin croirait savoir que le Président de la République doit venir bientôt à Reims, sans doute pour décorer : Charbonneaux, de Bruignac, Houlon, Beauvais, etc…  Rentré chez moi en passant au 76 place d’Erlon jeter ma lettre à Madeleine, à laquelle j’ai joins celle de Roby qui doit être vers, ou à Châlons-le-Vergeur, tout proche de Trigny (Il y avait là en 1917 un cantonnement important, avec baraquements en bois, abris en tôle, écuries et entrepôts de stockage de matériaux et de munitions). J’écris à mon pauvre petit et le recommande de s’adresser à Alix Sohier, la gardienne de la maison des Mareschal, s’il avait besoin ou désirait quelque chose, qu’il ne se gêne pas.

Rentré ensuite chez moi pour écrire, et classé toutes mes lettres en retard du 6 avril 1917. C’est fait. Je ne songe pas à sortir, il fait trop chaud. Il fait un temps magnifique, splendide…  que c’est triste de ne pouvoir en jouir au calme.

8h3/4 soir  A 7h1/2, je sors et je pousse jusqu’à l’incendie que j’ai vu ce matin, exactement rue de l’Abreuvoir, 6, chez M. Braidy, fabricant de paillons à bouteilles, par un coucher de soleil radieux sur lequel s’estompe les dernières fumées de cet incendie. Place Colin, je rencontre un employé de l’État-civil, M. Déloges (ce serait plutôt M. Deseau), qui me dit que l’incendie pour lui a été mis par des soldats, et non par une bombe d’aéroplane. Je pousse jusqu’à l’emplacement du sinistre. Les Pompiers de Paris se sauvent ou ne veulent rien dire. Je questionne des enfants, Robert Colinet (1905-1981), 4, rue de l’Abreuvoir, Marcel Hourlier (né en 1909 à Tinqueux), de La Haubette Tinqueux, Marcel Picquart, rue Béranger, 4, le Père Kranz (à vérifier), du lavoir St Louis. Ils ne savent rien. Colinet appelle sa mère, qui se démène et jure ses grands dieux qu’elle n’a rien entendu !! Cette femme ne me dit pas la vérité. Elle défend trop les soldats…  qui ne sont pas cantonnés là. C’est plutôt louche. A moins qu’elle n’ait couché avec les coupables. Dans les tas de paillons sauvés, je trouve 2 vestes du 220ème et une du 348ème, ancien modèle…  Mon enquête faite, je rentre chez moi nuit tombante et les bombes aussi, à telle enseigne que des éclats tombent sur la maison Hébert, au 54. Je suis au 52. Une attaque se déclenche également vers la rue de Neufchâtel, on ne s’entend plus, mais les nôtres répondent diablement.

Au moment où je termine ces lignes, çà a l’air de s’apaiser. Combien de fois aurons-nous entendu de ces canonnades endiablées, croyant que c’est enfin celle de la délivrance, et puis rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 29 avril 1917 – Ce dimanche, je vais faire une promenade dans la matinée et je passe rue du Barbâtre 41, pour causer un instant des événements avec d’excellents amis — la famille Cochain — dont la boulangerie, à cette adresse, est toujours ouverte.

Ils me font voir le fond du culot d’un 305, que leur ont apporté, ces jours derniers, des soldats qui venaient de le ramasser sur l’avenue de la Suippe, où il était allé retomber, vraisemblablement après l’éclatement du projectile sur la cathédrale ou dans son voisinage. Ce disque à vis de l’énorme obus, une curiosité, pèse, à lui seul, plus de 20 kilos.

— Sifflements à partir de 11 h. Incendies rues de Vesle et de Bétheny.

A 13 h 1/2, arrivée vers les Halles, au moment où les collègues de la « comptabilité » et moi, nous y trouvons en tournée. Après-midi très mouvementé. Tir de nos pièces et bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – + 10°. Visite de Maurice Lamort, qui dévisse les obus, et a dévissé le 305 tombé sans exploser dans la Cathédrale, le 25 avril. Pose dans les ruines avec M. Lecomte devant l’appareil d’un photographe. Journée très agitée ; nombreuses bombes. Nuit affreuse de 8 h. soir à 4 h. matin. Bombardement mais pas sur nous. Quoique autour de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 29 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, actions d’artillerie assez violentes au cours de la nuit. Escarmouches à la grenade aux premières lignes, dans la région au sud de Saint-Quentin.

Vers Laffaux, l’ennemi a tenté, sans succès, un coup de main sur nos postes avancés.

En Champagne, activité assez grande des deux artilleries. Une attaque allemande, précédée d’un violent bombardement et dirigée sur une de nos tranchées à l’est d’Auberive, a été brisée par nos feux de mitrailleuses et nos barrages.

Sur la rive gauche de la Meuse, un de nos détachements a pénétré dans les lignes allemandes de la cote 304 et a ramené des prisonniers.

Le matériel capturé par nos troupes dans la bataille engagée le 16 avril comprend 173 canons lourds et de campagne, 412 mitrailleuses, 119 canons de tranchée. Le chiffre des prisonniers atteint 20780.

Les Anglais ont attaqué, au nord de la Scarpe, sur un front de plusieurs kilomètres. Ils progressent dans d’excellentes conditions, malgré la vigoureuse résistance de l’ennemi.

Les Bulgares avaient réussi à reprendre pied dans les tranchées récemment conquises par les Anglais, à l’ouest du lac Doiran. Une contre-attaque immédiate les a rejetés.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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