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Mercredi 8 mai 1918

Louis Guédet

Mercredi 8 mai 1918                                                    

1335ème et 1333ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Orage terrible cette nuit de 9h à minuit. Une vraie trombe d’eau. Ce matin le temps lourd, couvert et humide des lendemains de tempête.

Rien de nouveau dans le Nord. Tout se stabilise, et les habitants des régions nouvellement envahies refluent un peu partout. Nouvelle leçon à ces populations qui ont leurs qualités de ténacité mais d’un caractère volontaire, voulant imposer leurs manières, leurs idées envers et contre tout. L’invasion allemande n’aura pas été une mauvaise chose pour abattre et briser un peu cet esprit particulariste et orgueilleux, aussi bien dans le sens religieux que dans le sens laïque…

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 8 – Visite de M. Farre et de M. Grandin, ravitailleurs, M. Ravaud, et M. Camu. Visite de Madame Chapuis et de son père le Docteur avec M. le Curé d’Hautvillers. Visite de M. Henri Abelé. Etude de son programme Composition de sa société en participation.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 8 mai

Assez grande activité des deux artilleries au nord et au sud de l’Avre, sans action d’infanterie.
Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes à l’ouest de Hangard a échoué. Par contre, nous avons, dans la même région, au cours d’une opération de détail, ramené des prisonniers.
Les Anglais, au cours d’un heureux coup de main, exécuté aux environs de Morlancourt, ont fait plus de deux cents prisonniers. Un autre coup de main heureux leur a valu de faire des prisonniers et de capturer trois mitrailleuses dans le voisinage de Neuville-Vitasse. Leurs pertes ont été légères.
Des attaques ennemies, lancées au sud de Locre ont été repoussées par nos troupes. Un autre raid a été brisé près de Boyelles. Activité d’artillerie sur le champ de bataille au nord de la Lys. Plusieurs incendies ont été allumés par notre artillerie derrière les lignes ennemies.
Sur le front belge, lutte de bombes à l’ouest de Langemarck.
M. Balfour déclare officiellement à la Chambre des communes que, contrairement aux bruits qui avaient été mis en circulation, aucune offre de paix n’a été adressée par l’Allemagne à l’Angleterre, par voie directe ou indirecte.
Le général Maurice, ex-directeur des opérations a l’état-major britannique a publié une lettre disant que le gouvernement anglais n’avait pas dit toute la vérité au Parlement sur les effectifs. M. Bonar Law, chancelier de l’Échiquier, a déclaré aux Communes que le général serait poursuivi pour infraction à la discipline et a demandé, pour examiner l’attitude du cabinet, la constitution d’un jury d’honneur. M. Asquith, l’ancien premier ministre a suggéré la création d’une commission d’enquête parlementaire.
La Finlande, l’Allemagne et la Suède ont décidé d’engager des pourparlers au sujet d’un traité prescrivant la démolition des forteresses de l’archipel d’Aland.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 15 novembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 15 novembre 1917

1161ème et 1159ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le temps parait vouloir se mettre au beau. J’aimerais mieux le contraire, car ainsi nos voisins ne nous tirent pas dessus par temps sombre ou brumeux. Le calme.

Mis au point mon questionnaire L.D.H. (Légion d’Honneur) avec Beauvais. Causé longuement avec lui et le capitaine des Pompiers de Paris qui est déjà venu ici, et est un charmant homme. Rentré et reçu la visite d’un confrère de Lamballe (C. du N.) (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor depuis 1990) sous-lieutenant Lissilour (Pierre Joseph Lissilour, notaire (1876-1939)), officier d’ordonnance du Général Commandant le 34ème Corps d’Armée à Gueux. Il venait demander si je connaissais une cave à vendre. Je lui a répondu que je le regrettais, mais que je n’en connaissais pas, et que du reste il y avait peu d’espoir qu’il en trouve, attendu les pillages qui avaient été faits par la troupe ! Il n’a pas insisté, mais en causant j’ai remarqué ce phénomène qui m’a déjà frappé, c’est que le confrère admettait ces pillages dans une large mesure !! Quelle mentalité la Guerre aura donné à tous ces officiers (civils). Ainsi ce notaire qui a travaillé toute sa vie à empêcher le vol, les fraudes, admet maintenant le pillage !! Il fait partie du 80ème d’Infanterie.

Cet après-midi à la Poste Beauvais me présente au préfet, M. Chapron, qui était là avec Guichard, Lelarge, Charles, receveur municipal, Bailliez, sous-préfet, pour la décoration de Colson. La cérémonie eut lieu dans la salle des Postes où l’on nous distribue les lettres. Le Directeur de Châlons, M. Dorlhac de Borne (Alexandre Dorlhac de Borne (1862-1952)), prononça un discours de présentation et le Préfet fit de même en affirmant que tout allait pour le mieux ? etc…  Puis la remise du ruban à Colson, fort émotionné, eut lieu avec la remise de quelques médailles M.P.T.et T. (Médaille d’honneur des Postes, des Télégraphes et des Téléphones) à 5 ou 6 facteurs. Puis tous se dirigèrent vers une autre salle pour boire une flute de Champagne. Je me défilais, ayant autre chose à faire.

J’ai déjà le nom d’un officier qui ouvre les lettres à Châlons, Lieutenant Forgeron, contrôle 56. Je vais m’enquérir des autres noms, ensuite je verrai à connaitre le voyou qui ouvre continuellement les lettres que ma pauvre femme m’adresse !! Comme s’il allait découvrir une conspiration contre la République. On parle d’un ministère Clemenceau. Du moins ce sera un ministère à poigne, c’est ce qu’il nous faut…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 15 – + 6°. Nuit tranquille. Brouillard épais. Visite de Mme la Du­chesse de Plaisance (de la Jumellière, Maine-et-Loire) et de Mme la Com­tesse d’Haussonville, sa mère ; de M. Henri Abelé. Expédition de la Lettre collective aux Évêques.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 15 novembre

Grande activité des deux artilleries sur la rive droite de la Meuse.
Nos détachements ont réussi divers coups de main sur les lignes ennemies, notamment au sud-est de Saint-Quentin à l’est de Sapigneul, au bois Le Chaume, et ont ramené une dizaine de prisonniers.
A la suite d’une recrudescence de canonnade, l’ennemi a attaqué les positions occupées par les troupes britanniques sur les hauteurs au nord de Passcchendaele.
Les Autrichiens ont tenté un coup de main violent sur les positions italiennes, du lac de Ledro au lac de Garde. L’attaque a complètement échoué et l’ennemi s’est retiré.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Sapigneul

 

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Jeudi 31 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 31 août 1916

719ème et 717ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La tempête a cessé cette nuit, beau temps chaud avec brise. Le calme. Journée monotone. Déjeuné en cave chez M. Henry Abelé, 48, rue de la Justice, avec l’abbé Pierre Abelé en civil, actuellement aux armées, à (?!), de Bruignac adjoint au maire, Abbé Camu Vicaire Général, M. Lartilleux et Marcel Heidsieck. Rien d’intéressant. Rentré chez moi après avoir passé à la Ville, sur mon chemin tout triste tout désemparé, de plus en plus. Il y a 2 ans je prenais le chemin de ce calvaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Pluie continuelle. Mitrailleuses au loin. Journée tranquille. Bombes dans la matinée sur batteries. Visite aux Frères à Courlancy et à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

roederer


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Jeudi 31 août

Sur le front de la Somme, activité moyenne d’artillerie. Le mauvais temps continue.
En Lorraine, dans le secteur de Reillon, des détachements ennemis ont, par deux fois, tenté d’approcher nos lignes; nos tirs de barrage les ont repoussés.
L’artillerie tonne sans discontinuer sur tout le front de Macédoine où l’on ne signale, toutefois, aucune opération importante.
les Italiens, au cours d’avances partielles sur le Haut-Boite et dans les Alpes de Fassa, ont capturé un certain nombre de prisonniers.
Les Russes ont progressé dans les Carpates boisées, à la frontière hongroise, et fait plusieurs centaines de prisonniers en Asie Mineure.
L’avance roumaine est générale à l’ouest des Alpes transylvaines et sur le bas Danube.
Les ministres de l’Entente ont fait une démarche à Athènes, auprès de M. Zaïmis.
Un meeting sur l’entrée en guerre de la Grèce a eu lieu à Salonique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 22 juin 1916

Louis Guédet

Jeudi 22 juin 1916

649ème et 647ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps chaud d’été. Déjeuné chez Henri Abelé rue de la Justice dans ses caves avec l’abbé Camu vicaire général, curé de la Cathédrale. Becker agent de change et sa fille. Marcel Heidsieck. Causé de choses et d’autres, rien appris d’intéressant. A 2h audience réquisitions militaires. Attrapade entre Dupont-Nouvion, avocat, et Racine, sous-intendant militaire. autre affaire : (rayé) maréchal ferrant, qui ne veut rien entendre par parti pris et raseur : il s’agissait d’une différence de 1 F sur une réquisition…

Le bas de page a été découpé.

…Après l’audience, mis au courant Racine de toutes les cabales lancées contre lui. Il m’est très reconnaissant de l’avoir prévenu. Non je ne pouvais laisser ce malheureux sous-intendant, qui sait ce qu’il veut, traité et arrangé de cette façon par la Camarilla (péjoratif : nom donné à un groupe d’hommes qui dirigent les actes d’un gouvernement par l’intrigue ou la cabale) des Dupont-Nouvion et autres, Président Hù, juges, Régnier sous-préfet, Lallier, officier d’ordonnance du Général Commandant la Place, etc…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – + 14°. Nuit tranquille ; beau temps. Crise de rhumatisme. Journée tranquille pour Reims.. Visite du Colonel du 220(1) (originaire de l’Ariège)(2) qui était aux messes des Caves Mumm et de l’Enfant-Jésus. Écrit et expédié carte de 20 mots aux Archiprêtres des Ardennes. Aéroplanes, tirs contre eux, vers 6 h.

(1) Le 220e RI était recruté à Montauban et Marmande
(2) voir dans les commentaires : ce serait le colonel Clanet
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 22 juin

Au sud de la Somme, devant Drancourt, un détachement ennemi qui tentait d’aborder nos lignes, a été dispersé à coups de fusil.
Au nord-ouest de Reims, les Allemands, après avoir fait sauter deux mines, ont prononcé une attaque sur nos tranchées, à la cote 108 (sud de Berry-au-Bac). Enrayée par nos tirs de barrage, cette tentative a subi un échec complet.
Sur la rive gauche de la Meuse, une attaque allemande, dirigée contre les tranchées conquises par nous au sud du Mort-Homme, a été arrêtée par nos feux.
Sur la rive droite, après un bombardement violent par obus de gros calibre, qui a duré toute la journée sur la région cote 320 bois du Chapitre et du Fumin-le-Chenois, les Allemands ont attaqué nos positions à l’ouest et au sud du fort de Vaux. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont, par deux fois, brisé les assauts de l’ennemi qui a enregistré de lourdes pertes.
Duel d’artillerie sur le front belge. Nos groupes de bombardement ont lancé 210 obus sur la gare d’Arnaville et 276 sur les établissements militaires de la gare de Metz.
Des bruits de crise ministérielle continuent à circuler à Athènes. Le roi a mandé M. Zaïmis, ancien président du Conseil au palais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 18 juin 1916

Louis Guédet

Dimanche 18 juin 1916

645ème et 643ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps couvert, mais qui s’est éclairci à la fin de l’après-midi. Rien de saillant. En ce moment des avions. Messe de 8h rue du Couchant. Vu Dargent, Curt, parlé de l’affaire Goulden, on ne sait lequel croire, heureusement que je suis fixé là-dessus. Henri Abelé vers 9h1/2 m’a invité à déjeuner pour jeudi. Son fils Joseph est à Verdun. Curt m’a dit que M. Lorin était inquiet pour son fils Marcel qui était aussi à Verdun et dont il n’a pas de nouvelles depuis 8 jours. Il parait que cette 52ème Division a été écharpée, on parle de 50% de pertes. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à cet enfant. M. Abelé me disait qu’il n’était revenu du 291ème de ligne que 900 hommes. Le colonel est fou, à la suite de l’ébranlement survenu. On dit que la 52ème Division aurait été engagée trop tôt. Été me promener vers 4h et rentré une heure après. Voilà encore une triste journée passée. Écrit pas mal de lettres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – + 10°. Nuit tranquille. Confirmation aux Caves Chaumet, St-André. Aéroplanes français de 5 à 7 h. 1/2, tir contre eux. Mgr Neveux confirme à Ste-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 juin

En Belgique, duel d’artillerie assez intense au cours de la nuit dans le secteur de Lombaertzyde.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement continu de nos premières lignes à la cote 304 et de nos deuxièmes lignes dans la région de Chattancourt. Une attaque à la grenade sur la redoute d’Avocourt et sur nos postes avancés à l’ouest de la cote 304 a été repoussée.
Sur la rive droite, une attaque de nos troupes sur les positions allemandes au nord de la cote 321, nous a permis d’enlever quelques éléments de tranchées et de faire une trentaine de prisonniers. Violente lutte d’artillerie dans le secteur sud du fort de Vaux.
Combat de grenades en forêt d’Apremont. Nous bombardons les camps et organisations des Allemands à Montsec (est de Saint-Mihiel). Une de nos pièces à longue portée a tiré sur la gare de Vigneulles-lès-Hattonchâtel, où un incendie s’est déclaré.
Dans les Vosges, un coup de main à l’est de Thann nous a permis de ramener des prisonniers, sans pertes pour nous.
Bar-le-Duc a été bombardé à deux reprises par des avions ennemis : 4 morts et des blessés. Des avions ont bombardé aussi Pont-à-Mousson, mais sans résultat. Nous avons jeté 33 obus sur les gares de Longuyon, Montmédy, Audun-le-Roman.
Les Russes ont fait 1300 prisonniers et enlevé Radsivillof, près de la frontière galicienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Lundi 29 mai 1916

Louis Guédet

Lundi 29 mai 1916

625ème et 623ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie, lourdeur, temps de Rogations (Les jours des Rogations sont les trois jours qui précèdent immédiatement le jeudi de l’Ascension). Sorti faire des courses cet après-midi. Vu Henri Abelé, toujours aussi bon et aimable pour moi, vu aussi Charles Heidsieck à qui Louis de Baillencourt venait d’apprendre que son fils Georges venait d’être blessé dans les environs de Soissons samedi vers 8h du soir en rentrant de faire une patrouille. On n’avait pas encore pu retirer la balle qu’il a reçue au ventre.

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

…En parcourant les rues, je remarquai les nombreux carreaux de fenêtres en papier huilé. Rien de nouveau sous le soleil. Qui est dit qu’à Reims on en serait revenu aux vitraux en papier du moyen-âge !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Nuit tranquille. On dirait un violent combat à l’est de Reims : grosses détonations en bordées vers 2 h. – 4 h. et vers 6 à 7 h. Item vers 9 h. 1/2 soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 29 mai

Sur la rive gauche de la Meuse, violent bombardement de toute la région du Mort-Homme ainsi que du secteur à l’ouest de la ferme Thiaumont, sur la rive droite.
En Alsace, deux tentatives d’attaque nord-ouest de Balschwiller (nord-ouest d’Altkirch) ont été enrayées par nos feux.
Les Russes ont repoussé une attaque allemande dans la région des lacs.
Les Italiens ont brisé toute une série d’offensives autrichiennes dans les divers secteurs du front ; la pression de l’ennemi augmente toutefois autour d’Asiago.
Les Bulgares, faisant irruption sur le sol grec, ont occupé plusieurs forts de la zone de couverture. Les troupes hellènes ont l’ordre de se replier.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 21 janvier 1916

Louis Guédet

Vendredi 21 janvier 1916

496ème et 494ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, du canon et de la bataille toute la nuit, qui a été venteuse et pluvieuse. Déjeuné au Cercle, rue Noël, avec Charles Heidsieck qui en outre avait invité, en l’honneur de Mgr Landrieux, curé de la Cathédrale qui va nous quitter pour être évêque de Dijon, M. et Mme Henri Heidsieck, leur fils Xavier, M. Henri Abelé, M. de Bruignac et M. Gilbrin, directeur de la Banque de France de Reims, réfugié à Épernay, qui se trouvait là au Cercle et qui s’est joint à nous. Causé d’une foule de choses, des événements. Là j’ai fait pour la première fois, et ce ne sera pas la dernière, la remarque suivante : Henri Heidsieck qui lui a été obligé de quitter Reims le 1er septembre 1914 parce que blessé non mobilisable, parlait des Rémois qui étaient restés et de ceux qui étaient…  partis, et émettait l’avis que beaucoup des…  rentrant s’imposeraient, critiqueraient, etc…  ceux qui étaient restés, nous tous, sauf M. Gilbrin, nous étions d’avis qu’on ferait l’impossible pour nous faire taire si on ne nous traitait pas encore d’imbéciles…

M. Gilbrin tâchait de soutenir que non, mais mollement. Bref on sentait déjà en lui cet état d’esprit qui ceux qui se cabreront devant ceux qui n’ont pas fui… aussi le jeune s’est mis dans la conversation et il a fallu faire glisser la conversation sur un autre sujet. Oui. Il y aura des luttes, des froissements, des clans, des partis pris, des ruptures, des éclats entre ceux qui ont fait leur devoir et qui sont restés, et ceux qui ont fuis ou qui se sont embusqués. Cela se sait déjà… c’est dans l’air…  on ne nous pardonnera jamais d’être restés.

Il est tombé exactement jusqu’à ce jour 94 bombes sur la Cathédrale.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Nuit tranquille ; + 6. Visite de M. Duvent, aquarelliste. Via Crucis in Cathedrali. Rencontre du Colonel Raucher à la sortie de la Cathédrale. Canonnade entre batteries. Reçu avis d’envoi de 500 couvertu­res par M. Whitnay-Warrey, type de celles qui servent à l’Armée améri­caine, et provenant du Secours National Américain pour le Secours Natio­nal Français. 9 h. gros coups de canons français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 21 janvier

Entre Oise et Aisne (région de Puisalaine), quelques contacts de patrouilles.
Entre Somme et Avre, nous bombardons, près de la gare de Chaulnes, des établissements occupés par l’ennemi. Ce tir a provoqué un incendie suivi d’explosions.
Au nord du l’Aisne (route de Corbeny), nous avons dispersé une colonne ennemie. Nous avons causé des dommages sérieux à l’ennemi aux environs de la ferme du Choléra.
En Champagne, nous avons dispersé un convoi de ravitaillement sur la route de Ville-sur-Tourbe à Vouziers.
Un taube a jeté, sans aucun effet trois bombes sur les faubourgs de Lunéville. Nous avons capturé deux officiers aviateurs allemands à Ogeviller (sud-est de Lunéville).
Seize avions britanniques ont bombardé le dépôt d’approvisionnement de Lesars (nord-est d’Albert). Le communiqué anglais signale dix-neuf combats aériens dans la même journée.
Les journaux autrichiens reconnaissent que l’offensive russe redouble d’acharnement en Galicie.
Le roi du Monténégro annonce qu’il reste à Scutari pour organiser la résistance. Il a envoyé sa famille en Italie d’où elle passera en France.
Un sous-marin anglais s’est échoué sur la côte de Hollande.
Une partie des troupes bulgares et allemandes qui devaient opérer contre Salonique, ont été rappelées vers le nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 19 janvier 1916

Louis Guédet

Mercredi 19 janvier 1916

494ème et 492ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps magnifique, froid assez vif. Calme. Avions, on n’y prête pas plus attention qu’au canon. C’est la vie normale ici, sauf la solitude et le désert des rues. La ville est morte. Révision ce matin des allocations militaires, des armées de mobilisés ! Que d’abus ! Beaucoup de sanctions. Nous n’avons pu finir de 9h à 12h que les 1er et 2ème cantons, il nous reste les 3ème et 4ème cantons : ce sera pour mercredi en huit. Passé à la Caisse d’Épargne pour mon service. J’y retourne samedi.

Vendredi au Cercle, invité par Charles Heidsieck avec Mgr Landrieux, M. et Mme Henri Heidsieck, Henri Abelé, Xavier Heidsieck.

Travaillé toute l’après-midi à mon retard.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 19 – + 8. Nuit tranquille. Visite à M. Debeauvais, aumônier militaire. 2 h. violente canonnade entre batteries adverses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 19 janvier

Entre Oise et Aisne, nos batteries ont bouleversé les tranchées allemandes de la région de Moulin-sous-Touvent.
En Champagne et en Woëvre, activité de notre artillerie sur divers points sensibles du front ennemi.
Nos avions ont fortement endommagé une batterie ennemie dans les Vosges, près de Metzeral.
Canonnade habituelle partout ailleurs.
Les Russes ont largement progressé autour de Pinsk; ils tiennent toutes les collines qui couronnent la ville à l’est.
Le mystère plane sur les conditions et les circonstances de la capitulation monténégrine. On se montre très sévère à Rome pour le roi Nicolas ler.
On annonce que le kaiser, après avoir visité un hôpital de blessés, serait parti pour l’Allemagne du sud, où il devrait subir une opération.
Le gouvernement serbe a quitté Brindisi pour se rendre à Corfou auprès de l’armée.
Les Autrichiens ont subi de lourdes pertes sous Goritz.
Des manifestations populaires importantes ont eu lieu dans la Suisse romande à propos des faits délictueux imputés aux colonels Egli et de Wattenwyl. Le public se montre de plus en plus irrité contre eux.
Des avions autrichiens ont jeté des bombes sur Ancône.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Gros canons français en batterie [soldats autour des canons] : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

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Mercredi 15 décembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 15 décembre 1915

459ème et 457ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin allocations militaires. Discussions sans fin avec le fameux conseiller municipal (rayé). Quelle tête de pioche !! Il est indécrottable. On serait que 100/99 contre lui, il faudrait céder. Cet homme là est peu intelligent. Ainsi désormais, plus de discussion et des votes purement et simplement. Il en arrive à être insolent !…  Temps froid, glacial. Rentré pour déjeuner à 12h1/4 et à 1h procession d’un tas de gens jusqu’à 3h1/2, et j’avais un rendez-vous à 2h à l’archevêché avec Mgr Neveux et l’abbé Lecomte (qui deviendra évêque d’Amiens en 1921). Rentré pour tâcher de mettre mon courrier en ordre !! Je ne sais si je suffirais à ma tâche, qui devient de plus en plus lourde.

Absence du feuillet 281

…Demain l’inventaire et levées des scellés à Ville-Dommange après le décès du Chanoine Mimil. Remis à Henri Abelé 200 Fr pour moi et 200 Fr pour Maurice Mareschal en sa mémoire, pour mon cadeau au nouvel évêque de Dijon, Mgr Landrieux, curé de la Cathédrale. Comme fabriciens (un fabricien est un membre du conseil de fabrique d’une paroisse, ce sont les décideurs de l’administration des fonds) tous nos collègues donnent la même somme. L’ensemble devra servir je crois à acheter la chaîne qui supporte la croix pectorale de Mgr Landrieux, croix qui doit être offerte par le Chapitre de Reims.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 15 – Nuit silencieuse. Gros coups de canons ou bombes sur les tranchées pendant la messe. 11 h., aéroplanes français, canonnade. 2 h, aéroplane allemand. Arrivée des 100 balles envoyées par M. Carroll de Carrolton, venant du Canada.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume

Mercredi 15 décembre

Lutte d’artillerie intense et qui tourne à notre avantage sur divers points du front. Nous dispersons des détachements ennemis sur la route de Villiers (secteur de Roye), et bombardons un convoi près de Thiescourt.
Nos batteries ont provoqué une explosion en Champagne (à l’est de la butte du Mesnil).
En Woëvre (sud de Thiaucourt), nous prenons à partie une batterie allemande, dont les abris ont subi de sérieux dégâts.
Dans les Vosges, au Ban-de-Sapt, nous provoquons l’explosion d’un dépôt de munitions à Laitre.
Onze de nos avions ont bombardé la gare et les bifurcations de Mulheim; vingt-deux autres ont opéré à Hauriaucourt; douze autres encore dans la région de Chateau-Salins, et au château de Burthecourt. Une escadrille ennemie a été mise en fuite.
Tous nos contingents du Vardar sont maintenant rassemblés en deçà de la frontière grecque. Les Bulgares ont pris Guevgueli et Doiran.
Les pertes subies par les Turcs aux Dardanelles sont très considérables.
Des émeutes, causées par la cherté de la vie, ont eu lieu à Cologne. Elles ont été durement réprimées. Il y a des femmes blessées. Le Reichstag a entendu le débat sur les questions de M.Liebknecht. Les représentants du gouvernement ont écarté toutes questions. Trente-quatre députés socialistes ont formé un groupe dissident qui doit voter contre les crédits militaires demandés à nouveau au Reichstag.
La canonnade est intense sur l’Isonzo, entre Autrichiens et Italiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Vendredi 12 novembre 1915

Louis Guédet

Vendredi 12 novembre 1915

Été au Crédit Lyonnais où nous avons collationné avec le Docteur Langlet les titres du Docteur Lévêque. Il a été convenu que nous partirions à midi 1/2 pour les porter à Épernay et que nous reviendrons dans la soirée.

Le haut de la page a été supprimé, puis 3 lignes ont été rayées et sont illisibles.

5h1/2 soir  Rentré d’Épernay à 5h par un temps épouvantable, notre opération de dépôt au Crédit Lyonnais a été très vite. Rencontré sans cesse des troupes trempées, crottées, c’est fort triste. La tempête de vent continue toujours. Pauvres soldats dans les tranchées.

7h soir  Tempête terrible toute la nuit, un peu apaisée par la pluie qui est tombée toute la journée. Une conciliation ce matin. De là vu les Henri Abelé et Charles Heidsieck qui est dans son lit, arrêté par son genou. M. Joseph Krug, l’ami de Maurice Mareschal, un homme fort intelligent et charmant, serait tué ou fusillé à la suite d’une 2ème tentative d’évasion qu’il avait tentée, étant prisonnier en Allemagne depuis le commencement des hostilités. C’est une perte pour Reims. (Joseph Krug, capitaine au 42ème régiment d’artillerie, a été fait prisonnier le 2 septembre 1914. Après avoir séjourné dans divers camps de prisonniers, il fut libéré pour raison médicale en 1917. Il est décédé à Reims en 1967 à l’âge de 98 ans).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille à Reims. Tempête. Visite de M. du Pitney, de M. le curé de Merfy. Tempête et pluie. Via Crucis.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 12 novembre

Canonnade réciproque très active dans le secteur de Loos, la région de la fosse Calonne et de Souchez.
Nos mines ont produit de bons résultats. Au sud de la Somme (Fay), nous avons bouleversé des galeries et fait sauter un poste allemand. A Beuvraignes, nous avons détruit une chambre de mines ennemie en chargement. En Argonne, nous avons endommagé les ouvrages allemands à la Haute-Chevauchée et à la cote 285.
Aux Eparges, une mine a bouleversé la tranchée allemande; nous avons occupé l’entonnoir.
Nos lance-bombes ont infligé de gros dommages à l’ennemi entre Meuse et Moselle.
Les Russes ont, grâce à leur artillerie, remporté un gros succès sur le Styr, et capturé 2000 Austro-allemands.
Les Italiens ont complété leur avance autour du col di Lana.
Les Bulgares ont subi de nouveaux échecs dans la région des monts Babouna.
Les puissances de la Quadruple Entente ont demandé à la Grèce de se prononcer nettement. Sa neutralité sera-t-elle ou non une neutralité bienveillante ?
Le torpillage de l’Ancona, vapeur italien, par un sous-marin autrichien, ou plutôt allemand, a fait plus d
e 200 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mardi 12 octobre 1915

Louis Guédet

Mardi 12 octobre 1915

395ème et 393ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Du canon toute la nuit, matinée tranquille, une conciliation avortée, le débiteur étant de mauvaise foi (M. Auberge (commerçant né à Marseille en 1866)). Je travaille mais c’est la guerre je ne paierai pas ! Voilà la thèse courante et à 11h1/2, comme je me disposais à aller déjeuner chez M. Henri Abelé 2 obus (shrapnels) vers la rue du Barbâtre. Déjeuné dans la cave de M. Henri Abelé avec Mme Henri et Louis Abelé, Abbé Landrieux, curé de la Cathédrale, Albert Benoist, Docteur Simon, Marcel Heidsieck, Lesecq chef de caves. A 2h1/2 on vient nous dire que des aéroplanes français se dirigent vers les lignes allemandes, nous prenons congé pour aller voir, mais ils étaient déjà disparus. Je me dirige avec le Docteur Simon vers sa maison et mon refuge quand boulevard Lundy, rue Linguet, nous entendons un bourdonnement continu, comme si une immense ruche d’abeilles se dirigeait vers nous. C’étaient nos aéroplanes qui nous revenaient, ils n’avaient pas été longtemps parti, il était 3h1/4, ils étaient 19, c’était un bien joli spectacle !! Tous ces avions revenant en bande, poursuivis par 3 avions allemands, en bonds dispersés, allant, venant pour certains comme le chien du berger qui surveille ses brebis. C’était impressionnant et magnifique, de grandeur, de crainte qu’ils ne se fassent atteindre, nous étions là, fascinés par ce beau spectacle.

Repassé par le Palais de Justice, rencontré M. Creté, juge qui me reconduit jusqu’à la rue des Capucins. Nous nous disons au revoir pour demain ma prestation de serment. En rentrant, 2 ou 3 obus aux environs. C’est tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À 14 h 45, un ronflement de moteurs qui augmente insensi­blement d’intensité et devient considérable, nous fait quitter pen­dant quelques instants le bureau. Du perron de l’hôtel de ville, nous voyons s’avancer en plusieurs lignes, une escadrille de vingt-trois aéros partant en expédition. Elle se dirige vers le nord-est, et, sur un signal donné par une fusée tombée de l’un d’eux, les appa­reils se dispersent et accélèrent l’allure.

Vingt minutes après, ils commencent à repasser ; nous en comptons dix-huit — ensuite des sifflements se font entendre et une dizaine d’obus arrivent en ville.

Le lendemain 13, nous apprenons, par le communiqué, qu’une escadrille de dix-neuf avions a lancé cent-quarante bombes sur la gare de Bazancourt où des mouvements étaient signalés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Carte allemande

Carte Allemande


Cardinal Luçon

Mardi 12 – Nuit tranquille pour la ville. 11 h. 1/2, 3 bombes sifflantes. 2 h. 1/2 passage de nombreux aéroplanes, ronflant ensemble magnifique­ment, comme un orgue, sur la ville.

Un 20e allant au Nord. Revenant après 1/2 heure à peu près.

Reçu la brochure allemande, en réponse au volume de Mgr Baudrillart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 12 octobre

Progrès sensibles de nos troupes à l’ouest du chemin de Souchez à Angres, dans la vallée de la Souchez et à l’est du fortin du bois de Givenchy.
Nous gagnons du terrain sur les crêtes de la Folie. Cent prisonniers appartenant à la garde sont restés entre nos mains.
En Champagne, nous avons progressé au nord-est de Tahure et enlevé un ouvrage allemand au sud-est du village, près du ravin de la Goutte. Nous avons capturé 108 prisonniers, dont deux officiers.
Notre artillerie contrebat efficacement l’artillerie allemande.
Canonnades aux Eparges, au bois Le Prêtre, à Reillon en Lorraine, et dans les Vosges, à Steinbach et près de Thann.
Les renseignements recueillis par l’état-major britannique prouvent que l’échec subi par les Allemands au sud du canal de la Bassée a été des plus sérieux.
L’offensive russe s’accentue en Bukovine. L’action entre les armées austro-allemandes et serbes se déploie sur un très vaste front le long du Danube, du Drin et de la Save. Les Serbes ont repoussé victorieusement les agresseurs.
Le courant de l’opinion italienne se manifeste de plus en plus énergiquement en faveur d’une intervention dans les Balkans.
Les partis roumains favorables à la Quadruple Entente demandent une réponse à M. Bratiano au sujet de l’opportunité d’une mobilisation générale.
M. Viviani, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères par intérim, a fait une déclaration à la Chambre sur la question d’orient. Il a dit que la Russie associerait son ac
tion militaire à la nôtre.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 14 septembre 1915

Louis Guédet

Mardi 14 septembre 1915

367ème et 365ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Canonnade terrible et intense vers Aubérive hier soir de 8h à 8h3/4 soir. Nuit assez calme avec du canon et quelques obus. Vu le matin pour loger mes vins, M. Charles Heidsieck ne pouvant pas les prendre chez lui dans sa maison de commerce parce que négociant en vins de Champagne, je les mettrai sans doute chez M. Henri Abelé, son voisin qui a accepté très aimablement. Fais d’autres courses. Vu M. Baudoin de la Caisse d’Épargne, causé de la manœuvre de Rozey, Nocton, Maria et consorts qui sont arrivés à transporter presque tout le service de la Caisse d’Épargne à Paris afin de pouvoir revenir quand Reims pourra les recevoir et qu’il n’y aura plus crainte de bombes. Monsieur, vous remercier ? mais qu’avez-vous fait ? c’est nous qui avons tout fait ! Pourquoi être resté à Reims, ce n’était pas utile, vous le voyez bien ! Et le tour sera joué.

Après-midi expédié mes 197 procès de simple police, de 1h à 5h1/2 du soir. Vu en sortant de l’audience M. Creté, juge à Reims qui m’a fait force éloges sur ma conduite durant ce siège et me disant qu’il avait lu et fortement approuvé et appuyé comme vice-Président le rapport que M. Bossu Procureur de la République a fait sur ma conduite qui concluait à ma nomination de chevalier de la Légion d’Honneur !!… Que ce soit bientôt. Bone Deus ! (Bon Dieu ! en portugais) cela prouvera enfin que la France sera délivrée de l’Ennemi. Je l’ai remercié de ses compliments et lui ai dit que j’étais très touché de toutes les marques de sympathies que m’ont montré tous les juges du tribunal de Reims et que c’était cela qui m’avait beaucoup soutenu et encouragé. Reçu lettre de Jolivet qui arrivera ici jeudi pour prendre divers papiers, il repartira le soir même. Je serai bien heureux de l’embrasser ce cher ami et de causer un peu avec lui.

Demain service d’allocations militaires que je préside toujours.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit absolument tranquille. Rien entendu. Journée tranquille ; visite de M. l’abbé Abelé (?). Il paraît que la nuit du 13 au 14, il y a eu au loin de violents combats d’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 14 Septembre 1915. On nous avait dit que la grande attaque serait pour le 15 mais cela m’étonnerait beaucoup. Du côté de Berry au Bac on entend le canon sans arrêt. Les préparatifs à Reims continuent. Je suis allée chercher la moitié de mon ménage, celui que j’avais mis chez ton papa car pour ce qui est chez nous on ne veut pas me laisser entrer et chose bizarre, c’est que l’on m’a dit que le père Genteur y allait quand il voulait, prétendant que je lui avais confié mes clefs. Et à chaque fois qu’il y va, il en sort avec quelque chose qu’il vole.

J’ai voulu aller voir le colonel Bataille pour qu’il me fasse un laisser-passer et lui expliquer la chose. Mais il n’a pas voulu. J’étais en colère. J’ai dit qu’il ne suffisait donc pas d’être femme d’un soldat français pour que la porte d’un colonel vous soit ouverte. Ils savent bien que je ne suis qu’une femme.

Puisque M. Delcroix a bien eu la liberté d’enlever son ménage, je ne vois pas pourquoi j’aurais un refus. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 14 septembre.

Canonnade sur l’Yser et en Artois (Neuville, Roclincourt, Wailly). Au nord de l’Oise, nous avons opéré des tirs de destruction sur les organisations ennemies et les ouvrages de Beuvraignes. Nous avons dispersé plusieurs partis d’infanterie devant Andechy.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, nous avons bombardé les ouvrages et cantonnements allemands aux environs de Sapigneul et de la Neuville (région de Berry-au-Bac).
Canonnade et lutte de bombes en Champagne, en Argonne, entre Meuse et Moselle.
Bombardement dans les Vosges (Metzeral, Sudelkopf).
Dix-neuf avions, à titre de représailles contre les bombardements de Lunéville et de Compiègne, par les taubes, ont survolé la ville de Trèves et y ont lancé 100 obus, atteignant la gare et la Banque d’Empire. Après avoir atterri dans nos lignes, ils sont repartis et ont jeté 58 obus sur la gare de Dommary-Baroncourt. D’autres ont bombardé la gare de Donaueschingen, sur le Danube, et celle de Marbach.
L’offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où plusieurs milliers d’Autrichiens ont été capturés.
Un raid de zeppelins en Angleterre a encore une fois avorté.
Le submersible Papin a coulé plusieurs torpilleurs autrichiens dans l’Adriatique.
Le comte Bernstorff, dans une interview qu’il n’a que mollement démentie, a proféré des menaces pour l’Am
érique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

Mardi 14 septembre 1915. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?
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Dimanche 9 mai 1915

Louis Guédet

Dimanche 9 mai 1915 

239ème et 237ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit de bombardement, réveillé constamment par les vibrations des vitres de mon réduit de guerre, ce qui me reste ! pour ne pas descendre à la cave ! j’ai mal dormi. Je m’éveille à 6h, temps magnifique. Je m’habille et me dispose à aller à la messe de 8h1/2 à St Jacques quand mon bon ami Charles Heidsieck m’arrive en trombe me disant : « Il fait très beau, venez-vous avec moi à Ville-Dommange où je verrais Roussin, j’ai rencontré Corneille qui m’a dit qu’on avait des places rue Buirette dans la Patache (voiture hippomobile lente) qui va à Pargny ; venez avec nous déjeuner à Ville-Dommange et après avoir fait un tour nous reviendrons en nous promenant à Reims ! » – « Oui, j’accepte, mais je n’ai pas été à la messe ! » – « Ne vous inquiétez pas. Vous sûr aurez une messe à Pargny ou à Ville-Dommange !! »

Nous partons rue Buirette, retrouvons Corneille, la voiture est prête, mais au moment de partir je dis à Charles Heidsieck : « Et nos passeports ??! » – « Oh ! j’ai celui d’auto avec nous ! » Il cherche mais pas de passeport !!

On envoie un cycliste le chercher chez Henri Abelé, rue de la Justice. Celui-ci nous le rapporte ! sauvés !

Nous partons donc tous trois dans une Victoria (Renault DG Victoria de 1913) découverte par un soleil splendide, mais l’air est frais. En route tout émotionnés nous achetons le Petit Parisien qui nous donne des détails sur le torpillage du Lusitania ! Pour nous c’est presque une victoire. Les allemands se mettent de plus en plus au ban du Monde Entier ! Tout en devisant, discutant, nous arrivons à Pargny (gare). Corneille avec son passeport régulier et nous avec notre passeport d’automobile ! Un gendarme rébarbatif nous déclare péremptoirement « que puisque nous pouvons, Charles Heidsieck et moi, aller à Pargny en automobile, nous pouvons nécessairement y aller en voiture à cheval (hippomobile) et même à pied ! » – « Pourquoi pas en aéro !!!! » !! Ce gendarme aurait dû découvrir l’Amérique !! Sur ce nous passons sans accises (taxe de péage) !!

Et arrivant à Pargny, débarquement à la gare après avoir été visés (le passeport) par un douanier plutôt rébarbatif, mais le gendarme avait raison !!

Puisque nous pouvons aller à Pargny en automobile, subséquemment, nécessairement nous pouvons y aller…  etc…  etc…

Quand je voyagerai plus tard, je m’assurerai toujours d’un laissez-passer pour automobile. C’est souverainement péremptoire pour passer partout, même en temps de guerre sur la ligne de feu !! Je m’inquiète de ma messe. Justement les fidèles y allaient, je les suis jusqu’à la modeste église de Pargny, il est 10h du matin. Sur la place je me heurte à Liance mon jeune notaire de Rosnay qui n’a pas l’air de s’amuser ici, où comme automobiliste il fait son service ici, où il s’ennuie à mourir ! Il déplore tout ce qui c’est passé chez lui, autour de lui, mœurs, vol soldatesque tout y passe…  toute la ligne ! il est écœuré…  Çà me console, car je croyais qu’il n’y avait que moi qui voyait, constatait pareils scandales, et que seul je m’en offusquais. Entre autres exemples, il me citait que le docteur Vignon de Romilly estimait qu’il y avait déjà dans les villages sur la ligne de Reims à Dormans (C.B.R.) (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) 250 femmes mariées ou jeunes filles qui étaient enceintes !! des œuvres de la soldatesque qui occupe ces villages, etc…  etc…  tout à l’avenant.

Nous assistons à la Grand Messe (1h3/4 de durée) avec sermon lu et lecture de la pastorale du cardinal Luçon pour la neuvaine de la fête de Jeanne d’Arc. A la sortie je retrouve Charles Heidsieck qui (ayant été à la messe à Reims) était allé faire un tour jusqu’à Jouy.

Nous nous dirigeons vers le Château Werlé où est installé l’hôpital temporaire n°6 du docteur Lardennois. Que je ne rencontre pas malheureusement, étant parti en congé de la veille ! J’y vois un sergent Gras à qui j’avais à causer d’affaire, et nous nous mettons en quête de déjeuner dans une auberge quelconque. Nous frappons à 3/4 portes. On nous signifie qu’on ne peut rien nous donner ! il est 11h3/4 !! mon Brave ami la trouve saumâtre ! Où manger ? Chez M. Misset alors ! allons-y !!

Il faut vous dire que comme nous entrions à Pargny nous rencontrâmes M. Misset, intendant gérant des domaines et du château de M. Werlé qui nous arrête, cause un moment avec nous et nous invite à venir déjeuner chez lui. Comme nous faisions un geste de refus en lui disant que nous trouverions notre affaire dans une auberge quelconque, il nous dit en riant : « Au revoir, je file à une réunion du conseil municipal. Je vous attends à midi car vous serez bien obligés d’accepter mon invitation !! »

Il avait dit vrai, et à notre courte honte nous nous allâmes humblement lui demander l’hospitalité. Il était enchanté de notre déconvenue. Déjeuner charmant. Madame Misset très simple, et parfaitement élevée. Avec nous dinait les enfants et la femme d’un capitaine des Zouaves (très zouave elle-même) qui était venue près de son mari soigné à l’Hôpital Werlé. Soi-disant pour passer 8 jours et il y a 2 mois qu’elle est là, acceptant l’hospitalité économe de Misset. Le brave M. Misset accepte cela philosophiquement. « Nous sommes depuis 9 mois si peu chez nous ! » dit-il d’un ton résigné ! Il est vrai qu’il est accablé de militaires de tous galons, logeant l’État-major et ces messieurs ne se gênent pas ou daigne le laisser chez eux ! Pour prendre le café il a fallu demander la permission d’aller sur la terrasse d’où l’on jouit d’une vue splendide sur Reims !! Mais ce sont les galonnés qui en jouissent !!

Dans la pièce à côté on jugeait un malheureux officier français qui avait causé à un officier allemand sur les tranchées. Il est à craindre qu’il ne soit fusillé demain !!

Vers 2h1/2 nous visitons avec M. Misset l’installation hospitalière du Château Werlé, où tout est intact, les allemands n’ayant pas eu le temps de piller. J’admire les boiseries peintes relatant l’Histoire de France provenant du château d’Étoges, et puis nous nous quittons pour regagner Reims par Jouy, Ville-Dommange, Les Mesneux à travers champs, Bezannes et Reims où nous arrivons vers 6h fatigués, car nous ne sommes plus habitués à de semblables marches.

Les feuillets 221 à 224 ont disparus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les journaux annoncent que le Lusitania, grand transatlantique anglais, qui faisait le service entre l’Amérique et l’Angleterre, a été torpillé par un sous-marin allemand, au large des côtes de l’Irlande. Ils annoncent 1500 morts.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 9 – Nuit tranquille. Gros coups ou grosses bombes de temps en temps durant la nuit. Visite aux prêtres de Montchenot (Château) et à la Chapelle Castrale, et aux officiers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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du 9 au 26 mai, nous allons publier les derniers jours d’Albert Thierry, homme de lettres, professeur à l’école normale des instituteurs de Versailles (78). Il était soldat à la 5e compagnie du 28e RI. Il fut tué le 26 mai 1915 lors de l’attaque de la tranchée des Saules à Aix-Noulette (Artois).
Vous pouvez retrouver la totalité de ces dernier jours sur ce blog

Les Carnets de guerre d’Albert Thierry : le 9 mai 1915


Dimanche 9 mai

En Belgique, les Allemands ont attaqué les lignes anglaises près de Saint-julien. Cette attaque a été repoussée avec de grosses pertes pour l’ennemi. Au sud d’Ypres, à la cote 60, les Anglais ont repris une partie des tranchées qu’ils avaient perdues.
A Lens, un de nos bataillons a réussi à enlever un ouvrage allemand. Nous avons arrêté trois tentatives d’attaque au bois Le Prêtre. Nous avons progressé d’un kilomètre sur la rive droite de la Fecht, près de Metzeral.
Le torpillage du Lusitania a fait près de 1500 victimes. Il n’y a que 703 survivants sur 2160 passagers et marins. L’ambassadeur d’Allemagne à Washington marque sa satisfaction.
On annonce que l’ambassadeur d’Autriche à Rome se prépare à partir. On confirme, en dépit d’un démenti du Vatican, que M.de Bulow a été reçu par le Pape. L’ambassadeur allemand, dans sa dernière visite au Quirinal aurait fait une suprême démarche auprès du souverain pour l’exhorter à ne pas rompre les liens entre les Hohenzollern et la maison de Savoie. La presse allemande déchaîne ses fureurs contre l’Italie.
La grande bataille des Carpates continue à se déployer. L’avance austro-allemande semble avoir cessé.
D’après certaines informations, l’entente se rétablirait entre la Chine et le japon, ce dernier acceptant de corriger certaines de ses exigences. Toutefois, une partie de la flotte nipponne a déjà pris la mer. L’Amérique, la France et l’Angleterre auraient prêché la modération.

 

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Mercredi 14 avril 1915

Louis Guédet

Mercredi 14 avril 1915 

214ème et 212ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Toute la nuit précédente comme la journée d’avant, bombardement général. Je n’ai pas ou peu dormi, dans mon grenier. La journée a été belle, trop belle puisque l’on ne pouvait pas profiter du soleil et des verts bourgeons que les arbres de nos squares et boulevards nous montrent. A 9h1/2 Présidence des allocations militaires. Jusqu’à midi et pendant que nous siégeons les bombes sifflaient. L’après-midi je me suis occupé de mon voyage à Paris qui aura lieu vers le 20/21. Vu le commandant Colas, charmant pour moi. J’obtiendrai de lui ce que je voudrai. Car depuis la mort de ce malheureux Martinet il n’y a plus d’aller et retour. Je ne fais pas partie de l’exception, et du reste le commandant m’a dit : « Pour vous, M. Guédet, tout ce que vous voudrez de la Place ! » C’est donc carte blanche.

J’ai revisité la maison Martinet du haut en bas ! Rien en dehors du sous-sol effondré, les étages sont relativement intacts, mais encore des débris humains infimes, mais toujours des débris. J’y renonce. J’ai recueilli le plus gros ! A quoi suis-je réduit !! Mon Dieu ! Je le devais !

Des 3 chiens Martinet je n’en n’ai plus que 2, à la suite d’une frasque et d’une imprudence du commandant Colas !! Ce qu’ils m’auront donné de soucis ces roquets là !! Enfin ce sont des chiens. J’aurais été si heureux qu’on agisse de même pour les miens. Mon pauvre Bobock (comme le dit Marie-Louise) si j’ai pris cette charge c’est en pensant à toi qui te chauffe en lézard au soleil sur la pelouse de St Martin en battant de la queue quand mon pauvre vieil octogénaire de Père passe et repasse près de toi, au bon soleil de mon cher Pays natal. La Champagne, la Marne, la Terre qui a toujours été le tombeau des Vandales. Oui les champenois ont toujours eu de la Race et j’en ai.

Vu les Abelé, installés comme dans des catacombes dans leurs caves. Fort curieuses : une longue voute et à droite et à gauche au milieu d’une allée centrale des cellules ou chacun a son home, à gauche…  A droite le bureau de travail, les bureaux, salon, salle à manger, etc…  Chapelle à l’extrémité pour permettre même aux paresseux d’assister à la messe dans leur lit !! C’est bien, c’est curieux, ce sont des catacombes.

Je me suis entendu avec lui (Henri Abelé et Charles Heidsieck) pour l’auto pour aller à Paris par Épernay. Tous sont aux petits soins pour moi. La phrase suivante a été rayée.

Quelle nuit allons-nous avoir ? Je ne sais, mais nous avons rudement taquiné les allemands, gare les représailles nocturnes avec tous leurs accessoires.

J’ai fixé mon départ au 20/21 courant à cause de ma pauvre main droite brûlée afin que je n’aie plus de pansement à faire à Paris. Je suis toujours profondément triste, las !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Nuit Marquée par une violente canonnade française. De 10 ½ à 11h ½, violent bombardement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mercredi 14 Avril 1915.

Mon Charles,

Tes parents sont repartis pour Sainte-Anne. Ils voulaient que j’aille avec eux mais je ne peux pas quitter ton parrain pour aller chez des étrangers. Gaston a peur, il ne veut plus du tout rester rue de Metz ; ils sont navrés.

Le bombardement continue toujours. Surtout pour les aéroplanes, ils lancent quelque chose comme bombes et fléchettes. Que veux-tu, on commence à s’y habituer. Je ne me rappelle pas t’avoir dit que le pauvre père Deboeuf était mort de maladie. Tu en trouveras du changement, mon Charles, quand tu reviendras. Mais quand ?

Je te quitte. Bons bécots et à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Mercredi 14 avril

Rien à signaler entre la mer et l’Aisne, que quelques actions d’artillerie. Dans l’ensemble, nous avons maintenu et consolidé nos positions sur les divers points où nous avions antérieurement progressé. A l’est de Berry-au-Bac, nous avons enlevé une tranchée allemande. En Argonne, lutte de mines et combat à coups de bombes et de grenades d’une tranchée à l’autre. Entre Meuse et Moselle, nos troupes sont parvenues, en plusieurs points, au contact des réseaux de fil de fer de la défense ennemie.
Nos avions ont bombardé efficacement les hangars militaires de Vigneulles, en Woëvre, et dispersé un bataillon en marche.
D’après un télégramme de source danoise, des avions français ont jeté des bombes sur des casernes à Hambourg, en y provoquant l’incendie.
Les Austro-allemands ont tenté une contre-offensive contre les Russes des Carpates, en tournant leur aile gauche dans la direction de Stryj, mais ils ont été repoussés avec des pertes énormes.
La presse américaine attaque avec une violence croissante le comte Bernstorf, ambassadeur d’Allemagne, dont la note outrecuidante contient des termes injurieux pour la grande république.
Un important conseil des ministres a eu lieu à Rome. L’heure décisive approche pour l’Italie et M. Giolitti, jusqu’ici partisan de la neutralité, aurait déclaré que la guerre entre son pays et l’Autriche devenait inévitable.
L’Allemagne publie une note pour se plaindre du traitement infligé en Angleterre aux équipages des sous-marins capturés et pour annoncer qu’elle exercera des représailles sur les marins britanniques tombés entre ses mains.

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Jeudi 5 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

5  NOVEMBRE ; jeudi –

8  heures 3/4 ; Vive canonnade ; des obus perdus viennent siffler et éclater dans nos parages Quelle horreur que ces éclats sauvages en pleine nuit. J’entends dans la rue les gens descendus en hâte des étages s’interpellant, se pressant de gagner la cave la plus proche…

Dieu, sauvez la France !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 5 novembre 1914

54ème et 52ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tout a été calme, les journaux ont l’air (?) de dire qu’ils reculent. On ne s’en aperçoit guère ici !

Mon petit clerc Malet vient de passer pour me donner sa nouvelle adresse, attendu qu’une des bombes de l’aéroplane d’avant-hier est tombée sur sa maison 49, rue de Courcelles et l’a démolie. Leur appartement  n’a pas été trop abîmé ainsi que le mobilier, mais il a fallu déloger. Pas d’accident de personnes heureusement.

10h3/4 soir  Journée tranquille. Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux qui cherche à se faire enrôler comme aumônier militaire. Ecris pas mal de lettres. Dîné, puis monté dans ma chambre pour écrire à Marie-Louise et à ma chère femme. Il est 8h. Comme j’écrivais cette dernière, j’entendis une canonnade et une fusillade terrible vers 8h1/2. A 8h3/4 j’interromps ma lettre…  par un mais…   Je disais à ma pauvre femme : « J’entends du canon, j’arrête un instant, il est 8h3/4, mais… » Je vais voir à ma fenêtre d’où cela vient et ce que c’est, mais, à mon mais…  Un sifflement et un boum formidable à 10 mètres !! Je laisse ma lettre en plan, je prends mes clefs de cave, mon pardessus, j’allume une bougie, j’éteins l’électricité et je descends à la cave, à l’entrée de laquelle m’attend ma fidèle…   Adèle ! A 8h40 nous étions dans notre tanière. Le bombardement a duré de 8h3/4 à 9h3/4, 4 à 5 obus ont dû tomber fort près. Nous saurons cela demain. Nous remontons à 10h1/4. Je regarde dans la rue en fermant la porte d’entrée. Clair de lune ! Pas de décombres dans la rue, donc c’est plus loin, mais c’est une alerte qui a compté.

Je vais tâcher de dormir ! si les…  barbares le veulent…  le permettent !! Dieu quand verrons-nous la fin de cette vie misérable ?!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Il nous a fallu encore nous relever cette nuit à cause d’une canonnade toute proche, des nombreux sifflements et de l’arrivée, assez près, d’obus de différents calibres.

Ce matin, en allant au bureau, j’ai tenu à faire une tournée pour me rendre compte des dégâts causés au cours de la nuit. Il paraît évident que la cathédrale a été visée de nouveau ; de gros projectiles sont tombés rue du Cardinal-de-Lorraine, rue de l’École de Médecine (maison Abelé) ; sur la pharmacie de la place du Parvis, rue Libergier, rue Colbert et rue du Cadran-Saint-Pierre.

Dans Le Courrier de ce jour, on lit cet article :

Le crime de Reims – l’État de la cathédrale.

En réponse au chapitre métropolitain de Notre-Dame de Paris, M. L’abbé Landieux, curé de la cathédrale de Reims, donne les renseignements qui voici sur l’état de la cathédrale.

Il y a eu trois foyers d’incendie : l’échafaudage du portail, les combles de la grande nef et l’abside.

Au point de vue artistique, il y a des ruines irréparables. L’édifice a mieux résisté qu’on ne l’a cru. Notre cathédrale, avec ses deux trous, garde sa grande allure. Elle domine, fière et majestueuse, le monceau de ruines qu’est, de ce côté, le cintre de la ville ; des quartiers incendiés, avec le vieil archevêché et le palais des rois, dont il ne reste rien, que la chapelle.

Les pierres, cependant, sont assez profondément calcinées. Les toits et les charpentes n’existent plus : les voûtes ont résisté. Les clochez sont fondues. La tour sud n’a pas été atteinte ; les bourdons sont intacts : ils sonneront le Te Deum quand même à l’heure de la victoire.

La plupart des verrières sont détruites, soit pas les bombes, soit par le feu.

L’intérieur a relativement peu souffert ; nous avons pu sauver le Trésor.

Et maintenant, quand rentrerons-nous dans notre chère cathédrale ?

Si le bombardement sauvage qui nous accable depuis plus de trois semaines, même la nuit, cessait, on commencerait de suite les travaux de protection et nous pourrions, dans quelques mois peut-être, reprendre possession de l’abside. Mais quand serons-nous délivrée de cette infernale batterie de Berru, que rien ne peut réduire ? Il ne semble pas que ce soit demain.

Ces sacrifices, du moins, compteront devant Dieu, avec les larmes des mères et le sang de nos soldats, pour la rançon de la France.

A la suite des renseignements donnés sur l’origine de l’incendie, par M. l’Archiprêtre de Notre-Dame, on peut noter aujourd’hui, que parmi les divers documents photographiques très intéressants connus depuis le désastre, un instantané 9 x12, pris de la rue Libergier par M. l’abbé Dage, le 19 septembre 1914, fait voir nettement des foyers incendiaires à deux endroits, vers les 5e et 9e ou 10e étages de l’énorme échafaudage qui flanquait la tour nord de la cathédrale, en montant du sol jusqu’au dessus de la galerie des rois.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Nuit tranquille : matinée tranquille. Visite à M. le Curé de S. Maurice. J’irai le lundi 9 dire la messe de clôture de la Neuvaine, à 7 heures. Matinée tranquille. Réception de la lettre de M. Hertzog datée du 30 octobre.

de 9 à 10 h du soir, terrible bombardement, le plus effrayant de tous. Il atteint la maison Henri Abelé, Baucourt, une autre à gauche de la rue du Cardinal de Lorraine, jusqu’en face des Sœurs de l’Adoration Réparatrice. On visait sans doute la Cathédrale ; c’est peut-être la vérification de la menace de M. O. Bethmann Hollweg. Un obus dévaste notre Fourneau Économique, 15 rue Brûlée.

Écrit au Cardinal Gasquet et au Cardinal Gasparri par occasion. Réponse à l’Agence Havas, Bethmann Hollweg. Lettre du Grand Rabbin de Lille sur la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La bataille a tenu éveillés, dans la nuit du 4 ou 5, les habitants des faubourgs, alors que le Centre de la ville n’a presque rien entendu.

C’est ainsi que nous avons pu reposer sans nous douter de rien.

En fin du déjeuner pris en compagnie de Mme Jacquesson, sont distribuées : 1° Lettre Henri (3 9bre) parlant des instructions qu’il se propose de passer à Jeanne concernant la somme (et l’emploi à en faire) dont elle aura à donner décharge à M. Delaigle, directeur de l’usine de Bétheniville, actuellement réfugié à Épernay.

Il dit aussi que sa santé ne le satisfait qu’à moitié, ce dont je prends tout de suite contrariété.

2° Lettre Jeanne (1er 9bre) sans nouvelle marquante.

À 16H je rencontre Arthur Pérard qui rentre de l’Yonne où il était parti le 31 août avec ses parents : son frère Jules est dans le Centre.

20H1/2 jusque 22H3/4 descente et séjour en cave imposés par le violent bombardement subi ; les obus font rage dans le quartier, ce que ne laissait que trop prévoir la reconnaissance aérienne faite dans l’après-midi par un avion allemand, et au cours de laquelle il avait plusieurs fois tracé le même cercle dans l’espace compris entre la gare et le théâtre.

À 23H nous montons coucher, sans espoir de repos tranquille.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Octave Forsant

Jeudi 5 novembre. — Je viens de faire une promenade noc­turne dans la ville. Le spectacle de Reims le soir vaut d’être décrit. Depuis les bombardements de septembre, il n’y a plus ni gaz ni électricité : on s’éclaire au pétrole. Mais comme nous sommes sur le front, l’autorité militaire a interdit depuis quelques jours tout éclairage des rues et même toute filtration de lumière par les portes ou les fenêtres des appartenons. Il parait qu’il y aurait encore des espions qui la nuit font des signaux optiques à l’ennemi. Si bien que cette ville, autrefois ruisselante de lumière le soir, est maintenant, à la chute du jour, plongée dans la plus noire obscurité. La circulation devient difficile, inquié­tante même. On marche à tâtons, se heurtant parfois les uns les autres ou buttant contre les poteaux du trolley des tramways. Cependant, de distance en distance, s’allument de petites lampes électriques qui brillent quelques secondes puis s’éteignent pour se rallumer un peu plus loin. On dirait une procession d’étoiles; c’est très pittoresque, mais beaucoup moins pratique, parce que ces lampes aveuglent le passant qui vient se heurter contre vous. La nuit, on s’enferme chez soi : défense de sortir de huit heures du soir à six heures du matin. On n’a pas idée combien cet isolement, cette claustra­tion forcée, douze heures sur vingt-quatre, est pénible, ni de quelle interminable longueur semblent les nuits !

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles tuées ce jour :


Jeudi 5 novembre

Les Allemands, qui voulaient franchir l’Yser, battent réellement en retraite, malgré leur grand nombre : ils étaient, paraît-il, 500.000, mais auraient perdu 100.000 hommes… Sur les pentes au nord de l’Aisne, vers Vailly, nous avons regagné à peu près tout le terrain cédé.

Les troupes russes, qui poursuivaient à gauche de la Vistule, les Austro-Allemands vaincus ont repris Kielce et un grand nombre de localités en arrière, dans la direction de la frontière silésienne. Le quartier général allemand a été transporté à Gentoschau, près de cette frontière. Von Hindenburg n’est pas plus heureux en Prusse orientale, où se dessinne progressivement l’offensive de nos alliés.
La flotte allemande a fait son apparition sur la côte orientale anglaise, à Yarmouth, mais elle a dû se retirer devant l’arrivée de l’escadre anglaise, après avoir, il est vrai, coulé un sous-marin.
Les forces navales franco-anglaises ont bombardé l’entrée du détroit des Dardanelles où l’on croit qu’un fort aurait sauté. De leur côté, les troupes russes de Transcaucasie ont franchi la frontière de l’Arménie ottomane. Le cabinet de Constantinople est d’ailleurs loin d’être uni, et plusieurs ministres, dont le ministre des Finances Djavid bey, ont démissionné pour ne point se solidariser avec la politique insensée d’Enver bey.
La forteresse allemande de Kiao-Tcheou, sur le littoral chinois, est sur le point d’être anéantie par le bombardement qu’opèrent les Japonais. Un croiseur allemand a coulé dans le port.
Le cabinet italien est complètement formé. C’est M. Sonnino, déjà deux fois président du Conseil, qui prend le portefeuille des Affaires étrangères.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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