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Samedi 2 février 1918

Louis Guédet

Samedi 2 février 1918

1240ème et 1238ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La Chandeleur !! Que de charmants souvenirs d’enfance pour moi. On fêtait naguère ce jour chez moi, on assistait à la messe et l’on rapportait son cierge bénit. Tout cela est passé. Cela me semble d’une telle fraîcheur. On ne reverra jamais plus cela avec cette époque d’incroyance et d’indifférence. La Chandeleur !! souvenirs de ma première jeunesse. Adieu ! Je suis sous les bombes par ce soleil magnifique. Il fait froid.

Rien de saillant depuis hier soir, calme relatif. Ce soir je paie mon pari avec Beauvais, dans le « Condreux-club » à L’Homme d’osier, 72 rue de Vesle, où se réunit ce singulier petit clan…  de purs ! et où se décident bien des rubans. Lenoir et Guichard y seront avec les habitués, Happillon, Dor, lieutenant Migny, Condreux le propriétaire de céans, Beauvais.

Demain je déjeune chez Houlon qui est heureux, à ne pas décevoir de la certitude de son ruban.

On doit prendre des Hospices quelques uns de mes cartons d’archives à mettre en consigne à la Gare d’Épernay d’où je les ferai suivre avec moi mercredi. Pourvu que le service de l’Évacuation de Migny me prenne le reste !! À la Grâce de Dieu !

Temps magnifique ! Trop beau ! Hélas ! car par ce soleil radieux, gare les bombes, etc…  etc… Pour nous, pauvres Rémois, nous préférons la pluie, les temps maussades. Nous sommes moins bombardés.

5h soir  Rien de nouveau. Avions, bombardement après-midi par salves. Lettre de ma chère femme souffrant toujours de douleurs, la malheureuse. J’organise mon départ pour le 6. J’ai hâte de partir. Ce soir, réunion avec Beauvais, Condreux. Demain je noterai ce qu’il en est et aura été.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 février 1918 – L’Eclaireur de l’Est donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui a eu lieu le 30 janvier.

A cette réunion, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, dans le local actuel de la mairie, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints ; Chezel, Demaison, Charles Heid- sieck, Gustave Houlon, Jallade, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont.

Dans l’ordre du jour, figurait l’examen du compte administratif communal de l’exercice 1916. Le rapporteur était M. Demaison.

Le journal dit :

Mennesson-Dupont qui préside à ce moment la séance, fait part au maire de l’approbation de ce compte par le conseil et rend hommage au zèle et à la compétence du maire et de ses adjoints, ainsi qu’au dévouement du personnel resté fidèle à son poste.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 février – Purification. – 2°. Beau temps. Visite du Colonel Coignard du 108e, et du Docteur du régiment. Après-midi rendu visite. Visite à M. Houlon. Visite du Capitaine de Beaumont de Brie ? Breton, connaissant les Colbert, les Chabot, les La Bretèche, les De Nonas (?). Avions, tir contre eux. 5 bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 février

Nos détachements on réussi divers coups de main dans la région de Nieuport et au nord-ouest de Reims. Nous avons fait des prisonniers et ramené une mitrailleuse.
Dans la région nord-est de Flirey, un fort parti ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes a été dispersé par nos feux.
Les Anglais ont brisé sur leur front, une tentative de coup de main effectuée par l’ennemi, à l’ouest d’Arleux-en-Gohelle. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande vers Lens et Gouzeaucourt.
Sur le front italien, après de nombreuses et vaines tentatives pour enlever à nos alliés les gains obtenus dans la région de Sasso Rosso, l’ennemi a commencé une action plus intense sur le mont Val Bella.
Les assaillants, par un feu de barrage foudroyant et rapide, ont été obligés de se replier sur leurs positions de départ avant d’avoir pu prendre contact avec la ligne italienne.
Tirs d’artillerie sur le reste du front. Echec d’un groupe autrichien dans le val Giudicarie.
Activité de patrouilles entre Posina et l’Astico.
L’ennemi a jeté des bombes sur Bassano où l’on signale quelques blessés.
Le bilan rectifié du raid des gothas sur Paris est de quarante-neuf morts et deux cent sept blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Jeudi 6 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 6 février 1918

1244ème et 1242ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 matin  Temps doux et fort nuageux. Hier soir Sainsaulieu est venu m’apporter quelques larmes de plomb en fusion, provenant de la toiture de la Cathédrale lors de l’incendie du 19 septembre 1914. On croirait des feuillages d’herbes marines ou de fougères. Voilà encore un souvenir à mettre dans mon petit musée de Guerre. Aurais-je la joie de le voir installé dans une vitrine ou dans un meuble vitré après la Guerre. Je me sens si las et j’ai une angoisse dont je puis me défaire. Je pars à 9h. Pourvu qu’il n’arrive rien ici durant mon absence.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 6 – Nuit tranquille. – 4°. Visite à M. Charles Heidsieck, non trouvé ; au Capitaine des Pompiers de Paris, non trouvé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dessin de Delauzanne

Journées du 6 au 19 décembre 1917

LA GUERRE : POLITIQUE ET DIPLOMATIE

L’armistice sur les fronts russo-roumains :

Les négociations entamées le 3 décembre par les maximalistes avec les puissances centrales ont abouti, comme on devait s’y attendre, à la conclusion d’un armistice signé à Brest-Litovsk le 15 décembre. Cet armistice, qui a commencé à jouer le 17 décembre, à 12 heures, est valable jusqu’au 14 janvier 1918. A moins d’une dénonciation faite sept jours d’avance, il continuera automatiquement.
Il s’étend à toutes les forces terrestres, aériennes et navales des fronts communs, englobant, par le fait même, le front russo-roumain. On en verra plus loin les dispositions détaillées et les conséquences militaires et navales. Ainsi le gouvernement de Lénine et de Trotzky a délibérément, dénoncé les traités d’alliance qui unissaient la Russie aux autres nations de l’Entente. Le geste qu’il a accompli avait été précédé par l’établissement d’une trêve de dix jours, conclue le 5 décembre avec le prince Léopold de Bavière, à laquelle la Roumanie avait été contrainte de participer.
Ces événements considérables n’ont pas été sans troubles profonds à l’intérieur de l’immense État, aujourd’hui en complète désorganisation anarchique. Des mouvements séparatistes ont amené l’Ukraine, la région du Don occupée par les cosaques, la Bessarabie, La Finlande, une partie de la Sibérie, l’Arménie, à proclamer leur indépendance. Une réaction violente contre les bolchevicks s’est manifestée parmi les éléments qui n’ont pas perdu le sens national, comme le parti bourgeois des cadets, les paysans, les socialistes-révolutionnaires qui, malgré leur étiquette, représentent une fraction modérée, les cheminots. Aux élections pour la constituante, qui se sont poursuivies, les maximalistes sont loin d’avoir obtenu la majorité. Mais, ils ont empêché par la force l’assemblée de se réunir, tandis que leurs troupes tenaient tête à celles de Kalédine, chef de la contre révolution militaire. On se bat encore en Russie, mais c’est la guerre civile.
Cependant les nouvelles les plus inattendues, généralement contredites dès le lendemain, n’ont cessé de parvenir par exemple, celle de l’assassinat, puis de l’évasion de l’ex-tsar.
La seule chose certaine, c’est que les conditions de la paix séparée de la Russie avec l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie et la Turquie se discutent avec, de part et d’autre, un égal désir d’une solution rapide .

Un coup d’État au Portugal.

Le 8 décembre, des dépêches de source espagnole annonçaient que des troubles graves avaient éclaté à Lisbonne et à Porto, à l’occasion de la cherté de la vie. Il s’agissait, en réalité, d’un véritable coup d’Etat politique. Il a eu pour instigateurs M. Sidonio Paës, qui fut ministre dans plusieurs cabinets républicains, le colonel Recadas, ancien aide de camp du roi Manuel, et M. Suarez Branco, ancien ministre des finances des cabinets royalistes. Pendant trois jours, les forces révolutionnaires ont combattu les troupes régulières; elles en ont triomphé. Le gouvernement a dû capituler. Il a été remplacé, en décembre, par un gouvernement provisoire dont M. Sidonio Paës a pris la présidence, avec les portefeuilles de la Guerre et des Affaires étrangères. M. Bernardino Machado, président de la République déchu, a été banni. La même peine a été prononcée contre M. Joao Chagas, ministre du Portugal à Paris. Le nouveau régime a déclaré officiellement qu’il continuerait sa politique d’alliance avec l’Entente.
L’Amérique contre les puissances centrales. Le président Wilson a signé, le 7 décembre, la déclaration officielle de guerre des Etats-Unis à 1’Autriche-Hongrie. D’autre part, le 8 décembre, la République de l’Equateur a rompu les relations diplomatiques avec l’Allemagne.

OPÉRATIONS MILITAIRES

FRONT FRANÇAIS

Tandis que semblent se multiplier les indices d’une prochaine offensive ennemie sur le front Occidental – ç’est une éventualité que la défection russe doit rendre inévitable – les opérations militaires de la quinzaine dernière ont été réduites à fort peu de choses. Ce sont des nécessités locales et non une pensée d’ensemble qui les ont déterminées.
Le seul secteur où la fréquence des coups de main mérite d’être relevée est celui de la Meuse. Les Allemands y ont prononcé en effet un certain nombre de tentatives, d’ailleurs vaines, les 7, 8 et 9 décembre vers Bezonvaux et Beaumont; le 10, sur le front du bois le Chaume; le 12, à la cote 304, sur la rive gauche de la rivière; le 13, au bois des Caurières, ce fut l’action la plus importante; le 15, au bois le Chaume.

FRONT BRITANNIQUE

Nos alliés ont dû, à la suite des dernières attaques allemandes devant Cambrai, rectifier leur ligne et abandonner sans combat le saillant formé par leurs positions vers Noyelles-sur-l’Escaut et le bois Bourlon. Leur mouvement de repli qui s’est accentué, jusqu’au Sud-Ouest de ces localités, a eu lieu dans la nuit du 4 au 5 décembre, sans que l’ennemi s’en rendît compte. Les travaux de campagne ont été systématiquement détruits.
Le 6 et le 7 décembre, la lutte s’est encore maintenue assez vive vers la Vacquerie. Des engagements locaux se sont produits à l’est de Boursies le 8 et le 10. Une forte attaque a été menée par les allemands le 12, sur un front de 500 mètres environ, à l’Est de Bullecourt. Les assaillants ont pu être rejetés, sauf sur un point. Le 13, le combat a repris et s’est même étendu. Il n’a abouti à aucun résultat appréciable.
Dans le secteur d’Ypres, une entreprise a été menée par l’ennemi au Sud-Est du bois du Polygone, aux abords du château de Polderhoek, le 14 décembre. Une tranchée a été perdue puis reprise le lendemain.
Ce sont là les incidents les plus marquants que les communiqués britanniques ont enregistrés du 6 au 19 décembre.

FRONT RUSSE ET ROUMAIN

L’ARMISTICE

Au point de vue militaire, l’article 2 du protocole d’armistice est le plus important. Les contractants s’y interdisent, sur le front d’Europe, tous déplacements de troupes en préparation d’une offensive locale, et, d’une manière plus générale, tous déplacements de troupes jusqu’au 14 janvier, « à moins que ces déplacements aient été en cours au moment de l ‘armistice ».
Cette dernière clause vise hypocritement le transport d’unités austro-allemandes d’Orient en Occident; mais elle est sans valeur. En effet, tous les mouvements ordonnés par Hindenburg étaient déjà en cours le 17 décembre, et les Russes, au surplus, dont les armées sont en pleine dissolution, ne possèdent aucun moyen de contrôle sur l’observation des engagements acceptés. Si ceux-ci ne sont pas respectés, aucune sanction ne peut intervenir.
L’armée roumaine, de par sa situation, est forcément comprise dans les stipulations de l’armistice. Celles-ci, d’autre part, interdisent aucun déplacement de troupes en Asie; et bien plus, d’après l’article 1O, les armées belligérantes doivent immédiatement évacuer le territoire persan.
Ainsi les Turcs seront en mesure de concentrer tous leurs moyens disponibles soit en Mésopotamie, soit en Palestine.
La trahison maximaliste est totale.

FRONT ITALIEN

Sur le plateau d’Asiago.

Après une accalmie générale d’une semaine, la bataille générale s’est rallumée le 4 décembre au matin à l’est d’Asiago, dans la partie du plateau des Sette Communi, voisine des gorges de la Brenta. Les forces autrichiennes, soutenues par des batteries allemandes, ont mené une offensive déterminée contre la 1re armée italienne.
L’objectif de l’attaque était fixé dans le massif entier des Meletta, que flanque au nord-ouest les monts Tondarecar et Badenecche, au sud-ouest le mont Sisemol. Cet ensemble de sommet couvre les entré du val Frenzela qui conduit à Valstagna, localité située sur la Brenta, à l’issue des gorges les plus étroites.
Le 4 décembre, dans l’après-midi, après des combats acharnés, les Italiens perdirent leurs positions de droite, au Tondarecar et au Badenecche. Dès lors, leur résistance au centre étant gravement affectée, vers la tombée de la nuit, les pentes des Meletta furent abandonnées, et la défense reportée sur les hauteurs en arrière de Foza.
Le 5, la position avancé du mont Castelgomberto, encerclée au cours des événements de la veille, fut perdue, et le lendemain, le mont Sisemol, se présentant en flèche devant la nouvelle ligne italienne, dut être évacué.
A partir de ce moment, nos alliés firent front en travers du val Frenzela et aux revers occidentaux des escarpements dressés directement au-dessus de la rive droite de la Brenta. Les Autrichiens, de leur côté, suspendirent leurs opérations, et la lutte se réduisit aux actions habituelles de l’artillerie.

Entre la Brenta, et la Piave.

Mais quatre jours plus tard, une nouvelle bataille était engagée dans l’épais massif montagneux qui s’étend entre la Brenta et la Piave, au Nord de Bassano. La 4 armée italienne, sous les ordres du général de Rebilant, devait y soutenir l’assaut des divisions austro-allemandes de von Krobatin et de von Below.
Au centre du secteur, et à proximité de la plaine, se dresse le mont Grappa, dont les multiples ramifications couvrent la majeure partie de l’espace compris entre les deux fleuves. Du massif central s’embranche vers le nord une arête qui aboutit au col dell’Orso, et, qui sépare en deux positions sensiblement égales un théâtre tourmenté, localisé entre deux profonds sillons.
Il semble que les troupes autrichiennes opèrent à l’Ouest de cette arête, tandis que les éléments allemands combattent à l’Est, l’ensemble des mouvements offensifs convergeant vers le massif du Grappa.
Le 10 décembre, l’artillerie ennemie entrait en scène par des bombardements intenses répartis sur tout le front envisagé, et le 11 deux attaques principales étaient prononcées, qui devaient se poursuivre au cours des journées suivantes.
La première à l’Ouest, à l’aplomb de la Brenta, était dirigée contre les positions du col della Beretta et du col Caprile. Il est bon de remarquer que dans ces montagnes vénitiennes l’expression « col » désigne généralement non un passage mais une cime.
La deuxième, à l’est, aux approches de la Piave, était menée vers le mont Spinoncia et les défenses du val Calcino qu’il domine. Elle tendait à déborder le saillant formé par le col de l’Orso et le mont Solarolo. L’altitude de ces divers sommets varie entre 1300 et 1700 mètres.

Des combats, plus ou moins opiniâtres, se sont succédé sur ce terrain difficile durant les journées des 12 au 13 décembre, la résistance italienne surmontant les efforts accumulés par un adversaire tenace.
Cependant le 14, à l’Est de la Brenta, les Autrichiens parvinrent à couronner le col Caprile, menaçant ainsi les derrière du col della Beretta, et prenant commandement sur un plateau qui longe vers le Sud les escarpements de la Brenta.
En même temps, les Allemands répétaient diverses attaques dans la région orientale du secteur contre le saillant du Solarolo, qu’étayent à droite le Spinoncia, à gauche le col dell’ Orso. Bien qu’ils aient échoué dans leurs tentatives directes, une certaine avance réalisée par eux sur le Spinoncia rend précaires les positions du Solarolo.
De ce côté du champ de bataille, les soldats de la 4 armée italienne étaient dès lors soutenus par des éléments des divisions franco-britanniques, portés en première ligne. En effet, à 3000 mètres environ à vol d’oiseau au Sud du Spinoncia se dresse la montagne allongée du Tomba dont l’ennemi, venant de Quero, a pu atteindre la crête. Mais les pentes méridionales du massif, d’une défense naturelle aisée, sont occupées par des contingents français, qui se relient au long de la Piave aux détachements anglais installés aux revers de la colline oblongue du Montello.
Le 15 décembre, les combats diminuèrent d’intensité. Le 16 ils reprirent violent devant le col Caprile, avec développement jusqu’au fond des gorges de la Brenta, au barrage de San Marino, sans qu’aucune modification fût signalée dans la situation réciproque des adversaires.
Cependant le 18, une attaque nouvelle parvint aux pentes du mont Asolone, débordant ainsi au Sud-Est le col della Beretta.
Le 17, à 11 heures, des colonnes allemandes débouchèrent des pentes du mont Spinoncia; leur élan fut brisé par les concentrations des feux de l’artillerie italienne et des batteries françaises. Aux mêmes instants, un assaut direct contre le mont Solarolo, entrepris par une division de chasseurs allemands, échouait après une lutte acharnée.
Au long de la Piave, aucun incident de guerre sérieux n’a été signalé.

EN PALESTINE

LA PRISE DE JÉRUSALEM

La manœuvre britannique, déroulée depuis la prise de Gaza, a trouvé un premier aboutissement dans la glorieuse conquête de Jérusalem. Le général Allenby, en poussant sa gauche au Nord de Jaffa et son centre selon un arc de cercle tendant vers la chaussée de Naplouse, s’était rendu maître des communications principales d’un adversaire progressivement isolé du gros de son armée.
Il ne resta plus aux forces turques du plateau de Judée qu’une ligne de retraite en direction de la vallée du Jourdain, par la région de Jéricho. Une menace vers cette ligne devrait sans aucun doute entraîner l’évacuation de la Ville Sainte ou la capitulation de sa garnison. Ce fut l’œuvre de la colonne de droite britannique qui, après avoir dépassé Hébron, atteignit Bethléem, et tourna Jérusalem par le Sud-Est. Cette colonne était complétée par un contingent français sous les ordres du général de Piépape et un détachement italien.
Le 5 décembre et les jours suivants, une attaque générale était prononcée au Sud et à 1’Ouest par les forces anglaises, tandis que la colonne alliée de droite poursuivait sa marche enveloppante, et le 9, les Turcs capitulaient. Tous les monuments des Lieux Saints étaient demeurés intacts.
Le 11 décembre, le général Allenby, entouré des commandants français et italien, des membres de la mission politique française, fit son entrée solennelle dans l’antique et religieuse cité.
Depuis ce brillant événement, la situation militaire n’a pas été sensiblement modifiée. Les avant-postes anglais ont été quelque peu avancés tant, au Nord-Est de Jérusalem qu’en plusieurs secteurs du front jusqu’au nord de Jaffa.

EN MÉSOPOTAMIE

Le général Marshall, nouveau commandant en chef du corps expéditionnaire anglo-indien, a fait attaquer le 3 décembre, par des colonnes convergentes, les positions ottomanes établies sur les collines de la rive droite de la Diala, au Nord de Deli-Abbas. Le 4, l’ennemi fut mis en fuite, refoulé au delà du défilé de Sakaltoutan, sur la route de Khanikin. Le lendemain, il était chassé du village de Karaténé, situé à 41 kilomètres au Nord de Deli-Abbas.
Un détachement russe, durant ces opérations, couvrait le flanc droit des forces britanniques.

LA GUERRE NAVALE

Mer du Nord.

Un convoi de six cargo-boats, dont un anglais et cinq neutres, allant de Norvège en Angleterre, escorté par les destroyers Partridge et Pellew et quatre chalutiers armés, a été attaqué le 12 décembre, à 11 h. 45 du matin, par quatre croiseurs allemands. Au cours de l’engagement, le Partridge, les chalutiers et les cargos (ceux-ci représentaient une jauge totale de 8000 tonneaux) furent coulés. Le Pellew parvint à se débarrasser de ses adversaires et, malgré ses avaries, il entra dans un port anglais. Plusieurs destroyers britanniques détachés d’une division de patrouilleurs arrivèrent à toute allure sur le lieu du combat et recueillirent une centaine de naufragés.
Les Allemands ont fait quelques prisonniers. Cette attaque rappelle celle du 17 octobre dernier, qui eut lieu sur la même ligne de communication et qui causa la perte de deux destroyers britanniques et de neuf cargos neutres.
Le même jour, à 4 h.30 du matin, trois destroyers allemands ont attaqué, à l’embouchure de la Tyne, les chalutiers anglais Ranta et Smart; ce dernier a été coulé ainsi que deux navires marchands neutres.
Ces engagements deviendront de plus en plus fréquents maintenant que les Allemands, complètement maîtres de la Baltique, peuvent disposer de toutes leurs forces pour toutes opérations dans la mer du Nord.
Le 18 décembre, vers 6 heures du soir, des aéroplanes allemands ont franchi les comtés d’Essex et de Kent, qu’ils ont bombardés; quelques-uns ont atteint Londres. Ils ont fait 85 victimes: 10 tués et 15 blessés. Un appareil ennemi a été abattu en mer au large de la côte de Kent.
Un autre raid, auquel vingt-cinq aéroplanes ennemis participèrent, avait eu lieu le 6 décembre, entre 1h.30 et 4 h.30 du matin; dans la direction de Londres. Il y eut, 7 tués et 22 blessés. Dégâts peu importants.
Atlantique. – Le destroyer américain Jacob Jones, commandant David Bagley, a été torpillé et coulé, le 6 décembre dans la zone de guerre.
Un communiqué du gouvernement portugais, du 12 décembre, annonce qu’un sous-marin allemand a bombardé Funchal, ville principale de l’île Madère, faisant plusieurs victimes et détruisant quelques maisons. C’est la seconde attaque de Funchal par un sous-marin.

Méditerranée. – Le croiseur français Châteaurenault a été coulé le 14 décembre par un sous-marin ennemi qui a été détruit. Il était affecté aux transports et avait à bord des passagers, tous militaires; ils ont été sauvés. Il manque dix hommes de l’équipage. Ce croiseur faisait partie d’une série d’essai de deux navires (l’autre est le Guichen) dits croiseurs-corsaires, de 8200 tonnes et 23 nœuds, peu armés et peu protégés, destinés à la guerre de course.

Adriatique. – La marine italienne, vient d’accomplir un bel exploit. Dans la nuit du 9 au 10 décembre, deux de ses torpilleurs, franchissant les champs de mines, passant à travers les barrages et trompant la vigilance des patrouilleurs, ont pénétré dans le port de Trieste et lancé chacun deux torpilles sur des navires de guerre au mouillage, dont l’un, le Wien, a été coulé. L’amirauté autrichienne le reconnaît. Ce bateau faisait partie d’une série de trois garde-côtes cuirassés de 5600 tonnes, lancés en 1895 et 1896.

Levant. – Le 13 décembre, le patrouilleur français Paris II, qui s’était distingué la veille au cours d’une opération sur la côte de Syrie, a été coulé par le feu des batteries turques dans le golfe d’Adalia. Une partie de l’équipage a atterri à Castelorizo. On croit que plusieurs hommes ont été faits prisonniers.

Le traité d’armistice russo-allemand

D’après l’article 5, concernant la guerre navale, l’armistice comprend la Baltique à l’Est du 15° degré de longitude Est du méridien de Greenwich, toute la mer Blanche et les côtes russes de l’océan Arctique et toute la mer Noire. Il n’est pas question du littoral russe du Pacifique, mais l’accord  » contiendra des prescriptions destinées à empêcher, dans la mesure du possible, que les forces navales des parties contractantes se combattent dans d’autres mers « . Le gouvernement russe fournit la garantie que les forces navales de l’Entente qui se trouvent dans les eaux indiquées par le Traité ou s’y trouveront ultérieurement, se comporteront comme les forces navales russes. Comment le gouvernement maximaliste, que les puissances de l’Entente n’ont pas reconnu, peut-il donner une telle garantie. En tout cas, les forces navales de l’Entente dans la Baltique – il ne doit pas y en avoir ailleurs – sont peu importantes: quelques sous-marins et navires légers britanniques qui ne pourront d’ailleurs pas facilement sortir de cette mer devenue allemande.
Le traité consacre une situation déjà existante en fait depuis longtemps dans la Baltique, à travers laquelle les Allemands trafiquaient librement avec la Suède; au point de vue militaire il libère les forces navales allemandes d’opération dans cette mer et permet également à l’ennemi de disposer des sous-marins qu’il employait au blocus des côtes septentrionales de la Russie.
Dans la mer Noire, l’action navale russe n’a jamais été bien vive; mais l’ennemi pouvait redouter qu’elle le devint quelque jour; il n’a plus cette crainte et peut la parcourir en toute tranquillité. Les avantages que les Allemands tirent de ce traité les inciteront peut-être à entreprendre des opérations de grande envergure qui détermineraient la sortie des escadres de ligne. Ce serait le commencement de la guerre navale proprement dite, dont le but principal est la destruction de l’ennemi flottant.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 2 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 2 avril 1917  Rameaux

933ème et 931ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps nuageux, froid glacial avec vent en tempête. On ne cesse de bombarder, on en a les nerfs cassés, brisés. Départs et fuites sans nombre. Ce matin je devais partir voir mon cher enfant Robert à Nanteuil-la-Fosse où il est cantonné (?) A 5h1/2 la voiture devait venir me prendre, mais point de voiture. Impossible d’en trouver une autre. Il m’a fallu abandonner mon projet, cela m’a fait gros cœur. Annihilé toute la matinée, écrit à Robert pour lui dire ma déconvenue au pauvre petit, à Madeleine pour lui dire la même chose. Je demande à tout hasard à ce pauvre enfant qu’il m’écrive s’il espère être encore là à la fin de la semaine, mais j’ai peu d’espoir.

Été à la ville à 2h1/2 prendre les dossiers des allocations en appel. 14 affaires seulement que je viens de voir et mettre au point. Je convoque pour le mercredi 25 avril 1917 à 2h au Palais de Justice. Rencontré là Chézel, Houlon, Charles Heidsieck, Beauvais. Il y avait conseil municipal. Entré voir le Maire pour lui faire mes condoléances et lui dire toutes mes sympathies à l’occasion de la mort de son gendre le Capitaine Morlière. Il parait fort affecté. Il commençait à me demander quelques renseignements pratiques sur la réunion du conseil de famille de l’enfant, un petit-fils (Jacques Morlière (1915-1946)), quand est survenu M. Godart, sous-secrétaire d’État (Justin Godart, Sous-secrétaire d’État chargé du Service de santé militaire, fondateur de la Ligue contre le cancer en 1918 (1871-1956)), qui venait pour s’occuper de l’évacuation des femmes et des enfants dont la présence est inutile ici, et dont les vies peuvent être en danger, surtout celles dont les habitations sont proches de nos batteries. Je me suis retiré et je me propose d’aller voir le Dr Langlet demain matin pour reprendre notre entretien. Vu Lelarge très affecté, aux larmes presque, à cause des dégâts faits ce matin par le bombardement acharné et systématique fait sur son usine du boulevard Saint-Marceaux, 300 obus ce matin. Il parait que c’est épouvantable ! Il y a encore eu des victimes ce matin vers la place St Thimothée, entre autres M. Lartilleux, pharmacien, légèrement blessé heureusement.

Le bombardement n’a pas cessé depuis ce matin, on est anéanti. Cela tape un peu partout sur les faubourgs, par séries…  Quand cela finira-t-il ? Tout le monde en a assez. Le Pasteur Protestant M…… (non cité) que j’ai vu tout à l’heure va également partir après avoir fait partir tous ses fidèles, et combien encore !! comme cela. Il est temps que cela cesse.

J’ai froid, je souffre. C’est une vraie agonie.

6h25 soir  En ce moment c’est une vraie tempête de vent et de pluie glaciale, on ne s’entend pas.

8h soir  Vers 7h le lieutenant de vaisseau Robert de Voguë est venu avec ses 2 témoins pour me signer sa procuration pour recueillir la succession de son Père, Melchior, marquis de Voguë. Tout en causant, je prends les noms des témoins : Charles d’Hespel (terminera comme Capitaine de Frégate (1894-1955)), enseigne de vaisseau, qui a été camarade de collège à l’École des Postes de Versailles de Jean, dont il se souvenait très bien. M. de Voguë me quitta en me disant : « Voilà ma première signature donnée sous les bombes devant notaire !… » Je lui ai répondu que cela lui porterait bonheur ! Charmant homme, très distingué. En ce moment, le silence. Quel calme après cette tempête de mitraille depuis 48 heures ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquille cette nuit. Je ne suis pas gourmand, je leur demande une nuit tranquille sur 3. Je vais me coucher. Je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 avril 1917 – Journée terrible encore, dans la matinée principalement pour le boulevard de Saint-Marceaux et son voisinage, et dans l’après- midi pour toute la ville.

2 300 obus environ aujourd’hui. Riposte faible de notre ar­tillerie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 1°. Nuit plus tranquille, couché à la cave. A 9 h. matin, visite rue du Jard, de Venise, Gambetta, Bon Pasteur. Bombardement. Bom­bardement violent : 6 tués, et 17 blessés ; (six tués au moins, dont 4 vus par le Docteur Simon ; et 2 avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 2 avril

Sur la Somme et sur l’Oise, actions d’artillerie intermittentes; fusillades assez vives aux avant-postes. Nous avons dispersé des patrouilles ennemies et fait quelques prisonniers.

Au sud de l’Ailette, au cours d’une action offensive vivement menée, nos troupes ont enlevé depuis l’Ailette jusqu’à la route de Laon p1usieurs systèmes de tranchées et des points d’appui organisés à l’est de Neuville-sur-Margival. L’ennemi, qui a fait une défense énergique, a été rejeté avec des pertes sérieuses jusqu’aux abords de Vauxaillon et de Laffaux. 108 prisonniers dont 2 officiers et 4 mitrailleuses sont restés entre nos mains.

En Champagne, grande activité des deux artilleries à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont pris sous leurs feux des contingents ennemis aperçus en marche dans cette région.

Sur tout le front belge, violente lutte d’artillerie, spécialement dans la région de Dixmude. Lutte de bombes et de grenades vers Steenstraete.

Les Anglais ont pris Epéhy et deux autres localités et effectué plusieurs raids heureux sur les tranchées allemandes.

En Macédoine, l’ennemi a bombardé nos positions du Vardar et tiré une quarantaine d’obus sur Monastir.

La riposte vigoureuse de notre artillerie lourde contre les batteries adverses a provoqué une explosion dans le secteur de la Cerna. Une attaque autrichienne a été repoussée par les Ita1iens près de Gorizia.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Dimanche 25 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 25 février 1917

897ème et 895ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps, gare la gelée de nouveau pour un mois, en tout cas pas de neige. Bataille et canonnade toute la nuit ! mal dormi. Messe paroissiale de 8h1/2 quoique levé à 6h1/2. Répondu à mes lettres et vu Charles Heidsieck qui est venu s’excuser d’avoir oublié de m’offrir l’autre jour du café dont la cafetière était près de lui, je suis parti laissant ma tasse vierge de tout café. Il en a d’autant plus ri que ni l’un ni l’autre ne nous sommes aperçu de cet oubli. Notre entretien était certainement intéressant pour en oublier et cafetière et café etc…  etc…

Reçu nombre de lettres, ma chère femme est inquiète de Jean qui est fatigué et saigne du nez. Je lui confirme ce que demande Mme Becker, le nom de son capitaine et lui conseille d’écrire ses recommandations pour Jean à Madame Becker elle-même. Robert pense partir bientôt au front. Ma chère aimée me parait très désemparée…  et moi…  aussi. Sorti à 2h, porté mon courrier à la Poste, une 15aine (quinzaine) de lettres. Vu Porte de Paris aux trains pour Châlons, pas commodes du tout : il me faut coucher à Épernay si je veux voir mes Juges et Procureur. Poussé jusqu’à la Gare de la Haubette et redescendu, bavardé de droite et de gauche avec de braves gens qui aiment bien leur juge de Paix.

Recogné dans M. Heidsieck qui trotte comme un cerf maintenant et voulait m’entrainer à St Charles voir le Chef de gare. J’ai refusé énergiquement, ayant encore à finir mes lettres et à travailler. Il m’invite à déjeuner au Cercle mardi avec d’autres amis. J’ai accepté. Passé par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) après l’avoir quitté au Pont de Vesle et rentré chez moi. En chemin rencontré Braudel (à vérifier), fondé de pouvoir de Charles Heidsieck. Causé un instant, il a perdu 2 fils tués : « Surtout ne conseillez pas à vos fils d’entrer dans l’artillerie de tranchées, où on est sacrifié !! » me dit-il, et surtout on expose les aspirants !… J’en ferai mon profit. Entretemps, canonnade sur des avions allemands, et en route on m’apprit qu’un de ceux-ci est tombé vers St Brice. C’est M. Floquet, mon voisin d’ici (au n°61) qui me dit cela au moment de rentrer, et il était accompagné de son dernier fils qui est actuellement devant Vailly (Vailly-sur-Aisne), pays natal de ma belle-mère. Il est au sud du canal et l’Aisne seule sépare français et allemands du village de Vailly. Comme je lui demandais si l’usine de caoutchouterie (usine de pneus de bicyclette Wolber depuis 1904) était encore là, il me répondit affirmativement, me disant qu’il était justement en face, et il me disait que les bâtiments de cette usine et ceux adjacents ne paraissaient pas avoir beaucoup souffert. C’est la demeure des grands-parents maternels de ma chère Madeleine, les Dopsent. (Rayé) environ (rayé), quelle brute que cet (rayé) là !! Rentré enfin travailler, fini mes lettres et étudié pour mon brave Dondaine une dévolution de succession entre neveux et petits-neveux germain et consanguins. Ces questions de dévolutions en matières collatérales sont toujours difficiles à bien saisir. Enfin j’ai mis l’affaire au point.

8h3/4  Il est temps de se coucher. Calme absolu, il fera encore froid cette nuit. Je suis fatigué, mais dormirai-je, ou bien mes insomnies persisteront-elles ??…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Violente canonnade jusqu’à minuit. Reste de la nuit tranquille. 0° ; beau soleil. Un officier qui commandait à la Pompelle, hier jusqu’à minuit, me dit qu’un Polonais(1) avait réussi à passer dans nos lignes. Il indique aux chefs qu’une relève de division devait avoir lieu et fait connaitre l’heure exacte et le lieu précis avec tous les détails : c’est pour contrarier la relève de cette division qu’a eu lieu la canonnade de samedi à dimanche.

Mgr Neveux va à ma place à la messe des soldats aux Caves Pommery.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les malheureux Polonais, privés de patrie, servaient malgré eux dans l’Armée russe, l’Armée allemande et l’Armée austro-hongroise. Ils désertaient lorsqu’ils en avait l’occasion et les différents adversaires tentèrent de créer des unités avec les réfugiés politiques. Les travailleurs émigrés, les prisonniers de guerre et les déserteurs. Toutes ce fractions disparates qui, comme les Tchèques, changèrent parfois de camp sans préavis, finirent cependant, après 1918 par former les bases d’une Armée polonaise qui connût pas mal de soubresauts.

Ets Pommery-P-Freville


Dimanche 25 février

Dans les Vosges, un de nos détachements a pénétré dans les lignes ennemies, au nord de Senones. Après un bombardement violent, les Allemands ont tenté sans succès un coup de main sur nos tranchées de Wissembach. Ils ont fait deux autres tentatives infructueuses sur nos tranchées du Nolu (Alsace).

Activité d’artillerie soutenue sur tout le front belge. Violente lutte de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas.

Un de nos dirigeables a bombardé les usines en activité dans la région de Briey et est rentré sans incident à son port d’attache. Quatre cents kilos de projectiles ont été lancés par nos avions sur les bivouacs allemands dans la forêt de Spincourt.

Engagement sur tout le front roumain.

Les Anglais ont réalisé une forte avance dans la région de l’Ancre et se sont rendus maîtres du Petit-Miraumont. Ils ont progressé également, et sur un front de 2400 mètres, dans la région de Serre.

Ils ont accentué leur cheminement dans les alentours de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.

Deux navires brésiliens sont arrivés, malgré le blocus des sous-marins, au Havre.

Le gouvernement anglais publie une liste de marchandises dont l’importation sera provisoirement interdite. Il veut réserver sa marine de commerce aux besoins immédiats de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 24 décembre 1916

 Louis Guédet

Dimanche 24 décembre 1916 

834ème et 832ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps doux. Été messe de 11h1/4 à St Jacques, j’en suis revenu glacé, tous les vitraux sont brisés. Rentré, vu Pierre Givelet (directeur de la verrerie de Loivre (1864-1955) et sa femme qui étaient venus à Reims et Cormontreuil pour voir leur fils (Charles Givelet 1898-1980) qui est actuellement à Hermonville. Nous avons causé de Courcy de ce que j’avais pu en voir du haut du château de St Thierry. Charles leur fils, avec une lorgnette de batterie, a vu à peu près la même chose que moi. Il a vu aussi un jour des officiers allemands chasser sur la chasse de la Ferme de Ste Marie, de M. de Granrut, de Loivre ! que c’est loin ! loin !! loin !! Nous n’y chasserons plus, le fils Louis a été tué, la verrerie rasée, ainsi que le château alors !! Il parait que ces allemands manquaient les perdreaux à plaisir !! Vu Charles Heidsieck qui partait pour Paris. Après-midi fait une course, vu Supérieure de Roederer et puis rentré fort fatigué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – + 2°. Nuit agitée autour de Reims ; bombes sur les tranchées. Projections. Mitrailleuses. Lettre à Mgr l’Évêque d’Angers (Recueil, p. 69).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 24 décembre

En Champagne, après un vif bombardement, un détachement ennemi a tenté d’aborder nos lignes à l’ouest d’Auberive. Il a été aisément repoussé.

Nuit calme sur le reste du front, sauf dans la région d’Hardaumont et des Chambrettes où l’artillerie ennemie s’est montrée assez active.

Les Italiens ont repoussé dans le val Sugana une petite attaque contre leurs postes avancés, sur le torrent de Maso. L’ennemi a bombardé les positions établies sur les deux rives de la Brenta, sans toutefois ne lancer aucune attaque. Le long du reste du front, les actions d’artillerie ont été entravées par le mauvais temps persistant. Sur le Carso, une tentative de l’ennemi contre les positions de la cote 144 a été promptement arrêtée.

La Suisse s’est associée à la note américaine en faveur de l’éclaircissement des conditions de paix.

Le baron Burian, ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, a donné sa démission : il a été nommé ministre des Finances. Le comte Czernin, ancien ministre d’Autriche à Bucarest, a été nommé aux Affaires étrangères.

Tous les puits à pétrole ont été détruits par les Roumains en Valachie.

Source : La guerre au jour le jour

carso

 

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Mercredi 6 décembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 6 décembre 1916  Saint Nicolas

816ème et 814ème jours de bataille et de bombardement

6h  Temps de brume et brouillard. Froid. Très occupé comme toujours au moment de m’absenter d’ici. Déjeuné chez M. et Mme Paul Camuset, Albert Benoist, Charles et Marcel Heidsieck, Abbé Camu et Hanrot. Causé des événements et des bruits du Comité Secret. Joffre serait nommé Maréchal de France et Généralississime ! mais remplacé par le Général Nivelle. Castelnau envoyé (?) en mission ? Klotz (Louis-Lucien Klotz, ancien Ministre des Finances (1868-1930)) remplacerait aux Finances Ribot (Alexandre Ribot 1842-1923), trop âgé, et Herriot (Édouard Herriot 1872-1957), maire de Lyon, Sembat (1862-1922) aux travaux publics ! un médecin !! Toujours du gâchis.

En attendant les allemands prennent Bucarest, etc…  et la Grèce va nous tirer dans le dos ! Gâchis. Que sortira-t-il de tout cela ?? En me trouvant dans cette maison de la rue de Talleyrand, intacte avec tous ses meubles et ce confort, j’en avais les larmes aux yeux et le cœur serré, en songeant à ma chère aimée et à mes petits qui souffrent sans foyer, sans abri, sans maison, et moi réfugié sous un toit étranger. Toutes les amertumes m’auront été prodiguées ! Qu’ai-je donc fait pour être ainsi paria, et voir mes aimés souffrir. Je suis donc un maudit.

Je pars demain matin pour Paris, à 5h1/4, avec Marcel Heidsieck…  Je suis si triste ! si triste que j’ai peur d’un malheur ! Lequel ? Est-ce que je n’ai pas subi mon compte ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

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Victor Goloubew

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille pour la ville ; mais tir très fréquent toute la nuit de mitrailleuses ou de grenades. Visite du Général Brisse de Ludes et de deux officiers dont l’un de marine avec M. Goloubew. Visite du Major Rabasse apportant photographies des Mesneux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En savoir plus sur le M. Goloubew


Mercredi 6 décembre

Une petite attaque allemande, dirigée contre nos positions au nord du village de Vaux, a complètement échoué sous nos feux de mitrailleuses. Nous avons fait des prisonniers.

Activité moyenne d’artillerie sur divers points du front.

Dans les secteurs belges, canonnade autour de Ramscapelle, de Dixmude et de Steenstraete. Les Belges ont pris des groupements ennemis sous leur feu, au nord de Dixmude.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne près de Gorizia.

Sur le front russe, canonnade. Dans les Carpates boisées, l’ennemi a attaqué une hauteur au sud de Voronejka à l’aide de son artillerie lourde. Les troupes russes ont dû reculer.

Continuation des combats en Moldavie (vallée du Trotuj et vallée du Doftiany). Les Russes ont occupé une série de collines que les Austro-Allemands ont immédiatement essayé de reprendre.

En Valachie, les Roumains reculent sur les voies Targovistea-Ploesci et Tritu-Bucarest. Leurs tentatives pour arrêter l’ennemi ont échoué et les Allemands ont pris Bucarest.

La crise anglaise est complète: après M. Lloyd George, M. Asquith a démissionné. M. Bernard Law et, ensuite, M. Lloyd George ont reçu mission de former un cabinet.

Le gouvernement de Salonique a protesté contre le guet-apens d’Athènes.

Source : La guerre au jour le jour

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Mardi 28 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 28 novembre 1916

808ème et 806ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps brumeux, surtout la neige, froid glacial. Déjeuné chez les Abelé dans leurs caves, avec Charles Heidsieck. Marcel Heidsieck et M. (en blanc, non cité), parlé de choses et d’autres, des événements, de la Roumanie, de la crise ministérielle. Marcel Heidsieck disait que Poincaré avait été très mal reçu par les soldats aux tranchées qui lui envoyaient des pierres, résidus, etc…  et réclamant Briand, alors que l’on voudrait déboulonner Briand. On dit…  qu’est-ce qu’on ne dit pas. Tout cela est fort triste, de plus les anglais prépareraient une grande attaque dans le nord pour soulager la Roumanie. Attendons, mais quand verrons-nous la fin de tout cela.

A deux heures simple police, rien de saillant, sauf que mon brave Commissaire Speneux dit qu’il a été malmené par le Procureur, chose que j’ai difficile à croire, et que maintenant il ne dira plus rien à l’audience, et qu’il ne demandera plus que l’application de la loi. Il fera bien et s’il croit m’embarrasser il se trompe, sa mauvaise humeur et celle de Palliet (né en 1859 et décédé à Nice en 1939) se passeront. En tout cas je suis débarrassé des procès honteux que l’on m’envoyait. On me dit que Colas et Girardot partiraient, suite de l’affaire Goulden et de la mienne. Bon voyage si cela est vrai.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Nuit silencieuse. + 2°. Journée silencieuse sauf quelques coups de canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

AMardi 28 novembre

Canonnade habituelle sur divers points du front de la Somme et du secteur Douaumont-Vaux. Un groupe de nos avions a bombardé dans la nuit du 26 au 27 novembre les terrains d’aviation de Guizancourt et de Marigny. Les projectiles ont porté au but. Le front britannique est relativement calme, hormis une certaine activité d’artillerie de la part de nos alliés, vers la Bassée. Sur le front de la Cerna, une contre-attaque bulgare, lancée sur les positions serbes, dans la nuit du 26 au 27, a été repoussée avec des pertes sanglantes pour l’ennemi. Au nord de Monastir, la lutte d’artillerie se poursuit, violente, de part et d’autre. Les zouaves ont pris la cote 1050, à l’est de la route de Prilep. A notre aile gauche, les troupes italiennes continuent à progresser dans la région montagneuse de Dchovo. Les Roumains ont perdu une partie de la vallée de Wede, affluent du Danube. Mackensen a occupé Alexandria, à 80 kilomètres au sud-ouest de Bucarest, tandis que Falkenhayn s’avance de Rymnik sur Curtea de Arges, en franchissant la vallée du Polog. La lutte a repris, assez violente, en Dobroudja. Canonnade sur le front italien, dans les secteurs du Trentin et du Carso.

Source : La guerre au jour le jour

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Lundi 27 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 27 novembre 1916

807ème et 805ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps de brouillard réellement froid, pas un coup de canon. Dérangé toute la matinée, sorti après-midi pour courses. Fait mes adieux au Procureur de la République qui quitte Reims le 30 novembre pour être à Épernay le 1er reprendre son Parquet qui y est, à son grand désespoir, installé. Causé longuement. Il veut me donner la Présidence de la Commission d’appel des allocations militaires pour le remplacer. Il m’a dit qu’il voulait qu’on mettre sur l’acte de décès de la femme de Bompas (Morte pour la France). J’en ai profité pour lui demander de songer à Bompas plus tard pour une citation à l’ordre civil, il l’aura bien gagnée. Si nos archives et notre immeuble de la Chambre sont sauvés, c’est grâce à lui et à sa femme. Rentré où je retrouve mon courrier en retard de 4 heures.

L’auto avait eu une panne. J’ai donc été bousculé jusqu’à présent. On parle de troupes russes qui sont dans les environs, il doit en venir à Reims…  Si c’était seulement la délivrance, mais je crains bien qu’elle soit encore loin…  très loin…

Le Procureur paraissait ému de me quitter et de me laisser seul. Il veut que je légalise les signatures. Il doit en parler au Procureur Général.

Je suis fatigué comme tous les soirs. Demain simple police, j’espère être libéré tôt. Été aussi à la Ville m’assurer de la nationalité des parents de Ferdinand Kunkelmann (fondateur de la marque Piper-Heidsieck (1851-1930)). Son père est né en 1811 à Mannheim (Grand-duché de la Bade) (Jacques Kunkelmann, né à Mannheim (Bade-Wurtemberg (1811-1881)) et sa mère à Phillipsburg (Bade) en 1824 (Catherine Ferdinande Dietz, née à Phillipsburg, Karlsruhe, Bade-Wurtemberg (1827-1915)). Ce sont donc des prussiens. Charles Heidsieck va être enchanté d’avoir ce renseignement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille. Journée silencieuse de part et d’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 27 novembre

Sur le front de la Somme, grande activité des deux artilleries dans la région Ablaincourt-Pressoir. En Champagne, une attaque ennemie, lancée sur un saillant de notre ligne à l’est d’Auberive, a été repoussée par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses. Sur le front belge, faible activité de l’artillerie en raison du mauvais temps. L’artillerie ennemie s’est manifestée sur le front britannique, à Courcelette, Beaucourt, Hébuterne et vers la Bassée. Les Anglais ont bombardé Plusieux et les tranchées allemandes au sud-est d’Arras. Leur artillerie a provoqué une explosion à l’est de Seco. Les Italiens ont augmenté l’intensité de leur canonnade dans la région du Tonale. Sur le front russe, c’est surtout l’activité d’aviation qui s’est marquée. Les Roumains ont résisté dans la région de Prédeal et dans celle de Buzeu. Ils ont refoulé l’ennemi dans la région d’Argès. Mais celui-ci annonce avoir pris Rymnik, sur le Haut-Oltu, et il continue sa marche à l’est de l’Oltu inférieur: il a atteint la gare de Soimu. L’Allemagne persiste à exiger de la Norvège l’abandon des règles qu’elle a édictées au sujet des sous-marins dans ses eaux territoriales. La Suède manifeste une vive irritation à raison des nouvelles pertes maritimes que les submersibles lui ont causées.

Source : La guerre au jour le jour

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Dimanche 26 novembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 26 novembre 1916

806ème et 804ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps nuageux, brume, mais assez élevé. Messe à 7h et mis à mon travail sur l’Incendie de l’Hôtel-Dieu. J’ai fini mon brouillon. Je n’ai plus qu’à le recopier. J’ai travaillé sans désemparer jusqu’à 3h. Je suis fatigué. Sorti pour acheter un journal et rentré. Triste journée. Que ces dimanches sont pénibles pour moi, et puis cette tombée du jour est si triste…  chaque jour. Quand donc ce martyr cessera. Reçu pas mal de lettres. Encore des valeurs à emporter à Paris. Quelle vie ! Quelle corvée. Je suis bien las, las, las…  Heidsieck me quitte, causé surtout de l’affaire Goulden, il a été obligé de faire paraître une note dans les grands journaux à cause de la confusion de la marque « Heidsieck-Monopole » et du nom « Charles Heidsieck ».

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Nuit tranquille. +5°. Journée silencieuse. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 26 novembre

Grande activité des deux artilleries dans la région du fort de Vaux. Sur le front britannique, l’artillerie et les mortiers de tranchée ennemis ont tonné au sud de l’Ancre et vers la redoute Hohenzollern. L’artillerie lourde anglaise a canonné plusieurs positions importantes en arrière des lignes allemandes. Le mauvais temps continue. Les aviateurs anglais ont exécuté des reconnaissances et travaillé en liaison avec l’artillerie. Un des appareils n’est pas rentré. Le brouillard et la pluie ont ralenti les opérations sur le front de Macédoine. Les Serbes ont repoussé une contre-attaque bulgare dans la région de Grunista. A l’ouest de Monastir, les troupes italiennes continuent à progresser. Les Anglais ont chassé des détachements ennemis sur le front de la Strouma. Les Russes ont livré quelques escarmouches vers Riga et Smorgone. Les Roumains ont dû se replier sur la rive gauche de l’Oltu, du côté de Slatina, à 130 kilomètres de Bucarest. Les Austro-Allemands ont franchi le Danube sur deux points, en amont et en aval de l’embouchure de l’Oltu. Les opérations se sont ralenties en Dobroudja. Sur le front italien, activité d’artillerie au plateau d’Asiago.

Source : La guerre au jour le jour

 

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Mercredi 15 novembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 15 novembre 1916

795ème et 793ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique. On s’est battu toute la nuit, et nos batteries n’ont cessé de tonner toute l’après-midi, c’était un vrai vacarme. Les allemands répondaient peu, quelques obus sur la ville, bien entendu. Déjeuné chez mon vieil et charmant ami Charles Heidsieck si bon pour moi. Il a reçu 2 bombes les 27 et 31, éclatant sur son refuge, pas mal de dégâts. Causé de choses et d’autres, ses affaires vont bien. Il a su s’assurer des agents de Mumm en Amérique, c’est un succès. Goulden serait passé au conseil de Guerre mardi dernier 7 novembre. Le Verdict sera rendu incessamment. En faisant mes courses à l’Hôtel de Ville j’ai rencontré Honoré, le pompier, qui fait la police secrète pour l’État-major de la Ve armée directement. Il m’a demandé des renseignements sur Henri Lanson (1852-1938), négociant en vins de Champagne, boulevard Lundy, sur son esprit, sa mentalité, son patriotisme, etc…  il me demandait cela parce qu’il était chargé de faire une enquête sur lui parce qu’il entretenait une correspondance commerciale (?) (rayé) avec Bâle. Honoré avait l’air de dire que c’était une seconde affaire Goulden ! Je lui ai dit très nettement que Lanson était à l’abri de tout soupçon sur ce point

Vu M. et Mme Becker, et causé longuement. Madame Becker si courageuse depuis les hostilités. Son fils dont elle n’a pas de nouvelles est tué ou disparu (décédé le 22 août 1914 à Paimpont en Lorraine). On a parlé de Jean et de son admission à Fontainebleau, et très aimablement elle me propose de le recommander à sa fille, Mme Bayle, qu’elle doit voir à Fontainebleau, 17, rue Carnot et où elle dit partir demain. Son mari est capitaine, ancien professeur à l’École, et elle le recommandera à tous les officiers professeurs camarades de son mari, ainsi qu’au capitaine Vauthier, professeur et père d’un camarade de Jean, qui lui-même fait partie de cette promotion. J’ai accepté avec reconnaissance. Ma pauvre Madeleine sera heureuse en apprenant cela et Jean aussi dont j’ai reproché la timidité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

15 novembre 1915 – Pendant toute la journée, activité sérieuse de notre artillerie, dont le tir est visiblement réglé par les avions.

— Le soir, à 19 h, commence brusquement une canonnade effrayante, comme celles entendues déjà lors des démonstrations. On suppose qu’il s’agit d’une attaque allemande ; c’est du côté de Courcy-Brimont que nos pièces tirent ensemble, en rafales et sans discontinuer, pendant une demi-heure. Le vacarme est assourdissant.

Vers 20 h, le calme se rétablit peu à peu, puis la batterie du Port-sec qui s’est mise à tirer seule, lorsque les autres commençaient à se taire, prolonge la séance encore pendant vingt minutes environ. Ensuite, c’est le silence pour la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mercredi 15 – Nuit tranquille en ville ; autour de Reims nuit bruyante, tirs fréquents de mitrailleuses, et je pense aussi de grenades et torpilles, toute la nuit. + 2° ; beau soleil. Visite de M. le Curé de Trigny. Rentrée à Reims de M…. Aéroplanes toute la journée ; tirs contre eux. Aéros allemands et français. Bordées de gros canons français de 2 à 3 h. Bombes sifflent à plusieurs reprises de 3 à 4 h. Journée des plus bruyantes de la part surtout des Français.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 15 novembre

Au sud de la Somme, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec violence la région de Pressoir et le secteur Biaches-la-Maisonnette. En Argonne, nous avons occupé, au Four-de-Paris, un entonnoir provoqué par l’explosion d’une mine allemande. Sur le front de Verdun, canonnade intermittente, plus active dans les régions de Douaumont et de Vaux. Les Anglais, progressant toujours, ont pris le village de Beaucourt-sur-Ancre. Le nombre des prisonniers qu’ils ont faits dépasse de beaucoup 5000 et d’autres sont encore annoncés. Ils ont gagné du terrain à l’est de la butte de Warlencourt, au cours d’une action locale, faisant 80 prisonniers. Les troupes franco-serhes ont pris en tout sur la Cerna 1.447 ennemis dont 20 officiers. Elles ont capturé 25 canons, dont 8 lourds. Les Roumains ont quelque peu reculé dans la vallée de l’Olt. Leur flottille a canonné la rive du Danube en Dobroudja, à 6 kilomètres au nord de Cernavoda. Un torpilleur norvégien a canonné un steamer allemand qui portait, au mépris des règlements, un appareil de T.S.F, et qui s’était aventuré dans les eaux territoriales de Norvège. La Douma s’est réunie; le président, Radzianko, a écarté comme humiliante toute idée de paix séparée entre la Russie et les empires du centre. Le groupe polonais a formulé une protestation solennelle contre la germanisation de la Pologne. Le gouvernement anglais, dans une déclaration aux Communes, dit de nouveau que M. Venizelos est reconnu comme pouvoir de fait, mais que le gouvernement de Salonique n’a pris aucune allure anti-dynastique. M. Poincaré a reçu à l’Élysée le nouvel ambassadeur d’Italie, le marquis Salvago Raggi. Le baron Burian est parti pour Berlin où il doit conférer avec le chancelier allemand. Le général Porro, chef d’état-major de l’armée italienne, est arrivé à Paris. Les pourparlers entre l’Amérique et le Mexique subissent à nouveau un temps d’arrêt. L’Angleterre va procéder à toute une série de mesures tendant à assurer des économies. En même temps, elle envisage le moyen d’augmenter ses effectifs, et elle annonce son intention de poursuivre énergiquement la campagne d’hiver.

Source : La guerre au jour le jour

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Dimanche 22 octobre 1916

Louis Guédet

Dimanche 22 octobre 1916

771ème et 769ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Il a gelé très fort cette nuit dernière. Très beau temps mais fort froid toute la journée. Voilà les feuilles complètement gelées, voilà l’hiver, ce qui n’est pas sans m’attrister et me serrer le cœur.

Messe de 7h ce matin. Travaillé, vu mes procès de simple police, rien que du normal, sauf le procès pour pains de fantaisie, mais l’arrêté préfectoral n’a pas été affiché. Charles Heidsieck est venu me voir vers 9h1/2 et est resté fort longtemps à causer avec moi. Il est enchanté du mariage de son fils Marcel. Son fils Georges a été à Combles (village de la Somme, centre de résistance allemand, pris le 26 septembre 1916 par le 73ème RI de Georges Heidsieck) et en ce moment à l’arrière, ayant la dysenterie. Christian a échoué à son examen d’aspirance à cause d’une maladresse d’un de ses camarades qui, déjeunant avec lui dans un restaurant, s‘est mis à « déblatérer » contre les instituteurs, or un des officiers de Christian justement instituteur a entendu les propos de son ami. Bref, « recalé ». Il m’a quitté vers 11h, je dois déjeuner avec lui demain.

Cet après-midi poussé jusqu’au parc de La Haubette pour voir Dupont-Nouvion, avocat, afin d’avoir son avis sur l’application de la loi du 6 octobre 1916 relative à la culture des terres abandonnées, afin de savoir ce que je dois répondre au Maire de Perthes au sujet de mes fermes de Perthes et de Sapignicourt qui sont abandonnées par mon fermier mobilisé, et ses père et mère cautions. Vu Texier, causé, et reparti par Courlancy. Causé un moment avec la Mère Ste Thérèse. Rentré, découragé, désemparé, je suis si seul, si abandonné, (rayé).

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…questions. En attendant, pour ne pas, (rayé)…barras, puisqu’il n’a pas affiché l’arrêté, je mettrais l’affaire en délibéré. Cela nous donnera un mois pour respirer. Pris des nouvelles en passant près de son Père de Melle Boudin qui, se promenait avec son fiancé vers les Bains froids, a été blessée assez sérieusement à la tête par un éclat de 105.

Rentré travailler et écrit quelques lettres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille. + 1°. Messe et allocution à Saint-Thomas, aux Trois Fontaines (Chapelle des Trois Fontaines) où se fait le culte paroissial depuis la dévastation de l’église. Journée tranquille et belle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 22 octobre

Au sud de la Somme, les Allemands, après un violent bombardement, ont dirigé une attaque sur la partie sud du bois de Chaulnes que nous occupons. Repoussé partout avec des pertes sérieuses, l’ennemi a laissé entre nos mains un nombre de prisonniers assez considérable. Les attaques que l’ennemi a menées les derniers jours dans cette région ont été très meurtrières pour lui. Des fractions qui avaient réussi à prendre pied dans nos premières lignes, ont été complètement cernées. 150 Allemands survivants ont été capturés.
Les Anglais ont repoussé deux attaques sur la redoute Schwaben en faisant 84 prisonniers dont 5 officiers. Ils ont ensuite attaqué à leur tour et avec succès sur un front de 5 kilomètres entre la redoute Schwaben et le village de Sars. Ils ont avancé leurs lignes de 300 à 500 mètres et ont pris les tranchées Stuss et Regina. Ils ont capturé plus de 800 prisonniers et leurs pertes sont légères.
La neige arrête les opérations dans le Haut-Trentin.
Les Russes luttent avec acharnement sur la Narajovka.
Les Roumains ont remporté des succès dans les montagnes, mais effectué un nouveau repli en Dobroudja.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 16 septembre 1916

Louis Guédet

Samedi 16 septembre 1916

735ème et 733ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps et beau soleil d’automne. Le calme, pas un coup de canon des nôtres, quelques shrapnells. Travaillé toute la matinée, sorti un peu le soir, rien appris. Je suis obligé d’aller demain à Ormes pour causer avec des clients Pistat-Lebourcq, pour une donation d’ascendant. Charles Heidsieck est venu me voir vers 2h, causé longuement de nos enfants, il avait de bonnes nouvelles de Georges qui est dans la Somme jusqu’au 7 courant. Pas de nouvelles depuis.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 16 – Nuit tranquille. + 10°. Expédition Lettre Collective.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cordelier-Cuville copie


Samedi 16 septembre

Au nord de la Somme, nos troupes ont réalisé une avance au nord de la ferme Le Priez où nous avons enlevé un système de tranchées sur une profondeur de 500 mètres.
Vifs combats à l’est de la route de Béthune et au nord de Bouchavesnes; nous avons élargi nos positions.
Au sud de la Somme, deux attaques dans le secteur Deniécourt-Berny nous ont valu de sensibles avantages. Plusieurs tranchées ont été conquises: nous avons fait 200 prisonniers et capturé 10 mitrailleuses.
Lutte d’artillerie sur la rive droite de la Meuse.
Les troupes britanniques ont remporté un brillant succès. Elles ont pris, sur un front de 1000 mètres, des tranchées ennemies au sud-est de Thiepval. Elles ont attaqué sur un front de 10 kilomètres, entre le bois des Bouleaux et le nord de la route Albert-Bapaume, avançant jusqu’à 3 kilomètres sur certains points.
Les Italiens ont fait 2117 prisonniers sur le Carso, au sud-est de Gorizia.
Les Serbes ont progressé largement en Macédoine, près du lac d’Ostrovo, prenant 25 canons et forçant les Bulgares à reculer de 15 kilomètres. Les troupes franco-russes ont remporté des avantages entre Strouma et Vardar, tandis que les Anglais s’emparaient de plusieurs positions à l’est de la Strouma.
Les Russo-Roumains ont reculé vers le nord en Dobroudja.
Le cabinet grec n’est pas encore formé, M. Dimitracopoulo ayant résillé le mandat qui lui avait été confié.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 20 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 20 août 1916

708ème et 706ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps gris brumeux ce matin. Déjà l’automne, aussi ai-je l’âme triste comme tous les ans à pareille saison, je n’ai jamais pu résister à cette mélancolie poignante que l’automne produit en moi, et c’est la saison que je préfère. J’en souffre et je la désire.

Après-midi le temps s’est ensoleillé, pâlement. Cela m’attriste et dire que voilà l’hiver ! L’hiver ! serai-je condamné à le passer comme les 2 précédents, en aurai-je la force ? N’y succomberai-je pas ?… !! J’en tremble. J’en frissonne d’angoisse d’avance.

Messe de 7h. Travaillé, écrit, reçu au courrier lettre de Labitte à qui je réponds pour lui demander de voir à la mutation de Jean au 61ème pour se retrouver avec Robert. Le pauvre grand serait si heureux ! Mais cependant je ne veux pas que cela nuise à son avancement. Enfin attendons. Sorti après-midi pour mon courrier et quelques courses. M. Charles Heidsieck est parti retrouver Mme Heidsieck. J’enverrai un message pour la Mère supérieure de Roederer qui aurait bien voulu le voir au sujet du projet des Hospices de faire une clinique de cet hospice. Ce n’est ni dans l’idée de la fondatrice Mme Roederer, ni dans celle de la Supérieure. Enfin je vais en écrire à M. Charles Heidsieck. Rentré pour écrire quelques lettres et voilà ma journée finie. Que vais-je faire jusqu’à 7h1/2 ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille ; matinée item. + 13° à 6 h. ; temps couvert. Confirmation à Trigny par Mgr Neveu, à Jonchery par moi. Le général Mazel était absent17. Visite à l’ambulance.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 20 août

Au nord de la Somme, nos feux ont brisé plusieurs tentatives de contre-attaques ennemies; nous avons fait des prisonniers. Après quoi, nous avons enlevé, au cours d’un brillant assaut, une notable partie du village de Maurepas, ainsi que le calvaire situé au sud-est. Nous avons, durant cette opération, capturé 200 Allemands valides. Entre Maurepas et la Somme, nous avons élargi nos positions à l’est de la route de Maurepas à Cléry.
Sur la rive droite de la Meuse, après un violent combat, nous avons chassé les Allemands de la partie du village de Fleury qu’ils occupaient. Quelques fractions ennemies se maintiennent encore à la lisière est, dans un pâté de ruines. Nous avons fait 50 prisonniers dont un officier. Nous avons ensuite continué notre offensive en chassant l’ennemi de deux redoutes fortifiées au nord-ouest de l’ouvrage de Thiaumont. Ici, nous avons fait 100 prisonniers parmi lesquels 5 officiers. Nous avons progressé aux abords de la route du fort de Vaux, à l’est du bois de Vaux-Chapitre.
Les Anglais ont continué leur avance dans la direction de Guinchy et de Guillemont. Ils ont fait plus de 200 prisonniers dont un certain nombre d’officiers.
Les Italiens ont repoussé une attaque dans la zone du Tonali et deux autres offensives sur le Fredo et le Cedro. Ils ont bombardé la gare de Sillian, dans le Pusterthal.
Les Russes ont refoulé avec de grosses pertes pour l’ennemi une attaque autrichienne sur la Zlota-Lipa. Ils ont progressé sur le Bistrica.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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